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[[QLVSQ19780210] [GOUVERNEMENT DU QUEBEC REGIE DES INSTALLATIONS OLYMPIQUES CABINET DU MINISTRE RESPONSABLE DECLARATION DU PREMIER MINISTRE RENE LEVESQUE LORS DE LA CONFERENCE DE PRESSE TENUE LE VENDREDI 10 FEVRIER 1978 A TROIS-RIVIERES OBJET: Le Stade Olympique] Le Conseil des ministres du Québec a été invité à examiner trois possibilités quant à l’avenir du stade olympique, ces possibilités ayant été tirées du rapport du Comité Marsan qui avait été mandaté par le ministre responsable de la Régie des Installations Olympiques pour en faire l’étude. Ces trois possibilités sont connues. Elles comportent d’abord le maintien du stade à sa construction actuelle, c’est-àdire de le laisser ouvert, ce qui impliquerait quand même un déboursé additionnel de $ 33 à $ 35000000 de dollars pour le préserver de la détérioration (le stade a été conçu pour être couvert) et achever l’essentiel des travaux nécessaires à son utilisation présente. C’est la décision provisoire que le gouvernement se voit contraint de prendre et, sans plus tarder, d’expliquer aux citoyens pour les raisons que l’on trouvera ci-dessous. Mais cette décision exige du gouvernement un délai d’au moins un an, peut-être davantage si la conjoncture demeure aussi défavorable avant d’amorcer la mise en chantier des travaux de parachèvement. Dans le contexte d’une situation économique douloureuse et compte tenu du petit nombre d’emplois crées pendant deux ou trois ans sur ce chantier, il serait à notre avis inacceptable de s’engager présentement dans ce parachèvement pour le $ 70000000 qu’il réclame au-delà des travaux dits essentiels pour la sécurité de l’édifice et l’entreposage de la toile. D’autant plus qu’il nous faut informer aujourd’hui même nos concitoyens que le cauchemar olympique n’est pas terminé. Le fonds spécial olympique, savamment imaginé par une combine de deux gouvernements coupables de la plus pure négligence pendant que le déficit de l’aventure escaladait, ce fonds qui devait étaler sans douleur sur sept ans les paiements d’un emprunt de $ 700000000 contracté par le gouvernement pour que les Jeux aient lieu, il faut dire qu’il sera bientôt à sec et tous travaux additionnels seraient donc puisés à même les fonds courants du gouvernement qu’il se doit d’affecter à des priorités sociales et économiques infiniment plus criantes. Reprenons les prédictions Garneau de mai 1976. Du déficit alors annoncé de $ 995 millions, la Ville de Montréal devait assumer à elle seule $ 200000000 pour l’indéniable responsabilité de ses dirigeants, le reste étant porté au compte de la Régie des Installations Olympiques. Celle-ci contracta donc un emprunt de $ 700000000 à l’été 1976, qu’elle devait achever de rembourser en 1983, en cumulant le remboursement de capital dans les cinq dernières années de cette échéance. Non seulement n’avons-nous pas encore commencé à rembourser le capital, nous n’avons jusqu’ici que rencontré nos obligations sur les intérêts mais il est déjà assuré que la formule prévue pour y faire face est insuffisante et qu’il faudra bientôt, quatre ans après les Jeux, nous obliger encore à des sacrifices pour les payer. La taxe sur le tabac, de dix cents par paquet depuis mai 1976, devait rapporter $ 665000000 en sept ans: on estime aujourd’hui que son rendement ne lui fera pas atteindre $ 540000000. La vente du village, qui a coûté $ 95000000, devait, selon l’ancien gouvernement, rapporter $ 50000000: la vente à un organisme sans but lucratif est aujourd’hui fixée à $ 33000000 et encore, le litige demeure avec le gouvernement fédéral et la société centrale d’hypothèque et de logement. Et, trouvaille des trouvailles, la « généreuse » contribution du gouvernement central, la Loto-Canada, qu’aux dires de Jean Chrétien devait rapporter $ 350000000 au d’exiger comme minimum garanti, comme nous le leur suggérions ne rapportera qu’au plus $ 250000000, et encore faut-il rappeler que 45 % des billets sont achetés par des Québécois! Donc, il faut dire tout de suite que le maquignonnage Garneau-Chrétien est un échec lamentable et que le fonds de remboursement va exiger de tous les Québécois, au plus tard en 1980, un refinancement de $ 400 à $ 500000000. C’est parce qu’un parachèvement immédiat hâterait davantage l’épuisement du fonds, que le refinancement devrait se faire dans quelques mois au détriment des priorités auxquelles s’est déjà attaché le gouvernement du Québec sans même que tous ses fonds disponibles suffisent, que nous avons décidé de retarder d’au moins un an le début des travaux.

[[QLVSQ19780215] [CONFERENCE FEDERALE-PROVINCIALE DES PREMIERS MINISTRES Déclaration de M. René Levesque Premier ministre du Québec Conférence de presse le 15 fevrier 1978 Ottawa du 13 au 15 février 1978 DECLARATION DE M. RENE LEVESQUE PREMIER MINISTRE DU QUEBEC CONFERENCE DE PRESSE Ottawa, le 15 février 1978] C’est avec une certaine tristesse – d’aucuns refuseront de le croire, et pourtant je vous assure que c’est vrai – et c’est en tout cas avec une déception certaine, que j’ai pris congé des autres participants, il y a quelques instants, avant de venir vous rencontrer. Non pas que ces quelque deux jours et demi aient été complètement sans résultats pour la délégation du Québec. Nous avons appris beaucoup de choses utiles, de la part de tous nos homologues des autres provinces, sur les réalités économiques et sociales de l’heure d’un océan à l’autre. Je dis bien « les réalités » au pluriel, car ces longues périodes de spectacle public vous l’auront démontré, et les quelques réunions privées nous l’auront confirmé: il n’y a pas une réalité socio-économique au Canada, mais bien plusieurs, extrêmement diverses, profondément divergentes à bien des égards, et que le régime actuel ne parvient à juxtaposer tant bien que mal qu’en tâchant systématiquement d’escamoter les problèmes ou, à tout le moins, d’en ramener la perception au plus bas commun dénominateur. Avec les collègues qui m’accompagnaient, je tiens tout de même à remercier nos interlocuteurs des autres provinces pour les discussions très franches et souvent très éclairantes auxquelles ils se sont prêtés pendant la conférence, et j’espère que notre propre participation aura servi de son côté à mieux les informer des points de vue du Québec. Cela dit, nous ne voyons vraiment rien à gagner à étirer encore ce séjour, alors que nous avons déjà pris pour cet exercice trop de temps requis pour mettre au point la session de l’Assemblée Nationale qui doit s’ouvrir mardi prochain. Car, dans l’ensemble, ces interminables séances n’auront fait que confirmer les appréhensions contre lesquelles on se défendait en arrivant. Cela s’exprimait comme suit, lundi matin: « A cause des circonstances sans doute, plusieurs observateurs n’ont vu dans cette réunion qu’une manoeuvre pré-électorale », mais on espérait quand même que « quels que soient les motifs, les résultats amèneraient une amélioration de la situation économique ». Même si cet espoir a diminué au fur et à mesure qu’on avançait, si l’on peut dire, nous y sommes restés accrochés mordicus jusqu’à ce matin. Le Québec était ici, en effet, pour se plier franchement et même obstinément aux règles du jeu fédéralprovincial, afin d’en tirer si possible quelques-unes de ces mesures ou de ces ré-orientations concrètes, rapidement réalisables, ou du moins amorçables, qu’un contexte éprouvant pour tant de citoyens – non seulement du Québec mais aussi des Maritimes et d’ailleurs – nous semblait et nous semble encore exiger de toute évidence. A regret, je dois dire que rien de tel ne s’est produit. Parce que, il faut l’ajouter, rien de tel n’était prévu ni souhaité par nos vis-à-vis fédéraux. Il s’agissait bel et bien, essentiellement, d’une extravagante opération pré-électorale. Et d’une opération en quelque sorte solidaire et conjointe – car c’est vous-mêmes qui avez eu le loisir de noter la présence non pas d’une seule, mais de trois ou quatre équipes de tournage cinématographique dans la salle de conférence. Ce ne sont pas seulement nos hôtes fédéraux, en effet, qui seront sans doute en campagne électorale très bientôt, mais aussi, selon toute probabilité, trois ou quatre autres gouvernements sortants. C’est de là que venait cette atmosphère curieusement irréelle qu’on a tous notée comme si la réalité à l’occasion chaussait des lunettes roses, ambiance que nous avons d’ailleurs mis quelque temps à nous expliquer. Alors qu’on nous avait vendu avec insistance l’idée que ça pressait au point de tout laisser de côté pour se préparer sur tous les plans possibles en quelques semaines, voilà qu’on entendait des propos d’un optimisme désarçonnant, des perspectives subitement ensoleillées. Tant et si bien que nous et quelques autres, qui avions pris la convocation très au sérieux parce que la situation l’est aussi indiscutablement, nous finissions par nous sentir, pour employer une bonne vieille expression, comme des « casseux de veillée ». Il suffit de rappeler le très beau numéro de production, soigneusement monté par le ministre fédéral de l’Energie, avec son million d’emplois répandus sur la carte, les emplois lointains, les emplois potentiels, les emplois qu’on ne verra jamais … et même ceux qu’on paye depuis longtemps, comme à la Baie James ! Ca évoque irrésistiblement ce total plus modeste, – de 100000 seulement, vu qu’il n’était que provincial – dont les Québécois firent naguère les frais à la veille d’un autre scrutin. On vous apprendra tout à l’heure, à la clôture officielle des travaux, les quelques consensus qui se sont dégagés et dont on connaît ou dont on soupçonne déjà toute l’ampleur … Il y en a pour l’horizon 80. Il y en a pour modérer le rythme de croissance des secteurs publics et pour notre éducation à tous en tant qu’acheteurs de produits. Il y en a, bien entendu, pour l’appel aux investissements, et j’en oublie sûrement un ou deux. Et là-dessus, bien sûr, nous sommes d’accord, comme on peut l’être avec tout énoncé de bonnes intentions. Quant au fameux projet d’une agence postcontrôle, qui s’est rétréci sous nos yeux comme une peau de chagrin, laissons à ses auteurs le soin de vous apprendre ce qui en reste. Enfin, s’il y a aussi quelques projets préciaux d’investissement, çà et là, comme celui qu’on parachutait avant-hier dans le vieux Port de Québec, il ne serait pas correct d’enlever à leurs « généreux donateurs » le plaisir de les annoncer. Mais de ce qui aurait pu vraiment compter, vraiment renverser une situation qui va se détériorant, vraiment réorienter au bénéfice de la population des masses de ressources et d’énergies mal employées, il n’y a rien ou fort peu de choses. 1. Nous avions souligné les lenteurs absolument glaciaires de toutes les négociations de tous les moindres pourparlers avec l’énorme bureaucratie fédérale. Les mois et même les années qui s’y dépensent, les frustrations qui s’accumulent pendant que des besoins douloureux se font de plus en plus criants dans tous les coins. Sauf erreur, ce n’est pas parti pour changer le moins du monde. 2. Forts de l’appui récent de tous les autres gouvernements provinciaux, nous réclamions tout particulièrement des assouplissements majeurs dans le secteur du logement subventionné, et le remplacement par une enveloppe budgétaire globale [(le « block funding »)] des chinoiseries paralysantes qu’Ottawa a imposées depuis trois ans. Il y a, dans tout le Québec, des milliers de personnages âgés et de familles désunies, qui attendent en vain, depuis des années, qu’une société civilisée et riche leur fournisse un toit convenable et que cet appareil bureaucratique étouffant condamne à attendre encore. Comme ils attendent aussi très souvent dans ces quartiers de nos villes qu’on a laissé vieillir et se dégrader, nous avons de plus souligné l’urgence de vigoureux programmes de rénovation urbaine. Sur ce point qui était et demeure pour nous essentiel, je tiens à remercier nos collègues des autres provinces pour la façon dont ils ont, eux aussi, fait ce matin porter leurs pressions unanimes sur une administration fédérale qui a servi ces dernières années à ralentir plutôt qu’à accélérer les choses. Ils ont même réussi à arracher pour la première fois au ministre fédéral de ce qu’on appelle les Affaires Urbaines, le mot de « flexibilité » qu’il a aimablement prononcé en anglais. Après quoi, en Français, M. André Ouellet a repris à notre endroit le ton habituel de l’organisateur en chef libéral – pour détruire de son mieux, dans une belle envolée, tout l’effet des propos soigneusement calculés qu’il venait d’adresser aux autres. En plus de fausser le tableau, sans vergogne et d’une façon tout spécialement et unilatéralement insultante pour les Québécois et leur gouvernement, il s’est replongé avec volupté dans le flou bureaucratique, l’imprécision des échéances et le goût permanent d’ingérence des politiciens fédéraux. Si l’on ajoute l’espèce d’arrogance inconsciente avec laquelle on parle sans arrêt d’argent fédéral, comme si cet argent n’appartenait pas strictement aux contribuables québécois pour la part qui leur revient, je dois dire que cette attitude trahissait beaucoup plus de partisanerie, et même d’énervement politique, que le moindre souci des résultats concrets et rapides qui sont, ou plutôt qui étaient indispensables. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai résisté de mon mieux à la tentation de risquer devant le reste du Canada la scène de chiffonniers que M. Ouellet tâchait évidemment de provoquer. 3. À cause d’autre part du véritable état d’urgence au bord duquel se trouvent certaines villes minières, du cuivre et du zinc, nous avons proposé ici qu’on trouve d’urgence une façon de consacrer au maintien de ces emplois une partie sinon l’équivalent des montants astronomiques que coûte l’assurance chômage, afin de compléter les efforts que nous fournissons déjà. Sauf erreur, ça ne presse pas malheureusement. On donne l’impression de vouloir très délibérément et passivement attendre que des centaines sinon des milliers de mineurs viennent grossir les rangs des chômeurs. 4. De même que semblent fort peu pressants, du haut de cette colline, les besoins pourtant aigus de modernisation et d’équipement de nos pâtes et papiers, que l’Assemblée nationale constatait dernièrement avec tous les intéressés. Même si le Québec reçoit une part relativement minime des « largesses » de l’Expansion régionale fédérale, des subventions industrielles fédérales et de la Banque de Développement fédérale, nous n’avons pas l’impression qu’en dépit de ses problèmes inquétants, le premier secteur industriel du Québec soit encore tout à fait assez mal pris pour qu’on s »en occupe de ce sommet où nous sommes. 5. Quant à nos producteurs agricoles, surtout dans l’industrie laitière, pour qui nous demandions certaines assurances minimales pour l’avenir, avec un modeste relèvement des quotas fédéraux qui ne cessent de diminuer depuis trois ans, on nous a savamment expliqué que c’était probablement impossible. Car si l’Europe du Marché Commun entretient ses producteurs en accumulant d’énormes surplus, le Canada fédéral aura fini, au mois de juin, de se débarrasser complètement des siens … et, bien sûr, d’un bon nombre d’agriculteurs en même temps. Il faut ce qu’il faut, et on n’est plus à l’époque où on payait les producteurs de blé pour qu’ils s’abstiennent de produire. Il est vrai que ce n’était pas au Québec. Et là encore, le fédéral assiste stoïquement et sans broncher à une deuxième baisse consécutive du revenu net des producteurs québécois, cette fois-ci de 12.5 % pour 1977. 6. Du côté des transports, il semble bien qu’on maintiendra jusqu’à nouvel ordre un système ferroviaire proprement génial qui permet d’acheter au Chili du concentré de cuivre qu’on trouverait en Colombie britannique si ça ne coûtait pas plus cher pour le transporter, et qui permet de sauver $ 22 sur la tonne de papier destinée au Middle West à condition de l’expédier par le rail américain plutôt que le nôtre. Bref, nos chemins de fer vont continuer de faire payer par nos pâtes et papiers et nos minerais les déficits que leur infligent le blé de l’Ouest et les voyageurs de plus en plus rares qu’on daigne encore endurer. 7. Ai-je besoin d’ajouter, enfin, que nous aurons amplement le temps de faire entendre à nouveau, sinon de faire écouter, le manque à gagner de $ 100000000 de Loto-Canada qui compromet le remboursement de la dette olympique, et l’insignifiante réclamation de plus de $ 800000000 pour les services policiers dont les Québécois déchargent depuis toujours le trésor fédéral ? Sauf ces deux montants qui ne figurent pas d’hier soir dans ce que nous considérons à juste titre comme des comptes recevables, on aura remarqué que nous demandions bien plus de réaménagements et de retour aux vraies compétences que d’argent neuf. Sachant à quel point Ottawa s’est financièrement mis dans le trou, comme nous le notions dès le départ, nous avons tâché de nous en tenir à des corrections administratives et surtout à un meilleur emploi des fonds publics – comme par exemple ces centaines de millions qu’on gaspille dans toutes sortes de programmes – cataplasmes improvisés, espèces de secours directs appelés à disparaître alors que tomberont les feuilles d’automne prochain. Mais là encore, rien à faire, d’autant plus qu’il s’agit d’ordinaire de ces champs qu’Ottawa affectionne entre tous, ceux qui ne lui appartiennent pas. Ainsi fonctionne le régime. S’il y a là quelque part une quelconque volonté, ce n’est plus guère que la volonté de se maintenir en place. Pour ce qui est de la volonté authentiquement politique, une machine administrative absurde et son tout-puissant mandarinat l’ont fatalement laminée, délayée, transformée d’abord en sursauts vélléitaires, et puis ensuite en simple routine mécanique, dont les mouvements ne sont plus que des réflexes conditionnés, renforcés encore par la possession tranquille de l’illusion du pouvoir central. Renforcés également, comme ont pu le constater ceux qui ont des yeux pour voir et qui s’en sont servis depuis trois jours, par la renversante facilité avec laquelle ce régime permet de camoufler souverainement ses responsabilités et de les noyer dans la diversité et les contradictions touffues des provinces et des régions, tout en les employant aussi avec l’art consommé des anciens Romains pour régner en divisant. Et pourtant, tout espoir n’est pas perdu, puisque les élections s’en viennent. Les princes qui nous gouvernent au centre auront bientôt besoin à nouveau de leurs électeurs, et c’est ligne de besoin qui fait toujours découvrir soudainement au moins une partie de ceux des autres. Quoique nous le soupçonnions fortement, si nous avions su avant d’arriver que c’était en fait pour préparer un scrutin fédéral nous aurions pu, depuis la mi-décembre, économiser les fatigues et les frais de 10 conférences sectorielles que 60 ministres et hauts-fonctionnaires québécois ont dû s’infliger, sans compter une bonne centaine d’autres qui ont eu à alimenter cette mobilisation générale qui n’a guère donné de résultats concrets sur le terrain.

[[QLVSQ19780215] [CONFERENCE FEDERALE-PROVINCIALE DES PREMIERS MINISTRES Déclaration de M. René Levesque Premier ministre du Québec Conférence de presse le 15 fevrier 1978 Ottawa du 13 au 15 février 1978 Ottawa, le 15 février 1978] C’est avec une certaine tristesse – d’aucuns refuseront de le croire, et pourtant je vous assure que c’est vrai – et c’est en tout cas avec une déception certaine, que j’ai pris congé des autres participants, il y a quelques instants, avant de venir vous rencontrer. Non pas que ces quelque deux jours et demi aient été complètement sans résultats pour la délégation du Québec. Nous avons appris beaucoup de choses utiles, de la part de tous nos homologues des autres provinces, sur les réalités économiques et sociales de l’heure d’un océan à l’autre. Je dis bien « les réalités » au pluriel, car ces longues périodes de spectacle public vous l’auront démontré, et les quelques réunions privées nous l’auront confirmé: il n’y a pas une réalité socio-économique au Canada, mais bien plusieurs, extrêmement diverses, profondément divergentes à bien des égards, et que le régime actuel ne parvient à juxtaposer tant bien que mal qu’en tâchant systématiquement d’escamoter les problèmes ou, à tout le moins, d’en ramener la perception au plus bas commun dénominateur. Avec les collègues qui m’accompagnaient, je tiens tout de même à remercier nos interlocuteurs des autres provinces pour les discussions très franches et souvent très éclairantes auxquelles ils se sont prêtés pendant la conférence, et j’espère que notre propre participation aura servi de son côté à mieux les informer des points de vue du Québec. Cela dit, nous ne voyons vraiment rien à gagner à étirer encore ce séjour, alors que nous avons déjà pris pour cet exercice trop de temps requis pour mettre au point la session de l’Assemblée Nationale qui doit s’ouvrir mardi prochain. Car, dans l’ensemble, ces interminables séances n’auront fait que confirmer les appréhensions contre lesquelles on se défendait en arrivant. Cela s’exprimait comme suit, lundi matin: « A cause des circonstances sans doute, plusieurs observateurs n’ont vu dans cette réunion qu’une manoeuvre pré-électorale », mais on espérait quand même que « quels que soient les motifs, les résultats amèneraient une amélioration de la situation économique ». Même si cet espoir a diminué au fur et à mesure qu’on avançait, si l’on peut dire, nous y sommes restés accrochés mordicus jusqu’à ce matin. Le Québec était ici, en effet, pour se plier franchement et même obstinément aux règles du jeu fédéralprovincial, afin d’en tirer si possible quelques-unes de ces mesures ou de ces ré-orientations concrètes, rapidement réalisables, ou du moins amorçables, qu’un contexte éprouvant pour tant de citoyens – non seulement du Québec mais aussi des Maritimes et d’ailleurs – nous semblait et nous semble encore exiger de toute évidence. A regret, je dois dire que rien de tel ne s’est produit. Parce que, il faut l’ajouter, rien de tel n’était prévu ni souhaité par nos vis-à-vis fédéraux. Il s’agissait bel et bien, essentiellement, d’une extravagante opération pré-électorale. Et d’une opération en quelque sorte solidaire et conjointe – car c’est vous-mêmes qui avez eu le loisir de noter la présence non pas d’une seule, mais de trois ou quatre équipes de tournage cinématographique dans la salle de conférence. Ce ne sont pas seulement nos hôtes fédéraux, en effet, qui seront sans doute en campagne électorale très bientôt, mais aussi, selon toute probabilité, trois ou quatre autres gouvernements sortants. C’est de là que venait cette atmosphère curieusement irréelle qu’on a tous notée comme si la réalité à l’occasion chaussait des lunettes roses, ambiance que nous avons d’ailleurs mis quelque temps à nous expliquer. Alors qu’on nous avait vendu avec insistance l’idée que ça pressait au point de tout laisser de côté pour se préparer sur tous les plans possibles en quelques semaines, voilà qu’on entendait des propos d’un optimisme désarçonnant, des perspectives subitement ensoleillées. Tant et si bien que nous et quelques autres, qui avions pris la convocation très au sérieux parce que la situation l’est aussi indiscutablement, nous finissions par nous sentir, pour employer une bonne vieille expression, comme des « casseux de veillée ». Il suffit de rappeler le très beau numéro de production, soigneusement monté par le ministre fédéral de l’Energie, avec son million d’emplois répandus sur la carte, les emplois lointains, les emplois potentiels, les emplois qu’on ne verra jamais … et même ceux qu’on paye depuis longtemps, comme à la Baie James ! Ca évoque irrésistiblement ce total plus modeste, – de 100000 seulement, vu qu’il n’était que provincial – dont les Québécois firent naguère les frais à la veille d’un autre scrutin. On vous apprendra tout à l’heure, à la clôture officielle des travaux, les quelques consensus qui se sont dégagés et dont on connaît ou dont on soupçonne déjà toute l’ampleur … Il y en a pour l’horizon 80. Il y en a pour modérer le rythme de croissance des secteurs publics et pour notre éducation à tous en tant qu’acheteurs de produits. Il y en a, bien entendu, pour l’appel aux investissements, et j’en oublie sûrement un ou deux. Et là-dessus, bien sûr, nous sommes d’accord, comme on peut l’être avec tout énoncé de bonnes intentions. Quant au fameux projet d’une agence postcontrôle, qui s’est rétréci sous nos yeux comme une peau de chagrin, laissons à ses auteurs le soin de vous apprendre ce qui en reste. Enfin, s’il y a aussi quelques projets préciaux d’investissement, çà et là, comme celui qu’on parachutait avant-hier dans le vieux Port de Québec, il ne serait pas correct d’enlever à leurs « généreux donateurs » le plaisir de les annoncer. Mais de ce qui aurait pu vraiment compter, vraiment renverser une situation qui va se détériorant, vraiment réorienter au bénéfice de la population des masses de ressources et d’énergies mal employées, il n’y a rien ou fort peu de choses. 1. Nous avions souligné les lenteurs absolument glaciaires de toutes les négociations de tous les moindres pourparlers avec l’énorme bureaucratie fédérale. Les mois et même les années qui s’y dépensent, les frustrations qui s’accumulent pendant que des besoins douloureux se font de plus en plus criants dans tous les coins. Sauf erreur, ce n’est pas parti pour changer le moins du monde. 2. Forts de l’appui récent de tous les autres gouvernements provinciaux, nous réclamions tout particulièrement des assouplissements majeurs dans le secteur du logement subventionné, et le remplacement par une enveloppe budgétaire globale [(le « block funding »)] des chinoiseries paralysantes qu’Ottawa a imposées depuis trois ans. Il y a, dans tout le Québec, des milliers de personnages âgés et de familles désunies, qui attendent en vain, depuis des années, qu’une société civilisée et riche leur fournisse un toit convenable et que cet appareil bureaucratique étouffant condamne à attendre encore. Comme ils attendent aussi très souvent dans ces quartiers de nos villes qu’on a laissé vieillir et se dégrader, nous avons de plus souligné l’urgence de vigoureux programmes de rénovation urbaine. Sur ce point qui était et demeure pour nous essentiel, je tiens à remercier nos collègues des autres provinces pour la façon dont ils ont, eux aussi, fait ce matin porter leurs pressions unanimes sur une administration fédérale qui a servi ces dernières années à ralentir plutôt qu’à accélérer les choses. Ils ont même réussi à arracher pour la première fois au ministre fédéral de ce qu’on appelle les Affaires Urbaines, le mot de « flexibilité » qu’il a aimablement prononcé en anglais. Après quoi, en Français, M. André Ouellet a repris à notre endroit le ton habituel de l’organisateur en chef libéral – pour détruire de son mieux, dans une belle envolée, tout l’effet des propos soigneusement calculés qu’il venait d’adresser aux autres. En plus de fausser le tableau, sans vergogne et d’une façon tout spécialement et unilatéralement insultante pour les Québécois et leur gouvernement, il s’est replongé avec volupté dans le flou bureaucratique, l’imprécision des échéances et le goût permanent d’ingérence des politiciens fédéraux. Si l’on ajoute l’espèce d’arrogance inconsciente avec laquelle on parle sans arrêt d’argent fédéral, comme si cet argent n’appartenait pas strictement aux contribuables québécois pour la part qui leur revient, je dois dire que cette attitude trahissait beaucoup plus de partisanerie, et même d’énervement politique, que le moindre souci des résultats concrets et rapides qui sont, ou plutôt qui étaient indispensables. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai résisté de mon mieux à la tentation de risquer devant le reste du Canada la scène de chiffonniers que M. Ouellet tâchait évidemment de provoquer. 3. À cause d’autre part du véritable état d’urgence au bord duquel se trouvent certaines villes minières, du cuivre et du zinc, nous avons proposé ici qu’on trouve d’urgence une façon de consacrer au maintien de ces emplois une partie sinon l’équivalent des montants astronomiques que coûte l’assurance chômage, afin de compléter les efforts que nous fournissons déjà. Sauf erreur, ça ne presse pas malheureusement. On donne l’impression de vouloir très délibérément et passivement attendre que des centaines sinon des milliers de mineurs viennent grossir les rangs des chômeurs. 4. De même que semblent fort peu pressants, du haut de cette colline, les besoins pourtant aigus de modernisation et d’équipement de nos pâtes et papiers, que l’Assemblée nationale constatait dernièrement avec tous les intéressés. Même si le Québec reçoit une part relativement minime des « largesses » de l’Expansion régionale fédérale, des subventions industrielles fédérales et de la Banque de Développement fédérale, nous n’avons pas l’impression qu’en dépit de ses problèmes inquétants, le premier secteur industriel du Québec soit encore tout à fait assez mal pris pour qu’on s »en occupe de ce sommet où nous sommes. 5. Quant à nos producteurs agricoles, surtout dans l’industrie laitière, pour qui nous demandions certaines assurances minimales pour l’avenir, avec un modeste relèvement des quotas fédéraux qui ne cessent de diminuer depuis trois ans, on nous a savamment expliqué que c’était probablement impossible. Car si l’Europe du Marché Commun entretient ses producteurs en accumulant d’énormes surplus, le Canada fédéral aura fini, au mois de juin, de se débarrasser complètement des siens … et, bien sûr, d’un bon nombre d’agriculteurs en même temps. Il faut ce qu’il faut, et on n’est plus à l’époque où on payait les producteurs de blé pour qu’ils s’abstiennent de produire. Il est vrai que ce n’était pas au Québec. Et là encore, le fédéral assiste stoïquement et sans broncher à une deuxième baisse consécutive du revenu net des producteurs québécois, cette fois-ci de 12.5 % pour 1977. 6. Du côté des transports, il semble bien qu’on maintiendra jusqu’à nouvel ordre un système ferroviaire proprement génial qui permet d’acheter au Chili du concentré de cuivre qu’on trouverait en Colombie britannique si ça ne coûtait pas plus cher pour le transporter, et qui permet de sauver $ 22 sur la tonne de papier destinée au Middle West à condition de l’expédier par le rail américain plutôt que le nôtre. Bref, nos chemins de fer vont continuer de faire payer par nos pâtes et papiers et nos minerais les déficits que leur infligent le blé de l’Ouest et les voyageurs de plus en plus rares qu’on daigne encore endurer. 7. Ai-je besoin d’ajouter, enfin, que nous aurons amplement le temps de faire entendre à nouveau, sinon de faire écouter, le manque à gagner de $ 100000000 de Loto-Canada qui compromet le remboursement de la dette olympique, et l’insignifiante réclamation de plus de $ 800000000 pour les services policiers dont les Québécois déchargent depuis toujours le trésor fédéral ? Sauf ces deux montants qui ne figurent pas d’hier soir dans ce que nous considérons à juste titre comme des comptes recevables, on aura remarqué que nous demandions bien plus de réaménagements et de retour aux vraies compétences que d’argent neuf. Sachant à quel point Ottawa s’est financièrement mis dans le trou, comme nous le notions dès le départ, nous avons tâché de nous en tenir à des corrections administratives et surtout à un meilleur emploi des fonds publics – comme par exemple ces centaines de millions qu’on gaspille dans toutes sortes de programmes – cataplasmes improvisés, espèces de secours directs appelés à disparaître alors que tomberont les feuilles d’automne prochain. Mais là encore, rien à faire, d’autant plus qu’il s’agit d’ordinaire de ces champs qu’Ottawa affectionne entre tous, ceux qui ne lui appartiennent pas. Ainsi fonctionne le régime. S’il y a là quelque part une quelconque volonté, ce n’est plus guère que la volonté de se maintenir en place. Pour ce qui est de la volonté authentiquement politique, une machine administrative absurde et son tout-puissant mandarinat l’ont fatalement laminée, délayée, transformée d’abord en sursauts vélléitaires, et puis ensuite en simple routine mécanique, dont les mouvements ne sont plus que des réflexes conditionnés, renforcés encore par la possession tranquille de l’illusion du pouvoir central. Renforcés également, comme ont pu le constater ceux qui ont des yeux pour voir et qui s’en sont servis depuis trois jours, par la renversante facilité avec laquelle ce régime permet de camoufler souverainement ses responsabilités et de les noyer dans la diversité et les contradictions touffues des provinces et des régions, tout en les employant aussi avec l’art consommé des anciens Romains pour régner en divisant. Et pourtant, tout espoir n’est pas perdu, puisque les élections s’en viennent. Les princes qui nous gouvernent au centre auront bientôt besoin à nouveau de leurs électeurs, et c’est ligne de besoin qui fait toujours découvrir soudainement au moins une partie de ceux des autres. Quoique nous le soupçonnions fortement, si nous avions su avant d’arriver que c’était en fait pour préparer un scrutin fédéral nous aurions pu, depuis la mi-décembre, économiser les fatigues et les frais de 10 conférences sectorielles que 60 ministres et hauts-fonctionnaires québécois ont dû s’infliger, sans compter une bonne centaine d’autres qui ont eu à alimenter cette mobilisation générale qui n’a guère donné de résultats concrets sur le terrain.

