Allocution de M. René Lévesque devant les membres du C.R.T.F. à Val-d’Or, 24 septembre 1978

Monsieur le président,
monsieur le maire,
mes chers amis,

en tant que confrère, ancien confrère peut-être un peu rouillé, je vous remercie beaucoup de l’honneur que vous me faites en m’invitant aussi à ce titre de confrère, compte tenu qu’il m’arrive parfois de rêver retourner quelque jour à ce métier avec peut-être un bagage d’expériences qui pourrait être utile à ce moment-là. Et en tant que confrère, justement, je pense que ce que je pourrais peut-être faire de plus utile, rapidement, quitte à ce qu’il y ait des réactions mais en m’efforçant de ne pas gaspiller ou gâter votre soirée, c’est d’essayer de tracer une perspective rapide un peu profane (parce que je suis rouillé) ou lointaine parce que je ne suis pas comme vous dans le champ des préoccupations professionnelles – une perspective des changements accordée au thème de votre congrès: « Aujourd’hui le futur ». En politique, d’abord et avant tout, c’est aujourd’hui que se prépare demain. On ne peut pas voir tous les contours de ce demain mais on est mieux d’y penser aujourd’hui parce qu’il y a des choses qui se profilent à l’horizon auxquelles il faut s’adapter un peu d’avance, d’abord psychologiquement, car on risque toujours d’être charrié à un moment donné, ou bousculé, ou même effacé de la carte, si on ne s’adapte pas à la vitesse de notre époque. Je veux parler surtout de ça, ce qui ne nous empêchera probablement pas, sans insistance, de parler aussi un tout petit peu de politique. Je sais qu’entre votre association et le gouvernement, il y a eu une rencontre au mois d’avril où l’on a décidé de part et d’autre et j’espère qu’on va maintenir cette décision, qu’il y aura de ces rencontres régulières, périodiques, en quelque sorte institutionnalisées. Vous avez un congrès, vous allez en sortir avec des résolutions, une étude de vos problèmes; je sais que d’ici quelques temps, probablement d’ici quelques semaines, il va y avoir une autre rencontre qui est prévue avec nous, au gouvernement, au ministère des Communications et tout ce que je peux vous dire, pour le moment, c’est qu’on est parfaitement ouvert, non pas nécessairement pour dire toujours la même chose que vous autres, parce qu’autrement, ça ne vaudrait pas la peine de discuter, mais on est parfaitement ouvert au dossier, surtout au cours d’une discussion menée dans l’intérêt de votre secteur de la société, et aussi dans l’intérêt de l’ensemble. Il n’y a absolument rien qui ne puisse se discuter entre gens de bonne foi, quitte même à enregistrer certains désaccords à l’occasion. Prenez, par exemple, la taxe de 2 % sur la vente de temps d’antenne. Il y a peut-être un côté qui vous paraît discriminant là-dedans, par rapport à la presse écrite. On est prêt à l’examiner sans nécessairement adopter le fait qu’il y a un principe de discrimination au départ, mais je le disais au président de l’Association et je le dis aux membres qui sont ici: après votre congrès, si vous voulez qu’on ait une bonne discussion solide là-dessus, et autant que possible sur des dossiers étoffés, il n’y a rien qui s’y oppose. Ça fait à peu près un an que cette loi là existe, c’est normal qu’on en examine le fonctionnement, qu’on examine les fondements aussi sur lesquels on s’est appuyé avec ceux qui sont les premiers concernés. Il est non seulement acceptable, mais souhaitable, ce dialogue fait de discussion et pas nécessairement d’accord toujours, et que le dialogue continue et devienne de plus en plus productif par et pour le groupe. Je veux vous parler rapidement, je ne veux pas faire un discours fleuve, à l’aide des quelques notes que j’ai réussi à mettre ensemble tant bien que mal en m’en revenant de Rouyn. Alors, rapidement, ce que je voudrais invoquer c’est l’importance extraordinaire, fondamentale des médias électroniques dans la vie de toute société, et en particulier celle de la jeunesse, de