Autres discours officiels

[Charest=20030429]

Madame le Lieutenant-gouverneur,
Très honorable Martial Asselin, ancien lieutenant-gouverneur du Québec,
Monseigneur Marc Ouellet, Primat de l’Église canadienne,
Monsieur le Juge en chef Michel Robert,
Mesdames, Messieurs les consuls généraux,
Messieurs les maires,
Chers collègues du Conseil des ministres,
Chers collègues députés de l’Assemblée nationale,
Chers amis,
Mesdames, Messieurs,

C’est avec beaucoup d’émotion que je m’adresse à vous aujourd’hui. Vous me

permettrez d’abord de saluer ma famille immédiate, mes alliés de toujours,

mes alliés essentiels : mon épouse Michèle, mes enfants Amélie, Antoine et

Alexandra; mon père, mes sœurs, mon frère et ma belle-famille.

Je veux aussi souligner la présence parmi nous de personnalités

importantes de la famille politique québécoise : Mme Corrine Lesage, Mme

Andrée Bourassa, Mme Denise Lévesque, M. Claude Ryan, Mme Suzanne Marcil

et l’ex-premier ministre du Québec, M. Daniel Johnson.

Merci d’être là et d’avoir été là au cours des dernières années.

Je suis très fier de vous présenter le Conseil des ministres du premier

gouvernement québécois élu au XXIe siècle.

Notre cabinet est réduit du tiers par rapport à celui du gouvernement

précédent. Il compte 18 ministres en titre et 6 ministres délégués.

Huit de ces ministres sont des femmes, dont la première femme ministre de

l’Agriculture. Elles font presque le tiers de notre cabinet, soit la plus

forte représentation de notre histoire.

C’est un cabinet plus modeste que le précédent par sa taille, mais il est

riche en talents et grand par ses ambitions.

Notre gouvernement a été élu pour changer des choses. Notre Conseil des

ministres a été formé pour piloter ces changements.

Le 14 avril dernier, nous avons reçu des Québécois le mandat de mettre le

gouvernement du Québec au service de ses citoyens. Nous allons le faire à

travers toutes les missions essentielles de l’État, dont la santé, qui est

la première de nos priorités.

Ce mandat de changement trouve son origine dans le projet que nous avons

présenté à la population du Québec, le 12 septembre 2002.

Ce document et son cadre financier présentaient notre vision d’un Québec

renouvelé. C’est sur ces bases que nous avons été élus.

Nous avions un projet. Nous avons maintenant une mission.

En se donnant leur premier gouvernement élu du XXIe siècle, les Québécois

ont tourné la page sur un modèle d’État.

Au cours de ce mandat, nous allons revoir de fond en comble l’organisation

de l’État québécois. Ce sera la première réingénierie du gouvernement du

Québec depuis la Révolution tranquille.

We are about to build the new Quebec, a society in which strong and

confident Quebecers embrace the challenges of the 21st century.

In the new Quebec, care must be provided with compassion and without

delay. Our children must be given the opportunity to succeed, and parents

must be given more time to spend with them.

Taxpayers must receive more value for their tax dollar. Our

entrepreneurial spirit must flourish. Our regions must grow in strength

and influence.

Je veux que nous proclamions notre différence en sachant qu’elle est

forte.

C’est notre mission.

Chers collègues du Conseil des ministres, vous avez reçu un mandat. Vous

êtes maintenant prêts à changer les choses.

Les changements que nous proposons sont nécessaires. Ils commanderont des

choix, parfois difficiles, qui consolideront l’avenir du Québec.

La révision des programmes s’effectuera dans chacun de vos ministères.

J’attends de vous une collaboration pleine et entière à cet exercice.

Nous agirons avec détermination.

Monsieur le Ministre de la Santé et des Services sociaux :

C’est un gouvernement libéral qui a fait naître notre système de santé.

Vous allez le réorganiser afin que les efforts de tout un chacun, des

médecins aux employés de soutien, soient entièrement tournés vers les

services aux malades et aux personnes dans le besoin. Vous allez rebâtir.

Les services devront être dispensés 24 heures par jour, 7 jours par

semaine, dans toutes les régions.

Votre principal ennemi sera l’attente.

Dans ce Québec, il y a des milliers d’enfants dont l’intégration scolaire

est compromise parce qu’ils n’ont pas accès à des services de

réadaptation. Je veux que vous vous en occupiez.

Vous serez appuyé par la ministre déléguée à la Santé et à la Condition

des aînés.

Monsieur le Ministre de l’Éducation :

Le Québec doit relever le défi de la mondialisation. Pour ce faire, il

doit relever le défi de la connaissance et de la compétence. La réussite

du Québec dépend de la réussite du plus grand nombre dans nos écoles,

cégeps et universités. Vous combattrez le décrochage scolaire, vous

aiderez nos jeunes à décrocher leurs rêves.

Madame la Présidente du Conseil du trésor :

Vous serez l’architecte du renouvellement de l’État québécois. Vous

piloterez la révision de tous les ministères et organismes publics ainsi

que des programmes qu’ils administrent. Vous superviserez la création d’un

véritable gouvernement en ligne.

Monsieur le Ministre des Finances :

Nous sommes les plus taxés du continent. Vous allez nous débarrasser de ce

titre. Vous allez ramener la transparence dans la gestion des finances

publiques. Je veux que les Québécois sachent ce que nous faisons de chaque

dollar que nous percevons.

Et, quant à vous, Monsieur le Ministre du Revenu, je veux que votre

ministère devienne un modèle d’efficacité. Vous faciliterez et

simplifierez la vie des contribuables et des entreprises.

Monsieur le Ministre du Développement économique et régional :

Vous allez redéfinir le rôle de l’État dans notre économie. Vous allez

miser sur l’entrepreneurship, et non sur l’interventionnisme de l’État.

Vous allez inaugurer une nouvelle ère de partenariat avec les régions.

Vous serez appuyé par la ministre déléguée aux Régions et au Tourisme.

Monsieur le Ministre de l’Environnement :

L’économie québécoise est parmi celles qui dépendent le plus du patrimoine

naturel. Le développement durable doit devenir une réalité de tous les

jours. Vous nous doterez d’un véritable Plan vert.

Monsieur le Ministre de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la

Famille :

Vous combattrez la pauvreté, vous mettrez tout en œuvre pour que chaque

citoyen puisse participer pleinement au marché du travail et à la société

québécoise. Vous allez faciliter la transition vers le marché du travail,

valoriser l’effort et faciliter la conciliation travail-famille.

Monsieur le Ministre du Travail :

Vous passerez en revue les lois du travail afin que la législation

corresponde à la réalité du marché du travail, autant celle des employés

que celle des employeurs.

Monsieur le Ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs :

Vous devrez assurer le développement énergétique du Québec. Vous

affirmerez notre volonté de prioriser l’hydroélectricité, tout en

développant des formes d’énergie propre et renouvelable.

Vous redonnerez confiance aux Québécois dans la gestion des forêts. Vous

serez appuyé par le ministre délégué aux Forêts, à la Faune et aux Parcs.

Madame la Ministre de l’Agriculture, des pêcheries et de l’Alimentation :

Le Québec est reconnu mondialement pour la qualité de son agriculture et

de ses produits. Vous épaulerez les producteurs agricoles afin qu’ils

relèvent les défis de la concurrence internationale, de la cohabitation

avec les autres utilisateurs de la terre et de la sauvegarde de

l’environnement.

Vous ferez écho à la préoccupation des citoyens quant à la sécurité

alimentaire.

Monsieur le Ministre des Transports :

Une économie moderne nécessite des infrastructures de transport modernes.

Vous trouverez des solutions nouvelles, comme les partenariats

public-privés, pour répondre aux besoins en matière de transport des

personnes et des marchandises.

Vous favoriserez l’intégration de nos différents systèmes de transport, y

inclus le transport en commun.

Monsieur le Ministre des Affaires municipales :

Je veux plus d’autonomie pour le monde municipal. Nous allons travailler

en partenariat avec les élus municipaux.

Nous allons respecter le droit des citoyens de participer aux décisions

sur l’avenir de leur communauté.

Nous allons appliquer le principe de la fiscalité d’agglomération pour que

chaque citoyen soit appelé à payer sa juste part.

Nous souhaitons la réussite des nouvelles villes et nous avons obtenu le

mandat de favoriser cette réussite en permettant à la démocratie de

s’exprimer.

Monsieur le Ministre de la Justice :

La justice, lorsqu’elle est rendue inaccessible, devient injustice. Vous

créerez une justice plus accessible.

Vous réformerez en priorité les tribunaux administratifs.

Monsieur le Ministre de la Sécurité publique :

La sécurité des citoyens et la lutte contre la criminalité sont des enjeux

constants.

Vous ferez des représentations auprès du gouvernement fédéral afin de

renverser le fardeau de la preuve en matière de produits de la

criminalité. Cela, pour aider les policiers à mieux lutter contre le crime

organisé.

Vous viendrez en aide aux victimes innocentes des bandes criminelles.

Vous redonnerez confiance au citoyen dans notre système correctionnel.

Madame la Ministre des Relations avec les citoyens et de l’Immigration :

L’égalité des droits est pour nous une valeur fondamentale. Vous en serez

la gardienne. Vous ferez respecter les droits des Québécois.

Vous ferez avancer la cause d’une femme, vous accueillerez un nouveau

Québécois, vous protégerez une personne sans défense. Chaque fois que vous

lèverez un obstacle à l’exercice des droits d’un citoyen, vous ferez

progresser le Québec.

Madame la Ministre de la Culture et des Communications :

Notre culture est notre manière d’être. Elle imprègne notre façon de

grandir et de prospérer. Vous aiderez les artistes à nous alimenter de

cette énergie vitale.

Vous veillerez à l’épanouissement de notre langue commune, qui est

l’instrument de notre liberté.

Madame la Vice-première ministre et ministre des Relations internationales

:

Le Québec exerce sa diplomatie sur la scène internationale, notamment au

sein de la Francophonie.

Les sociétés comme le Québec, qui n’ont pas l’avantage du nombre, ont un

devoir d’audace.

Notre économie et notre culture dépendent de notre habileté à nous faire

connaître sur tous les continents. Vous serez de toutes les batailles pour

défendre la diversité culturelle.

Deux autres parlementaires, parmi les plus estimés de l’Assemblée

nationale, participeront aussi aux réunions du Conseil des ministres.

M. Yvon Vallières, député de Richmond, doyen de la députation libérale

sera le whip du gouvernement. Et M. Norman MacMillan, député de Papineau,

siégera à titre de président du caucus.

Dans ce cabinet ministériel, des responsabilités particulières relèveront

directement du Conseil exécutif, et donc, du premier ministre.

D’abord, je serai le ministre responsable de tous les dossiers relatifs à

la jeunesse. J’en fais une priorité personnelle.

D’autre part, le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales

canadiennes et aux Affaires autochtones me secondera dans ce que nous

pourrions appeler notre diplomatie intérieure.

Cette diplomatie repose sur l’évidence.

Le Québec existe pleinement. Il est maître de son destin. Nous avons la

responsabilité de notre différence, de l’affirmer, de la promouvoir. Et je

l’assumerai pleinement.

We will reclaim Quebec’s identity as a leader in the Canadian federation.

We will also develop a respectful relationship with Aboriginal peoples.

We are all Quebecers, and we will build our future together.

D’autre part, le ministre délégué à la Réforme des institutions

démocratiques et leader du gouvernement me secondera dans la remise à jour

de nos règles et processus démocratiques, depuis l’Assemblée nationale

jusqu’aux mécanismes de consultation populaire.

Je veux que chaque citoyen se sente muni du pouvoir de changer les choses

et se sente encouragé à exercer son droit d’être entendu.

Chers collègues du Conseil des ministres,

Vous avez tous reçu vos mandats. Vous commencez maintenant.

En tant que membres de ce Conseil, j’attends de vous :

que vous agissiez dans le respect du mandat que nous avons reçu de la

population du Québec;

que vous gériez les budgets dont vous serez responsables dans le respect

du cadre financier qui sera adopté;

que votre gestion ait pour objectif premier d’améliorer les services à

la population; et

que vous associiez vos collègues députés à l’élaboration des politiques

relatives à la gestion de votre ministère.

J’attends aussi de vous que vous agissiez avec une intégrité

irréprochable, dans le plus grand respect de nos principes démocratiques.

Les Québécois nous ont élus pour que nous changions les choses. Nous le

ferons. Et ils nous jugeront sur nos résultats.

Notre travail commence.

En terminant, j’aimerais adresser quelques mots à tous les Québécois.

Aujourd’hui, notre démocratie vit un moment important.

Nous avons formé un nouveau gouvernement. Ce gouvernement, c’est le

gouvernement de tous les Québécois.

Notre députation est représentative de l’ensemble des régions et de

l’ensemble de la société québécoise. Notre conseil des ministres rassemble

des femmes et des hommes qui feront preuve de leadership.

Ce gouvernement de tous les Québécois se distinguera par sa détermination

à réaliser ses engagements. Nous avons présenté notre plan pour le Québec

six mois avant les élections. Nous savons très clairement où nous allons.

Ces changements donneront jour à un grand renouveau du Québec. Dans ce

Québec renouvelé, nous soignerons mieux et plus rapidement. Nos jeunes

réussiront mieux à l’école et leurs parents auront plus de temps à leur

accorder. Nous paierons moins d’impôt. Notre État sera plus efficace. Nos

régions seront plus dynamiques.

Vous avez fait de nous les instruments des changements que vous souhaitez.

Je vous invite à participer et à nous accompagner dans cette volonté de

changement pour bâtir le Québec que vous voulez.

[Charest=20030507]

Distingués conférenciers et invités,

Mesdames, Messieurs,

Je préciserai d’entrée de jeu, à l’intention de nos visiteurs de

l’étranger, que j’ai été élu premier ministre du Québec le 14 avril

dernier et assermenté à ce titre, il y a une semaine.

Il me faIt donc plaisir d’honorer cette jeune tradition voulant que le

premier ministre du Québec participe à la Conférence de Montréal.

Je suis accompagné par la vice-première ministre du Québec et ministre des

Relations internationales, madame Monique Gagnon-Tremblay.

Je tiens à féliciter monsieur Gil Rémillard, président et fondateur de la

Conférence de Montréal, ainsi que les organisateurs. Vous avez su

regrouper à nouveau, pour une 9e année, des conférenciers de très grande

renommée.

La Conférence de Montréal est devenue un forum économique et politique de

haut rang dans la communauté des Amériques.

The issues discussed here this year are particularly meaningful for us in

Quebec since we have just recently elected a new government.

Our government, received a clear mandate for change. When the people of

Québec brought the Liberal Party of Quebec to power, they turned the page

on a model of government.

Our mandate is to place Québec on a new path, with the tools and the means

to take up the challenges of the 21st century.

Nous allons donc innover. Nous allons innover, comme le dit le thème de la

Conférence de Montréal 2003, « dans un monde incertain ». Nous allons

changer nos façons de faire afin de faire mieux. Afin de mieux servir les

citoyens du Québec. Afin de mieux gérer l’argent des Québécois. Afin de

mieux affirmer notre différence.

Cet esprit d’innovation imprègnera toutes nos actions et notamment notre

façon de nous inscrire dans les relations Amériques-Europe.

Depuis le début des années 60, le Québec a déployé des efforts

remarquables pour assurer la modernisation et l’avancement de ses

structures économiques, sociales et culturelles.

Le Québec, seule société à majorité francophone du continent, affiche des

réussites remarquables. Nous sommes des chefs de file dans des domaines de

grand avenir comme les biotechnologies, la recherche pharmaceutique ou

l’aérospatiale.

Nous avons un système d’enseignement public, qui permet à tous les

Québécois qui le veulent d’effectuer des études supérieures.

Nous avons un système public de santé. C’est pour nous, non seulement un

rempart contre l’injustice de la maladie, mais c’est aussi un avantage

économique concurrentiel. Nous faisons de la santé notre première

priorité.

Nous sommes riches en ressources naturelles et grands du talent de tous

nos citoyens.

Nous avons tous les atouts pour accroître notre position en tant que force

économique et culturelle en Amérique.

Pour ce faire, nous allons remettre à jour le fonctionnement de l’État

québécois.

Le jour de mon entrée en fonction, j’ai rappelé que nous allions procéder

à la première réingénierie de l’État québécois depuis 40 ans. Cette

révision est nécessaire.

L’État québécois a joué un rôle fondamental dans l’émergence de notre

société parmi les plus modernes du monde.

Aujourd’hui, l’État doit se repositionner. Parce que le monde a changé et

parce que les Québécois ont changé. Les Québécois sont des entrepreneurs

de talent. Notre expertise et nos artistes rayonnent sur tous les

continents.

The success of the government of to-morrow will not be measured by the

number or the size of crown corporations, but rather by the successes of

our citizens.

Québec will succeed because its people will succeed. And the government I

lead will serve as a means for achieving that success.

We will re-focus the state’s activity on its core missions, in order to

improve services to the public.

Nous allons réviser l’ensemble des programmes gouvernementaux. Nous allons

revoir la mission de chacune des sociétés d’État.

Nous allons décentraliser l’État québécois en déléguant des pouvoirs et

des responsabilités vers les citoyens des régions du Québec. Nous allons

favoriser l’autonomie régionale. Nous allons simplifier les choses et

rediriger des ressources humaines et financières vers les services directs

à la population.

Nous allons aussi créer un gouvernement en ligne afin d’offrir tous les

services applicables par Internet. C’est plus efficace et c’est moins

coûteux.

Nous avons envoyé un signal clair de notre détermination à moderniser

l’État québécois dès la formation du conseil des ministres. Nous avons

réduit du tiers la taille du conseil des ministres et nous avons regroupé

des ministères.

La révision du rôle et du fonctionnement de l’État nous permettra de

réduire le fardeau fiscal de tous les Québécois tout en réinvestissant en

santé et en éducation. Nous allons aussi faire en sorte que le génie de

nos entrepreneurs puisse s’exprimer plus librement.

Nous allons augmenter le rendement de notre économie en améliorant notre

habileté à faire face à la concurrence.

Le Québec est une des économies les plus dépendantes de l’exportation; 60

% de notre PIB dépend des marchés extérieurs du Québec. Notre capacité de

prospérer et de grandir est donc directement liée à notre capacité de

gagner la comparaison des prix et de la qualité.

Nous devons réorganiser notre État pour que les Québécois puissent mieux

prendre leur place dans la société mondialisée et pour que le Québec

puisse mieux grandir.

Cette réorganisation de l’État québécois nous permettra aussi de mieux

affirmer notre différence. Le Québec a la responsabilité de sa différence.

Il doit la protéger et la promouvoir. C’est dans cet esprit que nous

aborderons les relations Amériques-Europe.

Le Québec, tant par son passé que par son avenir, est un pont entre

l’Europe et les Amériques. Notre économie est pleinement intégrée à

l’économie nord-américaine, tandis que notre culture et notre langue

commune rappellent nos origines européennes.

En nous, se réconcilient deux grandes civilisations, deux grandes

traditions démocratiques.

Trade with the United States accounts for 85% of all Québec’s

international exports, while, each year, tens of thousands of American

tourists come to visit us.

Québec is a neighbour and a partner of the United States, a relationship

that has been growing steadily stronger since the signing of the free

trade agreements. In 2002, the value of Québec’s exports to the United

States amounted to $57.3 billion, or about $157 million a day.

My government will do everything in its power to see that our partnership

with the United States flourishes, and especially our partnership with the

states along our border.

It is because of the importance of these ties that I will be leaving for

New York City this very day, to meet with New York Governor George E.

Pataki.

Le Québec entretient des relations économiques vitales avec les

États-Unis, mais il est aussi un citoyen actif au sein de la communauté

des Amériques.

Le Québec est directement concerné par les négociations en vue de la

constitution de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA).

L’intensification des liens avec le reste des Amériques, représente des

occasions d’affaires, mais aussi des occasions de partager des

préoccupations communes.

C’est ainsi que nous nous présentons comme un défenseur acharné de la

diversité culturelle. Le Québec sera de toutes les batailles afin de

conserver son droit de promouvoir sa culture.

Nous ne céderons jamais sur notre détermination à exclure la culture de

tous les accords de libéralisation commerciale.

Le gouvernement que je dirige militera par ailleurs afin que les accords

de libéralisation commerciale intègrent pleinement les notions de la

protection des droits de l’homme, de la protection des droits des

travailleurs et de la sauvegarde de l’environnement.

La mondialisation, pour qu’elle soit synonyme de progrès, doit intégrer

ces enjeux universels.

C’est une conviction profonde de notre gouvernement et nous la ferons

valoir dans tous nos échanges avec nos partenaires des Amériques.

Comme il en est avec certains États américains, le Québec a établi des

rapports étroits et diversifiés avec plusieurs pays d’Europe.

Avec la France, le Québec a tissé, au cours des 40 dernières années, des

relations directes et privilégiées. Elles embrassent tous les domaines

d’activité de notre société.

Le Québec entretient également des relations bilatérales avec le

Royaume-Uni, son principal partenaire économique en Europe, mais également

avec la Belgique, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne, qui est le 2e marché

d’exportation pour le Québec en Europe.

En Europe, comme aux États-Unis, le Québec compte sur le réseau des

délégations générales du Québec qui sont des vitrines de notre

savoir-faire en matière d’économie, de commerce et de culture.

Notre gouvernement affirmera la présence du Québec sur la scène

internationale.

Les sociétés comme le Québec, qui n’ont pas l’avantage du nombre, ont un

devoir d’audace.

Nous assumerons ce devoir. C’est la responsabilité de notre différence.

Nous continuerons à créer des liens et des alliances économiques et

culturelles, principalement sur les deux continents qui nous constituent

en tant que société : celui d’où nous venons et celui où nous vivons.

My government has received a mandate to give the people of Québec a more

focused government.

This policy will enable us to make better use of our strengths and

generate more wealth.

Today’s world is full of uncertainty, perhaps more so than ten years ago.

But I am convinced that a government cannot go wrong when it puts the

interests of the people at the heart of its decisions.

C’est l’essence de notre projet pour le Québec. Je veux que chaque

Québécois puisse pleinement s’accomplir, qu’il soit entrepreneur ou

artiste. Je veux que chaque Québécois ait accès aux services dont il a

besoin pour aller au bout de ses rêves. Je veux que chaque Québécois se

sente porteur de notre différence et responsable de l’affirmer.

C’est cette unité et cette volonté qui feront la solidité du Québec. S’il

est vrai que le monde dans lequel nous vivons est incertain, il est

néanmoins des certitudes sur lesquelles nous pouvons tabler : le talent de

nos citoyens, notre désir de vivre ensemble, la conscience de notre

différence.

En saisissant la pleine mesure de ce que nous sommes, en affirmant les

valeurs qui nous sont chères, nous renforcerons nos liens avec nos amis

américains et nos amis européens.

Le Québec, en suivant simplement sa voie, pourrait s’avérer être une «

charnière » entre les deux continents.

L’événement qui nous réunit nous en fournit d’ailleurs une illustration.

Sur ce plateau québécois me succéderont deux conférenciers de renom : M.

Jean-Marie Colombani, président du directoire et directeur de publication

chez Le Monde, et M. Bill Powell, senior writer au magazine Fortune qui

discuteront précisément des relations Amériques-Europe.

Je vous souhaite à tous une agréable fin de conférence.

Merci.

[Charest=20030514B]

Sehr geehrter Minister-Präsident!

Monsieur le Ministre-Président,

Je suis très heureux de vous accueillir de nouveau au Québec.

Je salue tout spécialement M. Dieter Hertrampf, consul général de la

République fédérale d’Allemagne à Montréal, et M. Michael Hinterdobler,

directeur de la Représentation de l’État de Bavière au Québec.

Je salue également tous les membres de votre délégation dont : M. Hans

Spitzner, ministre délégué à l’Économie, aux Transports et à la

Technologie, et M. Walter Schön, secrétaire général du gouvernement de

Bavière.

Je souhaite aussi la bienvenue au Québec à la vingtaine de gens d’affaires

qui vous accompagnent.

Soyez tous les bienvenus au Québec!

Monsieur le Ministre-Président,

Lors de votre dernière visite, je vous disais qu’advenant mon élection à

titre de premier ministre du Québec, je veillerais à nourrir cette

relation privilégiée qui unit le Québec et la Bavière depuis une quinzaine

d’années.

Vous savez maintenant que le gouvernement que je dirige s’y emploiera.

Nous avons convenu aujourd’hui :

de renouveler le mandat du Groupe de travail Québec-Bavière, qui

supervise l’épanouissement de cette relation;

d’identifier comme secteurs prioritaires de cette coopération notamment

l’économie, l’administration publique, la science et la technologie,

l’éducation et la culture;

d’accroître les échanges universitaires entre la Bavière et le Québec en

encourageant la mobilité des étudiants et la double diplomation.

Dans l’esprit de cette riche collaboration, nous annonçons conjointement

aujourd’hui que la ville de Québec accueillera, en 2004, la deuxième

Conférence des chefs de gouvernement des régions partenaires. Outre la

Bavière, nous recevrons le Cap Occidental, province d’Afrique du Sud, le

Shandong, province de la Chine, la Haute-Autriche et la Californie.

Ce regroupement créé à votre initiative en janvier 2002, Monsieur le

Ministre-Président, propose une nouvelle forme de diplomatie à l’échelle

des régions.

Dans un contexte de mondialisation, ce regroupement réunit des sociétés

diversifiées, réparties sur quatre continents et regroupant plus de 154

millions de personnes; des sociétés qui ont en commun une volonté et une

réelle capacité d’agir sur la scène internationale.

Dans la foulée de la première conférence qui fut axée sur le développement

durable, nous croyons que le thème de la prochaine Conférence pourrait

porter sur la jeunesse et l’éducation. Nous reconnaissons que la

consolidation du Groupe des régions partenaires doit être une étape

prioritaire. Cette consolidation passe assurément par la réalisation, à

court terme, de projets de coopération concrets. Aussi le Québec

s’engage-t-il à y investir les efforts nécessaires. Nous venons d’ailleurs

de proposer officiellement aux régions partenaires la création d’un groupe

d’experts sur les négociations multilatérales.

Nous prévoyons également, prochainement, lancer un groupe de travail sur

la culture et les communications. Cela dit, nous souhaitons aussi que la

porte demeure ouverte à l’idée de l’élargissement du Groupe des régions

partenaires, afin d’assurer sa pérennité et le développement de sa

vocation multilatérale.

Votre visite, chers amis bavarois, coïncide par ailleurs avec la Semaine

de la Bavière au Québec, qui permettra à un nombre encore plus grand de

Québécois de découvrir la Bavière et les liens qui unissent les Bavarois

aux Québécois.

La Bavière est, pour notre gouvernement, un partenaire prioritaire du

Québec.

C’est d’ailleurs notre formation politique qui a donné l’impulsion à ces

rapports bilatéraux, par la signature, en 1989, d’un premier accord de

coopération Québec-Bavière.

La coopération entre le Québec et la Bavière compte aujourd’hui parmi les

belles réussites de la politique internationale du Québec. Ce n’est pas

par hasard. Nos sociétés ont de nombreuses affinités.

Le Québec et la Bavière ont en commun une soif d’autonomie et

d’affirmation culturelle, économique et sociale. Nos deux États sont des

carrefours économiques et culturels. Le Québec est un pont entre

l’Amérique et l’Europe, tandis que la Bavière se présente comme une plaque

tournante entre l’Europe continentale et les marchés méditerranéens.

Économiquement et socialement, le Québec et la Bavière ont suivi des

parcours comportant beaucoup de similitudes. Nos économies se sont

modernisées sans tourner le dos à nos secteurs traditionnels. Les

Québécois, comme les Bavarois, sont fiers de leur différence et fiers de

partager leur richesse culturelle, tout en s’ouvrant au monde.

Il était dans l’ordre des choses que la Bavière et le Québec finissent par

se rencontrer, par commercer et par coopérer.

L’Allemagne est devenue, en 2002, le deuxième marché d’exportation pour le

Québec en Europe, en croissance annuelle de plus de 10 %. C’est en grande

partie grâce à nos liens avec nos partenaires bavarois. Les entreprises

québécoises sont responsables de près de 45 % des ventes de produits

canadiens en Allemagne. Alcan, Bombardier, CAE Électronique sont au nombre

des entreprises québécoises installées en Bavière.

Soixante-dix-neuf sociétés allemandes sont installées au Québec, dont les

bavaroises Siemens, Boehme-Filatex, Landes GMB, Osram GMBH et Ratiopharm.

Sous la direction du Groupe de travail sur la coopération Québec-Bavière,

plus de 250 projets ont ainsi vu le jour dans des secteurs aussi

diversifiés que la culture et la diversité culturelle, l’environnement et

le développement durable, l’éducation, la science et la technologie, et,

bien sûr, l’économie.

Le Québec et la Bavière entretiennent une relation d’amitié qui nous est

précieuse. La qualité de cette relation ainsi que les projets qui en

découlent nous ont conduis à ouvrir des représentations officielles de

part et d’autre.

Le gouvernement du Québec a ouvert, en février 1997, un bureau du Québec à

Munich, grâce au soutien de votre gouvernement et grâce à votre engagement

personnel. Votre gouvernement, pour sa part, a ouvert, deux ans plus tard,

une représentation officielle à Montréal, conjointement avec la Bayerische

Landesbank. Puis, en août 2001, vous avez désigné le premier représentant

officiel de la Bavière au Québec, M. Michael Hinterdobler. Le Québec

devenait ainsi la destination du premier représentant officiel de la

Bavière à l’extérieur de l’Europe.

C’est une marque d’affection et d’intérêt dont nous vous sommes

reconnaissants.

Le Québec est l’un des États fédérés les plus actifs au monde sur la scène

internationale. L’action québécoise s’inscrit dans un courant mondial. De

plus en plus d’États fédérés prennent en main la promotion de leurs

compétences et de leurs atouts. Les relations entre le Québec et la

Bavière sont à l’avant-garde de cette tendance.

Monsieur le Ministre-Président, une volonté commune de réussite et

d’excellence nous a rapprochés. Je vous propose maintenant que nous

fassions plus et mieux.

Les enjeux culturels sont de première importance pour le Québec et ont été

l’objet d’attention de tous les gouvernements québécois au cours des

quarante dernières années. Le gouvernement que je dirige est, lui aussi,

convaincu de la nécessité d’assurer notre épanouissement culturel, dans le

cadre d’un véritable dialogue entre les cultures.

La responsabilité de notre différence identitaire nous impose de tout

mettre en œuvre pour garantir le droit des États et des gouvernements de

soutenir la culture par leurs politiques.

Voilà pourquoi nous appuyons le projet d’adoption d’une Convention

internationale sur la diversité culturelle.

Nous avons proposé à la Bavière de travailler avec nous à la promotion de

cette Convention auprès de nations tierces, notamment au sein de

l’Assemblée des régions d’Europe. Nous souhaitons ainsi encourager le plus

grand nombre d’États centraux possible à soutenir ce projet de Convention

internationale sur la diversité culturelle à la prochaine conférence

générale de l’UNESCO, en octobre prochain.

Dans ce contexte d’intégration croissante du Québec à l’espace des

Amériques, dans ce contexte d’intégration croissante de la Bavière à une

Europe élargie, nous pouvons être l’un pour l’autre un tremplin pour

faciliter l’accès de nos entreprises respectives à ces grands marchés.

Nous permettrons par le fait même aux forces de nos sociétés de mieux

répondre aux défis que ces processus d’intégration continentale leur

posent.

Herzlichen wilkommen in Québec.

Je souhaite à tous un agréable séjour au Québec.

[Charest=20030514b]

Monsieur le Ministre-Président,

Distingués invités,

Chers amis,

Le Québec et la Bavière entretiennent aujourd’hui une relation de

coopération et d’amitié qui rejoint presque tous les secteurs d’activité

de nos sociétés respectives.

La qualité de la relation établie entre la Bavière et le Québec, depuis

bientôt quinze ans, est exceptionnelle. Cette relation a été fondée par

nos prédécesseurs Robert Bourassa et Max Streibl, en 1989. Depuis, elle a

été maintenue, développée et renforcée par vous-même et les premiers

ministres du Québec qui se sont succédé.

Je m’engage à mon tour à participer à l’épanouissement de cette

coopération.

Monsieur le Ministre-Président,

Par votre action politique, vous vous êtes avéré un ami du Québec, non

seulement en Bavière, mais aussi au niveau fédéral allemand, sur le plan

européen et sur la scène internationale.

Vous avez ouvert des portes au Québec. Vous avez choisi le Québec. Par

amitié, vous avez amené le Québec à la table de concertation de

l’Assemblée des régions d’Europe. Cela permet au Québec d’observer en

témoin privilégié l’évolution du continent européen.

Vous avez associé le Québec à la Conférence des chefs de gouvernement des

régions partenaires. Cette initiative rejoint des régions parmi les plus

technologiquement avancées d’Amérique, d’Asie, d’Afrique et d’Europe. Elle

permet, entre autres, d’intensifier le dialogue et d’accroître la

coopération dans une perspective de développement durable et de diversité

culturelle.

En établissant à Montréal la première représentation officielle du

gouvernement bavarois à l’extérieur de l’Europe, vous avez repoussé les

limites de la pratique fédérale allemande et affirmé haut et fort votre

grande affection pour le Québec.

Cette relation, dont nos deux sociétés récoltent les fruits, est pour

beaucoup le fait de votre action personnelle.

Nos sociétés ont beaucoup en commun, et vous avez été l’artisan de cette

découverte mutuelle. Le Québec et la Bavière partagent la fierté de leur

différence et s’engagent avec confiance dans l’ouverture sur le monde en

militant pour la diversité culturelle.

Je m’engage avec fierté aujourd’hui à prolonger ce partenariat fructueux

entre la Bavière et le Québec. C’est un plaisir de vous revoir, Monsieur

le Ministre-Président, et de partager avec vous cette vision d’un

fédéralisme décentralisé, respectueux des compétences et des

particularités de chacun de ses membres.

Le Québec et la Bavière partagent beaucoup, nous partageons maintenant

aussi des convictions.

Vous êtes un ami du Québec, et le Québec vous en est reconnaissant.

Sehr geehrter Minister-Präsident!

Dr Edmund Stoiber,

Au nom du gouvernement du Québec et du peuple du Québec, j’ai l’immense

plaisir de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec en

reconnaissance de votre contribution à l’évolution de notre société.

[Charest=20030522]

Monsieur Raffarin, premier ministre de la République française,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Monsieur Raymond Chrétien, ambassadeur du Canada en France,

Monsieur Philippe Guelluy, ambassadeur de la République française au

Canada,

Madame et Messieurs les représentants du corps consulaire,

Mesdames et Messieurs les organisateurs de France et du Québec de

Futurallia 2003,

Distingués invités,

Pour la première fois en tant que premier ministre du Québec, j’ai la

grande joie d’accueillir les participants à cette huitième édition du

forum Futurallia.

Mon plaisir est d’autant plus grand que nous sommes en compagnie de l’un

des pères de cette formidable initiative de maillage d’entreprises.

Futurallia est unique. Il ne s’agit pas d’une foire commerciale

traditionnelle, mais d’un forum d’entrepreneurs, constitué dans une

perspective de croissance des affaires et de conclusion d’alliances

stratégiques.

Je rappellerai à notre auditoire, Monsieur le Premier Ministre, que

Futurallia est né en 1989, en Poitou-Charentes, à l’instigation de la

Chambre de commerce et d’industrie de la Vienne. À cette époque, vous

étiez président du Conseil régional de Poitou-Charentes.

Entre le Québec et la région de Poitou-Charentes, il existe d’ailleurs une

vive relation d’amitié et de coopération.

La région que je représente à l’Assemblée nationale du Québec, l’Estrie,

était présente aux premières heures de cette amitié. En 1997, la Chambre

de commerce et d’industrie de la Vienne ouvrait un bureau de

représentation à Sherbrooke, en partenariat avec Estrie International

2007.

Et c’est à Sherbrooke, en juin 2000, qu’avait lieu la première édition de

Futurallia à l’extérieur du territoire français.

Dix-huit mois plus tard, 112 entreprises québécoises participaient à la

septième édition de Futurallia, à Poitiers. Il s’agissait de la plus

importante mission d’affaires québécoise jamais réalisée en France.

Monsieur le Premier Ministre, la coopération France-Québec aura fait de

Futurallia un grand rendez-vous de l’entrepreneurship international. Et

nous pouvons, vous et moi, nous réjouir que les régions que nous

représentons aient été au cœur de cette relation et le soient toujours.

Notre rencontre n’est pas fortuite, Monsieur Raffarin. Nous avions trop en

commun pour que nos chemins ne se croisent pas.

Vous êtes un habitué de l’Estrie. Nos régions sont des amies de longue

date. Nos chemins ne pouvaient que converger.

Mais, de surcroît, nous nous retrouvons, vous, premier ministre depuis

peu, et moi, premier ministre depuis moins longtemps que vous, à partager

des valeurs politiques profondes.

Vous êtes un régionaliste. Je le suis aussi. Vous êtes un Européen

convaincu. Je crois moi aussi à l’adhésion à un grand ensemble. La

décentralisation de l’État et la révision du rôle de l’État sont aussi des

thèmes qui nous réunissent.

Soyez assuré, cher ami, de mon enthousiasme à m’engager avec vous dans la

poursuite et l’épanouissement de la relation bilatérale franco-québécoise.

Vous serez toujours le bienvenu.

Aujourd’hui, plus d’une centaine d’entreprises du Poitou-Charentes sont

présentes à Futurallia 2003, tandis que 230 entreprises du Québec s’y sont

inscrites.

La participation enthousiaste et sans cesse croissante des entreprises

québécoises à toutes les éditions de Futurallia démontre l’évolution des

entrepreneurs québécois. Ils sont de plus en plus tournés vers les marchés

internationaux.

Le carrefour mondial des PME qu’est devenu Futurallia accueille, cette

année à Québec, près de 800 entreprises d’Europe, des Amériques et d’Asie.

Grâce à Futurallia, des centaines de PME du Québec ont pu nouer des liens

solides avec des entreprises d’Europe et d’ailleurs, négocier des

transferts technologiques, conclure des partenariats à l’exportation,

signer des alliances stratégiques et pénétrer de nouveaux marchés.

Futurallia émane d’une vision qui n’est pas étrangère à notre approche

économique. Le gouvernement que je dirige misera plus que jamais sur

l’entrepreneurship pour assurer le développement économique du Québec.

L’interventionnisme d’État, s’il nous a jadis permis de faire des progrès,

doit aujourd’hui être redéfini pour laisser toute la place possible aux

entrepreneurs.

Notre volonté est que leur génie s’exprime sans entraves.

Cette approche, qui repose sur l’initiative individuelle et le talent de

nos gens, nous guidera par ailleurs vers un nouveau partenariat avec les

régions du Québec.

Nous voulons que les régions soient plus autonomes, que les citoyens des

régions prennent l’avenir de leur collectivité en main.

Aux citoyens des régions, nous disons ceci : Développez votre coin de

pays, vous le connaissez mieux que personne, et comptez sur le

gouvernement pour qu’il assume ses responsabilités en région, qu’il

s’agisse de santé ou d’éducation.

Le gouvernement, de la manière que je le conçois, ne doit pas chercher à

dicter le développement des régions, mais à créer un contexte qui valorise

l’attachement des citoyens à la terre de leurs ancêtres et de leurs

enfants.

L’époque où les PME n’imaginaient leur salut que dans le seul marché

intérieur est révolue.

Aujourd’hui, sur tous les continents, les PME rivalisent pour la conquête

de nouveaux marchés.

Les PME québécoises sont de plus en plus nombreuses dans la course. Elles

doivent accroître leur présence sur les marchés extérieurs et accélérer

leur progression.

C’est dans cet esprit que le gouvernement du Québec et ses partenaires

politiques et économiques ont appuyé la candidature de Québec pour

l’organisation de Futurallia 2003, réalisée avec brio par PÔLE

Québec—Chaudière-Appalache.

Bienvenue à tous au Québec, bienvenue à tous à Futurallia 2003!

[Charest=20030523]

[Remise de l’ordre nationale du Québec à Jean-Pierre Raffarin]

Monsieur le premier Ministre, Distingués invités, Chers amis, Rendre hommage à un ami français du Québec, c’est comme rendre hommage à un ami de la famille. Rendre hommage à un ami français du Québec, mais de surcroît poitevin, c’est le faire littéralement pour quelqu’un… de la famille! Car c’est de la région du Poitou-Charentes que viennent une grande partie des ancêtres des Québécois d’aujourd’hui. Vous qui avez souvent pris contact avec le Québec, vous avez sans doute remarqué la consonance parfois très poitevine de certains de nos noms de famille. Vous avez écrit : L’Atlantique est une force qui fait l’Union. C’est notamment de cette France atlantique, de cette Europe atlantique, qu’est né le cœur du Québec d’aujourd’hui. Jean-Pierre Raffarin, Vous voyez le jour en 1948, à Poitiers. Vous recevez de vos parents la volonté et la détermination face à l’adversité. Vous venez d’une famille proche de la terre, dans la production laitière et la vigne. Famille politique aussi, puisque votre père fut secrétaire d’État de Pierre Mendès-France. Vous êtes encore et toujours très attaché à votre région et à vos origines. On vous dit également amateur de musique baroque et des Francofolies de La Rochelle, où se produisent de nombreux artistes québécois. Étudiant, vous dévorez les écrits de Charles de Gaulle, de Valéry Giscard D’Estaing, qui deviendra pour vous un mentor politique. Vous lisez aussi Jean-Jacques Servan-Schreiber, fondateur de l’hebdomadaire L’Express, auteur du Défi Américain. Vous êtes diplômé de l’École supérieure de commerce de Paris. Vous êtes aussi maître de conférences à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris, de 1979 à 1988. Vous devenez conseiller municipal de Poitiers en 1977, à 29 ans, et le resterez jusqu’en 1995. Parallèlement, vous devenez conseiller technique au cabinet de Lionel Stoleru, ministre du Travail, de 1976 à 1981. Puis, de 1981 à 1988, vous faites un passage à l’entreprise privée, alors que vous êtes directeur général de Bernard Krief Communication. Vous êtes conseiller régional, puis président de la région du Poitou-Charentes de 1988 à 2002. Élu député européen en 1989, vous forgez la notion « d’Arc Atlantique ». Vous êtes aussi élu sénateur de la Vienne en 1995, puis en 1997. Un parcours qui démontre votre attachement aux régions. Vous êtes un ingénieur en énergie humaine, dites-vous, en ajoutant : la région est mon laboratoire. Car, durant vos mandats, vous vous concentrez sur ce que vous avez de plus cher : le développement de votre région . Vous êtes en harmonie avec le devenir de l’Europe, au sein de laquelle l’accroissement des pouvoirs régionaux et supranationaux vont de pair. Européen convaincu, vous n’en êtes pas moins un défenseur de l’identité régionale et de celle dont vous êtes pénétré, celle du terroir charentais. Cette vision de l’appartenance à son coin de pays et de l’adhésion à un grand ensemble nous place d’ailleurs sur la même longueur d’ondes. Votre contribution à la région du Poitou-Charentes fut remarquable. Votre gestion visionnaire a fait de cette région l’une des plus dynamiques, notamment sur le plan international. Vous êtes nommé ministre des Petites et Moyennes entreprises, du Commerce et de l’Artisanat, dans le gouvernement d’Alain Juppé, de 1995 à 1997. Un poste qui vous va comme un gant et où vous mènerez des batailles décisives. Ministre, vous œuvrez à la reconnaissance de la boulangerie comme artisanat et instaurez la Fête du pain. Le président de la République, Jacques Chirac, vous appelle au poste de premier ministre, le 6 mai 2002. Vous êtes l’homme que personne n’attendait… Vous aussi! Raymond Barre, grand ami du Québec, vous donne ce conseil intemporel et universel : Durez et endurez ! Votre épouse, Anne-Marie Raffarin, à vos côtés depuis vos débuts en politique, vous aide à prendre du recul face aux événements, comme vous le dites vous-même. Vous êtes aussi un humaniste, prenant non seulement appui sur vos multiples rencontres avec des intellectuels, des professeurs de médecine, des philosophes ou des hommes d’entreprise, mais aussi sur des convictions fondées sur votre expérience du terrain; vous croyez au réenchantement de la vie politique. Vous y avez consacré de nombreux livres. Quelques pièces choisies : La vie en Jaune, sur un ton humoristique, à la suite d’un voyage en Chine. L’avenir a ses racines, en 1986; puis un livre au titre provoquant : Nous sommes tous des régionaux, en 1988, et, plus récemment, Pour une nouvelle gouvernance. Vos idéaux démocratiques sont élevés. Vous croyez profondément dans le pouvoir et dans l’intelligence du citoyen. Jean-Pierre Raffarin, Au cours de votre carrière, vous avez démontré un vif intérêt pour le Québec. Le Conseil régional de Poitou-Charentes fut l’un des premiers conseils régionaux à signer un plan d’action avec le Québec. À l’époque où vous en étiez président, cette région entretenait des relations avec le Québec et le Viêtnam, les deux priorités internationales que vous vous étiez données en arrivant en poste. Vous êtes venu au Québec chaque année depuis 1998, refaisant le trajet de cet autre illustre charentais, Samuel de Champlain, qui, il y a exactement quatre siècles cette année, en 1603, prenait possession de cette contrée au nom du roi de France. C’est en 1998 également que remonte votre premier contact avec Sherbrooke, ville chère à mon cœur, où sera installé un bureau de votre région. Cette coopération a mené à des avancées significatives, notamment en matière de développement économique, de nouvelles technologies, de projets pour la jeunesse et, bien sûr, de culture et de patrimoine. Participant en octobre 2001, à Québec, aux ateliers La France et sa coopération décentralisée avec le Québec, vous déclariez : Je crois que ce qui nous frappe dans les échanges que nous avons avec nos amis québécois, c’est que nous cherchons ensemble une réponse à la mondialisation. (…) Nous qui avons confiance dans la personne humaine, avec ses droits de l’Homme qui sont une grande idée qui nous a réunis, qui a traversé l’Atlantique, et tout ce que nous pouvons avoir de valeurs fondamentales, au fond, c’est peut-être cela notre type de réponses. Car vous entrevoyez une France porteuse d’un nouvel humanisme. Un des piliers de cet humanisme est la mondialisation maîtrisée. Car le libéralisme, ce n’est pas la jungle, dites-vous. Le Québec, comme la France, croit que la mondialisation doit être observée, comprise et balisée. La diversité culturelle, les droits sociaux tels l’éducation, les soins de santé, les questions relatives au travail et, bien sûr, le respect de l’environnement sont autant de balises à celle-ci. Le 9 octobre 2002, d’ailleurs, vous déclariez que grâce [au Québec], un important travail a été mené sur la diversité culturelle, qui est à l’origine de la proposition du président de la République d’adopter une convention internationale sur cette diversité culturelle. L’un de vos tout premiers slogans électoraux était Du cœur à l’ouvrage. Pour la France, pour le Québec, vous l’aurez brillamment incarné. Jean Pierre Raffarin, Au nom du gouvernement du Québec et du peuple du Québec, j’ai l’immense plaisir de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec en reconnaissance de votre contribution à l’évolution de notre société.

[Charest=20030523a]

Monsieur le Premier Ministre,

Distingués invités,

Chers amis,

Je suis très heureux de retrouver M. Raffarin, un habitué de Sherbooke, et

de le recevoir à titre de premier ministre du Québec dans notre capitale.

Je me référerai à vos mots, cher ami, en disant que, pour moi aussi, « si

la route fut droite, la pente aura été… raide ! »

Soyez assuré que c’est avec fierté et enthousiasme que mon gouvernement

s’inscrira dans la poursuite et l’épanouissement de la coopération

bilatérale France-Québec.

Si le Québec est aujourd’hui parmi les États fédérés qui ont une forte

personnalité internationale, c’est en bonne partie grâce à la France. La

France s’est tenue aux côtés du Québec aux premiers balbutiements de notre

ouverture sur le monde.

La riche relation France-Québec s’est maintenue par-delà les ans et les

changements de gouvernement qui sont survenus de part et d’autre de

l’Atlantique depuis 40 ans.

C’est sous Jean Lesage et Charles de Gaulle qu’a été inaugurée la

Délégation générale du Québec à Paris, en 1961. Cette délégation et le

Consulat général de France à Québec, plus que centenaire, ont établi la

pérennité de nos relations bilatérales.

C’est sous Daniel Jonhson et de Charles de Gaulle, toujours, qu’a été

réalisée la « percée » de Libreville, en 1968.

C’est sous René Lévesque et Raymond Barre qu’a été établie la pratique des

visites alternées des premiers ministres français et québécois, en 1977.

C’est cette pratique qui nous vaut l’honneur de votre présence

aujourd’hui.

C’est à Robert Bourassa que reviendra l’honneur d’accueillir François

Mitterrand et Jacques Chirac, en 1987, pour le Sommet de la Francophonie

de Québec.

Enfin, c’est sous Lucien Bouchard, puis Bernard Landry, avec Lionel Jospin

pour la France, qu’a été créé le groupe franco-québécois sur la diversité

culturelle.

Une telle constance est remarquable, et nous nous en inspirerons.

La relation franco-québécoise a 40 ans. « La vieillesse de la jeunesse »,

disait Victor Hugo. C’est non seulement l’occasion de faire le point sur

ce qui a été fait, mais c’est aussi le temps de regarder devant soi, pour

aller plus loin.

En 40 ans, nous avons mis sur pied une coopération soutenue dans

l’ensemble des secteurs de l’activité humaine. Plus de 60 ententes

bilatérales ont été conclues. Des dizaines et des dizaines de visites

ministérielles et de rencontres au plus haut niveau ont eu lieu.

Pensons à la Commission permanente de la coopération, à l’OFQJ et aux 100

000 jeunes à qui il a permis de vivre des expériences inoubliables.

Pensons aux 130 jumelages de villes…

Et parlons affaires aussi. Plus de la moitié des sociétés françaises

implantées au Canada ont choisi le Québec. Et pas seulement les grands

centres! L’aluminerie Péchiney, l’un des investissements français à

l’étranger les plus importants, est à Bécancour.

Le « Carrefour mondial des PME », Futurallia 2003, tenu à Québec, auquel

nous avons assisté, Monsieur le Premier Ministre, a été un franc succès.

Des quelque 750 entreprises présentes, au moins 200 entreprises françaises

et québécoises ont entamé des démarches de partenariat à cette occasion.

Tout cela tisse des liens d’affaires durables, multiplicateurs. Tout cela

crée de la richesse. Tout cela créé des emplois.

La relation France-Québec est un foisonnement d’initiatives et de projets.

Je crois, Monsieur le Premier Ministre, que l’arrivée presque simultanée

de nos deux gouvernements nous fournit l’occasion de donner une nouvelle

impulsion à cette coopération.

Mon vœu le plus cher est que nous scellions une nouvelle alliance

franco-québécoise.

Cette nouvelle alliance, je l’entrevois sous les perspectives économique,

scientifique et technique. Je la vois aussi intégrer une dimension plus

régionale.

Quant au volet culturel, j’entends que la France et le Québec s’associent

et mènent une lutte commune pour la diversité culturelle.

La France et le Québec sont tous deux riches de leurs régions. Richesse

dans la diversité des géographies, des cultures, des langues. Nous pouvons

davantage puiser à même cette richesse pour élargir les horizons de notre

coopération.

Déjà, le dynamisme des collectivités territoriales françaises, au Québec,

est tout à fait remarquable. Le Poitou-Charentes, notamment grâce à votre

impulsion, Monsieur le Premier Ministre, est particulièrement actif au

Québec.

Grâce aux programmes de bourses de la région Rhône-Alpes, des centaines

d’étudiants français viennent dans nos universités, et souvent en région.

Soulignons également que la région de l’Aquitaine a signé un accord de

coopération avec l’Institut national de l’optique.

Permettez-moi, Monsieur le Premier Ministre, de citer intégralement la

liste de vos cinq commandements de la coopération à visage régional, que

vous avez faite le 9 octobre 2001. Elle est savoureuse et révèle la

ferveur de votre amitié pour le Québec :

1. L’accord entre les deux premiers ministres tu respecteras.

2. Dans la modernité du Québec, tu investiras.

3. De nos régions les talents, tu valoriseras.

4. Je me souviens, cette devise, dans ton cœur, tu imprimeras.

5. Ainsi tu serviras deux peuples qui sont nés pour s’aimer.

J’endosse ces propos.

Nous engagerons les efforts nécessaires au développement de relations plus

étroites entre les régions québécoises et les collectivités territoriales

françaises.

