Discours du trône, Québec, 8 janvier 1935

Louis-Alexandre Taschereau, 1920-1936

Honorables Messieurs du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

Je ne puis m’empêcher, en ouvrant cette session de la Législature, de jeter un coup d’œil en arrière et de me rappeler les excellents souvenirs que m’a laissés mon passage parmi vous. Je retrouve ici avec plaisir quelques-uns de mes collègues d’autrefois. Je suis heureux, en outre, de voir beaucoup de figures nouvelles.

Je dois aussi rendre hommage à mon prédécesseur, l’honorable M. H.-G. Carroll, dont la dignité, le tact et l’hospitalité sont encore présents à l’esprit de tous.

Si l’année qui vient de se terminer a vu des jours sombres et la continuation du chômage, il est indéniable toutefois que la confiance renaît. Le commerce et l’industrie reprennent, et le monde se relève de la crise affreuse qui l’a assailli.

Plusieurs événements importants ont marqué l’année qui vient de se terminer.

Je mentionnerai, en premier lieu, les fêtes qui ont couronné le quatrième centenaire de l’arrivée de Jacques Cartier à Gaspé. Elles furent tout un événement dans la vie canadienne et rapprochèrent intimement la nouvelle et la vieille France, dans des célébrations auxquelles se joignirent, avec joie et bienveillance, la Grande-Bretagne et les États-Unis.

Puis, en octobre dernier, fut tenu à Québec, un grand congrès de colonisation. L’Église et l’État se donnèrent la main pour en assurer le succès. Je souhaite ardemment que la belle œuvre de la colonisation, si essentielle à notre province, en reçoive une nouvelle et vigoureuse impulsion.

Ajouterai-je que le gouvernement a nommé une commission, présidée par l’honorable M. Ernest Lapointe, pour s’enquérir de ce qui a trait à l’industrie de l’électricité dans la province. Le rapport de cette commission sera bientôt soumis; j’espère qu’il facilitera la solution d’un problème qui intéresse profondément notre population.

Je ne voudrais pas passer sous silence l’essor qu’a pris notre développement minier. Il contribue puissamment au relèvement économique du pays.

Au cours de la dernière année, le gouvernement a nommé une commission chargée de sauvegarder les intérêts de l’industrie laitière en cette province. Il me fait plaisir de constater que le travail de cette commission semble assurer une plus grande mesure de protection aux consommateurs ainsi qu’aux commerçants honnêtes, et, à nos cultivateurs, une plus équitable rémunération.

La crise et les problèmes nouveaux qui en sont le résultat exigent des solutions que vous serez appelés à trouver.

Quelque pénibles qu’ils puissent être, des remèdes devront être appliqués.

Les revenus de la province ont diminué d’au delà de $10,000,000.00, et, cependant, les besoins n’ont cessé d’augmenter, surtout à cause du chômage et des misères qu’il entraîne. Ce serait détruire le crédit et la vie économique de la province que d’essayer de faire face aux nécessités actuelles par des emprunts et d’en grever l’avenir.

Il faudra donc prévoir de nouvelles sources de revenus, surtout pour l’assistance publique qui obère lourdement le budget provincial.

Je crois pouvoir compter sur le patriotisme et l’esprit public de notre population pour accepter un léger fardeau additionnel qui est cependant absolument nécessaire.

Vous serez également appelés à étudier des mesures qui permettront à certaines municipalités d’équilibrer leurs budgets, car le crédit municipal est intimement lié à la prospérité générale de la province.

Divers projets de lois d’un intérêt général vous seront soumis.

La colonisation, le retour à la terre et le soin de garder attachés au sol les fils des cultivateurs constituent le grand problème de l’heure. Le gouvernement vous demandera de voter $10,000,000.00 pour ces fins, et d’approuver un plan de politique colonisatrice vigoureuse.

La Commission des accidents du travail, à la suite de l’année écoulée, a vu ses finances s’améliorer. Il sera donc permis de rétablir les indemnités qui ont été diminuées et de porter de 16 à 18 ans l’âge des enfants des accidentés qui ont droit à des secours.

Le chômage, qui est presque devenu une institution, doit être soumis à une législation sévère qui le restreigne et permette aux municipalités de se protéger contre l’invasion des chômeurs étrangers.

Enfin, le rapport de la Commission d’enquête sur l’électricité suggérera probablement certaines réformes auxquelles il faudra donner suite. D’autres projets de loi vous seront également proposés.

Je mentionnerai spécialement la création d’une coopérative pour l’achat du bois des colons, la refonte de la loi du fonds de pension des instituteurs, l’expropriation pour fins de colonisation de certaines terres privées, la radiation des hypothèques inopérantes, de nouvelles dispositions pour rendre plus expéditifs les appels en matières criminelles, puis enfin certains amendements à la loi des Terres et Forêts pour assurer un rendement plus rémunérateur de nos richesses forestières.

Ajouterai-je que le gouvernement, tout en voulant respecter la liberté de la presse et de la parole, qui est une de nos plus chères prérogatives, ne reculera pas devant les mesures nécessaires pour assurer le respect des lois et de l’ordre dans la province.

L’étude de ces projets de lois demandera de votre part tout le travail et tout le soin que, je le sais, vous voudrez leur donner. Ces lois sont importantes et contribueront au progrès de la province, au retour à une vie économique plus stable et au bonheur de notre population.

Enfin, en 1935, sera célébré le vingt-cinquième anniversaire de l’accession au trône de Sa Majesté le Roi George V. Il y aura, à l’occasion de ce jubilé, de grandes réjouissances parmi les nations du Commonwealth britannique. Le Canada et particulièrement la Province de Québec seront heureux d’offrir à Leurs Majestés George et Marie, que nous unissons dans une même affection et une même loyauté, des vœux de bonheur et de longue vie.

Messieurs de l’Assemblée législative,

Il vous incombera de voter les crédits nécessaires pour le prochain exercice. Les comptes publics du dernier exercice vous seront soumis.

Honorables membres du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

Je prie la divine Providence de vous éclairer et de bénir vos travaux au cours de cette session que j’ai l’honneur d’inaugurer au non de Sa Majesté le Roi.

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