ce phénomène que vous représentez. L’importance, je vais me contenter de la situer par une anecdote. Je me souviens, au moment du Centenaire de ce qu’on appelle la Confédération, en 1967, d’un des grands noms du Canada anglais mais qui est aussi un Américain, le fameux économiste Galbraith, qui a été non seulement économiste mais un de ces bons écrivains qui, au lieu de parler jargon comme font souvent les spécialistes, a réussi à traduire l’économie en termes tellement perceptibles que tout le monde peut lire ça avec profit. Il est devenu un grand auteur à succès, il a été aussi diplomate. Il est né en Ontario, ce qu’il n’a pas complètement oublié, même s’il est devenu un citoyen du monde, nationalisé américain. Galbraith, en 1967, un journal anglais du Canada lui avait demandé de répondre à la question suivante: selon vous, qu’est-ce qui serait le plus important pour que le Canada, qui a cent ans, puisse se rendre maintenant à un deuxième centenaire? Et M. Galbraith a répondu: « Si le Canada souhaite avoir encore une identité quelconque dans cent ans, il faudra qu’il garde le contrôle chez lui de ses communications et de ce qu’on appelle aujourd’hui le grand monde des médias et de l’électronique. Sinon, si cela lui échappait, il disparaîtrait ». Je pense que, profondément, il avait raison. J’avais connu un peu Galbraith comme journaliste, il y a bien des années et il y a quelques mois, j’étais à Boston, où aujourd’hui il est en semi-retraite près de Harvard, la grande université américaine. J’ai eu l’occasion de le rencontrer, et je lui ai rappelé ce souvenir-là. Et on a parlé un peu des choses qui se passent au Canada, au Québec, et je lui ai rappelé son article de 1967. Je lui ai dit: « Evidemment, vous êtes dans un univers anglophone et écrivant votre article en 1967, vous aviez complètement oublié qu’il y avait deux identités au Canada. Qu’est ce que vous diriez du Québec, essentiellement le Québec français, ce peuple différent qui vit dans le même pays? » Alors il m’a dit: « C’est vrai, je m’excuse un peu de l’avoir oublié en 1967, je ne pensais pas à cela. J’ai donc simplifié les choses. Mais je répéterais pour vous autres, les Québécois, ce que j’ai dit pour le Canada anglais, et le répéterais en insistant encore doublement, parce que, étant une minorité sur un continent, si vous voulez continuer, il faut absolument, que vous autres, encore plus absolument que quiconque, vous ayez, je ne veux pas dire un État qui contrôle, c’est complètement fou, mais que vous ayez sous contrôle québécois privé, public, coopératif, peu importe, le contrôle de l’ensemble de vos médias, de vos moyens de communications. Sinon vous allez vous délayer, à brève échéance, dans les grands courants continentaux, mondiaux ». Alors pour ce qui est de l’importance collective de ce que vous représentez et de la responsabilité qui vous incombe à cause de ça, je pense que je n’ai pas besoin d’insister davantage. C’est maintenant une des clés essentielles de l’identité de n’importe quelle société, cette espèce de mélange de divertissement, d’information, d’opinion que vous êtes chargés de véhiculer, avec des permis qui soulignent quand même l’importance sociale, l’importance collective du privilège qui vous est accordé. Maintenant ce qui est frappant, comme un aspect complémentaire et qui rejoint encore plus directement votre congrès, c’est l’extraordinaire jeunesse du domaine que vous représentez. Vous savez, la radio, accompagnant de pas loin le téléphone, dans ce siècle de changements que nous vivons, c’est pendant le premier quart du siècle qu’elle s’est établie. La télévision, cela s’est passé il y a 25 ans, ça ne fait pas longtemps. Communiquer, c’est un mot, c’est une chose qui est connue depuis Adam et Eve parce qu’ils ont eu besoin de se parler à propos de la côte et de la pomme et ça, c’est essentiellement communiquer. Le phénomène a pris des formes extraordinairement étourdissantes au