[[QLVSQ19791119] [ALLOCUTION DU PREMIER MINISTRE, M. RENE LEVESQUE DATE: LUNDI 19 NOVEMBRE 1979 HEURE: 22H00 ENDROIT: RESEAU TVA SUJET: NEGOCIATIONS DANS LE SECTEUR PUBLIC (TRANSCRIT)] M. Lévesque – Bonsoir, je voudrais d’abord remercier brièle canal 10 et le réseau TVA d’avoir offert au gouvernement cette demi-heure ou à peu près, pour faire le point sur ce qui s’est passée depuis quelque temps ou ce qui se passe encore dans les secteurs publics et para-publics et en particulier évidemment, dans les hôpitaux, les centres d’accueil et le CLSC. Comme certains autres de mes collègues, en particulier les ministres des Finances, de l’Education, des Affaires sociales, du Développement social, du Travail et de la Main-d’Oeuvre, Fonction publique, ça fait tout un bataillon, c’est après pas mal de nuits blanches ou à moitié blanches en tout cas que je vous arrive avec le portrait le plus précis que j’ai pu ramasser depuis ce matin. Evidemment, ce ne sera pas soigné comme un beau rapport qu’on envoie à l’imprimerie et (par ma faute, ce n’est pas la leur!) ce ne sera sûrement pas la réalisation la plus élégante de Télé-Métropole. Pour ma part, j’ai tâché de m’en tenir à l’essentiel et sur l’essentiel de vous dire uniquement ce qui apparaît indiscutable. S’il est une chose à laquelle le gouvernement tient depuis trois ans, à laquelle, quant à moi, je tiens depuis le début de ce qu’on appelle une carrière publique, c’est de ne jamais volontairement dire le contraire de la vérité. Bien sûr, on ne peut pas toujours tout dire ni tout dire en mêm temps, c’est l’évidence même. Par exemple, il y a des gens qui se demandent pourquoi surtout depuis quelques jours, ces derniers jours, on n’a pas fait plus d information ou de communication comme on dit couramment? Bien, tout simplement c’est parce qu’aux toutes petites heures de la nuit dernière, on négociait encore avec un sérieux espoir d’un règlement, ce qui signifie qu’il y avait des offres sur la table qu’on discutait, qu’on explorait, et c’était comme ça depuis plusieurs jours. Il est difficile de faire de l’information précise sur des choses qui sont encore incertaines, même si d’autres parfois ne se gênent pas pour en faire. Ainsi par exemple, vous le croirez ou vous ne le croirez pas, mais vers minuit hier soir, le coordonnateur, c’est-à-dire, le principal négociateur des employés d’hôpitaux et de Centres d’accueil, la FAS, la Fédération des affaires sociales de la CSN, eh bien, ce coordonnateur était suffisamment confiant d’avoir un règlement dans sa poche pour annoncer à ses vis-à-vis qu’il allait de ce pas demander la suspension de la grève pour qu’on puisse terminer ce travail. Semble-t-il que son avis a été renversé. Ce sont des choses qui arrivent et que c’est à d’autres d’expliquer. Par conséquent, la grève a été déclenchée la nuit dernière par la Fédération des Affaires sociales de la CSN, essentiellement dans le secteur hospitalier. En soi, c’est dramatique si ça devait durer plus que très peu de jours; ça pourrait vite prendre certains aspects tragiques à cause de toute l’usure que des mois de harcèlement ont déjà fait subir aux établissements impliqués. Donc, c’est pas facile d’affronter ce qui nous arrive, mais il y a trois choses là-dessus que je voudrais quand même souligner, si vous me le permettez. Ce n’est pas une consolation, mais à comparer avec d’autres sociétés un peu partout hélàs et dans presque tous les continents, où il y a des gens qui s’entretuent, où il y a d’innombrables autres gens qui meurent de faim, c’est quand même pas la fin du monde, en tout cas sûrement pas tout de suite. Je tiens à vous assurer tous, aussi bien les syndiqués impliqués dans le conflit que vous tous partout qui vous sentez les otages dans ce conflit, que le gouvernement ne reculera pas d’un pouce sur la loi qu’il a passée, qu’il fera appliquer cette loi avec toute la fermeté requise et, comme on dit, avec le suivi, aussi c’est-à-dire, jusqu’au bout. Entre autres et avec l’espoir qu’il ne sera pas nécessaire d’aller plus loin, les amendes prévues seront imposées à ceux qui refusent de respecter la loi, de la même façon qu’une contravention pour excès de vitesse ça doit se payer, et il me semble que, dans ce cas-ci, c’est au moins aussi important! Il faut souligner aussi que le tableau d’ensemble pour aujourd’hui, on me permettra de le dire, a quand même plusieurs aspects réconfortants. À l’Hydro-Québec, qui ne fait pas partie du front commun, qui n’est pas couverte par la loi de la semaine dernière, par exemple, il y avait un débrayage d’une journée aujourd’hui mais, d’après tous les rapports qu’on m’a confirmés, ça s’est passé sans affecter aucunement ce qui est le service essentiel de l’Hydro c’est-à-dire, la fourniture du courant. De même, l’ensemble des employés de la fonction publique, qui eux sont couverts par la loi de la semaine dernière, une loi qu’ils ont décidé de suivre depuis le début, étaient au poste aujourd’hui encore, à peu près sans exception. Et aussi, dans les collèges et les commissions scolaires qui font partie du front commun, le respect de la loi a prévalu et, sauf erreur, tout le monde était à son poste également. Et à ce propos on peut se demander comment se fait-il que, encore ce matin, dans plusieurs journaux, on racontait que le respect de la loi n’avait remporté que 52 % des suffrages dans le vote qui a été pris, alors qu’en réalité il me semble que c’est important de le savoir pour la considération que ça mérite sur 60000 enseignants, environ 34000 votants ont appuyé sauf erreur, le respect de la loi à 67 %. Maintenant, d’autre part, dans le secteur de la santé lui-même, celui qui est directement affecté depuis la nuit dernière, je tiens aussi à dire que les membres des syndicats d’infirmiers et d’infirmières ont massivement, sinon peut-être sans exception, mais massivement, respecté la loi et sont demeurer au travail. Tout ça n’empêche pas que dans une foule d’hôpitaux, de centres d’accueil, de CLSC, il y a eu débrayage la nuit dernière mais là encore, ce qui, bien entendu, n’est pas une consolation là non plus, il faudrait tout de même commencer par respecter les faits. Et les faits compilés et vérifiés à cinq heures cet après-midi, c’était que sur 220 de nos hôpitaux, le total de nos hôpitaux ou à peu près 220, 78 étaient en débrayage et que sur 518 autres établissements, de ce qu’on appelle le réseau des affaires sociales, 80 étaient également en débrayage, ce qui donne comme total des grévistes pour tout le réseau des affaires sociales 38000 personnes sur 125000 salariés, c’est-à-dire moins d’un tiers. Et dans les établissements qui sont syndiqués avec la CSN qui a déclaré la grève, c’est moins ou en tout cas pas plus de 50 % des établissements et 50 % aussi des syndiqués qui ont fait ce débrayage à la suite de votes qui avaient été tenus par moins de la moitié des électeurs, si on veut, c’est-à-dire des syndiqués inscrits sur les listes. . Evidemment, et ça c’est une chose que je comprends, hélàs, parce que j’ai été journaliste assez longtemps moi-même, ce genre de précision, ce n’est pas assez pour faire tout le suspense, tout l’énervement et les manchettes, dont certain croient avoir besoin. Autrement dit, ce n’est pas une assez mauvaise nouvelle! Et c’est comme ça que ce matin, on nous annonçait catégoriquement en pleine figure: 90000 vont défier la loi. En fait, en fin d’après-midi, il y en avait 38000, ce qui est déjà suffisant comme ça. Et pour le moment, jusqu’à nouvel ordre, ça ne va pas du tout dans 158 institutions, c’est-à-dire aussi que des milliers de citoyens parmi les plus fragiles, des malades, des chroniques, des personnes âgées des centres d’accueil, sont plongés dans l’insécurité et l’angoisse et un certain degré de négligence inévitable qui peut devenir objectivement dangereuse. Et ce matin, et encore cet après-midi dans certain cas, même ce qu’on appelle les services essentiels, n’étaient pas fournis; on m’assura, tout de même qu a 6H45, c’était enfin rectifié et que partout les services essentiels au moins étaient assurés. Et là-dessus je me sens obliger de répéter ce que nous avons dit aujourd’hui dans un communiqué: cette grève telle qu’elle est, est à la fois inutile et irresponsable. D’abord, parce qu’en regard des résultats obtenus par la négociation et en regard du peu de temps que cela a pris, toute proportion gardée, c’était non seulement, cette grève, un geste prématuré mais aussi un geste terriblement injustifié. Ces syndicats du secteur hospitalier comme tous ceux de front commun, ils ont des contrats qui ont expiré le 30 juin de cette année, c’est-à-dire, il n’y a même pas cinq mois. Comme point de comparaison, on peut rappeler qu’en 1967, il y a 12 ans, il a fallu deux ans pour régler le cas de renouvellement de contrat avec des enseignants. Avec le front commun en 1972, il a fallu 18 mois et en 1976, 14 mois. Or cette fois-ci 4 mois seulement après l’expiration des contrats – inutile de dire que ça c’est passé surtout après la fin de juillet à cause des vacances – la politique salariale que le gouvernement doit défendre en conscience, elle est sur la table depuis déjà un bon bout,de temps, et puis successivement le Front commun a obtenu des avances, des progrès qui sont probablement sans comparaison, sans équivalent nul part ailleurs sûrement en Amérique du Nord, des progrès comme par exemple le droit de pension à 60 ans, des congés de maternité avec l’équivalent du plein salaire. garanti pour 20 semaines et le droit de prendre en plus un congé sans solde pendant deux ans au besoin. Des primes d’éloignement pour ceux qui sont concernés qui augmentent, et ça c’est déjà sur la table, de 60 %. Et pendant ce temps-là, surtout pendant octobre et début novembre, on travaillait laborieusement, parce que c’est compliqué, des fois c’est chinois à force d’être compliqué et il faut toujours évaluer ce que ça coûte, on travaillait aussi sur les clauses normatives comme on dit, c’est-à-dire celles qui touchent les conditions de travail, le fardeau de la tâche, la sécurité d’emploi, vis-à-vis bien sûr du minimum vital de droit de gérance que doit quand même conserver l’administration des établissements. Et là aussi ça débloquait au point où on pensait très sincèrement, on avait raison d’espérer en tout cas, pouvoir tout régler pour une fois en deça de six mois. Autrement dit, et ça je l’ai admis depuis quelques jours et puis je le répète, on a sûrement fait nous aussi notre part d’erreurs en cours de route, mais la pire probablement, ça été une erreur de confiance. Parce que c’est dans ce tableau qui était pourtant prometteur comme jamais qu’est venue se braquer mordicus, décidée selon tout apparence longtemps d’avance contre vents et marées, la décision de faire une grève générale illimitée à compter de mardi dernier le 13 novembre. Evidemment, tout le monde l’a remarqué c’était une date assez hautement, même assez cyniquement politique juste à la veille d’élections partielles que vous avez peut être déjà oubliées, ce qui n’est pas tout à fait mon cas. Mais le pire, ce n’est pas ça, c’est qu’à mesure que cela s’en venait on a convenu de bonne foi, en tout cas nous on était de bonne foi, de faire l’effort d’une accélération presque folle des négociations. Un vrai marathon, jour et nuit. Ce qui fait que dimanche le 11, dimanche de la semaine derniere, on était très près d’UN règlement ou du moins pas loin du règlement. Et c’est alors, dimanche, en compagnie de quelques-uns de mes collègues, que j’ai demandé aux trois chefs des centrales syndicales, MM. Rodrigue de la CSN, Laberge de la FTQ et Gaulin de la CEQ, d’accepter un moratoire de quelques jours seulement pour qu’on ait la chance d’aller jusqu’au bout des négociations. Ils ont refusé. Et c’est alors, et je vous assure que ce n’était pas de gaité de coeur, qu’on s’est senti en conscience forcé pour la première fois de présenter au parlement ce qu’on appelle une loi d’exception, la loi 62. Quand on fait ça, tout le monde le dit, on change les règles du jeu et c’est vrai. Les dirigeants syndicaux ne tarissent pas de reproches et même d’injures souvent à ce propos, et ça et là il y a aussi des savants commentaires qui sont également très sourcilleux sur ce point. Mais dans ces fameuses règles du jeu, est-ce qu’il y a seulement, uniquement, exclusivement le droit pour les dirigeants syndicaux et l’appareil q ‘ils contrôlent de faire la grève à volonté, de façon générale et illimitée, à partir de mandats pas toujours très clairs et pas toujours bien expliqués qui ne reflètent guère la démocratie vivante dans le monde syndical; et là je répète à peine, ou un peu plus, ce que vient de dire et ça été réconfortant de le lire, il y a à peu près une heure ou deux cela m’est arrivé, ce que vient de dire un des coordonnateurs, un des dirigeants syndicaux les plus importants du Québec, le secrétaire général de la FTQ, coordonnateur du Front commun, et je cite ce passage où M. Daoust dit: [ Il nous semble impérieux, d’entourer le déclenchement d’une grève dans le secteur public et para-public et particulièrement dans le secteur hospitalier, d’infinies précautions et la plus élémentaire de celles-ci et c’est là que l’exercice de la démocratie syndicale prend tout son sens, c’est de vérifier si les mandats obtenus au moment où le dossier de la négociation justifiait de poser un vote de grève, si ces mandats ont la qualité et la valeur lorsque le dossier global des négociations a connu un avancement qui laisse poindre à l’horizon un règlement possible à court terme. C’est pour ces raisons, ajoute M. Daoust, que le groupe FTQ à l’intérieur du Front commun a décidé de ne pas se lancer dans une action de grève et de poser un geste de responsabilité en priant tous ces membres de demeurer au travail ».] Parce qu’au fond est-ce qu’il n’y a pas d’autres droits aussi, entre autres, celui souvent d’une majorité des syndiqués eux-mêmes, d’être informés complètement, ce qui demande des négociations complètes quand même, et alors, de pouvoir se prononcer là-dessus d’une façon qui est éclairée. Et en plus, dans un secteur aussi délicat, aussi exposé à l’inhumanité si on prend pas garde, est-ce qu’il n’y a pas aussi d’autres droits qu’on ne doit pas fouler au pied comme si ça n’existait pas? Parce que le droit de grève dans le secteur public qui existe depuis 1964, il ne faut pas oublier qu’on cherche depuis le début des aménagements, des balises, par exemple quand on parle des services essentiels, on a essayé deux, trois formules, on cherche des moyens de rendre ce droit de grève vivable, tolérable. Jusqu’ici nous n’avons pas réussi. Or, c’est un autre aménagement qui est simplement provisoire, que la loi 62 que nous avons fait adopter la semaine dernière. Cette loi n’a pas enlevé le droit de grève, elle l’a simplement suspendu pour quinze jours, afin d’avoir ce moratoire qui nous avait été refusé pour pouvoir déposer des offres finales et donner à tous les syndiqués la chance démocratique de pouvoir voter en connaissance de cause. Donc, c’est vrai que la loi 62, c’est un aménagement qui est venu en cours de route, sous la forme d’une loi d’exception, mais pour tâcher de baliser quelque chose qui sans doute – en tout cas, c’est mon humble avis – devrait faire partie des règles permanentes dans ce domaine, et j’ai comme l’impression que sur ça et bien d’autre chose, on n’a pas fini de discuter et de chercher pendant les mois qui viennent. Et quoi qu’il en soit, cette loi 62, loi de simple moratoire, a été votée à l’Assemblée nationale à l’unanimité moins une voix et beaucoup ont tenu à dire qu’à leur avis ça n’allait pas assez loin. Qu’on l’ait dénoncée chez ceux dont elle entravait temporairement l’action, c’est normal, ça passe; mais que des dirigeants syndicaux se jettent dans le défi de la loi et l’appel à la désobéissance civile, ça ne peut pas et ça ne doit pas être toléré et ça ne sera pas toléré. Tant qu’on est dans une société où la loi prime, jusqu’à ce qu’on la change, il n’est pas possible de laisser aller à leur guise ceux qui se pensent au-dessus ou au-delà des lois. Ainsi, le président de la CSN, avait sûrement raison de proclamer hier soir quelque chose comme ceci: [« les gouvernements ça passe, mais la CSN ça reste ».] C’est exact. Les appareils syndicaux ont l’habitude de survivre indéfiniment aux gouvernements qui passent, mais l’Etat et le parlement sont faits pour durer autrement plus longtemps que tout ça. Et de même aussi, j’en suis sûr, leur capacité démocratique de tenir tête à quelque défi que ce soit. Maintenant tout cela étant dit, est-ce qu’objectivement, la grève illégale menée à peu près exclusivement par une partie minoritaire des syndiqués Front commun de la CSN, sans pouvoir être justifiée, pourrait être expliquée par une mesquinerie excessive des offres patronales qui sont sur la table, sans compter les quelques compléments qui venaient encore la nuit dernière? Je laisse les citoyens juger, et les citoyens ça comprend aussi les syndiqués, et je dois vous dire dès le départ que ce que je vais vous expliquer rapidement, c’est presque gênant, parce que c’est à peu près l’extrême limite qu’on peut se permettre si on ne veut pas acheter la paix à tout prix. Tous les syndiqués du Front commun, et ça ira aussi vers les gens de la Fonction publique etc. tout le monde aura d abord ces mêmes droits. La sécurité d’emploi je la mentionne en passant: elle est totale, à peu près complètement totale pour les enseignants de la CEQ avec une nouvelle formule; et en plus totale, absolument, et ça ne court pas les rues dans la société, pour tous, y compris les employés d’hôpitaux. Les congés de maternité de 20 semaines, et ça,ça s’applique à tous, – enfin, le congé de maternité forcément, à la moitié de l’humanité présente dans le Front commun. Le pouvoir d’achat, c’est-à-dire une forme d’indexation, le pouvoir d’achat, nous avons offert et je pense qu’il faut le souligner dramatiquement, de le protéger à 100 %, pas un sou de perdu en pouvoir d’achat pendant trois ans. Et à part des exceptions, qui sont vraiment des grosses poches que personne ne peut suivre à la trace, qui dans la société peut être sûr que pendant trois ans son pouvoir d’achat pourra être protégé à 100 % sans la moindre perte? Et ça va moins loin pour ce qui est des augmentations permanentes, c’est-à-dire, c’est un pouvoir d’achat protégé à 100 % pendant trois ans, mais on ne peut pas donner ça sur une échelle comme on dit dans le jargon, c’est-à-dire de façon permanente, jusqu’à la fin des jours de chacun, parce que forcément on n’y arriverait plus, les écarts s’étireraient à l’infini. Alors, il y a une augmentation permanente qui est plus faible, pour certains surtout des salaires qui sont le plus en avance que tous les autres dans la société, mais tout ça, même si le salaire permanent connaît une augmentation plus faible, des augmentations permanentes qui sont plus faibles que les escalades qu’on a connues avant, il y a quand même assorti à ça une guarantie à 100 % pour tout le monde du pouvoir d’achat pendant trois ans. Maintenant, ça va plus loin que ça, en ce qui concerne ce qu’on appelle dans le jargon, les taux de base, et ça ça touche directement les employés d’hôpitaux. Les taux de base sont à la Fédération des Affaires sociales de la CSN, les hôpitaux, les centres d’accueil, les salaires les moins élevés, ceux qui sont le moins payés, c’est le salaire minimum, ces établissements là, les travaux ménagers, etc… dont l’équivalent se trouve partout dans la société. À 38 3/4 heures par semaine à partir du premier juillet, rétrocactif au premier juillet, le taux de base sera de $ 217.78 et inutile qu’il va monter régulièrement et substantiellement en 1980-81 et 1981-82, il y a des discussions qui étaient encore sur la table là-dessus. Et au premeir juillet de cette année il sera donc à $ 217.78 par semaine. Une personne qui gagne simplement, et il y en a des dizaines de milliers au Québec, le salaire minimum, le plus élevé à peu près en Amérique du Nord, qui est celui du Québec: $ 3.47/heure pour 40 heures, son salaire équivalent c’est $ 138.80, contre $ 217.78. Et même les syndiqués du secteur privé qui ont des emplois équivalents, sont 21 % moins élevés avec une moyenne d’environ $ 167.00 par semaine contre $ 138.80 pour ceux qui sans autre protection syndicale ont simplement le salaire minimum général et travaillent 40 heures par semaine. Contre 38 3/4 heures au ler juillet qui donnent $ 217.78, avec les dernières offres, et il y a encore des ajustements qui étaient possibles quand on a déclaré la grève pour tous ces employés au taux de base. Maintentant, pourquoi est-ce qu’on ne peut pas aller plus loin? il me semble que ça saute aux yeux qu’en tenant compte du fait que personne ne se met riche avec $ 217.00 et qui deviendra $ 230.00 etc… que si on compare avec les autres qui payent les impôts, qui gagnent leur vie, il est évident qu’il serait difficile d’aller plus loin sans devenir profondément injuste par les écarts qui continueraient à s’élargir dens la société. Et ce qui est vrai pour ce taux de base, c’est-à-dire le plus bas des salaires, ça se répercute tout le long en montant dans la pyramide. Puis, il y a une autre raison après celle-là qui est fondamentale: il y a une limite à partir de laquelle on atteint quelque chose qui est ignominieux et qui devient de l’injustice sociale, du privilège excessif. Et puis la raison supplémentaire qui est qu’il y a une limite à ce que peut porter le budget. Le budget du Québec c’est au-delà de 45 % du total qui est représenté par les salaires, 45 % et ça maintient un déficit qu’on a essayé de ramener plus ou moins à 10 % des opérations budgétaires, autrement dit il y a 10 % de ce qu’on prévoit comme opérations budgétaires qui est nécessairement consacré à un déficit, c’est normal dans le monde d’aujourd’hui, ou à peu près. On l’a ramené à des dimensions à peu près normales depuis trois ans mais on ne peut pas aller beaucoup plus loin que ça. Or déjà, il y a un budget supplémentaire qu’on va publier, il y a toujours des budgets supplémentaires, il y a un premier budget, ensuite, il y en a un ou deux supplémentaires pour rencontrer les besoins qu’on n’avait pas prévus, ou des besoins qui se sont développés plus qu’on pensait. D’ici quelques jours, il va y avoir un budget supplémentaire de $ 428000000 qui va être présenté en chambre pour fournir des services par exemple de garderie, qui doivent être développés, pour additionner un peu au service de protection de la jeunesse, pour permettre un tout petit peu plus d’efforts du côté économique et je vous assure qu’il n’y en a pas plus qu’il en faut. Pour rencontrer certains chiffres qui avaient été mal calculés par exemple dans le domaine des Commissions scolaires, on pensait que la dénatalité avait baissé le nombre d’élèves beaucoup plus qu’il ne l’a baissé en réalité, on se ramasse avec $ 75000000 qu’on ne peut pas comprimer parce qu ‘il y a plus d’élèves qu’on n’avait calculé au début de l’année. Tout ça ça fait $ 428000000 mais ça ajoute au déficit qui est déjà là environ $ 65000000 de déficit additionnel et sans compter tout le reste, les offres qui ont été faites, beaucoup plus, les offres additionnelles de ces derniers jours ajoutent encore un autre $ 20000000 qu’on peut absorber mais il y a une limite à ce qu’on peut absorber à ce déficit. Et tout ça sur la base de 45 % des revenus de l’Etat qui passent en salaire. Maintenant, il y a des gens qui nous disent: [« Oui mais l’enrichissement, pourquoi on n’aurait pas notre part, c’est un droit acquis ».] Pendant les conventions antérieures on avait droit à 2 % en plus de tout le reste, 2 % d’enrichissement par année. Je dois dire, qu’il n’y a pas un seul des droits acquis et même la plupart du temps les taux augmentent, aucun des droits acquis véritables n’a été éliminé et aucun qu’on a prétendu éliminer dans les négociations du côté de l’Etat ou des employeurs. Seulement l’enrichissement ce n’est pas un droit acquis, c’est un droit acquis quand la société s’enrichit, le mot le dit. Mais quand la société ne s’enrichit pas, où est-ce qu’on le prend cet enrichissement? Or, en 1977 je prends les trois dernières années et l’année qui vient, en 1977 l’enrichissement a été très exactement de 0.2 %, en 1978 1.3 %, en 1979 c’était mieux 1.3 % et en 1980 les prévisions optimistes sont de 0.2 % et c’est très optimiste. Ce qui veut dire qu’il n’y a même pas eu 2 % d’enrichissement total en 4 ans; pas par année, en 4 ans. Et aux États-Unis, ça donne une idée, on sait à quel point on dépend pour à peu près toute notre économie des marchés extérieures, on doit être une économie ouverte, on doit vendre, on doit acheter, et on vend surtout en Amérique du Nord, eh bien aux États Unis, ce qu’on prévoit c’est une baisse de l % du P.N.B., avec le prix du pétrole partout comme ailleurs qui va monter, avec le 15 % d’intérêt, avec la situation économique générale, à l’échelle internationale, les Américains prévoient déjà une baisse solide de l’enrichissement collectif, et nous il est fort possible que ça soit très fragile, de prévoir qu’on ne s’appauvrira pas plus que ça. Quand il n’y a pas d’enrichissement, où est-ce qu’on va aller le chercher pour un groupe en particulier? On va aller le chercher dans la poche des autres qui s’appauvrissent en les appauvrissant davantage par de la taxation additionnelle et encore une fois élargir des écarts jusqu’au point où la justice sombrerait non seulement dans le ridicule mais dans l’odieux. Il me semble qu’on peut comprendre ça, il me semble, on peut le vérifier. J’ai essayé de mettre uniquement depuis le début les faits sur lesquels on était sûr, à propos desquels ile ne peut pas y avoir de contestation sauf pour ceux qui nécessairement vont contester, ou contestent toujours parce que ça fait leur affaire. Mais qu’on le veuille ou non, brutalement l’essentiel des faits c’est là et l’essentiel des faits nous dit qu’on ne peut pas aller plus loin, enfin si marginalement que ce soit mais pas davantage, parce que passé ces limites là l’Etat ce n’est pas seulement un bon employeur, ce n’est pas seulement à peu près le meilleur des employeurs, mais il risque de devenir littéralement un objet de scandale pour tout le reste de la société, au-delà des prix qui sont là ou à peu près à quelques poussières près. On n’a pas le droit d’acheter la paix, c’est déjà presque excessif, et je suis sûr qu’il y a des gens qui doivent dire, et parfois je me le dis moi-même, que ça l’est déjà excessif. Alors, je me permets instamment de répéter un appel à tous les citoyens pour qu’ils appuient le gouvernement sur ce point, pour le reste on aura le temps d’en parler, mais surtout sur ce point-là. Un appel aussi encore une fois aux dirigeants et aux cadres syndicaux et en ce moment tout spécialement à ceux de la CSN, pour leur demander de se resaisir et de convaincre leur machine de grève de s’arrêter parce qu’il y a des ressacs, et ce n’est pas du chantage ça, c’est une constatation il faut avoir simplement les yeux ouverts et les oreilles ouvertes pour la faire, parce qu’il y a des ressacs très graves qui pourraient s’en venir dans la société. Et de toute façon je voudrais faire appel à tous l’ensemble des syndiqués, pour qu’ils exigent des appareils et des dirigeants un minimum de considération pour l’ensemble de leurs concitoyens, sans oublier le respect de la loi. Je suis sûr qu’avec un minimum de réflexion nous sommes capables de sortir de cette ornière catastrophique dans laquelle on s’est enfoncé dans le secteur public et para-public depuis quinze ans et qui constitue un échec lamentable non seulement pour les gouvernements qui passent, non seulement pour le syndicalisme lui-même, mais pour toute la société québécoise. Je suis sûr que nous en sommes capables et qu’on sera tous non seulement soulagés, mais pas mal fiers si on peut réussir ça au plus vite.

