Discours du trône, Québec, 24 mars 1936

Louis-Alexandre Taschereau, 1920-1936

Honorables Messieurs du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

Vous ne sauriez commencer vos travaux législatifs sans évoquer un instant le souvenir ému du bon Roi George V, qui, pendant vingt-cinq années, présida aux destinées de l’Empire Britannique. Nulle part, la mort de ce souverain n’a laissé des regrets plus vifs que dans la province de Québec, où chacun avait appris à l’aimer et à voir en lui le monarque constitutionnel, gardien de nos libertés. Aussi, offrons-nous de nouveau à Sa Majesté Édouard VIII, en même temps que nos profondes sympathies, l’hommage de notre attachement à la Couronne. Nous lui souhaitons un règne heureux sur le trône illustré par les siens, un règne marqué par la paix et la bonne entente parmi tous ses peuples.

L’année 1935 a certes été témoin d’une amélioration de la situation économique, mais le chômage est encore un des problèmes redoutables que les gouvernements ont à résoudre. Un nationalisme outrancier ne l’entretient-il pas, parmi les peuples de la terre, en élevant des barrières qui rendent parfois très difficiles les échanges internationaux, source d’activité commerciale et industrielle ?

Le gouvernement veut, de concert avec les autorités fédérales et municipales, s’efforcer de soulager la misère des chômeurs. Si le temps n’est pas encore arrivé de mettre fin au système des secours directs, le gouvernement fera tous les sacrifices que lui permettra l’état des finances de la province, afin de donner du travail à ceux qui en demandent et sont disposés à s’y livrer.

L’année écoulée a laissé un déficit, moins considérable, toutefois, que celui de l’année précédente. Tous les pays et toutes les provinces du Canada subissent la même épreuve, et sont même plus frappés que nous. Le déséquilibre budgétaire est causé dans le monde entier par la diminution des revenus et l’aggravation des sacrifices qu’il faut s’imposer pour soulager la misère.

Le gouvernement ne croit pas pouvoir promettre un excédant des recettes sur les dépenses, cette année non plus, mais il pratiquera la plus stricte économie et n’imposera aucune taxe supplémentaire, car il estime que le fardeau des impôts est déjà suffisamment lourd et que toute charge nouvelle serait de nature à arrêter le retour à la prospérité normale.

Jusqu’à ce jour, la province n’a pas cru devoir se prévaloir de la loi fédérale relative à la pension de vieillesse. L’on estimait que nos admirables institutions d’assistance publique, secondées par notre population, résoudraient la question. Mais la misère des temps a trompé nos espérances, et le gouvernement vous priera d’adopter une loi qui permettra à la province de participer au système fédéral de pension de vieillesse.

Le gouvernement vous priera également, afin d’assurer le respect du dimanche, qui est la base des sociétés véritablement chrétiennes, et à la suite d’un jugement récent de la Cour d’Appel, d’annuler toute exception qui existe dans nos lois en faveur d’une classe de nos concitoyens.

Pour vivre et grandir, notre classe agricole a besoin d’un système de crédit large et facile. La loi fédérale, dans sa conception, a été un effort généreux. Québec s’y est promptement associée, et seule, de toutes les provinces canadiennes, pour aider les cultivateurs et favoriser les prêts, elle a assumé partie des intérêts. Il est encore possible de faire mieux. Et le gouvernement, sans être réfractaire à un système de prêt provincial, malgré les objections que celui-ci peut présenter, est cependant prêt à étudier ce système et à en faire l’essai, si le prêt fédéral ne peut être rendu plus facile. Le gouvernement, en collaboration avec le Dominion, croit cependant que le crédit agricole fédéral peut être amélioré à l’avantage des cultivateurs. En outre de la partie de l’intérêt que la province assume, soit l’excédent de 3%, le gouvernement vous demandera de l’autoriser à payer partie du fonds d’amortissement des prêts, à faciliter la recherche et l’établissement des titres et à permettre aux emprunteurs de gager et hypothéquer, de préférence, à d’autres gages et hypothèques, leurs biens meubles et immeubles, de manière à augmenter notablement le pourcentage de l’emprunt autorisé par la loi fédérale. Québec sera ainsi dans une position infiniment préférable à toutes les provinces sœurs, et nos cultivateurs auront un avantage qu’ils ne sauraient manquer d’apprécier.

Il est un groupe de notre province qui doit retenir l’attention bienveillante du gouvernement. L’on se doit en effet de répondre à l’appel des jeunes. Au sortir des écoles, ils sont inquiets de l’avenir et se demandent vers où se diriger. Un bureau, mettant en rapport direct employeurs et employés, faciliterait, il semble, l’obtention du travail aux jeunes et aiderait à la solution de ce problème. C’est la volonté du gouvernement de vous demander de créer ce bureau.