Une bonne occasion pour ce faire sera sans doute les célébrations du 400e

anniversaire du passage de Samuel de Champlain à Baie-Sainte-Catherine,

cette année même.

Sur le plan culturel, la promotion de la diversité culturelle et

linguistique, dans un contexte de mondialisation débridée, est un

impératif.

Le Québec, depuis la signature du premier accord de libre-échange avec les

États-Unis, en 1988, est l’un des plus ardents défenseurs de cette cause,

qui est pour nous, Québécois, vitale.

Je tiens d’ailleurs à saluer votre action et votre insistance, Monsieur le

Premier Ministre, en faveur de la défense et de la promotion de la langue

française. Et cela, non seulement sur le plan national, mais aussi sur la

scène internationale, notamment au sein des institutions européennes.

La protection de la diversité culturelle et linguistique est l’une des

toutes premières balises d’une mondialisation maîtrisée.

La diversité culturelle, comme l’a affirmé le président de la République,

Jacques Chirac, à Johannesburg, en 2002, doit être considérée comme le

quatrième pilier du développement durable, aux côtés de l’économie, de

l’environnement et de la préoccupation sociale.

Depuis la rencontre alternée des premiers ministres de décembre 1998, le

Québec et la France se sont engagés dans une action commune visant à

promouvoir l’ébauche d’un instrument, au sein d’organismes internationaux,

afin de garantir aux États et aux gouvernements le droit de définir leurs

politiques culturelles et de déployer les moyens et les ressources qui en

découlent.

Je me félicite du fait que l’UNESCO ait récemment reconnu l’importance de

l’enjeu de la diversité culturelle et recommandé, le 11 avril dernier, de

poursuivre l’action visant à l’élaboration d’un nouvel instrument

international pour la préserver.

Mesdames, Messieurs,

Notre action commune des prochaines années prolongera, dans une

coopération resserrée, notre action des quarante dernières.

Les régions en seront partie prenante.

Et, à une autre échelle, notre relation prendra une tangente continentale.

La France sera de plus en plus imbriquée dans l’ensemble géopolitique

européen. Notre relation privilégiée avec la France nous aidera à établir

des relations avec les différents partenaires de la nouvelle Europe.

L’intégration du continent américain, pour sa part, suit sa logique

propre. Avec ce marché en voie d’intégration croissante, la France, avec

la collaboration du Québec, pourra rejoindre l’Amérique entière.

Nous célébrons 40 ans de collaboration, de coopération et d’amitié

France-Québec. Monsieur le Premier Ministre, nous convenons aujourd’hui de

donner une nouvelle impulsion à la relation franco-québécoise

Je dirais, d’une certaine façon, que nous allons la mettre à notre main,

puisque c’est à nous, en partie du moins, qu’échoit l’honneur de la

prolonger.

Nous allons faire un pas pour mieux adapter cette relation aux réalités de

ce siècle nouveau, pour saisir ensemble les occasions que ce siècle recèle

et pour faire face ensemble aux défis de ce siècle. Ouvrons grande la

porte aux régions de nos deux contrées et serrons les rangs dans la

défense et la promotion de la diversité culturelle.

Le relation bilatérale France-Québec a 40 ans. Ce sont les noces de rubis

de l’’un des plus précieux joyaux de notre diplomatie.

[Charest=20030523]

Monsieur le Premier Ministre,

Distingués invités,

Chers amis,

Rendre hommage à un ami français du Québec, c’est comme rendre hommage à

un ami de la famille. Rendre hommage à un ami français du Québec, mais de

surcroît poitevin, c’est le faire littéralement pour quelqu’un… de la

famille!

Car c’est de la région du Poitou-Charentes que viennent une grande partie

des ancêtres des Québécois d’aujourd’hui. Vous qui avez souvent pris

contact avec le Québec, vous avez sans doute remarqué la consonance

parfois très poitevine de certains de nos noms de famille.

Vous avez écrit : L’Atlantique est une force qui fait l’Union. C’est

notamment de cette France atlantique, de cette Europe atlantique, qu’est

né le cœur du Québec d’aujourd’hui.

Jean-Pierre RAFFARIN,

Vous voyez le jour en 1948, à Poitiers. Vous recevez de vos parents la

volonté et la détermination face à l’adversité. Vous venez d’une famille

proche de la terre, dans la production laitière et la vigne. Famille

politique aussi, puisque votre père fut secrétaire d’État de Pierre

MENDÈS-FRANCE. Vous êtes encore et toujours très attaché à votre région et

à vos origines. On vous dit également amateur de musique baroque et des

Francofolies de La Rochelle, où se produisent de nombreux artistes

québécois.

Étudiant, vous dévorez les écrits de Charles DE GAULLE, de Valéry GISCARD

D’ESTAING, qui deviendra pour vous un mentor politique. Vous lisez aussi

Jean-Jacques SERVAN-SCHREIBER, fondateur de l’hebdomadaire L’Express,

auteur du Défi Américain . Vous êtes diplômé de l’École supérieure de

commerce de Paris. Vous êtes aussi maître de conférences à l’Institut

d’études politiques (IEP) de Paris, de 1979 à 1988.

Vous devenez conseiller municipal de Poitiers en 1977, à 29 ans, et le

resterez jusqu’en 1995. Parallèlement, vous devenez conseiller technique

au cabinet de Lionel STOLERU, ministre du Travail, de 1976 à 1981. Puis,

de 1981 à 1988, vous faites un passage à l’entreprise privée, alors que

vous êtes directeur général de Bernard Krief Communication.

Vous êtes conseiller régional, puis président de la région du

Poitou-Charentes de 1988 à 2002. Élu député européen en 1989, vous forgez

la notion « d’Arc Atlantique ». Vous êtes aussi élu sénateur de la Vienne

en 1995, puis en 1997.

Un parcours qui démontre votre attachement aux régions. Vous êtes un

ingénieur en énergie humaine, dites-vous, en ajoutant : la région est mon

laboratoire. Car, durant vos mandats, vous vous concentrez sur ce que vous

avez de plus cher : le développement de votre région .

Vous êtes en harmonie avec le devenir de l’Europe, au sein de laquelle

l’accroissement des pouvoirs régionaux et supranationaux vont de pair.

Européen convaincu, vous n’en êtes pas moins un défenseur de l’identité

régionale et de celle dont vous êtes pénétré, celle du terroir charentais.

Cette vision de l’appartenance à son coin de pays et de l’adhésion à un

grand ensemble nous place d’ailleurs sur la même longueur d’ondes.

Votre contribution à la région du Poitou-Charentes fut remarquable. Votre

gestion visionnaire a fait de cette région l’une des plus dynamiques,

notamment sur le plan international.

Vous êtes nommé ministre des Petites et Moyennes entreprises, du Commerce

et de l’Artisanat, dans le gouvernement d’Alain JUPPÉ, de 1995 à 1997. Un

poste qui vous va comme un gant et où vous mènerez des batailles

décisives. Ministre, vous œuvrez à la reconnaissance de la boulangerie

comme artisanat et instaurez la Fête du pain.

Le président de la République, Jacques CHIRAC, vous appelle au poste de

premier ministre, le 6 mai 2002. Vous êtes l’homme que personne

n’attendait… Vous aussi!

Raymond BARRE, grand ami du Québec, vous donne ce conseil intemporel et

universel : Durez et endurez !

Votre épouse, Anne-Marie RAFFARIN, à vos côtés depuis vos débuts en

politique, vous aide à prendre du recul face aux événements, comme vous le

dites vous-même.

Vous êtes aussi un humaniste, prenant non seulement appui sur vos

multiples rencontres avec des intellectuels, des professeurs de médecine,

des philosophes ou des hommes d’entreprise, mais aussi sur des convictions

fondées sur votre expérience du terrain; vous croyez au réenchantement de

la vie politique. Vous y avez consacré de nombreux livres.

Quelques pièces choisies : La vie en Jaune, sur un ton humoristique, à la

suite d’un voyage en Chine. L’avenir a ses racines, en 1986; puis un livre

au titre provoquant : Nous sommes tous des régionaux, en 1988, et, plus

récemment, Pour une nouvelle gouvernance.

Vos idéaux démocratiques sont élevés. Vous croyez profondément dans le

pouvoir et dans l’intelligence du citoyen.

Jean-Pierre RAFFARIN,

Au cours de votre carrière, vous avez démontré un vif intérêt pour le

Québec.

Le Conseil régional de Poitou-Charentes fut l’un des premiers conseils

régionaux à signer un plan d’action avec le Québec. À l’époque où vous en

étiez président, cette région entretenait des relations avec le Québec et

le Viêtnam, les deux priorités internationales que vous vous étiez données

en arrivant en poste.

Vous êtes venu au Québec chaque année depuis 1998, refaisant le trajet de

cet autre illustre charentais, Samuel de Champlain, qui, il y a exactement

quatre siècles cette année, en 1603, prenait possession de cette contrée

au nom du roi de France.

C’est en 1998 également que remonte votre premier contact avec Sherbrooke,

ville chère à mon cœur, où sera installé un bureau de votre région.

Cette coopération a mené à des avancées significatives, notamment en

matière de développement économique, de nouvelles technologies, de projets

pour la jeunesse et, bien sûr, de culture et de patrimoine.

Participant en octobre 2001, à Québec, aux ateliers La France et sa

coopération décentralisée avec le Québec, vous déclariez : Je crois que ce

qui nous frappe dans les échanges que nous avons avec nos amis québécois,

c’est que nous cherchons ensemble une réponse à la mondialisation. (…)

Nous qui avons confiance dans la personne humaine, avec ses droits de

l’Homme qui sont une grande idée qui nous a réunis, qui a traversé

l’Atlantique, et tout ce que nous pouvons avoir de valeurs fondamentales,

au fond, c’est peut-être cela notre type de réponses.

Car vous entrevoyez une France porteuse d’un nouvel humanisme. Un des

piliers de cet humanisme est la mondialisation maîtrisée. Car le

libéralisme, ce n’est pas la jungle, dites-vous.

Le Québec, comme la France, croit que la mondialisation doit être

observée, comprise et balisée. La diversité culturelle, les droits sociaux

tels l’éducation, les soins de santé, les questions relatives au travail

et, bien sûr, le respect de l’environnement sont autant de balises à

celle-ci.

Le 9 octobre 2002, d’ailleurs, vous déclariez que grâce [au Québec], un

important travail a été mené sur la diversité culturelle, qui est à

l’origine de la proposition du président de la République d’adopter une

convention internationale sur cette diversité culturelle.

L’un de vos tout premiers slogans électoraux était Du cœur à l’ouvrage.

Pour la France, pour le Québec, vous l’aurez brillamment incarné.

Jean Pierre RAFFARIN,

Au nom du gouvernement du Québec et du peuple du Québec, j’ai l’immense

plaisir de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec en

reconnaissance de votre contribution à l’évolution de notre société.

[Charest=20030523c]

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Monsieur le Maire de Québec,

Mesdames et Messieurs les Consuls généraux de la République française,

Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs,

Distingués invités,

C’est un grand plaisir pour moi de participer à Futurallia Québec 2003. Je

voudrais d’abord féliciter l’organisateur de l’événement, PÔLE

Québec—Chaudière-Appalaches, pour avoir réussi avec brio la tenue de ce

forum international de maillage d’entreprises dans la capitale nationale.

Je dois dire que mon plaisir de me trouver parmi vous est d’autant plus

vif que je suis accompagné pour la circonstance — ou devrais-je plutôt

dire que c’est moi qui l’accompagne — de l’un des inspirateurs de cet

événement. Je veux parler, bien sûr, du premier ministre Jean-Pierre

Raffarin, qui est présentement en visite officielle au Québec.

D’ailleurs, je soupçonne que le moment de cette visite n’est pas tout à

fait le fruit du hasard, car à titre de président du Conseil régional de

Poitou-Charentes, M. Raffarin a été parmi les quelques visionnaires qui, à

la fin des années 80, ont eu cette idée audacieuse et généreuse d’un forum

regroupant des dirigeants de PME issues des régions.

Cette idée était fondée sur trois réalités incontournables de l’économie

d’aujourd’hui. La première, c’est que la grande majorité des emplois sont

créés par des PME. La deuxième, c’est que, dans toutes les parties du

monde, les régions recèlent un potentiel extraordinaire de création et de

dynamisme qui ne demande qu’à éclore. La troisième, c’est l’importance du

maillage des entreprises et des alliances stratégiques pour réussir sur

les marchés internationaux.

Et j’en ajouterais une quatrième, qui est d’une importance capitale dans

une économie mondialisée. Je parle du rôle de tête de pont que peuvent

jouer certains pays et territoires. Par exemple, le Québec représente une

porte d’entrée de choix pour les entreprises européennes ou asiatiques qui

souhaitent s’implanter sur les grands marchés nord-américains.

Comme vous le savez, grâce à l’Accord de libre-échange nord-américain,

auquel sont partie le Canada, les États-Unis et le Mexique, une entreprise

qui s’installe au Québec se donne accès à un marché de 400 millions de

consommateurs.

Et très bientôt, lorsque sera créée la Zone de libre-échange des

Amériques, cette même entreprise pourra vendre ses produits, libres de

douane, de la terre de Baffin à la Terre de Feu.

On se rend compte plus que jamais, aujourd’hui, que Futurallia avait visé

juste. Nous en sommes en effet à la huitième présentation de cet

événement, qui se tient pour la deuxième fois au Québec, et qui regroupe

aujourd’hui plus de 1 200 participants. D’ailleurs, je ne suis pas peu

fier de souligner que c’est dans ma ville natale, à Sherbrooke, que

Futurallia a tenu sa première réunion hors de France, il y a trois ans.

Je crois aussi que, même s’il réunit aujourd’hui des chefs d’entreprises

de plusieurs régions du monde, le succès de Futurallia s’inscrit

clairement dans le prolongement des rapports privilégiés qu’entretiennent

la France et le Québec.

Depuis plus de 40 ans, nos deux sociétés ont tissé des liens solides,

dynamiques et orientés vers le progrès. La force de ces liens n’a jamais

faibli, comme en témoignent notamment les missions annuelles des premiers

ministres français et québécois menées alternativement en France et au

Québec, ainsi que de nombreuses missions ministérielles.

Nos relations, d’abord institutionnelles, se sont rapidement élargies pour

se tourner vers une foule de secteurs d’activité : l’éducation, la

culture, la recherche scientifique et technique, l’environnement et, bien

sûr, le développement économique. Si bien qu’aujourd’hui la France figure

au quatrième rang de nos clients internationaux et au sixième rang de nos

fournisseurs, ce qui témoigne des progrès réalisés au cours des dernières

années.

La nature privilégiée de nos échanges est aussi illustrée par le nombre

d’entreprises françaises et québécoises qui ont pignon sur rue et

investissent de plus en plus, de part et d’autre de l’Atlantique. Plus de

250 filiales d’entreprises françaises, comptant plus de 16 000 employés,

font des affaires au Québec. Et, à l’inverse, près de 125 sociétés

québécoises employant près de 13 000 personnes sont installées en France.

Parmi elles, il y a bien sûr des Axcan Pharma, des Québecor et des

Cascades. Mais on compte aussi des entreprises de taille beaucoup plus

modeste, comme celles qui sont représentées ici, qui ont su saisir les

occasions de se tailler une place de choix sur certains marchés.

Plusieurs de ces PME ont d’ailleurs profité d’ententes franco-québécoises

de coopération industrielle, telles que le programme UbiFrance-Québec.

D’autres se sont développées dans le sillage des rencontres technologiques

France-Québec. D’autres encore ont participé à des missions économiques

sectorielles menées aussi bien en France qu’au Québec.

Cela m’amène à vous parler, pendant quelques instants, de la vision du

gouvernement que je dirige en matière de développement économique.

Le 14 avril dernier, les Québécois nous ont donné un mandat clair de

changement. Ils ont tourné la page sur un modèle d’État axé sur le

dirigisme et l’interventionnisme en affaires économiques.

L’État québécois a certes joué un rôle fondamental dans l’émergence de

notre société comme l’une des plus modernes du monde. En particulier, il a

présidé à la mise sur pied d’un système d’enseignement public qui permet à

tous les Québécois qui le souhaitent d’accéder aux études supérieures. Il

a créé un système public de santé qui est non seulement un rempart contre

l’injustice, mais qui représente aussi un avantage économique

concurrentiel.

L’État québécois continuera de jouer un rôle de premier plan, en

particulier à titre de représentant de la seule majorité francophone du

continent nord-américain. Mais, aujourd’hui, il doit se repositionner, se

décentraliser et se mettre réellement au service de ses citoyens, de leur

réussite et de leur prospérité.

Cela est particulièrement vrai en matière de développement économique.

Nous sommes convaincus que les Québécois disposent de tous les atouts

nécessaires pour raffermir leur position en tant que force économique et

culturelle, aussi bien dans les Amériques qu’ailleurs dans le monde.

Dans cette perspective, nous allons faire en sorte que le génie de nos

entrepreneurs puisse s’exprimer plus librement, que nos entreprises soient

plus concurrentielles et qu’elles puissent générer davantage de richesse.

En bref, nous allons miser sur le goût d’entreprendre.

Nous allons recentrer l’activité de l’État sur ses missions essentielles

et rediriger les ressources humaines et financières vers les services

directs à la population. Nous allons notamment réduire le poids d’un État

qui est devenu trop lourd et dont l’organisation est devenue tentaculaire.

Nous allons aussi réduire le fardeau fiscal des Québécois, de façon qu’il

ne décourage plus l’initiative individuelle et qu’il contribue à rendre

notre économie plus concurrentielle et plus propice aux investissements et

à la création d’emplois.

Nous allons alléger considérablement les structures administratives et

simplifier la réglementation en matière de développement économique, afin

de stimuler l’entrepreneurship.

Nous allons également simplifier les multiples programmes d’aide, mesures

de soutien et services aux entreprises, et ne conserver que ceux qui sont

réellement efficaces.

Nous allons aussi investir dans la formation de personnel qualifié afin de

faire face efficacement aux besoins de main-d’œuvre des entreprises. En

particulier, nous allons adopter des mesures permettant de valoriser la

formation professionnelle et technique.

Enfin, nous allons faire confiance aux régions. Nous allons les aider à se

prendre en main en fonction de leurs ressources, de leurs priorités et de

leur propre vision du développement. À cet égard, je pense que les

centaines d’entreprises représentées ici, dans le cadre de Futurallia,

témoignent de la capacité des régions de prendre leurs propres décisions,

de se développer et de créer de la richesse sans être à la remorque des

métropoles.

En matière de développement économique, comme dans bien d’autres secteurs,

le moteur des décisions doit être avant tout local et régional. Il faut

faire confiance aux personnes et aux communautés. Il faut faire confiance

à leur attachement à leur coin de pays.

Il ne s’agit pas de laisser les gens à eux-mêmes. Il s’agit de leur donner

les pouvoirs de décision, les responsabilités, les ressources et les

outils nécessaires pour effectuer, gérer et assumer leurs choix.

C’est un partenariat responsable, qui repose sur un partage de

responsabilités : des citoyens qui ont les ressources pour pleinement

participer à la prospérité du Québec et un gouvernement qui assume

pleinement ses responsabilités dans les domaines qui relèvent de sa

compétence, comme la santé et l’éducation.

La décentralisation sera au cœur de nos préoccupations et de notre action.

Les élus locaux, les organismes locaux et régionaux seront donc des

acteurs clés, des partenaires de premier plan de mon gouvernement dans nos

initiatives de développement économique.

Notre objectif est simple : nous voulons affranchir les entreprises du

Québec des contraintes fiscales et des entraves administratives, afin

qu’elles puissent atteindre leur plein potentiel de développement. Nous

voulons que les Québécois prennent la place qui leur revient dans la

société mondialisée. Nous voulons que le succès du Québec se mesure non

pas au nombre de ses sociétés d’État, mais plutôt à la réussite de ses

citoyens et de ses entreprises.

Les entrepreneurs du Québec sont pleins de ressources. Ils sont audacieux,

dynamiques et persévérants. Ils sont devenus des chefs de file mondiaux

dans des secteurs de pointe tels que les biotechnologies, la recherche

pharmaceutique, l’aérospatiale et les technologies de l’information.

Les entreprises québécoises ont beaucoup à apporter à leurs partenaires

d’ici et d’ailleurs : une expertise de choix dans des secteurs de haute

technologie; une main-d’œuvre de qualité, bien formée, bilingue et même

souvent trilingue; une connaissance intime des marchés nord-américains. Je

suis persuadé que, depuis trois jours, les entrepreneurs présents ici ont

eu largement l’occasion de se rendre compte de leur valeur exceptionnelle.

Et je suis persuadé aussi qu’au cours des prochaines années, leurs succès

et leur contribution à celui de leurs partenaires seront encore plus

marquants.

La coopération économique France-Québec constitue l’une des clés du succès

des PME à l’étranger, et l’expérience française de la décentralisation

peut constituer pour le Québec une source d’inspiration.

En ce sens, un événement à caractère international comme Futurallia

contribue à faire du Québec un pôle de développement économique de premier

plan.

Je vous remercie.

[Charest=20030524]

Monsieur le Premier Ministre,

Distingués invités,

Chers amis,

Ainsi se termine une autre visite alternée des premiers ministres français

et québécois : autour d’une bonne table…

Si notre coopération est riche et féconde, c’est parce qu’elle émane du

cœur de nos sociétés. « Deux peuples nés pour s’aimer », comme vous le

disiez si bien.

Si ces premiers contacts sont annonciateurs de l’humeur de notre

coopération future, les prochaines années seront fertiles et chaleureuses

pour la relation franco-québécoise.

Je me réjouis que les premiers ministres nouvellement élus que nous sommes

aient pu fixer des priorités à cette relation, que nous prolongerons

ainsi, vous et moi, à notre manière.

Au cours des derniers jours, nous avons entrevu le potentiel d’une

nouvelle alliance franco-québécoise.

Le relevé des décisions que nous avons signées hier à l’Assemblée

nationale du Québec est éloquent. Il axe notre relation sur nos priorités

respectives : le développement économique et régional, la promotion de la

diversité culturelle et la promotion du français.

Plus précisément, nous sommes convenus d’une coopération économique plus

étroite, notamment dans le cadre de Futurallia.

Nous croyons qu’il s’agit là d’un moyen original pour développer le

maillage entre nos PME et, par-delà, nos échanges économiques.

La récolte de cette année, tant en matière d’emplois créés que de contrats

signés, laisse présager d’importantes retombées. Une vingtaine de projets,

totalisant des investissements d’environ 65 millions de dollars et créant

ou consolidant près de 1 000 emplois au Québec et en France, ont été

annoncés.

Je me réjouis en outre de notre volonté de faire en sorte que la

coopération franco-québécoise, sur le plan économique, prenne également

racine en région.

Nous accentuerons cette tendance pour que Français et Québécois, où qu’ils

vivent sur nos territoires, puissent profiter des retombées positives de

notre coopération.

Nous allons également poursuivre notre action commune quant à l’émergence

et à la mise en œuvre des outils liés à la modernisation de l’État, tout

en nous engageant résolument dans le développement durable, en particulier

au sein de la Francophonie.

Nous avons profité de votre visite, Monsieur le Premier Ministre, pour

donner, si je puis dire, une cure de jeunesse à l’Office franco-québécois

pour la jeunesse, au moment où il fête ses 35 ans…

L’OFQJ franchira les prochaines années avec un souffle retrouvé, pour le

plus grand bonheur de milliers de jeunes Français et de jeunes Québécois.

Enfin, je ne saurais passer sous silence la nécessité de poursuivre nos

efforts communs pour relever les grands défis auxquels nos sociétés sont

confrontées.

Je pense en particulier à la diversité culturelle et à notre volonté de

voir naître un instrument international garantissant aux États et aux

gouvernements le droit de définir leurs politiques culturelles et de

mettre sur pied les moyens qui y concourent.

Nous allons poursuivre notre engagement commun – j’oserais dire exemplaire

– en faveur de la défense et de la promotion du français et de la

diversité linguistique à l’échelle internationale.

Il nous incombe en partie de veiller à ce que le français reste une langue

vivante dans le concert des nations et, qu’à l’heure de l’Internet, il

soit encore une langue du savoir et de la science.

Monsieur le Premier Ministre,

J’ai eu le bonheur, au cours de ces derniers jours, de vous côtoyer. J’ai

appris à vous connaître et à apprécier votre attachement au Québec. Un

sentiment qui me va droit au cœur, d’autant plus que je sais que votre

affection pour le Québec trouve sa source dans ma région natale.

Au plaisir de vous retrouver en France dès l’année prochaine!

En terminant, je propose de lever nos verres à la solidarité

franco-québécoise, à la douce France qui nous reçoit ce midi, à vous,

Monsieur le Premier Ministre Raffarin, et au président de la République

française, Monsieur Jacques Chirac, à qui nous vous demandons de relayer

toute notre amitié.

Bon retour au pays!

[Charest=20030604]

Monsieur le Président,

Monsieur le Chef de l’opposition officielle,

Monsieur le Député de Rivière-du-Loup,

Mesdames, Messieurs les membres de cette Assemblée,

C’est au terme d’une saison bien particulière que nous nous retrouvons ici

aujourd’hui. Cette saison, je l’appellerai le printemps des contrastes.

Pendant que les Québécois vivaient des moments d’intense démocratie, les

images qu’ils recevaient étaient celles de la guerre en Irak. Les

circonstances exceptionnelles qui ont prévalu lors de notre élection

auront permis aux Québécois de mesurer l’inestimable valeur de notre

démocratie et de notre paix.

Au cours de ce conflit, les Québécois sont descendus dans la rue par

centaines de milliers, et plus d’une fois, pour déclarer leur attachement

à la paix. Et le 14 avril, ils ont affirmé leur attachement à la

démocratie. Ce jour-là, les Québécois ont porté au pouvoir une nouvelle

équipe. Elle est compétente et riche en talents et en expérience. Nous

nous montrerons dignes de la confiance que les Québécois ont placée en

nous. Nous donnerons suite au désir de changement exprimé par les

Québécois.

Notre gouvernement est celui de tous les Québécois. C’est celui des femmes

autant que des hommes. C’est celui des enfants qui remplissent nos écoles

de joie et d’espoir, jusqu’aux aînés qui ont bâti cette société unique.

Nous serons à l’écoute des citoyens, ceux qui sont nés ici tout comme ceux

qui se sont joints à nous. Notre diversité est pour moi une source de

richesse.

Monsieur le Chef de l’opposition officielle, je suis content de vous

retrouver. Je sais que vous et votre équipe formerez une opposition

coriace. Les débats que nous aurons seront parfois enflammés. Ils seront

attisés par notre passion commune du Québec et de ses gens. Je vous

souhaite un séjour ressourçant dans l’opposition.

Je salue tous les députés de l’Assemblée nationale et souhaite la

bienvenue, en particulier, aux nouveaux élus.

Notre démocratie est l’une des plus vieilles du monde. Elle est aussi

parmi les plus vivantes et les plus vigoureuses. Cette 37e législature en

sera un nouveau chapitre

UNE ÉQUIPE, UNE TRADITION

Notre équipe est issue d’une formation politique dont les racines

remontent aux origines de notre démocratie. Cette formation est associée

de près à nos plus grandes réussites.

Au cours de notre histoire, les gouvernements du Parti libéral du Québec

ont réaffirmé, à chaque époque, les valeurs fondatrices de notre société :

justice sociale, liberté individuelle, identification au Québec,

attachement à la démocratie. Les gouvernements du Parti libéral du Québec

ont toujours été là pour placer le Québec sur la voie du progrès

économique et social et pour relever les défis de leur époque. Notre

gouvernement relèvera les défis qui se présentent à nous afin que le

Québec et ses citoyens poursuivent leur progression dans le siècle

nouveau.

DES RÉUSSITES, UN ÉTAT SOUS PRESSION

Monsieur le Président, le Québec est à l’heure des décisions. Nous sommes

arrivés au bout d’un modèle de fonctionnement. Ce modèle a été créé il y a

une quarantaine d’années par de grands Québécois. Il nous a permis d’aller

loin. Mais nous devons maintenant le revoir pour continuer à progresser.

Les Québécois en sont conscients. C’est pour cette raison qu’ils nous ont

élus.

Le Québec affiche des réussites remarquables. Le Québec est parvenu à

préserver sa culture et sa différence en confrontation directe avec la loi

du nombre et du temps. D’un point de vue historique, l’épanouissement du

Québec français témoigne de la fierté et de la bravoure de notre peuple.

Notre langue commune demeure le cœur de notre identité québécoise. Notre

gouvernement s’inscrira dans la continuité des gouvernements précédents

qui ont, avec une constance et une détermination remarquables, promu

l’usage et la qualité du français. Nous honorerons cette responsabilité

historique.

Le Québec figure parmi les États industrialisés les plus avancés. Nous

sommes des chefs de file dans des domaines aussi déterminants que les

biotechnologies, l’industrie pharmaceutique, l’énergie, l’aérospatiale et

plusieurs disciplines de recherche médicale. Notre économie est moderne :

elle repose à 70 % sur le secteur des services et donc sur notre

connaissance. Le Québec compte une des plus fortes concentrations

d’emplois de haute technologie d’Amérique du Nord. Nous avons de grandes

écoles dont la réputation déborde largement nos frontières. Nos ingénieurs

ont érigé des barrages sur les plus grands fleuves du monde; nos artistes

émeuvent des publics sur tous les continents. L’entrepreneurship québécois

a étendu son succès jusque dans le cyberespace.

Les réussites du Québec sont éclatantes. Nous pouvons être fiers d’être

Québécois. Ces réussites reflètent l’extraordinaire talent des Québécois.

Toutefois, la poursuite et l’épanouissement de ces réussites risquent

d’être compromis par un État qui n’est plus adapté à la réalité des années

2000.

L’État québécois est sous pression. Il ne parvient plus à soigner

efficacement. Nos écoles manquent de ressources pour accompagner les

élèves en difficulté. Nos infrastructures se détériorent, qu’il s’agisse

de nos routes ou de nos systèmes d’aqueduc, par exemple. Le Québec souffre

d’un sous-investissement dans des secteurs stratégiques.

Il faut aujourd’hui faire un constat : l’État québécois, qui a donné le

signal de notre émergence parmi les sociétés les plus modernes du monde, a

vieilli. Il se trouve aujourd’hui en décalage face aux citoyens. Il ne

parvient plus à répondre efficacement à leurs besoins. Et les Québécois en

font les frais tous les jours. Il fait de nous les citoyens les plus taxés

du continent. Il place notre niveau de vie au 52e rang sur 60 États et

provinces du nord du continent. Cet État mal adapté nous coûte 37 % plus

cher qu’en Ontario et 25 % plus cher que dans le reste du Canada.

Il s’en trouvera peut-être pour dire que c’est là le prix de notre

différence. Je refuse cette analyse. Notre différence n’est pas une taxe.

Je pense plutôt que c’est le prix payé par les Québécois pour des

gouvernements qui ont manqué à leur devoir, à leur devoir de réviser

périodiquement leurs façons de faire, comme tous les citoyens l’ont fait

dans leur travail, dans leur entreprise et dans leur foyer.

LA NÉCESSITÉ

Monsieur le Président, je pose aujourd’hui une question à tous les membres

de cette Assemblée : Pendant combien de temps l’État québécois peut-il

exiger davantage de sacrifices de ses citoyens que de lui-même? Pendant

combien de temps, l’État québécois peut-il continuer à tout taxer et à se

mêler de tout avec, pour résultat, de souvent faire les choses à moitié?

Le premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, avec qui j’ai eu

plusieurs entretiens lors de sa première visite officielle au Québec,

disait récemment : « La politique ne peut plus promettre des lendemains

qui chantent et repousser toujours la résolution des problèmes quotidiens.

» Je suis d’accord avec lui. Les Québécois aussi.

Si nous voulons soigner nos enfants et nos parents sans délai, nous devons

nous doter d’un État capable de s’y consacrer. Si nous voulons que nos

écoles soient mieux équipées, que les élèves en difficulté soient mieux

accompagnés, nous devons dégager des ressources pour le faire. Certaines

de ces ressources sont à Ottawa. Nous devrons les récupérer en obtenant le

règlement du déséquilibre fiscal. Mais cela ne nous dispense pas de

l’obligation de faire notre propre ménage.

Nous devons nous organiser pour répondre aux besoins des citoyens. Et nous

devons le faire en rejetant la solution facile qui consiste à toujours

puiser dans la poche des citoyens. Nous avons un plan pour y arriver.

Monsieur le Président, la nécessité de revoir le fonctionnement de notre

État ne tient pas seulement à la difficulté qu’éprouve le gouvernement à

répondre aux besoins des citoyens. Cette nécessité tient aussi au contexte

dans lequel nous vivons.

Le Québec ne peut plus prétendre être une bulle, comme à l’époque où notre

État a été conçu, l’époque où nos concurrents étaient dans le village d’à

côté.

Nous vivons dans un monde d’interdépendance et de concurrence

internationale. Les Québécois ont d’ailleurs été aux premières loges de ce

mouvement de libéralisation commerciale. Dès 1988, les Québécois ont

endossé avec enthousiasme le libre-échange avec les États-Unis, puis

l’Accord de libre-échange nord-américain, qui intégrait le Mexique à notre

marché commun. Ce n’est pas fini. Bientôt, ce sera la Zone de

libre-échange des Amériques qui réunira la terre de Baffin et la Terre de

Feu dans un seul marché.

Cette adhésion des Québécois à l’ouverture des marchés témoignait de leur

confiance en eux. Aujourd’hui, l’économie québécoise est pleinement

intégrée à l’Amérique du Nord. Notre produit intérieur brut dépend à 60 %

des exportations: 20 % vers le marché canadien, 35 % vers le marché

américain et 5 % vers les autres marchés. Tous les jours, les entreprises

québécoises, pour créer des emplois, doivent gagner la comparaison des

prix et de la qualité.

Le marché intérieur québécois n’est pas suffisamment important pour

nourrir notre croissance. C’est notre réalité démographique. Pour grandir,

il nous faut vendre aux autres. Nous devons donc être pleinement

concurrentiels. Ce n’est pas une question de choix, c’est une question de

survie.

Or, dans l’état actuel des choses, l’État québécois, par le poids qu’il

exerce sur notre économie, nuit à la position concurrentielle du Québec.

L’interventionnisme à tout crin est non seulement une stratégie de

développement économique ruineuse et inefficace, mais c’est une stratégie

de plus en plus contraire aux règles du jeu. L’avenir économique du

Québec, ce n’est pas l’interventionnisme, c’est l’entrepreneurship. Il

nous faut nous adapter.

La détérioration de la capacité de l’État québécois à bien servir les

citoyens et la préservation de la position économique concurrentielle du

Québec nous imposent une révision du fonctionnement de l’État. De

surcroît, la situation financière du Québec fait de cette révision une

urgence.

Monsieur le Président, le gouvernement qui nous a précédés s’est vanté

d’avoir présenté plusieurs budgets équilibrés. Six budgets équilibrés.

Toutefois, même si le Québec était prétendument en déficit zéro depuis

1998-1999, la dette du gouvernement a augmenté de plus de 11 milliards de

dollars depuis cinq ans.

La réalité est que le gouvernement du Parti Québécois a balayé, chaque

année, ses dépenses excessives sous le tapis de la dette. D’ailleurs, le

dernier budget de ce gouvernement, présenté tout juste avant les

élections, prévoyait la répétition de ce scénario.

L’avis que nous avons demandé à M. Guy Breton, ex-vérificateur général du

Québec, a révélé une impasse de 4,3 milliards de dollars. Nos

prédécesseurs ont dit qu’il n’y avait rien là d’anormal. Pour moi,

l’inconséquence, l’insouciance et le manque de transparence ne sont pas

normaux. La situation des finances publiques ne compromet pas notre plan.

Elle transforme sa nécessité en urgence. Je dis aujourd’hui à tous les

Québécois que notre gouvernement respectera sa parole et ses engagements.

Nous réaliserons notre plan pour le Québec.

DES PRINCIPES, DES TRAVAUX

Monsieur le Président, dans quelques jours, le ministre des Finances

présentera un budget équilibré. Il permettra de stabiliser la situation

des finances publiques. Il s’agit d’une condition préalable à tout le

reste.

Dans les mois qui vont suivre, nous allons faire ce qui ne s’est jamais

fait de façon sérieuse et structurée. Nous allons passer en revue

l’ensemble des ministères, sociétés d’État, organismes publics et

parapublics, ainsi que l’ensemble des programmes qu’ils administrent. Nous

allons remettre à jour le fonctionnement de notre État. Nous procéderons

avec méthode et rigueur selon des principes de gestion qui seront les

principes de notre administration.

Premièrement, nous allons recentrer l’État sur ses missions essentielles :

santé, savoir, prospérité, sécurité.

Deuxièmement, dans ces missions essentielles, notre premier souci sera la

qualité des services aux citoyens. Moins de structures, plus de services.

À mon sens, l’État des années 2000 doit se concevoir comme un instrument

au service de la réussite de ses citoyens. Ce n’est pas l’État qui signera

la réussite du Québec, ce sont les Québécois. Nous serons là pour chacun

d’eux dans un esprit de justice sociale. Nous allons favoriser leur

initiative individuelle et leur responsabilisation.

Troisième principe : transparence et efficacité. Les Québécois ont le

droit de savoir ce que fait leur gouvernement de chaque dollar qu’il

perçoit à même le fruit de leur travail. Les Québécois doivent en avoir

pour leur argent. Il faut chasser cette idée que l’État est forcément

inefficace. Parce que c’est faux. Il y a dans l’État québécois des

organisations qui sont des modèles d’efficacité. Nous le reconnaissons et

nous les reconnaîtrons.

Quatrième principe : décentralisation, partenariat et imputabilité. L’État

québécois ne peut pas tout faire seul. Il doit apprendre à faire confiance

et à déléguer. Nous ouvrirons l’État québécois aux partenariats, que ce

soit avec les municipalités, avec des organismes communautaires ou avec

des entreprises privées. Chaque partenaire sera imputable des

responsabilités qui lui sont confiées et des ressources afférentes devant

les élus de l’Assemblée nationale.

C’est sur la base de ces principes de gestion que nous inaugurerons six

grands travaux qui seront le cœur de la réingénierie de l’État québécois.

Ces travaux seront coordonnés par la présidente du Conseil du trésor, sous

mon autorité. Chacun de ces travaux sera piloté par un ministre qui

s’adjoindra la collaboration de collègues députés et, au besoin, de

ressources externes.

Nos six grands travaux sont les suivants :

Numéro 1 : révision des structures de l’État et des programmes

gouvernementaux, sous la supervision de la présidente du Conseil du

trésor.

Numéro 2 : revue des modes d’intervention du gouvernement dans l’économie,

sous la responsabilité du ministre du Développement économique et

régional, en collaboration avec le ministre de l’Emploi, de la Solidarité

sociale et de la Famille.

Numéro 3 : réorganisation des services de santé, sous la responsabilité du

ministre de la Santé et des Services sociaux.

Numéro 4 : examen des perspectives de décentralisation et de

déconcentration, sous la responsabilité du ministre des Affaires

municipales, du Sport et du Loisir et de la ministre déléguée au

Développement régional et au Tourisme.

Numéro 5 : recentrage du réseau de l’éducation sur l’élève et l’étudiant,

sous la responsabilité du ministre de l’Éducation.

Numéro 6 : simplification et allègement du fardeau fiscal, sous la

responsabilité du ministre des Finances.

Monsieur le Président, il est important que les Québécois comprennent que

ce que nous entreprenons n’est pas exceptionnel. Ce qui est exceptionnel

au Québec, c’est que cela n’ait pas déjà été fait. Nous pourrons donc nous

inspirer des expériences de plusieurs autres gouvernements. Nous pourrons

nous comparer à plusieurs autres gouvernements. Le Québec doit soutenir la

comparaison. Il doit reconnaître ses forces autant que ses faiblesses pour

mieux capitaliser sur les unes et combattre les autres.

Il ne s’agit nullement ici d’être les tenants d’un courant de gauche ou

d’un courant de droite. Notre formation politique a toujours visé le

pragmatisme. Il s’agit de faire appel à l’innovation et au sens créateur

du Québec et de tous les Québécois. Je convie les Québécois à envisager

ces travaux avec enthousiasme. C’est un formidable projet que nous avons

élaboré avec les Québécois. Nous allons insuffler un vent d’air frais au

Québec. Nous allons ouvrir les fenêtres de notre grande maison. Nous

allons nous donner une société dans laquelle nous serons plus libres et

plus prospères. Le Québec sera plus stimulant pour chacun de nous.

Nous verrons des changements dans nos structures et dans nos façons de

faire. Il y aura, et c’est normal, une résistance toute naturelle au

changement. Comme il y a 40 ans, lorsque des Québécois se sont levés pour

faire la Révolution tranquille et nous faire accéder à la modernité. Les

Québécois de la Révolution tranquille étaient confiants et enthousiastes.

Nous le sommes encore plus aujourd’hui. Parce que nous savons qu’aucun

sommet ne nous est inaccessible.

Nous allons donner aux Québécois un État plus efficace, moins coûteux,

moins bureaucratisé. Un gouvernement d’aujourd’hui. Ce gouvernement sera

capable d’assumer pleinement les responsabilités qui sont les siennes et

de bien servir les citoyens du Québec, de bien les soigner, de bien les

éduquer. Nous allons dégager les ressources humaines et financières qui

nous sont nécessaires pour relever les défis nouveaux et pour solidifier

les assises de notre développement et de notre croissance. Nous allons

donner aux Québécois un gouvernement dont ils seront fiers.

LA SANTÉ, NOTRE PREMIÈRE PRIORITÉ

Monsieur le Président, la réorganisation de l’État sera en toile de fond

de notre plan pour le Québec. Nos priorités politiques sont connues. Nous

avons présenté notre plan pour le Québec le 12 septembre 2002, plus de six

mois avant les élections. Nous réaliserons ce plan.

La santé, est notre première priorité. Notre système public de santé est

non seulement un rempart contre l’injustice, c’est aussi un avantage

économique concurrentiel. Au cours des dernières années, ce joyau

québécois a vécu des crises perpétuelles. Il est vrai que les systèmes de

santé sont au carrefour de plusieurs des principaux changements qui

modifient nos sociétés. Le vieillissement de la population, les avancées

technologiques, la hausse du prix des médicaments… La pression est forte

sur tous les systèmes de santé du monde.

Grâce au dévouement de tout le personnel du réseau de la santé et des

services sociaux, y inclus les infirmières et les médecins, à qui je rends

hommage, la qualité des services est demeurée très élevée. Cependant,

l’accès aux services s’est détérioré sérieusement.

Monsieur le Président, nous avons dit maintes fois que nous remettrions

sur pied notre système de santé et de services sociaux. Je le redis

aujourd’hui. Si le gouvernement d’hier n’est pas parvenu à dominer les

pressions qui s’exercent sur le réseau, je vous ferai remarquer

respectueusement que c’est parce qu’il a voulu s’attaquer à des défis des

années 2000 avec des solutions des années 1960. Nous réussirons parce que

notre système public de santé sera administré par un État qui aura adapté

ses façons de faire aux défis d’aujourd’hui et aux priorités

d’aujourd’hui.

Nous allons nous attaquer avec énergie, et en débloquant les ressources

nécessaires, aux pénuries de médecins et de personnel infirmier. Dans cinq

ans, il y aura au moins 1 500 infirmières de plus dans le réseau et 750

médecins de plus en formation.

Dans l’intervalle, nous allons rebâtir le réseau de la santé et des

services sociaux. Nous allons décentraliser son administration afin que

les directeurs d’établissement, notamment, puissent pleinement exercer

leurs compétences et trouver des solutions adaptées à leur propre

situation. Notre réseau d’établissements universitaires de santé sera

consolidé et modernisé.

Vous savez tous que dans les grands hôpitaux du Québec, on compte des

dizaines d’unités d’accréditation syndicale. C’est un problème de

fonctionnement. Nous allons nous y attaquer. Nous allons revoir

l’organisation du travail. Notre système a besoin d’une injection de bon

sens et de pragmatisme. Nous allons l’administrer. Le réseau de la santé

et des services sociaux s’ouvrira aux partenariats, avec les cliniques

privées, par exemple. On y fera notamment des opérations mineures sans

frais pour les patients. Le réseau s’ouvrira aussi à la sous-traitance.

Je refuse de voir notre système de santé public comme une chapelle qui

proscrit toute relation avec le secteur privé, comme s’il s’agissait d’un

sacrilège. Les soins et services doivent être payés par l’État, mais

l’État peut conclure des ententes de services pour soigner plus vite ou

pour réduire ses frais de fonctionnement. Nous allons réunir les

établissements dans un véritable réseau de soins et de services en mettant

à profit les moyens technologiques d’aujourd’hui. Les Québécois sauront

quels sont les services disponibles et où ils peuvent obtenir un service

rapide. Nous abolirons les régies régionales de la santé et des services

sociaux. Ces organismes nés de la noble intention d’un gouvernement

libéral se sont avérés un détour plus qu’un raccourci. Nous les

remplacerons par des organisations beaucoup moins lourdes, essentiellement

vouées à la coordination des services.

Monsieur le Président, nous allons réduire les listes et les délais

d’attente : que ce soit à l’urgence, pour une chirurgie, pour des examens

diagnostics, pour des services de réadaptation, des services à domicile ou

pour une place d’hébergement. Nous allons répondre aux besoins de tous les

Québécois, dans toutes les régions du Québec. Nous nous engageons à des

résultats et nous nous engageons à la transparence. Je confirme la

création prochaine d’un poste de commissaire à la santé qui sera doté des

mêmes pouvoirs que le vérificateur général. Les Québécois sauront comment

nous les soignons.

Notre gouvernement réinvestira dans le réseau de la santé et des services

sociaux, comme nous nous y sommes engagés. Ces réinvestissements nous

permettront d’augmenter les effectifs, mais aussi de renouveler les

équipements et d’augmenter les services. Dans cinq ans, notre système de

santé sera en forme, et la population du Québec sera en meilleure santé,

grâce à un accroissement des efforts de prévention. Nous exigerons aussi

que le gouvernement fédéral assume sa part de responsabilité dans le

financement du système de santé. La Loi canadienne sur la santé n’a de

sens que si le gouvernement qui la prescrit s’assure que ses partenaires

ont les ressources suffisantes pour la respecter. Nous serons de toutes

les batailles sur cette question.

Je veux d’autre part confirmer, en cette occasion et devant vous tous, un

engagement personnel : nous trouverons, dès le prochain budget, les

ressources nécessaires pour mettre en place des services de stimulation

précoce destinés aux enfants autistes du Québec.

Finally our government will assure that the letter and the spirit of Bill

142, which guaranties access to health care and social services to the

English-speaking population in their language, are respected.

L’ÉDUCATION : POUR QUE LES JEUNES DÉCROCHENT LEURS RÊVES

Monsieur le Président, notre gouvernement fera aussi de l’éducation une

priorité de tous les jours. La connaissance est le germe de notre

croissance. Il faut la semer, la faire grandir et la faire fleurir pour

récolter chaque année les fruits du progrès et du développement. Nous

allons favoriser l’autonomie des différents partenaires au sein du monde

de l’éducation, autant chez les directions d’établissement que dans les

commissions scolaires. Nous allons donner plus de latitude aux enseignants

pour qu’ils expriment plus librement leur passion pour leur métier et pour

notre jeunesse.

J’ai dit que notre gouvernement serait au service des citoyens. Cela

inclut nos enfants et leurs parents. Nous allons investir dans

l’accompagnement et dans l’encadrement des élèves en difficulté. Nous

allons intervenir dès le primaire afin de prévenir le décrochage scolaire.

Nous allons augmenter d’une heure et demie la durée de la semaine de

classe au primaire, développer l’aide aux devoirs et introduire

l’enseignement de l’anglais dès la première année. Les Québécois sont

prêts pour cela. Il n’y a pas de contradiction, Monsieur le Président,

entre promouvoir la pleine maîtrise du français et favoriser

l’apprentissage d’une deuxième ou d’une troisième langue.

Nous allons ouvrir les écoles secondaires au mentorat. Nos adolescents ont

besoin d’encadrement, mais ils ont aussi besoin de modèles de réussite. Je

dis aujourd’hui aux Québécois qui ont du temps à donner, notamment aux

jeunes retraités, qu’il y a des jeunes dans nos écoles qui veulent se

faire parler d’une vie réussie. La réussite de nos enfants et la lutte au

décrochage scolaire ne sont pas seulement l’affaire du monde scolaire.

C’est l’affaire de tous les Québécois.

Nous investirons dans la formation professionnelle et technique, afin

d’augmenter les débouchés pour nos jeunes et d’aider nos entreprises à

faire face aux pénuries de main-d’œuvre qualifiée.

Nous soutiendrons les cégeps et les universités, tout spécialement en

région.

Nous appuierons aussi les chercheurs universitaires. Nous mettrons en

place les conditions qui favoriseront le transfert des connaissances, dans

les grands centres comme dans les régions. Le haut savoir doit être mis à

contribution pour appuyer toutes les régions du Québec.

Nous aurons également dès cette année, avec tous les partenaires

concernés, un grand débat sur la qualité, l’accessibilité et le

financement de l’enseignement universitaire. C’est un enjeu stratégique de

première importance pour le Québec.

Dans cinq ans, le taux de décrochage scolaire aura diminué. Nos écoles

secondaires seront des milieux d’enseignement plus ouverts, où nos

adolescents auront accès à des modèles de réussite. Ils se sentiront mieux

appuyés. Nous aurons augmenté le nombre de diplômés des formations

professionnelle et technique. Et nos universités entreverront l’avenir

avec enthousiasme.

L’ÉCONOMIE : ÊTRE PLUS PROSPÈRES

Monsieur le Président, les Québécois ne veulent plus se faire dire encore

longtemps qu’ils sont les citoyens les plus taxés du continent. Je les ai

entendus. Cela achève.

Nos orientations économiques sont claires. Nous allons baisser les impôts

de tous les Québécois dès l’exercice financier 2004-2005, comme le stipule

notre cadre financier. En cinq ans, nous visons à réduire l’impôt des

particuliers d’une moyenne de 27 %. Dans la distribution des baisses

d’impôt, nous allons privilégier les familles avec enfants et la classe

moyenne.

Nous ne baisserons pas les impôts pour le seul plaisir que cela procure.

Nous les baisserons parce que c’est nécessaire. Notre fardeau fiscal est

un obstacle. C’est le meilleur incitatif pour que nos gens parmi les plus

brillants aillent gagner leur vie ailleurs. C’est aussi le meilleur

incitatif pour que les gens parmi les plus brillants d’ailleurs ne

viennent pas gagner leur vie ici. Dans le monde concurrentiel dans lequel

nous évoluons, la concurrence fiscale est aussi un enjeu.

De façon plus générale, notre action économique visera à laisser

s’exprimer le plus librement possible les forces vives de la croissance;

je pense à nos PME et à nos entrepreneurs. Pour les aider, nous allons

commencer par arrêter de leur nuire. Nous allons réduire les taxes qui

nuisent à l’investissement, comme la taxe sur le capital, que nous

abolirons graduellement au cours de ce mandat pour les PME.

Nous allons notamment amender la Loi sur la formation de la main-d’œuvre

afin d’éliminer un de ses effets pervers. Cette loi est ainsi faite

qu’elle amène les PME à assumer le coût de la formation dans les grandes

entreprises.

Nous allons également revoir l’ensemble des programmes d’aide, de crédits

d’impôt et de subventions de toutes sortes qui sont ruineux, qui

compliquent la vie des entreprises et qui ne participent pas à notre

croissance.

Quebec provides four times more business subsidies than Ontario — more

than all Canadian provinces put together. Yet we receive only 17.7% of

private investments – less than our share of the Canadian economy. We

believe that investors are not looking for government handouts. They want

a profitable and growth-oriented place to invest. Our job is to create an

environment in Quebec that encourages business.

C’est dans cette perspective que j’ai donné instruction au ministre du

Développement économique et régional de revoir les mandats de la SGF,

d’Investissement Québec, de la Financière du Québec et des sociétés

Innovatech. Nous voulons que leur action soit davantage ciblée sur le

soutien à la PME. Ces sociétés d’État devront par ailleurs procurer aux

Québécois un retour sur leur investissement. L’avenir économique du

Québec, ce n’est pas le dirigisme d’État, c’est l’entrepreneurship. Nous

le stimulerons.