[[QLVSQ19800908] [CONFÉRENCE FEDERALE-PROVINCIALE DES PREMIERS MINISTRES SUR LA CONSTITUTION DECLARATION D’OUVERTURE DE MONSIEUR RENE LEVESQUE PREMIER MINISTRE DU QUEBEC Ottawa du 8 au 12 septembre 1980] Monsieur le président, nos rencontres de cette semaine, comme tout le travail fiévreux qui s’est déroulé cet été depuis la réunion du 9 juin où vous nous avez pressés si fortement de remettte en marche ce qu’on a appelé la caravane constitutionnelle, tout ça, vous l’avez noté, découle directement du référendum du Québec et de ses résultats. Il y a d’autres facteurs qui entrent en ligne de compte, c’est bien sûr, mais tout esprit de bonne foi admettra que c’est celui-là qui a compté d’abord et avant tout, qui a été en quelque sorte le déclencheur. Or, ce référendum, de quelle façon a-t-on convaincu une majorité de citoyens de considérer comme le prétendait un slogan, que leur non serait québécois. Bien sûr, c’est en prenant des engagements dont sûrement les plus spectaculaires — sinon les plus précis ont été ceux du Premier ministre fédéral lui-même. À moins d’une semaine du référendum monsieur Trudeau disait ceci au Centre Paul Sauvé à Montréal:[ « Je m’adresse solennellement aux autres Canadiens des autres provinces, nous mettons notre tête en jeu, nous, du Québec, quand nous disons aux Québécois de voter non. Nous vous disons que nous n’acceptons pas qu’un non soit interprété par vous comme une indication que tout va très bien et puis que tout peut rester comme c’était avant. Nous voulons des changements. »] Dans ces propos imprécis, mais hautement pathétiques, le Premier ministre fédéral, en s’adressant au reste du Canada, laissait donc entendre que les intérêts et les aspirations du peuple québécois auraient une bonne place dans le renouvellement constitutionnel. Un Québécois de bonne foi avec une bonne tête sur les épaules, c’est cela qu’il devait comprendre. Et il faut ajouter aussi, en plus, les promesses de tous les partisans du non qui étaient réunis sous leur comité- « parapluie », il faut ajouter les interventions pressantes et solennelles de certains de nos collègues des autres provinces, parmi lesquels, on s’en souviendra, une des plus éloquentes sarement fut celle du Premier ministre de la Saskatchewan. Alors, si on met tout ça ensemble, qu’est-ce qu’on a pu comprendre chez nous? À quoi étions-nous et à quoi sommes-nous toujours en droit de nous attendre à la suite du non majoritaire du mois de mai? Moi, je crois que la meilleure réponse on la trouve en deux lignes dans cette phrase que mes collègues de toutes les autres provinces, unanimment, lors de la conférence de Winnipeg, le mois dernier, ont eu la loyauté, la simple loyauté d’accepter d’inscrire dans notre communiqué conjoint. Le communiqué de Winnipeg dit [« qu’il y a accord sur la nécessité de remplir les promesses qui ont été faites au peuple du Québec, à savoir qu’il y aurait des changements constitutionnels qui répondraient à leurs aspirations. »] Jusque là il me semble que c’est assez clair, seulement quelles sont-elles ces aspirations des Québécois? Celles qui rejoignent non seulement une majorité de ceux qui ont voté non mais aussi, comme un minimum vital, tous ceux qui ont voté oui. Chacun d’entre nous autour de la table a des priorités. Ces priorités ne sont pas nécessairent irréconciliables, loin de là, il y a même eu des consensus pendant l’été qui.étaient assez impressionnants mais chacun de nous a le devoir de faire valoir ses priorités lorsqu’elles sont essentielles et de les défendre jusqu’au bout, au nom de la province qu’il représente. Et bien comme les autres le Québec a ses priorités et il ne faudrait surtout pas que les autres s’imaginent qu’il les a oubliées ou qu’il les a abandonnées au lendemain du référendum. Au contraire, puisqu’on nous a clairement laissé entendre que ces aspirations ou ces priorités auraient des chances meilleures que jamais de se réaliser, si la majorité acceptait par son vote de maintenir le lien fédéral. Evidemment, d’ailleurs le Premier ministre de l’Ontario vient lui aussi de déborder quelque peu le cadre des douze sujets, ce que je dis là dépasse les douze sujets qu’on nous a quelque peu dictés le neuf juin dernier et que nous avons devant nous. Je suis sûr que l’immense majorité des Québécois vont se reconnaître dans ce que je vais dire brièvement à propos des aspirations et des priorités. Poux commencer par le commencement, le Canada fédéral est venu au monde au siècle dernier d’abord et avant tout pour permettre à deux peuples distincts de s’associer. Ce qui ne diminue en rien l’importance ni l’originalité profonde des Maritimes dont on devait tenir compte aussi, il y avait quatre provinces fondatrices, mais d’abord et avant tout je le répète, le fédéralisme a été le fruit d’un compromis, sans lequel jamais le peuple québécois, sans lequel jamais la nation française dont le Québec est la patrie n’aurait accepté le nouveau régime. Nous sommes seuls de notre espèce, nous, sur un continent dont tout le reste était et demeure destiné à jamais à parler une autre langue et à vivre une autre culture, et c’est pour cette raison que le Québec exigeait à tout le moins, dès le début, d’avoir bien à lui, exclusivement à lui, un parlement démocratique dont les pouvoirs seraient souverains dans les domaines qui paraissaient à l’époque essentiels au maintien et à l’épanouissement de son identité nationale. Inutile de dire que ces pouvoirs sont encore essentiels, et en particulier en ce qui concerne la politique linguistique et l’éducation, il ne saurait être question d’en priver d’aucune façon notre Assemblée nationale, ni de les soumettre si peu que ce soit à des décisions extérieures. Et ceux qui voudraient d’aventure agir ainsi en nous passant par-dessus la tête, je dois dire très simplement qu’ils ne seraient pas sortis du bois. Autre chose, je pense que tout le monde est d’accord là-dessus, on s’est rendu compte en cours de route que plus le temps passait et moins ces pouvoirs définis il y a plus de cent ans pouvaient suffire au développement satisfaisant de nos sociétés et en particulier de la société québécoise. L’évolution qui nous emporte tous surtout depuis la deuxième guerre mondiale, nous a amenés veut, veut pas, comme on dit chez nous, à nous apercevoir que le vieux moule fédéral était dépassé. Et c’est ainsi qu’on s’est mis à parler de revision ou de renouveau constitutionnel et à multiplier les tentatives qui toutes jusqu’à présent ont avorté. Ici je ne prétendrai pas parler pour les autres, je dirai simplement qu’en ce qui nous touche, nous, les Québécois, ces tentatives ont échoué, parce qu’elles passaient tout bonnement à côté de l’essentiel et l’essentiel, la clé pour nous, s’appelle le partage des pouvoirs. Ça fait au moins trente ou quarante ans, à mesure que notre société se modernisait qu’elle sentait le besoin de s’équiper d’instruments nouveaux ou plus complets, que tous les gouvernements du Québec sans exception n’ont cessé de les réclamer ces instruments. Il s’agit par exemple de ce que mon prédécesseur immédiat monsieur Robert Bourassa appelait la souveraineté culturelle, qui comprend entre autres les communications. En 1867 les communications c’était le télégraphe: le télégraphe n’a pas une énorme importance sur l’identité des gens, seulement aujourd’hui on est dans la galaxie des télécommunications, prolongement quotidien, pour le meilleur ou pour le pire, de l’éducation académique, c’est-à-dire que toute la vie aussi bien individuelle que collective est touchée, c’est le coeur de ce qu’on appelle l’éducation populaire, c’est important pour l’identité d’une société distincte. Il s’agit également dans ces besoins de changements de pouvoir, d’instruments et de moyens de développement économique, c’est au coeur des préoccupations en ce moment, et on sait pourquoi, de tous nos concitoyens, partout. Or, ces pouvoirs, ces instruments et ces moyens de développement économiques, le Québec en a besoin non seulement parce. que son gouvernement, comme tous les gouvernements provinciaux, est plus proche des problèmes aussi bien que des occasions de développement, mais aussi parce qu’il représente une société qui est aussi nord-américaine que les autres, mais également fonciérement distincte, ce qui la rend moins mobile, un Québécois francophone est moins mobile que n’importe quel autre canadien, c’est normal. Celà exige par conséquent, que cette société ait un maximum de chances et d’outils de progrès chez elle, à la maison si vous voulez, et entre ses mains. Enfin, il s’agit d’obtenir une marge de manoeuvre beaucoup plus étendue en matière de politique sociale. Ça tombe sous le sens. Quand une société est différente, forcement les approches et les priorités peuvent aussi être différentes. Un régime politique qui n’en tiendrait pas compte tomberait assez vite dans l’absurdité. Donc, tout renouvellement puisque c’est de ça que noua venons parler ici, tout renouvellement du régime pour être valable, je dirais même pour être viable pour le Québec, doit passer par une telle reconnaissance pratique, une reconnaissance concrète de son identité nationale et des exigences qu’elle comporte pour l’avenir. Il va sans dire – ça devrait aller sans dire – mais sans doute est-il mieux de le souligner parce qu’il y en a qui pourrait l’oublier, il va sans dire que le peuple québécois pas plus qu’aucun autre peuple au monde ne saurait songer un instant à abandonner le droit. qu’il a et qu’il aura toujours de continuer à décider librement de son destin. Il est évident que tout ne sera pas réglé nomme il se doit pendant cette semaine. D’autant plus que les douze sujets qui sont devant nous sont fort loin d’embrasser tout ce que je viens d’évoquer. Mais il y en a quelques-uns qui y touchent de prés, et qui nous permettront de voir si c’est bien dans cette perspective que l’on prétend s’engager. Comme on l’a souligné au mois de juin quand le Premier ministre fédéral nous dictait cette liste, il s’est agi pendant tout l’été et il va s’agir ces jours-ci encore d’un test, qui, a notre avis, ne saurait d’aucune façon être considgré comme final quels qu’en soient les résultats. Et je dois dire tout de suite, quant à nous, et pour refléter l’opinion unanime de l’Assemblée nationale du Québec qu’il n’y aura pas cette semaine -ou je me trompe fort – des résultats suffisants pour justifier un rapatriement hâtif de la Constitution. Ce fameux rapatriement, en effet, n’est pas tout bonnement un beau geste décolonisateur. Ce genre de simplisme est assez dangereux, – il y a toujours de terribles simplificateurs partout dans le monde, – c’est dangereux ce genre de simplisme qui nous raconte que c’est arriéré, presque scandaleux, de laisser ce vieux papier important, central, de laisser ce vieux papier traîner en Angleterre plutôt que de le ramener à Ottawa tout de suite. Parce que si on est vraiment sérieux en parlant de renouveau, ce n’est pas ce vieux papier symbolique qui importe avant tout, on pourrait même le laisser là-bas c’est un nouveau contrat qu’on est censé négocier, même e’il n’est pas complet et. mème si toutes les clauses ne sont pas paraphées, il faut voir d’abord clairement si ce nouveau contrat se présente bien et si tout le monde y met concrètement de l’ouverture d’esprit et de la bonne foi avant de signer quoi que ce soit. Or, un rapatriement c’est une sorte de première signature, il ne faudrait. pas l’oublier. Il a toujours été convenu, c’est une tradition établie, enracinée, qui est une excellente tradition de prudence, que tout rapatriement constitutionnel devait exiger l’unanimité. Et de plus, si je pense au précédent historique de 1964-1967, est-ce que ça n’aurait pas été non seulement préamturé mais proprement ridicule pour les représentants des provinces fondatrices d’arriver à Londres en disant quelque chose comme ceci: on sait pas très bien ce qu’on veut, on n’a vraiment rien réglé de fondamental, mais vous en faites pas ça va s’organiser! Et je voudrais dire un mot en terminant, de la bonne foi et de la crédibilité. Après notre référendum au Québec, nous, au Gouvernement du Québec, nous avons dû effectuer un virage. Et ça a été un virage douloureux – je ne vous le cacherai pas – mais nous l’avons fait, ce virage et depuis trois mois, sans rien cacher à personne, en pleine lumière avec même une commission parlementaire pour faire rapport. Nous avons travaillé honnêtement et assidüment à cette nouvelle tentative de renouvellement, mais je dois le dire comme je le pense, et je ne suis pas le seul autour de la table, on est obligés de se demander aujourd’hui s’il y a eu aussi un virage quelqu’il soit chez nos interlocuteurs fédéraux. Après des semaines de discussions sur ces à même les fonds publics, après les intentions fracassantes et les tentations unilatérales évoquées ces jours derniers par le Premier ministre fédéral, est-ce que toutes ces longues semaines de discussions intenses pourraient être simplement de la poudre aux yeux pour déguiser des visées aussi centralisatrices que jamais, et le vieux désir, non pas d’augmenter comme il serait nécessaire, de réduire à leur plus simple expression les pouvoirs et la liberté d’action des provinces. J’espère que non, nous espérons tous que non, mais on admettra que le question se pose quand même. je vous remercie, monsieur le président.

[[QLVSQ19801018] [Union des Conseils de comté Discours du Premier ministre Samedi, 18 octobre 1980 Centre municipal des congrès] M. le Président d’assemblée, M. le Président de l’Union des conseils de comté, mesdames, messieurs, j’avais vraiment pas fait de calculs sournois quels qu’ils soient en fonction d’une possible campagne électorale quand j’avais accepté votre invitation mais je dois dire que je regrette quasiment d’avoir pris la décision que j’ai prise quand je vois cette assemblée. Il parait que vous n’aviez pas vu le Premier ministre depuis 1966, c’était Daniel Johnson la dernière fois. Comme je le disais à certains de vos dirigeants tout à l’heure, c’est la première fois depuis 14 ans, j’espère que quand j’aurai fini vous n’attendrez pas un autre 14 ans parce que ça pourrait vous faire passer le goût. Je sais qu’il y a encore des problèmes à régler entre nous. Je suis sûr qu’on peut continuer à les régler comme dans l’ensemble on a réussi à en régler pas mal depuis 3 ou 4 ans. Je voudrais d’abord vous remercier bien sûr de l’invitation que vous m’avez faite, je vous remercie beaucoup de l’accueil avec lequel vous m’avez reçu ce soir, et puisqu’il y a un climat d’anniversaire qui semble régner dans tous les coins, je voudrais me joindre à tous ceux et à toutes celles qui connaissent les mérites, qui savent les qualités et même à l’occasion l’excès des qualités de votre président réélu, M. Moreau, et lui offrir mes bons voeux pour le nouveau mandat qu’il entreprend. On est bien prêt à l’endurer encore pendant un bout de temps nous autres … de peine et de misère! Je voudrais aussi me joindre à ceux qui ont célébré, pour le docteur Janel et pour des représentants y compris M. Perron, qui est disparu cette année même, ceux qui ont fait un quart de siècle, 25 ans de leur vie au service de leurs concitoyens. Moi je dis souvent à des maires quand je les rencontre: quelle que soit la grandeur du village, de la ville, quel que soit autrement dit le niveau de gouvernement, ou le niveau d’admistration publique, les problèmes sont aussi compliqués. Même je me demande souvent si, n’ayant pas l’espèce de protection jusqu’à un certain point, mais c’est de l’isolement aussi, que nous donnent les bureaux du gouvernement, si ce ne sont pas les élus municipaux qui sont ceux qui ont le plus de mérites dans tout ce qui peut concerner, de près ou de loin, la gestion des affaires de nos concitoyens. Tous les jours que le Bon Dieu amène, le maire, les conseillers municipaux sont tous à portée de leurs concitoyens. Moi je sais une chose c’est que j’ai été dans le gouvernement, dans le temps de M. Lesage, aujourd’hui je suis dans un autre emploi qui nous éloigne, qu’on le veuille ou non, qui nous éloigne beaucoup des gens qu’on représente. On fait des efforts pour être là . .. moi dans mon cas par exemple, quand je peux, une fois par 15 jours, je passe une journée dans le comté, c’est ordinairement les journées pendant lesquelles j’ai le plus l’impression de faire un travail dont je sais en tout cas qu’il peut être utile immédiatement. Et je pense que ceux qui ont ce sentiment-là, probablement tout le temps, parce qu’ils sont en contact quotidien avec ceux qu’ils représentent, sont les élus municipaux, c’est-à-dire le niveau d’administration publique qui est le plus proche des citoyens et qui, par conséquent, est probablement au jour le jour le plus utile aux citoyens. Alors, à ceux qui ont mis 25 ans de leur vie, félicitations. Je ne pense pas qu’on dure aussi longtemps au niveau du gouvernement. Félicitations aussi à tous les autres qui continuent à faire ce travail absolument essentiel dans tous les coins du Québec. Je voudrais aussi me joindre avec des voeux de longue vie, et ça il n’y a pas de doute là-dessus, puis de progrès continu aussi, à ceux qui ont souhaité un bon anniversaire quasiment en même temps à notre régime municipal, puis à plus de 300 municipalités qui célèbrent cette année une fête qui porte un chiffre qui est curieusement comme une co?ncidence relié à de l’actualité, c’est-à-dire 125… Pour ce qui est de la survie et du progrès du gouvernement municipal, je me soiviens de ce qu’on nous disait en 1976. Je voudrais vous rappeler une chose, ceux d’entre vous qui n’étaient pas là, on rencontrait vos représentants en 1976 comme c’est normal au moment d’une campagne électorale, et on se faisait parler de 2 choses, et je pense que tous les partis qui étaient dans cette campagne électorale en 1976 ont reçu le même message: il y avait deux clés qu’on nous évoquait constamment en disant: occupez-vous d’abord de ça. On est à la veille littéralement dans le monde municipal du Québec de crever faute de revenus et il faut une marge de manoeuvres additionnelles sinon on va écraser définitivement nos citoyens locaux. Deuxièmement, et ça ça rejoint les revenus, on ne veut pas avoir des revenus qui sont toujours attachés, on veut avoir aussi une marge d’autonomie dans notre administration qui nous échappe de plus en plus. Donc, une marge de manoeuvres financières et puis l’autonomie, enfin plus d’autonomie que ce qui était en train d’arriver à ce moment-là. Je ne sais pas comment les autres ont répondu, mais nous on a, le 15 novembre 1976, on a reçu la responsabilité des citoyens. Et on avait établi un programme d’engagements ou de promesses, comme on dit en temps d’élections, un programme qui était précis mais qui était assez modeste. On avait dit qu’on rendrait les subventions, ces fameuses subventions traditionnelles, qu’on les rendrait statutaires, qu’on les indexerait aussi. Et sur ce plan-là quand on s’est mis à travailler làdessus dès 1977-1978, on s’est rendu compte qu’il fallait aller plus loin, et je pense que vous le savez, on a été obligé d’étendre l’application de ces subventions à des municipalités qui n’avaient pas été couvertes auparavant. Il fallait aussi établir une sorte de péréquation au point de vue de l’impôt foncier, tel qu’il existait à ce moment-là, entre les municipalités pour essayer d’équilibrer un peu les services. Puis finalement on avait aussi comme objectif préliminaire du côté des revenus en général, de faire passer de 1 % de plus, c’est-à-dire de 2 à 3 % le rendement, c’est-à-dire la remise, la redistribution si vous voulez, du rendement de la taxe de vente. Nous n’avions pas osé aller plus loin et nous avions de bonnes raisons pour ne pas oser aller plus loin parce qu’on n’avait pas exercé le gouvernement et on se souvenait que M. Garneau, Raymond Garneau qui était ministre dans le gouvernement de M. Bourassa, pas plus loin que 1975 s’était cru obligé de dire, puis après tout si c’est ça qu’il pensait, c’est ça qu’il devait dire, et je vous cite ce qu’il disait aux municipalités: « Je vous le dis très clairement et très franchement, un partage additionnel des recettes fiscales et des champs de taxation entre le gouvernement et les municipalités est impossible. » C’était une impression à ce moment-là. Alors pas besoin de vous dire que pour nous c’était un peu comme un avertissement par des gens qui avait été au pouvoir pendant 5 ou 6 ans. Et on se disait: on est mieux de ne pas aller trop loin. Et puis on s’est mis au travail pour essayer d’examiner ça chacun son tour. Et je n’ai pas besoin d’ajouter, je pense que vous l’avez assez vécu, vos représentants vous en ont parlé tout le long du chemin, ça n’a pas été facile. Ca nous a pris le plus clair de 2 ans, 2 ans et demi, avec pas mal de tiraillements et je pense que la représentante des Commissions scolaires en sait quelque chose, avec pas mal de tiraillements à essayer de démêler une possibilité de redistribution fiscale. C’est loin d’être tout ajusté mais on est dans la première année complète d’opération de ce changement. Nous avons fait ce changement ensemble, il a été compliqué, canine tous les changements. Mais on y est parvenu. Ce changement nous a permis de faire des transferts qui augmentent substentiellement, je pense, non seulement les revenus, mais qui augmentent ce qui était le plus fondamental, l’autonomie des revenus qui n’ont plus rien de conditionnel surtout pour les 2 gros morceaux qu’on a réussi à mettre là-dedans. D’abord le transfert de l’impôt foncier qui est l’assise historique, le pilier essentiel de l’autonomie municipale au point de vue financier. On a maintenu une seule exception, et je demanderais à Mme Gobeil (des Commissions scolaires) à un moment donné, de me dire si j’ai tort ou si j’ai raison. Mais on a admis une seule exception qui s’appelle les « inadmissibles », dans le domaine scolaire, parce que dans le domaine scolaire eux aussi sont des élus, puisque c’était la seule marge de véritable autonomie fiscale qu’ils avaient. L’impôt normalisé comme on l’appelait, était décidé à Québec. Donc ça ne représentait pas d’autonomie financière, d’autonomie fiscale. On pouvait en avoir l’illusion puisque c’était collecté au nom des Commission scolaires, mais c’était fixé en dehors des Commissions scolaires, enfin il a fallu faire l’effort de substituer les revenus de l’Etat au revenu de cet impôt foncier, finalement il n’y a pas d’autonomie de perdue puisqu’il reste cette marge qui était la seule marge d’autonomie réelle. On a plafonné ces inadmissibles mais on les a plafonnés démocratiquement parce que si à un moment donné les Commissions scolaires sont aux prises avec des problèmes qui demandent des dépenses qui dépasseraient le plafond, il faut alors démocratiquement qu’elles demandent la permission aux citoyens. Quant à nous c’est un critère, je sais que M. Moreau a exprimé des inquiétudes ici au Congrès, quand il disait: [« On va peut-être les voir rentrer par la porte d’en arrière »]. Tant que nous serons là ces critères seront respectés. Ce qui veut dire que l’Etat, en remettant aux municipalités entre 90-95 % du champ dé l’impôt foncier, est obligé d’absorber à partir de maintenant tout le budget régulier des Commissions scolaires avec les augmentations qui viendront. Ca c’est le gros morceau. Je soulignerais aussi une chose, c’est que depuis toujours, ou à peu près je pense, le gouvernement comme propriétaire direct ou comme responsable de ce qu’on appelle les réseaux s’organisait pour payer ce qui s’appelait les en lieux de taxes et que là, tout à coup, avec la réforme de la fiscalité municipale, on est devenu dès la première année d’application, on est devenu un contribuable comme les autres vis-à-vis des municipalités. C’est évident qu’il faut y aller par étapes parce qu’il ne faut pas oublier que le contribuable local, le contribuable provincial et celui que vient siphonner l’autre gouvernement à Ottawa c’est le même gars, c’est la même famille. Ça vient tout de la même poche. Mais il reste quand même que le changement que ça représente c’est simplement ceci: les en lieux, pour employer le jargon traditionnel, c’est-à-dire ce qui remplacerait les taxes que les autorités politiques auraient dû payer sur leurs immeubles, représentaient un montant de $ 35000000, sauf erreur. Cette année, mon collègue, M. Tardif des Affaires municipales, a déjà expédié, à l’échelle du Québec, comme contribuable aux municipalités, $ 150000000 , à la place des $ 35000000 qu’on appelait des en lieux. Quand l’année va être terminée ce sera $ 200000000 puis quand on aura franchi d’autres étapes ce sera autour de $ 300000000. Ce qui veut dire qu’on va devenir des contribuables normaux. En passant, si vous avez l’occasion de faire savoir à un autre gouvernement qui n’est pas tellement loin, l’autre côté de l’Outaouais, s’ils ne pourraient pas eux aussi rationnaliser leur façon de payer pour leurs immeubles, parce qu’ils en ont pas mal, ce serait un moyen de s’aider les uns les autres. Mais tout ça a quand même permis le changement suivant, un chiffre très simple, si on parle de ce que ça a pu apporter comme soulagement à votre contribuable pour des besoins qui vous paraissaient essentiels, en 1979 vous aviez été obligés dans l’ensemble, en moyenne, d’augmenter l’impôt foncier de 9 %, en moyenne. Cette année il n’y a pas eu d’énormes augmentations, la moyenne, au lieu de 9 % l’an dernier, semble s’établir à 1 %. Donc ça a contribué. Et j’espère que ça va continuer à contribuer au moins pendant un petit bout de temps. On a essayé aussi, avec ce qu’on a de moyens, d’aider de façon additionnelles à soulager le contribuable local avec le crédit d’impôt foncier qui est également en vigueur et qui donne une chance à ceux qui sont moins fortunés. Ça fait partie d’un effort qu’on fait depuis 3 ans, pas seulement dans ce domaine-là, pour remettre de l’argent aux contribuables moyens mais surtout aux contribuables modestes. Et c’est un effort qui doit continuer. Certains disent qu’il va falloir se serrer la ceinture. Bon, autant qu’il est humainement possible, ce qu’il faut serrer comme ceinture c’est la ceinture des dépenses publiques, ça c’est vrai, à tous les niveaux. Essayer de couper des dépenses inutiles, ou des dépenses qui sont moins utiles. Il faut qu’on fasse tous un effort pour essayer de comprimer, le plus possible, les dépenses qui peuvent l’être, celles qui ne sont pas came on dit en jargon des incompressibles. La même chose pour certains programmes qui sont dépassés. Parce que vous savez, il n’y a pas de pire habitude dans l’administration publique, c’est vrai dans le municipal, c’est vrai au provincial, c’est vrai partout, que cette habitude qu’on prend de dire: ça fait 20 ans que c’est comme ça donc pourquoi ça changerait ? Et surtout quand il y a des « jobs » attachés à ces programmes, une espèce de sécurité d’emploi, couverte par l’espèce de promesse d’éternité. Pourtant quand ça a fait son temps et que l’argent qui va là n’est pas aussi utile qu’il l’était 15 ou 20 ans avant, pourquoi ne serait-il pas utilisé ailleurs ? Il y a moyen de transférer certaines dépenses. Mais il faut arrêter de les laisser s’accumuler les unes par dessus les autres. Comme une espèce de sédimentation qui s’accumule tout le temps. Il y a une limite pour les contribuables. On le sait on est tous contribuables. Par exemple, depuis deux ans, on essaie à Québec d’avoir au niveau des effectifs de la Fonction publique ce qu’on appelle une croissance zéro. Je pense qu’on va y arriver; on est à peu près rendu là. Autrement dit s’il y a des gens qui s’en vont on peut les remplacer mais il s’agit