Des conférences ont eu lieu à Ottawa, dernièrement, au cours desquelles on a discuté des amendements à l’Acte de l’Amérique Britannique du Nord. Les pourparlers ne sont pas encore terminés, mais le gouvernement ne consentira à aucun amendement qui ne soit soumis, au préalable, à la Législature et n’ait reçu son approbation.

Le traité récemment conclu entre le Canada et les États-Unis va ouvrir à nos cultivateurs un marché pour leurs produits agricoles. Afin de faciliter l’écoulement de ces produits dans la république voisine, le gouvernement vous priera de pourvoir à la nomination d’un agent commercial et agricole aux États-Unis.

Au cours de la dernière session, et à l’issue d’un grand congrès tenu à Québec, la Législature à voté une somme considérable pour venir en aide à la colonisation. Cette aide a été efficace, et le ministère de la colonisation, secondé par nos sociétés diocésaines, a dirigé des milliers de colons vers nos centres de colonisation. Le gouvernement se propose de donner toute l’ampleur possible à ce mouvement de retour à la terre. Il n’épargnera aucun sacrifice pour assurer le succès de nos centres de colonisation anciens et nouveaux.

Le gouvernement a également étendu sa sollicitude aux pêcheurs. Huit entrepôts frigorifiques ont été construits, et des primes généreuses ont été accordées aux pêcheurs, afin de leur permettre de construire des bateaux de pêche et de se procurer les agrès nécessaires.

Il me fait grand plaisir de vous signaler les progrès considérables réalisés par les arts domestiques, cette belle industrie québécoise.

Le gouvernement entend également continuer vigoureusement, pour le bénéfice de nos cultivateurs, sa politique de drainage des terres et d’amendements calcaires.

Le gouvernement a aussi continué d’aider l’industrie de l’élevage des animaux à fourrure, si importante chez nous. Le service provincial, avec sa ferme expérimentale et son laboratoire, a considérablement favorisé l’avancement et la protection des élevages.

Au cours de l’année écoulée, l’industrie minière a progressé d’une façon très satisfaisante. La production des nouvelles mines métalliques de l’ouest de la province s’est fortement accentuée. L’exploitation du sous-sol de cette région a fourni de l’emploi à un grand nombre d’ouvriers, en ces années dernières, et cela a contribué à l’essor général des affaires.

Les résultats favorables des travaux entrepris pour la découverte des mines en ce vaste territoire nous donnent lieu d’espérer que l’on mettra en œuvre d’autres sources de richesse dont bénéficiera toute la population. L’on continuera à assurer les moyens propres à faciliter la recherche de nouvelles mines.

L’an dernier, la Législature a adopté trois lois importantes pour régler le régime de l’électricité dans la province. Le gouvernement a choisi, parmi nos experts les mieux versés dans les connaissances indispensables à l’organisation et à l’exploitation de systèmes de production et de vente d’énergie électrique, trois de nos concitoyens les plus distingués. Ils ont commencé leurs travaux, et l’on croit que, grâce à leurs efforts et à la coopération de tous les intéressés, la province jouira de tous les avantages qu’on est en droit d’attendre de nos immenses richesses hydro-électriques.

Le gouvernement se propose tout particulièrement de généraliser l’électrification de nos campagnes, en mettant le plus généreusement possible à la disposition des municipalités les octrois dont il peut gratifier, en vertu d’une de ces lois, les conseils municipaux qui désirent promouvoir chez eux l’utilisation de l’électricité sur les fermes. Déjà un grand nombre de municipalités ont demandé l’établissement et le prolongement de réseaux d’électricité sur leurs territoires. Les divers organismes qui sont chargés de la mise en vigueur de ces lois consacreront toute l’attention possible à l’étude de ces requêtes et de celles qui seront présentées à l’avenir.

Le système des contrats collectifs, approuvé par les plus hautes autorités civiles et religieuses de la province, se généralise. Environ 65 de ces contrats sont en vigueur, et le relèvement des salaires qui s’en est suivi se chiffre par au delà de huit millions de piastres. 135,000 ouvriers en ont bénéficié. L’expérience est toutefois nouvelle. Il est opportun d’y apporter beaucoup de soin et de prudence, car il est des limites que l’État ne saurait franchir.

L’étude de ces projets de loi exigera de vous tout le travail et toute l’application que, je le sais, vous voudrez leur consacrer. Ces lois sont importantes et contribueront au progrès de la province, au retour à une vie économique plus stable et au bonheur de notre population.

Messieurs de l’Assemblée législative,

Il vous incombera de voter les crédits nécessaires pour le prochain exercice. Les comptes publics du dernier exercice vous seront soumis.

Honorables Messieurs du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

Je prie la Divine Providence de vous éclairer et de bénir vos travaux au cours de cette session que j’ai l’honneur d’inaugurer au nom de Sa Majesté le Roi.

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