En contrepartie de cet abandon de subventions et de crédits d’impôt, nous

allons mieux soutenir l’innovation et la recherche et développement. Nous

viserons notamment à augmenter le bassin d’ingénieurs, de techniciens et

de scientifiques, et à mieux soutenir la recherche fondamentale et

appliquée.

Nous allons aussi faciliter la vie quotidienne des entreprises. Nous

allons alléger et simplifier la réglementation. C’est un fouillis qui

empoisonne la vie des entrepreneurs et qui ne sert ni l’intérêt des

citoyens ni l’intérêt des entreprises. Nous allons nous donner un

mécanisme qui entraînera une révision obligatoire de toute nouvelle

réglementation après une période de cinq ans. De cette façon, nous allons

éviter de recréer le problème que nous voulons régler. Nous allons aussi

revoir les lois du travail afin qu’elles reflètent mieux la réalité des

employeurs et des travailleurs d’aujourd’hui. Nous allons notamment

réviser l’article 45 du Code du travail afin de faciliter le recours à la

sous-traitance.

Dans cinq ans, les Québécois ne seront plus les citoyens les plus taxés du

continent. Le Québec aura une croissance durable qui s’appuiera sur ses

forces réelles, et non sur un interventionnisme d’une autre époque. Notre

économie sera pleinement concurrentielle. Nous aurons également amélioré

la gouvernance des outils économiques dont nous disposons. Les résultats

de la Caisse de dépôt et placement du Québec constituent pour nous une

préoccupation très sérieuse. Nous allons évaluer la mission, le mandat et

la gouvernance de la Caisse, afin que nous ne revivions plus jamais les

pertes et les écarts que nous avons vécus au cours des dernières années.

L’État se repositionnera face à l’activité économique. Plutôt que de

chercher à se substituer aux entreprises, il investira dans les citoyens.

Parallèlement à des investissements accrus en formation professionnelle et

technique, nous allons consacrer des investissements sans précédent afin

d’accompagner ceux qui ont besoin d’aide pour intégrer le marché du

travail et sortir de la pauvreté. Nous allons attendre des efforts de ceux

qui sont en mesure d’en fournir et nous allons valoriser leurs efforts. Il

sera toujours plus payant de travailler que de ne pas travailler. Nous

allons revoir l’ensemble des programmes d’incitation au travail et de

soutien au revenu afin de véritablement ouvrir les portes d’une vie

meilleure aux travailleurs à faible revenu et aux prestataires de l’aide

sociale.

Le Québec a besoin de l’effort de tous ceux qui sont en mesure d’en

fournir. En quatre ans, le Québec devra pourvoir aux 640 000 postes

laissés vacants par des départs à la retraite ou créés par la croissance

de notre économie. C’est un des défis les plus importants auxquels nous

faisons face.

Nous voulons la participation du plus grand nombre possible. Nous avons

besoin des idées et des talents de tous les Québécois. Nous voulons

notamment une plus grande participation des personnes handicapées.

Vingt-cinq ans après la création de l’Office des personnes handicapées du

Québec, nous allons améliorer la loi qui assure le respect des droits de

ces personnes, conformément à notre engagement. Nous allons aussi réviser

les programmes destinés à ces personnes. Nous allons les seconder plus

activement dans la conquête de leur autonomie et dans leur pleine

contribution à notre devenir. Nous serons par ailleurs solidaires de nos

concitoyens inaptes au travail. Nous améliorerons leurs conditions de vie.

Notre gouvernement sera aussi un gouvernement de compassion.

LES RÉGIONS : VERS L’AUTONOMIE

Le Québec, ce sont aussi les régions. Elles sont au cœur de notre

identité; elles sont aussi au cœur de notre mission. Les citoyens des

régions du Québec seront parmi les premiers bénéficiaires de la

réingénierie de l’État québécois. La réorganisation de l’État fera entrer

le gouvernement du Québec dans l’époque des partenariats et de la

confiance réciproque. Nous ferons confiance aux citoyens des régions.

Nous allons conclure avec chacune des régions du Québec des ententes de

partenariat. En vertu de ces ententes, les régions assumeront des pouvoirs

et des responsabilités en fonction de leur volonté et de leur capacité de

les assumer. Ces responsabilités et les ressources afférentes seront

administrées par les élus des régions. Ils rendront compte à l’Assemblée

nationale de l’utilisation de l’argent public. Ils auront la marge de

manœuvre nécessaire pour travailler, en fonction de leurs priorités

propres, au développement de leur région. Nous ferons confiance aux

régions du Québec. Nous opterons pour le « sur mesure » plutôt que le mur

à mur. Nous croyons en l’autonomie régionale. Nous croyons que

l’attachement des gens des régions à leur coin de pays et leur désir de

voir leurs enfants grandir près d’eux sont des moteurs d’initiatives. Cet

esprit d’initiative rayonnera.

Dans cinq ans, les régions du Québec auront développé des créneaux

d’excellence, créateurs d’emplois et de richesse. Les citoyens des régions

seront fiers d’avoir su générer leur prospérité. Tout en confiant aux

régions du Québec le pouvoir de prendre en main leur avenir, nous leur

disons que nous assumerons nos responsabilités en région. Le gouvernement

développera des services de santé en région et soutiendra les maisons

d’enseignement, de l’école primaire à l’université.

Nous allons aussi favoriser l’occupation du territoire. Nous développerons

des incitatifs pour que les jeunes qui sont partis reviennent en région et

pour que les nouveaux arrivants découvrent les beautés de nos campagnes.

Nous allons contribuer au développement du tourisme en région. Nous allons

notamment faire que les grands événements de nos villes participent à la

promotion des attraits des régions.

Nous allons aussi brancher les régions. Avant la fin de ce mandat, des

connexions Internet à haute vitesse seront disponibles dans toutes les

régions du Québec. L’économie du savoir n’est pas incompatible avec

l’économie du terroir.

Nous investirons également dans les infrastructures de transport en

région. Une économie forte doit reposer sur des infrastructures de

transport adéquates. La croissance du Québec dépend de l’exportation. Le

Québec doit se donner les moyens de livrer la marchandise. Le secteur des

transports, en région comme partout ailleurs au Québec, a été victime de

l’incapacité de l’État à cibler ses actions. La réorganisation de l’État

nous aidera à dégager des ressources pour le développement des

infrastructures en général et des infrastructures de transport en

particulier.

Nous favoriserons l’interconnexion des modes de transport, ce qu’on

appelle l’intermodalité, afin d’optimiser nos infrastructures existantes.

Nous recourrons, lorsque ce sera souhaitable, aux partenariats

public-privé afin d’accélérer la réalisation de travaux. Le Québec aura

notamment une voie de contournement à sa métropole.

Les régions du Québec, c’est aussi la ruralité, nos champs, nos forêts et

nos cours d’eau. Notre gouvernement accompagnera les producteurs agricoles

dans l’adoption de pratiques respectueuses de l’environnement. Nous

favoriserons le développement d’une agriculture diversifiée. De concert

avec tout le secteur bioalimentaire, nous répondrons aux enjeux nouveaux

liés à la sécurité alimentaire.

Dans le domaine des pêches, notre gouvernement soutiendra les entreprises

et les individus confrontés au difficile problème de la diminution des

ressources. Nous veillerons à ce que la même chose ne se produise pas avec

l’industrie forestière. Nous instituerons une enquête scientifique

indépendante sur la gestion de la forêt publique. Cette enquête visera

tout autant à protéger notre patrimoine forestier qu’à assurer le maintien

de la productivité de cette ressource et des emplois qui y sont reliés. Le

gouvernement consacrera des efforts soutenus pour accompagner l’industrie

forestière et soutenir les travailleurs et les communautés concernés par

le contentieux sur le bois d’œuvre. Nous collaborerons avec le

gouvernement fédéral et nous ferons les représentations requises.

Dans les jours suivant mon élection, j’ai d’ailleurs eu l’occasion

d’aborder ce dossier directement avec le secrétaire d’État américain, M.

Collin Powell, lors de mon passage à New York. Par la suite, j’ai eu

l’occasion de recevoir l’ambassadeur américain à mon bureau de l’Assemblée

nationale pour une session de travail qui a porté en bonne partie sur ce

dossier. Nous sommes à la recherche d’une solution durable et permanente.

En matière d’énergie, nous allons accélérer la mise en œuvre de projets

hydroélectriques actuellement à l’étude. Nous agirons dans le plus grand

respect des communautés locales. Elles seront associées à la réalisation

des projets. L’hydroélectricité demeure plus que jamais une solution

d’avenir pour le Québec. Nous développerons notre potentiel énergétique,

mais nous remettrons aussi de l’avant les programmes d’efficacité

énergétique.

Nous agirons de façon responsable afin d’éviter que le Québec ne se

retrouve en déficit énergétique en 2006. Nous développerons aussi d’autres

formes d’énergie renouvelable. Nous poursuivrons, par ailleurs, les

démarches entreprises en vue de l’exploitation des ressources gazières du

golfe du Saint-Laurent.

Le Québec est l’une des économies modernes qui dépend le plus de son

patrimoine naturel pour assurer sa croissance. Nous allons le préserver.

Nous affirmerons l’engagement du Québec dans le développement durable,

avec l’adoption d’un véritable plan vert qui conciliera les impératifs de

croissance économique et ceux de la sauvegarde de notre patrimoine naturel

et environnemental.

LA FAMILLE : UNE CONCEPTION DU RÔLE DE L’ÉTAT

Monsieur le Président, dans notre programme politique, nous avons

clairement indiqué que la famille constituait une de nos priorités. Pour

nous, le soutien à la famille ne tient pas en quelques mesures, il tient

dans une façon de concevoir le rôle de l’État.

Les familles bénéficieront de notre action. Elles seront privilégiées dans

la distribution des réductions d’impôt. Leur vie sera facilitée par

l’amélioration des services de santé. L’accompagnement des élèves en

difficulté et l’introduction de l’aide aux devoirs dans les écoles du

Québec contribueront directement à faciliter leur quotidien.

Nous encouragerons l’adoption, par les entreprises, de toutes les mesures

susceptibles de favoriser la conciliation travail-famille. Je dis

aujourd’hui aux dirigeants d’entreprises que, dans un contexte de pénurie

de main-d’œuvre qualifiée, il est dans votre intérêt et dans celui de

votre organisation d’être à l’écoute de vos employés qui sont aussi des

parents.

Nous poursuivrons le développement des places en garderie. Par ailleurs,

le système, dans son état actuel, ne répond pas aux besoins. Il manque au

moins 33 000 places. Nous allons revoir les bases de financement. Nous

protégerons les garderies à cinq dollars par jour pour le plus de gens

possible, mais nous voulons d’abord que tous les parents aient une place

pour leurs enfants. Un gouvernement qui met en place un programme qu’il

sait ne pas être en mesure de financer ne répond pas aux besoins des

citoyens. Il nourrit le cynisme et la frustration. Nous répondrons aux

besoins des parents. Nous aurons une approche basée sur l’efficacité,

étant conscients que les besoins des parents sont variables et que l’offre

de service doit être variée.

Notre soutien à la famille consistera aussi à reconnaître la contribution

des aidants naturels : celles et ceux qui hébergent un parent âgé ou en

perte d’autonomie. Nous allons compenser leurs efforts et les remercier de

leur compassion.

Nous allons par ailleurs nous attaquer aux problèmes de logement dont les

familles sont les premières victimes. Je confirme aujourd’hui l’engagement

pris par notre formation politique : nous devancerons l’échéancier de

construction de 13 000 nouveaux logements sociaux. Tout sera complété en

2007.

On ne saurait par ailleurs parler d’aide à la famille sans parler d’aide

aux femmes qui en sont encore aujourd’hui les piliers. Nous ferons en

sorte que les conditions de vie des femmes s’améliorent. Nous aiderons les

femmes chefs de famille monoparentale à améliorer leurs revenus. Nous leur

accorderons une importance toute particulière dans notre plan

d’intégration du marché du travail. Elles font face à des responsabilités

énormes. Nous les aiderons.

Monsieur le Président, s’il est un fléau particulièrement odieux dans

notre société, c’est celui de la violence conjugale. Nous ferons tout pour

l’enrayer. Au cours de la campagne électorale, je me suis engagé à

répondre aux besoins exprimés par les maisons d’hébergement pour femmes

victimes de violence. Je confirme cet engagement. Nous allons protéger les

femmes et leurs enfants. Nous allons aussi consacrer des efforts afin de

briser le cercle vicieux de la violence. Nous allons miser sur la

prévention, le dépistage, la sensibilisation et la formation.

Dans l’esprit de notre soutien à la famille, je tiens par ailleurs à dire

aux jeunes Québécois que les dossiers jeunesse sont maintenant sur le

bureau du premier ministre. J’en fais une préoccupation personnelle. Les

jeunes ont conscience des enjeux et des considérations universelles, ce

qui est pour moi une inspiration. Nos jeunes croient dans la liberté, dans

l’environnement, dans la diversité culturelle. Ce sont des jeunes qui ont

obtenu que les négociations sur la mondialisation intègrent des enjeux

relatifs à la protection de l’environnement et à la protection des

travailleurs. Je suis très optimiste pour notre jeunesse.

Nous soutiendrons des projets d’éducation, d’accès au travail,

d’amélioration de la santé, et nous accroîtrons leur implication dans les

communautés. Nous avons besoin des idéaux de la jeunesse.

LA DÉMOCRATIE : AU-DELÀ DES PRINCIPES

Le respect des citoyens et de la démocratie est une autre préoccupation

qui transcende les grands dossiers et qui imprègnera l’ensemble de nos

décisions. La démocratie n’est pas une option de notre véhicule collectif.

Ce n’est pas un toit ouvrant dont on se sert lorsqu’il fait beau et que

l’on referme lorsqu’il pleut. Nous respecterons la démocratie beau temps,

mauvais temps.

Notre gouvernement a le mandat de réorganiser l’État et nous le ferons. Le

gouvernement qui nous a précédés n’avait pas le mandat de forcer des

fusions municipales qui ont touché plus de 75 % des citoyens du Québec.

Dans ce dossier précis, il a franchi la ligne au-delà de laquelle le juste

leadership devient autoritarisme. Je redis ici devant vous tous que je

souhaite la réussite des nouvelles villes, mais je redis aussi que les

citoyens qui désirent s’exprimer sur l’organisation de leur communauté

pourront le faire.

Le ministre des Affaires municipales présentera dans quelques jours un

projet de loi-cadre conforme à la position que nous défendons depuis

octobre 2000. Ce projet de loi affirmera par ailleurs le principe de la «

fiscalité d’agglomération ». Tous les citoyens du Québec paieront leur

juste part.

Notre gouvernement, avec son plan pour réorganiser l’État et décentraliser

les pouvoirs, sera un allié de tous les jours du monde municipal, de notre

capitale nationale et de notre métropole. Nous procéderons à une

actualisation du pacte fiscal entre le gouvernement et les municipalités.

Nous allons travailler à diversifier les sources de revenus des

municipalités et des MRC. Nous allons aussi leur donner les moyens pour

qu’elles puissent mieux contrôler leurs dépenses.

Notre attachement aux principes démocratiques nous amènera par ailleurs à

présenter, au printemps 2004, un projet global de réforme des institutions

démocratiques. Nous modifierons notamment le mode de scrutin afin que la

distribution des sièges dans cette Assemblée reflète plus fidèlement les

suffrages exprimés. Nous réviserons la Loi électorale afin de favoriser

l’exercice du droit de vote.

Nous voulons que chaque citoyen du Québec se sache investi du pouvoir de

changer les choses et se sente encouragé à exercer son droit d’être

entendu. Je veux que ce soit vrai lors des scrutins, mais je veux aussi

que ce soit vrai au quotidien. Et il y a des moyens pour cela.

Monsieur le Président, nous utiliserons les moyens technologiques

d’aujourd’hui en appui à la vitalité de notre démocratie. Un des projets

corollaires à la réingénierie de l’État est la création d’un gouvernement

en ligne qui rendra aux citoyens tous les services applicables par

Internet, plus efficacement et à meilleur coût. Ce gouvernement en ligne

permettra aussi de consulter les citoyens, autant sur les politiques

publiques que sur leur satisfaction à l’endroit des services rendus par

l’État.

Nous allons faire de notre démocratie, qui est l’une des plus vieilles du

monde, l’une des plus avant-gardistes du monde. Et je voudrais aussi,

Monsieur le Président, que l’État québécois, par ses effectifs, soit le

plus juste reflet possible de la diversité de notre société. Les Québécois

aiment se voir comme une société ouverte, accueillante et tolérante. Cette

image qu’ils se font d’eux-mêmes n’est pas surfaite. Nous sommes tout

cela.

Au cours des dix prochaines années, 44 % des employés de l’État prendront

leur retraite. Si ce contexte nous fournit une occasion historique de

réduire la taille de notre État en ne brusquant personne, il nous place

aussi dans la situation de devoir préparer une relève importante.

Les communautés culturelles, les Autochtones ainsi que les anglophones du

Québec doivent être représentés à tous les niveaux de l’État québécois.

Nous allons favoriser leur représentativité.

Notre gouvernement répondra par ailleurs favorablement à une demande des

représentants des communautés culturelles. Nous confierons à des

organismes communautaires, issus des différentes communautés culturelles,

l’accueil des nouveaux arrivants. Nos nouveaux concitoyens auront ainsi

pour guide, dans la découverte de notre société, des gens plus sensibles à

leur réalité.

C’est aussi dans un esprit de saine démocratie que nous nous engagerons

dans la réforme des tribunaux administratifs. Le sentiment de justice est

étroitement lié au concept de démocratie. Nous réformerons les tribunaux

administratifs de façon que les décisions soient rendues plus rapidement.

La justice doit être accessible. Si elle ne l’est pas, elle perd son nom.

LES INTÉRÊTS DU QUÉBEC : NOTRE DIPLOMATIE

Monsieur le Président, à chaque heure de chaque jour, dans tous les

dossiers que nous traiterons, dans toutes les discussions que nous aurons,

dans tous les lieux où nous serons, nous serons les représentants du

peuple du Québec. Nous défendrons les intérêts du Québec. Nous exigerons

le respect de nos compétences. Nous ferons la promotion de notre

autonomie.

L’affirmation du Québec passera par le soutien à notre culture. Notre

gouvernement s’inscrira dans la tradition des gouvernements libéraux. Ils

ont doté le Québec de ses principaux outils destinés au rayonnement de sa

culture, comme la SODEC ou la Loi sur le statut de l’artiste. Nous

aiderons notamment nos artistes à nous alimenter de l’énergie vitale de la

création. Nous leur permettrons de mieux vivre de leur art. Nous allons

proclamer notre culture en sachant qu’elle fait partie de nos forces, et

non nous limiter à la protéger comme si elle faisait partie de nos

faiblesses. Nous ferons de notre culture un tremplin capable de nous

propulser.

L’affirmation du Québec passera aussi par le plein exercice de notre

diplomatie. D’abord, notre diplomatie intérieure. Nous établirons, avec

les nations autochtones du Québec, des relations basées sur le respect

réciproque, la bonne entente et le désir de grandir ensemble. L’harmonie

entre les Québécois et les nations autochtones est essentielle au

développement du Québec, et plus spécifiquement du Nord du Québec.

Avec nos partenaires canadiens, le premier dossier à l’ordre du jour sera

la question du déséquilibre fiscal. Le déséquilibre fiscal est une réalité

reconnue par tous les partis de cette Assemblée et partagée par toutes les

provinces canadiennes.

Notre gouvernement redonnera au Québec son rôle de leader au sein de la

fédération canadienne. Nous proposerons d’établir à Québec un bureau de

négociations du déséquilibre fiscal. Nous proposerons aussi l’instauration

d’un conseil de la fédération : un lieu permanent d’échanges et de

concertation entre le Québec et ses partenaires. Nous offrons la

coopération à nos partenaires canadiens en sachant qu’elle demande

davantage d’efforts que la confrontation.

Notre gouvernement se rangera aussi aux côtés des communautés acadiennes

et francophones hors Québec que le gouvernement précédent a, pour ainsi

dire, ignorées. Le Québec a une responsabilité face à ces communautés.

Nous établirons un centre de la Francophonie dans les Amériques afin de

resserrer les liens entre les communautés francophones de ce continent.

Le Québec exercera aussi sa diplomatie internationale. C’est un

gouvernement libéral qui a donné au Québec son élan international. Nous

lui donnerons un nouvel élan. Parce que c’est dans notre intérêt.

Lors de la visite toute récente du premier ministre de la République

française, M. Jean-Pierre Raffarin, nous avons convenu que le Québec et la

France s’associeraient dans la lutte pour la diversité culturelle. Dans ce

dossier, le Québec, du seul fait de son épanouissement en Amérique du

Nord, peut jouer un rôle de premier plan sur la scène internationale.

Autre avancée dans les relations bilatérales franco-québécoises, nous

avons convenu d’initier des missions commerciales conjointes dans des

marchés étrangers. Le Québec jouera également son rôle de charnière

culturelle et économique entre l’Europe et les États-Unis. Les États-Unis,

tout particulièrement les États de la Nouvelle-Angleterre, sont de loin le

principal partenaire commercial du Québec. Dès la semaine suivant notre

élection, j’ai tenu à me rendre à New York afin de réitérer l’amitié du

peuple du Québec pour le peuple des États-Unis et ouvrir des discussions

sur les dossiers qui nous préoccupent.

LE TEMPS ET SA NÉCESSITÉ

Monsieur le Président, nous convions aujourd’hui les Québécois à un grand

renouveau de notre société. Dans cinq ans, notre système de santé sera

redevenu l’un des meilleurs du monde, Nous aurons gagné des batailles

contre le décrochage scolaire. Nos jeunes, mieux appuyés, se sentiront

capables de décrocher leurs rêves.

Notre économie connaîtra une croissance durable. Elle reposera sur les

forces intrinsèques du Québec, et non plus sur des artifices coûteux.

Les Québécois seront plus prospères, plus libres. Les régions du Québec

connaîtront un dynamisme nouveau. Les citoyens des régions en auront été

les fiers instigateurs.

Dans cinq ans, le Québec sera plus solide. Il sera appuyé par un État

transparent, qui sera parvenu à concentrer ses ressources dans ses

missions essentielles pour répondre efficacement aux besoins des citoyens.

Cet État croira dans la primauté des libertés individuelles. Il croira que

la réussite du Québec ne réside pas dans ses structures, mais en chacun de

nous. C’est cette réussite individuelle qui permettra une meilleure

répartition de la richesse et une plus grande justice sociale. Au cœur de

cet État, se trouveront les employés de l’État. Ils auront été les maîtres

d’œuvre de son renouveau. Ils seront source de fierté pour leurs

concitoyens.

Notre équipe a la compétence, la détermination et la passion du Québec

pour mener son plan à terme. J’en appelle maintenant à l’engagement de

tous les citoyens du Québec. C’est avec eux et pour chacun d’eux que nous

allons renouveler le fonctionnement du Québec. C’est avec eux et pour

chacun d’eux que nous allons prendre les décisions nécessaires. Elles

seront tournées vers l’avenir plutôt qu’inspirées du passé.

Monsieur le Président, il y a 40 ans, un gouvernement issu de notre

formation politique a placé le Québec sur la voie de la modernité. Les

membres de ce gouvernement étaient réunis par un enthousiasme et une

conviction inébranlables. Ils avaient la certitude, jusqu’au plus profond

de leur âme, d’inaugurer quelque chose de grand, d’être choisis par le

temps et sa nécessité pour amener le Québec plus loin. Ce même sentiment

anime aujourd’hui mon équipe et moi-même.

J’invite aujourd’hui les députés de cette Assemblée à travailler ensemble

et à s’inscrire dans le sens de l’histoire du Québec.

[Charest=20030713]

Mesdames, Messieurs,

Chers athlètes du monde,

Ce fut une très grande fierté pour le Québec, la région de Sherbrooke et

les gens de ce pays d’accueillir, au cours des derniers jours, l’élite

jeunesse de l’athlétisme mondial. Nous nous souviendrons de vous.

Ce stade, auquel vous avez donné vie, témoignera à jamais de votre

passage. Pour tous les jeunes de chez nous qui l’animeront à leur tour au

cours des prochaines années, vous aurez été un exemple. Et c’est avec, en

mémoire, les applaudissements que vous avez fait jaillir qu’ils

s’élanceront, eux aussi, à la conquête de l’excellence et du dépassement.

Nous avons bâti un stade pour vous accueillir. Et vous l’avez meublé de

nos plus beaux souvenirs. Vous nous avez aussi baigné d’un idéal, celui

d’un monde de paix et de fraternité. Sherbrooke ne vous oubliera pas.

Pour nous tous, votre passage parmi nous restera gravé comme un moment

d’espoir, où le monde nous sera apparu sous son meilleur jour. Mais, pour

les 2 000 bénévoles qui ont été l’âme de ces championnats, les souvenirs

seront beaucoup plus intimes. Ils seront faits de sourires et de

conversations inédites entre des gens séparés par des océans ou des

montagnes, mais réunis par l’amour du sport.

C’est une communauté qui s’est mobilisée pour cet événement grandiose. À

tous ceux et celles qui ont rendu cet événement possible, je veux rendre

hommage. Vous avez signé un événement qui nous aura fait grandir. Vous

avez aussi semé dans le cœur et l’esprit de centaines de jeunes de tous

les continents des images et des sentiments qui transformeront leur vision

du monde.

Pour les 1 400 jeunes qui ont participé à ces championnats, Sherbrooke

sera toujours synonyme de joie. Qu’ils y aient connu la victoire ou la

défaite, ils y auront trouvé l’amitié et la découverte.

Je rends hommage à vous tous, à tous les athlètes, à tous leurs

accompagnateurs, à tous les organisateurs et au sport qui réunit les

peuples et les cultures.

Le Québec vous dit merci, Sherbrooke vous dit au revoir.

Nos pensées se tournent vers le Maroc et les gens de Marrakech, à qui nous

souhaitons une aussi grande joie que la nôtre.

Merci.

[Charest=20030625]

Votre Excellence,

Madame la Vice-Première Ministre,

Mesdames et Messieurs,

Le Québec rend aujourd’hui hommage à un homme immense. Mon souhait le plus

cher est que cette plaque que nous dévoilons aujourd’hui contribue à

stimuler l’intérêt des Québécois pour la vie, l’œuvre et l’héritage de

Léopold Sédar Senghor.

Poète africain le plus connu hors d’Afrique, il a redonné à la culture

nègre sa noblesse et à l’Afrique noire, sa fierté. Linguiste et

académicien de haut rang, il est membre de l’Académie française.

Il a reçu un doctorat honoris causa de 37 universités de par le monde,

dont les universités Laval et de Montréal.

Farouche défenseur de la dignité africaine et ami de la France, il a

combattu pour la liberté aux côtés des résistants français.

Premier président du Sénégal libre, il a porté sur lui les espoirs de son

peuple et les aspirations d’un continent.

Monsieur le Secrétaire général, nous rendons hommage aujourd’hui à l’un

des piliers de la Francophonie internationale, à l’un de vos compatriotes,

à l’un de vos amis.

Vous avez aimé Léopold Sédar Senghor. Vous avez été son conseiller, son

ministre, son confident. Les mots que vous avez employés pour l’honorer

témoignent à la fois du respect que vous aviez pour lui et de l’ampleur de

sa contribution à l’avancement du Sénégal, de la Francophonie et de

l’Afrique.

Vous me permettrez de me référer à vos propos. Vous l’avez tantôt décrit

comme le « bâtisseur d’empire », le « traceur de chemin », « l’accoucheur

de destin » ou « le guide qui vous prenait par la main pour vous mener

là-haut sur la montagne ».

Sa vie se prête en effet à toutes les paraboles.

Originaire de la minorité Sérère, Senghor est né le 9 octobre 1906 à Joal,

sur la côte, à une centaine de kilomètres de Dakar.

Son combat pour la dignité de l’Afrique a débuté dès sa jeunesse.

Ce jeune Sénégalais, qui débarque à Paris en 1928, découvre ahuri les

publicités paternalistes du chocolatier Banania, dont les affiches

réduisent l’homme Noir à une grossière caricature coloniale. L’étudiant

Senghor se jure alors de déchirer les « rires Banania de tous les murs de

France ». Quelques années plus tard, il devenait le premier Africain reçu

à l’agrégation de grammaire.

Ami de la France et pilier de la Francophonie, Senghor était d’abord et

avant tout Sénégalais et Africain.

Il reste l’un des plus grands représentants de la poésie africaine de ce

siècle. Senghor pense en Sénégalais mais écrit en français. Par la langue,

c’est un poète de la Francophonie; par le rythme et les mots, il est le

chantre de l’Afrique et de la négritude. Il célèbre les mythes et les

figures légendaires de ce continent, de Chakka à la reine de Sabba, du

lion d’Éthiopie au fleuve Congo…

Par son œuvre littéraire, Senghor a fait entrer la culture de l’Afrique

dans la Civilisation de l’Universel. Elle incarne ce que nous appelons

aujourd’hui le dialogue des cultures.

À l’heure où le monde apparaît troublé, secoué de sursauts de violence et

d’intolérance, l’œuvre de Léopold Sédar Senghor, celle de l’écrivain tout

autant que celle de l’homme d’État, émerge comme une invitation à

l’ouverture, à la différence, au métissage des peuples.

Senghor luttait contre « ces somnambules qui ont renié leur identité

d’homme ». Il a fait appel, tout au long de sa vie, à l’irremplaçable

singularité de chaque peuple et de chacune des civilisations. Au choc

barbare des civilisations, Senghor oppose la Civilisation de l’Universel,

fruit d’un humanisme métissé.

Dans ses Mémoires, Charles de Gaulle décrivait ainsi l’illustre président

du Sénégal: « Ouvert à tous les arts et, d’abord, à celui de la politique,

aussi fier de sa négritude que de sa culture française et qui gouverne

avec constance le remuant Sénégal. »

Le militant de la « négritude » aura aussi été le porte-drapeau de la

Francophonie. « Il s’agit, écrira Senghor quelques années avant sa mort,

pour chaque continent, pour chaque peuple, de s’enraciner profondément

dans les valeurs de sa civilisation originaire pour s’ouvrir aux valeurs

fécondantes de la civilisation française, mais aussi des autres

civilisations, complémentaires, de la Francophonie. »

La Francophonie de Senghor, c’est-à-dire la nôtre, c’est donc un espace

pluriel et solidaire. C’est une mondialisation, portée par une culture à

la fois commune et multiple.

Monsieur le Secrétaire général, Léopold Sédar Senghor a contribué à forger

votre destin.

« Si je lui dois beaucoup c’est parce qu’il m’a tout donné », avez-vous

déclaré un jour.

Dès votre retour de l’École nationale de la France d’outre-mer, vous

croisez le chemin du président Senghor.

En 1963, vous devenez directeur de cabinet du président; en 1964 vous êtes

nommé secrétaire général de la présidence de la République du Sénégal et

ministre du Plan et de l’Industrie, de 1968 à 1970. En février 1970, vous

êtes désigné premier ministre par le président Senghor.

Pendant dix-sept ans, il vous aura préparé à occuper les plus hautes

fonctions de la République du Sénégal, que vous occuperez à partir du 1er

janvier 1981, à la suite de sa démission.

Léopold Sédar Senghor est décédé le 20 décembre 2001, dans sa maison de

Verson, en Normandie.

En rendant hommage à Léopold Sédar Senghor, c’est aussi à vous, son

compagnon d’armes, je dirais « son compagnon d’âme », que le Québec rend

hommage. C’est le Sénégal que nous saluons. C’est la négritude que nous

applaudissons. C’est la francophonie que nous célébrons.

Monsieur le Secrétaire général, le gouvernement du Québec, par le

dévoilement de cette plaque, honore la mémoire de Léopold Sédar Senghor et

invite les Québécois à découvrir le formidable héritage du « traceur de

chemin » du Sénégal.

[Charest=20030702]

Madame la Présidente,

J’ai le plaisir d’entamer avec vous l’étude des crédits budgétaires

2003-2004 qui ont été présentés à l’Assemblée nationale au lendemain du

dépôt du budget de notre gouvernement.

Au cours des prochains jours, quatre commissions siégeront simultanément.

Elles permettront aux élus qui en sont membres de débattre de ces crédits

pendant les 200 heures prévues à nos règlements.

C’est un exercice démocratique et parlementaire de grande importance

puisqu’il permet aux représentants du peuple du Québec d’examiner la façon

dont sont réparties les dépenses gouvernementales entre les ministères et

les programmes.

Il est particulier, c’est vrai, que cet exercice se tienne à cette période

de l’année. Cette situation est due au fait que les élections générales

ont eu lieu le 14 avril dernier. Le nouveau gouvernement a déposé son

budget le 12 juin et cela nous mène donc aujourd’hui à l’étude des

crédits.

Madame la Présidente, aujourd’hui, je répondrai avec plaisir à des

questions d’ordre général sur l’ensemble des crédits dévoilés par la

présidente du Conseil du trésor et, de façon plus spécifique, aux

questions relatives aux crédits du ministère du Conseil exécutif, dont je

suis le titulaire.

Ce débat sur les crédits devient donc en quelque sorte l’épilogue de la

dernière saison politique. Afin de mettre cette discussion en perspective,

je vous propose un bref retour sur les événements.

Le 14 avril dernier, les Québécois ont posé un geste d’avenir et d’espoir.

Ils ont clairement exprimé leur volonté de changer les choses au Québec.

Les Québécois ont voté avec enthousiasme pour un virage dont ils

saisissaient parfaitement la teneur, la nécessité et le potentiel.

Les Québécois ont décidé de changer les choses pour solidifier les assises

de notre croissance et pour que nous puissions relever tous ensemble les

défis de notre époque, comme le financement de notre système de santé.

Les membres de notre équipe et moi-même avons passé les cinq dernières

années à parcourir le Québec et à rencontrer les Québécois de tous les

milieux, dans toutes les régions. Nous avons partagé des constats avec les

Québécois. Vous tous ici connaissez ces constats.

L’État québécois a vieilli. Il ne parvient plus à répondre efficacement

aux besoins des citoyens. Notre système de santé a été perpétuellement en

crise sous l’administration précédente. Nos écoles sont mal outillées pour

lutter contre le décrochage scolaire. Nos universités ont de la difficulté

à recruter et à retenir des professeurs de haut niveau. Nos

infrastructures se détériorent.

Avant le 14 avril, le Québec était pris dans un cercle vicieux que l’on

peut exprimer ainsi : le gouvernement se préparait à taxer encore

davantage l’économie la plus taxée du continent pour aller chercher des

revenus accrus que notre économie était incapable de générer, précisément

parce qu’elle était trop taxée.

Le 14 avril, les Québécois ont décidé de se sortir de ce cercle vicieux et

d’envisager l’avenir sous un nouveau jour.

Ce jour-là, ils on confié à une nouvelle équipe la mission de recentrer

l’État sur ses missions essentielles afin de concentrer les ressources

humaines et financières dans les domaines qui relèvent véritablement de

l’État. Cet État, qui assume pleinement les responsabilités qui sont les

siennes, laissera à nos entreprises, à nos PME et à nos entrepreneurs la

latitude nécessaire pour générer la croissance et la richesse.

Les Québécois nous ont aussi confié la mission de mettre fin au gaspillage

des fonds publics et de revoir le fonctionnement de l’État québécois pour

qu’il soit mieux adapté à la réalité d’aujourd’hui, aux méthodes

d’aujourd’hui et aux besoins des citoyens d’aujourd’hui.

L’État québécois, tel que nous le connaissons, est directement issu de la

Révolution tranquille. Il a été conçu avant l’informatisation de notre

société, avant la mondialisation, avant le vieillissement de la

population, bref, à une autre époque.

Les Québécois ont adopté la vision d’avenir que nous leur avons proposée

parce qu’elle émane de ce qu’ils sont aujourd’hui. Cette vision, c’est

celle d’un Québec confiant et dynamisé où l’État n’essaie plus de

chaperonner les citoyens en leur disant ce qui est bon pour eux. Il leur

laisse toute la place en leur offrant les services dont ils ont besoin

pour que chacun d’eux puisse s’accomplir pleinement et faire sa part dans

l’accomplissement du Québec.

Nous voulons redonner le Québec aux citoyens du Québec. Nous voulons

mettre le gouvernement au service des enfants du Québec, qui sont notre

avenir, au service de leurs parents, qui sont notre présent, et au service

de nos aînés, qui sont notre expérience et qui ont bâti cette société

unique.

Le travail que nous avons accompli en quelques mois nous place résolument

sur la voie de ce Québec renouvelé et dynamisé jusque dans ses régions.

Je suis très fier de ce que nous avons accompli depuis le 14 avril et je

suis enthousiaste devant les années à venir.

Le 29 avril, j’ai présenté une nouvelle équipe gouvernementale; une équipe

de taille réduite, mais riche en talents et en expérience.

Le 4 juin, dans mon discours inaugural, j’ai présenté notre plan de

gouvernement. Il était directement tiré du projet de gouvernement que nous

avions présenté à la population du Québec, le 12 septembre 2002.

J’ai aussi fait état des principes qui allaient guider notre

administration :

Consacrer l’État à ses missions essentielles;

Améliorer la qualité des services aux citoyens;

Rendre l’administration gouvernementale transparente et efficace;

Décentraliser l’administration, notamment vers les régions.

J’ai aussi annoncé l’enclenchement de six grands travaux qui constitueront

le cœur de la réingénierie de l’État québécois :

Révision des structures de l’État et des programmes gouvernementaux;

Revue des modes d’intervention de l’État dans l’économie;

Réorganisation des services de santé;

Examen des perspectives de décentralisation et de déconcentration;

Recentrage du réseau de l’éducation sur l’élève et l’étudiant;

Simplification et allègement du fardeau fiscal.

Le 12 juin, huit jours après le discours inaugural, le ministre des

Finances a présenté un budget nécessaire. Ce budget permettait de passer

d’un déficit zéro artificiel à un déficit zéro réel. Ce budget a permis de

régler l’impasse de 4,3 milliards de dollars que recelait le budget Marois

du 11 mars 2003. Il a aussi permis de mettre fin à l’astuce péquiste, qui

consistait à pelleter sous le tapis de la dette l’excédent des dépenses

incontrôlées.

Ce budget a aussi et surtout illustré notre volonté de mettre en

application notre plan pour le Québec en affirmant nos priorités

politiques.

Dans le contexte que nous savons, un contexte de réparation et de

rétablissement des finances publiques, nous sommes parvenus à augmenter de

7,2 % le budget de la santé. Nous couvrons les coûts de système et nous

permettons un développement des services partout au Québec.

Nous avons annoncé des investissements récurrents de 240 millions de

dollars par année. Nous avons répondu à l’appel des parents d’enfants

autistes. Nous avons augmenté les ressources accordées aux maisons

d’hébergement pour femmes violentées.

Nous avons aussi accru la marge de manœuvre des décideurs régionaux dans

le réseau de la santé. Ils peuvent dorénavant conclure des partenariats

avec des cliniques privées pour que des interventions mineures y soient

faites sans frais pour les patients.

Nous réinvestissons, mais nous sommes aussi en train d’assouplir le réseau

de la santé et des services sociaux, de rajeunir son fonctionnement. Nous

faisons confiance aux gens en place, à leurs compétences et à leur

dévouement.

À Montréal, par exemple, on a annoncé une augmentation du nombre

d’opérations et une réduction des listes d’attente, notamment en

ophtalmologie et en orthopédie.

Le système de santé québécois se porte déjà mieux.

Dans ce contexte de rétablissement des finances publiques, nous sommes

aussi parvenus à augmenter de 3,6 % le budget de l’éducation. En fait, si

on considère une réaffectation des budgets au sein du ministère de

l’Éducation, c’est 577 millions de dollars de plus qui seront consacrés

aux services éducatifs en 2003-2004.

Moi aussi, j’aurais voulu que ce soit plus, mais nous ne pouvons tout

faire en six semaines. Ce sera plus l’an prochain et ce sera encore plus

l’année suivante.

Nous avons montré que nous avions à cœur l’intérêt des citoyens. Tout en

protégeant les PME, nous avons réduit les subventions et crédits d’impôt

aux entreprises pour privilégier les services à la population, notamment

en ce qui a trait aux services de garde.

Nous avons annoncé la création, d’ici au printemps prochain, de 13 900

places : 6 500 en CPE, 4 400 en milieu familial et 3 000 dans des

garderies privées.

Nous avons pris le parti du citoyen et le parti des parents.

Rappelons-nous que le système en place laissait sur le carreau les parents

de 33 000 enfants. Ce n’était pas un système universel. Un système qui

refuse la flexibilité n’est pas non plus accessible. Un système par lequel

l’État impose SA solution aux parents n’est pas non plus un système

actuel.

Nous allons répondre aux besoins variés des parents par une offre de

services variée.

Le premier budget Séguin a aussi marqué un virage politique, je dirais un

virage de culture politique. Notre gouvernement ne sera pas de ceux qui

promettent des lendemains qui chantent en cachant des décisions qui nous

hantent.

Nous disons la vérité aux Québécois. Nous leur disons que nous allons

bâtir avec chacun d’eux et pour chacun d’eux un Québec plus solide, qui

saura composer avec les défis du siècle nouveau.

Nous leur disons que nous remettons sur pied les finances publiques et que

nous nous préparons à répondre à leurs priorités.

Et les Québécois sont avec nous.

Madame la Présidente, si je nourris une déception à la suite de la session

parlementaire éclair que nous avons vécue, c’est bien celle qui concerne

l’attitude de l’opposition officielle.

L’ex-ministre des Finances, Pauline Marois, projetait elle-même de faire

un ménage d’un milliard de dollars dans les subventions et les crédits

d’impôt aux entreprises.

L’ex-ministre Joseph Facal avait présenté un plan de réorganisation de

l’État qualifié de « lumineux » par le chef de l’opposition officielle,

qui a cependant préféré l’ignorer. Le député de Rousseau et le député de

Gouin étaient parmi les députés du Parti québécois qui reconnaissaient

aussi l’importance de redéployer l’État québécois.

En matière de réduction de l’aide aux entreprises, nous sommes allés moins

loin que le proposait l’ex-ministre des Finances. En ce qui a trait à

l’organisation de l’État, nous allons dans le sens des intentions de

l’ex-ministre Facal.

Quand l’opposition officielle crie à la déconstruction, elle place son

orgueil de gouvernement défait au-dessus des intérêts des citoyens et du

Québec.

L’opposition officielle sait très bien que, même avec les réductions

annoncées aux crédits d’impôt et aux subventions des entreprises, l’État

québécois demeure le plus généreux subventionneur au Canada.

J’en appelle aujourd’hui au sens des responsabilités de l’opposition

officielle en lui demandant de reconnaître la nécessité de l’action

entreprise par notre gouvernement.

J’en appelle aussi au sens commun des centrales syndicales. Je les invite

à se joindre à nous et à tous les Québécois pour bâtir ensemble le Québec

d’aujourd’hui, qui regarde en avant et non en arrière.

Ce ne sont pas les citoyens, les contribuables, les travailleurs, les

parents, qui sont mécontents de notre action. Cette « majorité silencieuse

», pour employer cette expression si chère au député de Rivière-du-Loup,

elle est avec nous.

Ceux qui expriment leur désaccord défendent précisément ce que les

Québécois ont rejeté le 14 avril : un État omnipotent, figé dans une autre

époque.

L’heure n’est pas à la défense des privilèges de quelques-uns, l’heure est

à la redéfinition d’un Québec pour tous les Québécois. L’heure n’est pas à

la division sur la base d’intérêts particuliers, elle est à l’unité du

renouveau.

Les Québécois nous ont donné le mandat de faire un grand pas en avant et

nous le ferons avec eux.

Notre action, depuis le 12 septembre 2002, depuis la présentation de notre

plan de gouvernement, aura été d’une remarquable cohérence.

Nous avons dit ce que nous ferions si nous étions élus pour assurer de

meilleurs services à la population. Et nous faisons ce que nous avons dit

que nous ferions.

C’est vrai pour la santé, c’est vrai pour la réorganisation de l’État,

c’est vrai pour la démocratie municipale.

Nous sommes le gouvernement des citoyens du Québec.

La formation de notre conseil des ministres a honoré notre engagement de

former un gouvernement plus modeste par sa taille.

Le discours inaugural a établi notre projet de gouvernement.

Le budget a paramétré notre action et solidifié les assises financières du

gouvernement.

Les crédits ont établi notre itinéraire des prochains mois. Ces crédits

confirment que notre gouvernement a repris le contrôle des dépenses

publiques en ramenant de 5,6 % à 3,8 % la croissance des dépenses globales

de programme.

Ces crédits témoignent aussi de l’effort consenti par tous les ministères

afin de freiner la croissance des dépenses gouvernementales tout en

préservant et en améliorant la qualité des services aux citoyens.

Les ministres responsables en répondront dans les jours à venir dans les

moindres détails, devant les différentes commissions appelées à siéger.

Pour ma part, je dirai aujourd’hui que, dans cet exercice, le ministère du

Conseil exécutif a tenu à donner l’exemple.

J’ai notamment demandé que des économies soient effectuées pour les

activités qui touchent directement le premier ministre. C’est ainsi que

les crédits affectés à ce poste ont été réduits de 4 % par rapport à

l’exercice 2002-2003. Pour l’ensemble du Ministère, les dépenses de

fonctionnement et de rémunération ont été comprimées de 5,3 millions.

Au total, toutefois, les crédits du ministère du Conseil exécutif

augmentent de façon notable. Cette augmentation s’explique par un

accroissement de 48,1 millions des sommes versées aux Cris par suite de la

Paix des braves, que notre formation politique a toujours soutenue.

Également, le ministère du Conseil exécutif accroît de 5,1 millions de

dollars l’investissement dans la réalisation du Plan d’action jeunesse.

L’harmonie avec les nations autochtones et le soutien à la jeunesse sont

des priorités de notre administration.

Je serai heureux d’en discuter avec vous.

En résumé, Madame la Présidente, je dirai ceci : notre gouvernement est

cohérent. Il agit selon des priorités connues et dans l’intérêt de tous

les citoyens.

En quelques mois, nous avons stabilisé les finances publiques, amélioré

les services de santé, augmenté les ressources en éducation, préservé le

développement des places en garderie et amorcé un travail de fond en vue

du redéploiement de l’État québécois.

Nous ne faisons pas dans la facilité. Nous faisons dans la nécessité. Nous

opérons un virage nécessaire pour conduire le Québec dans une nouvelle

voie de croissance et de développement.

Nous savons que les Québécois sont avec nous et qu’ils comprennent que

nous travaillons dans l’intérêt du plus grand nombre pour bâtir un Québec

plus fort, plus solide et plus prospère.

Les Québécois savent que, dès l’an prochain, ils commenceront à récolter

les fruits du renouvellement de leur État, dont ils sont l’âme et le cœur.

C’est pour eux, pour l’avenir de leurs enfants, pour le progrès de leur

carrière et pour la quiétude de leurs parents âgés que nous agissons avec

détermination et compassion.

Merci.

[Charest=20030814]

Monsieur le Président de l’Association canadienne des conseillers

juridiques d’entreprises,

Distingués invités,

Il me fait plaisir à mon tour de vous souhaiter la plus cordiale bienvenue

à Montréal et au Québec. Vos délibérations tirent bientôt à leur fin. Je

souhaite ardemment qu’il s’en trouve parmi vous qui prolongeront leur

séjour dans notre métropole ou qui en feront leur point de départ à une

découverte des régions du Québec.

Le Québec est heureux de vous recevoir.

Au cours des derniers jours, vous avez cherché à mesurer l’ampleur et la

portée des changements qui surviennent et qui transforment la manière de

faire des affaires.

Your expertise is at the heart of a host of new issues that have arisen as

the result of the combined influence of technological progress and the

liberalization of international trade. For this very reason, you are an

audience of choice to discuss certain concerns that are very dear to me.

Moreover, this is the first time since we were elected that I have been

given the opportunity to address an audience representing all regions of

Canada.

Today, I intend to talk to you about governance and the mission of a

government. I will take a brief look at our plan for Québec. I will then

talk about Canada, how it functions, and possible changes for the future.

Votre réalité, comme celle de milliers de Canadiens, est aujourd’hui celle

de la concurrence. Et pour apprivoiser cette réalité, vous devez tendre

vers l’excellence. Quelque soit le domaine dans lequel on s’anime

aujourd’hui, il faut, pour survivre et grandir, être capable de supporter

la comparaison. C’est l’essence même de la concurrence et c’est le

fondement de l’excellence.

Si c’est une réalité que l’on conçoit aisément en entreprise, je vous

dirai qu’il en va de même pour les administrations publiques. Aucun État

d’Amérique du Nord, ne peut aujourd’hui prétendre constituer une bulle et

se considérer à l’abri des lois du marché ou des grandes tendances

économiques et sociales. Nos entreprises ont compris que nous faisions

partie d’un grand ensemble concurrentiel. Les administrations publiques,

les États, doivent aussi l’accepter et s’ajuster.

Les États ne sont pas à l’abri de la concurrence. Les États doivent aussi

relever le défi de la concurrence et de l’excellence.

Cette idée d’un État adapté à la réalité d’aujourd’hui est au cœur du

projet de renouveau que notre gouvernement propose aux Québécois.

Dans ce contexte où chaque nouvel accord de libéralisation commerciale

tend à moduler le pouvoir d’intervention des États sur leur économie, il

nous apparaît que le rôle de l’État, plus que jamais, est de se concentrer

sur le citoyen.

L’État doit se voir aujourd’hui comme un instrument au service de la

réussite des citoyens. Un État attentif, un État concurrentiel, devient

ainsi un État qui aide ses citoyens à réussir en leur offrant les services

nécessaires à leur plein accomplissement.

Dès la présentation de notre premier budget, 6 semaines après notre

élection, nous avons montré ce que cela signifiait. Nous avons augmenté de

7,3 % le budget accordé à la santé et de 3,6 % celui consacré à

l’éducation.

Nous voulons des Québécois en santé et des Québécois bien formés et

instruits. La santé et l’éducation sont pour nous les deux missions les

plus essentielles de l’État.

Nous avons financé ces réinvestissements en santé et en éducation en

grande partie par un meilleur contrôle des programmes de subventions et de

crédits d’impôt aux entreprises.

Il faut préciser ici que le Québec était totalement hors catégorie en

matière d’interventionnisme. Le Québec subventionnait 4 fois plus que

l’Ontario; plus que toutes les provinces canadiennes réunies. Cette

démesure était critiquée par les entreprises elles-mêmes. À nos yeux, cet

interventionnisme excessif était source d’iniquités et avait tendance à

compliquer la vie des entreprises. Nous avons mieux dosé l’aide

gouvernementale en privilégiant notamment le soutien à la recherche et au

développement.

Notre vision économique se résume ainsi : ce sont les entreprises qui

génèrent de la richesse. La meilleure façon pour un gouvernement de les

soutenir est de leur simplifier la vie et de leur assurer une main-d’œuvre

compétente et en santé.

Sous cet angle, le gouvernement, en se mettant au service des citoyens, au

service de leur santé et de leur instruction, participe de façon bien plus

constructive à la croissance des entreprises qu’en essayant de s’immiscer

dans leur gestion avec des programmes d’aide discriminatoires et souvent

compliqués.

Notre projet d’un État au service des Québécois prévoit aussi de revoir en

profondeur le fonctionnement de l’appareil gouvernemental. Au printemps,

j’ai annoncé la formation de 6 grands travaux qui seront consacrés à la

modernisation de l’État québécois.

Je vais simplement vous nommer ces 6 grands travaux et vous percevrez

l’ampleur de l’exercice que nous entreprenons :

Numéro1 : révision des structures de l’État et des programmes

gouvernementaux.

Numéro 2 : revue des modes d’intervention du gouvernement dans l’économie.

Numéro 3 : réorganisation des services de santé et des services sociaux.

Numéro 4 : décentralisation et déconcentration de l’État.

Numéro 5 : recentrage du réseau de l’éducation sur l’élève et l’étudiant.

Numéro 6 : simplification et allègement du fardeau fiscal.

Chacun de ces grands travaux est présidé par un membre du conseil des

ministres. Et j’assume la coordination.

Avec ces travaux, nous visons trois objectifs fondamentaux :

Premièrement : Faire en sorte que le Québec ait les ressources humaines et

financières pour assumer pleinement les missions essentielles de l’État,

qui sont principalement la santé et l’éducation et le soutien aux

personnes vulnérables;

Deuxièmement : Offrir des meilleurs services à meilleur coût. C’est-à-dire

un État plus efficace et moins coûteux; un État, par exemple, qui offrira

tous les services applicables par Internet;

Troisièmement : Nous voulons élever le niveau de vie des Québécois en

réduisant leur fardeau fiscal et en créant l’environnement le plus

favorable au Canada à l’investissement, à la croissance et à l’innovation.