de trouver le moyen d’ajuster les emplois de la Fonction publique de manière à ce qu’on arrête d’avoir des augmentations comme il y en avait encore il y a quelques années qui étaient de 3 ou 4 % par année et comme il y a encore à d’autres paliers de gouvernements. Il faut que ce soit la même chose aussi dans ce qu’on appelle les réseaux, c’est-à-dire dans le domaine des hôpitaux, des affaires sociales et dans le domaine de l’éducation. Je pense que vous admettrez que la même chose devrait s’appliquer de plus en plus dans le domaine où vous avez été élus pour administrer. Qu’on essaye de ne pas laisser partir les dépenses pour la gloire. Et Dieu sait que ça devrait s’appliquer aussi dans un domaine gouvernemental qui nous parraît toujours loin parce qu’on ne les a pas directement en contact avec nous. C’est-à-dire le Fédéral. On paie là aussi. On paie même tellement qu’on s’arrange nous à Québec et vous autres dans les municipalités avec ce qui reste quand ils ont fini de se servir. Et vous savez que d’ici quelques jours on va avoir des nouvelles qui risquent d’être cruelles de ce côté-là. Et ce qu’on va avoir au point de vue économique dans le budget qui s’en vient d’ici quelques jours ça risque d’être cruel aussi. Et je voudrais bien que les gens se rappellent des fois que ce gouvernement-là lui aussi est sensé être responsable. Nous passons notre temps à répondre a des questions qui devraient s’adresser à eux. Par exemple, la dernière ligne ouverte que j’ai faite, j’ai reçu entre autres deux appels téléphoniques, un d’une dame qui se demandait qu’est-ce qui arrivait du côté des pensions des vétérans, et elle refusait d’admettre qu’il fallait qu’elle s’adresse à son député fédéral parce que pour elle nous somme le gouvernement. Mais j’ai dû lui dire: écoutez, on ne mêlera pas les torchons puis les serviettes, ce n’est pas la même chose, Pension des vétérans, c’est pas nous, on a assez de nos troubles… Puis un autre qui a téléphoné pour dire: ça fait 2 – 3 jours que je ne suis pas capable de rejoindre le centre de main-d’oeuvre où je suis inscrit, il y a une grève. Encore une vois j’ai dû dire: là aussi c’est fédéral, on a assez de nos conflits, c’est leur problème. C’est à tel point que les gens s’imaginent qu’on représente tout ça parce qu’on est proche, moins proche que vous autres mais plus proche que ceux d’Ottawa. Il faudrait quand même qu’on se souvienne que nos concitoyens payent pour tout ça. Et que ce qui va nous arriver avant la fin du mois ça va être le prix qu’on paye, et on va le payer longtemps. Il faudrait quand même qu’on en tienne compte des fois. Voici ce qui a été dit par quelqu’un qui est parmi les experts les plus désintéressés, c’est-à-dire un auditeur général, et dont le résumé de son expérience était ceci: [« Il y a 11 gouvernements au Canada et de loin le plus mal administré, le plus couteux, le plus inefficace est le gouvernement central. »] Il a beau être loin il faudrait des fois qu’on y pense, parce que quand il a fini de se servir, ou qu’il a fini de réparer les pots cassés, nous et vous, tous ensemble on s’arrangent avec ce qui reste. Avec ce qui reste, on a quand même réussi, ce qui paraissait impossible il y a quatre ans, on a réussi à augmenter substentiellenent la marge de manoeuvres financières mais surtout l’autonomie financière du palier municipal. Il y a des choses à corriger, il y en aura toujours, c’est normal quand il y a changement. Si on ne fait pas les changements parce qu’on attend que tout soit parfait jusqu’à la moindre virgule, jusqu’au moindre fonctionnaire, tout le monde parfaitement au courant de ce qu’il doit faire, on ne ferait jamais de changements. Même quand ils sont nécessaires. C’est un peu la même chose, un peu beaucoup, en ce qui concerne un autre gros morceau qu’on a mis en marche ensemble, qui s’appelle la Loi 125. Je sais que les avis peuvent être partagés. Ça ne peut pas être imposé brutalement ni arbitrairement ou, pour employer un mot à la mode, ça ne peut pas se faire unilatéralement. Bon. On a essayé que ce ne soit pas ça. Mais il y a un objectif, qu’on peut bien appeler décentralisation, bien que dans un sens on l’a déjà la décentralisation puisque vous représentez au-delà de 1600 municipalités dans le Québec et que vous êtes répartis un peu partout sur le territoire, cette partie des pouvoirs est décentralisée. Mais si on veut que cette décentralisation prenne la figure moderne qu’elle doit prendre, il y a une clé absolue, aucun pays ne peut l’éviter, ça s’appelle l’aménagement du territoire. Si on ne veut pas gaspiller la seule ressource fondamentale sans laquelle on ne vivrait pas comme société et qui est notre territoire. Comme tout le monde, j’ai eu des illusions faciles dans le temps où on s’imaginait que les ressources étaient illimitées, les ressources de forêts, les ressources d’eau courante, les ressources d’air qu’on respire. Quand on regarde la carte, quand on se promène en avion et qu’on s’en va jusqu’en Ungava ou jusqu’à la Baie de James ou alors on part de Montréal puis on se ramasse aux Îles-de-la-Madeleine, on sait que c’est plus grand que 3 ou 4 pays ailleurs dans le monde. Seulement quelle est la partie habitée ? C’est une image qui m’a renversé la première fois que je l’ai entendue, et c’est facile à vérifier, la véritàble partie habitée du Québec, c’est la Vallée du St-Laurent (le Nord-Ouest d’Abitibi-Témiscamingue avec son espèce de dynamisme de plus en plus frappant ces années-ci, ça a commencé vraiment dans les années 1930:) Le Québec depuis 370 ans et plus continue d’être ramassé dans cette vieille Vallée du St-Laurent. 90-95 % des Québécois habitent là. Et c’est un peu moins grand que la Belgique. Le reste c’est des villes minières, c’est des régions relativement nouvelles, c’est des prolongements mais tout ça ne représente même pas 5 % de la population. Six millions et plus des Québécois à 90-95e de la population vivent dans moins grand que la Belgique. Donc, aussi bien l’eau que la terre agricole, que la forêt la plus exploitable, que l’air dont on a besoin, tout ça est là. On ne peut plus s’imaginer que c’est illimité, c’est passé ce temps-là. Et je pense que tout le monde l’admet en principe. Mais il fallait passer des principes à la réalité! Parce qu’on était en train, excusez l’expression, de le décocrisser notre territoire! Et ça faisait longtemps qu’on faisait ça. On n’a pas le droit de gaspiller au-delà des limites de renouvellement et de conservation des ressources du territoire. Ainsi l’exercice qui a tourné autour de la Loi 125 et qui n’est pas fini ça implique d’abord un nouveau découpage de vos comtés. Il faut un nouveau découpage régional, moderne de nos comtés. Et d’après ce que j’en sais, et je pense qu’il y a assez de témoins ici dans la salle pour me dire si j’ai tort, mais côte à côte des représentants du monde rural, de votre union, des représentants du monde urbain, une autre union et des représentants nommés par le gouvernement font ce travail actuellement de consultation. Il ne s’agit pas de « buldoser » personne. Et d’après ce que j’en sais ça avance bien et personne ne se sent bousculé. Ces nouveaux découpage, on peut les appeler municipalités régionales de comté, mais au fond c’est vous autres dans un nouveau territoire. Tout ça d’un bout à l’autre a été travaillé conjointement avec des consultations qui, il me semble, ont été marquées au coin de la franchise tout le long, avec des présences aux congrès aussi bien de l’Union des municipalités que de l’Union des conseils de comté, de tous ceux qui travaillaient là-dessus du côté du gouvernement de façon à voir la vérité et aussi toutes les objections. Finalement ça nous mène à ceci et pas plus, du moins dans la période qu’on peut voir devant nous: une nouvelle définition des territoires qu’on partage tous qui doivent être le contenant renouvelé des conseils de comté et qu’il va falloir ensemble, comme population, apprendre à aménager. Mais toutes les dimensions des pouvoirs tradique vous exercez comme conseils de comté, ni de près ni de loin, il n’est question pour nous d’en déranger ou d’en bousculer l’exercice intégral. Ces pouvoirs vous appartiennent, vos préfets, vos représentants les exercent et ils vont continuer à les exercer sans que personne vienne se mêler de vos affaires puis brasser vos papiers. Ils vous appartiennent ces papiers-là. Je sais qu’il y a quelqu’un qui avait une inquiétude, peut-être justifiée, qui trouvait dans l’article 166, où il est question des lettres de créances évidemment, que ça pouvait quasiment être des lettres de créances mortuaires pour les conseils de conté. Bien moi je vous dis: ce n’est pas vrai. Ces lettres de créances c’est pour ce seul renouveau fondamental qui nous permettra ensemble de protéger les usages de notre territoire. Donc, c’est un renouveau qui répond aux besoins d’aujourd’hui. Mais il n’est absolument pas question, d’aucune façon, que les municipalités rurales avec leurs pouvoirs traditionnels et qui sont des partenaires permanents comme les autres municipalités de l’ensemble de la société, il n’est absolument pas question qu’on dérange leurs pouvoirs et l’exercice de leurs pouvoirs traditionnels. Non seulement ces pouvoirs-là vont durer mais je pense qu’on a fait un effort aussi comme gouvernement pour reconnattre le mérite de ceux et de celles qui acceptent de prendre la responsabilité de l’administration publique dans le monde municipal, rural comme d’ailleurs dans le monde municipal urbain. Et en plus, évidemment avec l’ouverture sur l’aménagement des régions, des véritables régions auxquelles les citoyens appartiennent. Evidemment il reste des problèmes dans l’application. Il reste par exemple la question de la représentation. Quel genre de représentativité ? Comment peut-on interpréter les slogans comme: un homme, un vote, etc … Il reste aussi le problème de l’harmonisation (c’est un autre mot qui a bien servi), de l’harmonisation entre les municipalités régionales surtout rurales, parce que 80 % du territoire c’est vous qui en êtes responsables directement, comment peut-on harmoniser ça avec la protection du territoire agricole ? On s’est engagé à faire concrètement cette harmonisation, cette jonction, et là encore en consultation avec le millieu que vous représentez. Mais aussitôt que le nouvel instrument d’aménagement sera là, il faut avoir un instrument pour partager. Je connais trop de municipalités, et je suis sûr qu’il y a des maires ou des conseillers dans la salle qui pourraient confirmer ce que je dis, qui sont venus nous trouver pour dire: Dépèchez-vous: Faites quelque chose parce que nous il y a tellement de pression que vraiment on a besoin que le gouvernement se grouille et prenne ses responsabilités si on veut protéger ce qui reste de terres agricoles dans le coin. Alors il fallait tout de même que quelqu’un se décide parce que c’était aussi en train de nous partir d’en dessous des pieds. Mais on ne demanderait pas mieux et au plus vite, et c’est relié, qu’aussitôt cette idée d’aménagement et de responsabilité conjointe de l’aménagement acceptée, on ne demanderait pas mieux d’en décentraliser une bonne partie parce que l’organisation du territoire agricole, fait aussi partie de l’aménagement. Mais on ne peut le faire dans le vide, il faut donc se donner l’instrument pour ça. Et je suis sûr que ces problèmes on est capable de les régler ensemble comme on en a réglé d’autres. D’autant plus, et je pense que c’est une chose qui va vous faire plaisir, je l’espère en tout cas, nous sommes bien décidés à prendre le temps de digérer et au besoin de corriger les changements pour lesquels on a pioché ensemble depuis 3/4 ans, on n’a pas envie de vous imposer d’autres grosses bouchées, d’autant plus qu’on n’aura pas le temps avant les élections. Alors vous êtes sûrs d’avoir un respire. Alors on va essayer de vivre ensemble avec ces changements. Je pense que mon collègue, M. Tardif, qui est un bourreau de travail, a besoin de s’occuper un peu plus de l’ajustement de tous ces changements. Peut-être un peu de son comté aussi, pendant le temps qui reste avant la prochaine consultation électorale. Alors il y a une garantie absolue qu’on n’essaiera pas de faire d’autres gros changements mais je vous demanderais par exemple, dans notre intérêt à tous, de nous aider à rendre le plus vivable, le plus rapidement possible ceux sur lesquels on s’est consulté. Et je suis convaincu que c’est pour un meilleur avenir du Québec et là-dessus, en vous promettant qu’on va lire soigneusement les résolutions de votre congrès parce que c’est important la réunion de tout le monde rural du Québec, je vous souhaite une bonne fin de congrès, une bonne plénière et en espérant ne pas avoir été trop bavard, bien bonne fête ce soir.

[[QLVSQ19820405] [LA CONFERENCE AU SOMMET QUEBEC 1982 EXPOSE DU PREMIER MINISTRE QUEBEC, le 5 avril 1982.] Merci monsieur Chatillon. Monsieur le président, mesdames, messieurs, Je tiens d’abord, au nom du gouvernement, à vous remercier d’avoir été si nombreux et de tous les secteurs, à accepter notre invitation, vous remercier aussi d’être arrivés en ces lieux avec un entrain aussi manifeste, en tout cas c’était manifeste avant qu’on commence Donc, nous sommes venus ici en dépit de certaines réticences qui, à l’occasion, ont été exprimées publiquement, ce qui est normal, nous sommes venus ici pour chercher des réponses, bien sûr, mais d’abord et avant tout, je crois bien, pour interroger la situation que nous avons à traverser. En fait, pour reprendre un titre que j’ai lu ce matin dans un journal, il y a en ce moment toute une société qui s’interroge, pas seulement ici dans cette salle, mais partout au Québec, Gaspé jusqu’à l’Outaouais, une société qui s’interroge et qui se débat dans un contexte extrêmement difficile et de plus en plus inquiétant. Pour la vaste majorité des Québécoises et des Québécois, pour leur emploi, pour leur pouvoir d’achat, pour la sécurité et l’avenir de leur famille, il s’agit bel et bien, en ce moment, d’une crise, une crise dont seule une petite minorité réussit quand même, il faut bien le dire, à retirer des avantages, des avantages qui, d’ailleurs, risquent d’accentuer encore les fossés socioéconomiques et de créer pas mal de tension additionnelle, comme s’il n’y en avait pas déjà assez. Mais l’immense majorité elle, elle passe par des épreuves de plus en plus malaisées à endurer, surtout parce qu’on n’arrive pas non plus à en voir la fin à l’horizon et de tous ces maux courants, le plus évident, le plus douloureux, celui en quelque sorte, qui est le mal absolu, c’est le chômage. Après avoir baissé peu à peu, lentement, mais sûrement ces dernières années, depuis le milieu de quatre-vingt-un, l’an dernier, le chômage est reparti vers des taux records, de nouveaux records. Il ne faut pas oublier que les chiffres officiels sont loin de tout dire parce qu’ils cachent ceux qui refusent maintenant de se laisser comptabiliser, si vous voulez, parce que ça faisait trop longtemps qu’ils attendaient, qu’ils ont perdu espoir jusqu’à nouvel ordre et parfois, irrémédiablement. C’est donc là, à notre avis, le mal absolu: le chômage. Parce que ces innombrables sans emploi, sont privés non seulement de ressources pour eux-mêmes et pour leur famille, mais ils perdent en même temps la dignité et le sentiment d’appartenance que donnait un travail rémunéré. Il n’y a pas d’autres façons d’y arriver dans le monde d’aujourd’hui. Et quand ça dure trop longtemps, ils peuvent aussi s’abîmer humainement à tout jamais et ça peut même aller au-delà d’une génération. Chacun sait que c’est un mal qui peut facilement devenir héréditaire. Et il faut ajouter aussi que pour toute la société, sur le plan strictement matériel, c’est une perte énorme, irrécupérable. Chaque 1 % de chômage, ça coûte $ 2000000000 par année, $ 2000000000 par année à la collectivité. En fait, c’est devenu tellement clair ces derniers temps que c’est là le danger suprême, et ç’a même amené un changement dans les sondages, dans les perceptions d’opinion. Depuis quelques mois et ça n’arrivait pas auparavant, depuis quelques mois, c’est le chômage qui a pris la place de l’inflation comme première préoccupation dans les esprits. Même quand on n’est pas frappé soi-même, de plus en plus de gens le sentent qu’il rôde aux alentours, souvent même dans leur propre famille. Par exemple, on voit mieux en tout cas mieux que jamais, à quel point ça cogne de façon particulièrement cruelle sur les jeunes. À moins de vingt-cinq ans, ceux et celles, surtout qui n’ont pas beaucoup de formation, ils attendent de plus en plus nombreux et de plus en plus longtemps l’emploi, souvent le premier emploi, ce qui les prive d’une expérience formatrice et qui nous prive tous des idées nouvelles et du dynamisme de la relève. Et c’est vrai pour les femmes aussi, alors que leur présence numérique sur le marché du travail est encore loin d’être normale, si on se compare à d’autres sociétés, pour elles aussi les portes sont en train de se fermer. Mais cette plaie du chômage, même si elle n’est pas le lot de la majorité, heureusement, ce n’est pas la seule. En fait, il n’y a à peu près pas de famille, il n’y a à peu près personne qui ne soit pas atteint et meurtri par cette crise. Le prix de l’argent étouffe littéralement la construction résidentielle et le logement, spécialement le logement familial, est redevenu, depuis quelque temps, plus rare que jamais. Les hypothèques, inutile de le dire, découragent les aspirants propriétaires et, ce qui est pire encore, elles forcent de plus en plus de gens à renoncer à maintenir leur propre foyer qu’ils avaient acquis de peine et de misère, forcément, la crise rebondit aussi sur les locataires. Pour l’immense majorité des gens, leur pouvoir d’achat est grugé sans arrêt, ce qui fait que l’achat ou le remplacement d’un réfrigérateur, d’une voiture, et cetera, a des grosses chances d’être retardé jusqu’à la semaine des quatre jeudis, en tout cas jusqu’à nouvel ordre, et ça contribue à boucler cette boucle sans cesse descendante: moins d’achats, moins de production et plus de chômage. Parce que, évidemment, les entreprises sont également coincées par la crise, ce qui veut dire des équipements qui sons sous utilisés à cause d’une baisse de la demande sur à peu près tous les marchés. Ca veut dire l’impossibilité aussi, bien sûr, et c’est très dangereux quand ça dure trop longtemps, de renouveler, de se moderniser comme il faut, c’est-à-dire qu’on prend des retards qui peuvent être de plus en plus difficiles à rattraper. Et là encore, fatalement, il y a le sinistre cortège de mises à pied et de fermetures. Au Québec, comme partout, ce sont les PME, les petites et moyennes entreprises et c’est dans l’ensemble, plus important qu’ailleurs au Québec et souvent aussi, il faut le dire, qu’elles sont plus fragiles qu’ailleurs, c’est ici que ça fait le plus mal. Il suffit de voir le tableau des faillites, ce n’est pas seulement le nombre des faillites qui augmente, mais surtout les pertes que ça représente. En argent: 61 % de plus en 1981 en 1980 est absolument désastreux pour aujourd’hui mais c’est aussi très inquiétant pour demain. Ce capital englouti, ces emplois perdus, ce savoir-faire qui rouille, ça peut être long avant qu’on les retrouve et, dans bien des cas, est-ce qu’on . les retrouvera jamais ? Maintenant, il n’y a pas besoin de faire un dessin: si l’emploi diminue, si l’activité économique ralentit et si l’argent est hors de prix, il est évident que l’Etat québécois dont l’équilibre financier dépend de tout cela, bien, il prend sa claque lui aussi, si vous me permettez l’expression. Et là-dessus, comme c’est à nous du gouvernement de mettre toutes nos cartes sur la table, on s’y est engagé, je vais tâcher de commencer de le faire dans quelques instants Mais d’abord, je crois qu’il faut se demander, aussi brièvement que ce soit: d’où ça vient exactement cette crise ? D’abord, pour l’essentiel, ça vient du dehors. Par exemple, ça vient de l’escalade des prix de l’énergie, des aliments qu’on importe. Ca vient aussi du ralentissement général qu’on perçoit à l’échelle du monde de l’activité internationale. Et, par conséquent, la reprise, la vraie reprise économique, il ne faut pas se conter d’histoire, elle proviendra essentiellement de l’extérieur du Québec. En dernière analyse, elle nous viendra d’une reprise de l’activité sur les marchés internationaux et, en particulier, aux États-Unis, parce que bon an mal an, il faut bien le voir, 60 % des produits doit trouver sa place sur le marché americain. Mais ici même, c’est-à-dire, encore à l’extérieur du Québec, mais à l’intérieur du Canada, tout le monde s’accorde à dire aussi que non seulement ça ne finira pas, mais que ça va continuer à empirer tant que les taux d’intérêts qui sont contrôlés par la Banque du Canada sous direction fédérale ne reviendront pas à des niveaux vivables. Ce qui se passe dans ce domaine c’est ce qu’on appelle une politique monétariste en vue de réduire l’inflation et ça fait des années qu’on la pratique ou qu’on prétend la pratiquer, depuis 1975, en fait; et là, ç’a flambé comme jamais auparavant et pourtant, l’an dernier aussi nous avons goûté au plus haut taux d’inflation depuis 1948 en dépit de tous ces efforts. Devant ces résultats, il y a de plus en plus de gens qui seraient d’accord avec l’ancien ministre des Finances, monsieur Walter Gordon, qui déclarait tout simplement le mois dernier, et je cite, que: tout ça était honteux. Parce que en même temps que ça cause à tant de citoyens des torts à la fois incalculables et souvent irrémédiables, c’est le résultat de politiques délibérées, c’està-dire réfléchies, voulues, maintenues et qui sont, jusqu’à nouvel ordre, une faillite lamentable. Ca, nous l’avons dit, le gouvernement du Québec à peu près de la même façon et les autres provinces également et tout le monde l’a dit à l’unisson. Jusqu’à présent, ça n’a rien donné. Et si on se fie aux propos du gouverneur Gérald Bouey de la Banque du Canada le mois dernier, en même temps qu’il faisait son rapport annuel, ce n’est pas parti pour changer bientôt. Tant que ces gens-là ne sentiront pas, et on se demande comment il se fait qu’ils ne le sentent pas déjà, mais enfin, tant ‘qu’ils ne sentiront pas que c’est devenu absolument intolérable, ils vont rester braqués sur les mêmes positions, du moins c’est ce qu’ils disent. Ce qui fait que jusqu’à nouvel ordre, il ne faut guère attendre de soulagement, en tout cas de soulagement marquant, de l’extérieur. Il faut compter donc, comme jamais, sur nos propres moyens. Alors, nous sommes là tous ensemble dans ce même bateau Québec et nos chances immédiates, comme nos chances pour l’avenir, exigent qu’on s’arrange pour qu’il traverse la tempête sans trop d’avaries. Autrement dit, dans les circonstances, la solidarité c’est un mot à la mode – mais c’est difficile parfois d’y mettre un contenu, mais en tout cas, dans les circonstances, il y a une sorte de solidarité minimum qui va de soi, c’est: quand le bateau est secoué comme il l’est en ce moment, bien on doit un peu tous se sentir de l’équipage. Et même si beaucoup d’intérêts qui sontreprésentés autour de cette table, sont souvent divergents, et même profondément divergents, ce qui est parfaitement normal, il me semble évident que ce qu’on attend de nous, chez ceux qui nous regardent pendant ces deux jours et qui vont nous écouter, c’est qu’on trouve quand même le moyen d’amorcer des efforts, et si possible de les conjuguer, de les concerter un peu mieux que d’habitude, pour arriver à passer au travers en réduisant les dégâts et même, pourquoi pas, à réussir malgré tout à faire des progrès. Parce qu’il n’est pas vrai, malgré tous les problèmes de l’heure, il n’est pas vrai qu’on est condamné à l’impuissance. Loin de là. Au-delà des facteurs qui nous échappent, qui sont en dehors de chez-nous, il y a encore bien des choses qui dépendent de nous, qui dépendent de la façon dont le bien commun -c’est une vieille expression, usée, on l’emploie de moins en moins, pourtant en deux mots, ça résume pas mal l’enjeu – ça dépend de la façon dont ce bien commun pourrait nous inspirer peut-être, non pas seulement une solidarité passive et pour ainsi dire imposée par la crise, mais quelque chose de vraiment voulu et réfléchi, quelque chose qui nous fasse admettre que, par les temps qui courent, l’effort comme les responsabilités doivent être partagés, et partagés plus équitablement que d’habitude. Et pour arriver à ça, à supposer qu’on puisse y arriver, la première condition, c’est de comprendre, de comprendre ce qui se passe, de comprendre ce qui arrive à l’autre, de comprendre aussi son point de vue, même si on ne l’accepte pas complètement. Autrement dit, autant qu’il est humainement possible, il ne faut pas se faire de cachettes. Et c’est dans cet esprit, en tout cas, avec la ferme intention de ne rien cacher, si on n’y arrive pas, vous nous le ferez remarquer, que j’aborde maintenant ce qui, pour le gouvernement, est évidemment le problème central, c’està-dire l’équilibre des finances publiques. L’esquisse que je veux en faire en profane, mais j’ai vérifié de mon mieux, sera complétée dès demain matin par le ministre des Finances et par le président du Conseil du Trésor, et, bien sûr, eux, ils pourront étoffer ça de toutes les informations dont ils disposent. Non seulement vous allez tout savoir, de même que ceux qui sont en dehors de cette salle, mais nous aimerions bien entendre vos opinions, en particulier sur les choix auxquels nous sommes confrontés, nous au gouvernement. Ce sont des choix difficiles, on peut même dire des choix douloureux et pas pour l’an deux mille, pour tout de suite, pour cette année fiscale qui vient de commencer le ler avril et surtout en vue du budget, du discours du budget qui viendra au début du mois de mai, c’est-à-dire dans quelques brèves semaines. Pour expliquer à quel point ce n’est pas facile, on peut commencer par cette grande toile de fond qui est constituée par l’ensemble de ce qu’on appelle nos services publics. Vous savez, depuis une génération, de gouvernement en gouvernement, on s’est collectivement donné au Québec des services dont on a le droit d’être fiers, même dans divers secteurs, c’est plus complet et plus généreux qu’ailleurs au Canada ou même qu’ailleurs n’importe où en Amérique du Nord. Ça un avantage évident dont on parlera brièvement demain, c’est qu’on ne peut plus retomber dans les affres de la grande dépression des années 1930. Il n’y a pas de gens qui risquent de crever de faim ou d’aller mendier au coin de la rue, parce qu’il y a une sorte de plancher de sécurité qu’on s’est donné collectivement. Mais, pas besoin de le dire, collectivement il n’y a rien de gratuit et ça coûte cher, ça coûte de plus en plus cher et désormais, c’est tout bonnement trop cher. Une simple illustration: de tous les pays du monde et il y en a au-delà de 150 à l’heure où on se parle, de tous les pays du monde, il n’y en a plus que deux, aux dernières nouvelles, la Norvège et la Hollande, où les dépenses publiques demandent aux contribuables un plus gros effort qu’au Québec. Et ça, ça signifie simplement: maintenant que la croissance n’est plus ce qu’elle était et que, pendant un bon bout de temps, elle risque de ne plus être ce qu’elle était, elle n’est plus capable de porter ça, ça veut dire qu’il est devenu tout à fait impossible de continuer à ce rythme-là. Par exemple, jusqu’à nouvel ordre, et probablement pour un bon bout de temps, il ne peut plus être question de créer, d’ajouter de nouveaux services importants et même pour maintenir ce qui existe, ce