Discours du trône, Québec, 11 janvier 1921

Louis-Alexandre Taschereau, 1920-1936

Honorables Messieurs du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

Au début de cette nouvelle session, je crois interpréter vos sentiments en exprimant le regret que cause à tous le départ de celui qui, pendant plus de quinze ans, présida aux destinées de notre province avec tant de dignité, de sagesse et de dévouement.

Notre premier devoir est de remercier la Providence de nous avoir donné une récolte qui nous permet de subvenir aux besoins de notre population et encourage notre classe agricole à rester attachée au sol.

En vue d’améliorer constamment et d’intensifier notre production agricole, mon gouvernement se propose d’établir des fermes de démonstration, qui seront réparties suivant l’intérêt de nos différentes régions.

Nos colons continuent à accroître l’étendue de nos terres en culture. Grâce à la généreuse subvention que vous avez votée à la colonisation, de nombreux chemins de pénétration ont été ouverts, et de grandes superficies ont été défrichées. Pour faciliter davantage aux colons l’acquisition de nos terres arables, vous serez saisis d’un projet attribuant au ministère de la colonisation le soin de concéder ces terres, et séparant complètement le domaine colonisable du domaine forestier.

Un chemin de fer sera bientôt en voie de construction qui reliera le cœur du Témiscamingue à nos grands réseaux et activera considérablement le développement de cette importante région.

L’ouvrier de nos villes reste le digne émule de nos agriculteurs et de nos colons. Notre législation ouvrière contribue à lui inspirer l’esprit d’équité et le respect de l’ordre qui le caractérisent.

Afin de répondre à de nouveaux besoins qui se manifestent, il vous sera soumis un projet tendant à créer un conseil d’arbitrage cour prévenir la grève des agents de police, des pompiers et autres employés publics chargés de protéger la vie et la propriété des citoyens.

Dans l’intérêt des fonctionnaires civils, le gouvernement vous proposera de créer un système d’assurance collective. Il vous demandera également d’étendre aux employés du service extérieur le bénéfice de la loi de pension.

Vous serez appelés à rechercher les meilleurs moyens de rendre plus efficace la lutte contre la tuberculose et la mortalité infantile, et de pourvoir aux charges croissantes que les circonstances imposent à l’assistance publique et à nos hôpitaux.

L’administration de la cité de Montréal est étroitement liée aux intérêts de notre province. Vous aurez à étudier une nouvelle charte rédigée par la commission que la Législature a instituée à sa dernière session.

Mon gouvernement vous demandera d’approuver la construction de ponts pour relier l’île Perrot à la terre ferme et à l’île de Montréal.

Les mesures édictées pour réglementer la vente des liqueurs alcooliques n’ont pas produit les résultats attendus. La violation continuelle de la loi menace de compromettre l’ordre et le respect de l’autorité. Mon gouvernement se propose d’abroger le système actuel pour lui en substituer un nouveau qui, tout en respectant la liberté individuelle, assurera le bien commun.

La loi qui vous sera soumise a pour objet de restreindre la vente des spiritueux, en mettant le gouvernement en état d’exercer un contrôle absolu et immédiat. Les contraventions seront ainsi rendues très difficiles. Cette loi respectera l’autonomie des municipalités qui ont voté et qui désirent conserver chez elles le régime de la prohibition, et elle répondra, croyons-nous, aux aspirations de ceux qui veulent voir régner la tempérance.

L’instruction publique a réalisé, en ces dernières années, de remarquables progrès. Notre enseignement supérieur réclamait toutefois une assistance spéciale, proportionnée aux services qu’il nous rend en formant une élite et en améliorant le sort de toutes les classes de la population. Suivant la voie que vous lui avez tracée, mon gouvernement désire faire à l’Université Laval et à l’Université McGill une part aussi généreuse qu’à l’Université de Montréal, et il vous invitera à voter à chacune un million de dollars. Le gouvernement a compris que ces octrois ne doivent pas se faire au détriment de l’enseignement primaire, secondaire et agricole, et son zèle s’exercera dans chacune de ces sphères.

Messieurs de l’Assemblée législative,

Rapport vous sera fait de la situation financière de notre province, où vous constaterez que les revenus continuent d’excéder les charges annuelles. Vous aurez à voter les crédits que réclame le service public.

Honorables Messieurs du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

Divers projets relatifs à l’agriculture, à la colonisation, à la voirie et à l’administration de la justice, seront déposés au cours de cette session. L’attention que vous mettrez à les étudier et le dévouement que vous apporterez à vous acquitter de vos hautes fonctions contribueront à maintenir la paix et la prospérité dont jouit notre province.

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