Dans 5 ans, l’État québécois sera entièrement orienté vers les services

aux citoyens.

Il sera excellent dans la prestation de ses services.

Il sera efficace dans son fonctionnement.

Il sera concurrentiel au niveau de sa fiscalité.

Le système de santé sera plus efficace;

Nous formerons une main-d’œuvre parmi les plus compétentes du monde et

nous serons plus prospères.

It is only natural that our vision of the role of the government and our

vision of the future of Québec leads us to change the way the Canadian

federation works.

As you know, our government believes that it is in the interest of Québec

that we be part of the Canadian federation. Like most Quebecers, we

believe that this is to the mutual benefit of Québec and Canada.

In recent years, Québec, governed by the Parti Québécois, showed no

interest in making the federation works more effectively in the interest

of Québec.

This lack of interest coincided with the fact that the federal government

did not make its relations with its partners a priority. At the same time,

the partners of the federation, namely the provinces and territories found

themselves weakened vis-à-vis the federal government.

Indeed, we have been witnessing a growing dissatisfaction on the part of

the governments of the provinces and territories regarding

intergovernmental relations. From the Maritimes to the Rockies, premiers

have denounced federal encroachment on their fields of jurisdiction.

This trend runs counter to the very spirit of federalism, which is

intended to be cooperative and collective.

In addition to these irritants, which I would qualify as “political”,

there is the issue of the fiscal imbalance, which is a major financial

issue. By reason of this imbalance, the federal government has means that

surpass its needs, whereas the provinces have needs that surpass their

means. This imbalance is in itself an incentive for the federal government

to use its spending power in fields that are outside its jurisdiction.

There are important issues that need fixing.

On April 14th of this year, Quebecers, in electing our government, decided

that Québec would no longer be indifferent and would once again take on a

leadership role in the Canadian federation. Indeed, this active

participation is in the best interest of both Québec and Canada.

Our vision of Canadian federalism is known. It was made public in October

2001. It formed an integral part of the platform that we presented to

Quebecers. It can be summarized in three words: affirmation, autonomy and

leadership. These words reflect the idea of a Québec that is proud of its

differences and that wants to work with its partners to build a federation

that is more flexible and better adapted to today’s realities.

Un des éléments centraux de notre vision du fédéralisme canadien est la

création d’un Conseil de la fédération. Ce conseil vise à instituer un

forum d’échange permanent entre les gouvernements des provinces et des

territoires.

Le 10 juillet dernier, à Charlottetown, c’est avec une immense

satisfaction que j’ai vu tous les premiers ministres des provinces et des

territoires se rallier à cette idée. Le Conseil relèvera de la branche

exécutive des provinces et des territoires et sera piloté directement par

les premiers ministres. Il permettra de renforcer les relations entre

gouvernements. Il facilitera l’élaboration de stratégies et de positions

communes, cohérentes et concertées. Le Conseil permettra aussi aux

provinces de s’ouvrir sur leurs différences et sur leurs aspirations

propres.

Le fédéralisme n’est pas conformisme. Les provinces ne sont pas

enrégimentées dans la Fédération. Elles ont droit à leur propre vision.

Ainsi, le Conseil de la fédération n’occulte pas la différence du Québec.

Le Québec continuera de revendiquer farouchement une plus grande

autonomie. Il continuera de placer la promotion et la défense de sa langue

et de sa culture au sommet de ses priorités. Il continuera de s’affirmer

sur la scène internationale et de nourrir des relations bilatérales,

notamment avec la France. Mais au sein du Conseil, il pourra exprimer ses

besoins; il pourra partager son expérience; il pourra s’associer à

d’autres provinces qui ont d’autres revendications.

C’est avec cette idée du Conseil de la fédération en tête que j’ai employé

à quelques occasions l’expression « diplomatie intérieure » pour décrire

les relations intergouvernementales. C’est clairement de la diplomatie

dans ce qu’elle a de plus beau : c’est-à-dire cultiver des alliances et

entretenir des amitiés. Le Conseil de la fédération permettra cela. Les

provinces et les territoires seront plus solidaires et les relations

fédérales-provinciales s’en trouveront clarifiées et du même coup plus

productives.

Nous sommes possiblement à un tournant de l’histoire des relations

intergouvernementales canadiennes. Certes, il reste encore beaucoup de

travail à faire pour que le Conseil de la fédération progresse comme prévu

le 24 octobre prochain. Mais un pas important a déjà été franchi dans la

décision de le créer. Chose certaine, la volonté des premiers ministres

des provinces et des territoires d’améliorer leur coopération est réelle

et tangible.

À Charlottetown, en plus de donner leur aval à la création du Conseil de

la Fédération, les premiers ministres des provinces et des territoires ont

appuyé une autre proposition du Québec : ils ont accepté d’établir à

Québec le Secrétariat d’information et de coopération sur le déséquilibre

fiscal.

Le geste n’est pas anodin. Il vient d’abord rappeler au gouvernement

fédéral – qui nie toujours l’existence d’un déséquilibre fiscal au Canada

– que les provinces et territoires n’ont pas l’intention de renoncer et

qu’ils vont activement rechercher une solution à ce qu’ils considèrent

être un enjeu majeur dans les relations intergouvernementales canadiennes.

Mesdames, Messieurs,

Le 14 avril dernier, les Québécois ont décidé de placer le Québec sur une

nouvelle voie de développement. Ils ont accepté notre vision de changement

qui entraînera un renouvellement profond du fonctionnement du Québec.

Cette remise à jour de l’État québécois ne sera pas facile, mais elle

offre des perspectives emballantes. Elle nous permettra de mieux répondre

aux besoins des citoyens, de mieux les soigner, de mieux les former. Elle

permettra aussi d’améliorer le niveau de vie des Québécois. L’État du

Québec s’apprête à relever le défi du changement. Les Québécois n’en

attendent pas moins.

En élisant notre gouvernement sur cet appétit de renouveau, les Québécois

ont aussi réitéré leur attachement au Canada avec l’espoir que nous

pourrions être le catalyseur d’un renouveau de la Fédération. Le 14 avril

dernier, ce n’est pas seulement le Québec qui a commencé à changer, c’est

aussi le Canada.

[Charest=20031002]

Distingués invités,

Mesdames, Messieurs,

C’est un plaisir et un honneur d’être parmi vous aujourd’hui.

En fait, pour être précis, je devrais dire que c’est un plaisir renouvelé,

puisque, quelques jours après l’élection de mon gouvernement, je me

retrouvais à New York. J’avais alors été invité par le Foreign Policy

Association à venir entendre le secrétaire d’État américain, M. Colin

Powell.

Je remercie le FPA, tout spécialement le président de son conseil, M.

Gonzales de Las Heras, et son président, M. Noel Lateef, pour l’intérêt et

l’amitié qu’ils manifestent envers le Québec. Sachez bien que ces

sentiments sont réciproques.

Je voudrais aussi souligner l’appui important du président sortant de la

Canadian Society of New York, M. Kenneth Paterson, pour l’organisation de

ce déjeuner et saluer son successeur, M. Peter Bethlenfalvy.

J’en suis à ma troisième visite aux États-Unis depuis mon assermentation

comme premier ministre du Québec, le 29 avril dernier. Ce n’est pas par

hasard. Mon gouvernement fait de la qualité des relations avec les

États-Unis une priorité de tous les jours. Dans ce continent globalisé, le

Québec est étroitement lié aux États-Unis. Réciproquement, plusieurs États

américains qui nous sont voisins, comme ceux de New York et de la

Nouvelle-Angleterre, sont aussi étroitement liés au Québec. Aujourd’hui,

je suis notamment venu vous parler de l’évolution de cette relation

d’affaires entre le Québec et les États-Unis qui tend vers une plus grande

coopération transfrontalière.

Je suis aussi venu vous parler de nos intérêts communs en matière

d’énergie et de développement durable, et je suis venu vous parler de

l’ambition de notre gouvernement de faire du Québec le meilleur endroit en

Amérique du Nord où vivre et investir.

Depuis la signature des accords de libre-échange, l’intensification du

trafic commercial dans l’axe nord-sud a beaucoup bénéficié à nos économies

respectives. Le produit intérieur brut du Québec dépend aujourd’hui à 60 %

de nos exportations. Or, presque 85 % de nos exportations internationales

de biens trouvent preneurs aux États-Unis pour un montant qui atteignait

36,5 milliards $ US en 2002. En fait, le Québec vend aujourd’hui deux fois

plus aux Américains qu’aux autres Canadiens.

Mais ce n’est pas à sens unique. Loin de là. Le Québec, qui compte un peu

plus de sept millions d’habitants, est un marché précieux pour les

produits américains. Nous sommes devenus votre quatrième marché

d’exportation, devant le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Corée du Sud et la

Chine.

Cette évolution du commerce entre le Québec et les États-Unis se révèle

aussi dans la croissance importante du commerce intra-firme à très grande

échelle que pratiquent, par exemple, les diverses unités de Bombardier,

IBM, General Electric ou Pratt & Whitney présentes à la fois au Québec et

aux États-Unis.

Vous comprendrez que les Québécois, qui étaient, de tous les Canadiens,

les plus ardents promoteurs du libre-échange, demeurent aujourd’hui

favorables à la libéralisation des échanges commerciaux.

C’est ainsi que notre gouvernement souscrit au projet de la Zone de

libre-échange des Amériques. De notre point de vue, les négociations en

cours représentent non seulement des occasions d’affaires, mais aussi des

occasions de partager, avec un plus grand nombre de peuples, nos valeurs

démocratiques.

Toutefois, pour les Québécois, pour notre gouvernement, cette question de

la libéralisation commerciale touche à d’autres dimensions que le

commerce.

Les Québécois forment une société unique. Nous sommes fiers de notre

langue et de notre culture, que nous avons su faire fleurir sur ce

continent en contradiction directe avec la loi du nombre et du temps. De

ce fait – je dirais, de cet exploit – découle une responsabilité, à la

fois morale et historique, qui nous amène à travailler activement à la

protection de la diversité culturelle.

Nous souhaitons ainsi que la culture soit exclue des accords de

libéralisation commerciale. Notre gouvernement, en accord avec plusieurs

autres gouvernements de tous les continents et incarnant de multiples

cultures, soutient l’adoption, sous l’égide de l’UNESCO, d’un traité

visant à préserver la diversité culturelle des peuples.

La décision d’aller dans cette voie sera prise dans quelques semaines à

l’UNESCO. Les États-Unis ont tout récemment renoué avec cet organisme.

C’est une bonne nouvelle. J’exprime devant vous le souhait que

l’administration américaine soit sensible à cette question de la diversité

culturelle.

Nous sommes également d’avis que les accords internationaux devraient

intégrer les notions de sauvegarde de l’environnement, de respect des

droits démocratiques et de la protection des droits de la personne.

Nous sommes libre-échangistes. La globalisation est une réalité, mais,

pour qu’elle soit synonyme de progrès, elle doit intégrer ces valeurs

universelles. C’est une conviction profonde de notre gouvernement.

Depuis mon élection, je me réjouis de l’évolution d’un aspect tout

particulier des relations entre le Québec et les États-Unis : celui des

relations bilatérales entre le Québec et les États américains de New York,

de la Nouvelle-Angleterre et du Midwest.

Il y a quelques semaines, je participais à ma première Conférence des

gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l’est

du Canada. Cette conférence, de mon point de vue, a donné lieu à un

précédent important qui annonce une nouvelle ère de coopération.

Les onze gouverneurs et premiers ministres participants – des Américains

et des Canadiens qui travaillaient ensemble – ont alors adopté une

déclaration ferme en faveur du Clean Air ACT et du respect, par le

gouvernement fédéral américain, des normes environnementales.

Nous avons exprimé notre désaccord commun devant toute initiative

susceptible de contrevenir à ce traité historique, signé en 1990, par le

gouvernement canadien de Brian Mulroney et le gouvernement américain de

George Bush père. Cette sortie inédite était évidemment justifiée par le

fait que l’affaiblissement des normes entraînerait un accroissement de la

pollution chez les États et provinces qui bordent les Grands lacs et le

fleuve Saint-Laurent. Le problème soulevé est sérieux. Je souhaite

ardemment qu’on y trouve une solution qui aille dans le sens du

développement durable et responsable.

Mais, dans la manière, cette prise de position publique a constitué une

avancée importante en matière de coopération transfrontalière. Pour moi,

c’est l’émergence de ce que certains appellent la mondialisation des

régions. Voici des États fédérés, comme le Québec ou les États de la

Nouvelle-Angleterre, qui s’engagent d’une seule voix, de part et d’autre

de la frontière, dans une défense commune des intérêts de leurs citoyens.

Cette habileté nouvelle à défendre des causes communes reflète la maturité

de nos sociétés voisines et la force de l’amitié qui les unit. Nous savons

tous que les véritables amitiés ne sont pas celles qui taisent les

différends, mais au contraire celles qui permettent qu’on les exprime.

C’est d’ailleurs dans cet esprit de franchise que j’ai abordé la question

du contentieux sur le bois d’œuvre, lors des entretiens que j’ai eus avec

le secrétaire d’État, M.Colin Powell. J’ai exprimé le souci du Québec

devant l’étirement de ce litige et notre désir de trouver une solution à

long terme qui préserve les emplois de part et d’autre de la frontière.

Nous partageons l’objectif commun de régler une fois pour toutes ce vieux

différend.

Mon gouvernement est donc profondément engagé dans l’épanouissement des

relations du Québec avec les États-Unis et dans l’établissement de

relations bilatérales durables, franches et fructueuses avec les

différents États de cette grande fédération.Cela implique évidemment une

collaboration pleine et entière de notre gouvernement en matière de

sécurité. Pour nous, la sécurité n’est pas un obstacle au commerce, elle

est un préalable au commerce.

Au quotidien, le ministre de la Sécurité publique et ses collaborateurs

sont en contact étroit avec le New York Office of Public Security et les

Northeast Regional Homeland Security Directors. Le Québec collabore très

activement à la mise sur pied de la frontière intelligente. Mais la

question de la sécurité dépasse le seule gestion du 45e parallèle. Elle

rejoint les ports et les aéroports régionaux. Nous en sommes conscients.

Ai-je besoin de vous convaincre, par ailleurs, considérant les récents

événements, que la prospérité et la sécurité comportent une dimension

énergétique?

Le potentiel hydroélectrique québécois est immense. C’est un potentiel que

nous souhaitons exploiter. Et nous le ferons en respectant deux conditions

principales :

La pleine participation des communautés autochtones du nord du Québec;

Et le respect du processus d’évaluation environnementale.

Actuellement, les projets de construction de nouvelles centrales pour

l’horizon 2003-2011 s’élèvent déjà à plus de 7 milliards $ US. Pour ce

même horizon 2011, le Québec entend également développer d’autres sources

d’énergies renouvelables et non polluantes en misant notamment sur la

production éolienne. Ces projets nous permettront de majorer notre

capacité de production d’électricité au cours des huit prochaines années.

Le Québec a des ressources exceptionnelles, mais le Québec a aussi une

expertise exceptionnelle. Avec les tempêtes solaires de 1989 et la crise

du verglas en 1998, le Québec a grandement approfondi son savoir-faire en

matière de sécurité des réseaux de distribution et de transport d’énergie.

Il est clair pour nous que le Québec est appelé à jouer un rôle

stratégique à l’échelle continentale en matière de développement et

d’approvisionnement énergétique. C’est un rôle qui nous échoit dans une

perspective de prospérité partagée, de sécurité énergétique et de

développement durable.

Les secteurs de l’énergie et des ressources naturelles demeurent ainsi des

piliers du Québec. Mais cette seule vision tronquerait la réalité. Car en

40 ans, notre économie s’est transformée. Elle est aujourd’hui parmi les

plus modernes et repose à 70 % sur le secteur des services.

Montréal, par exemple, abrite 60 % de toutes les firmes d’ingénieurs au

Canada. Notre métropole se classe au quatrième rang en Amérique du Nord

pour le nombre d’emplois créés par habitant dans les secteurs de la haute

technologie, devant des villes comme Dallas ou Toronto. Notre capitale,

Québec, est à l’avant-garde mondiale dans les domaines de l’optique et de

la photonique.

C’est au Québec que se concentre 40 % de toute l’industrie canadienne des

télécommunications. Le Québec est aussi chef de file dans des domaines

aussi stratégiques que l’aérospatiale, la pharmaceutique ou les

biotechnologies. D’ailleurs, c’est avec une grande joie que j’ai accueilli

à Montréal, au début de la semaine, le gouverneur nouvellement élu du

Minnesota, M. Tim Pawlenty. Il est venu au Québec, accompagné de gens

d’affaires et de spécialistes en santé, afin de discuter de partenariats

avec des entreprises ou des instituts de recherche québécois dans le

domaine des biotechnologies – plus précisément de la génomique.

C’est le Québec d’aujourd’hui : fermement ancré dans son époque, engagé

dans les domaines de la recherche parmi les plus porteurs et ouvert aux

partenariats.

Les Québécois forment par ailleurs une main-d’œuvre réputée pour sa

compétence et ses qualifications. Ils sont largement bilingues et souvent

polyglottes.

Notre système public d’éducation est de haut niveau. Il comporte de

grandes écoles de renommée internationale, comme l’Université McGill ou

les Hautes études commerciales de Montréal, l’une des meilleures écoles de

gestion du monde.

Le Québec, c’est aussi un haut lieu de création et de culture. Nos

artistes rayonnent à travers le monde. Le Québec, qui a vu naître Céline

Dion et le Cirque du Soleil, est actuellement le plus gros vendeur de

billets de spectacles à Las Vegas. Je pourrais aussi vous parler de Cannes

où notre cinéma a connu des heures de gloire lors du dernier festival de

films.

Cette vitalité culturelle fait du Québec un lieu où il fait bon vivre. Et

le Québec est également un lieu où il fait bon investir.

Comme premier ministre du Québec, je crois que l’heure est venue de

reconsidérer la taille de notre État, de nous donner un État plus

efficace, recentré sur ses missions essentielles et mieux adapté aux

réalités de ce siècle nouveau.

Dans mon esprit, le Québec, sur le plan économique, est évidemment

nord-américain. Nous faisons donc en sorte que l’environnement économique

québécois, de la structure de l’investissement à la façon de transiger

avec le gouvernement, soit totalement ouvert sur le marché nord-américain.

Dès notre premier budget nous avons créé un contexte plus propice à

l’investissement, au rendement et à la croissance des entreprises.

Nous avons, par exemple, annoncé une réduction de la taxe sur le capital

des sociétés. À compter du 1er janvier prochain, 70 % des entreprises du

Québec seront exemptées de cette taxe.

Nous avons aussi redistribué nos incitatifs fiscaux afin qu’ils soient

plus efficaces. Nous entamerons, par ailleurs, dès le dépôt au printemps

de notre prochain budget, un programme de réduction de l’impôt des

particuliers. Ces mesures contribueront à une élévation du niveau de vie

des Québécois et stimuleront l’investissement privé.

Le Québec accueille d’importants fonds d’investissement privés et

plusieurs investisseurs institutionnels. Ils ont tous leur domaine

d’activité. Ils ont tous leur filon. La moitié de l’industrie canadienne

du capital de risque est au Québec. Il y a chez nous un foisonnement

d’investisseurs. Ils sont désireux de s’associer à des sociétés de capital

de risque nord-américaines. Nous avons besoin de grands investisseurs

privés, dont le risque est diversifié, afin de boucler des financements de

deuxième et troisième rondes.

Le gouvernement que je dirige veut dire clairement aux investisseurs à la

recherche d’un rendement attrayant que les règles du jeu qui prévalent au

Québec sont tout à fait les mêmes que celles qui prévalent partout

ailleurs en Amérique du Nord. Nous ne parlons peut-être pas toujours la

même langue; mais, lorsque nous parlons affaires, nous parlons le même

langage.

Nous voulons améliorer le rythme de croissance de l’économie québécoise

afin que l’État québécois ait davantage de ressources à consacrer à ses

missions essentielles. Pour nous, les deux missions les plus fondamentales

de l’État sont la santé et l’éducation.

Nous sommes profondément convaincus que notre système public de santé et

notre système public d’éducation constituent des avantages économiques

concurrentiels importants pour le Québec.

En investissant dans la santé et l’éducation, l’État québécois se trouve

aussi à intervenir en faveur de la croissance de son économie puisqu’il

rend disponible pour les entreprises une main-d’œuvre plus compétente et

en meilleure santé. C’est pourquoi notre premier budget a été marqué par

un accroissement du budget consacré à la santé et à l’éducation.

Nous établissons ces nouvelles priorités pour le Québec tout en affirmant

notre détermination à maintenir l’équilibre budgétaire.

L’accroissement de l’investissement public en santé et en éducation, la

création d’un contexte plus propice à l’investissement et la réduction de

l’impôt des particuliers signifient des changements importants dans le

fonctionnement du gouvernement du Québec. C’est un autre volet important

de notre mission : la modernisation de l’État québécois.

Au printemps, j’ai annoncé l’enclenchement de grands travaux qui feront de

l’État québécois une organisation plus efficace. Nous allons notamment

décentraliser l’administration de l’État en transférant des

responsabilités aux régions. Nous allons ouvrir l’État québécois à la

sous-traitance, encourager les partenariats public-privé et nous allons

créer un gouvernement en ligne afin de livrer le plus grand nombre

possible de services par Internet.

Nous sommes donc engagés dans des changements importants sur le plan du

fonctionnement du Québec. Ces changements souhaités par les Québécois nous

permettront de capitaliser sur nos forces, de cultiver nos alliances avec

nos voisins américains et d’affirmer les valeurs de notre société.

En élisant notre gouvernement, les Québécois ont par ailleurs renouvelé

leur attachement au Canada. Le gouvernement que je dirige est fédéraliste.

Nous croyons qu’il est dans l’intérêt du Québec, et de l’affirmation de

notre identité, de demeurer partie prenante à la fédération canadienne.

Toutefois, les exigences élevées de performance que nous plaçons en

nous-mêmes, en tant que gouvernement, nous les plaçons aussi dans le reste

du Canada. C’est d’ailleurs avec une très grande joie que j’ai vu les

premiers ministres des provinces et des territoires accepter la

proposition du Québec de créer un conseil de la fédération. Ce conseil,

qui verra le jour bientôt, sera un lieu d’échange et de coopération

permanent entre nos différents gouvernements.

Le soir de notre élection, le 14 avril, j’avais dit que ce n’était pas

seulement le Québec qui commençait à changer, mais aussi le Canada. Je le

redis devant vous.

Mesdames, Messieurs, mon gouvernement a reçu le mandat d’engager le Québec

sur une nouvelle voie de prospérité. C’est ce que nous faisons. Nous

créons un environnement économique pleinement ouvert aux affaires.

Le Québec est ouvert sur l’Amérique du Nord. Le Québec est ouvert sur le

monde.

Je vous remercie.

[Charest=20031013]

Madame,

Monsieur,

Il y a six mois aujourd’hui que mon gouvernement a été élu, et dans une

semaine, l’Assemblée nationale reprendra ses travaux. Le moment me semble

choisi pour faire le point avec vous sur le travail que nous avons

accompli et sur le travail important que nous accomplirons au cours des

prochains mois, en particulier sur cette question de la révision du rôle

de l’État.

Le Québec a fait un pas en avant depuis six mois.

Premièrement, nous avons repris en main les finances publiques. La

situation n’est pas facile, mais elle est maîtrisée. Deuxièmement, nous

avons affirmé nos priorités, qui sont celles des Québécois. Nous avons

augmenté le budget de la santé de 1,3 milliard de dollars, et nous avons

fait le plus important réinvestissement en éducation depuis 10 ans.

Troisièmement, nous avons amorcé le repositionnement de notre État, qui

s’ingérait beaucoup trop dans l’économie et dans la vie des entreprises.

Aujourd’hui, le Québec est en train de redresser sa situation financière;

les Québécois sont en voie d’être mieux soignés; l’éducation est redevenue

une grande priorité de l’État québécois, et il est moins compliqué

d’investir et de créer de l’emploi partout au Québec.

Avec notre premier budget, nous sommes allés aussi loin que le

permettaient les paramètres actuels de l’État dans l’affirmation de nos

priorités. Au cours des prochains mois, nous allons redéfinir ces

paramètres afin d’accroître et d’actualiser notre capacité de soigner,

d’éduquer et de prospérer. Nous allons redéployer notre État.

Cet État a été conçu il y a 40 ans : avant la mondialisation, avant

l’informatisation, avant le vieillissement de la population et surtout,

avant que les Québécois ne soient ce peuple conscient de ses forces et de

son habileté à atteindre les plus hauts sommets dans tous les domaines de

l’activité humaine. La remise à jour de l’État est une nécessité admise

par la classe politique depuis longtemps : « … nous sommes parfaitement

conscients des réactions que certaines de nos propositions risquent de

susciter chez plusieurs groupes d’intérêt. Il reste que, au terme de cet

examen, une évidence s’est imposée à nous, forte, indiscutable : cette

rationalisation est nécessaire, inéluctable … »1 Ces propos ne sont pas

tirés d’un document du Parti libéral du Québec, mais d’un rapport signé

dès 1997 par l’ex-ministre du Parti Québécois, Joseph Facal.

La modernisation de notre État n’est donc pas une question idéologique ou

partisane, mais une nécessité qui nous est dictée par notre époque et ses

enjeux. Il ne s’agit pas de nous détourner de notre mission sociale, mais

tout au contraire de nous assurer de pouvoir continuer à l’honorer. Il ne

s’agit pas non plus d’affaiblir l’État québécois, mais au contraire de lui

redonner tout son lustre, tout son prestige et toute sa pertinence. Car à

défaut de procéder à cette « rénovation » du Québec, nous tendrons vers un

point d’étouffement où nous paierons sans cesse plus cher pour des

services qui se détériorent… et le modèle québécois deviendra une relique.

Au printemps, j’ai annoncé l’enclenchement de six grands travaux qui sont

au cœur de la modernisation de l’État québécois. Une première étape

minutieuse a été franchie le 30 septembre. Nous avons complété

l’inventaire de chacun des organismes gouvernementaux, chacune de leurs

filiales, chacun des programmes qui en découlent. La pertinence de ces

organismes ou programmes sera débattue en fonction de cinq questions :

Ce programme (ou cet organisme) répond-il toujours à une mission de

l’État?

Atteint-il ses objectifs?

Pourrait-on l’offrir autrement et à moindre coût en préservant la

qualité des services aux citoyens?

Quelle est la meilleure instance pour en assumer la prestation?

A-t-on les moyens d’en assumer les coûts, ou faut-il en revoir la

portée?

Tout en débattant de ces questions, nous réviserons certaines lois pour

actualiser le fonctionnement du Québec. C’est ainsi que nous permettrons

le recours à la sous-traitance pour que nos hôpitaux ou nos villes, par

exemple, aient la possibilité de livrer des services de qualité avec

différents partenaires si cela peut se faire plus rapidement et à meilleur

coût.

Ce processus s’accomplira patiemment, mais avec détermination. Les

premiers rapports des comités pilotant les grands travaux seront complétés

en décembre. Ces rapports nous permettront d’élaborer un plan d’action qui

guidera le redéploiement de l’État québécois au cours des prochaines

années. Graduellement, l’État québécois deviendra plus efficace. Il sera

moins lourd. Il rendra de meilleurs services à meilleur coût. Il assumera

pleinement les responsabilités qui sont les siennes, comme la santé et

l’éducation. Il saura déléguer à d’autres, aux municipalités, aux

organismes communautaires ou aux entreprises privées, ce que d’autres

peuvent faire mieux ou à meilleur coût que lui. L’État québécois sera plus

que jamais une source de fierté pour nous tous.

Sans surprise, les groupes d’intérêt qui bénéficient du statu quo, et

devant qui le gouvernement précédent a reculé, font du bruit. Je leur

demande aujourd’hui de faire preuve d’ouverture et d’avoir la grandeur de

ne pas faire passer des intérêts corporatistes au-dessus des intérêts

historiques du Québec et de tous les Québécois.

Les femmes et les hommes qui se sont un jour levés pour faire naître un

État et ses institutions étaient des visionnaires. Ce n’est que se montrer

dignes de leur œuvre, ce n’est qu’assumer de façon responsable notre

devoir d’État, que d’adapter nos façons de faire aux réalités du Québec

d’aujourd’hui

Lorsque le monde change, l’immobilisme devient synonyme de recul. Moi,

tout comme vous, je veux que le Québec avance. Le seul Québec que je

conçois est un Québec qui est grand. Qui est capable de briller parmi les

meilleurs. Et qui est capable de réaliser les 7 millions d’ambitions qu’il

porte. C’est ce Québec que nous bâtissons ensemble.

[Charest=20031128]

Madame le Lieutenant-Gouverneur,

Monsieur le Cardinal,

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale

Monsieur le Chef de l’opposition officielle,

Monsieur le Président du Conseil de l’Ordre national du Québec,

Monsieur le Maire,

Distingués invités,

C’est pour moi un grand honneur et un grand privilège de vous accueillir

aujourd’hui pour poursuivre cette noble tradition, instituée par René

Lévesque en 1985. Aujourd’hui, par la remise des insignes de l’Ordre

national du Québec, le peuple du Québec, salue, félicite et remercie des

femmes et des hommes qui ont contribué de façon exceptionnelle au

rayonnement du Québec dans tous les domaines de l’activité humaine.

Aujourd’hui, les débats qui nous animent se suspendent. Aujourd’hui, nous

nous retrouvons tous ensemble, unis par l’essentiel : par notre fière

appartenance au Québec et par notre gratitude envers les femmes et les

hommes qui le composent.

Car en reconnaissant les accomplissements méritoires de certains parmi les

nôtres, nous nous trouvons aussi à saluer celles et ceux qui s’inscrivent

dans leur sillage.

La remise annuelle des insignes de l’Ordre national du Québec est ainsi un

moment où le Québec fait silence pour se laisser inspirer par la quête

d’idéal de certains de ses citoyens les plus éminents.

Trop souvent, c’est à l’imparfait et dans la tristesse du départ que le

Québec salue ses grands.

Or, cette cérémonie annuelle se déroule dans la joie de l’existence. Elle

permet aux femmes et aux hommes qui sont honorés d’augmenter leur

rayonnement et de là, de contribuer encore davantage, par émulation, à

semer ce germe de réussite qui bénéficie à l’ensemble du Québec.

Sur ce parterre se tiennent des femmes et des hommes dont les

accomplissements devraient être cités dans les écoles du Québec comme

autant de preuves que les rêves les plus ambitieux peuvent se réaliser.

Mesdames, Messieurs,

Je tiens à vous dire que l’honneur que vous recevez aujourd’hui n’a d’égal

que celui que j’ai de vous décorer de l’Ordre national du Québec.

À votre façon, chacun de vous est un héros du Québec contemporain.

Puissiez-vous tous et pour longtemps encore être des modèles vivants de

réussite et d’accomplissement pour des milliers de Québécois.

Chevaliers

Dora Wasserman : Vous avez fondé et dirigé le Théâtre yiddish, compagnie

résidente du Centre des arts Saidye-Bronfman de Montréal et seule troupe

permanente de théâtre yiddish en Amérique du Nord. Vous avez transmis

votre amour pour ce théâtre à de nouvelles générations d’acteurs et de

spectateurs de tous âges. Durant près de quarante ans, Mme Wasserman, vous

avez choisi et mis en scène plus de soixante-dix pièces. Certaines sont

des œuvres classiques yiddish et d’autres sont tirées du répertoire

international et québécois; plusieurs sont des œuvres de création. La

publication en trois langues de l’ouvrage Théâtre yiddish à Montréal, de

l’historien Jean-Marc Larue, témoigne de votre contribution au théâtre

québécois.

Dora Wasserman, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur

de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Helen (Eleni) Stavridou : Vous avez fondé, avec quelques partenaires,

l’Institut de design Montréal qui a ouvert ses portes en 1993. Depuis,

vous exercez, à titre de directrice générale, un leadership dynamique,

éclairé et des plus fructueux. Vous avez fait de cet organisme un lieu de

renommée internationale qui joue un rôle clé dans l’émergence d’une

culture du design au Québec, encourage l’innovation, favorise le

rayonnement des designers québécois à l’étranger, et assure l’élaboration

et la promotion de produits couronnés par des prix internationaux. Grâce à

vous, Mme Stavridou, Montréal se joint au peloton de tête des grands

centres de design des pays industrialisés.

Helen (Eleni) Stavridou, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du

Québec.

Alain Stanké : Journaliste, auteur, éditeur, sculpteur et bourlingueur,

voilà plus de cinquante ans que vous vous faites l’homme-orchestre du mot

et de l’image à travers le monde, que ce soit à la télévision, à la radio,

dans la presse écrite, entre les pages d’un livre ou dans une salle

d’exposition. M. Stanké, vous avez marqué le monde de l’information par

vos reportages et vos articles publiés au Québec et ailleurs dans le

monde. À titre de producteur, vous avez réalisé reportages, interviews et

documentaires sur une pléiade de personnalités internationales, et animé

de nombreuses émissions de variétés, entre autres, les fameuses Insolences

d’une caméra (1961). Auteur prolifique et éditeur chevronné, vous vous

félicitez d’avoir incité, à votre mesure, des milliers de lecteurs à

partager votre passion. Gestionnaire résolument original et grand

découvreur de talents, vous avez insufflé un nouvel esprit au domaine des

lettres québécoises. Éditeur de L’encyclopédie du Canada et de La mémoire

du Québec, vous êtes membre de l’Ordre du Canada depuis 1998.

Alain Standé, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Dr Rémi Quirion : Vous vous êtes distingué par vos recherches sur la

maladie d’Alzheimer, le vieillissement, la schizophrénie et les

neuropeptides. Vous êtes l’un des chercheurs en neurosciences les plus

cités du monde. Votre enthousiasme, votre leadership et votre empathie

font de vous, Dr Quirion, un professeur et un collègue estimé. Vous

enseignez à l’Université McGill depuis 1983 et êtes professeur titulaire

de psychiatrie. Vous êtes également directeur scientifique du Centre de

recherche de l’Hôpital Douglas, directeur fondateur du Réseau en santé

mentale du Québec, soutenu par le Fonds de recherche en santé du Québec,

et premier directeur scientifique de l’Institut des neurosciences, de la

santé mentale et des toxicomanies (INSMT) des Instituts de recherche en

santé du Canada (IRSC).

Dr Rémi Quirion, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur

de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Guy Provost : Grand comédien, vous avez marqué l’histoire du Québec au

théâtre, à la télévision et au cinéma. Passant d’un mode d’expression à un

autre avec la même ferveur, vous avez tenu des rôles inoubliables et avez

été un modèle pour plusieurs comédiens. M. Provost, vous avez d’abord

appris votre art en France, grâce à une bourse d’études octroyée par le

gouvernement du Québec en 1948. Par la suite, vous avez joué à la Comédie

de Saint-Étienne pendant deux ans, pour ensuite faire partie de la

prestigieuse équipe du Théâtre national populaire, dirigé par Jean Vilar,

en compagnie des Gérard Philipe, Philippe Noiret, Maria Casarès, et bien

d’autres. À votre retour, en 1955, vous avez animé La vie qui bat. Le

personnage d’Alexis dans Un homme et son péché fait immédiatement de vous

une vedette. Parmi vos interprétations magistrales, mentionnons le rôle du

médecin de quartier dans Les ordres, de Michel Brault.

Guy Provost, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Madeleine Plamondon : Cofondatrice du Service d’aide au consommateur

(SAC), vous avez profondément marqué le mouvement de défense des droits et

des intérêts des consommateurs du Québec. Vous avez traité avec passion

d’innombrables dossiers : lutte contre la pauvreté, respect des droits des

malades chroniques, émancipation des femmes, accès au système judiciaire.

Vous avez dirigé plusieurs études dans les secteurs bancaire, des

assurances et de la protection des renseignements personnels. Vous étiez,

jusqu’à récemment, administratrice indépendante du Centre du Réseau de

conciliation du secteur financier. Vous avez également siégé au conseil

d’administration de l’Association des courtiers et agents immobiliers du

Québec (ACAIQ) et du Bureau des services financiers du Québec, à titre de

représentante du public, nommée par le gouvernement du Québec. Et vous

avez été nommée au Sénat, le 9 septembre dernier.

Madeleine Plamondon, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du

Québec.

Ghislain Picard : Vous vous êtes toujours appliqué à faire reconnaître les

droits des Premières Nations dans un esprit d’harmonie et de tolérance.

Après des études en arts et en communications, vous avez d’abord été

chargé des relations avec la presse par le Conseil des Atikamekw et des

Montagnais, puis vous êtes devenu membre fondateur et directeur général de

la Société de communication Atikamekw-Montagnais. Depuis votre entrée en

fonction, en 1992, comme chef régional, vous êtes porte-parole officiel de

l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador. M. Picard,

vous êtes, pour le Québec, un interlocuteur privilégié, et les médias font

régulièrement votre éloge comme porte-parole et négociateur.

Ghislain Picard, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur

de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Jacques Laurin : Docteur de l’Université de Strasbourg, vous avez toujours

su communiquer votre amour et votre passion pour la langue française.

Linguiste, professeur, éditeur, chroniqueur à la radio et à la télévision,

conférencier et auteur de nombreux ouvrages, vous avez consacré votre vie

à la promotion et à l’amélioration du français. À votre façon, M. Laurin,

vous avez marqué le Québec par votre bonne humeur dans l’enseignement du

français. Vous avez passé soixante années de votre vie au Conservatoire

Lassalle où vous avez été successivement élève, professeur, directeur

général et membre du conseil d’administration. Et vous y êtes toujours.

Longtemps conseiller en communication orale auprès des journalistes et des

animateurs de la société Radio-Canada, chroniqueur à Télé-Métropole

pendant de nombreuses années, vous enseignez depuis trois ans la

communication orale dans la Chine de Taiwan, à l’Université Fu Jen de

Taipei. Ex-éditeur des Éditions de l’Homme, vous êtes aujourd’hui

éditeur-conseil à la même maison.

Jacques Laurin, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur

de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Guy Latraverse : On vous appelle, dans le milieu artistique, le père du

showbusiness québécois. Dans les années 1960, vous avez inventé un métier

qui n’existait pas encore au Québec : producteur de spectacles. Vous avez

créé des contacts avec le monde francophone de la scène, qui contribuent

encore au succès de nos artistes à l’étranger. Parallèlement, vous avez

produit près de mille heures d’émissions télévisées. Vous êtes à

l’origine, entre autres, des Francofolies de Montréal, du gala de

l’Association de l’industrie du disque et du spectacle (ADISQ), ainsi que

des galas du théâtre (La soirée des Masques), du cinéma (La soirée des

Jutra) et de l’humour (Les Olivier).

Guy Latraverse, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur

de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Père Paul-Émile Langevin : Spécialiste de l’Écriture sainte, vous avez

grandement contribué à la compréhension des évangiles à travers le monde.

Vous êtes l’auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels il faut mentionner

une exégèse de textes prépauliniens, Jésus Seigneur et l’eschatologie,

ainsi qu’une traduction commentée des quatre évangiles, largement

diffusée. Votre œuvre la plus importante est sans contredit votre

Bibliographie biblique multilingue, un ouvrage en trois volumes de plus de

4 000 pages. Vous avez enseigné pendant plus de quarante-cinq ans, plus

particulièrement à l’Université Laval, où vous avez été professeur de 1966

à 2000.

Père Paul-Émile Langevin, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du

Québec.

Jean-Pierre Ferland : Vous êtes l’un des grands

auteurs-compositeurs-interprètes du Québec et de la Francophonie. Vos

chansons Feuille de gui, Je reviens chez nous, Une chance qu’on s’a, T’es

belle, Un peu plus loin et tant d’autres, figurent parmi nos classiques.

Vous êtes de votre temps, quand vous n’êtes pas celui qui, grâce à un

instinct exceptionnel, sert de référence à toute l’industrie de la chanson

et du disque. M. Ferland, vous avez composé plus de 450 chansons,

enregistré plus de trente disques et affirmé votre talent sur scène avec

autant de succès. On vous a aussi vu au cinéma et au petit écran,

notamment dans les séries L’été des bozos, Jeunesse oblige, L’autobus du

show-business et Du gramophone au laser.

Jean-Pierre Ferland, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du

Québec.

Marcel Deslauriers : Pendant plus de cinquante ans, vous avez dirigé de

main de maître l’entreprise de peinture SICO que vous avez fondée en 1937,

en compagnie de votre associé, M. Roméo Fillion. Grâce à vous, les

Québécois ont fait leur marque dans un domaine industriel jusque-là dominé

par des multinationales, pour la plupart étrangères. M. Deslauriers, vous

avez été parmi les premiers chefs d’entreprise du Québec à offrir aux

employés un plan de participation aux profits et le droit de souscrire au

capital-actions. Vous avez ainsi réussi à conserver l’entreprise entre les

mains de ceux qui ont contribué à son édification. Sico inc. est

aujourd’hui le plus important manufacturier de peinture à capitaux

canadiens. Ses peintures et autres produits de protection et

d’embellissement font partie de ce patrimoine industriel québécois dont

nous pouvons être fiers.

Marcel Deslauriers, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du

Québec.

Yvan Desgagnés : Vous vous êtes appliqué à faire survivre la tradition

maritime héritée de vos ancêtres, et vous avez contribué à doter le Québec

d’une marine marchande de rang international. Vous avez travaillé au

maintien de la navigation côtière québécoise, tout en assurant un avenir

aux armateurs québécois. Officier de carrière, vous êtes président

fondateur du Groupe Desgagnés. Vous vous êtes aussi engagé dans la

fondation de la Société Sonamar, qui fait le transport du sel des îles de

la Madeleine. Vous avez participé à la création de la Société de

développement économique du Saint-Laurent, qui a été très active dans

l’établissement de la Politique maritime du Québec.

Yvan Desgagnés, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur

de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Melvin Charney : Vous êtes à la fois artiste, architecte, auteur et

professeur. Vos réalisations, l’influence critique et théorique de vos

écrits et de votre enseignement, de même que votre contribution à la vie

culturelle du Québec vous ont valu une renommée internationale. Votre

œuvre, qui allie sculpture et architecture, s’inscrit parmi les courants

les plus persistants et les plus inspirants de l’art contemporain depuis

les années 1960. Vous vous êtes distingué par vos imposantes installations

dans les lieux publics urbains. Au nombre des fondateurs de l’École

d’architecture de l’Université de Montréal et de la Faculté d’aménagement,

vous avez créé et dirigé l’Unité d’architecture urbaine, de 1978 à 1992.

Melvin Charney, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur

de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Germain Brisson : Membre d’une famille de producteurs agricoles

d’avant-garde, vous avez apporté une contribution unique à l’agriculture

québécoise. Premier agronome francophone à s’orienter vers la recherche en

nutrition animale, vous êtes aussi l’un des premiers à avoir saisi la

complémentarité des recherches dans les domaines de l’alimentation animale

et de l’alimentation humaine. Aujourd’hui professeur émérite à

l’Université Laval, vous avez contribué à former la grande majorité des

experts québécois en nutrition. L’alimentation des animaux d’élevage tire

quotidiennement profit de vos travaux scientifiques, et les applications

de vos recherches contribuent encore à améliorer l’efficacité des

exploitations agricoles d’ici et d’ailleurs.

Germain Brisson, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur

de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Bernard Beugnot : Spécialisé dans l’étude des auteurs du XVIIe siècle

français, vous vous êtes rapidement imposé comme un maître au Québec et à

l’étranger. Vous avez non seulement travaillé tout au long de votre vie

sur le thème de la retraite, mais vos études sur Guez de Balzac et Boileau

font autorité. Vous avez parallèlement développé un goût marqué pour la

littérature du XXe siècle, vous attardant à l’œuvre d’Anouilh et de

Francis Ponge. Spécialiste de l’édition critique, vous avez dirigé celle

des œuvres de Ponge et d’Hubert Aquin. Vous êtes un pédagogue de talent

qui a marqué des générations d’étudiants. Vous êtes aujourd’hui professeur

émérite de l’Université de Montréal.

Bernard Beugnot, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur

de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Dr François A. Auger : Vous avez développé une expertise exceptionnelle en

génie tissulaire. Votre apport à la reconstruction cutanée et d’autres

tissus humains, plus particulièrement en ce qui concerne les vaisseaux

sanguins et la cornée, est de première importance pour la santé de la

population. En 1985, vous avez créé le Laboratoire d’organogénèse

expérimentale (LOEX), dont les travaux sont bien connus pour l’une de ses

plus grandes applications, la greffe de la peau cultivée, dont bénéficient

les grands brûlés du Québec. Le laboratoire a aujourd’hui diversifié ses

activités pour inclure des travaux dans les domaines vasculaire,

orthopédique, pulmonaire et oculaire.

Dr François A. Auger, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du

Québec.

Officiers

Denise Ouellet-Grenier : À titre de première directrice de l’Ordre

national du Québec, de 1984 à 2001, et sous plusieurs gouvernements, vous

avez maintenu le cap et mené cette institution vers sa maturité, puisque

vous en avez largement élaboré les statuts et règlements et que vous lui

avez imprimé sa culture actuelle. Vous avez contribué par le fait même à

façonner l’histoire de l’Ordre. Vous avez rempli votre mandat avec

intelligence et enthousiasme, et vous avez toujours été d’une objectivité

et d’une neutralité exemplaires.

Denise Ouellet-Grenier, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national du

Québec.

Louise Otis : Vous avez d’abord pratiqué le droit pendant quinze ans, vous

spécialisant en droit du travail et en droit administratif. De 1981 à

1985, vous êtes membre du Conseil consultatif de la justice du Québec.

Vous devenez juge à la Cour supérieure du district de Québec, en 1990, et

accédez à la Cour d’appel du Québec, trois ans plus tard. Vous vous êtes

distinguée par la conception et l’implantation, à une Cour d’appel, de

l’un des premiers systèmes de conciliation judiciaire du monde. Le modèle

québécois est désormais source d’inspiration dans plusieurs pays. La mise

en œuvre de la conciliation judiciaire transformera la mission classique

de la justice et aura une influence déterminante sur le travail des juges

de tous les tribunaux, ainsi que sur la façon dont les citoyens conçoivent

la justice et son accessibilité. Par la conciliation judiciaire, la

distance entre l’appareil judiciaire et la société s’amenuise et celle-ci,

en étant mieux comprise, s’en trouve mieux servie.

Louise Otis, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national du Québec.

Vincent Lemieux : Politologue, vous avez toujours été animé du souci de

donner à vos travaux une portée pratique, de manière à offrir une

contribution tangible au développement de la société québécoise. Vous

figurez parmi les chercheurs ayant le plus contribué à valoriser la

dimension scientifique de la science politique. Vous avez acquis une

réputation internationale. Vous avez pris part à plusieurs commissions

royales d’enquête et vous êtes souvent sollicité par les médias pour vos

analyses des questions brûlantes. Professeur émérite de l’Université

Laval, vous vous consacrez aujourd’hui à la recherche fondamentale,

reprenant l’examen des partis, des réseaux et des coalitions sous l’angle

des concepts de structure et d’organisation.

Vincent Lemieux, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur

de vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national du Québec.

Marie-Hélène Falcon : Vous vous êtes consacrée à la diffusion de la

création théâtrale contemporaine, à l’échelle nationale et internationale.

Cofondatrice du Festival de théâtre des Amériques, vous en êtes la

directrice générale et artistique depuis 1983. En 1996, vous inaugurez

Théâtres du Monde, présenté en alternance avec le festival. Grâce à ces

deux événements, le travail des grands metteurs en scène et des compagnies

marquantes de notre époque est présenté à Montréal. En 1997, vous créez

Nouvelles Scènes, qui favorise la circulation des œuvres de création au

Québec et permet aux jeunes compagnies et artistes québécois de se faire

entendre.

Marie-Hélène Falcon, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national du

Québec.

Dr Richard Cruess : Vous vous êtes distingué par vos recherches en

orthopédie et par votre contribution à l’enseignement et à la gestion de

la recherche en santé. Vous avez plus particulièrement étudié

l’ostéonécrose stéroïdienne et conçu un traitement fondé sur l’évolution

naturelle de cette maladie. Vous avez également étudié l’effet de

différentes hormones sur le système musculo-squelettique, notamment sur le

développement des récepteurs protéiniques d’hormones stéroïdiennes et

peptidiques à la période fœtale. Professeur à l’Université McGill, vous

avez créé le laboratoire de recherche orthopédique de l’hôpital Royal

Victoria et avez été doyen de la Faculté de médecine, de 1981 à 1995.

Depuis 1995, en collaboration avec votre femme, la docteure Sylvia Cruess,

vous écrivez et donnez des conférences sur le professionnalisme chez le

médecin.

Dr Richard Cruess, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national du

Québec.

Michel Brault : Avec plus de deux cents productions cinématographiques à

votre actif, vous êtes l’une des figures marquantes du cinéma québécois.

Tour à tour caméraman, directeur de la photographie, réalisateur et

producteur, vous avez fait œuvre de pionnier dans le domaine du

documentaire en participant à l’émergence du cinéma direct. Votre nom est

aussi associé à la création de plusieurs œuvres magistrales du cinéma de

fiction. En 1963, votre film Pour la suite du monde fut le premier film

canadien présenté en compétition au Festival de Cannes. En 1975, à ce même

Festival de Cannes, vous receviez le prix de la mise en scène pour votre

film Les ordres. Au-delà de votre contribution professionnelle, soulignons

vos qualités humaines, votre souci d’encourager la relève et votre

engagement indéfectible envers la société québécoise.

Michel Brault, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national du Québec.

Yves Beauchemin : Conteur extraordinaire, votre psychologie est fine et

pleine d’humour. Le Petit Robert des noms propres vous décrit comme un

ardent défenseur du patrimoine francophone du Québec. Vous vous classez

parmi nos écrivains emblématiques. De vos romans les plus connus,

mentionnons L’enfirouapé, Le matou, Juliette Pomerleau et Les émois d’un

marchand de café, qui ont remporté de nombreux prix tant de la critique

que du grand public. Plusieurs de vos œuvres ont été traduites et adaptées

pour le cinéma et la télévision. Et vous êtes membre de l’Académie des

lettres du Québec depuis 1993.

Yves Beauchemin, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur

de vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national du Québec.

Grands officiers

Charles Taylor : Professeur émérite de philosophie à l’Université McGill,

vous êtes une figure de proue tant dans le monde des lettres que dans

celui de la philosophie. Bien que votre formation appartienne à la

tradition de la philosophie analytique d’Oxford, vous la transcendez et

l’appliquez à la philosophie existentielle et à la phénoménologie. Vos

efforts constants pour un rapprochement des cultures sont traduits

notamment dans votre ouvrage Rapprocher les solitudes (1992) qui résume

parfaitement votre œuvre. (Vous êtes un homme fort occupé, car depuis que

vous avez été sélectionné par le Conseil l’Ordre national du Québec, je

suis le troisième premier ministre qui tente de vous remettre cet

hommage!)

Charles Taylor, avec les compliments du peuple québécois, j’ai finalement

l’honneur de vous décorer de l’insigne de Grand Officier de l’Ordre

national du Québec.

Ethel Stark : Violoniste et chef d’orchestre de grand talent, vous avez

contribué à enrichir notre héritage musical et à affirmer la présence du

Québec dans l’univers de la musique. Seule et sans aide, vous avez

accompli une chose unique : former un orchestre symphonique féminin de

réputation internationale, la Symphonie féminine de Montréal. Vous avez

également été fondatrice et directrice du New York Women’s Chamber

Orchestra, de la Symphonietta Ethel Stark et des Cordes de la Symphonie

féminine de Montréal. Vous avez travaillé avec plusieurs orchestres

montréalais et torontois, et vous avez été invitée à diriger de grands

orchestres au Québec et à l’étranger.

Ethel Stark, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne de Grand Officier de l’Ordre national du Québec.

Père Emmett Johns : Vous avez fondé Le Bon Dieu dans la rue, un organisme

œcuménique sans but lucratif qui vient en aide aux jeunes sans-abri ou en

fugue. En 1988, mieux connu sous le nom de Pops, vous achetez une roulotte

et vous vous mettez en route le soir pour donner aux jeunes sans-abri un

peu de nourriture et d’amitié. Grâce à vous, l’organisme se développe au

fil des ans. « Dans la rue » offre aujourd’hui un abri d’urgence, Le

Bunker, un centre de jour pour jeunes itinérants, Chez Pops, une clinique

médicale, une école et de nombreux services.