n’est pas un piquenique, parce que les coûts là comme ailleurs, ne cessent de monter tout le temps, de mois en mois et d’année en année. Et c’est comme ça qu’on a été amené à faire ce qu’on appelle, nous, les compressions dans l’augmentation des dépenses, comprimer l’augmentation des dépenses. Il y en a eu pour huit cent millions de dollars, et ça n’a pas été facile, c’est le moins qu’on puisse dire, en 1981, 1982), l’année qui vient de se terminer. On en a prévu et on a bon espoir d’en faire pour un autre six ou sept cent millions de dollars pendant l’année qui commence, là, depuis quelques jours avec avril. Et pourtant, il y a quelques jours, dans les crédits de cette nouvelle année, c’est-à-dire dans les prévisions de dépenses qu’on doit faire chaque année avant le 31 mars, il a fallu inscrire treize, 13,9 % d’augmentation. Si vous permettez, il y a quelques chiffres que je voudrais – j’espère qu’à la télévision, ça pourra passer – il y a quelques chiffres, très peu, que je voudrais quand même placer au tableau de façon à ce qu’on voie un certain enchaînement. Donc, les dépenses, on prévoit 13,9 % d’augmentation. Alors, inutile de dire qu’il y a des gens qui ont été surpris: depuis le temps qu’on parle de compression, depuis le temps qu’il y a des gens qui se promènent ici et là et qui hurlent souvent à tous les coins de rue, à propos des damnées coupures, qui dénoncent ces terribles coupures, non seulement il y a des gens qui ont été surpris, mais il y a même des gens, franchement, qui ont été choqués devant cette perspective, de 13,9 % d’augmentation. Comment ça se fait ? Eh bien d’abord et avant tout, ça vient de ce qui est ou de ce qui est censé être incompressible, comme on dit dans le jargon, c’est-à-dire, ça vient de ce qu’on ne peut pas ou normalement qu’on n’est pas censé pouvoir comprimer ou réduire. Là-dedans, première chose, et avec les taux d’intérêts que nous connaissons, inutile de dire que, ça cogne durement, il y a le service de la dette dont l’augmentation – et ça, c’est vraiment incompressible, on n’y peut rien – dont l’augmentation est déjà prévue à 30 % cette année. Il s’agit de centaines de millions et ça nous souligne en tout cas une chose, c’est que par les temps qui courent, on est mieux de ne pas trop emprunter. Et puis il y a toute cette vaste gamme de ce qu’on appelle les programmes d’aide pour simplifier et ça.,, ça va augmenter dans les prévisions, dans l’ensemble, d’à peu près 17 %. Les programmes d’aide, il y en a qui sont imposés, c’est-à-dire qui sont obligatoires dans les circonstances, comme par exemple l’aide sociale. Ceux qui perdent leur emploi, qui n’ont plus d’assurance-chômage ou qui, depuis trop longtemps sont sans emploi, bien, ils émargent à l’aide sociale et, évidemment, dans les circonstances actuelles, ça augmente, veut veut pas. Il y a également, en plus des programmes d’aide qu’on pourrait dire obligatoires, il y a ceux qui sont, si vous voulez, voulus ou actifs et dont on ne peut pas se passer si on veut s’empêcher que s’effondre trop l’économie. Par exemple: les agriculteurs, le programme qui est l’épine dorsale de toute l’activité agricole, c’est le crédit agricole. Eh bien, pour le crédit agricole, et je comprends pourtant qu’il y a eu des manifestations ces derniers temps, qu’il y a du mécontentement actuellement chez les agriculteurs comme à peu près dans tous les secteurs de la société, mais pour le crédit agricole, l’augmentation qui est prévue cette année, c’est de 46,8 %, augmentation de 47 %. On pouvait difficilement faire davantage. Mais ça fait partie des programmes d’aide dont je mets l’ensemble au tableau avec une augmentation globale de 17 % dont on peut difficilement se passer. En tout cas, il faudrait que quelqu’un nous indique à quel endroit. Et puis finalement il y a la rémunération dans le secteur public et parapublic. La rémunération, c’est ce que touchent environ 320000 employés de l’Etat et ça, c’est 53 % de toutes les dépenses, 53 % du budget. Or, cette année, il y aura, composé de 13,3 % d’augmentations négociées qui doivent venir soit en juillet 1982) ou en décembre 1982. Donc, il est prévu en moyenne 13,3 % d’augmentation dans des conventions qui ont été négociées de bonne foi, alors qu’on ne pouvait pas, personne, voir venir ce qui s’en venait, mais 13,3 % auquel ce qu’on appelle dans le jargon « le coût du système », c’est-à-dire tous ceux qui n’ont pas atteint le maximum, ils ont le droit à un échelon automatique. Ça, c’est en plus des négociations. Donc, il est prévu quelque chose comme, il faut prévoir normalement, quelque chose comme15 % de plus dans le coût de la rémunétation du secteur public et parapublic. Alors, le total de tout ça, c’est peut-être bon de le souligner, ça représente 84 % de toutes les dépenses. Ce que je viens de mettre au tableau, c’est 84 % de toutes les dépenses qu’on peut, qu’on doit prévoir normalement pour l’année qui vient de commencer. Alors, il reste 16 %. Estce qu’on peut beaucoup réduire là-dedans ? Ah, c’est évident, on peut réduire tout ce qui est superflu, tout ce qui est inutilement somptuaire. On en trouve encore. On s’est habitué partout, dans toute la société à parfois se dire: »les ressources sont illimitées. Chaque fois qu’on en trouve, il faut sabrer sans pitié. » On a demandé d’ailleurs à ceux qui peuvent nous en souligner – ça nous est arrivé récemment avec les représentants du conseil du Patronat qui étaient venus rencontrer le gouvernement, de leur dire: « Si vous voyez des exemples, dites-nous le. On ne peut pas tout voir. Bon. Mais il faut quand même prendre garde, parce que ces 16 % qui restent dans les dépenses, si on réduit tropp là-dedans, ça peut mener tout bonnement à la pralysie de l’Etat parce que c’est tout le reste. Donc, jusqu’à nouvel ordre, là, on serait acculé, en ce moment, à quelque chose comme 13,9 % d’augmentation des dépenses. Evidemment, la question qui se pose, c’est: comment est-ce qu’on peut payer ? Là, c’est la question des revenus. Or, les revenus, je peux résumer ça en une simple expression: les revenus sont à la baisse. Ce n’est pas compliqué. C’est ça. Il y a trois grandes raisons, les revenus sont à la baisse à cause – et ça, ça dure depuis quelques années, on n’est pas pour le regretter, mais quand même c’est ça – à cause des allégements fiscaux qui ont été consentis aux contribuables québécois. Ça prend la forme de la réforme de la fiscalité municipale: des centaines de millions qui ont été transférés vers les municipalités, sinon il y aurait des centaines de millions de plus à payer au niveau municipal, et Dieu sait que ça hurle en ce moment du côté des taxes municipales dans certains coins, mais imaginez ce que ce serait s’il n’y avait pas eu ces transferts. Et puis en même temps, il y a le retour, le remboursement pour ceux qui en ont le plus besoin, des impôts fonciers. Il y a eu une diminution modeste, mais réelle, de l’impôt sur le revenu, accompagnée d’une indexation partielle. Il y a des gens qui demandent depuis quelques années « quand est-ce qu’il y aura l’indexation totale ? », pas besoin de dire que dans les circonstances actuelles, ce n’est pas pour demain. Il y a eu les allocations additionnelles qui étaient nécessaires pour les personnes âgées, pour les familles. Il y a eu l’abolition de certaines taxes de vente sur des biens essentiels. Alors, tout ça ensemble, c’est de l’argent qui a été remis peu à peu, tranche par tranche aux contribuables, mais qui, par conséquent n’est plus là, dans les revenus du gouvernement. Alors, il y a eu, donc, les allégements fiscaux, il y a les effets de la crise actuelle – parce que, évidemment, les gens qui n’ont pas d’emploi, ils ne payent pas d’impôt et puis les entreprises qui ferment, bien, ils ne payent pas grand chose non plus. C’est plutôt des gens qui sont portés à coûter de l’argent à la collectivité, mais qui ne rapportent pas pendant que ça dure. Donc, les effets de la crise ont un impact direct sur les revenus. Et puis, finalement, il y a un manque à gagner d’environ cinq cents ou cinq cent cinquante millions dans les transferts fédéraux auxquels on était en droit de s’attendre. Alors, allègements fiscaux qui ont été consentis, les effets de la crise qui passe et puis environ un demi milliard de manque à gagner du côté fédéral, bien ça fait très sérieusement une baisse des revenus et tout ça par rapport aux dépenses. Eh bien, tel que c’est, là, si on ne change rien, ça fait une impasse comme ils disent en France surtout, c’est-à-dire un trou, là, de plus ou moins sept cent millions, c’est ça, de plus ou moins sept cent millions. Alors, jusque là, c’est très très schématiquement, là, à partir des dépenses, de la façon dont on peut les analyser, mais évidemment on ne prétend pas voir la vérité révélée, mais on vous les donne tels qu’on les voit; et puis en passant par les choses qui sont censées être incompressibles, c’est-à-dire auxquelles on ne peut pas échapper normalement, et en passant par les revenus tels qu’ils sont, ça nous mène à cette impasse. Et c’est ça le hic, c’est-à-dire, c’est ça le noeud gordien qu’il va falloir trancher au cours des prochaines semaines, nous au gouvernement. Maintenant, pour simplifier la réflexion, il faut commencer par éliminer un bon vieux moyen classique de s’en sortir, c’est-à-dire d’emprunter davantage et puis d’augmenter le déficit. Ca, c’est absolument exclu. Quand le service de la dette, comme je le montrais tout à l’heure, augmente déjà de trente pour cent (30 %) dans l’ensemble, il n’est pas question de s’en payer plus de déficit que l’année passée. Et d’ailleurs, même si on voulait, il y a des chances qu’on ne pourrait pas, parce que pour le gouvernement, c’est un peu comme pour tout un chacun: quand on est rendu à peu près à la limite de son crédit, bien c’est le temps d’arrêter parce que les prêteurs, ils commenceri.t à hésiter; et d’autant plus que la règle normale, c’est qu’on ne doit pas emprunter plus qu’on a investi. Autrement dit, on n’emprunte pas pour payer l’épicerie, sinon on est en très mauvaise santé. Et là aussi on est juste à la limite au-delà de laquelle ça devient dangereux. Alors, qu’est-ce qu’il nous reste ? Bien, ce n’est pas compliqué, en tout cas ce n’est pas compliqué à énoncer, il reste trois choix possibles, et ces trois choix possibles, je vais à leur tour les mettre au tableau et les laisser avec un point d’interrogation. Trois choix possibles: d’abord ce que j’appellerais « couper dans le vif ». Ca veut dire quoi Bien, ça veut dire que là, il s’agirait vraiment de coupures. Il y a des gens qui crient « coupures, coupures » depuis quelques années, bien là, ils auraient raison parce qu’il n’y a pas eu de coupures, mais là il y en aurait. Ca ne serait plus des compressions. Parce que quand il s’agit de quelque chose comme sept cent millions à aller chercher, bien si on doit aller plus loin du côté des compressions, bien il faut couper; et alors ce serait à des programmes entiers qu’il faudrait s’attaquer. Un exemple de ce que ça peut vouloir dire, mais il ne s’agit pas du tout, là, d’offrir des suggestions, mais juste pour donner une idée des ordres de grandeur: si on coupait toutes les allocations familiales du Québec pendant une année, ça irait chercher cent quatre-vingt-onze millions. Comme vous voyez, on serait loin du compte et pourtant, il n’y aurait plus d’allocations familiales du Québec. Un autre exemple, si on coupait tous les programmes de transferts aux entreprises – entre nous, je ne pense pas que ce serait le moment parce que tous ces programmes de transferts aux entreprises, il faut essayer au plus tôt et même d’urgence, de les bonifier, sinon les entreprises s’effondrent de plus en plus – mais si on coupait tous les programmes de transferts aux entreprises, ça donnerait quatre cent quarante et un millions par année. Evidemment, il y a d’autres coupures que des gens de bonne volonté nous proposent souvent en s’imaginant que ç’aurait un gros effet. Par exemple, ils disent: « Il y a des organismes consultatifs ici et là dans le gouvernement et ça coûte trop cher pour ce que ça rapporte. Pourquoi vous n’éliminez pas ça ? » Bien, si on éliminait tous les organismes consultatifs, l’économie serait de combien ? Exactement de vingt-quatre millions. Ce n’est pas avec ça qu’on boucherait l’impasse. Il y a aussi des gens qui élimineraient volontiers toute notre action internationale en ignorant qu’elle se repaye amplement et plusieurs fois d’ailleurs en avantages économiques à plus ou moins court, ou moyen, ou long termes. Mais de couper toute l’activité internationale actuelle du Québec, ça rapporterait quoi ? Trente-quatre millions. Il y en a d’autres qui suggèrent, parce que ça, c’est toujours facile pourvu que ça ne les touche pas, il y en a d’autres qui suggèrent de couper dans ce qu’ils appellent « la bureaucratie », à tour de bras. Bien, si on coupait dans la bureaucratie – parce que, évidemment, la plupart du temps on ne parle pas du réseau de l’éducation, du réseau des hôpitaux, des Affaires Sociales, mais des fonctionnaires, de la Fonction Publique – si on coupait les fonctionnaires, il faudrait en couper 38000 d’une claque pour rejoindre, si on voulait prendre tout ça là, là, pour rejoindre l’objectif. Il ne faut pas compter sur l’attrition, c’està-dire sur les départs normaux, parce que en période d’insécurité comme celle qui est là partout, il est évident que les départs sont de moins en moins nombreux et ça se comprend. Alors, il faudrait donc abolir en partant les clauses de sécurité d’emploi et, en même temps, bien je me demande si ça aiderait à résoudre le chômage. Enfin, ça donne des exemples. Donc, pour résumer, si des vraies coupures et pas seulement des compressions, si des vraies coupures doivent être une partie de la réponse, bien alors là, ça risque de faire vraiment mal et drôlement mal. Il y a un deuxième choix possible qui est: la hausse d’impôt, la hausse de taxes. C’est toujours une possibilité, même si c’est la dernière chose à laquelle il faudrait penser, parce que le fardeau fiscal, on le répète sans arrêt, on le répète même parfois exagérément, mais le fardeau fiscal est déjà très lourd au Québec. On a fait des efforts depuis cinq ans pour réduire peu à peu ces charges au point, en tout cas, où les Québécois à revenus modestes, c’est-à-dire disons des gens jusqu’à 20, $ 25000, payaient moins qu’en Ontario, ce n’était jamais arrivé auparavant, et pour ceux-là d’ailleurs, autour de 15, 20000 encore, c’est vrai même aujourd’hui, malgré les hausses auxquelles il a fallu se résigner l’automne dernier. Evidemment, à l’inverse, c’est plutôt le contraire pour les revenus plus élevés. On se le fait dire souvent, ça aussi. Mais tout compris, en moyenne, nos charges fiscales au Québec sont dans l’ensemble de 13 % en ce moment, de 13 % plus élevées qu’en Ontario. Donc, de ce côté-là, la marge de manoeuvre, une marge de manoeuvre raisonnable est forcément très mince. Il reste, enfin, j’ose à peine l’évoquer, mais il faut le faire, un troisième choix ou une troisième question à se poser pour sortir de l’impasse: un gel total ou partiel de la rémunération dans le secteur public et parapublic. Bien sûr, on s’y est engagé, et je regarde en particulier nos interlocuteurs syndicaux en ce moment: il n’est pas question d’ouvrir ici la négociation, on s’y est engagé, on ne l’ouvrira pas, mais seulement si on doit parler sérieusement de finances publiques, et comme on dit « mettre toutes les cartes sur la table », il n’est pas possible de se fourrer la tête dans le sable en ignorant ce facteur de la rémunération des quelques 320000 employés de l’Etat dont la quasi totalité ont la pleine sécurité d’emploi, ce qui n’est pas un mince avantage par les temps qui courent. C’est une rémunération qui, je l’ai dit tout à l’heure, qui représente 53 % de toutes les dépenses de l’Etat, les dépenses auxquelles nous avons à faire face. Or, cette année, en 1982), en vertu des conventions signées il y a trois ans, je répète qu’il a été prévu pour le 31 juillet et le 31 décembre – c’est-à-dire pour le premier juillet et le 31 décembre, des augmentations qui, dans l’ensemble, en ajoutant ce qu’on appelle, comme je le disais tout à l’heure « le coût du système », représentent environ 15 % d’augmentation des dépenses, c’est-à-dire assez exactement sept cent millions de plus pour l’année courante. Il faut bien le dire, parce que c’est comme ça. Et aussi, il faut ajouter et c’est vrai aussi que le secteur public et parapublic, sauf pour quelques rares exceptions parce qu’il y en a encore, n’est plus en période de rattrapage comme il l’a été pendant un bon nombre d’années. Pendant un bon nombre d’années, si on commence aux années 1960, ii y avait du rattrapage parce qu’il y avait une exploitation inqualifiable des gens qui assuraient en particulier l’éducation des jeunes au Québec et les soins hospitaliers, on les considérait vraiment comme des sacrifiés ou on déformait, à leurs dépens, le vieux mot de « vocation », un beau vieux mot dont on avait tant abusé. Seulement ce n’est plus vrai parce que peu à peu le rattrapage s’est fait et il y a eu une escalade. Aujourd’hui on est mieux payé, mieux rémunéré dans le secteur public, souvent largement plus que même chez les équivalents les mieux traités du secteur privé. Donc, là aussi, forcément, la question se pose. Alors, pour sortir de l’impasse, voilà les trois choix possibles ou, en tout cas, les trois questions qui se posent avec un point d’interrogation: Hausser les impôts ? Couper dans le vif, mais vraiment dans le vif ? Ou geler les rémunérations, totalement, partiellement ? Enfin, un peu, beaucoup, passionnément ou, comme on dit, un mixte, comme on dit en anglais, un mixte, c’est-à-dire une combinaison de trois? Maintenant, si quelqu’un ici trouve autre chose à quoi on n’a pas pensé, bien j’espère surtout qu’on ne se gênera pas pour nous le dire. Seulement, qu’on nous parle pas trop de grenailles relatives, parce qu’il s’agit de centaines de millions. Ca ne se trouve pas dans les fonds de tiroirs. Et de plus, il faut que ces questions-là, cette question fondamentale soit réglée d’ici un mois. Même à court terme, ce n’est pas rose la situation et ce court terme, il peut durer encore des mois, comme aussi il peut durer quelques années. Mais on sait d’autre part qu’un jour, dans ce qu’on appelle le moyen terme, ça finira bien par finir et qu’il y aura une reprise, une remontée. Et là quand ça viendra, pourvu qu’on n’en sorte pas trop abîmé, on a toutes les raisons d’avoir confiance. C’est une confiance qui repose sur deux bases solides: essentiellement, d’abord, sur nos richesses naturelles qui sont immenses et dont certaines, entre autres l’hydro-électricité, nous donnent ce qu’on appelle des avantages de situation. Déjà dans le présent, on le voit avec les pressions américaines sur nos ressources à ce point de vue là et puis les demandes de contrats, pour le monde d’aujourd’hui et puis encore plus pour le monde qui s’en vient, là, de plus en plus dans les années qui viennent. Donc, l’avantage d’un patrimoine de richesses, de ressources naturelles qui quand même n’est pas complet, nulle part c’est complet dans le monde, mais très riche. Et puis aussi, l’autre base, la confiance qu’on doit avoir et, plus encore, c’est une population qui est mieux préparée, qui est plus instruite que jamais dans le passé; avec des nouvelles générations qui ont une aptitude sans précédent à se lancer dans la vie économique comme on ne le faisait pas autrefois, à faire face à la concurrence et à réussir. De tout ça, on serait moins sûr si on n’en avait pas eu tant de preuves jusqu’à la cassure brutale de l’an dernier, là, du milieu de 1981. Parce que, avec des carences et des fragilités qui, d’ailleurs, nous rattrapent aujourd’hui et qu’il va falloir continuer à corriger; malgré tout, de 1973 à 1980, pendant huit ans, il y a eu un élan et des performances extraordinaires dans l’économie québécoise., Je vous en donne juste trois exemples: croissance de la production a été plus rapide au Québec qu’en Ontario, dans tout le Canada et même aux États-Unis. Croyez-le ou non. Et deuxièmement, croyez-le ou non aussi, c’est des chiffres officiels, les investissements privés se sont également accrus plus vite au Québec. Et troisièmement, comme c’est normal, cette vitalité a vite franchi les frontières puisque nos exportations aussi augmentaient plus vite qu’ailleurs. Donc, il n’y a pas de raison, à moyen terme encore une fois, de manquer de confiance en nousmêmes, à condition de ne pas se laisser boucher la vue complètement par les problèmes de l’heure et de réussir à garder au moins un oeil sur l’avenir; parce que si maigre soit-il, sa part à l’avenir même quand ça va mal. Il faut lui faire sa part, par exemple, en s’occupant de recherches et de développement dans les secteurs qui pointent le plus à l’horizon où il va falloir trouver notre place comme tous les autres. En maintenant aussi des programmes de modernisation et de rationalisation industrielles qui sont déjà en marche, mais qu’il ne faut pas négliger Et en continuant de porter une attention plus intense que jamais à nos marchés d’exportation. Bien entendu, et je le répète, parce que c’est ça qui est le plus pressant, il faut surtout éviter trop se laisser abîmer par la crise. Et demain, le ministre d’Etat au développement économique et le ministre de l’Industrie et du Commerce en particulier, vous exposeront en détail les mesures d’urgence, les mesures de soutien de l’économie, de maintien de l’emploi que le gouvernement a déjà pris ou qu’il entend prendre, comme par exemple: le régime de financement à taux d’intérêt réduit pour les petites et moyennes entreprises manufacturières; comme certaines mesures d’encouragement à la construction domiciliaire; et comme certains programmes additionnels de création d’emplois, au moins d’emplois temporaires pendant le pire qui passe. En tout cas, c’est à ce genre d’efforts que nous entendons consacrer tout ce que nous aurons au gouvernement de marge de manoeuvre, c’est-à-dire de fonds qui ne sont pas dépensés d’avance. Hélas, cette année, il n’y en aura pas beaucoup, mais tout ce qu’il y aura devra aller de ce côté-là. Inutile d’ajouter que nous demandons aussi au fédéral, en fait depuis deux trois mois, nous le supplions littéralement, de faire sa part lui aussi et de la faire d’une façon concertée et non pas chacun de son côté, parce que ça donne de moins bons résultats. On lui demande et on le supplie, parce que, après tout, il est largement responsable de l’ampleur de la crise. Ca, tout le monde est d’accord là-dessus. Et puis aussi grâce aux économies qu’il pratique aux dépens des provinces cette année, et je le dis sans amertume, enfin, j’essaye de le dire sans amertume ce soir, à cause de ça, c’est lui qui a le plus de moyens à sa disposition. Et puis enfin, pour revenir au point de départ, à savoir que la priorité absolue et la préoccupation la plus constante, elle doit se porter vers ceux qui souffrent du chômage ou qui en sont menacés. Il me semble qu’il y a encore une foule de possibilités dont aucune est une recette magique, mais qui peuvent tout avoir des effets positifs et auxquelles d’une certaine façon, tout le monde peut participer. Par exemple: le problème criant des fermetures et des licenciements collectifs comment les éviter ? Ou du moins, comment en réduire les dégâts ? Bien sûr, on nous le dit tout le temps « le gouvernement doit être au bâton », mais de plus en plus, estce qu’on ne se rend pas compte, en regardant ce qui se passe ici au Québec, partout au Canada, en Amérique du Nord, estce qu’on ne se rend pas compte que les employeurs et les employés doivent également se mettre au bâton pour faire face à ces situations-là. Un autre exemple: les achats de biens et de services . Partout où il dépense quoi que ce soit et c’est des milliards chaque année, l’Etat, au Québec comme ailleurs, a le devoir comme jamais d’intensifier sa politique d’achat, dans notre cas: politique d’achat québécois. Et c’est ce qu’on fait, c’est ce qu’on va faire de plus en plus, mais est-ce que ce n’est pas vrai aussi pour tout le monde, pour les municipalités, pour les entreprises, et aussi pour le budget familial. Parce que chaque fois qu’on y pense concrètement,ça aide à maintenir nos emplois. Ca, c’est la moins malaisée de toutes, mais c’est de la solidarité vécue quand on y pense concrètement. Un dernier exemple, il y en aurait beaucoup d’autres, mais un dernier exemple: le climat dans l’entreprise ou ce qu’on peut appeler la qualité de la vie au travail. On peut et on doit et on n’y manque pas, parler toujours d’améliorer la productivité – et à ce point de vue là, je le dis tout de suite avant qu’on me le dise, le secteur public n’est pas particulièrement un modèle. Bon – donc, pour la productivité, bien il faut évidemment de l’investissement, il faut moderniser l’équipement quand on le peut. Il faut aussi des travailleurs de mieux en mieux qualifiés. Mais également et surtout je pense, et tout le monde admettra qu’il faut des travailleurs motivés. Est-il besoin de souligner en particulier le taux d’absentéisme effarant que nous avons au Québec, un taux d’absentéisme qui coûte présentement sept fois plus de journées de travail perdues que toutes les grèves et tous les lock-out ensemble. Ca, il y a un lien très direct, sûrement avec le climat du travail. Et là-dessus aussi, il me semble que tout le monde a sa part à fournir. En bref, voilà donc – bien sûr, quitte à étoffer ça de façon plus spécialisée, plus précise aussi – voilà en bref, en tout cas, comment nous, au gouvernement, nous voyons en ce moment les principaux problèmes, les priorités les plus évidentes et les choix que nous, au gouvernement, nous aurons à faire d’ici quelques brèves semaines. Si nous avons tort, qu’on ne se gêne pas pour nous le dire et pour nous dire pourquoi; de même qu’à votre avis, ce que nous devrions faire et que nous ne faisons pas, mais sans oublier ce que vous-mêmes, dans les divers secteurs que vous représentez, vous pourriez avoir l’intention d’ajouter comme idées, comme efforts, pour aider à nous tirer collectivement du pétrin passager dans lequel nous sommes. En tout cas, une chose est certaine: en dépit des Cassandre qui allaient ces jours-ci proclamant d’avance l’échec de ce sommet, il y a d’ores et déjà un résultat qui est assuré: on en sortira plus au courant des faits et c’est vital parce que les faits, c’est toujours têtu. On a beau vouloir passer à côté, ils sont là. Et on en sortira aussi sûrement avec une meilleure compréhension de la nature et de l’ampleur des problèmes, et aussi de la façon dont nous les voyons les uns les autres. Et ça, c’est énorme. De plus, il me semble qu’on ne peut pas faire autrement que de ressentir aussi que nous avons tous une part de responsabilité, en particulier à l’égard de ceux qui souffrent le plus cruellement de la crise, ni par conséquent sans ressentir que nous avons tous un certain test à passer, à tout le moins un test de notre crédibilité. Si ce test est raté et qu’on doive se retrancher sur les positions et les seuls refrains traditionnels, il est évident que ça finira là et tant pis. Il y aura quand même quelque chose d’acquis. Mais si on pouvait dégager ensemble une simple note d’espoir avec un peu de générosité, quelque chose comme une redécouverte à la mode d’aujourd’hui de l’ingéniosité et du sens du partage qui ont fait partie profondément de nos traditions québécoises, alors ça pourrait être magnifique et, au risque de rêver en couleurs, c’est l’espoir que nous avons parce que nous devons l’avoir. Merci.