point de vue technologique mais c’est vieux comme le monde, c’est de faire se rejoindre par la parole, par bien d’autres choses maintenant, des humains qui puissent sentir qu’il y a des connections entre eux. Un phénomène vieux comme le monde, d’Alexandre Le Grand à la guerre de 1870, mettant en scène un cheval et un cavalier à qui on ordonnait d’aller porter les nouvelles. Et brusquement, avec le début du vingtième siècle, tout s’est transformé. Le monde littéralement a commencé à se métamorphoser et ça s’accélère. Je me souviens, en Gaspésie, je devais avoir six ou sept ans quand tout à coup, vers 1927-28, peut-être un peu plus tard, il y a des gens qui sont arrivés tout près de la maison avec deux des plus gros arbres déjà ébranchés qu’ils avaient pu trouver. Mon père avait fait venir deux poteaux pour l’antenne qui devait être installée. Là tout à coup c’était la révélation. Tout à coup on recevait CKAC de Montréal en Gaspésie, puis de Charlottetown, de Prince Edward Island. On avait l’impression tout à coup qu’on se reliait à la société. Avant, dans un coin comme ça, on pouvait attendre trois à quatre jours avant d’apprendre un événement, on n’avait même pas de journaux, et tout à coup le monde entrait dans la maison. On voyait arriver le Piper: tous ces aventuriers avaient fait leur testament avant de partir, c’était les premiers vols transatlantiques . Ces gars partaient quasiment comme Christophe Colomb, sans être sûrs d’arriver. Aujourd’hui la réalité la plus incroyable fait qu’on est rendu à une culture d’aéroport, on peut changer de pays puis, arrivé dans un aéroport, on a l’impression qu’il n’y a plus de différence. En fait c’est une dangereuse illusion. Mais surtout il y a eu la Deuxième Guerre mondiale qui est arrivée, on dit toujours que la guerre est un peu une sage femme qui fait accoucher l’avenir ou le changement. Cela a toujours été vrai, surtout avec les guerres de cet ampleur là, le monde s’est mis littéralement à se transformer d’une façon accélérée. Dans les années 50, la télévision, les satellites, dix ans dans l’histoire du monde, l’histoire de la société, et puis le cable et tout ce qui s’en vient. Jusqu’où cela peut aller, je ne suis pas prophète, mais il ne faut jamais oublier que 75 ou 80 %, les 3/4 à peu près des savants et des chercheurs et des équipes de transformation dans le monde, les 3/4 de ces gens-là qui ont vécu, depuis le commencement du monde, sont vivants aujourd’hui. Vous pouvez prendre tous ceux qui ont inventé, découvert, depuis qu’on écrit l’histoire et si vous commencez au tout début vous accumulez, vous additionnez tout ça, vous faites le résultat et vous arrivez aujourd’hui: tous ceux qui sont passés avant, ce n’était pas le quart de ceux qui vivent et qui produisent aujourd’hui. Imaginez ce que ça nous promet pour les vingt, vingt-cinq prochaines années. Tout s’accélère, la seule chose qu’on sait c’est que ça va continuer à changer d’une façon qui fait que, si on se retourne en l’an 2000, vers l’an 75-78, comme aujourd’hui on peut se retourner vers 45-50, il y aura eu probablement deux, trois, dix fois plus de changements, et il va falloir s’ajuster à ça. La règle la plus stable sur laquelle on peut compter, pour les vingt années qui viennent, c’est le changement. Ce changement forcément change la société: les changements scientifiques, les applications techniques, industrielles, commerciales, gouvernementales, administratives de tout genre. Il va falloir être d’une grande adaptabilité et ceux qui ne le seront pas vont peut-être avoir l’air de laissés pour compte. Et on peut l’appliquer aux sociétés. Les sociétés qui s’endorment dans un monde comme celui-là vont être tellement dépassés rapidement qu’à un moment donné, elles ne seront plus capables de se rattraper. Maintenant dans le secteur qui vous touche, peut-être est-ce là qu’il va y avoir, on les voit venir, le plus de changements. Partant de techniques, de découvertes