Père Emmett Johns, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne de Grand Officier de l’Ordre

national du Québec.

Robert Després : Vous vous êtes révélé un administrateur de premier plan

tant dans le domaine public que dans le secteur privé. Vous avez été

sous-ministre du Revenu du Québec, président fondateur et directeur

général de la Régie de l’assurance-maladie du Québec et président de

l’Université du Québec. Par la suite, vous avez occupé plusieurs postes

importants, notamment ceux de président et chef de la direction de Netcom

inc. et de Cablevision nationale, et de président du conseil

d’administration d’Énergie atomique du Canada ltée et de Produits

forestiers Alliance inc. Vous avez siégé au Comité d’étude sur les

institutions financières, ainsi qu’à la Commission royale d’enquête sur la

gestion financière et l’imputabilité.

Robert Després, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur

de vous décorer de l’insigne de Grand Officier de l’Ordre national du

Québec.

Mgr Maurice Couture : Vous êtes un ecclésiastique éminent et respecté dans

tous les milieux. Successivement supérieur provincial et supérieur général

de votre communauté religieuse, évêque auxiliaire de Québec et évêque

diocésain de Baie-Comeau, vous avez occupé la fonction d’archevêque de

Québec et primat de l’Église canadienne, de 1990 à 2002. Depuis des

années, vous jouez un rôle important au sein de l’Assemblée des évêques du

Québec et de la Conférence des évêques catholiques du Canada. Vous avez

apporté une contribution notable au domaine de l’éducation, et votre

engagement envers les démunis et en faveur des droits de la personne est

remarquable. Présent dans les milieux social, scolaire, économique,

culturel et auprès de la jeunesse, vous êtes un communicateur exceptionnel

et apprécié de tous.

Mgr Maurice Couture, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne de Grand Officier de l’Ordre

national du Québec.

Mesdames, Messieurs les Chevaliers, les Officiers et les Grands Officiers

de l’Ordre national du Québec, je vous félicite pour les accomplissements

qui vous valent ces décorations.

Je vous remercie de nous montrer chaque jour qu’aucun sommet n’est trop

haut pour qui sait allier l’audace de la remise en question à l’humilité

de travailler, et qui ose ne pas faire taire la voix de sa conscience ou

de ses convictions.

Vous êtes l’incarnation de ce Québec qui est capable de briller parmi les

meilleurs.

[Charest=20031031]

Merci Me Décary pour cette présentation élogieuse,

Comme vous l’avez dit, je suis moi aussi un avocat plaideur. Toutefois, si

je me suis détourné de la pratique du droit il y a déjà plusieurs années,

c’est que j’ai été ébranlé, en début de carrière, de constater que les

avocats n’avaient pas très bonne réputation. Voilà pourquoi je suis devenu

politicien!

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Il me fait très plaisir d’être avec vous ce matin et de vous souhaiter la

bienvenue à Montréal. Vous êtes ici dans la 2e ville francophone du monde

en importance après Paris.

Vous êtes dans une métropole réputée pour la joie de vivre de ses

citoyens, la sécurité de ses rues et le dynamisme de son économie.

Je vous invite à vous attarder chez nous, à étirer votre séjour pour

découvrir le charme latin des quartiers de Montréal ou pour prendre la

route et vous laisser transporter par les flamboyants paysages de

l’automne québécois.

Vous êtes tous les bienvenus chez nous.

Vous me permettrez de féliciter le nouveau président de l’American College

of Trial Lawyers, M. David W. Scott, premier Canadien en 53 ans à être

nommé à la tête de votre très prestigieuse organisation, qui regroupe

probablement les meilleurs avocats plaideurs du monde.

M. Scott, à mon sens, votre accession à la tête de l’ACTL s’inscrit dans

cette évolution des relations canado-américaines qui tendent de plus en

plus vers une véritable coopération transfrontalière.

Après une douzaine d’années de libre-échange, l’axe nord-sud est en effet

devenu non seulement la plus large autoroute commerciale du monde, mais

aussi un riche canal de coopération et de discussion. Ce canal prolonge

l’amitié entre nos peuples dans de nombreux domaines de partenariats comme

l’environnement, la recherche scientifique et médicale et aussi des

questions d’ordre juridique dont la portée transcende les différences qui

existent entre nos systèmes de justice; pensons seulement aux questions de

propriété intellectuelle qui se posent avec une acuité toute nouvelle avec

la montée de l’Internet.

Vous êtes tous familiers avec la politique dans son sens le plus large ou

des volets plus particuliers des relations entre l’État et les citoyens.

Certains parmi vous se sont impliqués directement en politique ou se sont

engagés dans des causes impliquant l’État, qu’il ait été demandeur ou

défendeur.

La vaste question des relations entre l’État et les citoyens est en effet

un domaine d’action et de réflexion qui interpelle de façon continue tout

autant les politiciens que les juristes.

Aujourd’hui, je vais vous parler du Québec, sous l’angle plus particulier

des relations entre l’État et les citoyens. Il y a sur ce sujet un débat

politique passionnant qui a cours chez nous, parce que notre gouvernement

a entrepris de remettre à jour la relation entre l’État et les citoyens.

Afin que vous saisissiez bien l’importance du rôle que joue l’État dans la

vie des citoyens du Québec, vous me permettrez de parler un peu de culture

et d’identité.

De façon générale, vous conviendrez que les citoyens doivent se

reconnaître et se retrouver dans leur État, ses institutions et ses façons

de faire. L’État démocratique, quel qu’il soit, est un système qui reflète

les valeurs qui unissent les citoyens d’une société.

C’est vrai au Québec comme partout ailleurs au Canada ou aux États-Unis.

Mais ce qui est particulier au Québec, c’est que la relation État-citoyen

touche directement à la notion d’identité. Il y a une raison mathématique

à cela. Avec ses quelque 7 millions d’habitants, dont 5 millions de

francophones, le Québec français représente à peine 2 % du vaste ensemble

de 300 millions de personnes d’expression anglaise qui composent le Canada

et les États-Unis.

Cette fragilité numérique a amené les différents gouvernements qui se sont

succédés au fil des ans à se poser comme des protecteurs du désir ardent

des Québécois de vivre et de grandir en français et à leur manière en

terre d’Amérique.

Depuis les années 60, l’émergence du Québec parmi les sociétés modernes du

monde s’est donc accompagnée d’une action constante et résolue de l’État

québécois en faveur du renforcement de l’identité québécoise. Cette

identité comporte deux éléments principaux : la langue et la culture.

C’est ainsi que des lois ont été adoptées afin de consacrer l’usage du

français comme langue du travail, comme langue d’enseignement, notamment

pour les nouveaux arrivants, ou comme langue d’affichage.

L’État québécois s’est aussi engagé dans le développement, la promotion et

le soutien de sa culture et des artistes qui la font. Chaque année, le

Québec alloue environ 1 % de son budget pour soutenir ses auteurs, son

théâtre, son cinéma ou sa production télévisuelle.

Si le Québec n’avait pas fait cela au cours des 40 dernières années, notre

culture, notre âme, serait aujourd’hui noyée dans la marée des produits

culturels de langue anglaise.

Vous comprendrez ainsi pourquoi le Québec, tout comme le Canada

d’ailleurs, se range du côté des nombreux gouvernements qui militent en

faveur de l’exclusion de la culture des accords de libéralisation

commerciale. Pour nous, comme pour toutes les sociétés qui n’ont pas

l’avantage du nombre, il est vital de préserver le droit de soutenir notre

culture.

Car encore aujourd’hui, et malgré tous nos efforts, nos moyens paraissent

souvent dérisoires. À titre d’exemple, la totalité du budget annuel de

l’industrie cinématographique québécoise ne dépasse pas le budget d’une

seule production majeure hollywoodienne. Sans l’implication de l’État, le

cinéma québécois n’existerait tout simplement pas.

Or, notre cinéma, a tout récemment connu des heures de gloire

exceptionnelles remportant les plus grands honneurs à Cannes et à Toronto.

Notre cinéma est à l’image de notre culture qui est florissante.

Aujourd’hui, par exemple, à Las Vegas, ce sont des artistes québécois qui

sont les plus gros vendeurs de billets de spectacles avec Céline Dion et

le Cirque du Soleil.

Je tiens par ailleurs à préciser que l’engagement de l’État québécois en

faveur du français et de notre culture d’expression française ne s’est

jamais fait à l’encontre de notre population anglophone ou allophone. Les

Québécois d’expression anglaise ont leur propre réseau d’institutions qui

comporte de grandes écoles, comme l’Université McGill, et leur propres

hôpitaux.

Et d’ailleurs, les artistes anglophones ou allophones ont eux aussi accès

au même soutien de l’État québécois. Si notre langue commune est le

français, si notre culture est majoritairement d’expression française, le

voisinage de l’anglais et des autres cultures fait aussi partie de ce que

nous sommes en tant que Nord-Américains.

Le Québec est une société d’ouverture et de tolérance. Notre diversité

fait partie de notre richesse.

Et une des manifestations les plus originales de cette cohabitation est

notre système juridique. Le Québec combine littéralement, au quotidien,

deux traditions de droit. Notre droit criminel, de compétence fédérale,

est d’inspiration britannique, tandis que notre droit civil est d’origine

française et émane directement du Code Napoléon.

Cette présence active et nécessaire de l’État dans la dimension

identitaire de la vie québécoise sera farouchement maintenue par notre

gouvernement dans un esprit de continuité qui a rallié tous les

gouvernements du Québec depuis 40 ans, qu’ils aient été souverainistes ou

fédéralistes.

Mais l’engagement de l’État québécois dans la vie du Québec et des

citoyens va beaucoup plus loin.

L’État québécois, tout en agissant de façon à affirmer l’identité

québécoise, a investi de multiples domaines d’activité.

Nous avons édifié un système public de santé qui fait que tous sont égaux

devant la maladie et la souffrance. Ce système est le reflet de nos

valeurs de compassion et de justice sociale.

Nous avons aussi bâti un système public d’éducation, qui comporte de

grandes écoles, et qui permet à tous les Québécois qui le désirent

d’accéder à des études supérieures. Ce système fait écho à notre croyance

dans l’égalité des chances.

Nous nous sommes aussi donné des leviers étatiques de développement

économique, comme la Caisse de dépôt et Placement du Québec, qui est le

plus important investisseur institutionnel au Canada, ou Hydro-Québec, qui

approvisionne les Québécois, et des Américains à certains moments de

l’année, avec une énergie propre, fiable et renouvelable.

Les outils collectifs que le Québec s’est donné ont largement contribué

aux réussites du Québec.

Montréal, par exemple, se classe au 4e rang en Amérique du Nord pour le

nombre d’emplois par habitant dans les secteurs de haute technologie,

devant des villes comme Dallas ou Toronto. Soixante pour cent de toutes

les firmes d’ingénieurs au Canada se trouvent ici. Notre capitale, Québec,

est à l’avant-garde mondiale dans les domaines de l’optique et de la

photonique. Le Québec est aussi un chef de file dans des domaines aussi

stratégiques que les biotechnologies, l’aérospatiale ou la pharmacologie.

Le Québec est devenu une puissance exportatrice; 60 % de notre PIB dépend

aujourd’hui des exportations. Or, 85 % de nos exportations internationales

de biens trouvent preneurs aux États-Unis. Mais c’est loin d’être à sens

unique. Le Québec est devenu le 4e marché d’exportation en importance pour

l’économie américaine. Le libre-échange est profitable des deux côtés de

la frontière.

Derrière ces réussites du Québec se profilent presque 300 sociétés d’État

et organismes relevant de l’État québécois. Ils se sont ajoutés au cours

des 40 dernières pour constituer une architecture étatique qui apparaît

aujourd’hui… parfois trop complexe et parfois trop coûteuse.

À nos yeux, en ce début de siècle nouveau, la meilleure façon pour l’État

québécois de participer à notre essor économique n’est pas d’intervenir de

façon aussi soutenue dans la vie des entreprises, mais de se mettre au

service des citoyens qui les font grandir.

C’est dans cet esprit, qu’il y a 6 mois, les Québécois nous ont donné un

mandat de changement. Ce changement implique de redéployer notre État afin

qu’il corresponde aux besoins actuels des Québécois.

C’est ainsi que nous avons entrepris de faire l’examen de tous les

organismes qui relèvent de l’État afin de s’assurer de leur pertinence.

Nous voulons aussi que l’État québécois prenne résolument le virage du

gouvernement en ligne afin d’offrir de meilleur services à meilleur coût.

Parallèlement, nous avons entrepris de recentrer l’État sur ses missions

essentielles : santé, éducation, prospérité, sécurité, identité.

L’État, en tant que système démocratique, doit refléter les valeurs des

citoyens. Or, les Québécois sont unis derrière une conception de la

société qui repose sur la compassion, la justice sociale et l’égalité des

chances.

De ce retour aux sources de la réflexion sur le rôle de l’État et sur la

substance de la relation entre l’État et les citoyens, nous plaçons la

santé et l’éducation au sommet de nos priorités.

Et le premier budget que nous avons présenté a confirmé ces priorités.

Nous avons accru de 7,2 % le budget dévolu à la santé et de 3,6 % celui

dévolu à l’éducation.

Le tri que nous entamons dans l’ensemble des engagements de l’État nous

aidera par ailleurs à baisser les impôts des Québécois, à dynamiser notre

économie et à améliorer notre niveau de vie.

Dans le contexte québécois où l’État est très présent, où l’État est en

relation directe avec l’identité, et où les citoyens éprouvent un

attachement à l’État, cette remise à jour du fonctionnement et des

priorités du gouvernement soulève des questions.

Ces débats sont sains et témoignent de la vitalité de notre vie

démocratique et de notre désir ardent de vivre ensemble, à notre manière,

en étant aussi fiers de ce que nous sommes que de notre appartenance à

l’Amérique du Nord.

Mesdames, Messieurs,

En parcourant la dernière édition du bulletin de l’American College of

Trial Lawyers, je suis tombé sur ce passage : « The president-elect tries

to bring to the attendees speakers who leave the audience with a thought

provoking message. »

Aujourd’hui, j’ai voulu vous dépayser en vous ouvrant sur la réalité du

Québec où la relation entre l’État et les citoyens est unique en Amérique

du Nord.

Le Québec, fier de son identité, et enthousiaste devant son avenir, est

profondément engagé dans une relation de commerce et de coopération

politique et scientifique avec ses voisins et partenaires canadiens et

américains.

Je vous remercie

[Charest=20031103]

Monsieur le Ministre de la Santé et des Services sociaux,

Monsieur Mulroney,

Monsieur Johnson,

Chers partenaires du réseau de la santé et du milieu universitaire,

Mesdames, Messieurs,

Nous franchissons aujourd’hui une étape importante en faveur du

développement de la médecine universitaire à Montréal, et dans l’ensemble

du Québec.

Je vous annonce avec une grande joie que monsieur Brian Mulroney et

monsieur Daniel Johnson ont accepté de présider ensemble la Commission qui

analysera les projets que déposeront, d’ici quelques semaines, le Centre

hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) et le Centre universitaire de

santé McGill (le CUSM).

À ce titre, ils devront s’assurer de la faisabilité des projets soumis, de

leur conformité aux objectifs gouvernementaux, et de la bonne gestion de

leur réalisation.

Ils devront aussi s’assurer, conformément aux critères que nous avons

établis, que les deux projets recueillent dans la communauté une

contribution correspondant à 20 % du total des deux enveloppes prévues

d’un milliard de dollars.

Messieurs, je vous remercie, au nom de tous les Québécois, d’avoir accepté

cette mission.

Elle est déterminante pour l’évolution de la médecine universitaire

québécoise, pour l’épanouissement de notre science et de notre recherche,

et pour l’affirmation de Montréal et du Québec parmi les villes et les

sociétés du monde qui définissent les progrès de la médecine.

Généralement, quand on annonce des nominations, on prend quelques minutes

pour présenter le curriculum vitae des personnalités choisies.

Je pense que je peux aujourd’hui faire l’économie des biographies

habituelles.

Monsieur Couillard et moi avons choisi messieurs Mulroney et Johnson parce

qu’ils ont un souci élevé du bien commun, parce qu’ils ont œuvré aux plus

hauts niveaux de l’administration publique, parce qu’ils sont des

gestionnaires respectés autant dans le secteur privé que dans le secteur

public et parce qu’ils sont tous deux de grands Québécois et de grands

Montréalais.

Leur engagement dans le processus de réalisation des deux nouveaux centres

hospitaliser universitaires de Montréal est garant d’une analyse de la

plus grande rigueur possible.

D’autre part, leur nomination est aussi le reflet de l’importance que nous

accordons à ces projets et de la détermination de mon gouvernement à aller

de l’avant. On ne recrute pas deux anciens premier ministres, pour ensuite

reculer.

La médecine universitaire

Monsieur Couillard et moi avons souvent répété que nous accordions une

très grande importance à la médecine universitaire.

La médecine universitaire joue, dans les sociétés modernes, un puissant

rôle moteur. Le travail remarquable qui se réalise dans nos hôpitaux

universitaires et dans nos facultés de médecine doit se situer

quotidiennement à la fine pointe du développement de la médecine et de la

transmission du savoir.

Les activités de recherche, d’enseignement et d’évaluation des

technologies de la santé, autant d’éléments propres à la médecine

universitaire, ont favorisé une amélioration rapide des pratiques en

matière de soins de santé.

Tout cela profite chaque jour aux Québécois qui peuvent compter sur des

soins de santé spécialisés et ultra-spécialisés de la plus haute qualité.

Monsieur Couillard a déjà annoncé une mise en réseau plus explicite de la

médecine universitaire. L’un des effets des décisions qu’il a rendues

publiques, c’est que, dorénavant, les ressources des grands centres

hospitaliers universitaires et des facultés de médecine seront mises

davantage au service des régions du Québec.

C’est pourquoi j’ai dit tout à l’heure que l’annonce d’aujourd’hui était

importante non seulement pour Montréal, mais aussi pour l’ensemble du

Québec.

Les deux projets

Je vous rappelle que, à peine trois mois après notre arrivée au pouvoir,

le Conseil des ministres a donné le feu vert aux deux grands projets

pilotés par le CHUM et le Centre universitaire de santé McGill.

En juillet, monsieur Couillard et la présidente du Conseil du trésor ont

défini les nouvelles balises des deux projets, une clarification qui

s’imposait après des années de flottement et d’hésitation.

L’analyse placée sous la responsabilité de monsieur Mulroney et monsieur

Johnson permettra maintenant de garantir que les deux nouveaux hôpitaux

seront construits dans le respect de ces balises.

Messieurs Mulroney et Johnson sauront aussi tenir compte d’un autre aspect

des choses, qui avait été jusqu’ici négligé : un grand hôpital, c’est

avant tout un établissement de santé, cela va de soi, mais c’est aussi un

très grand meuble urbain.

C’est pourquoi la Commission étudiera non seulement le volet santé des

deux projets, mais accordera aussi beaucoup d’importance à leurs

répercussions sur la trame urbaine de Montréal et sur la gestion des

transports.

Monsieur Mulroney, Monsieur Johnson, merci de faire à nouveau profiter la

collectivité québécoise de votre expertise et de votre sagesse.

Monsieur le Ministre de la Santé et des Services sociaux, à vous

maintenant de nous donner un peu plus de précisions sur ces deux

projets…

Une question, une réponse

Vous nommez deux amis personnels à des postes stratégiques, est-ce qu’il

n’y a pas là un problème éthique?

Brian Mulroney et Daniel Johnson sont effectivement des amis personnels et

tout le monde le sait. Les choses sont donc claires. Si cela devait les

disqualifier d’une charge publique, le Québec se priverait de la

contribution de deux hommes d’une exceptionnelle valeur, reconnus et

respectés dans tous les milieux.

Je vois mal, d’autre part, qui pourrait critiquer le fait, après des

années d’hésitation, que les deux plus hauts responsables de la

réalisation du nouveau CHUM et du nouveau Centre universitaire de santé

McGill aient l’oreille attentive du premier ministre.

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[Charest=20031104]

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Monsieur le Chef de l’Opposition officielle,

Monsieur le Député de Rivière-du-Loup,

Monsieur le Président de la Commission de la capitale nationale (Pierre

Boulanger),

Chers amis,

La semaine dernière, l’Assemblée nationale, d’une voix unanime, a

réaffirmé que le Québec formait une nation.

Si nous avons aujourd’hui cette conscience que les Québécois sont

pleinement maîtres de leur destinée et de leurs choix, c’est parce que des

hommes comme Louis-Hippolyte Lafontaine se sont levés pour forger notre

histoire, notre mémoire et notre identité.

En 1830, Lafontaine avait 23 ans, lorsqu’il a été élu à la Chambre

d’assemblée. Ce parlement sans pouvoirs était l’ancêtre de notre Assemblée

nationale.

En 1834, il s’allie à Louis-Joseph Papineau et à son Parti patriote en

appuyant les 92 résolutions réclamant de Londres de véritables pouvoirs.

Le rejet de ces revendications en 1837 conduit à une révolte, puis à

l’emprisonnement de 26 patriotes. Lafontaine est dépêché à Londres pour

obtenir des concessions. Mais sa médiation échoue et lui-même est

emprisonné. La suite est connue : 12 patriotes sont pendus au

Pied-du-courant, dont le chevalier de Lorimier.

Pour Lafontaine, la voie de la révolte est sans issue et elle est surtout

source de trop de souffrances. Profondément épris de justice, fier de ses

origines et de sa langue, il décide de remplacer le bruit des armes par le

poids des mots.

Lafontaine obtiendra par la politique ce que le soulèvement n’a su

procurer aux siens. Il fait le pari québécois de réformer de l’intérieur

le Parlement colonial, alors basé à Kingston.

Le 13 septembre 1842, Lafontaine dira ceci : « Quand même la connaissance

de la langue anglaise me serait aussi familière que celle de la langue

française, je n’en ferais pas moins mon premier discours dans la langue de

mes compatriotes canadiens-français, ne fût-ce que pour protester

solennellement contre cette cruelle injustice de l’Acte d’Union qui tend à

proscrire la langue maternelle d’une moitié de la population du Canada. »

Si le Québec a su préserver par-delà les années et la loi du nombre sa

langue et sa culture, c’est en bonne partie grâce à Louis-Hippolyte

Lafontaine.

Lafontaine se fait élire à Toronto à la tête d’un groupe de députés

Canadiens français et avec l’appui du chef des réformistes du Haut-Canada,

Robert Baldwin.

Cette alliance avec Baldwin bloque les visées centralisatrices et

assimilatrices de l’Angleterre, elle rétablit le droit de cité du français

comme langue parlementaire, elle conduit à un train de réformes

démocratiques et elle mène au déménagement du parlement canadien à

Montréal.

En 1848, Lafontaine et Baldwin font vaciller la tutelle britannique. Le

gouverneur Elgin leur confie les rennes d’un véritable gouvernement

responsable, dans lequel peuvent se reconnaître les Canadiens français.

Louis-Hippolyte Lafontaine réalise ainsi par la voie diplomatique et

politique le premier objectif que poursuivaient les patriotes.

Un an plus tard, Lafontaine et Baldwin, qui sont en quelque sorte les deux

premier co-premiers ministres d’un Canada naissant, adoptent une loi pour

dédommager les familles des patriotes dont les propriétés avaient été

saccagées par les troupes britanniques.

Cette fois, ce sont les Anglais qui se révoltent. Le Parlement de Montréal

est incendié. Il sera plus tard établi à demeure à Ottawa.

Louis-Hippolyte Lafontaine a joué un rôle central dans la reconnaissance

politique des Canadiens français dont nous sommes les fiers descendants.

Il était de ces grands hommes de l’histoire qui ont su trouver, lorsque

tout semblait perdu, une façon de faire avancer la justice, leurs idéaux

et la cause des leurs.

Par sa détermination, sa capacité de tisser des alliances, Louis-Hippolyte

Lafontaine est un exemple pour nous tous.

Aujourd’hui, après une trop longue absence, il reprend sa place devant le

salon des élus du peuple québécois aux côtés de ses contemporains

Louis-Joseph Papineau et Honoré-Mercier.

[Charest=20031111]

Monsieur le Président,

Je demande le consentement de cette chambre pour présenter, conjointement

avec le chef de l’Opposition officielle, la motion suivante :

Que l’Assemblée nationale souligne le jour du Souvenir et rende hommage à

tous ceux parmi les nôtres qui ont servi en temps de guerre ou de paix

précaire au 20e siècle ou en ce début de 21e; qu’elle se souvienne que par

milliers, des hommes et des femmes de chez nous sont morts ou ont mis leur

vie en péril pour la liberté et la justice en servant dans l’armée, la

marine, l’aviation, la marine marchande ou dans les forces de maintien de

la paix; et qu’elle observe deux minutes de silence en hommage à la

mémoire des disparus et en signe de respect pour ceux qui sont revenus,

ceux qui sont actuellement en mission ou ceux qui se préparent à partir…

Monsieur le Président,

Comme chaque année, nous prenons le temps de nous arrêter et de rendre

hommage au courage, au sacrifice, des quelque 1,5 millions de Canadiens,

dont des dizaines de milliers de Québécois, qui ont servi en temps de

guerre et qui ont participé à des missions de maintien de la paix.

C’est un très grand privilège que celui d’être libre. Et si nous sommes

libres aujourd’hui, c’est parce que nos semblables ont combattu et péri

pour que leurs enfants et petits-enfants, dont nous sommes, puissent jouir

du privilège de la liberté.

Aujourd’hui, nous accomplissons donc notre devoir d’État en nous souvenant

des nôtres qui sont morts au combat et en nous recueillant avec les

familles des disparus et avec les anciens combattants qui étaient leurs

compagnons d’armes.

Ce jour du souvenir est aussi un jour où nous devons prendre conscience

que la paix et la liberté, si elles fleurissent chez nous comme dans un

printemps sans fin, n’en sont pas pour le moins fragiles.

Le 11 septembre 2001, nous avons tous été catastrophés de voir que le

terreur pouvait traverser l’océan et rugir à nos portes. Ce jour-là, nous

avons partagé l’angoisse et la frayeur qui sont encore le lot quotidien de

millions d’êtres humains à travers le monde.

Notre liberté, notre paix et notre sécurité ne doivent jamais être tenues

pour acquises, mais toujours nourries, promues et défendues.

C’est dans cet esprit que nous devons saluer la mémoire de ceux qui se

sont levés au péril de leur vie pour faire échec à la tyrannie.

Cette liberté que nous avons : liberté de mouvement, de parole et de

pensée; liberté d’expression; liberté de voter pour qui l’on veut; liberté

d’une justice juste; liberté de vivre comme on l’entend et d’éduquer ses

enfants comme on le conçoit…

Cette liberté, ce n’est pas un cadeau du hasard et de l’histoire. Cette

liberté, elle s’est gagnée dans le sang versé.

Nous ne devons jamais l’oublier. Nous avons un devoir de mémoire et de

reconnaissance.

Monsieur le Président,

Nous avons aujourd’hui, dans les tribunes, des Québécois qui sont des

exemples de courage.

Je tiens à les remercier et à leur exprimer la reconnaissance et le

respect du peuple québécois; qu’ils aient combattu dans l’une ou l’autre

des guerres où le Canada a été impliqué, qu’ils aient servi dans une

mission de l’ONU, ou qu’ils aient aidé les leurs lors de catastrophes

naturelles comme le déluge du Saguenay ou le grand verglas.

En ce jour du Souvenir, et devant les distingués invités qui sont dans les

tribunes aujourd’hui, je veux dire que mon gouvernement est fier de ceux

et celles qui se sont battus ou qui mettent leur vie au service des idéaux

qui nous rassemblent.

Plus le temps passe, plus la mémoire des événements recule. Avec les

années, nos anciens combattants vont paisiblement rejoindre ceux qu’ils

ont laissés sur les champs de bataille d’Europe, de Corée et de combien

d’autres contrées…

C’est d’ailleurs avec grand plaisir que je participerai après cette

motion, au lancement du livre Le Québec et la guerre de l’historien,

Jean-Marie Fallu, et édité par Les Publications du Québec.

Par son travail, il permettra à tous ceux et celles qui consulteront son

oeuvre de garder à la mémoire les efforts de ces gens ordinaires qui ont

contribué à changer le cours de l’histoire.

Monsieur le Président,

Il est clair que selon la génération à laquelle nous appartenons, nous

avons une appréciation différente du sacrifice, des événements passés et

des faits d’armes des nôtres.

Mais si nous avons un devoir de mémoire, nous avons aussi un devoir de

conscience.

Nous célébrons cette année le 50e anniversaire de la fin de la Guerre de

Corée. Il y avait des milliers de Québécois parmi les 20 000 Canadiens qui

y ont combattu. Nous célébrons aussi le 60e anniversaire du début de la

campagne d’Italie.

Encore là, des milliers de Québécois ont participé à cette campagne

historique.

L’histoire militaire fait partie de l’histoire de tous les peuples. On

peut ne pas aimer cette idée. Elle peut être contraire à notre conception

des choses. Mais on ne peut pas la nier. Cela fait partie de notre

condition humaine, pour reprendre le mot de Malraux.

Nous renouvelons aujourd’hui le serment que nous avons fait, comme État,

comme citoyens. Le serment de nous assurer que le sacrifice ne serait

jamais oublié.

C’est dans cet esprit nous avons déposé aujourd’hui, un projet de loi qui

vise à protéger et à entretenir les sépultures des anciens combattants.

En ce jour du Souvenir, nous nous souvenons de ceux qui ont péri et

combattu pour notre liberté. Mais en ce jour du Souvenir, nous saluons

aussi l’engagement de milliers de nos concitoyens qui vont au-devant du

danger pour que l’avenir du monde soit meilleur.

Ces hommes et ces femmes se nourrissent du souvenir pour s’investir et

bâtir un avenir meilleur comme l’ont fait les anciens combattants. Le jour

du Souvenir devient aussi un jour d’avenir.

Je dis aujourd’hui aux Québécois qu’ils doivent être fiers de ceux et

celles qui s’engagent dans les Forces armées canadiennes, car ils ne vont

pas à l’encontre du pacifisme des Québécois; ils en sont l’extension

active; ils en sont le bras.

Lorsque les Québécois manifestent par milliers en faveur de la paix; ils

doivent savoir et être fiers que des milliers des leurs risquent leur vie

pour protéger la paix.

Le Canada est un des très rares pays membre de l’ONU à avoir participé à

toutes les missions de maintien de la paix. Depuis 1956, des milliers de

Québécois participent à ces missions qui font taire les canons, qui

remplacent la destruction par l’espoir et la peur par la joie.

Tous les hommes et les femmes du Québec qui s’engagent dans les Forces

armées canadiennes méritent notre reconnaissance et notre admiration.

Dans le contexte international actuel, les missions de paix qui leur sont

confiées sont beaucoup plus délicates et beaucoup plus dangereuses que par

le passé.

C’est ainsi qu’on parle de moins en moins de maintien de la paix, mais

bien davantage d’imposition de la paix. C’est maintenant dans des zones

extrêmement instables que se déploient nos soldats.

La tournée des médias qu’a effectuée le général à la retraite Roméo

Dallaire au cours des derniers jours a permis aux Québécois de voir dans

quels périls pouvaient s’engager les nôtres et l’impuissance à laquelle

ils devaient parfois se résoudre.

Plusieurs reviennent au pays éprouvés, marqués, souvent blessés

psychologiquement. Nous en sommes conscients.

Hier, notre gouvernement a présidé à la signature d’une entente entre le

Centre hospitalier universitaire de Québec et le ministère des Anciens

combattants afin de créer un centre d’excellence pour les personnes

souffrant de trauma ou stress opérationnel dont le Syndrome de stress post

traumatique à la maison Paul Triquet.

Monsieur le Président,

Dans quelques mois, la Garnison de Valcartier se videra de presque la

moitié de son contingent.

En janvier, 1 900 membres du 5e Groupe-brigade mécanisé seront déployés à

Kaboul en Afghanistan. Ils agiront sous le commandement de Jocelyn

Lacroix, qui hier était lieutnant-colonel et qui, ce matin, a été hissé au

rang de brigadier-général.

Le brigadier-général Lacroix est dans les tribunes aujourd’hui. Je le

salue et le félicite.

Quelques semaines plus tard, en mars, 600 autres militaires seront

déployés en Bosnie-Herzégovine.

Il s’agit d’un des plus importants déploiements de soldats québécois

depuis l’existence de la base de Valcartier.

En tout, 2 500 hommes et femmes, souvent père ou mère de famille,

laisseront derrière eux leurs familles dans l’inquiétude pour aller

affirmer une des valeurs les plus profondes du peuple québécois : notre

attachement à la paix.

[Charest=20031127]

Monsieur le Ministre du Développement économique et régional,

Madame la Présidente du Conseil du Mouvement québécois de la qualité

(Gisèle Desrochers),

Madame et Monsieur les co-présidents du Conseil des Gouverneurs du

Mouvement québécois de la qualité

(Isabelle Courville et Jean-Pierre Gilardeau),

Monsieur le Président du jury des Grand Prix québécois de la qualité 2003

(Jean-Marie Gonthier),

Monsieur le Recteur de l’Université de Sherbrooke (Bruno-Marie Béchard),

Mesdames, Messieurs les nominés et les lauréats,

Distingués invités,

Mesdames, Messieurs,

Il me fait très plaisir de participer pour la première fois à la remise

des Grands Prix québécois de la qualité.

Les entreprises ou les organisations publiques qui posent leur candidature

pour l’obtention de ces prix se mesurent à des exigences parmi les plus

élevées qui soient dans tous les aspects de leurs activités.

Le simple fait de voir sa candidature reçue aux Grands Prix québécois de

la qualité est déjà en soi une marque de distinction.

Je tiens à féliciter tout les candidats qui ont participé à cette 5e

édition.

Je félicite également le Mouvement québécois de la qualité et le ministère

du Développement économique et régional.

Ils ont le mérite d’avoir créé un prix qui s’harmonise par ses critères

aux références internationales, comme le Malcolm Balridge Quality Award

des États-Unis, ou le prix Deming du Japon.

Les lauréats des Grands Prix québécois de la qualité se voient donc

remettre un prix qui répond aux plus hautes définitions connues de

l’excellence en organisation.

Les Grands Prix québécois de la qualité relèvent la volonté du Québec et

de ses gestionnaires d’élite – qu’ils soient dans le secteur privé ou dans

le secteur public – de se comparer aux meilleurs.

Ces Grands Prix témoignent aussi refus du Québec de chercher dans sa

spécificité un prétexte à un abaissement des critères d’excellence.

Dans notre monde de concurrence, il n’y a pas de faux-fuyants possibles,

nous avons le devoir de briller parmi les meilleurs.

C’est donc l’excellence qui nous réunit aujourd’hui.

L’excellence dans son sens littéral.

L’excellence qui parfois fait peur à cause de tout ce qu’elle implique.

Cette excellence, elle est conquise dans l’effort, dans la remise en

question, dans le recommencement. Elle est arrachée à l’habitude et au

confort. Elle est le contraire de la satisfaction.

L’excellence que salue les Grands Prix québécois de la qualité est

l’exception.

Cette excellence, si elle se mesure, elle est une manière avant d’être un

résultat.

L’excellence est une culture.

Celles et ceux qui la vivent partagent la détermination face aux objectifs

à atteindre; ils partagent le courage devant l’ampleur de la tâche, ils

sont unis par la fierté d’être associés à un projet; et ils ont en commun

l’humilité, qui est à l’origine de la confiance que l’on a en soi et que

l’on peut placer dans les autres.

C’est cette excellence que nous célébrons. Elle fait les grandes équipes.

Elle fait les grandes organisations professionnelles. Elle fait les grands

gestionnaires.

Elle peut aussi faire les grands peuples.

C’est cette idée de l’excellence qui est derrière notre projet pour le

Québec.

Lorsque les Québécois nous ont élus, ils ont accepté de s’ouvrir à des

débats importants. Ils ont voulu s’interroger avec nous sur la manière

dont les choses se passent au Québec.

Ils ont fait le constat avec nous que nous pouvions faire mieux.

Nous pouvons être plus efficaces et plus prospères. Si nous organisons

différemment le Québec en nous assurant, par exemple, que l’État est là où

il doit être et en faisant en sorte qu’il confie à d’autres ce que

d’autres peuvent faire mieux ou à meilleur coût que l’État.

Nous pouvons aller plus loin, tous ensemble, si nous arrêtons de penser en

fonction de nos acquis et si nous nous mettons à penser en fonction de nos

défis.

Nous pouvons être meilleurs, comme État, si nous cessons de disperser nos

efforts et nos ressources pour les concentrer sur l’essentiel.

Nous pouvons être plus performants si nous acceptons de nous ouvrir à de

nouvelles méthodes de gestion et à l’Internet pour mieux servir les

Québécois.

Nous sommes en train de faire tout cela. Nous sommes en train de tendre

vers l’excellence.

Nous visons une plus grande efficacité. Nous agissons en fonction de nos

défis. Nous établissons des priorités claires. Nous nous inscrivons dans

une croissance durable et à long terme.

Ce sont là des idées qui vous sont familières.

En fait, il n’y a rien que notre gouvernement entreprend qui vous soit

totalement étranger, à vous qui avez suivi le long chemin qui mène à

l’excellence.

Je dirais aussi qu’il n’y a pas un obstacle que nous rencontrons qui ne

vous soit pas familier.

Le changement, qui fait partie de la marche vers l’excellence, implique

une résistance au changement. Cela ne vous est pas inconnu non plus.

Vous comprenez aussi que le changement et l’excellence s’inscrivent dans

un contexte.

C’est notamment celui de la concurrence qui fait qu’on achète votre

produit plutôt que celui d’un autre, ou qu’on s’établit au Québec plutôt

qu’ailleurs.

Ce contexte, pour notre gouvernement, c’est aussi celui du vieillissement

de la population, de la remise sur pied de notre système de santé, de la

pénurie de main-d’œuvre qualifiée, du trop faible niveau de vie des

Québécois…

Que les changements que nous entreprenons puissent être source

d’incertitude chez certains, ou de mécontentement parfois, je le

comprends.

Mais l’aveuglement volontaire qui consisterait à en nier la nécessité

serait bien plus périlleux

On ne peut pas renier son époque. On ne peut pas faire comme si on vivait

ailleurs.

En tant que gestionnaires, vous comme moi, nous avons le devoir d’être de

notre temps.

Le Québec que je conçois est un Québec qui tend vers l’excellence. C’est

un Québec qui se réclame pleinement du 21e siècle et qui a tourné la page

sur le 20e.

Ce n’est pas le Québec d’un modèle. C’est un Québec qui se remodèle pour

faire corps avec son époque pour en relever tous les défis et pour aller

chercher sa pleine part de bénéfices.

Vous êtes l’incarnation de ce Québec qui peut briller parmi les meilleurs.

Vous êtes la preuve de notre capacité à atteindre les plus hauts sommets.

Vous avez atteint l’excellence.

Je vous remercie de l’inspiration que vous êtes et je vous en félicite.

[Charest=20040120]

Distingués invites,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui.

Je tiens à remercier la Chambre de commerce Canada–Royaume-Uni, et tout

particulièrement sa présidente, Madame Rosalyn Rahme, d’offrir ce

déjeuner.

J’apprécie beaucoup votre chaleureuse hospitalité.

Permettez-moi de remercier aussi le nouveau délégué général du Québec à

Londres, mon cher ami Monsieur George MacLaren, et le haut-commissaire,

Monsieur Mel Cappe, qui ont participé avec enthousiasme à l’organisation

de cette activité.

Je souhaite d’abord vous remercier d’être venus en si grand nombre. Je

m’en réjouis d’autant plus que j’entreprends à Londres ma première visite

en Europe en qualité de premier ministre du Québec.

Il me fait particulièrement plaisir de me trouver dans la capitale

financière de l’Europe et dans la capitale du premier partenaire

commercial européen du Québec.

Le Royaume-Uni nous a montré la voie du commerce international. Il a été

et continue d’être une inspiration pour nous.

Le Royaume-Uni est en effet notre plus grand partenaire commercial, juste

après les États-Unis, ce qui n’est certainement pas une surprise pour

vous.

Beaucoup d’entre vous avez joué et continuez de jouer un rôle considérable

dans la réussite de nos relations commerciales.

Nous sommes depuis longtemps partenaires en matière de commerce et

d’investissement.

Des noms comme Rio Tinto, Rolls Royce et Standard Life viennent

immédiatement à l’esprit comme exemples de cette longue relation

d’affaires.

Mais le Québec et le Royaume-Uni sont partenaires sur un autre plan.

Nous partageons en effet la tradition du parlementarisme et des

institutions britanniques. Ce lien date du XVIIIe siècle et reste très

visible derrière les institutions politiques québécoises.

Le parlement du Québec s’est réuni pour la première fois en 1792; c’est

donc l’une des plus vieilles démocraties du monde.

Le Québec est un lieu unique. Nous sommes fiers de notre langue et de

notre culture.

Nous nous sommes épanouis dans ce qui était jadis l’Amérique du Nord

britannique. Nous prospérons maintenant dans ce que nous appelons de plus

en plus souvent les Amériques.

Nous prospérons en dépit de tout ce qui menace la survie de la langue

française et de notre culture.

De ce fait — je dirais de cet exploit — découle une responsabilité, à la

fois morale et historique : celle de travailler activement à la protection

de la diversité culturelle pour que survivent, justement, notre langue et

notre culture.

Comme Québécois, nous sommes fiers de notre langue et de notre culture que

nous avons su faire fleurir sur le continent nord-américain, défiant la

loi du nombre et du temps.

C’est pourquoi le gouvernement du Québec compte parmi les nombreux

promoteurs, de tous les continents et de nombreuses cultures, d’un accord

international sur la diversité culturelle sous les auspices de l’UNESCO.

Un tel accord garantirait aux États et aux gouvernements le droit

d’élaborer et d’appliquer des politiques de soutien de la culture sous

toutes ces formes.

La promotion de la diversité culturelle nous tient vraiment à cœur.

À cette mission, nous apportons – je le précise avec fierté – des

références impeccables sur le plan du libre-échange. Comme chacun sait et,

à plus forte raison, nos partenaires commerciaux, les Québécois figurent

parmi les plus ardents défenseurs du libre-échange au Canada, depuis

d’ailleurs quelque temps déjà.

Nous sommes très favorables à la libéralisation des échanges commerciaux

dans les Amériques, par-delà l’Atlantique et dans le monde entier.

Les Québécois défendent le libre-échange avec enthousiasme, peut-être par

vertu mais certainement par nécessité.

L’économie québécoise contemporaine est tout à fait intégrée à l’économie

nord-américaine et, de plus en plus, à l’économie mondiale.

Près de 60 % de notre PIB sont exportés, soit 20 % vers les autres

provinces canadiennes, 32 % vers le marché américain et 8 % ailleurs.

Le chiffre de nos exportations et notre présence substantielle sur les

marchés d’Amérique du Nord et du monde doivent beaucoup à la

diversification de notre économie.

Nous jouissons en effet d’une économie post-industrielle dans laquelle le

secteur des services, à 70 % du PIB, joue un rôle de premier plan; où le

secteur manufacturier représente 27 % et les ressources naturelles, 3 %.

Mais ces 3 % ne doivent pas induire en erreur : le Québec reste un

important producteur mondial de ressources naturelles, depuis l’aluminium

jusqu’au papier journal.

Nous bénéficions aussi d’une abondante source d’énergie propre, peu

coûteuse et renouvelable. Grâce à une nature généreuse, en effet, presque

toute notre électricité est de source hydraulique.

Surtout, l’économie québécoise est axée sur l’innovation et la haute

technologie.

Ainsi, par rapport au Canada dans son ensemble et malgré une population de

moins 25 % du total, le Québec représente :

38 % de toutes les activités en technologie de l’information,

44 % de toutes les exportations du domaine de la haute technologie,

50 % de l’industrie pharmaceutique,

55 % de la production aérospatiale,

60 % des cabinets d’ingénieurs professionnels.

La production aérospatiale illustre d’ailleurs fort bien l’évolution de

notre économie, en plus d’être un excellent exemple de partenariat entre

notre province et le Royaume-Uni.

Beaucoup d’entre vous fréquentez régulièrement le salon international de

Farnborough. Vous connaissez donc la position du Québec en aérospatiale.

En ce domaine, Montréal est l’un des trois plus grands centres mondiaux,

derrière Seattle et Toulouse.

Le secteur regroupe 260 entreprises, telles Bombardier, et emploie 40 000

travailleurs qualifiés. La production est exportée à 80 %.

Les industries qui reposent sur un savoir pointu ont accru la part du PIB

attribuable au secteur privé, le portant de 18 % en 1983 à 24 % en 2000.

Depuis 1990, le nombre d’entreprises qui effectuent de la

recherche-développement a plus que doublé.

Cette croissance a fait de Montréal l’un des principaux centres de haute

technologie de la nouvelle économie. Une étude menée récemment par

PricewaterhouseCoopers classe d’ailleurs Montréal au quatrième rang

d’Amérique du Nord pour ce qui est du nombre d’emplois par personne dans

les secteurs de la haute technologie.

Je le disais plus tôt : le Royaume-Uni est notre principal partenaire

commercial en Europe. Cette relation est à la fois bien établie et fort

diversifiée. Elle repose sur des échanges bilatéraux de 5,7 milliards de

dollars canadiens, soit deux fois le chiffre des échanges annuels entre le

Royaume-Uni et la Californie.

En effet, malgré une population cinq fois plus grande que celle du Québec,

la Californie commerce moins avec le Royaume-Uni que nous le faisons.

L’économie québécoise est très compétitive; notre situation fait de nous

une porte d’accès en Amérique du Nord.

Notre infrastructure est moderne et bien développée.

Une étude récente du groupe KPMG confirme que les coûts d’implantation et

d’exploitation des entreprises au Québec sont parmi les plus faibles de

tous les grands pays industrialisés.

Et selon l’étude que fait annuellement la société Mercer de la qualité de

vie dans plus de 200 villes, Montréal n’est jamais bien loin du premier

rang.

Le Québec a aussi la chance de pouvoir compter sur une main-d’œuvre très

compétente. Plus de la moitié de la population de la grande région de

Montréal est bilingue et 16 % des Québécois parlent une troisième langue.

Cette combinaison unique d’un leadership dans les secteurs de haute

technologie, d’une énergie fiable à des prix concurrentiels, de

l’intégration au marché nord-américain et d’une main-d’œuvre très

qualifiée explique le succès de l’économie québécoise.

Notre défi consiste maintenant à tirer le meilleur parti de ces

formidables avantages.

Mon gouvernement croit fermement à l’importance d’une administration

rentable et focalisée sur l’essentiel.

Je crois que nous pouvons faire plus en faisant mieux et différemment.

Il faut entre autres nous pencher sur le vieillissement de la population,

qui va forcément accroître la pression sur les services publics, et

notamment les services de santé.

Notre premier budget est plus propice à l’investissement et aux affaires.

Nous avons réduit l’impôt sur le capital et 70 % des entreprises du Québec

en sont maintenant exemptées. Nous offrons toujours les meilleurs

programmes d’Amérique du Nord sur le plan des encouragements fiscaux à la

recherche-développement.

Nous allons continuer de hausser le niveau de vie des Québécois et de

stimuler l’investissement du secteur privé.

Déjà, il y a au Québec d’importants fonds de placement et de grands

investisseurs.

La moitié des sociétés de capitaux à risque de tout le Canada sont

établies au Québec. Nous avons aussi une abondance d’investisseurs à

l’affût de partenariats avec des sociétés de capitaux à risques d’Amérique

du Nord et d’Europe.

Ce qu’il nous faut maintenant, ce sont de grands investisseurs du secteur

privé, aux intérêts diversifiés en matière de risque, pour le financement

de deuxième et de troisième rondes.

Notre message aux investisseurs à la recherche de rendements attrayants

est celui-ci : les règles du jeu sont les mêmes au Québec qu’ailleurs; les

mêmes qu’à New York et, certainement, à Londres.

En affaires, nous parlons la même langue.

Nous voulons augmenter encore notre taux de croissance économique pour que

le gouvernement puisse se concentrer davantage sur ses principales

missions : la santé et l’éducation.

Nous sommes en train de renouveler l’administration publique.

Nous décentralisons, nous encourageons les partenariats entre secteurs

public et privé et nous allons créer une administration en ligne. Bref,

autant de conditions essentielles à une prospérité plus grande encore.

Le Royaume-Uni est un chef de file de la mise en œuvre, de l’évaluation et

du renouvellement de l’administration, qu’il s’agisse d’entreprises ou de

gestion publique. Nous avons beaucoup à apprendre et à gagner de

l’expérience britannique.

Ces changements marquent le début d’une nouvelle ère de coopération entre

le Québec et ses partenaires de la fédération canadienne.

Nous croyons en effet que la fédération canadienne est un environnement

politique, économique et social propice à la prospérité québécoise.

En cette époque de mondialisation économique où la protection de

l’environnement et la sécurité gagnent en importance, nous avons tout

intérêt à bâtir des alliances.

Et tout comme nous souhaitons renouveler le Québec, nous tenons à être au

premier plan du renouvellement du Canada.

Le tout nouveau Conseil de la fédération, né de la nécessité d’intensifier

la coopération, ouvre la voie à une fédération canadienne plus efficace et

plus souple.

Au carrefour des traditions britannique et française, le Québec ne sera

jamais une province comme les autres. Notre histoire, notre langue, notre

culture, nos institutions et notre système juridique concourent à notre

particularité.

Le Québec vit une période de grands changements.

Des changements qui nous permettent de tirer parti de nos forces et de

réaffirmer les valeurs de notre société.

Des changements qui donnent un nouvel élan à la création de richesses, qui

vont consolider nos alliances avec le Royaume-Uni et améliorer nos

relations au-delà de l’Atlantique et partout sur la planète.

Je vous remercie.

[Charest=20040213]

Mesdames, Messieurs,

Au cours des derniers jours, les hommages à Claude Ryan sont venus de tous

les horizons de la société québécoise et canadienne. Tous ont salué avec

justesse sa rigueur intellectuelle. Claude Ryan savait tracer la ligne de

la raison dans les nuances les plus fines de nos débats.

De l’Action catholique, au journal Le Devoir, jusqu’à son engagement en

politique et même après, il aura été de ces grands Québécois qui ont forgé

notre conscience collective.

Car cette idée que nous avons d’être Québécois, ne tient pas qu’à notre

langue et à notre culture. C’est aussi une foule de choses, petites et

grandes, qui font ce que nous sommes. Et Claude Ryan en a exploré et

décrit tous les aspects.

Il est à mon sens l’un des principaux fondateurs de l’identité québécoise

contemporaine; non pas dans le sens de la revendication, mais dans le sens

d’un état de fait inaliénable : le Québec existe à sa manière.

Et ce Québec, Claude Ryan lui aura consacré sa vie avec passion, toujours

désireux de mieux le comprendre et de mieux le défendre. Il était de ceux

qui guidaient les Québécois vers leur destin. Sa volonté était d’exprimer

le plus justement possible les aspirations réelles des Québécoises et des

Québécois.

Claude Ryan aimait les Québécois tels qu’ils sont. Sa recherche était

celle de l’équilibre entre ceux qui parlent haut et ceux que l’on n’entend

pas. Il voulait la prospérité du Québec parce qu’elle permet la plus

grande compassion envers les personnes vulnérables. Il a combattu toute sa

vie en faveur des libertés individuelles, parce qu’elles lui

apparaissaient comme le plus court chemin vers la solidarité. À ses yeux,

seul l’homme libre de ses choix peut choisir l’autre.

C’était le sens de l’engagement de Claude Ryan : volontaire et absolu.

C’était un engagement qui découlait de sa foi profonde, mais aussi d’un

très grand respect envers ses concitoyens. Pour Claude Ryan, servir était

un devoir et ce devoir était un privilège. Il s’y sera consacré jusqu’à

son dernier souffle. Il avait la générosité des personnes humbles et

l’empathie de ceux qui croient en l’humanité.

Notre dernière rencontre remonte à janvier. J’avais alors passé un peu

plus d’une heure, seul avec lui, dans sa résidence. La maladie avait

ralenti ses gestes, mais son esprit et son verbe étaient toujours aussi

vifs et son humour, intact.

Il m’a parlé de sa maladie avec une sérénité empreinte d’une grande

dignité. Notre conversation était à la fois intime et intense. Sans jamais

le dire ouvertement, il m’a prodigué ses derniers conseils. Nous avons

discuté de ce dont nous parlions toujours: du Québec et du Parti libéral

du Québec qu’il a aimé et nourri pendant 25 ans. Il m’a parlé comme on

parle à quelqu’un à qui on laisse un précieux héritage.