[[QLVSQ19820313] [Gouvernement du Québec Cabinet du Premier Ministre Service de Presse COMMUNIQUE DE PRESSE POUR PUBLICATION IMMEDIATE Vous trouverez ci-joint les textes que le Premier ministre du Québec, monsieur René Lévesque, a rendus publics à la conférence de presse du Conseil des ministres special, qui se tenait hier le 13 mars 1983. – 30 – UN PLAN D’ACTION AXE SUR L’EMPLOI ET L’INVESTISSEMENT] Au Québec, comme partout dans le monde industrialisé, il importe maintenant de parler des conditions de la reprise et de notre position concurrentielle dans l’après-crise. Dans cette perspective, nous pouvons compter sur des atouts et des avantages comparatifs qui sont loin d’être négligeables. Une ressource comme l’hydro-électricité, par exemple, nous permet de réaliser un potentiel de développement industriel qui nous place à l’avantgarde dans certains secteurs. Le Québec a également fait la preuve qu’il pouvait occuper sa place dans le vaste domaine des technologies nouvelles. Enfin, nos ressources humaines sont certainement à la hauteur des défis qu’il nous faudra relever pour demeurer parmi les nations modernes et productives. Aussi, le Conseil des ministres a arrêté en principe les grandes lignes d’un plan d’action économique à plusieurs volets qui vise non seulement à combattre le chômage à court terme mais également à amorcer une relance durable de notre développement économique. Cette décision marque une étape essentielle dans la mise en oeuvre de la politique de lutte contre la crise, dont les axes principaux ont été fixés lors du Conseil spécial de Pointe-au-Pic en septembre dernier. Nous entendons donc amplifier les mesures déjà annoncées, comme le maintien et la création d’emploi, le développement des exportations et l’appui aux industries de pointe. D’autre part, cet effort sera complété par des actions destinées a pallier un des éléments les plus préoccupants de la crise, soit la faiblesse du volume des investissements. Concrètement, le gouvernement se propose d’injecter près de 700000000 $ dans l’économie. Une partie importante de cette injection se fera sous forme d’investissements publics, 450000000 alors que quelque 250000000 $ seront ajoutés aux crédits budgétaires. Beaucoup de ces injections de capitaux publics entraîneront un accroissement des investissements privés, ce qui en multipliera l’impact sur l’activité économique. 1. Accélération des investissements Dans le contexte économique actuel, il serait illusoire de compter entièrement sur un accroissement de la consommation pour relancer l’économie. Il faut agir directement sur le niveau des investissements de façon à créer des emplois tout en augmentant la productivité et la capacité de production du Québec. En ce qui concerne le secteur privé, le gouvernement mise à la fois sur la réduction temporaire des tarifs d’électricité – qui a déjà donné des résultats intéressants dans le secteur de l’aluminium – et sur des contributions directes aux projets susceptibles d’engendrerle plus de retombées économiques: à cet égard, la décision a été prise d’accorder à de tels projets, à titre d’aide spéciale, un montant équivalent aux revenus fiscaux générés par les nouveaux investissements. Pour ce qui est des investissements publics, nous mettons au point avec les principaux intéressés un programme spécial d’accélération comprenant les éléments suivants: 100000000 de $ dans le secteur des transports ( transport en commun à Montréal, piste expérimentale de métro sur rail, construction navale). 140000000 de $ dans l’épuration des eaux, surtout en dehors de l’île de Montréal. 200000000 de $ d’investissements par Hydro-Québec, surtout dans l’amélioration du réseau de distribution. Enfin, le gouvernement est désireux de collaborer étroitement avec le gouvernement fédéral pour amorcer les travaux de réhabilitation du Vieux-Port de Montréal. 2. Appui plus soutenu aux exportations Avec la création du ministère du Commerce extérieur et l’instauration des nouveaux programmes de la SDI, le Québec a déja amorcé la mise en place de sa politique d’aide au développement de nos exportations. Une nouvelle étape sera franchie par le renforcement et l’élargissement de la représentation économique du Québec à l’étranger, l’octroi de crédits additionnels au programme APEX (prospection de marchés et stratégie internationale de commercialisation) et l’accroissement des services offerts aux entreprises québécoises en matière d’information et d’accords industriels. De plus, des mécanismes viennent d’être mis en place afin de compléter les programmes de la Société fédérale d’expansion des exportations (SEE) par un programme québécois de financement. Au total, les crédits dans ce secteur seront doublés. 3. Conquête de notre propre marché Afin d’aider nos entreprises à conquérir une part plus grande de notre propre marché deux initiatives sont envisagées. D’abord, une action particulière sera conduite par le MICT dans le domaine de la sous-traitance afin d’une part, de faire connaître aux grands « donneurs d’ordre » les manufacturiers québécois et de fournir, d’autre part, à nos industriels les occasions de vente pour des produits spécifiques. Plusieurs salons de sous-traitance seront organisés, dont le premier en juin 1983, pour les pièces d’automobile et de transport en commun, ce qui constituera le premier événement économique à se tenir au nouveau Palais des Congrès de Montréal. Le MICT estime qu’un minimum de 500000000 $ de commandes additionnelles pourront devenir accessibles aux P.M.E. manufacturières québécoises. Deuxièmement un programme triennal sera mis en place pour développer la production céréalière et améliorer la qualité des fourrages. L’effort additionnel fait par le gouvernement devrait générer des investissements annuels de près de 60000000 $ de la part des agriculteurs et créer plus de 2000 emplois. Le taux d’autosuffisance céréalière du Québec, qui est passé de 30 à 50 % de 1976 à 1981, pourrait ainsi atteindre, dès 1986, les 70 % qui étaient prévus pour 1990 dans le document »Nourrir le Québec ». 4. L’implantation du virage technologique La prochaine année financière verra une accélération marquée dans la mise en place du virage technologique, tant au niveau de l’effort gouvernemental que de la cohérence des interventions. Au delà des sommes déjà prévues dans les différents ministères et sociétés d’Etat, le gouvernement entend dépenser un montant additionnel de 35000000 $, dont la moitié à partir d’un fonds spécial réservé aux projets jugés prioritaires par le ministre délégué à la Science et à la Technologie, ce qui portera le total des sommes consacrées l’an prochain au Virage technologique à quelque 200000000 $ . 5, Poursuite de l’aide à la construction Compte tenu des effets d’entraînement du secteur de la construction sur l’ensemble de l’économie, le gouvernement entend poursu ivre et accroître ses efforts pour stimuler l’activité dans ce secteur. Le programme Corvée-Habitation se poursuivra pendant toute l’année financière 1983-1984 et les conditions seront révisées le premier juillet prochain de concert avec tous les partenaires. Nous examinerons d’ailleurs avec eux un élargissement du programme susceptible de provoq.uer l’équivalent de 5 000 mises en chantier additionnelles. De plus, nous entamerons au cours des prochains jours des pourparlers avec le gouvernement fédéral et les municipalités pour étendre le programme Loginove de restauration résidentielle et pour accroître le nombre de logements coopératifs visés par le programme Logipop. 6., Partage de l’emploi et retraite anticipée Dans plusieurs pays développés, l’accent a été mis récemment sur la mise en place de programmes de partage de l’emploi et de retraite anticipée pour les travailleurs plus agés. En ce qui concerne le partage de l’emploi, nous proposerons bientôt diverses formules susceptibles d’augmenter le nombre d’emplois disponibles, tout en protégeant les conditions de travail de ceux et celles qui voudront s’en prévaloir. Par ailleurs, dans le but de permettre aux travailleurs plus âgés de profiter d’une retraite à partir de 60 ans, nous modifierons le régime des rentes du Québec pour que leur soit versée une pension convenable. Enfin, des travailleurs de plus de 60 ans dont l’état de santé les empêche d’accomplir leur travail habituel, pourront se retirer avec une pleine rente d’invalidité. Ces mesures devraient permettre aux jeunes d’accéder plus facilement au marché du travail. 7. Le soutien à l’emploi Certains secteurs d’activité sont, à cause de la récession, particulièrement menacés. Le gouvernement a décidé à cet effet de poursuivre, pour un an encore, le programme d’urgence d’aide à la PME (Plan Biron), de fournir 25000000 pour assurer la survie de Pétromont et d’entreprendre d’ici peu la réorganisation des activités de SIDBEC. 8. Les programmes de création d’emploi Enfin le gouvernement a décidé non seulement de continuer mais également d’intensifier substantiellement le programme entrepris l’an dernier de lutte au chômage et de création d’emploi. L’enveloppe de ce programme sera portée à 235000000 $, dont quelque 150000000 s’adresseront directement aux jeunes, comme il a déjà été annoncé. Ainsi, ce sont plus de 63 000 emplois permanents ou temporaires qui seront créés en 1983-1984, sans compter les participants au programme Action Jeunes Volontaires. Il s’agit la d’une véritable mobilisation des ressources de l’Etat, d’une action concertée des ministères et organismes gouvernementaux. À lui seul, cependant, le plan d’action ne suffit pas. Ce que la situation actuelle exige de chacun de nous, c’est un effort nouveau et soutenu. Au fond, l’Etat intervient d’abord et avant tout comme un catalyseur, comme l’accélérateur d’un mouvement de reprise que seul le dynamisme du milieu, de l’entreprise, des agents socio-économiques peut assurer. C’est en conjuguant tous ces efforts que le Québec pourra vraiment surmonter la crise. Le plan d’action du gouvernement fait donc largement appel aux initiatives des autres agents de l’économie. Nous sommes d’ailleurs déjà en discussion avec plusieurs entreprises des secteurs privé et public au sujet de projets importants qui pourraient être réalisés presque immédiatement. Nous accueillons également avec grand intérêt le projet annoncé récemment par la F.T.Q. de mettre sur pied un fonds de solidarité impliquant la participation des travailleurs à la relance économique. Aussi, j’ai l’intention de convoquer une table de travail des principaux dirigeants des organismes patronaux et des syndicats du secteur privé. Cette réunion nous permettra de discuter aussi bien du plan d’action économique dont je viens d’annoncer les grandes lignes que des projets que voudraient nous soumettre nos partenaires. Cette rencontre aura lieu dans les meilleurs délais de façon à ce que le ministre des Finances puisse en tenir compte dans la préparation de son budget qui est prévu pour la deuxième moitié d’avril. Le Conseil s’est également penché sur les dossiers du régime des rentes, des relations entre l’Etat et les citoyens, du mode de scrutin, des relations fédérales provinciales, de même que sur l’ensemble des questions liées à la prochaine session de l’Assemblée nationale, Les décisions découlant de ces discussions seront communiquées dans le message inaugural. Mont Sainte-Anne, le 13 mars 1983 Accélération des investissements privés et publics Dans le contexte économique actuel, il est illusoire de miser entièrement sur une accélération de la consommation pour relancer l’activité économique. La demande étant, a court terme, difficilement influençable, le centre névralgique de la relance doit se situer au niveau des investissements privés et publics. Il faut réaliser le maximum d’investissements qui augmentent à la fois la productivité et le potentiel de production du Québec tout en créant des emplois. Investissements privés Par investissements privés, on entend ici les investissements de nature commerciale ou industrielle (incluant, bien sûr, les investissements du secteur agricole), aussi bien des entreprises privées que des Sociétés d’état, québécoises ou étrangères. L’opération d’accélération des investissements doit être conduite sur deux plans distincts; celui qui découle de la nouvelle politique des tarifs d’électricité, et celui exigeant des contributions du Trésor public. Les tarifs-d’électricité Profitant des surplus temporaires d’hydro-électricité, le gouvernement a autorisé Hydro-Québec à offrir des réductions importantes de tarifs pour la période de 1985 à 1990 pour accélérer l’implantation d’entreprises qui en sont grandes consommatrices. Déjà, cette ouverture a provoqué une remarquable accélération des projets d’investissements des alumineries. L’agrandissement des installations de Reynolds à Baie.-Comeau (750000000 $) qui avait été reporté à plus tard, a été immédiatement mis en chantier. L’investissement de Pechiney est deux fois plus important, Finalement, il est possible que la réduction des tarifs d’électricité puisse générer des investissements fort importants dans des secteurs autres que l’aluminium. Investissements exigeant des contributions gouvernementales Dans la plupart des cas, l’appui financier du gouvernement aux investissements privés passe par les programmes de subventions existants. Ces programmes sont bien connus des investisseurs et les infrastructures d’accueil bien rodées. Toutefois, il peut arriver dans certains cas qu’une aide ponctuelle soit nécessaire pour accélérer des projets importants pour le Québec. À cette fin, le gouvernement suit de très près l’évolution des dossiers prioritaires susceptibles de démarrer dans les mois qui viennent. Dans la mesure où l’apparition de nouveaux projets ou leur accélération entraîne des revenus plus élevés pour le gouvernement, une aide spéciale au démarrage est justifiée. Plusieurs projets d’ordre minier, à titre d’exemple, tombent dans cette catégorie. Les efforts d’accélération portent sur les investissements dans le transport et l’épuration des eaux, sur ceux d’Hydro-Québec, et sur les travaux de réhabilitation du Vieux Port de Montréal. Donc, sur des investissements collectifs que le Québec doit faire tôt ou tard et qui seront accélérés compte tenu de la basse conjoncture économique actuelle. Le ministère des Transports, dans le cadre d’une hausse de 100000000 $ de son programme d’investissements accélérera les travaux de transport en commun sur l’Île de Montréal, subventionnera une piste expérimentale de métro sur rail, et participera à la construction de traversiers. Investissements publics Du côté d’Hydro-Québec, on sait que le poids de ses investissements est énorme sur l’ensemble de l’économie. En fait, au moment des plus gros travaux à la Baie James (en 1979), HydroQuébec a réalisé jusqu’à 30 pour cent de tous les investissements productifs publics et privés au Québec. Le ralentissement des travaux au fur et à mesure de l’achèvement du gros oeuvre a eu un effet majeur sur le niveau total des investissements québécois. La réduction du volume des travaux est en fait venu accentuer l’intensité de la récession. Il faut cependant noter que la pénétration du gaz naturel, pour lequel des investissements de quelque 250000000 $ sont prévus cette année, vient atténuer cet effet. Il va de soi, que, compte tenu des excédents considérables d’électricité dont nous allons disposer pendant plusieurs années, il serait absurde d’inviter Hydro-Québec à accélérer la mise en place de capacités de production additionnelles. Toutefois, à la demande du gouvernement, Hydro-Québec consacrera cette année près de 200000000 $ de plus que prévu à l’amélioration de son réseau de distribution, à partir d’un niveau d’investissement actuellement établi à 2700000000 $. Pour ce qui a trait à des travaux de moindre ampleur, on a amorcé une collaboration avec le Comité fédéral chargé des travaux de réhabilitation du Vieux Port de Montréal. Une enveloppe de fonds fédéraux de 125000000 $ a été dégagée, et il devrait être possible de réaliser quelque 20000000 $ de travaux dès 1983-1984. Appuis additionnels aux exportations Avec la création du ministère du Commerce extérieur, nous disposons maintenant d’un instrument qui nous permet à la fois de définir une politique en cette matière et de coordonner des efforts qui jusqu’à maintenant étaient dispersés. De façon spécifique, le gouvernement entend assurer aux produits et services québécois un meilleur accès aux marchés internationaux par les mesures suivantes: nouveau programme de la SDI comprenant trois volets (la formation de consortiums, le crédit-implantation et le financement des exportations, incluant les contrats majeurs à l’étranger); crédits additionnels de 6000000 $ au programme APEX dont le but est d’assister l’entreprise dans la prospection des marchés étrangers et dans l’établissement d’une véritable stratégie internationale de commercialisation; renforcement et élargissement de la représentation économique du Québec à l’étranger; élargissement des services offerts aux entreprises du Québec en matière d’information, d’accords industriels, de formation de consortiums, et autres.. Par ailleurs, le travail se poursuit au niveau de certaines industries spécifiques comme l’industrie du bois, qui a fait récemment l’objet d’une décision favorable des autorités américaines (suite, entre autre, aux représentations du ministre du Commerce extérieur du Québec) et de l’exportation de systèmes de transport dont les marchés extérieurs offrent des perspectives considérables. Enfin, le ministère a déjà commencé à appuyer les firmes québécoises, dans le cas de contracts majeurs d’exportation. Nos programmes d’aide sur le plan du financement et des garanties complètent ainsi ceux de la Société fédéral d’expansion des exportations (SEE) et de l’ACDI. Accroissemment de l’autosuffisance céréalière Depuis 1977, le gouvernement du Québec n’a pas ménagé ses efforts pour relancer la production céréalière et améliorer la qualité des fourrages. Quatre objectifs sont visés par le plan triennal de mise en valeur des sols, de développement de la production céréalière et d’amélioration de la qualité des fourrages: une balance commerciale agricole plus favorable au Québec par la réduction des importations de grains de provende; la diversification de notre agriculture; la réduction des coûts de production et l’amélioration du degré d’autosuffisance en céréales fourragères dans les exploitations laitières; une meilleure utilisation des sols possédant un potentiel agricole et nouvellement « zonées » dans le cadre de la Loi de protection du territoire agricole. Le gouvernement du Québec accroîtra en 1983-1984 son aide financière. Ainsi, les budgets de subvention consacrés à la mise en valeur des sols, au développement de la production céréalière et l’amélioration de la qualité des fourrages. Cet effort budgétaire supplémentaire de la part du Gouvernement, cette année, devrait induire directement un accroissement de près de 60000000 $ des investissements réalisés par les agriculteurs et créer plus de 2000 emplois. Dans le contexte conjoncturel actuel, les effets économiques de l’accélération de l’aide gouvernementale aux programmes concernés, en plus d’accroître le potentiel de production et la productivité du secteur agricole, se feront sentir principalement en région, là où la crise a frappé, bien souvent, le plus durement. L’implantation du virage technologique La crise économique actuelle est plus qu’un simple moment dépressif entre deux périodes traditionnelles d’expansion économique. Elle s’accompagne d’une nouvelle révolution industrielle assise sur des technologies qui ouvrent de nouveaux secteurs économiques, tout en permettant d’augmenter la productivité de secteurs traditionnels. La stratégie gouvernementale consiste d’abord à intensifier l’effort général de recherche et de développement dans les secteurs jugés prioritaires. Dans le secteur public, les ressources additionnelles se concentrent davantage dans les budgets du CRIQ, de Nouveler, de l’IREQ et des fonds de recherche universitaire. L’entreprise de rationalisation des quelque 450000000 de $ que consacre annuellement le gouvernement à ses activités scientifiques et technologiques est bien amorcée. Du côté du secteur privé, des mesures ont été prises pour accroître l’aide que la S.D.I. apporte aux entreprises au niveau des activités de recherche et de développement. De plus, certaines modifications au régime fiscal visant à stimuler l’investissement privé en recherche et développement sont actuellement à un stade avancé d’étude. En collaboration avec les entreprises, il est prévu enfin, d’amorcer l’implantation de centres de recherche appliquée et de développement technologique dans des domaines de pointe. À cet égard, à titre d’exemple, le projet d’implantation de centres de conception et de fabrication informatisée est déjà passablement avancé. En second lieu, on assurera le développement des entreprises « technologiques » par l’ouverture de nouveaux marchés comme l’informatique à l’école ou la bureautique, et aussi, par un appui financier à des projets innovateurs comme VIDACOM, IAF-Ayerst ou l’usine de méthanol. En troisième lieu, le développement des ressources humaines supplémentaires dans les domaines scientifique et technologique sera assuré, entre autres, par le financement de clientèles additionnelles dans les universités, la création de centres spécialisés dans les CEGEP et par l’affectation, à même les programmes de création d’emploi, de crédits destinés à l’emploi scientifique. Enfin, la concertation sectorielle des actions des divers intervenants gouvernementaux et des partenaires socio-économiques sera favorisée par la préparation, puis l’implantation, de plans d’action, d’abord dans les biothechnologies et les technologies informatiques. Enfin, l’année 1983-84 verra une accélération marquée du virage technologique, tant au niveau de l’effort gouvernemental que de la cohérence des interventions. Au delà des sommes déjà prévues par les ministères et sociétés d’Etat, le gouvernement entend dépenser l’an prochain un montant additionnel de 35000000 dont la moitié constituera un fonds spécial réservé aux projets jugés prioritaires par le ministre délégué à la Science et à la Technologie. Au total, autour de 200000000 de $ seront investis ou dépensés dans les secteurs prioritaires du « Virage technologique ». Aide à la construction Compte tenu des effets d’entraînement du secteur de la construction sur l’ensemble de l’économie, le gouvernement entend poursuivre et accroître ses efforts pour stimuler l’activité dans ce secteur. Déjà le programme d’aide à l’accession à la propriété a profité à plus de 15000 ménages depuis son introduction. De plus, Corvée-Habitation, fruit de l’appui des employés et employeurs de la construction, des institutions financières, des municipalités et du gouvernement a d’ores et déjà permis une relance de la construction domiciliaire; au lieu d’opérer à un niveau de 24000 ou de 25000 logements par an, ce programme permet d’envisager un rythme annuel de 35 000 à 40 000 logements pour 1983. On rappelle pour mémoire que la construction d’un logement entraîne en moyenne la création d’un emploi/année. Ce programme se poursuivra pendant toute l’année financière 1983-1984 et les conditions seront révisées le premier juillet prochain. Toutefois, compte tenu de la baisse des taux d’intérêts et parce que le chômage demeure élevé dans l’industrie de la construction, et ce malgré Corvée-Habitation, le gouvernement entend suggérer à ses partenaires que soient examinées les possibilités d’étendre les bénéfices de Corvée-Habitation à la fois dans le secteur résidentiel, par exemple pour des opérations de recyclage, et dans le secteur de la construction non-résidentielle en prévoyant toutefois que le coût des travaux devra être plafonné. L’objectif visé par un tel élargissement serait de faire débloquer l’équivalent de 5 000 mises en chantiers additionnelles. Enfin, le ministre de l’Habitation et de la Protection du consommateur entamera des pourparlers avec le gouvernement fédéral et les municipalités en vue d’étendre le programme Loginove de restauration résidentielle en même temps qu’il tentera d’accroître l’enveloppe de logements coopératifs par l’entremise du programme Logipop. Partage de l’emploi et retraites anticipées Parallèlement aux divers programmes de création d’emplois et de stimulation des investissements, l’objectif d’augmentation des possibilités d’emplois peut également être atteint par d’autres formules. Ainsi le partage d’emplois constitue une formule répondant aux besoins de certains travailleurs tout en contribuant à atténuer les effets d’une demande de main-d’oeuvre déficiente. Une telle formule s’adresse aux employés qui ont déjà un emploi à temps plein et qui acceptent volontairement, pour une-durée donnée, de travailler moins d’heures par semaine. Le temps de travail ainsi libéré peut alors être comblé par des personnes sans emploi. Le partage volontaire de l’emploi pourra donner lieu à des ententes entre employés et employeurs en vue de protéger les conditions de travail des employés qui sien prévalent. Dans le même esprit, l’encouragement à la retraite anticipée permettra de libérer des emplois pour des jeunes travailleurs, ou du moins éviter leur congédiement, tout en soulageant certains travailleurs affectés à des taches particulièrement usantes. L’accessibilité au Régime des rentes du Québec à partir de 60 ans, le relèvement de la rente d’invalidité et le relâchement des critères d’admissibilité à cette rente, sont autant de mesures peu coOteuses que le gouvernement entend promouvoir et qui sont aptes à encourager la retraite avant 65 ans. Le soutien à l’emploi La crise économique et notamment la période prolongée des hauts taux d’intérêts a eu pour effet d’affaiblir considérablement la structure industrielle du Québec. Le gouvernement du Québec a réagi à cette situation par des mesures concrètes qui ont déjà donné des résultats importants. Le programme d’urgence d’aide à la PME (Plan Biron) a déjà bénéficié à plus de 400 entreprises, contribuant ainsi à sauver plusieurs de milliers d’emplois. Ce programme, qui comporte des prises en charge d’intérêts et des garanties de prêts aux entreprises, sera maintenu jusqu’à ce que l’économie du Québec soit sortie de la présente récession. De plus, le gouvernement du Québec s’est attaqué plus spécifiquement aux problèmes des deux industries fort importantes en terme d’emplois, la pétrochimie primaire et la sidérurgie. Pétromont, qui oeuvre dans la pétrochimie primaire, était sur le point de fermer. L’entreprise n’embauche que quelques centaines d’employés, mais entre 9 000 et 20 000 emplois (selon les estimés) dépendent de cette source de matières première pétrochimiques, Après de longs mois de négociations, le gouvernement du Québec a obtenu d’Ottawa qu’il participe financièrement au sauvetage de l’entreprise à court terme, Ainsi, Ottawa a annoncé récemment qu’il accordait à Pétromont la moitié de l’aide financière nécessaire à sa survie, soit 25000000 $ sur 2 ans. Québec a annoncé qu’il prendrait à sa charge l’autre 25000000 $. Il s’agit maintenant d’assurer la survie à long terme de Pétromont dont les problèmes sont causés en majeure partie par la politique fédérale de l’énergie. Sidbec, dont on connaît les difficultés financières représente 5 000 emplois, Le gouvernement étudie actuellement différents scénarios afin, d’une part, de réduire le drainage de fonds publics que SIDBEC exerce sur le fonds consolidé et, d’autre part, afin de maintenir, autant que faire se peut, le plus d’emplois possible Le gouvernement du Québec fera connaître dans les prochains mois la politique qu’il entend suivre à l’égard de SIDBEC. Les programmes de création d’emplois Le gouvernement du Québec accroîtra substantiellement son effort dans la lutte au chômage et la création d’emploi, en portant à 235000000 $ en 1983-1984 l’enveloppe budgétaire des programmes de création d’emploi; plus de 150000000 $ s’adresseront directement aux jeunes. Le bon d’emploi: 45100000 $ Un bon d’emploi, n’excédant pas 3000 $ par emploi d’une durée minimale de 20 semaines, permettra à 15 000 jeunes diplômés d’acquérir une expérience pratique de travail et facilitera leur insertion permanente au marché du travail. Le programme expérimental de création d’emplois communautaires (PECEC): 40000000 $ (dont 22000000 $ pour les jeunes) La création de 8 300 des emplois pour des chômeurs chroniques et des bénéficiaires de l’aide sociale favorisera la mise sur pied ou l’expansion d’entreprises viables enracinées dans leur milieu. Relais: 42300000 $ (dont 25000000 pour les jeunes) Issu d’un effort conjoint des gouvernements du Canada et du Québec, ce programme s’adresse particulièrement aux chômeurs qui ont épuisé leurs prestations d’assurance-chômage. L’objectif est de créer 21 400 emplois dans des activités axées sur le développement économique du Québec. Création d’emplois temporaires (PCET): 36600000 $ (20,3 pour les jeunes) Ce programme vise à augmenter la participation des jeunes dans les programmes de création d’emplois temporaires des ministères et organismes gouvernementaux. Cette initiative créera 8100 emplois. Chantier Québec , aide à l’emploi : 31300000 $ (dont 17,4 pour les jeunes) La réalisation de projets utiles à la collectivité, et d’une durée maximale de 20 semaines, permettra le maintien des aptitudes professionnelles et favorisera la réintégration de 5 700 personnes qui se sont longuement absentées du marché du travail. Action jeunes volontaires 20000000 $ Par une allocation de 100 $ par mois s’ajoutant aux prestations d’aide sociale ou d’assurance-chômage ce programme supportera l’action bénévole et volontaire de 16 600 jeunes en leur facilitant la réalisation d’activités significatives pour eux et valables pour leur milieu. Le programme de retour au travail (PRET) 14100000 $ (dont 8000000 $ pour les jeunes) Ce programme s’adresse principalement aux bénéficiaires d’aide sociale et vise à les intégrer de façon permanente au marché régulier du travail par le biais de 2 800 emplois subventionnés pour une période de 6 à 12 mois. Services externes de main-d’oeuvre: 4300000 $ Complémentaire au réseau de Travail-Québec, se programme appuiera les organismes sans but lucratif qui offrent des services spécifiques de placement à des clientèles qui éprouvent des difficultés à réintégrer le marché du travail. Ce soutien favorisera la réintégration de 2100 personnes. Partage d’emploi: 1100000 $ Ce programme est orienté vers la réalisation de projets pilotes qui visent la création d’emplois permanents par le biais du concept d’emplois partagés. Par cet effort budgétaire substantiel c’est plus de 63 000 emplois permanents ou temporaires qui seront créés en 1983-1984 auxquels pourront s’ajouter plus de 16 000 bénéficiaires du programme Action Jeunes Volontaires.

