Discours du trône, Québec, 10 janvier 1933

Louis-Alexandre Taschereau, 1920-1936

Honorables Messieurs du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

Nos premières paroles seront pour exprimer les regrets très vifs que nous avons tous éprouvés, lors de la mort de l’un de mes prédécesseurs, l’honorable M. Pérodeau. Ce vieux gentilhomme, dont toute la carrière a été marquée au coin de la probité et du labeur, s’est éteint doucement et sera sincèrement regretté de toute notre population.

En vous conviant à la dernière session, je formais le vœu que la crise qui bouleversait alors le monde diminuerait en 1932. Je ne crois pas que nos espoirs se soient réalisés.

Il est vrai que des accords internationaux semblent rapprocher les peuples et ouvrir de nouvelles voies au commerce et à l’industrie; il est vrai également que tous ont vu que le mal ne saurait être passager et qu’on a compris la nécessité du retour au travail, à la coopération et à l’économie à la fois publique et familiale; mais la crise est encore à l’état aigu et, si notre province la traverse encore mieux que toute autre, elle n’en est pas moins gravement atteinte.

A l’ouverture de chaque session, le gouvernement a coutume d’annoncer des mesures législatives importantes qui contribuent à la prospérité et à l’avancement de la province. Il n’en saurait être ainsi, cette année. L’heure n’est pas aux initiatives nouvelles qui demandent des dépenses considérables d’argent. Il s’agit plutôt de conserver les positions que nous avons acquises aux jours de grande prospérité, de nous y maintenir et de faire face aux obligations que nous avons assumées alors, sans ajouter, cependant, au fardeau très lourd qui pèse sur nous.

Les revenus baissent de façon considérable, beaucoup de fortunes privées se sont écroulées, des institutions, parmi les plus solides, chancellent et nous sommes appelés à résoudre des problèmes nouveaux.

Par bonheur, notre jeune pays, avec ses ressources naturelles merveilleuses, son esprit d’ordre et de travail, sa confiance en soi et en son avenir, offre des garanties incontestables de stabilisation et de reconstruction.

Le gouvernement a donc décidé de pratiquer l’économie la plus sévère dans tous les domaines, de ne pas ajouter un seul sou de taxe au fardeau qui pèse sur notre population, de garder les municipalités dans les limites les plus strictes de leur crédit et de n’entreprendre aucun travail nouveau qui puisse faire appel à nos ressources, sauf quant au chômage, si la chose devient nécessaire.

Je dois dire, cependant, que, malgré la crise financière, mon gouvernement, outre l’aide considérable qu’il a donnée aux chômeurs, s’est montré généreux pour la classe agricole et pour nos colons. Des milliers de familles se sont établies sur des terres nouvelles et les ouvrent à la colonisation. Les octrois, en 1932, pour les primes de défrichement, de labour et de résidence dépassent tous les précédents. L’éducation agricole, la vente des engrais chimiques, le drainage des terres et la lutte contre la tuberculose bovine ont été également fortement encouragés et favorisés. Cette grande politique d’agriculture et de colonisation ne saurait être abandonnée ni même restreinte. Si nos ressources le permettent le gouvernement veut encore lui donner plus d’ampleur, sans oublier nos pêcheries qui, elles aussi, ont été largement subventionnées. Le gouvernement n’entend pas, non plus, négliger l’instruction publique, l’hygiène et la protection de nos forêts.

Mais, si le gouvernement ne désire pas se lancer dans des entreprises nouvelles, il ne saurait reculer devant l’étude des remèdes à apporter à la crise pour soulager les misères qu’elle entraîne et aussi pour trouver une solution aux redoutables problèmes qui surgissent devant nous.

Les économistes signalent plusieurs de ces remèdes : moratoire au paiement des dettes, prohibition de certaines ventes à tempérament, crédit agricole, retour à la terre, aide aux chômeurs autrement que par des secours directs, facilités accordées aux fils des cultivateurs de s’établir sur des terres nouvelles et d’y fonder un foyer. Voilà autant de questions que vous devrez étudier avec le plus grand soin.

Le gouvernement vous proposera encore un autre remède.

Il est indéniable que l’usage, toujours plus étendu, de la merveilleuse mécanique moderne a causé une surproduction que les consommateurs ne sauraient absorber. On ne peut arrêter ni le génie inventif ni les améliorations et les progrès qu’il crée. Toutefois les statistiques établissent que 25% des ouvriers sont sans travail. Le gouvernement croit qu’en diminuant le nombre des heures de travail dans certaines industries qui ne subissent pas la concurrence étrangère, et pour telles périodes que les circonstances justifieront, on pourra en arriver à donner à beaucoup plus d’ouvriers l’occasion de trouver de l’emploi; car nous n’oublions pas que le chômage est le pire des fléaux, tant au point de vue économique que moral.

Du reste, la Commission chargée d’étudier les divers problèmes d’assurances sociales a terminé ses labeurs, et ses rapports vous seront soumis. Nos ouvriers les liront sans doute avec intérêt.

Je tiens à remercier les commissaires de l’étude très consciencieuse et très complète qu’ils ont faite des sujets soumis à leur considération. Leur travail contribuera, je l’espère, à la solution définitive de ces problèmes compliqués.

Le gouvernement a également reçu le rapport de la Commission de l’Industrie laitière. La législation qui suivra ce rapport favorisera cette grande industrie.

J’ajouterai enfin que les opérations minières ont pris dans notre province un essor remarquable. La production de l’or a été particulièrement abondante et les perspectives sont des plus encourageantes.

Messieurs de l’Assemblée législative,

Les comptes publics pour l’année fiscale expirée le 30 juin vous seront soumis.

Ils accusent un léger excédent des dépenses sur les recettes, excédent causé par la diminution considérable des revenus du fait de la dépression financière et des dépenses occasionnées par le chômage. Le crédit de la province est cependant excellent et meilleur que celui de toutes les provinces sœurs.

On vous demandera de voter les crédits nécessaires à l’administration de la province pour le prochain exercice financier.

Honorables Messieurs du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

Des mesures d’intérêt général et particulier vous seront soumises. Je mentionnerai entre autres une loi relative au tourisme auquel le gouvernement veut donner une vigoureuse impulsion. A toutes ces mesures vous saurez accorder votre meilleure attention.

Je prie la Divine Providence de bénir vos travaux et de les rendre fructueux.

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