Lorsqu’il m’a raccompagné à l’ascenseur, ses derniers mots ont été pour me

dire qu’il allait prier pour mon épouse, pour mes enfants et pour moi.

J’ai alors compris que je ne le reverrais probablement plus. Jusqu’à

l’ultime moment Claude Ryan aura pensé aux autres.

Je garderai de Claude Ryan le souvenir d’un homme heureux. Claude Ryan

n’est pas de ces disparus que l’on doit regretter. Ce serait lui manquer

d’égards. Son départ nous commande d’honorer sa mémoire et de continuer à

puiser à ses enseignements.

La maladie aura forcé ce travailleur infatigable au repos. Ses collègues

d’hier, ses amis et nous les députés de l’Assemblée Nationale du Québec,

devenons les dépositaires des valeurs qu’il a défendues.

Ces valeurs intemporelles ont un goût de liberté et de responsabilité

individuelle et collective. Elle sont la démocratie qui se fait à la fois

générosité et devoir. Ainsi qu’il l’écrivait récemment, et je cite :

«La liberté et l’épanouissement de l’individu demeurent la fin première de

l’action politique. Mais l’individu ne peut vivre qu’au sein d’une société

qui lui apporte beaucoup et qui, en retour, attend beaucoup de lui. »

Claude Ryan aura prêché par l’exemple. Claude Ryan ne s’est pas éteint. Il

est un phare qui brillera longtemps sur le Québec.

M. Ryan, le Québec vous dit Merci.

Reposez en paix.

[Charest=20040225]

Monsieur Marcel Proulx, directeur général de l’ÉNAP

Monsieur Louis Sabourin, fondateur du Groupe d’études, de recherches et de

formation internationale de l’ÉNAP – GERFI

Monsieur Luc Bernier, directeur de l’Enseignement et de la recherche

Monsieur Nelson Michaud, professeur et directeur associé du GERFI

Mesdames, Messieurs du corps consulaire,

Distingués invités,

Mesdames, Messieurs,

Mes premiers mots en seront de félicitations.

Monsieur Proulx, Monsieur Sabourin, recevez les félicitations du

gouvernement du Québec pour les 20 ans du Groupe d’études, de recherches

et de formation internationales de l’ÉNAP.

Ces 20 ans d’enseignement, de formation et de recherche sur

l’administration publique internationale témoignent de l’excellence de

l’ÉNAP, mais aussi, de façon plus fondamentale, de l’engagement du Québec

en faveur de la démocratie dans le monde.

Car la probité, l’intégrité et la compétence des administrations publiques

comptent parmi les fondements de toute société démocratique.

Au cours des ans, l’ÉNAP a formé des centaines de gestionnaires et de

hauts fonctionnaires provenant des quatre coins du monde et actifs à tous

les niveaux : local, régional ou national.

La renommée internationale de l’ÉNAP est loin d’être surfaite. Elle a pour

assise la compétence et l’excellence de ses milliers d’étudiants d’hier

qui occupent aujourd’hui des postes clés dans l’administration publique

québécoise.

Je salue cette grande école qu’est l’ÉNAP, tous les étudiants, sa

direction, son personnel enseignant, ses professionnels et son personnel

de soutien.

Mesdames, Messieurs,

C’est un grand plaisir d’être avec vous aujourd’hui afin de discuter de la

place de l’État québécois dans le monde d’aujourd’hui.

Les défis ne manquent pas, et parler de relations internationales et de

mondialisation est devenu un lieu commun. En tant qu’administrateurs

publics, que ce soit dans la fonction politique ou dans la fonction

administrative, il s’agit d’une réalité qui nous rattrape tous les jours.

Nous devons en tenir compte pour ce qu’elle est, certes. Mais nous devons

également porter attention aux effets grandissants qu’elle a sur les

politiques de nombreux ministères.

D’entrée de jeu, il ne fait aucun doute que le Québec a un rôle à jouer

sur la scène internationale, et qu’il a la liberté et le droit de conclure

des ententes dans ses champs de compétences avec des États, des régions et

des organisations internationales.

Par sa présence sur l’échiquier mondial, le Québec assume ses

responsabilités de façon active. Nous pouvons assurément parler, sans

hésitation, de diplomatie québécoise.

Il y a très longtemps que le Québec est actif sur la scène internationale.

Cette inclination vers l’Europe notamment, tient en partie à notre

spécificité. En tant que francophones représentant 2 % de la population de

l’Amérique du Nord, nous avons toujours senti le besoin de maintenir des

relations extérieures, avec la France notamment.

Les notions identitaires et commerciales ont donc été des moteurs de

l’engagement international du Québec. Et cette notion est toujours

présente. Mais d’autres enjeux ont rapidement émergé.

Pensons à l’immigration, à la promotion de notre savoir-faire, à la

prospection d’investissements, au tourisme et à l’émergence de nos

scientifiques, de nos artistes et de nos créateurs sur la scène mondiale.

Si bien, que dès les années 60, le Québec, en pleine Révolution

tranquille, a vu la nécessité de formaliser son action internationale, de

mettre en place un réseau de représentations à l’étranger, et de créer un

ministère consacré à sa diplomatie.

Il est d’ailleurs intéressant de constater que les gouvernements qui se

sont succédé au Québec depuis ce temps ont agi, en matière internationale,

avec une remarquable constance.

Tant les gouvernements souverainistes que les gouvernements fédéralistes

ont trouvé normal et nécessaire de pousser toujours plus loin l’engagement

du Québec sur la scène internationale.

Cette unanimité de la classe politique québécoise autour de l’engagement

international du Québec trouve sa source dans ce qu’on a appelé la

doctrine Gérin-Lajoie, dont le principe demeure toujours aussi actuel

aujourd’hui que lorsqu’elle a été formulée pour la première fois en 1965

par Paul Gérin-Lajoie, alors ministre du gouvernement de Jean Lesage.

Pour bien comprendre la portée de cette doctrine, il faut savoir que,

contrairement à l’idée reçue, la compétence en matière de politique

étrangère n’est pas attribuée à l’un ou l’autre des ordres de gouvernement

dans les textes constitutionnels.

Je n’ai pas l’intention de m’étendre sur ce sujet, déjà bien documenté, si

ce n’est que pour préciser que nous croyons que lorsque le gouvernement du

Québec est le seul gouvernement compétent pour appliquer un engagement

international, il est normal qu’il soit celui qui prenne cet engagement.

En somme, il revient au Québec d’assumer, sur le plan international, le

prolongement de ses compétences internes.

Par ailleurs, les divers gouvernements ont toujours pris soin d’exercer

cette compétence dans le respect de la politique étrangère canadienne.

En d’autres mots, ce qui est de compétence québécoise chez nous, est de

compétence québécoise partout.

Pour faire valoir ses intérêts, le Québec compte aujourd’hui plus de 25

représentations à l’étranger. Le Québec est notamment présent à New York

depuis 60 ans, à Paris et à Londres depuis 40 ans, en Allemagne depuis 35

ans, à Tokyo et à Bruxelles depuis 30 ans et au Mexique depuis 20 ans.

Le réseau des délégations générales, des délégations et des bureaux du

Québec sont les vitrines de notre savoir-faire en matière d’économie, de

science, de commerce et de culture.

Ces représentations sont aussi les porte-voix du gouvernement du Québec à

l’étranger.

Elles assurent notre place dans un ensemble de forums internationaux et

donnent vie quotidiennement à une multitude de projets de coopération

politique, culturelle ou scientifique.

La volonté de notre gouvernement est de marquer un progrès dans

l’engagement international du Québec.

Nous voulons aller plus loin. La dernière politique québécoise d’affaires

internationales date de 1991. Vous conviendrez avec moi que le monde a

beaucoup changé depuis cette date.

Le contexte international actuel se caractérise notamment par des

mutations géopolitiques importantes et par l’évolution de la

mondialisation dans un contexte d’insécurité généralisé.

L’explosion des communications a poussé plus loin la mondialisation. En

fait, le processus s’est accéléré. Les citoyens de tous les pays savent

que certains problèmes ne pourront pas être réglés sur le plan local ou

national, ayant acquis une dimension universelle. C’est le cas de la

question de l’environnement et du développement durable.

D’ailleurs, en tant que ministre dans le gouvernement de Brian Mulroney,

j’ai pris part, parfois comme acteur et parfois comme témoin privilégié,

à plusieurs événements internationaux. À titre d’exemple, je présidais

la délégation canadienne au Sommet de la terre de Rio, qui a tracé la

voie au Protocole de Kyoto.

Il est clair que plusieurs enjeux tant d’ordre culturel, politique ou

économique sont soulevés par la mondialisation.

Loin de renoncer à nos identités particulières, nous assistons à deux

mouvements qui peuvent sembler contradictoires. D’une part la

mondialisation des économies et le besoin de cohérence des grands

ensembles et d’autre part, l’affirmation accrue, aux quatre coins du

globe, des spécificités culturelles et linguistiques.

Pour nous, il est clair que la mondialisation n’est pas synonyme

d’homogénéité. Sur la question de la diversité culturelle, par exemple,

nous avons clairement indiqué nos intentions. La ministre des Relations

internationales et la ministre de la Culture ont d’ailleurs fait un

excellent travail dans ce dossier. Pour nous, la culture n’est pas un

rempart contre qui que ce soit, mais bel et bien un tremplin vers le

monde entier.

Pour revenir au contexte et aux grands changements,

La politique étrangère américaine, qui influence celle du monde entier,

est dominée par les questions de sécurité et de lutte contre le

terrorisme.

La question irakienne a créé un malaise sur la scène internationale.

L’union européenne s’élargit, passant de 15 à 25 membres.

La Chine est devenue la plus grande puissance manufacturière de masse,

et d’autres économies émergentes comme l’Inde, l’Indonésie et le Brésil

réclament leur part des bénéfices de la mondialisation.

Les discussions entourant la création de la ZLÉA sont difficiles.

De façon générale, la mondialisation se poursuit. Il y a eu le 11

septembre et une montée du fondamentalisme religieux, mais aussi une

opposition populaire à la mondialisation dans plusieurs pays, et

l’émergence de questions de santé publique, comme le SRAS ou la grippe

aviaire.

L’élection présidentielle américaine est à suivre de très près. Le New

York Times du 17 février dernier rapportait les propos du candidat

démocrate John Kerry qui répondait à une femme qui prétendait avoir

perdu son emploi à cause de l’Alena. Je cite les propos attribués au

sénateur :

« Mr. Kerry replied that the problem was not NAFTA per se, but rather

the Bush administration failure to press compliance with non-binding

treaties that would raise labor and environmental standards overseas,

making American companies more competitive. He pledged a 120-day

review of every trade agreement, NAFTA included, if elected. »

Dans un discours prononcé le 9 septembre 2003 à l’occasion de la

signature d’une entente de libre-échange avec le Chili et le Singapour,

le président américain disait :

«Over the past decade, NAFTA and the Uruguay Round have raised the

standards of living of the average American family of four by up $

2000 a year. Free trade is important for the American citizen. The

continued advance of free trade is essential to this nation’s

prosperity. »

Bien que le président reconnaisse les bien-fondés du libre-échange, cela

n’a pas empêché l’administration américaine d’imposer des droits

compensateurs dans le dossier du bois d’œuvre. Quant au sénateur Kerry,

qu’il veuille réévaluer une entente de cette portée avec le nombre de

lobbys anti-libres-échangistes aux États-Unis n’annonce rien de très

rassurant.

Voici quelques éléments qui démontrent que le monde dans lequel nous

vivons est fort différent et probablement plus compliqué que celui des

années 90.

La politique québécoise en matière d’affaires internationales doit donc

être remise à jour. C’est un travail que j’ai confié à la ministre des

Relations internationales, Mme Monique Gagnon-Tremblay.

La nouvelle politique internationale du Québec devra considérer la

volatilité du contexte international, mais aussi refléter la réalité du

Québec qui, elle aussi, a beaucoup changé au cours de la dernière

décennie.

Notre économie, à la faveur du libre-échange, est pleinement intégrée à

l’Amérique du Nord. Le Québec, puissance exportatrice, écoule 60 % de ses

produits à l’extérieur; et 85 % de nos exportations internationales de

biens trouvent preneurs aux États-Unis.

Il va de soi que la nouvelle politique internationale du Québec accorde

une place prépondérante à la relation avec les États-Unis. Nous allons

diversifier nos efforts, rencontrer différents acteurs. J’ai rencontré

plusieurs gouverneurs d’États voisins du Québec ainsi que celui du

Colorado qui est également le président de l’Association des gouverneurs

républicains.

Je crois que c’est en multipliant les rencontres personnelles, en

établissant de meilleures relations, et en démontrant les intérêts communs

que nous avons avec eux, que nous pourrons mieux faire valoir nos

intérêts. Nous avons avec eux non seulement des alliés, mais de véritables

amis.

Notre relation avec la France évolue. Nous allons lui donner une nouvelle

impulsion. C’est ce que j’ai convenu avec le premier ministre Raffarin.

D’ailleurs, nous avons entrevu le potentiel de cette nouvelle relation

entre nos deux États. Si la question de la promotion de la diversité

culturelle est toujours présente, tout comme celle de la promotion de la

langue française, nous avons ajouté celle du développement économique et

régional.

À ce sujet, le premier ministre Raffarin et moi-même dirigerons une

mission commerciale au Mexique cet automne.

Nous continuerons, de toute évidence, à créer des alliances économiques et

culturelles, principalement sur les deux continents qui nous constituent

en tant que société : celui où nous vivons et celui d’où nous venons.

Mais je vais aller un peu plus loin avec vous en énonçant quelques

principes qui vont guider cette politique qui devrait être prête d’ici un

an. Ces principes vous seront familiers, puisqu’ils ont été énoncés dans

le rapport publié en octobre 2001 par le député de Chapleau, M. Benoît

Pelletier, maintenant ministre délégué aux Affaires intergouvernementales

canadiennes.

Le rayonnement du Québec à l’échelle internationale est un vecteur

important de la promotion de nos intérêts. De nombreux traités et accords

internationaux ont des répercussions marquantes sur des compétences

proprement québécoises. Il est donc essentiel que nous soyons parties

prenantes aux négociations. Que nous soyons là où les décisions se

prennent.

Nous devons être beaucoup plus impliqués dans l’élaboration des positions

adoptées dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce par exemple.

Nous devons être en mesure de nous exprimer dans des forums

internationaux.

De façon générale, nous entendons pousser plus loin la doctrine

Gérin-Lajoie. Cette doctrine, je vous le rappelle, se résume comme ceci :

ce qui est de compétence québécoise chez nous, est de compétence

québécoise partout.

Ce que nous visons, c’est d’être à la table de négociations, avec le

gouvernement fédéral, si l’objet de la discussion touche les compétences

du Québec.

Je ne veux plus que le gouvernement canadien engage le Québec sans que le

Québec ait son mot à dire.

Sur le plan des valeurs, le Québec se présentera comme un promoteur de la

paix et du respect entre les peuples. Cette idée de respect implique

notamment que le Québec assumera sa responsabilité internationale à

l’égard de la diversité culturelle.

C’est un enjeu majeur. Le Québec milite aux côtés de la France et du

gouvernement canadien en faveur d’un traité, sous l’égide de l’UNESCO, qui

assurerait aux États le droit de soutenir leur culture. Sur cette

question, le Québec, qui a su maintenir sa langue et sa culture dans un

environnement démographiquement difficile, est un acteur de premier plan.

Nous nous poserons en défenseur de tous les peuples qui n’ont pas

l’avantage du nombre.

Nous serons en faveur d’une mondialisation respectueuse des droits. Nos

valeurs guideront nos interventions. Nous ferons la promotion de cette

idée fort simple sachant très bien que cela ne se fera pas du jour au

lendemain : si les marchés se mondialisent, les droits de l’homme et des

travailleurs devraient se mondialiser aussi.

Les discussions ont été amorcées avec le gouvernement fédéral afin de

conclure une entente sur la participation du Québec tant dans la

négociation d’ententes internationales que lors de la tenue des Forums

internationaux.

Nous maintiendrons notre engagement fier et responsable envers la

Francophonie internationale. D’ailleurs, notre gouvernement a entrepris

des démarches officielles en vue d’accueillir ici à Québec le Sommet de la

Francophonie de 2008, qui coïncidera avec le 400e anniversaire de la

fondation de Québec.

Et, je terminerai sur une question pratique : les représentations du

Québec à l’étranger vont-elles demeurer? Oui, elles vont demeurer. Ce

réseau est un atout extraordinaire pour le Québec. Nous comptons en

assurer l’adaptation continue aux besoins nouveaux de notre économie et de

notre société.

Mesdames, Messieurs,

Depuis 40 ans, chaque gouvernement québécois a poussé plus loin

l’engagement international du Québec. Et il est dans l’intention claire de

mon gouvernement de s’inscrire dans la voie du progrès de la diplomatie

québécoise.

Notre époque comporte son lot d’opportunités et de risques. Notre

prospérité et notre identité dépendent de notre habileté à construire des

alliances et à nous faire connaître sur tous les continents.

Le Québec est un acteur actif du monde d’aujourd’hui : une simple

statistique le démontre, 60 % de son produit intérieur brut est exporté.

À cet égard, l’un des grands défis auxquels la société québécoise devra

faire face au cours des prochaines années est celui, aux ramifications

multiples, posé par la mondialisation. Plusieurs secteurs de compétence

exclusive du Québec, jadis à l’abri des grands courants internationaux, ne

le sont plus.

Le gouvernement sera partout où l’intérêt du Québec le commandera. Nous

ferons entendre notre voix partout.

Le gouvernement que je dirige entend appuyer sans relâche cette stratégie.

Je vous remercie.

[Charest=20040527]

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je suis très heureux d’être avec vous aujourd’hui. J’avais hâte de

rencontrer les jeunes de la fonction publique québécoise.

Avant d’aller plus loin, je voudrais saluer Nicolas Mazellier qui

quitte la présidence du Forum des jeunes de la fonction publique

après 4 ans. Il a été le principal artisan de ces Prix

reconnaissance, qui en sont à leur deuxième édition. Sous la

direction de Nicolas, le Forum des jeunes de la fonction publique

est devenu un groupe respecté et crédible. Je souhaite bonne chance

à son successeur Jean-Stéphane Bernard.

Les jeunes de la fonction publique ont maintenant une voix

distinctive, une voix forte.

Et je vous encourage à vous faire entendre.

J’avais hâte de venir vous parler parce que c’est vous qui allez

incarner le renouveau de l’État québécois.

Quand on parle de gouvernement en ligne et de services par Internet;

on parle de votre monde. Vous êtes la première génération d’employés

de l’État qui a grandi avec une souris dans la main.

Quand on parle d’efficacité, quand on parle de concurrence

internationale, quand on parle de se comparer sur le plan de la

performance, c’est votre monde aussi. Vous sortiez à peine de

l’adolescence quand le libre-échange a été conclu.

Vous êtes la génération de la concurrence.

Le monde auquel doit évoluer l’État québécois, c’est le monde dans

lequel vous avez grandi.

Vous êtes déjà l’esprit de la modernisation de l’État.

Pourquoi s’engager dans cette modernisation? Pourquoi cette

aventure? Ça aurait été tellement plus simple de continuer comme

avant!

Trois portes, deux défis. C’est ça les raisons qui rendent

incontournable la modernisation de l’État.

On est placés devant trois portes qui sont autant de possibilités de

gérer le Québec.

La première, c’est la taxation. Derrière cette porte, il y a un mur.

On est déjà les plus taxés. On ne taxera pas davantage les citoyens

du Québec. La deuxième, c’est l’endettement. Cette porte-là, il faut

la fermer au plus vite. Parce qu’on est parmi les plus endettés du

continent. On est allé au bout des possibilités offertes par la

taxation et l’endettement.

Il reste la 3e porte. C’est la seule qu’on peut emprunter. C’est

celle qui nous amène à faire les choses différemment.

Et savez-vous ce que je vois quand je l’ouvre?

C’est vous que je vois!

Ce sont les jeunes de la fonction publique québécoise qui sont

derrière la seule porte que nous pouvons encore ouvrir pour faire

avancer le Québec.

Et c’est pas une idée que je me fais.

Pour 89,7 % d’entre vous, il est très important ou moyennement

important que les citoyens puissent transiger en ligne avec le

gouvernement pour des opérations de type changement d’adresse;

Pour 87,3 % d’entre vous, il est très important ou moyennement

important que les citoyens puissent faire des transactions

financières en ligne, comme payer leurs impôts;

Moi, j’interprète ça comme un appui massif au gouvernement en ligne.

Ces chiffres, proviennent de la consultation électronique à laquelle

plusieurs d’entre vous ont participé, entre le 12 janvier et le 6

février 2004, à l’initiative du Forum des jeunes de la fonction

publique.

Dans le même sondage on apprend ceci :

À 45,9 % vous êtes POUR le partenariat public-privé.

À 45,4 %, vous répondez OUI à la question suivante : Estimez-vous

que le partenariat public-privé peut être une solution à

l’inefficacité ou à l’inefficience de certains programmes ou de

certaines structures du gouvernement?

Moi, j’interprète ça comme une ouverture au partenariat

public-privé. Ce que vous nous dites, c’est : Allez-y , mais

prudemment.

On vous a entendus.

Je pense que si on reposait la même question aujourd’hui, l’appui au

partenariat public-privé serait encore plus élevé.

Parce que le concept est mieux compris maintenant.

On a compris avec le Plan de modernisation de l’État, présenté au

début du mois par la présidente du conseil du Trésor, qu’un

partenariat public-privé n’avait rien à voir avec une privatisation;

on a compris aussi que le PPP ce n’était pas une solution magique,

mais une façon, parmi d’autres, de mieux répondre aux besoins des

citoyens dans certains domaines.

On a avancé dans la compréhension des choses. Et d’ailleurs, si vous

prêtez l’oreille, vous n’entendrez plus parler de démolition. Tout

le monde comprend maintenant que c’est de construction et

d’adaptation au changement dont il s’agit.

Je veux aujourd’hui vous remercier, vous les jeunes de la fonction

publique, pour l’ouverture que vous démontrez face aux changements

qu’on est en train de mettre en place.

Vous êtes la nouvelle façon de faire. Vous êtes la troisième porte.

Je vous ai parlé tantôt de trois portes et de deux défis.

Les deux défis, vous les connaissez.

D’abord, c’est la reprise en main de nos finances publiques. Avec

nos deux premiers budgets, on a repris le contrôle des dépenses.

Aujourd’hui, le Québec vit selon ses moyens.

C’est loin d’être une mauvaise nouvelle. Parce que vivre selon ses

moyens, pour un État comme pour une famille, c’est le début de la

vraie prospérité.

Et regardez de quelle manière on a repris le contrôle des dépenses.

On ne l’a pas fait en coupant partout. On l’a fait en réinvestissant

2,2 milliards en santé et plus de 700 millions en éducation. On l’a

fait en recentrant l’État sur ses missions essentielles.

J’étais très content de voir que dans le sondage que j’ai cité

tantôt, à 62,4 % vous dites que le développement du gouvernement en

ligne doit venir en deuxième, derrière le réinvestissement en santé

et en éducation.

On s’entend là-dessus, c’est d’abord les missions essentielles.

Le deuxième défi vous concerne très directement. C’est celui des

changements démographiques.

Vers 2011, il y aura plus de retraités que de travailleurs au

Québec.

Alors il faut s’ajuster pour répondre aux besoins croissants en

santé, mais aussi pour mieux outiller notre jeunesse, qui en aura

lourd sur les épaules.

Ça veut dire réinvestir, mais aussi réorganiser, comme on le fait en

santé, et amorcer des débats importants, comme on le fait sur le

financement, l’accessibilité et la qualité de l’enseignement

universitaire.

C’est aussi pour répondre au défi démographique qu’on a placé la

famille au cœur de notre dernier budget. Parce qu’une des façons de

relever ce défi, c’est de faire du Québec le meilleur endroit

possible pour élever des enfants.

Dans la fonction publique, l’impact des changements démographiques

sera encore plus grand. D’ici 2014, 40 % des employés de la fonction

publique prendront leur retraite. Au niveau des cadres, ce sera

encore plus rapide, 60 % auront quitté dans 10 ans.

C’est dire à quel point vous êtes appelés à jouer un grand rôle.

C’est dans ce contexte de finances publiques et de démographie,

alors que la demande de services évolue, que nous avons présenté

notre plan de modernisation de l’État.

Ce plan comporte 4 volets principaux qui visent à faire de l’État

québécois une organisation des années 2000 branchée sur les besoins

des Québécois des années 2000 :

améliorer les façons de faire, avec le gouvernement en ligne, par

exemple ou les partenariats, lorsque c’est avantageux.

alléger les structures, en créant des regroupements d’organismes

quand c’est possible, en faisant disparaître des échelons

hiérarchiques, par exemple.

réévaluer les programmes, en éliminant les dédoublements ou en

laissant tomber ce qui n’est plus nécessaire.

miser sur les employés de l’État.

Ça, ça veut dire miser sur vous, sur chacun d’entre vous.

La condition sine qua none à la réussite de la modernisation de

l’État, c’est la pleine participation de la fonction publique.

Il va y avoir du mouvement, c’est certain. On va favoriser le

redéploiement du personnel là où sont les besoins. Et on va le faire

dans le respect des conventions collectives et de la sécurité

d’emploi. Je vous le garantis. Le gouvernement du Québec va demeurer

un employeur exemplaire.

Des programmes de développement et de formation sur mesure seront

mis sur pied et financés par le Fonds spécifique à la formation et

au développement. Aussi, le Centre québécois du leadership sera

créé, en collaboration avec l’ENAP, à l’intention des cadres de la

fonction publique.

On va assurer le renouvellement de la main-d’œuvre. Notre objectif,

c’est de remplacer un employé sur deux qui quitte pour la retraite

sur 10 ans.

Ça veut dire 16 000 embauches, une moyenne de 1 600 par année. C’est

beaucoup de monde. Ce seront des jeunes qui vont faire leur entrée,

en grande majorité. Et des personnes issues des minorités

culturelles aussi. Je veux que l’État québécois soit plus

représentatif de la diversité québécoise.

C’est donc un important renouvellement de la fonction publique qu’on

est en train d’amorcer.

On a un défi de recrutement à relever ensemble. Et là-dessus, je me

permets de vous interpeller directement. Vous avez un rôle à jouer

dans la promotion de la fonction publique.

Parlez-en de votre vie de fonctionnaire, encouragez les jeunes de

votre entourage à déposer leur candidature. Il y a des carrières

formidables à faire dans la fonction publique québécoise.

Déjà, les résultats 2003-2004 sont encourageants : dans l’ensemble

de la fonction publique, 35 % des personnes recrutées étaient des

jeunes de moins de 35 ans. Pour les seules catégories

professionnelle et technique 3 300 jeunes ont été recrutés, soit

54,4 % des embauches totales.

On est sur la bonne voie.

Chers amis jeunes fonctionnaires du Québec,

Il y a 40 ans, ce sont des jeunes fonctionnaires qui ont été les

artisans la Révolution tranquille. Avec courage, créativité et

détermination, ils ont fait naître un État moderne qui a joué un

rôle central dans l’évolution de notre société et dans l’affirmation

de nos valeurs comme la justice sociale, l’égalité des chances ou la

compassion.

Cet État qui est né avant l’informatisation, avant la

mondialisation, avant le vieillissement de la population doit

aujourd’hui renouveler ses bases et ses façons de faire.

C’est vrai ici, mais c’est aussi le cas dans une foule d’autres

pays. La France, où j’étais il y a quelques semaines, vit les mêmes

débats que le Québec, comme la Grande-Bretagne, comme l’Allemagne.

Ici comme ailleurs, ce renouvellement des États reposera sur la

génération montante des employés de la fonction publique.

Pour chacun d’entre vous, les prochaines années seront l’occasion de

grands accomplissements. Ce n’est pas seulement une carrière qui

s’offre à vous; c’est le privilège d’être aux premières loges de la

redéfinition, de la réinvention de l’État québécois.

Les femmes et les hommes qui ont fait la Révolution tranquille

n’étaient pas meilleurs que vous.

Par le hasard de l’histoire, ils se sont trouvés là, à cet endroit

et à ce moment, où le travail qu’ils avaient à accomplir prenait des

allures de mission.

Les jeunes fonctionnaires de l’époque auraient pu se réunir

exactement sous le même thème que celui qui vous réunit aujourd’hui

: « Travailler dans la fonction publique, c’est bien plus qu’un

emploi, c’est une mission, un engagement »

Ils étaient tout comme vous de jeunes femmes et de jeunes hommes

fiers de faire partie de la fonction publique québécoise et unis par

le sentiment de participer à quelque chose de grand pour le Québec.

Nous ne retournerons pas à l’époque de la Révolution Tranquille,

mais nous pouvons ensemble en retrouver l’esprit : l’audace, le sens

de l’innovation et l’appétit pour le changement et le progrès de

tous.

Cette audace, cette soif d’accomplissement, elle est toujours là,

présente dans la fonction publique québécoise. Elle est ici

aujourd’hui dans cette salle.

Ces Prix reconnaissance de la jeune fonction publique québécoise en

sont la preuve.

Je félicite tous les finalistes, je félicite tous les lauréats.

Et je vous dis que j’ai besoin de vous pour amener le Québec plus

loin. Je compte sur vous. Les Québécois comptent sur vous.

Merci.

[Charest=20040607]

Monsieur le Président de la Conférence,

Monsieur le Président de la Banque mondiale,

Distingués invités de la table d’honneur,

Mesdames et Messieurs du corps diplomatique,

Chers collègues de l’Assemblée nationale,

Mesdames et Messieurs,

C’est avec grand plaisir et dans la poursuite d’une heureuse tradition que

j’inaugure cette 10e édition de la Conférence de Montréal.

J’y retrouve à nouveau les représentants de nombreux pays et institutions

du monde, rassemblés pour discuter de questions de portée universelle.

Vous vous réunissez cette année sous le thème : « Défi de la concurrence :

les stratégies gagnantes ».

Voilà un thème qui reflète bien l’orientation fondamentale de la

Conférence de Montréal : c’est-à-dire explorer de grands enjeux de notre

époque dans la perspective de solutions harmonieuses qui concilieront les

intérêts des gouvernements, des entreprises, des travailleurs et de la

société civile.

J’avoue d’emblée mon attachement personnel à cette institution

prestigieuse qu’est devenue la Conférence de Montréal.

Vous me permettrez en tout premier lieu de rendre hommage à son président,

Me Gil Rémillard, ainsi qu’à son équipe d’organisation qui relèvent à

chaque édition, le défi de réunir des sommités de tous les horizons et de

tous les continents, qui acceptent de mettre en commun le fruit d’une

riche expertise.

Monsieur Rémillard, en ce 10e anniversaire de la Conférence de Montréal,

je salue votre détermination; je salue aussi votre vision du monde et du

rôle que le Québec peut y jouer.

Avec la Conférence de Montréal, vous donnez vie à cette idée que nous

avons en commun. Le Québec, par son histoire, par sa culture, par sa

géographie est une passerelle entre l’Amérique du Nord et l’Europe; c’est

une société riche de sa diversité qui se nourrit de toutes les influence

pour s’imaginer un avenir unique.

En cela, le Québec est un lieu idéal pour une conférence comme celle que

vous avez mis sur pied.

Quebec plays a remarkable and diverse role especially in North America but

also around the world. Few societies facing Quebec’s challenges with a

unique culture can boast of our successes.

We are a leader in several growth industries. Quebec is responsible for:

44% of Canadian high-tech exports,

50% of the Canadian pharmaceutical industry,

55% of aerospace production,

And 36% of Canadian film and television production.

Quebec is a creative, innovative and entrepreneurial society. We are also

a major force in the export market.

In 2002, 57% of Quebec’s GDP was exported – a value of 230 billion

Canadian dollars. Eighty-five percent of our exports go to the United

States.

Our successes are hard earned: we have carved out our place in a

competitive world without compromising the values that unite us as a

society.

Notre système public de santé, par exemple, témoigne de notre adhésion à

la justice sociale. Mais ce n’est pas seulement le fait d’une vision

sociale, c’est aussi le fait d’une vision économique.

En 1999, un banquier canadien, Charles Baillie, alors président de la

Banque TD, tenait ces propos qui sont toujours aussi actuels :

« Le fait d’abandonner notre système de soins de santé subventionné

exclusivement par l’État constituerait non seulement une erreur morale,

mais aussi une erreur économique, ayant de graves conséquences. (…) Il en

coûterait plus aux entreprises, petites et grandes, d’assumer les coûts

des prestations ce qui constituerait une augmentation de fait de la charge

fiscale. (…) En cette ère de mondialisation nous devons profiter de tout

avantage concurrentiel et comparatif dont nous disposons. Et les principes

fondamentaux de notre système de soins de santé constituent l’un de ces

avantages. »

Nous faisons du développement de ce système notre première priorité. Nous

y réinvestissons et nous le réorganisons. Nous le faisons pour maintenir

le Québec parmi les sociétés les plus humaines du monde.

Nous le faisons aussi afin de maintenir Montréal et le Québec parmi les

villes et les sociétés du monde qui sont aux premières loges de

l’avancement de la science médicale.

À cette fin, nous avons notamment mis sur la voie rapide de la réalisation

la construction de deux nouveaux hôpitaux universitaires ultramodernes qui

s’élèveront bientôt à Montréal. Et il y a quelques jours, j’ai inauguré à

Québec un tout nouveau centre Mère-Enfant qui hisse notre capitale parmi

les meilleurs centres nord-américains en médecine pédiatrique.

Si notre système public de santé fait écho à ce principe de justice

sociale dans lequel nous croyons fermement, notre système public

d’éducation quant à lui, témoigne de notre foi dans l’égalité des chances.

Chaque enfant qui naît au Québec, quel que soit le milieu dont il est issu

a accès à une éducation de qualité internationale et plus abordable que

partout ailleurs en Amérique du Nord au niveau universitaire.

Notre réseau d’enseignement supérieur se déploie sur l’ensemble du

territoire québécois, de Rimouski jusqu’à l’Abitibi. Il comprend notamment

48 collèges d’enseignement général et professionnel, 7 universités, quatre

francophones, comme l’Université de Montréal ou l’Université Laval, et

trois anglophones, dont l’Université MCGill.

Ce système comprend aussi de grandes écoles dont la réputation dépasse

largement nos frontières :

HEC Montréal, par exemple, compte parmi les meilleures écoles de gestion

du monde.

Notre École nationale d’administration publique a formé des centaines de

hauts fonctionnaires provenant des quatre coins du monde, propageant

ainsi les valeurs démocratiques véhiculées par une administration

publique compétente, rigoureuse et transparente.

Notre École polytechnique affirme par ailleurs la place de Montréal

comme le principal pôle canadien en ingénierie.

Le résultat de ce vaste réseau voué à la diffusion de la connaissance,

c’est que plus de 60 % des jeunes Québécois obtiennent un diplôme qui leur

ouvre les portes d’une carrière stimulante. Le résultat, c’est aussi la

renommée de la compétence de la main-d’œuvre québécoise.

Plus de 80 % des travailleurs ont un diplôme d’études secondaires et près

de 20 % ont un diplôme universitaire. Il se décerne au Québec plus de

grades universitaires par personne qu’ aux États-Unis, en France ou au

Japon.

Les stratégies gagnantes du Québec reposent donc sur la notion du capital

humain. Ce sont les femmes et les hommes d’ici qui font la réussite du

Québec.

Ensemble, nous nous apprêtons par ailleurs à relever des défis importants.

Le Québec, comme d’autres sociétés occidentales fait face à un

vieillissement de sa population. Cela aura notamment une incidence à la

hausse sur les coûts de santé.

Parallèlement, l’État québécois, qui s’est organisé il y a une quarantaine

d’années doit redéfinir son fonctionnement en puisant par exemple à la

source des nouvelles technologies pour mieux servir ses citoyens à

meilleur coût.

Cette remise à jour du fonctionnement de notre État contribuera à une

élévation du niveau de vie des Québécois et à l’émergence d’un contexte

économique encore plus propice à l’investissement et à la croissance.

Notre économie est déjà parmi les plus modernes du monde. Le secteur des

services, qui représente 70 % de notre PIB, joue un rôle de premier plan;

le secteur manufacturier est solide et touche tous les domaines de la

fabrication. Il représente 27 % du PIB et les ressources naturelles, 3 %.

Mais il ne faut pas s’y tromper : 3 % de l’économie globale c’est peu,

mais le Québec n’en est pas moins un important producteur mondial de

ressources naturelles, depuis l’aluminium jusqu’au papier journal.

Nous bénéficions aussi d’une abondante source d’énergie propre, peu

coûteuse et fiable. Grâce à une nature généreuse, presque toute notre

électricité est de source hydroélectrique.

Notre ambition, en tant que gouvernement, est de faire du Québec le

meilleur endroit en Amérique du Nord où voir grandir des enfants, vivre et

investir.

Quebec stepped confidently into the new century with all the determination

and assurance that distinguishes our society.

We take great pride in our language and culture, which continue to

flourish in North America. Our identity is among our greatest

achievements… and along with it comes a moral and historic responsibility

to protect the idea of cultural diversity.

We are now working ardently to exclude culture from commercial free trade

accords. The Quebec government has joined many others around the world to

champion an international agreement on cultural diversity, governed by

UNESCO.

A draft is currently being studied by UNESCO, and the United States has

expressed its support. I had the opportunity to welcome that good news

during a recent trip to New York, and I continue to hope that the American

administration will remain sensitive to the question of cultural

diversity.

We strongly believe that international agreements should safeguard the

environment, respect democratic rights and protect human rights.

When globalization includes these ideals, it is truly synonymous with

progress for all peoples. If economic markets expand globally, so should

the rules that govern them.

Les Québécois, tout au long de leur histoire, ont su protéger et affirmer

leur identité sans jamais tomber dans le travers du repli sur soi. Notre

fierté est synonyme d’ouverture.

Depuis la tenue de l’Exposition universelle de 1967 et des Jeux olympiques

de 1976, le Québec n’a cessé de développer sa personnalité internationale.

D’abord, sur son propre territoire, en concertation avec les villes,

surtout celles de Montréal et de Québec, et avec l’appui du gouvernement

fédéral, le Québec a encouragé l’implantation d’organisations

internationales grâce à des mesures fiscales concrètes, ainsi que la tenue

d’événements internationaux majeurs.

Avec le résultat qu’aujourd’hui, Montréal s’impose comme le troisième lieu

d’accueil par excellence en Amérique du Nord pour les organisations et les

conférences internationales.

Mon gouvernement travaille par ailleurs activement en vue d’accueillir à

Québec, en 2008, le Sommet de la Francophonie.

Nous souhaitons alors recevoir l’ensemble des pays francophones du monde

dans une sorte de reconnaissance de l’accomplissement québécois, celui de

l’épanouissement du fait français en Amérique, en cette année où nous

célébrerons le 400e anniversaire de la fondation de Québec par Samuel de

Champlain en 1608.

Tous les acteurs de la société québécoise ont compris que le Québec a un

rôle à jouer sur la scène internationale. Notre développement, notre

prospérité, notre identité en dépendent.

Sur le plan politique, notre action internationale s’explique comme ceci :

lorsque le gouvernement du Québec est le seul gouvernement compétent pour

appliquer un engagement international, c’est à lui qu’il doit revenir de

conclure cet engagement.

En somme, il revient au Québec d’assumer, sur le plan international, le

plein prolongement de ses compétences internes. Ce qui est de compétence

québécoise ici, est de compétence québécoise partout.

Cette manière de voir nous permet de conclure des ententes avec qui nous

le jugeons bon, qu’il s’agisse d’État ou de région, dans le plein respect

de la politique étrangère canadienne.

Depuis 40 ans, chaque gouvernement québécois a poussé plus loin

l’engagement international du Québec. Il est de l’intention claire de mon

gouvernement de poursuivre le développement de la diplomatie québécoise.

Voilà donc, très sommairement esquissées, quelques stratégies gagnantes

qui permettent au Québec de se développer et de prospérer en concertation

avec son partenaire canadien.

Mesdames et Messieurs, je vous souhaite du succès dans vos délibérations.

[Charest=20040623]

Madame le Lieutenant-Gouverneur,

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale

Monsieur le Chef de l’opposition officielle,

Monsieur le Président du Conseil de l’Ordre national du Québec,

Monsieur le Maire,

Distingués invités,

C’est pour moi un grand honneur et un grand privilège de vous accueillir

aujourd’hui pour poursuivre cette noble tradition de la remise des

insignes de l’Ordre national du Québec.

On peut véritablement parler de tradition puisqu’il y a aujourd’hui 20 ans

presque jour pour jour, soit le 20 juin 1984, était promulguée la Loi sur

l’Ordre national du Québec.

Depuis 505, femmes et hommes du Québec ont été décorés de l’un ou l’autre

des trois insignes de l’Ordre qui constituent les plus hautes distinctions

remises par l’État du Québec.

Cette cérémonie revêt un sens tout particulier.

Aujourd’hui, je me fais messager du peuple québécois qui salue, félicite

et remercie des femmes et des hommes qui ont contribué de façon

exceptionnelle au rayonnement du Québec dans tous les domaines de

l’activité humaine.

C’est le sens profond de la devise de l’Ordre national : « Honneur au

peuple du Québec ».

Et quel meilleur coup d’envoi aux célébrations de notre Fête nationale que

ce salut solennel à de grands citoyens du Québec.

Aujourd’hui, les débats qui nous animent se suspendent. Aujourd’hui, nous

nous retrouvons tous ensemble, unis par notre fière appartenance au Québec

et par notre gratitude envers les femmes et les hommes qui le composent.

Car en reconnaissant les accomplissements méritoires de certains parmi les

nôtres, nous nous trouvons aussi à saluer celles et ceux qui s’inscrivent

dans leur sillage.

La remise annuelle des insignes de l’Ordre national du Québec est ainsi un

moment où le Québec fait silence pour se laisser inspirer par la quête

d’idéal de certains de ses citoyens les plus éminents.

Sur ce parterre se tiennent des femmes et des hommes dont les

accomplissements devraient être cités dans les écoles du Québec comme

autant de preuves que les rêves les plus ambitieux peuvent se réaliser.

Mesdames, Messieurs,

Je tiens à vous dire que l’honneur que vous recevez aujourd’hui n’a d’égal

que celui que j’ai de vous décorer de l’Ordre national du Québec.

À votre façon, chacun de vous est un héros du Québec contemporain.

Puissiez-vous tous et pour longtemps encore être des modèles vivants de

réussite et d’accomplissement pour des milliers de Québécois.

Chevaliers

Armand Vaillancourt : Surtout connu comme sculpteur, vous vous êtes aussi

révélé par le dessin, la gravure et la peinture. Vous êtes un artiste

profondément engagé. Vos œuvres sont des cris du cœur.

Vous êtes né à Black Lake. Vous avez étudié à l’École des beaux-arts de

Montréal. Vous avez tôt fait de transporter votre art dans la rue. Dès

votre première création, L’Arbre de la rue Durocher (1953-1955), vous

faites éclater les normes de la sculpture et des arts et accédez à la

légende. Vous êtes un pionnier de l’affirmation artistique québécoise.

Vous avez créé plus de 3 000 œuvres. Parmi vos pièces monumentales,

pensons, entre autres, au monument contre la guerre à Chicoutimi (1959), à

L’Humain, une sculpture commandée par l’École des arts et métiers

d’Asbestos (1963), à Justice !, une sculpture-fontaine contre l’apartheid

au Palais de justice de Québec (1980).

Vous avez reçu le prestigieux prix Paul-Émile Borduas, en 1993, et

plusieurs autres distinctions artistiques au Québec, au Canada et aux

États-Unis.

Armand Vaillancourt, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du

Québec.

Raymond St-Cyr : Vous êtes un pilier de l’agriculture québécoise et du

modèle coopératif. Vous avez acquis la ferme paternelle et vous êtes

engagé dans plusieurs mouvements agricoles, para-agricoles et économiques.

Pendant plus de trente ans, vous avez contribué au développement de la

coopération, notamment au sein d’Agropur et de la Coopérative fédérée du

Québec.

Vous avez été vice-président (1985-1991) puis président (1990-1992)

d’Agropur et président de Natrel (1992). Vous vous êtes particulièrement

distingué par votre engagement dans le dossier de la relève agricole

coopérative.

Vous avez représenté Agropur aux États généraux du monde rural. Vous avez

été administrateur de plusieurs sociétés et coopératives. Vous êtes membre

du Temple de la renommée de l’agriculture depuis 1991.

Raymond St-Cyr, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur

de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Serge Savard : Pendant une vingtaine d’années, à titre de joueur et

ensuite de directeur-gérant du club de hockey Canadien, vous avez connu

une carrière remarquable dans le sport professionnel, participant à la

conquête de dix coupes Stanley.

Pour des milliers de Québécois, dont je suis, le numéro 18 du Canadien de

Montréal est associé à certains de nos plus beaux souvenirs de jeunesse.

Vous en imposiez, autant sur la glace qu’en dehors de la glace. Ce n’est

pas pour rien qu’on vous a surnommé Le Sénateur.

Né à Montréal, votre carrière sportive débute en 1961, alors que le

Canadien vous fait signer un premier contrat. Vous avez été sélectionné

sur plusieurs équipes d’étoiles de la Ligue nationale. Vous porterez

également le chandail d’Équipe Canada en 1972, lors de la série du siècle,

et lors de la première Coupe Canada, en 1976.

Vous avez fondé la Ligue collégiale AAA pour lutter contre la violence au

hockey et inciter les jeunes joueurs à poursuivre leurs études.

Aujourd’hui associé de la firme de gestion immobilière Thibault, Messier,

Savard et associés, vous favorisez, par votre engagement dans de

nombreuses activités bénévoles, l’épanouissement de la société québécoise

et canadienne.

Vous avez été nommé au Temple de la renommée de la Ligue nationale de

hockey, en 1986.

Serge Savard, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Ginette Reno : Par votre voix et votre générosité, vous avez gagné

l’admiration et l’affection d’un très vaste public au Québec, au Canada et

à travers le monde. Vous avez enregistré plus de 50 albums en français et

en anglais, tous d’or ou de platine, et écrit plusieurs chansons.

Vous avez aussi fait des incursions remarquées comme comédienne tant dans

les séries dramatiques de Janette Bertrand à Télé-Québec qu’au cinéma,

dans des films comme Léolo, Laura Cadieux et Mambo Italiano.

Née à Montréal, votre éternel rêve de devenir chanteuse se matérialise en

1960, lorsque vous remportez un concours amateur. Cinq ans plus tard, vous

triomphez à la Place des Arts puis à l’Olympia de Paris.

Depuis, vous êtes portée par l’amour du public que vous savez amener

toujours… un peu plus haut, un peu plus loin, mais toujours avec vous.

Ginette Reno, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Gil Rémillard : Juriste, professeur et administrateur, vous avez été

député du Parti libéral du Québec dans Jean-Talon et notamment ministre

délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, ministre des

Relations internationales, ministre de la Sécurité publique et ministre de

la Justice. Dans cette dernière fonction, vous avez piloté la réalisation

du nouveau Code civil du Québec. Vous êtes aujourd’hui professeur à

l’École nationale d’administration publique, avocat-conseil au cabinet

Fraser Milner Casgrain et vous présidez la Conférence de Montréal, l’un

des plus prestigieux forums économiques internationaux à se tenir au

Québec, dont la 10e édition s’est terminée il y a quelques jours.

Vous avez été professeur titulaire de droit public à l’Université Laval et

professeur invité dans plusieurs universités canadiennes et étrangères.

Vous avez agi en tant que conseiller constitutionnel auprès du ministre

fédéral de la Justice et du premier ministre du Canada et observateur

spécial à l’Organisation des Nations Unies. Vous êtes président et éditeur

de la revue économique Décision. Et vous êtes un conférencier recherché,

au Canada et à l’étranger.

Gil Rémillard, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Judes Poirier : Vous êtes professeur titulaire aux départements de

psychiatrie et de médecine de l’Université McGill et directeur du Centre

McGill d’études sur le vieillissement. Vous avez atteint une renommée

mondiale pour vos travaux visant à comprendre la maladie d’Alzheimer et la

maladie de Parkinson.

Né à Montréal, vous avez fait un doctorat sur la neurobiologie de la

maladie de Parkinson à l’Institut de recherche clinique de Montréal. Vous

vous êtes ensuite joint au Alzheimer Disease Research Consortium of South

California, où vous avez fait une première découverte importante sur la

régénérescence dans le cerveau en 1989.

Vous êtes au service de l’Université McGill et du Centre de recherche de

l’hôpital Douglas depuis 1989. En 1993, vous identifiez le facteur de

risque génétique le plus important jamais découvert pour la forme commune

de la maladie d’Alzheimer. Deux ans plus tard, vous mettez en évidence un

lien surprenant entre ce gène anormal et l’efficacité thérapeutique des

médicaments utilisés pour soigner les troubles de la mémoire. Par la

suite, vous mettez au point une nouvelle approche thérapeutique basée sur

le contrôle du transport du cholestérol cérébral.

Vous êtes un pionnier de cette nouvelle science appelée la

pharmacogénomique.

Judes Poirier, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Louise Lévesque : Professeure émérite de l’Université de Montréal, vous

avez initié la recherche et l’enseignement supérieur dans le domaine des

soins infirmiers dispensés aux personnes âgées et aux malades chroniques.

Vous avez contribué à la fondation et été la première titulaire de la

chaire Desjardins en soins infirmiers à la personne âgée et à la famille,

qui met à contribution l’Université de Montréal et l’Institut

universitaire de gériatrie de Montréal.

Avec dévotion et sensibilité, vous vous êtes dédiée aux personnes

atteintes de problèmes cognitifs, et plus particulièrement de la maladie

d’Alzheimer. En plus de créer des équipes de recherche au Québec, vous

avez participé à des équipes aux États-Unis et en Europe. Retraitée depuis

1997, vous poursuivez néanmoins ses travaux, notamment au Liban, sous

l’égide de l‘Organisation mondiale de la santé.

Votre apport exceptionnel à la santé des personnes âgées et des aidants

naturels est reconnu partout au Canada et à l’étranger. Vous avez

notamment reçu l’Insigne du mérite, de l’Ordre des infirmières et

infirmiers du Québec.

Louise Lévesque, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur

de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Phil Latulippe : Vous avez servi pendant 34 ans dans les Forces armées

canadiennes, où vous avez été maintes fois décoré avant de devenir

entraîneur et moniteur sportif. Vos exploits de marathonien n’ont pas

d’équivalent. Dévoué et généreux, vous avez couru pour le bénéfice de

nombreuses causes humanitaires. Au fil des ans, ce sont des millions de

dollars que vous avez recueillis et remis à la Fondation de l’Université

Laval et à la Fondation communautaire du Grand Québec.

Vous êtes un exemple de courage et de ténacité. Blessé aux jambes par des

éclats de grenades lors de la Seconde Guerre mondiale, vous êtes victime

d’un grave accident d’automobile en 1957 qui fait dire à vos médecins que

plus jamais vous ne marcherez.

Est-ce pour ne pas les faire mentir que vous avez choisi de courir? Vous

avez parcouru au pas de course plus de 210 000 km entre l’âge de 49 et de

76 ans.

Vous avez notamment reçu la Médaille du 125e anniversaire du Canada (1992)

; la Médaille du jubilé de Sa Majesté la reine Elizabeth II (1977),

l’Étoile 1939-1945, l’Étoile France-Allemagne et la Médaille de Normandie.

Vous êtes membre de l’Ordre du Canada depuis 1984.

Phil Latulipe, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Jacques Languirand : Vous êtes un communicateur à l’immense talent. À

cette époque de l’éphémère et du jetable, vous fascinez l’auditoire de Par

4 chemins depuis 33 ans.

Mais vous êtes aussi dramaturge, essayiste, journaliste, comédien de

théâtre et de cinéma, metteur en scène, professeur, conférencier,

concepteur-designer d’expositions et directeur d’entreprises culturelles.

Citoyen engagé, vous êtes notamment porte-parole pour le Québec du

Jour-de-la-Terre.

Vous êtes la preuve que les chemin de la connaissance sont accessibles à

qui veut les emprunter. Né à Montréal en 1931, vous êtes un autodidacte.

Vous disiez récemment, sur ce rire qui vous caractérise si bien, que vous

n’aviez pas les pré-requis pour assister aux cours que vous donnez à

l’Université McGill.