scientifiques, d’applications par exemple, je ne tire pas une conclusion, mais j’en fais une question. J’ai vu récemment des gars du 10 et des ex-gars d’autres coins qui travaillaient pour l’entreprise privée qui s’appelle Télécable sur la rive sud à Montréal, qui couvre aussi une partie des Laurentides, un peu de la Métropole. C’est une entreprise de câble multimédia qui est en train d’aller chercher un auditoire à une vitesse invraisemblable. Ils disaient qu’ils étaient venus là parce qu’ils étaient tannés de la télévision classique, celle où quelqu’un décide que, dès 8h00 le matin, jusqu’à minuit, « voici le menu que les gens vont avoir », qu’ils aiment ça ou qu’ils n’aiment pas ça, on va leur imposer. Ici, me dirent-ils, on commence à faire de la télévision à la carte. Continuellement des auditeurs réagissent, demandent telle ou telle chose au canal qu’ils préfèrent, il y a de l’éducatif, il y a de l’information. C’est une réponse à la diversité des goûts qui sesont développés dans la société et ces gars-là me disaient justement « Le futur? Mais aujourd’hui c’est ça ». Ils peuvent se tromper, mais enfin c’est une bonne question pour ceux qui préparent soigneusement les menus un peu paternalistes pour les publics qu’ils ont à desservir. Ceci correspond à une évolution. Une nouvelle génération va avoir beaucoup plus d’exigences en qualité, qu’on le veuille ou non, parce que le Québec a changé aussi, on n’est pas devenu le paradis sur la terre et on n’est pas devenu les Jos connaissants tous azimuts mais on est quand même une société qui a scolarisé une nouvelle génération comme jamais ça n’avait été fait auparavant. Je me souviens des frissons que j’ai eus dans le temps de M. Lesage, quand on a lu le rapport de la commission Parent, la fameuse Commission: on avait fait une étude pendant plusieurs années de tout ce qui avait été accumulé dans le système de l’éducation. La chose que je n’oublierai jamais, et c’était en 1964, pas au Moyen-Age, c’est que, 2 sur 3 des adultes de 18 ans et plus, 2 sur 3 des adultes français, francophones du Québec, n’avaient pas terminé leur cours primaire. Ça explique beaucoup de choses, mais ça n’est plus vrai. On a fait un rattrapage qui nous a coûté les yeux de la tête et une chose fondamentale s’est imposée par le changement: un nouveau monde, une société québécoise dont les générations sont et seront scolarisées. Et même si le produit de l’éducation est discutable, il le sera toujours, il reste qu’on n’aura pas la même facilité de manipulation que ceux qui nous ont précédés. Et c’est aussi vrai pour les émissions qu’on va leur envoyer que pour les votes qu’on va leur demander. La sélectivité du câble par exemple peut fort bien être un des aspects de l’avenir, c’est-à-dire l’opinion, le divertissement, l’information puis un menu à la carte que les gens se feront eux-mêmes et non pas celui qu’on leur imposera. J’ai l’impression, qu’il y a quelque chose là, dont il va falloir tenir compte, c’est une recherche d’un dénominateur moyen par rapport à une exigence de qualité. Il y a des degrés là-dedans, il y a aussi de la diversité. Mais il y a telle chose qui méprise l’intelligence fondamentale des gens, puis telle chose qui la respecte convenablement. Ceux dont l’image de marque sera un mépris de cette exigence ne dureront pas longtemps. D’autant plus qu’on s’en va vers une saturation par le son et l’image. Actuellement on est au maximum de saturation ou pas loin. Et là, la réaction s’en vient, ce qui veut dire que les gens vont devenir beaucoup plus sélectifs et c’est seulement le meilleur qu’ils vont retenir. J’ai vu récemment et c’est significatif, un sondage dans « Perspectives » qui indiquait l’énorme cote de fréquentation. Mais 55 % des gens disaient que, depuis quelques années, ils ont l’impression bien nette que la qualité a baissé et une autre proportion disait : »J’ai réduit mes heures d’écoute ». Il va donc y avoir un retour et une certaine