[[QLVSQ19831113] [Plan d’action gouvernemental pour intensifier la relance de l’économie ALLOCUTION DU PREMIER MINISTRE Québec 13 novembre 1983] ON SAIT MAINTENANT QUE 1983, APRÈS DEUX ANNÉES FRANCHEMENT DURES AURA ÉTÉ CELLE DE LA REPRISE ÉCONOMIQUE. UN PEU COMME ON SENT REVENIR LA BELLE SAISON, LORSQU’EN MARS LE TEMPS SE MET IMPERCEPTIBLEMENT À S’ADOUCIR ET QUE LA NEIGE COMMENCE À FONDRE DE L’INTÉRIEUR, C’EST COMME ÇA AUSSI QU’AU PRINTEMPS, EN MARS JUSTEMENT, ON A SENTI QUE Ç’AVAIT COMMENCÉ À ALLER MIEUX. PAS PARTOUT, MALHEUREUSEMENT, NI POUR TOUT LE MONDE, MAIS DANS L’ENSEMBLE ON SENTAIT LA REPRISE S’AMORCER. ALORS CE QU’ON A FAIT, AU GOUVERNEMENT, C’EST CE QUE DANS LA VIE, CHACUN FERAIT DANS LES MÊMES CIRCONSTANCES. DANS LA VIE, PAR EXEMPLE, POUR FAIRE UNE COMPARAISON TRÈS PROFANE… SUPPOSONS UN CULTIVATEUR QUI A UNE TRÈS GRANDE FERME TRÈS FOLYVALENTE, TRÈS DIVERSIFIÉE, QU’IL A BÂTIE DE PEINE ET DE MISÈRE, PENDANT TOUTE SA VIE, AVEC SA FAMILLE … ET PUIS TOUT À COUP, PENDANT DEUX ANNÉES DE SUITE, C’EST LA CATASTROPHE. IL FAIT MAUVAIS, LE TEMPS EST OU BIEN TROP PLUVIEUX OU BIEN TROP SEC ET PAR-DESSUS LE MARCHE, LES PRIX SONT TOMBÉS EN BAS DES COrCTS DE PRODUCTION. DONC, POUR ÉVITER UN DÉSASTRE COMPLET, IL FAUDRA RÉDUIRE LE TRAIN DE VIE, COUPER LES DÉPENSES ET DIMINUER LES PRODUCTIONS, ET PUIS, MEME S’HYPOTHÉQUER DAVANTAGE POUR PASSER AU TRAVERS … POUR SAUVER L’ESSENTIEL. VOILA PRÉCISÉMENT CE QUE NOUS AVONS DÛ FAIRE NOUS AUSSI AU GOUVERNEMENT — COUPER ET RÉDUIRE, FOURNIR SELON NOS MOYENS DES FILETS DE SAUVETAGE POUR LES EMPLOIS ET LES ENTREPRISES AFIN D’AIDER L’ÉCONOMIE À PASSER AU TRAVERS, –ET EN MEME TEMPS, IL A BIEN FALLU CHERCHER AUSSI PLUS D’ARGENT POUR ÉVITER DE TROP HYPOTHÉQUER L’ÉTAT, QUI EST L’ENTREPRISE DE TOUT LE MONDE. ET PUIS, ENFIN – ET C’ÉTAIT PAS TROP TÔT. UN PRINTEMPS MEILLEUR EST ARRIVÉ. QU’EST-CE QUE FAIT NOTRE AGRICULTEUR SUR SA FERME, DES QU’IL SE REND COMPTE QUE LA SAISON EST BELLE À NOUVEAU ET QUE LES PRIX SE RÉTABLISSENT? IL REMET VITE SA TERRE EN ÉTAT, ET IL SÈME COMME JAMAIS, ET IL GROSSIT SON TROUPEAU ET CETTE FOIS, S’IL EMPRUNTE ENCORE, C’EST POUR REMONTER LA CÔTE. ET PUIS, PENDANT TOUT L’ÉTÉ, EN SE RELAYANT, LA FAMILLE TOUT ENTIÈRE VA SARCLER, ARROSER, ENGRAISSER LES BÊTES, ET GARDER LES DOIGTS CROISÉS JUSQU’À L’AUTOMNE. EN GROS, C’EST ÉGALEMENT CE QU’ON A FAIT AU GOUVERNEMENT. DÈS QU’ON A VU QUE L’ÉCONOMIE COMMENÇAIT ELLE AUSSI À REMONTER LA CÔTE, ON S’EST DIT QU’IL FALLAIT TOUT FAIRE POUR ACCÉLÉRER CE MOUVEMENT, POUR AIDER À TRANSFORMER LA REPRISE EN VÉRITABLE RELANCE. ET C’EST AINSI QU’AU PRINTEMPS, ON A LANCÉ – AVEC TOUS LES MOYENS DISPONIBLES, UN TRÈS GROS EFFORT, EN FAIT, UN EFFORT SANS PRÉCÉDENT, POUR STIMULER LES INVESTISSEMENTS, AUSSI BIEN PRIVÉS QUE PUBLICS; ON A MIS AU MONDE DEUX MINISTÈRES DONT LES FONCTIONS SONT PARMI LES PILIERS LES PLUS ESSENTIELS DE L’AVENIR , (COMMERCE EXTÉRIEUR ET SCIENCE ET TECHNOLOGIE), EN LEUR DEMANDANT DE NE PAS TROP ATTENDRE L’EXPÉRIENCE POUR FONCER; ET PUIS, HÉLAS, COMME LA REPRISE ÉTAIT LOIN D’ÊTRE LÀ POUR TOUT LE MONDE, ON A AUSSI INTENSIFIÉ LES PROGRAMMES DE CRÉATION D’EMPLOIS, CEUX SURTOUT QUI ONT PLUS DE CHANCES DE FOURNIR DE L’EMPLOI DURABLE. ET QUAND ON A FAIT LE POINT EN SEPTEMBRE, ON A TROUVÉ QUE LA RÉCOLTE N’ÉTAIT PAS MAUVAISE DU CÔTÉ DES INVESTISSEMENTS, PAR EXEMPLE, DANS LE SEUL SECTEUR DE L’ALUMINIUM, DEUX PROJETS POUR UN TOTAL DE DEUX MILLIARDS – DEUX GROS DÉPARTS AUSSI DANS LE DOMAINE MINIER, ET PUIS, DANS L’ENSEMBLE DE L’ÉCONOMIE, DES RAPPELS AU TRAVAIL QUI S’AMPLIFIENT. ET ON S’EN ALLAIT VERS QUELQUE CHOSE COMME 100000 EMPLOIS DE PLUS QUE L’AN DERNIER, À PAREILLE ÉPOQUE. ET MÊME, CE QUI N’EST PAS ARRIVÉ SOUVENT DANS LE PASSÉ, ON S’EN ALLAIT VERS UNE CROISSANCE « SURPRENANTE », OÙ LE QUÉBEC PRÉCÈDE VIGOUREUSEMENT TOUT LE RESTE DU CANADA. BON. ET, C’EST ALORS QUE S’EST POSÉE UNE QUESTION, UNE QUESTION TOUTE SIMPLE MAIS FONDAMENTALE, LA MÊME QUESTION EXACTEMENT QUE SE POSERAIT NOTRE AMI L’AGRICULTEUR, À QUI JE REVIENS POUR LA DERNIÈRE FOIS. LUI AUSSI, EN ARRIVANT À L’AUTOMNE, IL CONSTATE QU’IL A FAIT UNE PAS MAUVAISE ANNÉE, LA MEILLEURE EN TOUT CAS DEPUIS TROIS ANS. ALORS, IL SE POSE, LA QUESTION PUISQUE ÇA VA MIEUX, OU BIEN JE CONTINUE COMME ÇA, [« BUSINESS AS USUAL »] – SANS TROP RIEN CHANGER, OU BIEN, JE PRENDS UN RISQUE CALCULÉ, LE PARI SUR L’AVENIR, C’EST-À-DIRE JE PRENDS DE L’EXPANSION, J’INVESTIS, JE MODERNISE L’ÉQUIPEMENT, J’ESSAYE DE NOUVELLES PRODUCTIONS POUR LES MARCHÉS QUI SE DÉVELOPPENT, ET PUIS, EN PENSANT À LA RELÈVE, JE DEMANDE AUSSI À MES ENFANTS D’ALLER VITE SE PERFECTIONNER DAVANTAGE … POUR QUAND CE SERA LEUR TOUR. AI-JE BESOIN D’AJOUTER QU’EN AGRICULTURE COMME AILLEURS, C’EST COMME ÇA QU’ON DEVIENT CHAMPION C’EST CE GENRE DE PARI SUR L’AVENIR QUE NOUS AVONS TÂCHÉ DE BÂTIR DE NOTRE MIEUX CES DERNIERS TEMPS. MÊME SI ON NE SE SENT PAS ENCORE, NI TOUS, NI PARTOUT – LOIN DE LÀ, SORTIS DE LA GRANDE ÉPREUVE, MÊME SI ON AUSCULTE ENCORE NOS PLAIES ET NOS BOSSES, ET QUE ÇA AFFECTE ÉVIDEMMENT NOTRE HUMEUR, IL NOUS A SEMBLÉ QUE LA FAÇON MÊME DONT ON A SU TRAVERSER LA CRISE, ET LES LEÇONS QU’ON EN A TIRÉES, ET PUIS TOUT CE POTENTIEL REACTIVE QU’ON PERÇOIT, ET LES RÉSULTATS QUE ÇA DONNE DÉJÀ, QUE TOUT ÇA PERMET AU QUÉBEC DE PRÉTENDRE ET DE VISER AU CHAMPIONNAT. ET ÇA, ÇA SIGNIFIE QU’ON SE DOTE D’UN APPAREIL DE PRODUCTION À LA FOIS PLUS SOLIDE ET PLUS DIVERSIFIÉ POUR AFFRONTER LA CONCURRENCE, ICI MÊME SUR NOS PROPRES MARCHÉS, COMME AUSSI À L’EXTÉRIEUR, – CE QUI EXIGE DEUX CHOSES D’ABORD ET AVANT TOUT: INVESTISSEMENT ET INNOVATION; ET PUIS, COMME LES PLUS BEAUX EFFORTS DANS CE SENS-LÀ NE PRODUIRONT PAS D’EMPLOI POUR TOUS, IL VA FALLOIR PRENDRE UN TOURNANT RADICAL DANS NOS PROGRAMMES DE MISE OU DE REMISE AU TRAVAIL, DE MANIÈRE À CE QUE, DÉSORMAIS, ÇA SERVE À MIEUX FORMER OU RECYCLER LES GENS QUI SONT CONDAMNÉS À L’OISIVETÉ FORCÉE À COMMENCER PAR LES JEUNES, DONT LE SORT DOIT ÊTRE LA PRÉOCCUPATION CENTRALE. LA SITUATION CRIANTE DU CHÔMAGE CHEZ LES MOINS DE TRENTE ANS NOUS COMMANDE DE FAIRE PORTER SUR EUX LE GROS DE NOS EFFORTS PARCE QU’ILS SONT LES PLUS MARQUÉS, LES PLUS DUREMENT FRAPPÉS PAR LA CRISE ET QUE, POUR BEAUCOUP D’ENTRE EUX, LES HORIZONS PARAISSENT IRRÉMÉDIABLEMENT BLOQUÉS. OR, S’ILS CONSTITUENT NOTRE PRINCIPALE PROBLÈME DE CHÔMAGE, ILS SONT AUSSI, PARADOXALEMENT, LA SOLUTION PARCE QU’ILS SONT LA RELÈVE. IL EST ILLUSOIRE EN EFFET DE PENSER RECHERCHE, SANS UTILISER NOS JEUNES SCIENTIFIQUES, DE PENSER INNOVATION SANS METTRE À CONTRIBUTION LES RESSOURCES CRÉATRICES DE LA JEUNESSE, DE PENSER MULTIPLIER LE NOMBRE D’ENTREPRISES SANS DONNER UNE CHANCE AUX JEUNES ADMINISTRATEURS QU’ON FORME ICI EN PLUS GRAND NOMBRE QUE PARTOUT AU CANADA. DES MILLIERS DE JEUNES COMPLÈTENT CHAQUE ANNÉE LEUR FORMATION DANS NOS COLLÈGES ET UNIVERSITÉS. IL FAUT LEUR DONNER LES MOYENS D’UTILISER À PLEIN LEUR COMPÉTENCE ET LEUR DYNAMISME. DES MILLIERS D’AUTRES SONT INSUFFISAMMENT QUALIFIÉS. CEUX-LÀ, IL NOUS INCOMBE DE LEUR PERMETTRE DE COMPLETER LEUR FORMATION DE MANIÈRE À CE QU’ILS PUISSENT EUX AUSSI METTRE LEURS TALENTS AU SERVICE DE LA COLLECTIVITÉ. LE QUÉBEC NE SERA PRODUCTIF, INNOVATEUR ET COMPÉTITIF, LE QUÉBEC NE SERA « MEILLEUR » QUE SI NOS JEUNES SE VOIENT OFFRIR DÈS MAINTENANT TOUTES LES CHANCES DE DEVENIR EUX-MÊMES PRODUCTIFS, INNOVATEURS ET MEILLEURS. BREF, L’OBJECTIF DES MESURES DONT JE VAIS MAINTENANT VOUS ENTRETENIR BRIÈVEMENT, C’EST DE SUSCITER UN ÉLAN AUQUEL PUISSENT SE JOINDRE TOUS CEUX QUI FONT, CEUX QUI SONT EN FAIT NOTRE ÉCONOMIE, ET DE NOUS DONNER AINSI, PAS SEULEMENT CETTE ANNÉE MAIS DE FAÇON PERMANENTE, UN RYTHME DE CROISSANCE SUPÉRIEUR À LA MOYENNE CANADIENNE. POUR Y ARRIVER, LA PREMIÈRE CHOSE À FAIRE, SANS DOUTE LA PLUS PRESSANTE, C’EST DE DONNER À L’ENSEMBLE DE NOS ENTREPRISES LA CHANCE DE MIEUX S’INSTALLER SUR LES MARCHÉS ET DE PRENDRE DE L’EXPANSION, CE QUI EXIGE D’ABORD, LA CRISE L’A DÉMONTRÉ DRAMATIQUEMENT, QU’ON ALLÈGE LES CONTRAINTES FINANCIÈRES QUI PÈSENT SUR ELLES, C’EST-À-DIRE LE MANQUE DE CAPITAL DE RISQUE ET LE COÛT TROP ÉLEVÉ DE LA DETTE. EN ACCORD ET EN COOPÉRATION AVEC NOS PRINCIPALES INSTITUTIONS FINANCIÈRES, LA SOCIÉTÉ DE DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL VA DONC LANCER SANS DÉLAI UN PROGRAMME MASSIF DE FINANCEMENT DES ENTREPRISES, QUI COMPRENDRA UNE GARANTIE DE PRÊTS, POUR COUVRIR UNE PARTIE DE LA PERTE ÉVENTUELLE, DE MÊME QU’UNE AIDE À LA CAPITALISATION, ET QUI S’ADRESSERA AUX ENTREPRISES MANUFACTURIÈRES, AUX ÉTABLISSEMENTS D’HÉBERGEMENT TOURISTIQUE ET AUSSI AUX ENTREPRISES DE SERVICES TECHNIQUES QUI ONT DU POTENTIEL EXPORTATEUR. ET COMME ON SAIT DE PLUS QUE TOUT LE MONDE EST HANTÉ PAR LA CRAINTE D’UNE NOUVELLE FLAMBÉE DES TAUX D’INTÉRÊT, LE PROGRAMME OFFRIRA ÉGALEMENT, À DES CONDITIONS QU’ON NE SAURAIT REFUSER … UNE PROTECTION CONTRE DES HAUSSES QUI DÉPASSERAIENT LE TAUX PRÉFÉRENTIEL. CETTE GARANTIE DE PRÊTS JUSQU’À CONCURRENCE DE 2000000000 DEVRAIT GÉNÉRER AU BAS MOT PLUSIEURS CENTAINES DE MILLIONS D’INVESTISSEMENTS ADDITIONNELS DANS NOS PME. À QUOI S’AJOUTERA TRÈS BIENTÔT CE QUI DONNERA SUITE À UNE RÉSOLUTION DU RECENT CONGRÈS DE LA JEUNESSE, LA CRÉATION DE BOURSES D’AFFAIRES SOUS LA FORME DE PRÊTS D’ÉTABLISSEMENT À TAUX RÉDUITS POUR LES JEUNES DIPLÔMÉS DE CEGEPS ET D’UNIVERSITÉS QUI POURRONT AINSI SE LANCER SOIT EN FONDANT LEUR PROPRE ENTREPRISE SOIT EN DEVENANT PARTENAIRES DANS UNE ENTREPRISE EXISTANTE. ET L’ON VERRA QUE LES FRUITS DÉPASSERONT RAPIDEMENT LA PROMESSE DES FLEURS … CE QUI M’AMÈNE TOUT NATURELLEMENT EN FORÇANT UN PEU LA TRANSITION À PARLER DE LA FORÊT CETTE GRANDE RICHESSE, RENOUVELABLE À CONDITION QU’ON LA RENOUVELLE, ET PUIS AUSSI DE L’HYDRO-ÉLECTRICITÉ. CE SONT LÀ NOS DEUX PRINCIPAUX RÉSERVOIRS DE RESSOURCES DONT LE DÉVELOPPEMENT ET L’ENTRETIEN TOUCHENT SANS EXCEPTION TOUTES ET CHACUNE DE NOS RÉGIONS. POUR CE QUI EST D’ABORD DU DOMAINE FORESTIER, NOUS AVONS RÉUSSI DEPUIS DIX ANS À MULTIPLIER PAR QUATRE LE RYTHME DU REBOISEMENT ET C’EST AINSI QUE CETTE ANNÉE, ON A MIS EN TERRE 65 MILLIONS DE NOUVEAUX ARBRES, – CE QUI EST SANS PRÉCÉDENT, MAIS C’EST ENCORE TRÈS LOIN D’ÊTRE ASSEZ. NOUS AVONS DONC L’INTENTION D’ATTEINDRE D’ICI DEUX ANS UNE PRODUCTION ANNUELLE DE 300 MILLIONS DE PLANTS EN PÉPINIÈRE, AFIN QU’ON ARRIVE BIENTÔT APRÈS À UNE ÉGALE INTENSITÉ DE PLANTATION SUR LE TERRAIN, ET QU’ENSUITE, ÇA SE MAINTIENNE PERPÉTUELLEMENT AU MOINS À CE NIVEAU-LÀ.. ET DU MÊME COUP, NOUS AVONS AUSSI DÉCIDÉ D’ÉLIMINER COMPLÈTEMENT LES MOYENS CHIMIQUES DANS L’ENTRETIEN DES PLANTATIONS CE QUI AURA DEUX CONSÉQUENCES EXTRÊMEMENT IMPORTANTES: LA MISE HORS LA LOI DES POLLUANTS QUI SONT DANGEREUX POUR L’ENVIRONNEMENT; ET LA CRÉATION ANNUELLE DE PLUSIEURS MILLIERS D’EMPLOIS SAISONNIERS DANS DES TRAVAUX QUI AURONT UNE VALEUR INESTIMABLE POUR L’AVENIR. DU CÔTÉ MAINTENANT DES RESSOURCES HYDRO-ÉLECTRIQUE iIL Y A DES ÉVALUATIONS D’ORIGINE AMÉRICAINE QUI VIENNENT DE SOULIGNER QUE NOS RÉSERVES D’ÉNERGIE DANS CE SEUL GRAND SECTEUR REPRÉSENTENT, TENEZ-VOUS BIEN, PLUS DE TROIS FOIS TOUTES CELLES DONT DISPOSE L’ALBERTA SOUS FORME DE GAZ ET DE PÉTROLE! IL EST DONC NORMAL QU’ON PENSE ENTRE AUTRES CHOSES À EN EXPORTER UNE CERTAINE PARTIE, NORMAL AUSSI QU’ON EN PARLE BEAUCOUP PAR LES TEMPS QUI COURENT, ET PARFOIS MÊME À TORT ET À TRAVERS. ET IL N’EST PEUT-ÊTRE PAS SANS INTÉRÊT, PAR CONSÉQUENT QUE VOUS SACHIEZ CE QUE NOTRE GOUVERNEMENT A DÉJÀ FAIT SUR CE PLAN-LÀ. ET J’AJOUTERAI QU’IL Y A AUSSI DES CONTRATS D’ÉNERGIE FERME ET GARANTIE À L’ANNÉE, DONT ON DISCUTE DEPUIS UN BON BOUT DE TEMPS AVEC NOS INTERLOCUTEURS AMÉRICAINS. PARCE QUE CE GENRE DE TRANSACTIONS EXTRÊMEMENT COMPLIQUÉES, ÇA NE SE BÂCLE PAS EN CRIANT CISEAUX, PAR LA MAGIE DE QUELQUES DISCOURS PRÉSOMPTUEUX OU D’UNE VISITE PAR CI PAR LA … D’ACCORD, DONC, POUR L’EXPORTATION. MAIS À NOTRE HUMBLE AVIS, CE QU’IL FAUT PRIVILÉGIER EN TOUT PREMIER LIEU, C’EST PLUTÔT D’IMPORTER GRÂCE À L’ÉLECTRICITÉ, D’IMPORTER CHEZ-NOUS LE PLUS D’ENTREPRISES ET LE PLUS D’EMPLOIS POSSIBLE. NOUS AVONS DÉJÀ OBTENU DES RÉSULTATS VRAIMENT SPECTACULAIRES AVEC UN PROGRAMME DE CONTRATS À LONG TERME ET DE RABAIS DES TARIFS ÉLECTRIQUES POUR DE NOUVEAUX INVESTISSEMENTS DE GRANDE TAILLE L’EXPANSION DE $ 500 MILLIONS DE REYNOLDS À BAIECOMEAU ET LE CHANTIER D’UN MILLIARD ET DEMI QUI VA S’OUVRIR AVEC PECHINEY À BÉCANCOUR, SONT LA POUR EN TÉMOIGNER. ET JE SAIS QUE D’AUTRES PROJETS ANALOGUES VONT SE CONCRÉTISER DANS UN PROCHE AVENIR. C’EST POURQUOI LA DÉCISION A ÉTÉ PRISE D’APPLIQUER UN ÉQUIVALENT DE CE PROGRAMME, NON PLUS SEULEMENT AUX ALUMINERIES, MAIS AUSSI AUX INDUSTRIES MÉTALLURGIQUES ET ÉLECTRO-CHIMIQUES ET À LA CHIMIE MINÉRALE: IL Y A LÀ, EN PERSPECTIVE, ET DANS DES SECTEURS DE POINTE, DES POSSIBILITÉS SÉRIEUSES D’IMPLANTATIONS POUR PLUS DE 1000 MÉGAWATTS DE PUISSANCE DISPONIBLE. ET PUIS, BIEN SÛR, IL FAUT ÉGALEMENT QUE L’HYDRO INVESTISSE ELLE-MÊME, DIRECTEMENT, ELLE QUI EST LA PLUS GRANDE DE TOUTES LES ENTREPRISES DU QUÉBEC-. LE MOIS PROCHAIN, TOUT LE MONDE AURA L’OCCASION D’EXAMINER EN DÉTAIL ET DE DISCUTER CE QU’ON APPELLE SON PLAN D’ÉQUIPEMENT – OÙ ELLE DESSINE L’HORIZON TEL QU’IL LUI APPARAÎT PRÉSENTEMENT, EN MATIÈRE DE FUTURES INSTALLATIONS DE PRODUCTION D’ÉNERGIE. MAIS D’ORES ET DÉJÀ, IL EST CONVENU AVEC SES DIRIGEANTS QUE L’HYDRO-QUÉBEC VA MAINTENIR EN 1984 AU MOINS LE NIVEAU D’INVESTISSEMENT DE CETTE ANNÉE, ET QU’UN EFFORT ÉQUIVALENT SERA FAIT POUR 1985, CE QUI SE TRADUIRA PAR DES INVESTISSEMENTS SUPÉRIEURS À CE QUI ÉTAIT PRÉVU. CE QUI SIGNIFIE CONCRÈTEMENT QU’ON ACCÉLÉRERA LA CONSTRUCTION DE DEUX SUPER-LIGNES DE TRANSPORT EN PROVENANCE DE LA BAIE JAMES ET QUE LES PROGRAMMES D’AMÉLIORATION DU RÉSEAU ET D’ENFOUISSEMENT DES CÂBLES SERONT ÉGALEMENT DEVANCÉS, ET D’AUTRE PART, DANS DES SECTEURS DE HAUTE TECHNOLOGIE, OÙ LE QUÉBEC SERAIT AINSI LE PREMIER À DÉMARRER PREMIER AU CANADA, ET MÊME EN AMÉRIQUE IL Y AURA LA MISE EN CHANTIER D’UNE PREMIÈRE USINE DE FABRICATION D’HYDROGÈNE LIQUIDE, ET CELLE ÉGALEMENT DE NOTRE PREMIER CENTRE DE RECHERCHE EN ÉLECTRO CHIMIE. L’HYDRO-QUÉBEC ENTRE AINSI DE PLAIN-PIED, DANS CET EFFORT SANS PRÉCÉDENT QU’IL VA FALLOIR FAIRE DU CÔTÉ DE LA RECHERCHE ET DE L’INNOVATION, CES DEUX CONDITIONS INDISPENSABLES À TOUT PROGRÈS VRAIMENT DYNAMIQUE AUSSI LOIN QU’ON PUISSE VOIR DANS L’AVENIR SUR CETTE TOILE DE FOND ESSENTIELLE DE LA CRÉATIVITÉ, DE L’IMAGINATION, DE LA NOUVEAUTÉ L’OBJECTIF EST TOUT SIMPLEMENT D’AMENER LE QUÉBEC A LA PREMIÈRE PLACE AU CANADA EN CE QUI A TRAIT À LA FORMATION ET À L’EMPLOI DES SCIENTIFIQUES. ON VA DONC AUGMENTER CONSIDÉRABLEMENT LES BUDGETS D’ÉQUIPEMENT ET DE FONCTIONNEMENT DES ÉQUIPES ET DES CENTRES DE RECHERCHE EXISTANTS, ET AUSSI LES MULTIPLIER DANS LES SECTEURS QUE LE « VIRAGE TECHNOLOGIQUE » A DÉJÀ IDENTIFIÉS, LES BUDGETS NÉCESSAIRES POUR ACCUEILLIR DANS NOS UNIVERSITÉS UN NOMBRE ACCRU D’ÉTUDIANTS DANS LES DISCIPLINES SCIENTIFIQUES, ET PUIS AUSSI, AFIN DE BRISER POUR DE BON L’ISOLEMENT DE L’UNIVERSITÉ FACE À L’ÉCONOMIE, LE GOUVERNEMENT APPUIERA LA CRÉATION D’UNE BONNE DEMI-DOUZAINE DE CENTRES DE RECHERCHE APPLIQUÉE QUI SERONT ÉTABLIS CONJOINTEMENT PAR L’INDUSTRIE ET LE MILIEU UNIVERSITAIRE ET AUSSI L’IMPLANTATION DE NOUVEAUX CENTRES RÉGIONAUX QUI RAPPROCHERONT LES CEGEPS DE L’INDUSTRIE. ET PUISQUE ÉVIDEMMENT TOUTE L’INNOVATION QUI EN SORTIRA DOIT ÊTRE À LA PORTÉE DES UTILISATEURS, IL EST ENTENDU QU’AUX 1600 PROFESSIONNELS SCIENTIFIQUES OU TECHNIQUES QUI TRAVAILLENT DÉJÀ DANS NOS PME, ON AJOUTERA UN NOMBRE ÉGAL D’ICI QUATRE ANS, SOIT UNE MOYENNE DE 400 PAR ANNÉE. D’AUTRE PART, BIEN SÛR, ON N’INVENTERA PAS LE MONDE DANS TOUS LES DOMAINES. OR, PARMI LES PROGRAMMES « CLASSIQUES » QU’ON A LANCÉS DEPUIS UN AN, Y EN A DEUX SURTOUT QUI REJOIGNENT BEAUCOUP DE GENS, PARTOUT, ET DONT IL FAUT À TOUT LE MOINS DIRE UN MOT. D’ABORD, CORVÉE-HABITATION, QUI NOUS A PERMIS CETTE ANNÉE DE PRÉCÉDER DE TRÈS LOIN L’ENSEMBLE DU CANADA POUR LES MISES EN CHANTIER DOMICILIAIRES. EH BIEN, AU LIEU DE SE TERMINER INCESSAMMENT COMME ON L’AVAIT PRÉVU, CE PROGRAMME SERA PROLONGÉ JUSQU’AU 15 JUILLET 1984, AVEC DES TAUX DE 9 1/2 POUR CENT GARANTIS POUR TROIS ANS, ET L’ON MAINTIENDRA UNE SUBVENTION DE $ 1000. PAR UNITÉ DANS TOUTE MUNICIPALITÉ PARTICIPANTE. ET D’AUTRE PART, COMME ON A ENCORE DES DIZAINES DE MILLIERS DE LOGEMENTS QUI ONT BESOIN DE RÉPARATIONS MAJEURES, ET QU’AU RYTHME ACTUEL ON N’AURAIT PAS FINI EN L’AN 2000, LE GOUVERNEMENT EST DÉTERMINÉ À CE QUE 25 000 LOGEMENTS SOIENT RÉNOVÉS CHAQUE ANNÉE PENDANT LES CINQ PROCHAINES ANNÉES. QUANT À L’ÉPURATION DES EAUX, IL FAUT BIEN DIRE QUE LE PROGRAMME D’ACCÉLÉRATION QU’ON PROPOSAIT AU PRINTEMPS, IL N’A PAS MARCHÉ COMME ON L’ESPÉRAIT, TROP D’INTERVENANTS, TROP DE PROCÉDURES, AVEC DES DÉLAIS QUI DEVIENNENT INVRAISEMBLABLES. AFIN DE BRISER CETTE EMBÂCLE, DÉSORMAIS, AUSSI BIEN L’ENTREPRISE PRIVÉE QUE LA SOCIÉTÉ D’ASSAINISSEMENT DES EAUX POURRONT RÉALISER DES PROJETS SELON LA FORMULE « CLÉ-EN-MAIN », C’EST-À-DIRE D’UN BOUT À L’AUTRE , DÉSORMAIS, ÉGALEMENT, TOUTES LES USINES EXISTANTES OU À VENIR BÉNÉFICIERONT DU PLUS BAS DES TARIFS D’ÉLECTRICITÉ, ET TOUTE USINE NOUVELLE QUI SE METTRA EN MARCHE OU SE CONSTRUIRA DANS LES PLUS BREFS DÉLAIS, POURRA ÉGALEMENT PROFITER PENDANT PLUSIEURS ANNÉES DU RABAIS TEMPORAIRE QUI S’APPLIQUE AUX NOUVEAUX PROJETS INDUSTRIELS, ET PUIS AUSSI, C’EST À 90 PLUTÔT QU’À 80 POUR CENT QUE LE GOUVERNEMENT FINANCERA TOUS LES TRAVAUX EXÉCUTÉS ENTRE AUJOURD’HUI ET LA FIN DE MARS POUR LA RÉGION MÉTROPOLITAINE EN PARTICULIER, UN GROS MORCEAU: NOUS AVONS DÉCIDÉ, DE CONCERT AVEC LES DIRIGEANTS DE LA COMMUNAUTÉ URBAINE, DE LEVER IMMÉDIATEMENT LE MORATOIRE SUR L’INTERCEPTEUR SUD CE QUI GÉNÉRERA DES TRAVAUX DE PLUS DE $ 700 MILLIONS, DONT PLUS DE 50 MILLIONS DÈS L’AN PROCHAIN ET CECI M’AMÈNE À PARLER DE LA RÉGION MÉTROPOLITAINE DE MONTRÉAL QUI A ÉTÉ DUREMENT TOUCHÉE ET QUI ÉPROUVE DES DIFFICULTÉS À S’EN REMETTRE ET COMME LE DYNAMISME DU QUÉBEC TOUT ENTIER EST FORCÉMENT ACCROCHÉ À CELUI DE MONTRÉAL, IL FAUT FAIRE QUELQUE CHOSE SANS TARDER, QUELQUE CHOSE DE SUBSTANTIEL, UN VÉRITABLE [« CRASH PROGRAMME »]. EN PLUS DU NOUVEL INTERCEPTEUR, NOUS AVONS CONVENU AVEC LES AUTORITÉS DE LA VILLE DE MONTRÉAL DE COMMENCER IMMÉDIATEMENT LA RÉNOVATION DES ZONES INDUSTRIELLES VÉTUSTES, DE RENOUVELER L’ENTENTE SUR LA RÉNOVATION DES QUARTIERS HISTORIQUES, D’ACCÉLÉRER LES PROGRAMMES D’HABITATION, NOTAMMENT SUR LE TERRAIN DES ANCIENNES USINES ANGUS. JE SUIS ÉGALEMENT EN MESURE D’ANNONCER DÈS MAINTENANT LA MISE EN CHANTIER AU CENTRE-VILLE, D’UN COMPLEXE DE $ 160 MILLIONS, OÙ LES FONDS PUBLICS PERMETTRONT D’INSTALLER ENFIN LA SALLE DE CONCERT QUI SERA LA MAISON DE L’ORCHESTRE SYMPHONIQUE. C’EST DANS L’EST MONTRÉALAIS D’AUTRE PART QUE DÉBUTERA EN SEPTEMBRE PROCHAIN LA CONSTRUCTION DU NOUVEL ÉDIFICE DU CENTRE DE RECHERCHE INDUSTRIELLE (CRIA), ENFIN, NOUS NOUS SOMMES MIS D’ACCORD AVEC LA VILLE DE MONTRÉAL POUR NOUS ATTELER CONJOINTEMENT À LA REMISE EN ÉTAT ET À UNE RÉORIENTATION ABSOLUMENT FASCINANTE DE TERRE DES HOMMES, QUI A QUELQUE PEU PÉRICLITÉ CES DERNIÈRES ANNÉES, MAIS QUI DEMEURE TOUJOURS POUR LES MONTRÉALAIS COMME POUR LES VISITEURS DU DEHORS, UNE DES « ATTRACTIONS » LES PLUS IRRÉSISTIBLES DE LA MÉTROPOLE. ET MAINTENANT, J’EN ARRIVE À L’UNE DES PLUS IMPORTANTES DÉCISIONS QUI SOIENT SORTIES DE CES SEMAINES DE RÉFLEXION INTENSIVE QUE NOUS VENONS DE VIVRE. ÇA CONCERNE CES MILLIERS, CES DIZAINES DE MILLIERS DE PERSONNES APTES AU TRAVAIL, SURTOUT LES MOINS DE 30 ANS, À QUI NOS PROGRAMMES DE CREATIONS D’EMPLOIS TERRIBLEMENT TEMPORAIRES POUR LA PLUPART, MAIS QU’IL A BIEN FALLU MAINTENIR ET MÊME AUGMENTER