D’abord homme de théâtre, vous avez notamment été secrétaire général du

Théâtre du Nouveau Monde et de la Comédie canadienne. Votre œuvre écrite

comprend plusieurs ouvrages, dont dix pièces de théâtre, comme Faust et

les radicaux libres (2001).

Jacques Languirand, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du

Québec.

Marie Laberge : D’abord comédienne, vous vous êtes tournée vers

l’enseignement de l’art dramatique, la mise en scène puis, pour notre plus

grand plaisir, l’écriture. Vous êtes l’auteure d’une vingtaine de pièces

de théâtre, jouées au Québec et à l’étranger, de huit romans et de deux

scénarios télé.

Votre trilogie, Le goût du bonheur, vendue à plus d’un demi-million

d’exemplaires, a été le plus grand succès de la littérature québécoise.

Elle a été publiée en France aux éditions Anne Carrière. Vos pièces de

théâtre ont été traduites en plusieurs langues et la pièce Oublier a été

produite par la Comédie Française. Vous avez également signé de nombreuses

mises en scène d’auteurs québécois et étrangers et co-réalisé un long

métrage.

En 2005, vous célébrerez trente ans de carrière. Outre Le goût du bonheur,

Annabelle, La Cérémonie des anges, Quelques adieux, Oublier, Éva et

Évelyne, C’était avant la guerre à l’anse à Gilles ont aussi été primés.

Marie Laberge, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Pierre-Jean Jeanniot : Né à Montpellier en France, vous arrivez au Canada

en 1947. Vous obtenez un baccalauréat en sciences physiques et

mathématiques de l’Université Sir George William et poursuivez des études

en administration des affaires à l’Université McGill et en statistiques

mathématiques à l’Université de New York.

Commence alors une éclatante carrière dans le domaine du transport aérien

au Canada. Concepteur d’instrumentation d’avionnerie et de navigation

maritime à la société Sperry Gyroscope of Canada, vous entrez ensuite au

service d’Air Canada où vous demeurerez pendant 35 ans. Vous êtes

notamment un des inventeurs des enregistreurs de vol, ce qu’on appelle la

« boîte noire ». En 1984, vous êtes nommé président-directeur général

d’Air Canada, poste que vous occuperez jusqu’en 1990. Un an plus tard vous

êtes élu à la tête de l’IATA, l’Association du transport aérien

international.

Vous avez été le chancelier de l’Université du Québec à Montréal et vous

avez soutenu nombre de causes humanitaires et culturelles. Vous êtes en

outre un mélomane.

Vous avez été sélectionné par le Conseil de l’Ordre national du Québec en

2002.

Pierre-Jean Jeanniot, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du

Québec.

Stephen A. Jarislowsky : Votre vie est un roman. Vous êtes né à Berlin en

1925. Vous avez grandi aux Pays-Bas et en France avant d’émigrer aux

États-Unis à l’âge de 16 ans. Vous étudiez le japonais à l’Université de

Chicago et entrez dans les services américains de contre-espionnage au

Japon.

Après votre service militaire, vous retournez aux études et en sortez avec

en main un MBA de Harvard. À votre arrivée à Montréal vous travaillez pour

Alcan avant de fonder Jarislowsky, Fraser et compagnie à Montréal en 1955.

Vous présidez à la destinée de l’entreprise pendant plus de quarante-sept

ans. Vous êtes aujourd’hui président du conseil et chef de la direction de

cette société de gestion de fonds, qui est l’une des plus importantes au

Canada.

Vous avez été sélectionné par le Conseil de l’Ordre national du Québec en

2002.

Stephen A. Jarislowsky, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du

Québec.

Samuel O. Freedman : Professeur émérite de l’Université McGill, vous êtes

un spécialiste de l’immunologie clinique. Vous avez acquis une réputation

internationale à titre de codécouvreur de l’antigène carcino-embryonnaire,

qui a permis la mise au point du premier test sérologique pour le

dépistage du cancer de l’intestin et a eu d’importantes répercussions sur

l’étude des tumeurs.

C’est en 1965, en compagnie du Dr Phil Gold, que vous faites la découverte

qui vous rend célèbre. Vous avez dirigé l’Institut de recherches médicales

Lady Davis de l’Hôpital général juif de Montréal pendant dix ans. Ce

centre réputé pour son dynamisme accueille une centaine de chercheurs

indépendants et sept unités de recherche dédiées notamment au SIDA, au

cancer et à la biologie moléculaire reliée au cancer. Chercheur,

enseignant et administrateur accompli, vous n’avez jamais pour autant

renoncé à votre rôle de médecin traitant.

Depuis 2000, vous êtes professeur émérite de l’Université McGill et

conseiller principal de l’Hôpital général juif.

Samuel O. Freedman, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du

Québec.

Pierre Ferron : Professeur agrégé de clinique de l’Université Laval, vous

êtes président de la Fondation du Québec pour la recherche sur l’implant

cochléaire. Chirurgien renommé, vous avez procédé, en 2000, à la mise en

place d’un implant cochléaire chez un enfant de cinq mois, une première

mondiale. Depuis la création du Programme québécois pour l’implant

cochléaire en 1984, quelque 530 patients ont profité d’une intervention de

cette nature, dont plus de la moitié sont des enfants.

Depuis bientôt 35 ans, votre nom et votre réputation sont associés à la

renommée de deux institutions : l’Hôtel-Dieu de Québec du Centre

hospitalier universitaire de Québec (CHUQ). En 1983, avec votre épouse

Francine Carmichael, vous créez la Fondation du Québec pour la recherche

sur l’implant cochléaire qui permettra de mettre sur pied le Programme

québécois pour l’implant cochléaire qu’il dirige depuis.

En permettant à des enfants d’entendre, vous leur permettez d’acquérir

comme les autres les habiletés fondamentales du langage et leur ouvrez les

portes d’une vie normale. Peu de médecins peuvent à ce point changer la

vie d’un enfant. Votre renommée dépasse largement nos frontières.

Pierre Ferron, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Jean G. Dumesnil : Éminent cardiologue, vous avez été un pionnier dans la

pratique des dilatations coronariennes au Canada. Vos recherches sur

l’échocardiographie-Doppler ont fait de vous un spécialiste de cette

technique d’investigation à l’échelle internationale. À titre de

professeur et de directeur du programme de formation en cardiologie de

l’Université Laval, vous avez contribué à établir un programme parmi les

plus réputés au pays. Communicateur et vulgarisateur, vous êtes aussi un

spécialiste de la nutrition.

Vous tenez votre doctorat en médecine de l’Université de Montréal, et

votre spécialisation en cardiologie vous a notamment été acquise à la

célèbre Clinique Mayo, aux États-Unis.

Depuis 1973, vous pratiquez la cardiologie à l’Institut universitaire de

cardiologie et de pneumologie à l’hôpital Laval de Québec et enseignez la

cardiologie à l’Université Laval. Vous avez publié près de 150 articles

dans des revues prestigieuses de médecine et de cardiologie et présenté

autant de communications dans des congrès nationaux et internationaux.

Vous êtes l’un des conférenciers les plus prisés au monde dans le domaine

de l’échocardiographie et des maladies valvulaires cardiaques. Vos travaux

désormais célèbres sont largement cités dans les ouvrages scientifiques.

Jean G. Dumesnil, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur

de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec.

Jean-Charles Chebat : Vous êtes reconnu internationalement pour vos études

sur la consommation, notamment sur la sémiotique publicitaire et la

psychologie de l’environnement. Vous êtes un des pionniers de l’Université

du Québec à Montréal (UQÀM), où vous avez été à l’origine de la création

du Centre de recherche en gestion. Vous dirigez maintenant la Chaire de

commerce Omer-DeSerres de l’École des hautes études commerciales (HEC).

Vous êtes né à Alger, en 1945. Vous avez obtenu une maîtrise en gestion de

l’Université Laval et un doctorat en sociologie de l’Université de

Montréal. Professeur à l’Université du Québec à Montréal, vous avez

conduit pendant dix ans la Chaire de marketing John-Labatt de l’École des

sciences de la gestion de l’UQÀM, qui fut la toute première et longtemps

la seule chaire de marketing au Canada. Vous avez fréquemment été invité

dans des universités étrangères, en France, en Pologne, au Japon, aux

États-Unis et en Israël.

Premier chercheur en marketing à être élu à la Société royale du Canada en

1996, vous avez été, entre autres, président de l’Académie des lettres et

sciences humaines et vice-président de la Société royale du Canada.

Jean-Charles Chebat, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du

Québec.

Officiers

Jean-Marie Toulouse : Professeur, chercheur et administrateur

universitaire, vos recherches en stratégies d’entreprises vous ont valu

une renommée internationale. Aujourd’hui directeur de HEC Montréal, vous

avez permis à cette institution de se hisser dans le cercle restreint des

meilleures écoles de gestion du monde.

Vous êtes de ces Beaucerons que rien n’arrête. Né à Beauceville, en 1942,

vous avez obtenu un doctorat en psychologie sociale de l’Université de

Montréal et été boursier de recherches post-doctorales à l’Université de

la Californie à Los Angeles.

Vous avez enseigné à l’Université Laval, à l’Université du Québec à

Montréal et à l’Université d’Ottawa avant de joindre HEC Montréal en 1973.

Vous en devenez le directeur en 1995.

Vous avez écrit plusieurs livres, publié plus de 80 articles dans des

journaux de premier plan, prononcé d’innombrables conférences devant des

auditoires de tous les horizons. Vous êtes notamment membre de la Société

royale du Canada depuis 1997.

Jean-Marie Toulouse, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national du

Québec.

Je demande maintenant à Madame Gundula Tavenas de se lever pour que nous

rendions hommage à titre posthume à son époux François Tavenas, décédé le

13 février 2004.

Ingénieur civil, François Tavenas a apporté une immense contribution à

l’enseignement, à la recherche et à la pratique de la géotechnique au

Canada. Il avait également une passion pour le progrès de l’enseignement

supérieur et pour la recherche dans les universités québécoises. Durant

son mandat de recteur de l’Université Laval, de 1997 à 2002, il a assuré,

entre autres, la présidence du Parc technologique du Québec métropolitain

et du Comité Québec-Capitale.

Né en France, formé en Europe, il a mené presque toute sa carrière

universitaire au Québec. Entré en 1968 à l’Université Laval comme

maître-assistant, il a été nommé doyen de la Faculté des sciences et de

génie en 1985. En 1989, il devenait vice-principal de l’Université McGill.

Il retourna par la suite à l’Université Laval en 1997, où il fut élu

recteur. Au jour de sa mort, Monsieur Tavenas occupait la fonction de

recteur de l’Université du Luxembourg.

Gungula Tavenas, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur,

à titre posthume et en hommage à votre époux François Tavenas, de vous

remettre l’insigne d’Officier de l’Ordre national du Québec.

Jean-Marie Roy : Architecte prolifique, vous avez fait entrer

l’architecture québécoise dans ce que j’appellerais la modernité

consciente où le progrès se réconcilie avec la valorisation du patrimoine.

Grand collectionneur, votre engagement envers l’art et les artistes s’est

traduit par la constitution d’une impressionnante collection d’œuvres

patrimoniales et d’art du XXe siècle, dont vous avez su faire profiter les

musées du Québec.

Né à Saint-Léon-de-Standon, professeur à mi-temps à l’École d’architecture

de l’Université Laval, vous fondez en 1966, la firme Gauthier, Guité, Roy

où vous oeuvrez pendant plus de 20 ans.

Vous avez signé nombre d’édifices scolaires, culturels et religieux comme

le Campus de Cap-Rouge, le siège du Centre de recherche industrielle du

Québec, la porte Prescott des Forges du Saint-Maurice, le pavillon sportif

de l’Université Laval (PEPS). Vous avez accumulé les prix et l’École

d’architecture de l’Université Laval a tenu, en 2003, une exposition pour

vous rendre hommage.

Jean-Marie Roy, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur

de vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national du Québec.

Je demande maintenant à Madame Jacqueline Perreault de se lever pour que

nous rendions hommage à titre posthume à son frère Jean-Pierre Perreault,

décédé le 4 décembre 2002.

Jean Pierre Perreault fut l’un des chorégraphes les plus importants au

Canada. On dit de son univers qu’il était métaphorique et paradoxal.

C’est sa rencontre avec Jeanne Renaud qui l’a conduit à la danse, alors

que celle-ci s’apprête à fonder le Groupe de la Place Royale. En 1971, il

est devenu codirecteur artistique de la compagnie. Durant les dix années

suivantes, il a signé plus d’une vingtaine d’œuvres dont plusieurs sont

diffusées en tournée, tant en Europe qu’au Canada, aux États-Unis et au

Mexique.

En 1984, il joint le Département de danse de l’Université du Québec à

Montréal. En mars 2001, il inaugure l’Espace chorégraphique de la

Fondation Jean-Pierre Perreault. Ses créations ont révolutionné le langage

du corps. Des titres comme Nuit, La Vita ou Les années de pèlerinage ont

fait époque. Il disait de la danse qu’elle était un moyen de regarder le

monde à la fois d’un point de vue esthétique, moral et politique.

Jacqueline Perreault, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur, à titre posthume et en hommage à votre frère Jean-Pierre

Perreault, de vous remettre l’insigne d’Officier de l’Ordre national du

Québec.

Margaret Lock : Professeure à l’Université McGill, vous êtes l’une des

trois plus célèbres spécialistes mondiales de l’anthropologie médicale

contemporaine. Vous avez changé la manière dont les chercheurs et

cliniciens du monde appréhendent toute la question de l’usure du corps et

de l’esprit à travers le vieillissement et la maladie.

Vous terminez actuellement une recherche de plusieurs années sur la

maladie d’Alzheimer sous l’angle de la génétique moléculaire. Elle sera le

couronnement d’une remarquable carrière universitaire.

Née en Angleterre en 1936, vous êtes bachelière en biochimie. Vous avez

séjourné au Japon où vous avez apprivoisé la culture et la langue avant

d’obtenir un doctorat en anthropologie et d’accomplir des études

posdoctorales en Californie. Vous joignez l’Université McGill en 1977 où

le programme que vous mettez sur pied est vite reconnu comme l’un des

meilleurs au monde.

La grande scientifique que vous êtes est d’abord une grande humaniste.

C’est votre passion pour l’humain, ses droits et sa dignité qui a été à

l’origine de votre quête scientifique. Vos écrits ont été publiés dans les

plus grandes revues scientifiques.

Margaret Lock, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national du Québec.

Jeanne Larocque Blackburn : Votre parcours est celui de la détermination

tranquille. Née à Saint-Elzéar de Bonaventure, en Gaspésie, c’est au

Saguenay lac Saint-Jean que vous allez prendre racine et embrasser la vie

publique.

D’abord enseignante, vous vous engagez dans le développement économique de

votre région. Députée du Parti québécois dans Chicoutimi de 1985 à 1998,

vous serez notamment ministre de la Sécurité du revenu et ministre

responsable de la Condition féminine.

Présidente de la Régie du cinéma, vous êtes la co-fondatrice et

présidente-directrice générale de l’organisme Cultures à partager, une

fondation de parlementaires qui favorise la coopération culturelle entre

les populations du Sud et le Québec.

Votre engagement en faveur de l’avancement des femmes, de la culture

d’expression française, de la démocratie et de la solidarité entre les

peuples vous ont valu d’être sacrée chevalier de l’Ordre de la Légion

d’honneur de France (2002) et chevalier de l’Ordre de la Pléiade (2000).

Jeanne Larocque Blackburn, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national du

Québec.

Jean-Paul L’Allier : Vous avez marqué la vie politique québécoise. Député

libéral et ministre, vous êtes devenu maire de Québec en 1989, votre

politique étant inspirée par la culture et l’environnement urbain. Si

c’est à ce titre que l’on vous connaît aujourd’hui, c’est au terme d’un

long et riche parcours que vous avez choisi cette ville que vous aimez

passionnément.

Vous êtes né à Hudson, en 1938. D’abord avocat en pratique privée, vous

avez aussi enseigné à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa. Vous

avez séjourné au Maroc où vous étiez maître de recherche au Centre

africain de formation et de recherches administratives pour le

développement. Vous avez mis sur pied l’Office franco-québécois pour la

jeunesse.

Député de Deux-Montagnes de 1970 à 1976, vous avez été ministre

responsable de la Jeunesse, du Loisir et des Sports, ministre de la

Fonction publique, ministre des Communications et ministre des Affaires

culturelles. Délégué général du Québec en Belgique de 1981 à 1984, vous

avez ensuite agi comme consul honoraire de Belgique à Québec de 1985 à

1988.

Vous êtes commandeur de l’Ordre de la Pléiade (2003) et officier de

l’Ordre national de la Légion d’honneur de France (1992). Votre engagement

envers l’embellissement de notre capitale nationale a notamment été

souligné par le prix Blanche Lemco Van Ginkel, de l’Ordre des urbanistes

du Québec (2003).

Jean-Paul L’Allier, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national du

Québec.

Serge Joyal : Vous n’aviez pas encore terminé vos études que le goût de la

politique vous hisse à la tête du mouvement étudiant, en 1962. Député à la

Chambre des communes de 1974 à 1984, vous avez été secrétaire

parlementaire du président du Conseil du trésor, ministre d’État, ministre

responsable du statut de la personne handicapée et secrétaire d’État du

Canada. Vous êtes sénateur depuis 1997.

Né à Montréal, vous avez fréquenté les grandes universités : maîtrise en

droit administratif à l’Université de Sheffield, scolarité de maîtrise de

philosophie en droit constitutionnel à la London School of Economics and

Political Science, diplôme d’études supérieures de la Faculté

Internationale de Droit Comparé de Strasbourg.

Généreux mécène, votre engagement envers la protection et la mise en

valeur du patrimoine artistique, historique et culturel du Québec est

exemplaire. Vous avez notamment travaillé à la restauration de plusieurs

ensembles patrimoniaux à Montréal et en région et rendu possibles, autant

par vos dons privés que vos conseils une multitude d’expositions dans les

différents musées du Québec. En outre, vous n’avez pas hésité à recourir

aux tribunaux pour défendre le principe de l’égalité linguistique partout

au Canada.

Officier de l’Ordre du Canada depuis 1996, vous êtes également officier de

l’Ordre de la Pléiade (2000) et chevalier de l’Ordre national de la Légion

d’honneur de France (1995).

Serge Joyal, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national du Québec.

Jean Gaulin : Vous êtes l’homme derrière l’essor exceptionnel d’Ultramar

en sol québécois. D’abord directeur de la raffinerie de Saint-Romuald,

vous avez gravi tous les échelons jusqu’à devenir président et chef de la

direction mondiale d’Ultramar PLC d’Angleterre.

Né à Montréal, en 1942, vous détenez un diplôme d’ingénieur chimiste de

l’École polytechnique de l’Université de Montréal. C’est sous votre

direction que la raffinerie Ultramar de Saint-Romuald a été construite en

1971 et que le Saint-Laurent a été dragué pour permettre l’accostage des

navires devant ses installations.

En 1985, vous devenez président d’Ultramar Canada. Trois ans plus tard,

vous transférez le siège social de la société de Toronto à Montréal. Un

coup d’éclat dont on me dit que vous êtes encore fier aujourd’hui. En

1989, vous accédez à la plus haute marche de ce géant international de la

pétrochimie et votre leadership s’étant de l’Australie au Canada.

La raffinerie Ultramar de Saint-Romuald porte désormais votre nom.

Jean Gaulin, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national du Québec.

Richard Drouin : Spécialiste du droit commercial, du droit des affaires et

des relations de travail, vous avez notamment représenté le gouvernement

du Québec dans ses négociations avec le secteur public. De 1988 à 1995,

vous êtes président-directeur général d’Hydro-Québec. Vous présidez

également le Comité d’orientation sur la production et le transport

d’électricité, au sein de l’Union internationale des producteurs et

distributeurs d’énergie électrique (UNIPEDE). Vous êtes l’un des membres

fondateurs du E7, qui réunit maintenant les huit plus importantes

entreprises d’électricité au monde.

Vous êtes aujourd’hui président du conseil du North American Electric

Reliability Council (NERC), chargé de maintenir la fiabilité des réseaux

de transport d‘électricité en Amérique du Nord. Et vous présidez le

conseil d’administration de l’Université Laval.

En outre, vous avez été président du comité organisateur de Québec 84 et

de la Super Francofête, en 1974. Passionné de voile depuis plus de 30 ans,

vous avez vogué jusqu’au cercle polaire.

Richard Drouin, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur

de vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national du Québec.

André Chagnon : Vous avez fondé votre entreprise

d’entrepreneur-électricien en 1957, à Montréal. Dix ans plus tard, vous

devenez président de Vidéotron, une compagnie régionale de

télédistribution. Elle deviendra la troisième plus importante au Canada,

absorbera Télé-Métropole et s’étendra aux Etats-Unis et jusqu’au

Royaume-Uni.

Vous êtes un pionnier de l’autoroute de l’information. Après 37 ans d’une

brillante carrière, vous avez choisi de consacrer votre temps et votre

énergie à la Fondation Lucie-et-André-Chagnon, qui œuvre, auprès des

familles, à la prévention de la pauvreté et de la maladie.

Je salue en vous le grand entrepreneur et le grand philanthrope.

Vous avez été sélectionné par le Conseil de l’Ordre national du Québec en

2003.

André Chagnon, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national du Québec.

Francesco Bellini : Vous avez mis au service de la biopharmaceutique

québécoise vos multiples talents de chercheur, d’administrateur et d’homme

d’affaires.

Né en Italie, vous êtes arrivé au Canada à l’âge de 20 ans et vous avez

complété, en 1977, un doctorat en chimie organique à l’Université du

Nouveau-Brunswick. De 1968 à 1984, vous êtes chercheur dans la filiale

canadienne de Ayerst Laboratory. Ensuite, vous mettez sur pied la division

de biochimie de l’Institut Armand-Frappier de l’Université du Québec. Vous

la dirigerez jusqu’en 1986, année où vous co-fondez BioChem Pharma à qui

on doit notamment le 3TC, pour le traitement du VIH–SIDA, et le Zeffix,

contre l’hépatite B.

Vous êtes actuellement président du conseil et chef de la direction de

Neurochem, et vous présidez le conseil de Picchio Pharma une des parties

prenantes dans la récente relance de BioChem Pharma, sous le nom de

ViroChem Pharma.

Vous êtes détenteur de quelque 20 brevets et cobrevets.

Francesco Bellini, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national du

Québec.

Jeanine Charbonneau Beaubien : Vous avez été de ces artistes qui ont pris

le relais pour que le grand bon en avant qu’a constitué la Révolution

tranquille s’accomplisse aussi dans le domaine des arts de la scène.

En 1957, vous ouvrez le théâtre de « La Poudrière », premier théâtre

multiculturel au Canada qui présentera plus de 200 productions durant ses

25 ans d’existence.

Vous avez travaillé à l’écriture, la traduction et l’adaptation de

nombreuses œuvres théâtrales et musicales pour la scène. Outre vos

réalisations artistiques, vous avez été cofondatrice de la Société

Alzheimer au Québec et au Canada; vous avez notamment été juge à la Cour

de la citoyenneté et membre du conseil d’administration de Téléfilm

Canada.

Parmi les honneurs qui vous ont échu, vous êtes la première femme

canadienne membre de la Royal Society of Arts de Londres (1960). Vous êtes

aussi membre de l’Ordre du Canada depuis 1974.

Jeanine Charbonneau Beaubien, avec les compliments du peuple québécois,

j’ai l’honneur de vous décorer de l’insigne d’Officier de l’Ordre national

du Québec.

Grands Officiers

Marcel Trudel : Votre parcours est notre devise : je me souviens. Vous

vous êtes illustré principalement par vos travaux portant sur la

Nouvelle-France. Votre recherche a été celle de la vérité n’hésitant pas à

révéler autant les grandeurs que les faiblesses de nos héros nationaux.

Homme de rigueur, vous êtes de ceux qui ont fait évoluer notre histoire de

la légende vers la science.

Né à Saint-Narcisse de Champlain, vous êtes titulaire d’un doctorat ès

lettres (1945) de l’Université Laval. Vous avez également fait un stage de

deux ans à l’Université Harvard, à titre de « visiting professor ».

À votre retour, vous êtes engagé comme professeur d’histoire à

l’Université Laval et mandaté d’y organiser le nouvel Institut d’histoire

et de géographie.

Votre œuvre comprend plus de cinquante volumes et d’innombrables articles.

L’Ordre national du Québec vous avait conféré le titre de chevalier, en

1985. Vous avez aussi été nommé officier de l’Ordre du Canada, en 1971,

entre autres distinctions.

Marcel Trudel, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne de Grand officier de l’Ordre national du Québec.

Bernard J. Shapiro : Principal émérite de l’Université McGill et

maintenant Commissaire à l’éthique du Canada, vous avez mené une carrière

remarquable dans le domaine de l’éducation. À la fois penseur,

scientifique et philosophe, l’influence de vos recherches dans le domaine

des politiques et des pratiques pédagogiques est immense. Votre présence à

l’Université McGill, à titre de principal et de vice-chancelier, a

renforcé la réputation internationale de cet établissement et du Québec

comme centre de savoir et d’excellence.

Né à Montréal, en 1935, vous obtenez un doctorat en éducation de

l’Université Harvard après avoir entamé vos études universitaires à

McGill. Vous avez enseigné à Boston. Vous avez été doyen et vice-président

à l’Université de Western Ontario. Vous avez occupé d’importantes

fonctions dans le gouvernement ontarien avant de rallier l’Université

McGill en 1994.

Votre domaine est celui de la pensée, un monde qui ne connaît pas de

frontières. Pas moins de 12 universités vous ont accordé des doctorats

honorifiques.

Bernard J. Shapiro, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne de Grand officier de l’Ordre

national du Québec.

Claire L’Heureux-Dubé : Vous avez siégé à la Cour supérieure et à la Cour

d’appel du Québec, puis à la Cour suprême du Canada, où vous avez

travaillé à la promotion des valeurs fondamentales que sont l’égalité,

l’universalité et l’accessibilité à la justice. Vous êtes un pont entre la

justice et l’humanisme.

Vous accédez à la magistrature en 1973. Six ans plus tard, vous êtes la

première femme à être nommée juge à la Cour d’appel du Québec. En 1987,

vous devenez juge à la Cour suprême du Canada. Retraitée depuis 2002, vous

êtes aujourd’hui juge en résidence à l’Université Laval, votre alma mater.

Femme de conviction et de courage, vous avez exprimé plusieurs

dissidences, en particulier à la Cour suprême, qui ont entraîné des

réformes judiciaires et une évolution de notre société de droit.

Vous êtes une des grandes juristes du monde, citée dans plusieurs pays et

décorée dans plusieurs autres. Vous avez accumulé les honneurs sans jamais

vous détourner des plus démunis à qui vous avez toujours su faire don de

votre temps.

Claire L’Heureux-Dubé, avec les compliments du peuple québécois, j’ai

l’honneur de vous décorer de l’insigne de Grand officier de l’Ordre

national du Québec.

Lise Bacon : Votre passion pour la vie politique vous aura fait pionnière.

Vous avez été la première femme élue présidente d’un parti politique au

Canada, s’agissant du Parti libéral du Québec dont vous avez guidé la

destinée de 1970 à 1973. Deuxième femme élue au Parlement du Québec, vous

avez été un compagnon d’armes de Robert Bourassa. Vous serez notamment la

première femme à assumer la fonction de vice-première ministre du Québec.

Amante des arts et de la culture, on vous doit notamment la Loi québécoise

sur le statut de l’artiste.

Vous avez été nommée au sénat canadien en 1994. Les honneurs qui vont ont

échu sont nombreux, mais vous connaissant, je sais que celui-ci occupera

une place toute particulière dans votre cœur.

Lise Bacon, avec les compliments du peuple québécois, j’ai l’honneur de

vous décorer de l’insigne de Grand officier de l’Ordre national du Québec.

Mesdames, Messieurs les Chevaliers, les Officiers et les Grands Officiers

de l’Ordre national du Québec, je vous félicite pour les accomplissements

qui vous valent ces décorations.

Je vous remercie de nous montrer chaque jour qu’aucun sommet n’est trop

haut pour qui sait allier l’audace de la remise en question à l’humilité

de travailler, et qui ose ne pas faire taire la voix de sa conscience ou

de ses convictions.

Au nom de tous les Québécois, je vous remercie.

À tous, une très heureuse Fête nationale.

[Charest=20040930]

Mesdames, messieurs les mairesses et maires du Québec,

Mesdames, messieurs les membres de la Fédération québécoise des

municipalités,

Bienvenue à votre congrès 2004,

Bienvenue à Québec,

Bienvenue dans un Québec qui est à l’aube d’un renouveau dans les

relations entre le gouvernement du Québec et les régions du Québec!

Je suis très heureux de vous annoncer que le gouvernement du Québec et les

présidents des Conférences régionales des élus ont convenu hier, au Salon

rouge de l’Assemblée nationale, les principes généraux qui vont ouvrir la

voie à un nouveau partage des responsabilités entre le gouvernement du

Québec et les régions du Québec.

Cette entente sera consignée dans un protocole qui sera soumis à

l’acceptation de chacun des 19 présidents de CRÉ lors du Forum national

des 12, 13 et 14 octobre prochain.

Vous vous réunissez cette année sous le thème « Le monde vit en région ».

Cela n’aura jamais été aussi vrai.

Nous sommes passés de la parole aux actes. La décentralisation n’est plus

qu’un mot à la mode, c’est une réalité en devenir.

L’époque où le gouvernement du Québec imposait des solutions à sens unique

est terminée. Le gouvernement du Québec sera dorénavant un accompagnateur

et un facilitateur du développement régional.

Et les citoyens des régions auront les outils et les ressources pour

mettre de l’avant leurs priorités et leur vision, de leur développement.

C’est à ce principe que nous avons tous souscrit hier. Et Michel Lagacé,

le président de la CRÉ du Bas Saint-Laurent a bien résumé l’état d’esprit

de ses collègues en disant : « On répond présents. La table est mise. Il y

a là une réponse aux besoins des citoyens et aux besoins des régions. »

Ce qui s’est passé hier est un événement majeur. Et je veux revenir avec

vous sur la genèse des événements.

Ce n’est pas toujours facile de comprendre, dans le bruit ambiant, comment

avancent les grandes politiques gouvernementales. Ce n’est pas par hasard

qu’un déblocage est survenu. Il y a un travail derrière ça, une démarche.

Très tôt dans notre mandat, nous avons affirmé notre volonté de donner

davantage de pouvoir aux citoyens des régions du Québec.

Ce n’était pas le fait d’une inspiration soudaine.

C’est la manifestation d’une conviction très profonde qui trouve sa source

dans les nombreuses tournées régionales qui ont été effectuées par

moi-même et mes collègues du temps où nous étions dans l’opposition.

Nous allons dans cette voie parce que j’ai l’intime conviction que le

développement des régions du Québec ne peut pas venir de l’extérieur. Le

développement des régions du Québec ne peut trouver sa source que dans le

coeur des femmes et des hommes qui habitent nos régions, qui y ont leurs

racines et qui veulent construire leur avenir.

Moi, je viens d’une région. Et je sais que quand on est en région, on ne

veut pas se faire dire quoi faire par Québec. On veut que Québec nous

donne les outils pour qu’on puisse faire nous-mêmes.

Être Québécois, être fier d’être Québécois, c’est se sentir responsable

des réussites du Québec. C’est de sentir, où qu’on soit au Québec, qu’on

peut faire une différence, qu’on peut mettre sa brique dans la

construction du Québec du 21e siècle.

C’est ça la vision.

Et c’est par ailleurs une tendance mondiale. C’est quoi l’impact de la

mondialisation sur notre vie économique? C’est l’éloignement des centres

de décision. C’est des décisions prises à Chicago qui ont un impact à

Rouyn-Noranda.

Alors la réponse naturelle à ça, c’est quoi? C’est de s’organiser entre

nous en rapprochant les centres de décision des citoyens pour refaire

l’équilibre; pour que chacune des régions puisse faire sa place.

C’est notre époque; une époque pleine de défis, mais pleine de formidables

occasions.

Décentraliser les pouvoirs, repartager les responsabilités, c’est donc à

la fois le fait d’une vision et d’une conviction. C’est aussi une réponse

à la réalité de notre époque.

Mais on ne peut pas faire ça n’importe comment. Il y a un principe en

démocratie : ceux qui administrent des responsabilités publiques, ceux qui

gèrent des fonds publics, doivent en répondre devant les citoyens.

Ça s’appelle l’imputabilité. Et qui est imputable? Ce sont les élus. Le

pré-requis à toute démarche de décentralisation était donc la mise en

place d’une gouvernance régionale imputable.

Ce sont les conférences régionales des élus. Dix-neuf CRÉ ont été mises en

place le 1er avril dernier.

Ces conférences sont formées majoritairement d’élus mais elles doivent

intégrer des représentants des milieux économiques et sociaux.

Dès leur formation, nous avons confié aux CRÉ un premier mandat. C’était

celui d’organiser les forums Place aux citoyens. Il s’agissait d’un

exercice démocratique par lequel l’État québécois associait les citoyens à

la définition de stratégies qui vont nous aider à relever deux grands

défis auxquels nous faisons face : la reprise en main des finances

publiques et les changements démographiques.

J’ouvre une parenthèse sur ces défis, parce que cela vous concerne

directement.

L’accroissement de la dette publique québécoise réduit d’année en année

notre marge de manœuvre et notre capacité d’investir. Notre dette, c’est

le troisième poste de dépenses du gouvernement du Québec après la santé et

l’éducation. C’est 7 milliards $ par année. À défaut de stopper la

croissance de notre endettement, nous nous dirigerons vers l’étouffement.

À l’égard des finances publiques, il y a un problème structurel à régler.

En 2002-2003, le Québec a dépensé 715 $ de plus par personne que les

autres provinces en services publics alors que la richesse par habitant

est ici inférieure de presque 5 000 $ à la moyenne canadienne.

Et c’est un écart qui s’accroît sans cesse parce que nos dépenses

augmentent plus rapidement qu’ailleurs au Canada.

D’autre part, la dénatalité et le vieillissement de la population

annoncent à la fois une croissance de la demande des services publics et

une diminution du nombre de travailleurs pour financer et dispenser ces

services.

En 40 ans, le nombre de naissances a diminué de moitié au Québec. Au début

des années 70, on comptait au Québec, 8 personnes en âge de travailler,

pour 1 personne de plus 65 ans. Aujourd’hui, c’est 5 pour 1; en 2030, ce

sera 2 pour 1.

D’ici 7-8 ans, nous allons atteindre un point de bascule : le nombre de

travailleurs va commencer à diminuer et le nombre de retraités va

commencer à augmenter en flèche.

Le choc démographique se fait déjà sentir dans nos écoles, où on

enregistre une diminution régulière du nombre d’enfants inscrits. Il se

fait aussi sentir dans nos régions où se manifestent les signes d’un

déclin démographique. Je sais que l’exode des jeunes est un des problèmes

les plus douloureux vécus dans nos régions.

Les forums Place aux citoyens ont été un grand succès. Pas moins de 2 500

Québécois y ont participé.

Et à la mi-octobre, on va se retrouver, le gouvernement du Québec, les

présidents des CRÉ et les leaders de la société civile pour convenir des

stratégies avec, pour base de discussion, les pistes de solutions avancées

par les citoyens des régions.

Lors de ce grand rendez-vous, qui s’appellera le Forum des générations, le

Québec va faire équipe pour faire mentir les chiffres.

Je ferme la parenthèse.

On a mis sur pied les CRÉ pour pouvoir décentraliser. C’est ça qu’on a

dit. Mais la première mission qu’on leur confie, c’est d’organiser des

consultations sur les finances publiques et les changements

démographiques.

Vous vous posez peut-être une question. C’est quoi le rapport?

Le rapport est direct.

Pour nous, il était évident dès le départ, que si on amenait les citoyens

à s’interroger sur ces deux grands défis, il en émergerait des pistes

solutions qui appelleraient à une plus grande autonomie des régions.

Parce que les Québécois veulent faire partie de la solution. Je le sais.

J’ai passé presque quatre ans à faire sans arrêt le tour des régions du

Québec.

Et dans les rapports des forums Place aux citoyens que nous ont fait les

présidents de CRÉ en début de journée hier, la grande convergence, c’était

plus de souplesse dans les initiatives gouvernementales; plus de place aux

initiatives locales. Le mot décentralisation est revenu souvent.

Et on se retrouve avec quoi aujourd’hui?

On se retrouve avec plusieurs solutions nouvelles pour relever les grands

défis auxquels nous faisons face. Et on se retrouve aussi avec des

citoyens des régions qui appellent de leurs vœux un nouveau partage des

responsabilités au Québec.

C’est ça la genèse des événements, c’est pour ça qu’un déblocage est

survenu hier.

Et qu’est-ce que nous avons convenu?

On s’est d’abord entendu sur les principes de la démarche dans laquelle

nous nous engageons. Cette démarche vise un nouveau partenariat entre le

gouvernement du Québec et les régions. Et quand je dis « les régions », je

veux dire toutes les régions, incluant la région de la Capitale nationale

et la région de Montréal.

Il y a cinq valeurs :

La confiance. La confiance mutuelle.

Le respect. Le respect des différences régionales. L’ère du mur-à-mur

était une négation des différences régionales. On entre dans l’ère du

sur mesure qui est une valorisation des différences régionales.

Le partenariat. On travaille ensemble. On fait équipe. Hier, Bernard

Généreux de la CRÉ du Saguenay-Lac-Saint-Jean a dit qu’il ne fallait pas

qu’on en vienne à déshabiller les régions.

Moi, je m’engage à assumer mes responsabilités en région, notamment en

matière de santé et d’éducation. Et je le ferai d’autant mieux que je

sais que vous serez à côté de moi pour assumer les vôtres.

Ça m’amène à la quatrième valeur : la responsabilisation. On est tous

responsables de la réussite du Québec. Être Québécois, c’est une fierté

et c’est une responsabilité. Et on est 7,5 millions à partager ça.

L’imputabilité et la subsidiarité. L’imputabilité, c’est le principe à

l’origine des CRÉ et la subsidiarité, c’est l’idée qu’un service aux

citoyens doit être géré le plus près possible du citoyen. C’est la

notion du bénéfice pour le citoyen.

Ce sont donc les principes qui nous guident. On s’est aussi entendu sur

les objectifs qu’on poursuivait. Pourquoi on fait ça? On fait ça :

Pour permettre aux régions de mieux se développer sur le plan social,

culturel et économique;

Pour améliorer la qualité des services aux citoyens;

Pour améliorer la prise de décisions en région.

On fait ça pour mieux réussir le Québec du 21e siècle.

Voyons comment ça va marcher.

D’abord, on dit qu’on va « décentraliser », c’est un terme général, parce

que les formes de partenariat peuvent varier.

Il pourra y avoir clairement des transferts aux régions et aux

municipalités de responsabilités avec les moyens financiers qui les

accompagnent. Ça, c’est la décentralisation au sens propre.

Et ce volet précis, sera exploré par la table Québec-municipalités. Ça

veut dire que ça vous concerne directement.

Nous nous laisserons guider par un principe fondamental en démocratie :

les responsabilités doivent être assumées par ceux qui sont en mesure de

donner le meilleur service aux citoyens.

Selon vos priorités, les responsabilités que vous voudrez assumer vont

varier.

C’est ça valoriser les différences régionales.

Outre la décentralisation à proprement parler, il y a aussi la

régionalisation qui consiste à déplacer en région la mise en œuvre d’un

service.

Il y a aussi l’adaptation des normes et des programmes aux spécificités

régionales. Un programme d’aide à l’entrepreneurship peut être différent

selon qu’on vit dans le Québec maritime ou dans le Québec forestier. La

régionalisation et l’adaptation, c’est la dimension souplesse de notre

nouvelle façon de faire.

Enfin, il y aura des initiatives de partenariat, des projets concrets où

on partagera la mise en œuvre de vos projets.

Les volets régionalisation, adaptation et partenariat seront discutés à la

table Québec-régions.

Pour superviser ce processus, j’ai formé un comité ministériel, qui relève

directement de moi et qui sera en contact très étroit avec les tables

Québec-municipalités et Québec-régions.

En terminant, je veux vous dire ceci.

Nous avons lancé un processus qui est irréversible. Il n’y a pas de retour

en arrière possible. Ça fait 30 ans qu’on parle de décentralisation au

Québec. Hier, nous avons décidé de passer de la parole aux actes.

Ce que nous entamons n’est pas facile. Je dirais même que c’est contre

nature pour un gouvernement de se délester de certaines responsabilités.

Mais si je m’engage dans cette voie avec vous et avec les conférences

régionales des élus, c’est parce que je suis profondément convaincu que

c’est dans l’intérêt supérieur du Québec et des Québécois.

Au cours des dernières semaines, j’ai souvent parlé de fédéralisme

asymétrique pour défendre le droit inaliénable du Québec de faire les

choses à sa manière.

Ma vision de l’avenir du Québec dans le Canada vaut également pour les

citoyens des régions du Québec.

Une vraie décentralisation signifie un vrai développement des régions et

une nouvelle ère de développement pour le Québec.

Merci.

[Charest=20041012]

Merci beaucoup monsieur Roy,

Mesdames, messieurs les député(e)s et ministres,

Je veux saluer aussi les représentants des autres partis à l’Assemblée

nationale du Québec, le chef de l’Opposition officielle et le chef de

l’ADQ.

Je veux saluer également les représentants des Conférences régionales des

élus qui sont avec nous aujourd’hui et je vais en parler un peu plus tard,

puisque nous avons déjà eu une rencontre précédant celle d’aujourd’hui, et

nous allons y faire référence pendant les prochains jours. Bien sûr je

veux saluer tous les représentants de la société civile et vous dire

bienvenue au Forum des générations.

Je vous remercie d’être avec nous et de participer à un événement qui

s’inscrit dans la volonté du Québec de se moderniser, de mieux anticiper,

de mieux comprendre et de mieux débattre de certains enjeux qui auront un

impact très important sur l’avenir de la société québécoise.

On a réuni autour de cette table des gens qui sont à la fois des milieux

urbain et rural, des jeunes, des aînés, des syndicats, des représentants

du patronat, du monde communautaire, du monde des affaires, des

autochtones mais aussi des communautés culturelles. Il y a autour de cette

table des hommes et des femmes qui représentent ensemble la somme de nos

ambitions, de nos espoirs et de nos rêves.

L’événement qui nous réunit aujourd’hui s’inscrit dans une démarche

entreprise il y a plusieurs mois. Et, dans cette déclaration d’ouverture,

je veux vous présenter aussi simplement, aussi directement que possible le

contexte de la démarche que nous avons proposée et qui a mené à la tenue

d’une vingtaine de forums régionaux.

D’abord, le gouvernement du Québec, depuis son élection du mois d’avril

2003, a rapidement réalisé que nous étions devant deux grands enjeux qui

ont un impact très important sur l’ensemble de nos décisions. Les deux

enjeux présents partout ce sont les finances publiques et le déclin

démographique. Ce ne sont pas les deux seuls enjeux. D’ailleurs, dans la

présentation que va vous faire dans quelques minutes Pierre Shedleur, qui

a coprésidé avec Line Beauchamp les forums régionaux, il sera question

d’un troisième enjeu, celui de la mondialisation et de l’émergence de

nouveaux marchés. Mais, on a rapidement réalisé qu’au Québec, peu importe

là où vous travaillez, peu importe le mandat que vous avez eu qu’il soit

public ou privé et surtout si vous habitez une région du Québec, il y a

deux grands enjeux qui ont un impact sur l’ensemble de nos décisions :

l’enjeu des finances publiques et l’enjeu du déclin démographique.

Dans le cas des finances publiques, pour résumer très rapidement, au

Québec depuis une trentaine d’années, notre situation est très très

serrée. Le moindre imprévu, tous les gouvernements toutes tendances

confondues vous le diront, le moindre imprévu peut très facilement changer

l’équilibre budgétaire du gouvernement du Québec.

C’est en soi une situation anormale et on a voulu pousser plus loin la

réflexion et le débat. Nous devons mieux comprendre pourquoi, d’années en

années, notre situation financière est celle-là. Et nous devons nous

interroger sur ce que nous devrons faire à l’avenir pour regagner les

marges de manœuvre que devrait normalement avoir l’État.

Le deuxième enjeu, c’est celui du déclin de la démographie. La démographie

essentiellement ce sont deux choses. C’est le phénomène de la dénatalité

auquel on ajoute le phénomène du vieillissement de la population. De temps

en temps en parlant de démographie, on a tendance à associer le phénomène

de changement démographique à des impacts négatifs alors que le déclin

démographique est un phénomène avec lequel nous devrons vivre et qui aura

des conséquences à la fois positives et négatives. Par exemple, les femmes

qui atteindront 65 ans dans quelques années seront déjà très différentes

de leur mère lorsque leur mère avait 65 ans. Elles auront vécu dans un

contexte qui est très différent. Sur le plan financier, elles seront

généralement plus indépendantes, elles seront en meilleure santé.

D’ailleurs, une des choses dont nous devons tenir compte dans l’évolution

du Québec sur le plan démographique c’est que la population du Québec vit

plus longtemps. Ça illustre en quelque sorte le succès de notre société,

de notre réseau de la santé et des services sociaux. Mais la démographie

dans un contexte où il y a moins de gens qui travaillent et plus de gens

qui arrivent à l’âge de la retraite ça présente des défis particuliers.

On a inclus dans le document des participants un certain nombre de

chiffres. Je ne présume pas que vous les connaissez tous, mais

rappelez-vous que dans les années 70, il y avait 8 personnes qui

travaillaient pour chaque personne à la retraite. Actuellement au Québec,

c’est 5 personnes qui travaillent pour chaque personne à la retraite. Dans

près de 25 ans d’ici, ce sera deux personnes qui travaillent pour chaque

personne à la retraite. Tout cela aura des conséquences entre autres sur

nos services sociaux, sur le réseau de la santé. Tout cela aura des

conséquences sur l’organisation de notre société. Est-ce qu’il est écrit à

l’avance que les gens doivent absolument prendre leur retraite à un âge

spécifique ? Est-ce qu’une personne qui arrive à l’âge de la retraite

cesse pour autant de contribuer à la société ? La réponse c’est non. Et

nous allons pouvoir justement discuter de tout ça dans les prochains

jours.

Mais l’important, ce que je retiens comme premier ministre du Québec dans

le débat que nous allons faire ensemble, c’est l’importance de comprendre

les changements. De les anticiper, de se préparer comme société pour que

nous puissions justement tirer notre épingle du jeu pour que nous

puissions tout mettre en œuvre pour que chaque citoyen du Québec puisse

participer pleinement dans la société québécoise.

Alors voilà un enjeu sur lequel il faut absolument se pencher, réfléchir,

anticiper et se préparer.

Sur le plan des finances publiques, le portrait est déjà assez complexe.

Au Québec, nous sommes la province canadienne la plus endettée. Nous

sommes les citoyens les plus taxés. On a fait le choix au Québec, de se

donner de généreux programmes sociaux.

Et d’ailleurs, c’est intéressant, dans les forums, ce que j’en retiens, ce

que j’ai vu, ce que j’ai entendu, c’est que les citoyens et citoyennes du

Québec ne disent pas d’arrêter de faire des programmes sociaux ou de

reculer sur ce qu’on a fait. Au contraire. Les Québécois et Québécoises

sont très fiers de ce qu’ils ont pu réaliser. Il y a là-dedans

l’incarnation de nos valeurs.

Notre réseau de la santé et des services sociaux exprime nos valeurs de

compassion et de justice sociale. Alors il faut regarder tout ça avec

beaucoup de fierté. On fait un peu le bilan de tout ce qu’on a pu réaliser

dans une très courte période de temps. On a raison d’être fier et en même

temps, c’est parce que cela évoque des valeurs auxquelles nous tenons

beaucoup, que nous devons mesurer l’impact sur les finances publiques et

ce que nous devons faire à l’avenir justement pour pouvoir préserver nos

programmes sociaux.

Alors, au Québec, parce qu’on s’est donné de généreux programmes sociaux,

cela nous coûte 700 $ de plus par personne par année et en même temps, les

salaires des citoyens québécois sont de 5 000 $ par année, plus bas

qu’ailleurs au Canada.

D’un côté, nous sommes trop endettés, de l’autre côté, nous sommes trop

taxés. Ça nous coûte plus cher et on gagne moins. Je n’ai pas besoin de

vous faire un long portrait pour vous dire qu’il y a là un enjeu très

important qui finit par se retrouver dans le budget d’un état qui d’année

en année est toujours étiré à l’ultime limite.

Comment allons-nous comme société, justement continuer à préserver nos

programmes sociaux si y a moins de gens qui paient, si dans une région en

particulier il y a moins de citoyens qui habitent cette région, qui

occupent le territoire, un enjeu extrêmement important pour l’avenir du

Québec. Alors vous voyez très rapidement pour quelles raisons ce Forum

devient pour nous, pour la société québécoise un lieu privilégié un moment

très important pour que nous puissions ensemble mieux comprendre surtout

mieux réfléchir et alimenter également notre capacité de trouver de

meilleures solutions.

Déjà on a avancé sur cette voie. Il y a quelques minutes je faisais

référence à une rencontre que j’ai eue avec les présidents des Conférences

régionales des élus il y a quelques jours. Le gouvernement s’est engagé

dans une démarche de décentralisation, de régionalisation, d’adaptation et

de partenariat avec les régions.

Je veux être très clair là-dessus, lorsque le gouvernement du Québec

souhaite décentraliser davantage, c’est de l’ensemble du territoire et des

autorités dont il est question. Basé sur cette volonté de décentraliser et

de rapprocher les services des citoyens, nous sommes déjà en négociation

avec les présidents des conférences régionales des élus pour que nous

puissions conclure un protocole qui va nous permettre d’enclencher cette

démarche. Nous reconnaissons la responsabilité des élus dans les régions

parce qu’une vraie décentralisation fait appel à de l’imputabilité. C’est

un principe très important. En administration publique, si vous avez le

mandat de gérer des programmes, de les livrer, vous devez en être

imputables, d’où ce choix que nous avons fait d’aller vers les élus.

Vous êtes invités à participer, vous avez accepter de participer à un

forum. Je tiens à vous préciser qu’un forum ce n’est pas un sommet.

L’objectif de ce que nous allons entreprendre pendant les prochains jours

n’est pas d’arriver à un consensus à tout prix. Ce n’est pas d’aller vers

le dénominateur commun le plus bas. L’objectif c’est que nous puissions

justement, dans certains cas, poursuivre une réflexion, dans d’autres cas,

élaborer des stratégies et lorsque nous sommes prêts, passer à l’action.

Alors je veux que vous vous sentiez très à l’aise pendant les trois

prochains jours. De vous exprimer. D’exprimer des points de vue

divergents. J’insiste là-dessus on n’est pas ici pour demander à tout le

monde de répéter la même chose. Ce n’est pas l’unanimité qui est

recherchée.

D’ailleurs, je vais vous faire une confidence. Une chose que je rappelle à

mon conseil des ministres de temps en temps, si les problèmes que l’on

vous soumettait étaient faciles, si les réponses étaient évidentes, il y a

longtemps que quelqu’un d’autre les aurait réglés à notre place.

C’est justement parce qu’il y a là deux enjeux qui font appel à beaucoup

de créativité, qui font appel à nos meilleures ressources, que nous allons

voulu réunir des Québécois et des Québécoises qui sont en mesure de

contribuer par leur intelligence, leur expérience et leur énergie à nous

aider à trouver les meilleures solutions.

Ce que nous savons, une fois qu’on a fait le tour des deux questions,

c’est que le statu quo n’est pas une option. Le statu quo dans le contexte

actuel du Québec n’est pas un choix. Nous devons bouger, nous devons

changer nos façons de faire et nous devons chercher à amener le plus grand

nombre de Québécois et de Québécoises à se saisir de ces enjeux, à mieux

les comprendre et à contribuer aux solutions.

Dans les forums que Line Beauchamp et Pierre Shedleur ont présidé, il

ressort deux éléments qui me paraissent très importants pour la suite. Il

y a deux grands filons. Partout où ils sont allés, les gens parlent d’une

plus grande souplesse. Cela paraît instinctif de faire appel à cette

souplesse pour que nous puissions reconnaître les besoins particuliers.

Pour qu’on se sorte du mur à mur et qu’on puisse reconnaître qu’il y a des

façons de faire différentes et que si on veut préserver un certain nombre

de choses, il faudra travailler ensemble et accepter de faire preuve de

souplesse de part et d’autre.