revanche de l’écrit qui est en train de revenir sournoisement, très fort. Parce que, encore une fois, la complexité du monde dans lequel on est, fait que tout ce qui passe vite avec l’image ou sans image, ça passe surtout dans une période de saturation, ça rentre par une oreille et ça sort par l’autre et il y a une sorte d’inquiétude qui grandit chez les gens d’abord les plus conscients, et puis ça se répand. La société dit: « Je ne sais plus où j’en suis, il faut maintenant y penser et pour y penser, il faut le vivre. Faut que j’aie quelque chose qui m’accompagne et non pas quelque chose qu’on me dit à telle heure ». Sa se généralise dans la société, ce qui fait que le point de saturation est atteint et qu’il va y avoir la sélection des meilleurs et des plus forts, tout le long du chemin. Sans m’étirer indéfiniment, je voudrais insister sur cet absolu qui est la partie quant à moi, la plus centrale, de la perception qu’on peut avoir des besoins de la société. Je ne répéterai pas le cliché traditionnel sur l’information et sur le souci de qualité qu’on devrait avoir en ce domaine. Ce n’est pas un bouche-trou, l’information, je crois qu’on s’en est rendu compte depuis quelques années, parce que c’était catastrophique, il n’y a pas si longtemps. Il y a aussi l’honnêteté et la liberté. La liberté, je peux vous dire quant à moi, autant que je peux parler au nom du gouvernement actuel, que jamais ne sera brimée la liberté de ce domaine fondamental qu’ est l’information, et je ne pense pas qu’il y en ait beaucoup parmi vous qui aient reçu des appels de notre gouvernement alors qu’à Radio-Canada il y a des gens qui ont peut-être eu des raisons d’appréhender des coups de téléphone d’un Premier ministre. Ici, ça n’arrivera pas. Et libre comme elle est tout de même chez nous, cette information dans laquelle vous avez une grande part de responsabilité, évidemment les journaux en ont aussi, et nous aussi, cette information, c’est une énorme responsabilité. Vous savez, on est dans une société qui est bombardée d’informations ce qui fait par conséquent que c’est une société stressée qui risque même de devenir mêlée par l’information parce qu’il y en a trop et qu’en même temps elle n’est pas assez en perspective. Récemment je lisais deux articles remarquables sur la libération de Paris dans « Paris-Match ». Pendant l’occupation, les Parisiens étaient isolés, gardés par les Allemands, alors l’information était très contrôlée et ne circulait pas. Il n’y avait pas les moyens à l’époque qu’on a aujourd’hui et tout ça était manipulé. À un moment donné il y avait des courses, au fameux champs de course de Longchamps où il y avait plusieurs milliers de Parisiens, le dimanche, qui s’y rendaient. Tout à coup il y a eu un bombardement, alors l’alerte a sonné et ils se sont cachés où ils pouvaient, le bombardement a eu lieu en plein dans le secteur. Il y a eu trois morts dans un coin et les courses ont continué. Mais ils ne savaient même pas qu’à deux, trois milles autour, il y avait trois cents morts, un vrai carnage. Ils ne savaient pas, donc ils n’étaient pas stressés. Et même quand il y a eu des razzias de juifs à Paris, les fameuses razzias où jusqu’à 10000 juifs étaient parqués quelque part puis ensuite disparaissaient vers les camps de concentration, et éventuellement, les fours crématoires, les gens ne comprenant pas le contexte étaient peu indignés. Les Parisiens dans cette capitale de la liberté, n’étaient pas capables de réagir contre ça parce qu’ils ne savaient pas, que, dans le quartier, un ou deux gars avaient été saisis, dans un autre quartier, une dizaine, etc … puis l’accumulation énorme d’atrocités que cela représentait, le tableau n’avait pas été fait, il était censuré, il n’existait pas. Ce qui veut dire qu’avant notre époque les sociétés étaient beaucoup moins stressés qu’aujourd’hui par l’évolution du monde. Aujourd’hui les atrocités nous sont présentées sans arrêt, en plein désordre,des