PENDANT LA CRISE, N’ONT PAS PERMIS, ET TELS QU’ILS SONT NE PERMETTRAIENT JAMAIS, DE SORTIR DU CERCLE VICIEUX DES « JOBINES » ET, DE L’AIDE SOCIALE TRADITIONNELLE, C’EST-À-DIRE D’UNE EXISTENCE DANGEREUSEMENT DIMINUÉE ET SANS HORIZON. TOUT EN RESPECTANT LE PRINCIPE DU LIBRE CHOIX, NOUS NOUS PROPOSONS DONC DE RÉORIENTER RADICALEMENT, ET CES POLITIQUES, ET UNE PARTIE SANS CESSE CROISSANTE DES SOMMES ÉNORMES QUI Y SONT CONSACRÉES, ET ÉVENTUELLEMENT TOUT CET ARGENT, POURQUOI PAS? DANS LE SENS D’UNE VRAIE « NORMALITÉ »: C’EST-À-DIRE QUE L’AIDE SOCIALE, AVEC DES SUPPLÉMENTS POUR LES JEUNES EN PARTICULIER, SERVE DÉSORMAIS SOIT À LA FORMATION À L’ÉCOLE OU EN ENTREPRISE, OU LES DEUX, OU ENCORE QU’ELLE SERVE DE BASE EN QUELQUE SORTE SALARIALE POUR DES TRAVAUX OU SERVICES COMMUNAUTAIRES DONT LE BESOIN EST CLAIREMENT RESSENTI, ET QUE PRÉSENTEMENT ON NE PEUT PAS SE PROCURER. DANS UN PREMIER TEMPS, NOUS UTILISERONS À CETTE FIN TOUTE LA LATITUDE, MALHEUREUSEMENT BIEN TROP RESTREINTE QUE NOUS LAISSENT LES ACCORDS ACTUELS AVEC LE GOUVERNEMENT FÉDÉRAL, TOUT EN LUI DEMANDANT AVEC INSISTANCE, DÈS AUJOURD’HUI, D’EMBOÎTER LE PAS SANS DÉLAI DANS CETTE RÉORIENTATION QUI N’EST EN RÉALITÉ QU’UN RETOUR TARDIF AU SIMPLE SENS COMMUN. EN TOUT CAS, C’EST DANS CE SENS-LÀ, QUANT À NOUS, QUE SE POURSUIVRONT À CE PROPOS LES DISCUSSIONS QUI SONT EN COURS AVEC OTTAWA. ET QUOI QU’IL ADVIENNE, C’EST DANS CE SENS-LÀ QUE NOUS SOMMES FERMEMENT DÉCIDÉS À REBRASSER LE PLUS VITE POSSIBLE TOUTE NOTRE PART DE LA FACTURE. BIEN SÛR, IL VA FALLOIR UNE PÉRIODE DE TRANSITION, LA PLUS COURTE POSSIBLE, ET DÉJÀ, NOUS AVONS D’AILLEURS L’INTENTION DE METTRE EN MARCHE DES PROJETS QUI CORRESPONDENT À CETTE NOUVELLE ORIENTATION. PAR EXEMPLE, TRÈS BIENTÔT, UN PROGRAMME D’APPRENTISSAGE EN ENTREPRISE, OÙ L’ON A BON ESPOIR DE POUVOIR ACCUEILLIR ASSEZ RAPIDEMENT QUELQUE 30000 JEUNES. PAR EXEMPLE ENCORE, NOUS AVONS DÉCIDÉ DE FAIRE L’EFFORT, Y COMPRIS L’EFFORT BUDGÉTAIRE, POUR RAMENER OU GARDER AUX ÉTUDES QUELQUE 15000 QUI ONT DEJÀ DÉCROCHÉ OU SONT EN DANGER DE LE FAIRE. D’AUTRE PART, NOUS AVONS LA FERME INTENTION DE FAVORISER ACTIVEMENT, CONCRÈTEMENT, LE TRAVAIL À TEMPS PARTAGÉ DANS LA MESURE OÙ IL EST LIBREMENT CHOISI, ET D’AMÉNAGER DANS LE SECTEUR PUBLIC LA POSSIBILITÉ DE LA RETRIATE GRADUELLE SOUS FORME DE TEMPS PARTIEL OU DE CONGÉS SABBATIQUES. JE N’AI MALHEUREUSEMENT PAS LE TEMPS, C’EST DÉJÀ BIEN LONG, DE VOUS EXPOSER CE SOIR CHACUNE DE LA CINQUANTAINE DE MESURES DISTINCTES QUE COMPORTE LE PLAN D’ACTION GOUVERNEMENTAL POUR INTENSIFIER LA RELANCE DE L’ÉCONOMIE. NOUS EN AVONS PROPOSÉ UN COURT RÉSUMÉ QUI EST DISPONIBLE POUR TOUS LES INTÉRESSÉS. JE VEUX TOUT SIMPLEMENT MENTIONNER QUE NOUS AVONS PRIS DES DÉCISIONS QUI CONCERNENT: LA RÉNOVATION DES CENTRES-VILLES, LE DOMAINE DE L’AGRO-ALIMENTAIRE, LES IMMOBILISATIONS DES MINISTÈRES, ET UN RÉEXAMEN DU CADRE LÉGISLATIF ET RÈGLEMENTAIRE D’EN ASSOUPLIR LE FONCTIONNEMENT ET DE CORRIGER CERTAINS ASPECTS ACHALANTS QUI S’Y SONT DÉVELOPPÉS. TOUTES CES MESURES FERONT L’OBJET D’ANNONCES DÉTAILLÉES PAR LES MINISTRES CONCERNÉS AU COURS DES JOURS ET DES SEMAINES QUI VIENNENT – ET BON NOMBRE D’ENTRE ELLES, D’AILLEURS, ATTERRIRONT BIENTÔT À L’ASSEMBLÉE NATIONALE. EN CONCLUSION, JE VOUS DIRAI SIMPLEMENT, QUE TOUT ÇA S’INSCRIT DANS UNE PERSPECTIVE DE PLEIN EMPLOI. NOUS SAVONS QUE C’EST AMBITIEUX, QUE ÇA PEUT PARAÎTRE TÉMÉRAIRE OU MÊME UTOPIQUE … ET POURTANT, EN Y PENSANT BIEN, EST-CE QUE CE N’EST PAS LÀ LE SEUL OBJECTIF HUMAINEMENT ACCEPTABLE POUR UNE SOCIÉTÉ MODERNE ET VRAIMENT CIVILISÉE? VOILÀ EN TOUT CAS, LA SEULE PERSPECTIVE QUI PUISSE INSPIRER CETTE CONCERTATION, CETTE MOBILISATION DES ÉNERGIES ET CE MINIMUM DE SOLIDARITÉ QUE LA CRISE NOUS AURA FAIT DÉCOUVRIR. BIEN SÛR, CE N’EST PAS POUR DEMAIN. MAIS IL EST POSSIBLE DE CRÉER ENSEMBLE UN CONTEXTE OÙ PERSONNE NE SE SENTE DE TROP, OÙ TOUS CEUX QUI LE VEULENT PUISSENT ASPIRER CONCRÈTEMENT À « GAGNER LEUR VIE » DANS TOUS LES SENS DU MOT. BREF, IL FAUT TOUT FAIRE POUR QUE LE QUÉBEC SOIT UN PAYS D’EMPLOI MAXIMUM ET DE PLEINE ACTIVITÉ ET QUE CE SOIT AVANT TOUT LE « GASPILLAGE » DU MONDE QUI N’Y SOIT PLUS TOLERÉ. JE SUIS CONVAINCU QUE C’EST « FAISABLE ». APRÈS TOUT, LE QUÉBEC N’A-T-IL PAS RÉUSSI, AU COURS DES DERNIÈRES DÉCENNIES, QUAND IL A ACCEPTÉ DE SE DONNER DES DÉFIS IMPORTANTS, À SE PLACER À L’AVANT-GARDE DANS PLUSIEURS DOMAINES, EN PARTICULIER DANS LES SECTEURS SOCIAL ET CULTUREL? C’EST DÉSORMAIS DANS LE DOMAINE ÉCONOMIQUE ET DE L’EMPLOI QUE LE QUÉBEC PEUT, SI TOUS LE VEULENT, SE SITUER LÀ AUSSI À L’AVANT-GARDE ET RELEVER LE DÉFI DE L’EXCELLENCE ET DE LA CRÉATIVITÉ. TOUT CE QUE CELA EXIGE, C’EST DE L’AUDACE, DE LA CONFIANCE ET CE GOÛT DE L’EFFORT ET DE L’OUVRAGE BIEN FAIT QUE LA GRANDE MAJORITÉ D’ENTRE NOUS N’ONT JAMAIS VRAIMENT PERDU … ET QUE LES AUTRES SONT CAPABLES DE RETROUVER.

[[QLVSQ19850214] [CONFLRENCE DES PREMERS MINISTRES SUR L’ÉCONOMIE LES 14 ET 15 FÉVRIER 1995 La création d’émploi et l’investissement; Notes pour une intervention du Premier ministre du Québec] Je remercie le Premier ministre Devine et le Premier ministre fédéral d’avoir convoqué cette conférence telle que prévue, dans des délais aussi brefs que possible. Et surtout, comme tous mes collègues, j’en suis sûr- je suis content que cela se produise au moment où le climat intergouvernemental plutôt bon, a déjà donné des résultats concrets, nomme pour nous au Québec la récente Entente de développement économique. Pourvu que ça dure… Parce que l’on n’est pas sorti du bois. Il y a devant nous à court comme à moyen terme de gros problèmes, qui ne seront, pas très faciles à régler, et qui exigeront beaucoup de bonne foi et de coopération entre nous, en sachant bien que nous ne serons pas toujours d’accord. Ainsi, au départ ce matin, nous devons parler d’investissement et de creation d’emplois, la préoccupation numéro un de tous nos concitoyens. Comme on dit souvent, chat échaudé craint eau froide. Nous avons traversé une des pires crises de notre histoire. L’emploi qui atteignait un sommet au Canada en 1981, a subi les 15 mois suivants sa pire dégringolade en 50 ans. Et c’est le Québec, je crois, parce que traditionnellement plus vulnérable aux augmentations des taux d’intérêt, alors que ceux-ci avaient alors crevé tous les plafonds, jusqu’à 22 %, qui a essuyé le plus fort de la tempête – plus vite et de façon plus immédiate et plus traumatisante. Cela a causé des épreuves humaines sans nombre. Tout le monde sait qu’il a fallu se transformer en pompier. Et en même temps, et s’est imposé très rapidement à nous un devoir absolu, des moins gais qui soient, plus de rigueur budgétaire. Cela fut difficile et douloureux et a demandé beaucoup de sacrifices à beaucoup de gens. Faut bien savoir que nos dépenses avaient augmenté en moyenne de 3 % de plus que l’ensemble de l’activité économique. Cela ne pouvait plus durer et en 4 ans nous avons dû contraindre nos dépenses afin qu »elles ne dépassent pas le rythme de la croissance économique. En plus, pour relancer l’investissement et l’emploi, nous avons surtout misé sur la concertation entre le gouvernement, les entreprises et les syndicats du secteur privé. Corvée-Habitation, dont nous sommes particulièrement fiers, le programme de financement des entreprises et celui de la tarification réduite de l’électricité comptent parmi les mesures les plus importantes de notre plan de relance de l’économie. Elles ont permis au Québec de réaliser en 1983 et en 1984 une des meilleures performances de toutes les régions du Canada quant au progrès des investissements et de l’emploi. Cela a aussi permis, entre autre, de faire passer de 15,3 à 11,9 % le taux de chômage entre janvier 1983 et décembre 1984. Cependant, notre satisfaction devant le chemin parcouru au Québec reste tempérée par le chemin qu’il nous reste encore à franchir avant de retrouver un niveau d’emploi acceptable. Avec les moyens du bord et un immense réservoir de bonne volonté, nous avons pratiquement réussi, en niveau absolu, à récupérer tous les emplois perdus pendant la récession. Mais malgré ces efforts extraordinaires, nous n’avons pas encore créé, loin de là tous les emplois qu’il faudrait pour procurer à notre population croissante les même possibilités d’emploi qu’il y a quatre ans. C’est le signe évident du besoin toujours pressant d’une action concertée au niveau du Canada tout entier, et non pas seulement d’une série d’actions menées par chacun d’entre nous, individuellement. À 11 %, le taux de chômage moyen au Canada demeure absolument inacceptable, pour ne pas mentionner celui des jeunes, qui dépasse encore les 17 %. Ce sous-emploi des ressources humaines coûte au bas mot plus do 50000000000 $ par année, ou 8 000$ par famille. La question du chômage, je le répète, est celle qui préoccupe le plus, et de loin, l’ennsemble de nos concitoyens. Ils ne veulent plus que leurs gouvernants se contentent de vagues affirmations d’impuissance ou de vagues promesses de réduction du chômage dans 5 ou 10 ans. Ils veulent une attaque massive et immédiate contre ce fléau, accompagnée de mesures qui empêcheront la catastrophe de se reproduire à nouveau. C’est notre responsabilité de répondre concrètement à ces attentes. Je suis convaincu que nous en avons les moyens et j’espère que nous aurons le courage de les mettre en oeuvre. Il nous faut donc guérir le Québec et le Canada du chômage et tâcher de prévenir et prévoir les rechutes. Guérir le Canada du chômage immédiatement Contrairement aux États-Unis, où c’est la politique budgétaire, avec ses réductions massives d’impôts et son impulsion aux dépenses militaires, qui a été la locomotive de la reprise économique, le Canada ne peut pas envisager de promouvoir son expansion en agrandissant l’écart déjà énorme entre les recettes et les dépenses fédérales. Nous n’avons pas comme nos voisins les forces souveraines de faire payer par les autres nos déficits. Tous nos déficits, sans exception sont à la limite de ce que l’on peu suporter. Reprise… mais pas budgétaire. Nos emprunts sur le bien-être des générations futures doivent être réduits, et non pas augmentés. Par élimination, le seul grand levier dont le Canada dispose à l’heure actuelle pour relancer l’emploi à brève échéance ne serait-il donc pas sa politique monétaire, qui peut influer de manière appréciable sur les taux d’intérêt et la valeur du dollar canadien. La politique monétaire canadienne est encore l’une des plus restrictives de tous les pays industriels. Il y a exactement trois ans, à la Conférence des premiers ministres de février 1982, j’avais proposé, et je n’étais pas seul, une détente de la politique monétaire alors que la taux d’intérêt réel (net de l’inflation) était de 50 pour cent, le taux de chômage de 8,5 pour cent et le taux d’inflation de 11,5 pour cent. Aujourd’hui, le taux d’intérêt net et le taux de chômage sont encore plus élevés, 70 et 110 pour cent. Il faut envisager la possibilité de libérer l’économie canadienne des taux d’intérêts élevés qui risquent constamment d’immobiliser les forces de 1a concurrence, de l’entrepreneurship, de l’investissement et de l’embâuche. Une politique monétaire plus expansionniste elle amènerait une baisse au moins temporairement, des taux; d’intérêt, ce qui encouragerait la consommation, la construction domiciliaire et l’investisse ment; mais surtout elle permettrait de ramener la position du dollar canadien par rapport à l’ensemble des monnaies du monde industrialisé à un niveau qui permettrait de stimuler les exportations, en rétablissant la position concurrentielle internationale de nos entreprises qui, selon les chiffres de l’OCDE, s’est détériorée de plus de 20 % au cours des cinq dernières années. Il est certain qu’une baisse du dollar canadien amènerait une augmentation partielle du coût de la vie, parce que les importations coûteraient plus cher. Mais faut bien comprendre qu’il s’agissait d’une base modeste, provisoire et vite digérée dans la trajectoire de la baisse de l’inflation. Quand un travailleur sur 8 est en chômage et 2 machines sur 10 sont oisives, l’inflation n’augmente pas, elle diminue. Prévenir les crises futures En insistant ainsi sur une expansion monétaire plus vigoureuse à court terme, je n’en oublie pas pour autant l’avenir plus lointain. Il nous faut travailler d’arrache pied afin de prévenir les crises futures et donner à notre économie une vigueur nouvelle qui nous évitera d’intervenir, à tous les cinq ans, en catastrophe. Nous devons dès maintenant entreprendre les réformes des institutions, de la fiscalité et des lois afin qu’elles puissent mieux appuyer les forces vives de la société, afin qu’elles redonnent en permanence à notre économie la flexibilité et la rentabilité indispensables à son progrès dans une économie mondiale de plus en plus férocement compétitive. Il faut aider les mentalités dont les nôtres à évoluer. De même, alors que les investissements nouveaux sont de moins en moins générateurs d’emploi, il faudra à la fois favoriser l’expérimentation de nouvelles formes de partage de l’emploi, et permettra aux travailleuses d’occuper sur le marché du travail la place qui leur revient. Il faudra en particulier, s’attaquer. aux barrières qui restreignent leur entrée sur le marché du travail, nuisent à leur progression en emploi et à leur mobilité. Au Québec, nous avons déjà commencé cette longue marche depuis quelques années. Les sommets socio-économiques que nous avons tenus depuit huit ans ont amorcé un dialogue de plus en plus constructif entre les « partenaires sociaux » et ont donné lieu à de multiples initiatives sectorielles, régionales et nationales tout en réduisant les tensions sociales. Nous avons maintenant décidé de poursuivre et d’élargir cette expérience en confiant la responsabilité de ce dialogue à un ministre délégué à l’emploi et à la concertation. C’est un pas, mais ce n’est pas assez. Notre expérience a démontré qu’il importe au plus haut point de bien situer salaires, profits et conditions de travail dans un contexte de coopération et de croissance de l’investissement et de l’emploi. Il faut que tous en partie apprennent à se rallier travailleurs et patrons, ensemble contre les concurrents extérieurs. Pour être très simple, cette idée n’en est pas moins révolutionnaire. Ses conséquences sont capitales pour notre avenir économique. Nous avons récemment réalisé une étude exhaustive de notre fiscalité des particuliers et produit un Livre blanc sur le sujet qui est présentement débattu publiquement. Ce livre blanc vise trois objectifs principaux: rendre la fiscalité québécoise plus concurrentielle en abaissant le fardeau de l’ensemble des contribuables; rétablir l’équité du systême fiscal en détaxant complètement les besoins essentiels véritables, et redonner son sens profond à la lutte contre la pauvreté en mettant l’accent sur l’éducation et l’apprentissage et en détaxant le retour au travail par un impôt négatif sur le revenu. Nous avons confiance, dans ce dernier cas, que le Régime d’assistance publique du Canada puisse être ajusté à ces réformes souhaitables. Nous invitons également les collègues des autres provinces à nous transmettre leurs suggestions pertinentes. Nous avions déjà commencé, en 1979, à diagnostiquer, l’état de sous-capitalisation de nos entreprises et nous avons, à l’époque, lancé notre Régime d’épargne-actions. La récession de 1981-82 a confirmé notre diagnostic et nous a conduits à créer une Commission sur la capitalisation des entreprises qui vient de remettre un rapport auquel nous comptons donner une suite positive. Il m’apparaît essentiel. dans les années qui viennent de faciliter l’accès des petites et moyennes entreprises au capital de risque, d’alléger leurs charges sociales et de les soulager de la réglementation qui freine leur dynamisme. Car nous avons compris depuis un bon bout de temps que les nouvelles PME en croissance sont le principal fer de lance de l’innovation et de la création d’emploi dans notre économie. Il faut s’appliquer à l’avenir à mieux reconnaître concrètement cet apport précieux. Je m’en voudrais, à cet égard, de ne pas souligner l’émergence exceptionnellement rapide des femmes comme chefs d’entreprises. C’est un signe des temps. Il confirme que le rôle des femmes n’est plus marginal dans l’économie, mais qu’il va provoquer des changements qui toucheront toute la société et dont nous commençons à peine à mesurer l’importance. Notre programme de « L’entrepreneurship au féminin » vise à encourager l’émergence de ce nouveau type d’action des femmes. Nous sommes enfin d’avis que notre politique de développement économique doit reposer sur le principe fondamental de la compétitivité intérieure et extérieure de nos entreprises. Mais s’il nous faut rester intraitables sur cette fin, c’est aussi notre devoir de rester flexibles et pragmatiques sur les moyens. Si en principe je suis d’accord avec une certaine dérèglementation du travail, de l’épargne, de la production et de la consommation, je crois néanmoins qu’il ne faut pas agir à l’aveuglette, mais analyser cas par cas les effets de la déréglementation. De même, si on devait établir des ladres législatifs et fiscaux universels, il ne faudrait pas pour autant abandonner toute préoccupation d’une répartition équilibrée de l’activité économique entre les industries et les régions, qu’il s’agisse de l’investissement public ou de l’investissement privé. Car, même des règles générales peuvent avoir une incidence. Il faut accepter la reconversion et la modernisation des secteurs d’activité manifestement en déclin et des technologies désuètes, mais il faut en même temps adoucir et humaniser la transition pour les entreprises et les travailleurs impliqués. Depuis dix ans, les secteurs « mous » du Québec ont perdu plus du tiers de leurs emplois, malgré les tarifs et les quotas d’importations. Leur transition, ils la font et ils la vivent péniblement. On ne peut leur demander d’aller plus vite. Ai-je besoin-d’ajouter qu’il faut fuir les idéologies extrêmes qui préconisent que l’État fasse tout, ou qu’il ne fasse rien du tout, et travailler plutôt ensemble à redéfinir concrètement un nouveau partnership entre le secteur public et le secteur privé qui permette justement à ce dernier de mieux affronter la concurrence extérieure. Notre approche à la question doit être pragmatique. Même si la création des nouveaux emplois reposera à l’avenir d’abord sur l’entreprise privée, les sociétés d’Etat, au Québec à tout le moins, auront encore un rôle capital à jouer dans certaines circonstances, pourvu qu’elles soient, elles aussi, orientées vers la rentabilité et la création d’emplois. Conclusion Le problème le plus important de notre économie à l’heure actuelle est celui du chômage élevé et persistant. Nous avons à cet égard une double responsabilités : (1) traiter le problème immédiatement pas en 1994 et (2) empêcher qu’il ne se reproduise à la première occasion. ‘Guérir et » prévenir. Sur le premier point, à court terme, ma proposition va dans le sens d’une politique monétaire plus expansionniste. D’abord et avant tout. Sur le second point, « préparer l’avenir », nous devons avoir le courage d’amorcer sans délai les réformes de nos lois et surtout d’encourager l’évolution des mentalités qui nous permettront de nous aguerrir face au nouvel environnement économique mondial.

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