fois mêlés à des commerciaux et on ne sait plus si ce qui est le plus important, c’est une marque de savon, ou des cadavres au Viet-Nam. Et ça finit par stresser les gens, il y a un déséquilibre là-dedans qui fait qu’on va avoir besoin d’un certain recul, une certaine perspective. C’est pour ça aussi que vous avez une extraordinaire responsabilité non seulement sur le plan de l’honnêteté, mais d’un certain équilibre dans l’exercice informatif avec l’instrument extraordinairement puissant que l’on vous a confié par permis et non pas comme une propriété totale. C’est un permis de la société, ce droit d’exploitation, et ça je pense que, parmi les exigences qu’on peut avoir à l’avenir il va y avoir une insistance, de plus en plus féroce, dans une société de mieux en mieux équipée pour l’apprécier, pour de l’information bien faite, honnête. Objective, ça n’existe pas parce qu’il y a toujours un choix dans l’information, ce qui veut dire que l’objectivité, c’est du placottage fondamentalement, mais honnête et équilibrée et qui ne prétende pas manipuler les gens parce qu’ils vont s’en rendre compte comme jamais auparavant. Et là-dessus, je terminerai de la même façon que j’ai eu l’occasion de le faire chez d’autres confrères qui étaient l’association des Hebdos à Pointe-au-Pic il y a quelques mois, à qui je disais justement, par rapport à tous ces changements et par rapport à votre responsabilité, qu’il y a quelque chose qui s’en vient de bien important au Québec. Je ne vous ferai pas le plaidoyer d’un bord ou de l’autre, c’est-à-dire du bord que je représente, je ne ferai ni un, ni l’autre, je vous dirai simplement ceci, et ça je pense que je peux me permettre d’insister, c’est dans ce débat qui s’en vient, qui est déjà commencé et qui va s’accentuer, sur l’avenir du Québec, c’est quand même là, depuis la fondation de Québec par Champlain, peut-être l’événement le plus important dans notre histoire, parce que jamais auparavant on n’a eu l’occasion de choisir, de décider. C’est toujours d’autres qui nous ont plaqué les décisions sur la façon dont on devait s’organiser, dans quelle structure on devait vivre. Quand on était consulté c’était déjà fait et c’était trop tard. Jamais on n’a eu de décision à prendre, c’est pour ça que ça nous fait peur actuellement parce qu’on ne l’a jamais fait. Pourtant tout le monde doit bien arriver à l’âge adulte un jour. On prendra la décision qu’on voudra mais ça va être la première fois, et une fois qui va engager l’avenir pour longtemps. Je pense que vous avez un rôle, et que vous en êtes conscients, non pas de partisans, un rôle d’équité à jouer là-dedans, que ce soit à la radio, ou à la télévision, à mesure que ça va s’accentuer, et ça, c’est le futur immédiat et c’est aujourd’hui. Vous avez un rôle de présence à jouer dans le sens équitable, c’est-à-dire qu’il faut renseigner les gens, qu’il faut ouvrir les tribunes. Je pense que vous en êtes conscients mais qu’équitablement, entre les options qui vont se présenter de plus en plus avec insistance, vous nous permettiez dans le secteur dans lequel vous êtes, comme je l’ai dit aux hebdos qui sont dans l’écrit, que vous permettiez aux citoyens de se faire une idée cohérente en écoutant les gens qui représentent les deux aspects du débat qui s’engage et qui va s’accentuer, pendant les mois qui viennent. Moi je vous engagerais, je n’ai pas d’autre chose à dire, c’est une suggestion, je vous engagerais à essayer de jouer le rôle le plus respectable et le plus utile, donc le plus équitable que vous ayez à jouer dans ce débat là comme véhicule que vous êtes, véhicule public même quand on dit entreprise privée. Je vous remercie beaucoup de m’avoir invité, je vous souhaite un bon congrès, je n’irai pas jusqu’à demander qu’on inscrive ce que je viens de dire à votre ordre du jour, mais je voudrais bien que vous en parliez un peu.

Merci.

[QLVSQ19780924]

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