Deuxième filon, c’est le renforcement des communautés locales. Encore là,

instinctivement, la population sent que plus on rapproche les lieux de

décisions de ceux et celles qui paient et qui reçoivent les services, plus

les citoyens seront en mesure de tailler sur mesure les services qu’ils

reçoivent.

Je veux vous rassurer on ne va pas compenser en 2 jours et demi, 40 ans de

déclin de la natalité. Et on ne va pas non plus en 60 heures refaire

l’architecture de 50 milliards de dollars de dépenses de programmes. Il y

a une chose que nous allons faire ensemble, nous allons faire équipe pour

s’engager à réaliser des changements profonds tout en se rappelant que les

vrais changements, les changements qui arrivent à long terme, commandent

beaucoup de détermination. Cela commande une certaine patience et surtout

beaucoup de volonté. Finalement, cela commande que de part et d’autre nous

puissions faire un effort de lucidité pour anticiper et bien comprendre la

nature des enjeux.

Il est vrai que les enjeux qu’on vous soumet aujourd’hui sont des enjeux

qu’on retrouve partout en Occident, mais au Québec tout cela a une

connotation particulière. Rappelons-nous que nous avons survécu avec notre

langue et notre culture parce que nous avons toujours eu cette capacité

d’adaptation qui est propre aux Québécois. D’ailleurs ça explique pourquoi

on est ensemble aujourd’hui. Parce qu’on a toujours été capable au fil des

ans, sous des gouvernements différents, de trouver cette volonté commune

d’avancer vers de nouvelles solutions. Et c’est dans cet esprit-là que

nous avons voulu ce forum.

Une autre remarque que je voulais vous faire c’est une mise en garde, que

j’ai reçue à quelques reprises lorsqu’on présente les enjeux du déclin

démographique et celui des finances publiques parce qu’on a tendance à

présenter des chiffres qui peuvent paraître un peu déprimant. La mise en

garde a été la suivante : on me dit vous peignez tout en noir, vous

présentez un portrait qui est tellement noir que c’en est décourageant. Si

on prend la peine de vous présenter le portrait tel qu’il est, ce n’est

pas pour conclure que les choses vont rester comme elles sont.

Ce que nous faisons ici c’est exactement le contraire de la fatalité. En

tant que premier ministre, lorsqu’on me présente les chiffres, je ne dis

pas que ça va être comme ça pour toujours, au contraire j’ai l’intention

de changer le cours des événements et la même chose devrait être vraie

pour vous. Alors oui, si on vous présente des faits qui paraissent durs,

si vous voulez les remettre en question allez-y. Mais le vrai débat n’est

pas là. Les chiffres, on peut les interpréter différemment. Mais les

grands défis des finances publiques et du déclin démographique demeurent

entiers. Le vrai débat c’est comment peut-on changer le cours des choses.

Est-ce possible de le faire?

La bonne nouvelle c’est qu’il y en a qui l’ont fait avant nous. La preuve

c’est que nous vivons dans une société remarquable. L’histoire du Québec

c’est une histoire de réussite, c’est l’histoire d’un peuple qui a su

préserver sa langue, sa culture et qui a tiré son épingle du jeu sur le

plan économique. Cette réussite va continuer. Aujourd’hui nous sommes

conviés à une étape importante dans notre développement pour que nous

puissions à notre tour subir ce test des générations. Ce test doit être le

suivant : quand on prend une décision, on doit être capable de

s’interroger sur l’impact de notre décision sur les générations futures et

sur celles qui nous ont précédés, qui méritent elles aussi de recevoir les

services auxquels elles ont droit. Au Forum des générations, c’est un test

important pour nous.

Je tiens à vous remercier d’avoir accepté de participer à un moment

charnière dans la vie et l’histoire du Québec.

Merci.

Monsieur le Président,

J’invite aujourd’hui, tous les Québécois à se joindre à nous et à se

souvenir des héros québécois d’hier et à remercier les héros québécois

d’aujourd’hui.

[Charest=20041014]

Mesdames, Messieurs,

Nous avons eu au cours des derniers jours des discussions très riches et

très franches. Mes premiers mots seront pour vous remercier; d’abord de

votre participation active, mais aussi de votre discipline qui a permis à

tous de s’exprimer et de nourrir un débat, parfois passionné, mais

toujours respectueux.

Merci beaucoup.

À l’ouverture de ce Forum des générations, je vous disais que nous

n’étions pas ici à la recherche de l’unanimité. Nous avons bien vu au

cours de ces trois jours, que lorsqu’on aborde des questions aussi

fondamentales que l’assainissement des finances publiques et les impacts

des changements démographiques, on touche à quelque chose de très profond,

on touche à la conception que chacun de nous se fait du Québec et de la

vie en société.

Sur ces points, il ne saurait y avoir d’unanimité. Et je dirais, fort

heureusement. J’ai souvent dit que le Québec était riche de sa diversité.

Il est aussi riche de sa diversité d’opinions.

Au terme de ces trois jours, nos débats ne sont donc pas terminés. Mais

nous avons franchi un grand pas. Nous avons donné une direction à nos

débats.

Nous sommes entrés ici pour partager des informations. Nous sortons d’ici

pour trouver des solutions.

Entre nous, il y a davantage de points de convergence que de points de

divergence.

D’abord, nous avons convenu qu’il fallait bouger pour relever ces défis de

l’assainissement de nos finances publiques et de notre adaptation aux

changements démographiques.

Nous sortons d’ici en partageant l’idée que si nous ne faisons rien, ceux

qui sont derrière nous, nos enfants, vont se retrouver avec un héritage

très lourd à porter.

Nous sortons aussi de ce Forum des générations animés par un désir

renouvelé de préserver nos services publics et tout spécialement notre

réseau de la santé et notre réseau d’éducation.

Nous convenons aussi que les familles québécoises doivent être au cœur de

notre préoccupation. Une des façons de relever le défi démographique,

c’est de faire du Québec un meilleur endroit pour nos enfants. Cela nous

amène directement à la notion de conciliation travail-famille.

Il faut aussi reconnaître que les familles et la classe moyenne sont

l’objet d’une forte pression et que ces contribuables ont besoin d’un peu

d’air.

Enfin, nous convenons aussi qu’il faut tendre vers plus de souplesse;

qu’il faut donner plus de place à l’initiative locale; qu’il faut renoncer

au mur à mur et s’engager dans des formes nouvelles de collaboration.

Ce sont là des points de convergence qui sont majeurs et qui nous

fournissent une formidable base d’action.

Plusieurs pistes de solutions ont été lancées dans la foulée de ces défis.

Je vous en donne quelques-unes.

En ce qui concerne le défi des finances publiques, il a été proposé :

D’accentuer les efforts de prévention et de promotion de saines habitudes

de vie parce qu’une population en meilleure santé sollicite moins son

système de santé.

Plusieurs propositions sont allées dans le sens de l’amélioration du

développement économique et de la qualité de vie des Québécois.

Beaucoup d’appels, par exemple, à l’accélération du développement

énergétique du Québec et une ouverture largement partagée quant à

l’exportation d’énergie renouvelable. Je pense ici, par exemple, à la

sortie enflammée de Guy Chevrette ou au propos du maire

Gilles Vaillancourt qui disait qu’il fallait réhabiliter

l’hydroélectricité. J’y suis totalement favorable.

Plusieurs appels également au développement et à la modernisation des

infrastructures. Et sur ce point, des interventions, notamment du maire de

Montréal, à l’effet que l’endettement ne doit pas être un frein à des

projets structurants.

On a aussi beaucoup parlé de développement de la main-d’œuvre et de

soutien à l’entrepreneurship.

Jocelyn Carrier a insisté plusieurs fois sur l’importance du tourisme

comme voie de développement pour nos régions.

En ce qui concerne le défi démographique, plusieurs propositions ont aussi

été faites :

L’immigration vous est apparue comme l’avenue privilégiée pour répondre à

ce défi. Et vous avez associé cette notion d’une plus grande immigration à

la notion d’occupation du territoire. Et je pense ici à une intervention

de Jacques Proulx qui nous rappelait que pour que l’immigration se rende

en région, il fallait non seulement préparer les nouveaux arrivants à s’y

installer, mais préparer les gens des régions à accueillir de nouveaux

arrivants. C’est une intervention dont Michèle Courchesne a pris bonne

note.

La valorisation de la contribution des aînés à notre société a aussi été

promue par plusieurs. C’est à la fois un moyen de favoriser les ponts

entre les générations et de pallier certains manques de main-d’œuvre.

À travers nos discussions, une préoccupation a surgi avec une très grande

régularité : votre attachement à la notion de développement durable. Le

développement économique du Québec doit se faire dans le respect de notre

patrimoine. Je suis d’accord.

Globalement, vous avez reconnu l’importance des enjeux. Je pense à Jacques

Ménard qui disait que le tableau de bord du Québec est constellé de

lumières jaunes.

Et je retiens aussi votre optimisme et votre confiance dans l’avenir. Et

Robert Poirier nous a rappelé qu’on pouvait s’engager vers des changements

profonds dans la bonne humeur.

À l’issue de ce Forum des générations, j’ai annoncé une série d’actions à

court et moyen termes qui vont renforcer le Québec. Ces actions vont

permettre la préservation de nos systèmes public de santé et d’éducation

et assurer le développement prospère et équitable du Québec.

Ces actions reposent sur deux principes qui ont émergé de nos discussions

et qui guideront notre action.

Le premier, c’est celui du développement durable; du développement durable

du peuple québécois. De la même manière que dans le domaine

environnemental, nous devons soumettre nos décisions publiques à un

critère de base : est-ce que c’est dans l’intérêt de ceux qui nous

suivent? C’est ça, le test des générations.

Ce principe du développement durable de notre peuple, c’est aussi celui de

la responsabilisation de chacun de nous face à notre avenir collectif.

C’est aussi celui du juste effort de chacun de nous.

De ce premier principe en découle un deuxième, c’est l’émergence d’une

nouvelle solidarité. Et cette solidarité, ce n’est pas celle d’un groupe

face à un autre, ou des régions face aux villes; c’est celle de notre

multitude face à ses enjeux.

Mesdames, Messieurs,

Comme vous le voyez, nos délibérations ont été fructueuses.

Mais ce Forum aura aussi permis de confirmer l’engagement du Québec sur la

voie de la décentralisation.

Le gouvernement du Québec et les présidents des Conférences régionales des

élus ont signé aujourd’hui un protocole d’entente qui établit les

principes de la décentralisation des pouvoirs au Québec. Et je pense ici à

une intervention du maire de Québec qui disait qu’il était d’accord avec

la décentralisation pour autant qu’elle ne soit pas synonyme de délestage.

Le protocole que nous avons signé établit comme principe directeur qu’il

n’y aura pas de transfert de responsabilité sans transfert de ressources.

L’époque où le gouvernement du Québec imposait ses vues aux citoyens des

régions est terminée. Dorénavant, le gouvernement sera un accompagnateur

des régions dans la réalisation de leurs priorités. Ce protocole établit

les principes qui guideront la décentralisation des responsabilités avec

les ressources qui les accompagnent, la régionalisation de certains

services ou programmes, l’adaptation de programmes aux spécificités

régionales et des projets de partenariat Québec-régions.

Ce protocole conduira à un nouveau partage des pouvoirs, en fonction des

désirs et des aspirations de chacune des régions du Québec.

Mesdames, Messieurs,

Le Forum des générations aura été intense, mais il aura permis de

rapprocher le gouvernement du Québec et les représentants de la société

civile.

Nous sommes entrés ici pour partager des informations; nous sortons d’ici

pour chercher des solutions.

Nous sommes entrés ici pour partager un constat. Nous sortons d’ici

engagés vers des changements profonds qui vont assurer la réussite du

Québec.

Et nous sortons surtout d’ici en formant une équipe; une équipe déterminée

à poser les bons gestes pour assurer le développement durable du Québec

avec équité pour toutes ses générations.

Je vous remercie de votre participation.

À bientôt.

[Charest=20041108a]

Distingués invités,

Mesdames, Messieurs,

C’est un très grand plaisir pour moi d’être ici parmi vous afin de

souligner le 40e anniversaire de l’ouverture du Centre des arts de la

Confédération.

Ce centre a été inauguré en 1964 afin de souligner le 100e anniversaire de

la Conférence des pères de la Confédération.

Lorsque j’ai reçu l’invitation du professeur Symons, afin de vous parler

du fédéralisme canadien, je ne savais pas que nous aurions eu, dans les

jours précédant cette rencontre, deux conférences des premiers ministres.

Le moment est donc bien choisi pour une discussion sur l’état du

fédéralisme canadien, ses espérances et ses défis.

On dit que l’histoire est un éternel recommencement. On s’en convainc

aisément lorsqu’on se réfère aux sources de nos débats, qui nous ramènent

à l’Acte de Québec de 1774.

L’élection de mon gouvernement, en avril 2003, a été accueillie par nombre

de Canadiens comme un défi lancé à ceux qui voulaient séparer le Québec du

Canada. Mais ce qui n’était peut-être pas aussi manifeste, c’est que

l’élection de mon gouvernement constitue également un défi pour ceux qui

tentent de maintenir le statu quo au sein de la fédération. L’élection de

mon gouvernement est en fait un défi pour ces deux groupes et pour tous

ceux qui ont choisi d’ignorer notre histoire commune.

Le Canada est un pays jeune, toujours en construction, toujours à l’état

de potentiel.

Nous allons continuer la construction du Canada à la condition de tenir

compte des fondations de l’édifice et en respectant ce qui touche les

fondements mêmes du Canada.

Dans la première partie de mon discours, j’aimerais que vous vous joigniez

à moi pour vous remémorer ce qui a permis la réussite du Canada.

Les Canadiens ont, très tôt dans leur histoire, pris une décision, fait un

choix qui, au fil du temps, a fini par définir l’essence même de ce que

nous sommes.

Nos ancêtres ont décidé, dès le départ, de fonder un pays sur le principe

même du droit de parler une autre langue, de prier différemment,

d’appliquer un système juridique autre qui s’inspire du Code civil

français, d’appartenir à une culture différente et de permettre à cette

culture de s’épanouir. L’Acte de Québec de 1774, adopté il y a plus de 200

ans, soit près d’un siècle avant la Confédération, est sur ce point le

document le plus fondamental de l’histoire du Canada. C’est l’assise sur

laquelle le partenariat canadien s’est construit à l’origine. L’esprit de

cette loi a défini ce pays dès sa création. Il constitue l’une des

décisions les plus éclairées qui aient jamais été prises au Canada.

Les Canadiens devraient réfléchir à ce choix qui s’est opéré très tôt dans

leur histoire. Nous devrions réfléchir à la manière dont il nous définit,

comment la culture et la langue françaises et la présence d’une province

francophone au sein de la fédération ont permis à l’ensemble des Canadiens

d’étendre leur influence et de jouer un plus grand rôle dans la communauté

internationale.

Dans le passé, d’aucuns dans ce pays ont prétendu que la reconnaissance

des deux langues officielles et identités culturelles était un obstacle à

l’élaboration d’un but commun pour ce pays, une vision commune s’inspirant

de valeurs partagées. À court terme, ils ont peut-être cru avoir raison.

Mais nous savons aujourd’hui à quel point ils étaient dans l’erreur. Il ne

leur a pas effleuré l’esprit que leurs enfants vivraient dans « le

meilleur des mondes » de la mondialisation.

Que leurs enfants seraient appelés, s’ils voulaient déployer pleinement

leur potentiel dans ce monde du XXIe siècle, à apprendre non pas une, mais

plusieurs autres langues, si possible.

Les Canadiens sont par nature sensibles à un monde où la diversité est la

norme. Les Canadiens, en raison de leur histoire, ne tiennent pas pour

acquis que les autres pensent à leur manière, que les autres voient les

choses différemment. Sur ce plan, le Canada est un pays qui s’est mieux

préparé que nul autre que je connaisse à faire face aux défis du XXIe

siècle. Ne pas reconnaître ce simple fait serait un grand appauvrissement.

Pour les Québécois en particulier, le Canada est une réussite précisément

à cause de la place que leur pays a réservée à notre langue, à notre

culture, à notre identité, non seulement pour survivre, mais aussi pour

s’épanouir et prospérer au point où nos artistes, nos universitaires, nos

entrepreneurs sont reconnus et célébrés dans le monde entier.

Si l’on se tourne vers l’avenir, plusieurs tendances importantes se sont

affirmées quant à la manière dont le fédéralisme évolue. Entre autres, la

tendance à la codécision et à la cogestion entre les paliers de

gouvernement fédéral et provincial est déjà un reflet de la maturité du

pays qu’est le Canada.

Pour que cela soit possible, il faut néanmoins que chaque palier de

gouvernement comprenne bien son rôle, là où son intervention peut être

utile et efficace et, en fin de compte, qu’il soit entièrement imputable

de ses décisions envers son peuple. En d’autres termes, le respect des

compétences de chaque gouvernement est une condition indispensable au

succès de ce pays.

Dans un discours que je prononçais en 1999, j’invitais les Canadiens et

leurs dirigeants à commencer à se préparer à un gouvernement libéral pour

le Québec, pour que nous puissions ensemble bâtir pour le Canada un

programme qui soit le reflet de notre histoire, de nos espoirs et de nos

aspirations pour l’avenir.

Le message que je leur transmettais était le suivant : Préparez-vous à

tenter, rapidement et de manière décisive, de résoudre les problèmes qui

perdurent depuis longtemps entre le Québec et les autres gouvernements au

Canada.

Pour ce faire, je veillerai à ce que le Canada respecte l’esprit du

fédéralisme. Je veillerai à ce que le Canada résiste à la tentation de la

centralisation.

J’aimerais maintenant revenir aux débats sur la Confédération. En 1865,

ainsi parlait George Brown, un des pères de la Confédération :

Nous devions opter pour une union fédérale ou abandonner les

négociations. Non seulement nos amis du Bas-Canada sont contre cette

idée, mais il en va de même pour la plupart des délégués des Provinces

maritimes. Un seul choix s’offrait à nous : l’union fédérale ou rien1.

Pour Brown, le seul Canada possible était un Canada fédéral. Pour un autre

père de la Confédération, sir John A. Macdonald, la conclusion était la

même. Il disait, le 6 février 1865 :

Maintenant, en ce qui concerne les avantages respectifs d’une union

législative ou fédérale, je n’ai jamais hésité à donner mon opinion

personnelle. J’ai maintes et maintes fois déclaré en Chambre que, si

possible, je croyais qu’une union législative était préférable.

J ’ai toujours soutenu que si nous pouvions nous entendre pour avoir un

gouvernement et un Parlement qui légiféreraient pour l’ensemble de ces

peuples, ce serait le meilleur, le plus économique, le plus vigoureux et

le plus fort système de gouvernement que nous puissions adopter.

Mais en réfléchissant au sujet de la conférence, et en discutant de

cette question comme nous l’avons fait, sans ambages et avec le désir

d’aboutir à une conclusion satisfaisante, nous avons constaté que ce

système était irréalisable. En premier lieu, il ne recueillerait pas

l’assentiment du peuple du Bas-Canada, parce que celui-ci avait

l’impression que dans leur position de minoritaire – parlant une autre

langue que la majorité dont il se démarquait également par sa

nationalité et sa religion –, en cas d’union des provinces, ses

institutions et ses lois risquaient d’être assaillies, et ses

associations ancestrales, dont il était si fier, étaient menacées.

Nous avons alors constaté que toute proposition qui comportait

l’absorption de l’individualité du Bas-Canada, si je puis employer cette

expression, ne serait pas favorablement accueillie par son peuple.

Nous avons également constaté que même si leur peuple parlait la même

langue et jouissait du même système législatif que le peuple du

Haut-Canada, système basé sur le droit coutumier d’Angleterre, les

diverses provinces maritimes n’étaient pas du tout disposées à perdre

leur individualité, à titre d’organisations politiques distinctes, comme

on l’avait constaté dans le cas du Bas-Canada.

Nous avons donc été contraints de conclure que nous devions soit

abandonner toute idée d’union, soit concevoir un système d’union dans

lequel chaque organisation provinciale serait dans une certaine mesure

protégée. De telle sorte que ceux qui, comme moi, étaient en faveur

d’une union législative, ont été contraints de modifier leur point de

vue et d’accepter le projet d’une union fédérale comme étant la seule

voie réalisable, même pour les provinces maritimes 2.

Quelques années après, en 1871, Wilfrid Laurier donnait au débat canadien

des airs familiers.

Pour que le système fédératif ne soit pas un vain mot, pour qu’il

produise les résultats qu’il est appelé à produire, il faut que les

législatures soient indépendantes, non pas seulement de droit, mais de

fait. Il faut surtout que la législature locale soit complètement à

l’abri de tout contrôle de la législature fédérale.

Si, de près ou de loin, la législature fédérale exerce le moindre

contrôle sur la législature locale, alors ce n’est plus en réalité

l’union fédérale que vous avez, mais l’union législative sous la forme

fédérale3.

Le débat sur le fonctionnement du Canada est à notre vie politique ce que

la Neuvième Symphonie de Beethoven est à la musique : un classique

indémodable.

Je le dis avec un sourire, parce que c’est le propre des fédérations. Ce

qui fait leur force, c’est que ce sont des systèmes dynamiques, toujours

en adaptation par rapport à leur époque.

Mais qu’est-ce donc qu’une fédération? Allons à la définition. Une

fédération, c’est une association de deux ordres de gouvernement qui sont

chacun souverains dans leurs champs de compétence. Et les champs de

compétence de ces deux ordres de gouvernement sont définis par la

Constitution.

Par ailleurs, ce partage des responsabilités étatiques n’est pas le fruit

du hasard. Il obéit à une logique qui peut être parfois la promotion de la

diversité, parfois l’introduction de poids et contrepoids pour améliorer

la qualité de la démocratie et, parfois, l’idée de la subsidiarité : quel

ordre de gouvernement est le mieux placé pour livrer tel ou tel service?

Une fédération n’est donc pas hiérarchisée par opposition à un État

unitaire comme la France, par exemple. Au Canada, le gouvernement fédéral

n’est pas le patron des provinces. Chacun dans ses domaines de compétences

les deux ordres de gouvernement rendent compte de leurs actions à leur

électorat.

J’ai des comptes à rendre aux Québécois dans les domaines qui relèvent des

compétences du Québec. Je n’ai pas de comptes à rendre au gouvernement

fédéral. Le gouvernement fédéral a des comptes à rendre aux Canadiens dans

les domaines de ses compétence. Il n’a pas de comptes à rendre au

gouvernement du Québec.

C’est cela une fédération. Une fédération, par essence, est donc un

système politique pluriel et asymétrique. Chaque gouvernement doit pouvoir

faire les choses comme il l’entend pour assumer ses responsabilités.

Faire partie d’un État fédéral, ce n’est pas être enrégimenté dans un

moule unique. C’est faire partie d’une communauté qui partage un

territoire et des valeurs communes dans le respect de la différence de

chacun de ses partenaires.

Je suis venu vous dire aujourd’hui qu’il est nécessaire que le Canada

renoue avec l’esprit du fédéralisme et se détourne de ses tentations

centralisatrices Je suis venu vous dire que l’avenir de la fédération

canadienne, c’est … le fédéralisme!

Disons-le autrement. Ce qui nuit à la fédération, ce n’est pas que le

Québec veuille faire les choses à sa manière. Ce qui nuit à la fédération,

c’est quand on veut que les provinces et les territoires soient tous

identiques.

Je vois cinq principes qui devraient habiter l’esprit fédéral au Canada.

Ces principes sont d’ailleurs porteurs de leçon non seulement pour la

gouverne au sein d’une fédération, mais également, plus globalement, pour

la gouverne en ce XXIe siècle.

Dans un premier temps, je vous énonce ces cinq principes :

Le respect,

La flexibilité,

La règle de droit,

L’équilibre,

La coopération.

Le premier principe qui doit être mis en avant pour raviver le fédéralisme

canadien est donc le respect.

Il n’y a pas de saine coopération sans un profond respect de chacun des

partenaires. Respect des compétences de chacun, respect des choix de

chacun, respect de l’intelligence de chacun.

Le gouvernement du Québec, comme celui des autres provinces, ne constitue

pas un sous-ordre de gouvernement. Et le gouvernement fédéral n’est pas à

lui seul le gardien suprême du bien commun. Dans une fédération, chaque

partenaire est gardien du bien commun dans ses domaines de compétence.

Sur cette question le jugement n’appartient pas au gouvernement fédéral,

il appartient aux citoyens.

Le deuxième principe du renouveau du fédéralisme, est la flexibilité.

L’uniformité est l’utopie du XXe siècle. La voie du XXIe siècle est la

flexibilité, le respect des différences et l’asymétrie.

C’est vrai dans le monde. C’est vrai au Canada. Si le Canada est né

fédéral, c’est précisément pour organiser l’asymétrie, la différence et le

respect des particularités des partenaires de cet immense pays.

D’ailleurs, chaque province qui s’est jointe au Canada a été traitée

différemment.

Le troisième principe, c’est le principe du droit.

Flexibilité ne veut pas dire absence de règles. Nous vivons dans une

société de droit et cela doit demeurer. Au Canada, nous devons concilier

nos pratiques avec le droit et le droit avec nos pratiques. Cela implique

la possibilité d’aller devant les tribunaux, lorsqu’il y a désaccord sur

les principes applicables.

C’est normal et légitime. Un débat juridique serein et sobre est parfois

préférable à une dispute politique stérile qui s’éternise. Une décision

d’un tribunal peut débloquer des dossiers, comme le renvoi sur les congés

parentaux.

Le gouvernement du Québec ne se privera de ce recours au besoin.

Un État de droit, c’est un État au sein duquel il est possible de demander

aux tribunaux de nous éclairer.

Par ailleurs, la nécessité de concilier le droit et la pratique peut aussi

impliquer celle de modifier nos règles, si elles ne correspondent plus à

ce qui est désiré.

Le quatrième principe : l’équilibre, l’équilibre fiscal et l’équilibre

politique.

Sur ce point, je vais élaborer davantage.

Il ne peut y avoir de fédération équilibrée à long terme si un ordre de

gouvernement se trouve dans une situation qui dénature le rapport entre

les deux paliers de gouvernement.

Au Canada, il y a un déséquilibre fiscal. Ce déséquilibre n’est pas une

invention, mais une réalité admise par tous les partenaires du Conseil de

la fédération. Par trois partis politiques fédéraux et par la majorité des

députés élus à la Chambre des communes.

Dans les années 1990, le rétablissement des finances fédérales a coïncidé

avec une détérioration des finances des provinces. Le gouvernement fédéral

a réglé son problème en coupant dans les transferts aux provinces.

Selon une étude du Conference Board réalisée à la demande du gouvernement

fédéral, les surplus fédéraux, pour la période comprise entre 2004-2005 et

2014-2015, soit une période de dix ans, totaliseront 166 milliards de

dollars.

Le gouvernement fédéral a des revenus supérieurs à ses besoins, alors que

les provinces et les territoires, dont plusieurs sont déjà en déficit, ont

des besoins supérieurs à leurs revenus. Il y a un déséquilibre entre les

revenus et les responsabilités de chacun.

Quand le gouvernement fédéral dit aux provinces : « Vous n’avez qu’à

augmenter vos impôts », il fait abstraction à la fois de la réalité et de

l’histoire de ce pays. La réalité, c’est que le contribuable est le même

pour les deux ordres de gouvernement et que sa capacité de payer n’est pas

sans fin. L’Histoire, c’est que, si le gouvernement fédéral s’est enrichi,

c’est en accaparant de façon unilatérale une plus grande part de l’impôt

des Québécois et des Canadiens.

Laissez-moi vous lire un extrait d’un article très récent de l’Institut de

recherche en politique publique. Ce texte a été publié en septembre 2004

par Thomas J. Courchesne :

Ottawa a surtout assaini ses finances en transférant son déficit aux

provinces. Les principales initiatives prises dans ce sens consistaient

dans les compressions massives de TCSPS que comprenait le budget 1995 de

Paul Martin.

Même si la plupart des analystes voyaient dans ces compressions des

coupures dans le transfert en matière de santé, elles ont eu précisément

l’effet contraire. Comme la santé figurait en tête des priorités de

toutes les provinces, on ne pouvait tout simplement pas y faire de

coupure.

[…] Ce qui s’est passé dans toutes les provinces, c’est que les fonds

étaient réaffectés d’à peu près partout pour maintenir, voire augmenter

les dépenses en soins de santé.

Le résultat, c’est que, pour bien des provinces, les soins de santé

représentent plus de 40 % des dépenses des programmes, et que ce chiffre

continue d’augmenter, alors que les dépenses dans la plupart des autres

secteurs sont à la baisse.

Ottawa y a vu la possibilité de contourner les provinces et de traiter

directement avec ces secteurs à court de ressources financières, qu’il

s’agisse des citoyens (bourses du Millénaire, chaires de recherche du

Canada, prestation fiscale canadienne pour enfants, etc.) ou des villes

(exemption de TPS et promesse d’un partage des recettes de la taxe de

vente fédérale)4.

Le pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral est devenu, à la faveur du

déséquilibre fiscal, un pouvoir d’intrusion dans les champs de compétence

des provinces.

D’autre part, dans une fédération où la solidarité est une valeur

fondamentale, comme la nôtre, nous devons également veiller à maintenir un

équilibre fiscal entre les différentes régions du pays. Mais cela doit se

faire, évidemment, dans le respect des principes du fédéralisme.

Au Canada, il existe un moyen par excellence destiné à redistribuer la

richesse entre les partenaires afin que chacun soit en mesure d’offrir des

services de qualité et une fiscalité comparables, et ce, aux citoyens dans

toutes les régions du pays. Il s’agit de la péréquation.

La péréquation n’est pas un simple programme gouvernemental fédéral. C’est

un volet de la constitution. C’est une obligation constitutionnelle. Je

dois vous dire que nous avons encore du chemin à faire pour remplir

pleinement cette obligation qui participe à l’essence même de notre pays.

Il y a donc du travail à faire pour rétablir un équilibre fiscal et

financier au Canada, et par-delà, pour rétablir un équilibre politique.

Afin de pousser un peu plus la question des transferts, le Conseil de la

fédération annoncera sous peu la mise en place d’un panel sur le

déséquilibre fiscal. Le mandat de ce panel sera d’étudier et de présenter

des recommandations pour corriger le déséquilibre fiscal au Canada. Cela

inclura également l’examen de la péréquation, la formule de financement

des territoires et le transfert social canadien.

Je tiens également à souligner que la Chambre des communes, à la majorité

de ses députés, a approuvé la mise en place d’un comité spécial sur le

déséquilibre fiscal. Cette initiative heureuse est conforme au discours du

trône.

Le dernier principe, c’est la coopération.

Notre époque se caractérise par une très grande mobilité des biens et des

personnes. Elle se caractérise aussi par l’émergence de problèmes

suprarégionaux et souvent transnationaux comme l’environnement, la

sécurité ou certaines questions relatives à la santé publique.

Gouverner n’est plus une activité qui s’accomplit en vase clos, comme à

l’époque où le concurrent était de l’autre côté de la rue.

L’interdépendance est devenue une réalité incontournable. Gouverner

aujourd’hui, c’est coopérer. Et coopérer, dans un contexte fédéral, ça

veut dire travailler ensemble sur des enjeux communs en reconnaissant que

chacun peut aussi avoir des intérêts particuliers.

Au Québec, par exemple, nous insistons sur l’importance de la

participation des provinces, sur le plan international, aux négociations

de traités internationaux qui touchent nos compétences. D’autres provinces

partagent cette revendication aussi fondée que sensée. Personne ne devrait

contester le fait que le Canada est plus fort lorsque les provinces et les

territoires peuvent s’exprimer.

Rappelons-nous que, même si Ottawa aimerait signer à son gré tous les

traités, il ne peut les mettre en œuvre s’ils relèvent de la compétence

des provinces. La coopération s’impose. Par ailleurs, nous croyons que,

lorsque le gouvernement du Québec est le seul gouvernement compétent pour

appliquer un engagement international, il est normal qu’il soit celui qui

prenne cet engagement. En somme, il revient au Québec d’assumer, sur le

plan international, le prolongement de ses compétences internes : ce qui

est de compétence québécoise chez nous est de compétence québécoise

partout. Cela dit, les divers gouvernements ont toujours pris soin

d’exercer leurs compétences à cet égard dans le respect de la politique

étrangère canadienne. C’est ça la coopération!

La coopération, c’est aussi, par exemple, l’Accord sur le commerce

intérieur signé par toutes les provinces et le gouvernement fédéral. C’est

le travail qui se fait sur le plan de la réglementation du commerce des

valeurs mobilières. La coopération, peut également être les provinces qui

font front commun en santé.

C’est précisément cette idée de coopération respectueuse de chacun que

véhicule le Conseil de la fédération. Cette nouvelle institution de

concertation a vu le jour, ici, à Charlottetown, en décembre dernier.

D’ailleurs, l’une des premières choses que j’ai faites lorsque je suis

devenu premier ministre du Québec, ce fut de prendre contact avec mes

homologues. J’ai rencontré Pat Binns et nous avons échangé nos visions de

l’avenir du Canada. Les conseils de Pat et son analyse pénétrante ont

beaucoup contribué à poser les premiers jalons des décisions que nous

avons prises, ici, à Charlottetown, en juillet 2003.

Un des objectifs du Conseil est de promouvoir « les relations entre les

gouvernements fondées sur le respect de la Constitution et la

reconnaissance de la diversité dans la fédération ».

Dans le préambule de l’entente, on reconnaît l’importance « de l’existence

de différences entre les provinces et les territoires, de sorte que les

gouvernements puissent avoir des priorités et des choix différents dans

leurs politiques ».

Le Conseil de la fédération joue un rôle important dans la fédération

canadienne. Les provinces et les territoires ont créé une nouvelle

institution qui permet, pour la premiere fois depuis longtemps, de donner

une voix aux régions, aux provinces et aux territoires. Car il faut le

reconnaître, le Sénat ne joue plus vraiment son rôle.

Le Conseil pourra ainsi contribuer, de façon aussi importante que le

gouvernement fédéral, aux grandes orientations qui concernent le Canada

dans son ensemble. Non seulement sa contribution est légitime, mais elle

est surtout nécessaire.

Mes amis, ces cinq principes, respect, flexibilité, respect de la règle de

droit, équilibre et coopération, doivent être mis en œuvre afin de

dynamiser le fédéralisme dans son essence.

Réviser l’esprit du fédéralisme exige un modèle qui corresponde au

développement de chaque société au sein de la fédération.

L’intérêt des Québécois dans la fédération canadienne sous-entend que

cette fédération réussisse à respecter la différence du Québec.

Le Canada doit respecter l’esprit du fédéralisme pour le bien-être de ses

citoyens. Cet esprit de coopération et d’ouverture envers les différences

est ce dont nous avons besoin pour relever les défis avec succès.

J’accepte avec conviction et confiance le défi de défendre les intérêts

des Québécois.

Je crois au Québec et je crois au Canada.

[Charest=20041108b]

Distingués invités,

Mesdames, Messieurs,

C’est un très grand plaisir d’être ici parmi vous afin de souligner le 40ième anniversaire de l’ouverture du Centre des Arts de la Confédération.

Ce Centre a été inauguré en 1964 afin de souligner le 100e anniversaire de la Conférence des Pères de la Confédération.

Lorsque j’ai reçu l’invitation du professeur Symons, afin de vous parler du fédéralisme canadien, je ne savais pas que nous aurions eu, dans les jours précédente cette rencontre, deux conférences des Premiers ministres.

Le moment est donc bien choisi pour une discussion sur l’état du fédéralisme canadien, ses espérances et ses défis.

On dit que l’histoire est un éternel recommencement. On s’en convainc aisément lorsqu’on se réfère aux sources de nos débats qui nous ramènent à l’Acte de Québec de 1774.

L’élection de mon gouvernement en avril 2003 a été accueillie par nombre de Canadiens comme un défi lancé à ceux qui voulaient séparer le Québec du Canada. Mais ce qui n’était peut-être pas aussi manifeste, c’est que l’élection de mon gouvernement constitue également un défi pour ceux qui tentent de maintenir le statu quo au sein de la fédération. L’élection de mon gouvernement est en fait un défi pour ces deux groupes et pour tous ceux qui ont choisi d’ignorer notre histoire commune.

Le Canada est un pays jeune, toujours en construction, toujours à l’état de potentiel.

Nous allons continuer la construction du Canada à la condition de tenir compte des fondations de l’édifice et en respectant ce qui touche les fondements mêmes du Canada .

Dans la première partie de ce discours, j’aimerais que vous vous joignez à moi pour vous remémorer ce qui a permis la réussite du Canada.

Les Canadiens ont, très tôt dans leur histoire, pris une décision, fait un choix qui, au fil du temps, a fini par définir l’essence même de ce que nous sommes.

Nos ancêtres ont décidé, dès le départ, de fonder un pays sur le principe même du droit de parler une autre langue, de prier différemment, d’appliquer un système juridique autre qui s’inspire du Code civil français, d’appartenir à une culture différente, et de permettre à cette culture de s’épanouir. L’Acte de Québec de 1774, adopté il y a plus de 200 ans, soit près d’un siècle avant la Confédération, est sur ce point le document le plus fondamental de l’histoire du Canada. C’est l’assise sur laquelle le partenariat canadien s’est construit à l’origine. L’esprit de cette loi a défini ce pays dès sa création. Il constitue l’une des décisions les plus éclairées qui aient jamais été prises au Canada.

Les Canadiens devraient réfléchir à ce choix qui a été opéré, très tôt dans leur histoire. Nous devrions réfléchir à la manière dont il nous définit, comment la culture et la langue françaises et la présence d’une province francophone au sein de la fédération ont permis à l’ensemble des Canadiens d’étendre leur influence et de jouer un plus grand rôle dans la communauté internationale.

Dans le passé, d’aucuns dans ce pays ont prétendu que la reconnaissance des deux langues officielles et identités culturelles était un obstacle à l’élaboration d’un but commun pour ce pays, une vision commune s’inspirant de valeurs partagées. À cours terme, ils ont peut-être cru avoir raison. Mais nous savons aujourd’hui à quel point ils étaient dans l’erreur. Il ne leur a pas effleuré l’esprit que leurs enfants vivraient dans « le meilleur des mondes » de la mondialisation.

Que leurs enfants seraient appelés, s’ils voulaient déployer pleinement leur potentiel dans ce monde du XXIe siècle, à apprendre non pas une mais plusieurs autres langues, si possible.

Les Canadiens sont par nature sensibles à un monde où la diversité est la norme. Les Canadiens, en raison de leur histoire, ne tiennent pas pour acquis que les autres pensent à leur manière, que les autres voient les choses différemment. Sur ce plan, le Canada est un pays qui s’est mieux préparé que nul autre que je connaisse à faire face aux défis du XXIe siècle. Ne pas reconnaître ce simple fait serait un grand appauvrissement.

Pour les Québécois en particulier, le Canada est une réussite, précisément à cause de la place que leur pays a réservé à notre langue, à notre culture, à notre identité, non seulement pour survivre, mais aussi pour s’épanouir et prospérer au point où nos artistes, nos universitaires, nos entrepreneurs sont reconnus et célébrés dans le monde entier.

Si l’on se tourne vers l’avenir, plusieurs tendances importantes se sont affirmées quant à la manière dont le fédéralisme évolue. Entre autres, la tendance à la codécision et à la cogestion entre les niveaux fédéral et provincial de gouvernement est déjà un reflet de la maturité du pays qu’est le Canada.

Pour que ceci soit possible, il faut néanmoins que chaque niveau de gouvernement comprenne bien son rôle, là où son intervention peut être utile et efficace et, en fin de compte, qu’il soit entièrement imputable de ses décisions envers son peuple. En d’autres termes, le respect des compétences de chaque gouvernement est une condition indispensable au succès de ce pays.

Dans un discours que je prononçais en 1999, j’invitais les Canadiens et leurs dirigeants à commencer à se préparer à un gouvernement libéral pour le Québec, pour que nous puissions ensemble bâtir pour le Canada un programme qui soit le reflet de notre histoire, de nos espoirs et de nos aspirations pour l’avenir.

Le message que je leur transmettais était le suivant : Préparez-vous à tenter rapidement et de manière décisive de résoudre des problèmes qui perdurent depuis longtemps entre le Québec et les autres gouvernements au Canada.

Pour ce faire, je veillerai à ce que le Canada respecte l’esprit du fédéralisme. Je veillerai à ce que le Canada résiste à la tentation de la centralisation.

J’aimerais maintenant revenir aux débats sur la Confédération. En 1865, ainsi parlait George Brown, un des pères de la Confédération :

« Nous devions opter pour une union fédérale ou abandonner les négociations. Non seulement nos amis du Bas-Canada sont contre cette idée, mais il en va de même pour la plupart des délégués des Provinces maritimes. Un seul choix s’offrait à nous : l’union fédérale ou rien1. »

Pour Brown, le seul Canada possible était un Canada fédéral. Pour un autre des pères de la Confédération, Sir John A Macdonald, la conclusion était la même, il disait le 6 février 1865 :

« Maintenant, en ce qui concerne les avantages respectifs d’une union législative ou fédérale, je n’ai jamais hésité à donner mon opinion personnelle. J’ai maintes et maintes fois déclaré en Chambre que, si possible, je croyais qu’une union législative était préférable. »

J’ai toujours soutenu que si nous pouvions nous entendre pour avoir un gouvernement et un Parlement qui légiférerait pour l’ensemble de ces peuples, ce serait le meilleur, le plus économique, le plus vigoureux et le plus fort système de gouvernement que nous puissions adopter.

Mais en réfléchissant au sujet de la conférence, et en discutant de cette question comme nous l’avons fait, sans ambages et avec le désir d’aboutir à une conclusion satisfaisante, nous avons constaté que ce système était irréalisable. En premier lieu, il ne recueillerait pas l’assentiment du peuple du Bas-Canada, parce que celui-ci avait l’impression que dans leur position de minoritaire – parlant une autre langue que la majorité dont il se démarquait également par sa nationalité et sa religion –, en cas d’union des provinces, ses institutions et ses lois risquaient d’être assaillies, et ses associations ancestrales, dont il était si fier, étaient menacées.

Nous avons alors constaté que toute proposition qui comportait l’absorption de l’individualité du Bas-Canada, si je puis employer cette expression, ne serait pas favorablement accueillie par son peuple.

Nous avons également constaté que même si leur peuple parlait la même langue et jouissait du même système législatif que le peuple du Haut-Canada, système basé sur le droit coutumier d’Angleterre, les diverses provinces maritimes n’étaient pas du tout disposées à perdre leur individualité, à titre d’organisations politiques distinctes, comme on l’avait constaté dans le cas du Bas-Canada.

Nous avons donc été contraints de conclure que nous devions soit abandonner toute idée d’union, soit concevoir un système d’union dans lequel chaque organisation provinciale serait dans une certaine mesure protégée. De telle sorte que ceux qui, comme moi, étaient en faveur d’une union législative, ont été contraints de modifier leur point de vue et d’accepter le projet d’une union fédérale comme étant la seule voie réalisable, même pour les provinces maritime2. »

Quelques années après, en 1871, Wilfrid Laurier donnait au débat canadien des airs familiers.

« Pour que le système fédératif ne soit pas un vain mot, pour qu’il produise les résultats qu’il est appelé à produire, il faut que les législatures soient indépendantes, non pas seulement de droit, mais de fait. Il faut surtout que la législature locale soit complètement à l’abri de tout contrôle de la législature fédérale.

Si, de près ou de loin, la législature fédérale exerce le moindre contrôle sur la législature locale, alors ce n’est plus en réalité l’union fédérale que vous avez, mais l’union législative sous la forme fédérale3. »

Le débat sur le fonctionnement du Canada est à notre vie politique ce que la 9e symphonie de Beethoven est à la musique : un classique indémodable.

Je le dis avec un sourire, parce que c’est le propre des fédérations. C’est ce qui fait sa force : c’est un système dynamique, toujours en adaptation avec son époque.

Mais qu’est-ce donc qu’une fédération? Allons à la définition. Une fédération, c’est une association de deux ordres de gouvernement qui sont chacun souverains dans leurs champs de compétence. Et les champs de compétences de ces deux ordres de gouvernement sont définis par la Constitution.

Par ailleurs, ce partage des responsabilités étatiques n’est pas le fruit du hasard; il obéit à une logique qui peut être parfois la promotion de la diversité, parfois l’introduction de poids et contrepoids pour améliorer la qualité de la démocratie et parfois l’idée de la subsidiarité : quel ordre de gouvernement est le mieux placé pour livrer tel ou tel service?

Une fédération n’est donc pas hiérarchisée par opposition à un État unitaire comme la France, par exemple. Au Canada, le gouvernement fédéral n’est pas le patron des provinces. Chacun dans leurs domaines de compétences, les deux ordres de gouvernement rendent compte de leurs actions à leurs électorats.

J’ai des comptes à rendre aux Québécois dans les domaines qui relèvent des compétences du Québec. Je n’ai pas de comptes à rendre au gouvernement fédéral. Le gouvernement fédéral a des comptes à rendre aux Canadiens dans les domaines de ses compétences Il n’a pas de comptes à rendre au gouvernement du Québec.

C’est ça une fédération. Une fédération, par essence, est donc un système politique pluriel et asymétrique. Chaque gouvernement doit pouvoir faire les choses comme il l’entend pour assumer ses responsabilités.

Faire partie d’un État fédéral, ce n’est pas être enrégimenté dans un moule unique. C’est faire partie d’une communauté qui partage un territoire et des valeurs communes dans le respect de la différence de chacun de ses partenaires.

Je suis venu vous dire aujourd’hui qu’il est nécessaire que le Canada renoue avec l’esprit du fédéralisme et se détourne de ses tentations centralisatrices Je suis venu vous dire que l’avenir de la fédération canadienne, c’est … le fédéralisme!.

Disons-le autrement. Ce qui nuit à la fédération, ce n’est pas que le Québec veuille faire les choses à sa manière. Ce qui nuit à la fédération c’est quand on veut que les provinces et les territoires soient tous identiques.

Je vois cinq principes qui devraient habiter l’esprit fédéral au Canada.

Ces principes sont d’ailleurs porteurs de leçon non pas seulement pour la gouverne au sein d’une fédération mais également, plus globalement, pour la gouverne au 21e siècle.

Dans un premier temps je vais vous énoncer les cinq principes :

Le respect

La flexibilité

La règle de droit

L’équilibre

La coopération

Le premier principe qui doit être mis de l’avant pour raviver le fédéralisme canadien est donc le respect.

Il n’y a pas de saine coopération sans un profond respect de chacun des partenaires. Respect des compétences de chacun, respect des choix de chacun, respect de l’intelligence de chacun.

Le gouvernement du Québec comme celui des autres provinces ne constituent pas un sous-ordre de gouvernement. Et le gouvernement fédéral n’est pas à lui seul le gardien suprême du bien commun. Dans une fédération, chaque partenaire est gardien du bien commun dans ses domaines de compétences.

Sur cette question le jugement n’appartient pas au gouvernement fédéral, il appartient aux citoyens.

Le 2ième principe du renouveau du fédéralisme, c’est la flexibilité.

L’uniformité est l’utopie du XXe siècle. La voie du 21e siècle, est la flexibilité, le respect des différences et l’asymétrie.

C’est vrai dans le monde. C’est vrai au Canada. Si le Canada est né fédéral, c’est précisément pour organiser l’asymétrie, la différence et le respect des particularités des partenaires de cet immense pays. D’ailleurs chaque province qui s’est joint au Canada a été traité différemment.

Le troisième principe, c’est le principe du droit.

Flexibilité ne veut pas dire absence de règles. Nous vivons dans une société de droit et cela doit demeurer. Au Canada, nous devons réconcilier nos pratiques avec le droit, et le droit avec nos pratiques. Cela implique la possibilité devant les tribunaux lorsqu’il y a un désaccord sur les principes applicables.

C’est normal et légitime. Un débat juridique serein et sobre est parfois préférable à une dispute politique stérile qui s’éternise. Une décision d’un tribunal peut débloquer des dossiers, comme le renvoi sur les congés parentaux.

Le gouvernement du Québec ne se privera de ce recours au besoin.

Un État de droit, c’est un État au sein duquel, il est possible de demander aux tribunaux de nous éclairer.

Par ailleurs, la nécessité de réconcilier le droit et la pratique peut aussi impliquer de modifier nos règles si elles ne correspondent plus à ce qui est désiré.

Le quatrième principe : l’équilibre, l’équilibre fiscal et l’équilibre politique.

Et sur ce point, je vais élaborer davantage.

Il ne peut pas y avoir de fédération équilibrée à long terme si un ordre de gouvernement se trouve dans une situation qui dénature le rapport entre des deux paliers de gouvernement,

Au Canada, il y a un déséquilibre fiscal. Ce déséquilibre n’est pas une invention, mais une réalité admise par tout les partenaires au sein du Conseil de la fédération. Par trois partis politiques fédéraux et par une majorité des députés élus à la Chambre des communes.

Dans les années 90, le rétablissement des finances fédérales a coïncidé avec une détérioration des finances des provinces. Le gouvernement fédéral a réglé son problème en coupant dans les transferts aux provinces.

Selon une étude du Conference Board réalisée à la demande du gouvernement fédéral, les surplus fédéraux, pour la période comprise entre 2004-2005 et 2014-2015, soit une période de dix ans, totaliseront 166 milliards de dollars.

Le gouvernement fédéral a des revenus supérieurs à ses besoins alors que les provinces et les territoires, dont plusieurs sont déjà en déficit, ont des besoins supérieurs à leurs revenus. Il y a un déséquilibre entre les revenus et les responsabilités de chacun.

Et quand le gouvernement fédéral dit aux provinces : « Vous n’avez qu’à augmenter vos impôts », il fait abstraction à la fois de la réalité et de l’Histoire de ce pays. La réalité c’est que le contribuable est le même pour les deux ordres de gouvernement et que sa capacité de payer n’est pas sans fin. L’Histoire c’est que si le gouvernement fédéral s’est enrichi, c’est en s’accaparant de façon unilatérale une plus grande part de l’impôt des Québécois et des Canadiens.

Laissez-moi vous lire un extrait d’un article très récent de l’Institut de recherche en politiques publiques. Ce texte a été publié en septembre 2004, par Thomas J. Courchesne :

« Ottawa a surtout assaini ses finances en transférant son déficit aux provinces. Les principales initiatives prises dans ce sens consistaient dans les compressions massives de TCSPS que comprenait le budget 1995 de Paul Martin.

Même si la plupart des analystes voyaient dans ces compressions des coupures dans le transfert en matière de santé, elles ont eu précisément l’effet contraire. Comme la santé figurait en tête des priorités de toutes les provinces, on ne pouvait tout simplement pas y faire de coupure.

(…) Ce qui s’est passé dans toutes les provinces, c’est que les fonds étaient réaffectés d’à peu près partout pour maintenir, voire augmenter les dépenses en soins de santé.

Le résultat, c’est que, pour bien des provinces, les soins de santé représentent plus de 40 % des dépenses des programmes, et que ce chiffre continue d’augmenter, alors que les dépenses dans la plupart des autres secteurs sont à la baisse.

Ottawa y a vu la possibilité de contourner les provinces et de traiter directement avec ces secteurs à court de ressources financières, qu’il s’agisse des citoyens (bourses du Millénaire, chaires de recherche du Canada, prestation fiscale canadienne pour enfants, etc.) ou des villes (exemption de TPS et promesse d’un partage des recettes de la taxe de vente fédérale)4. »

Le pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral est devenu, à la faveur du déséquilibre fiscal, un pouvoir d’intrusion dans les champs de compétence des provinces.

D’autre part, dans une fédération où la solidarité est une valeur fondamentale, comme la notre, nous devons également veiller à maintenir un équilibre fiscal entre les différentes régions du pays. Mais cela doit se faire, évidemment dans le respect des principes du fédéralisme.

Au Canada, il existe un moyens par excellence destiné à redistribuer la richesse entre les partenaires afin que chacun soit en mesure d’offrir des services de qualité comparable à un niveau de fiscalité comparable aux citoyens dans toutes les régions du pays.

Il s’agit de la péréquation. La péréquation n’est pas un simple programme gouvernemental fédéral. C’est un volet de la constitution. C’est une obligation constitutionnelle. Et je dois vous dire que nous avons encore du chemin à faire pour remplir pleinement cette obligation qui participe à l’essence même de notre pays.

Il y a donc du travail à faire pour rétablir un équilibre fiscal et financier au Canada et par-delà, pour rétablir un équilibre politique

Afin de pousser un peu plus la question des transferts, le Conseil de la fédération annoncera sous peu la mise en place d’un panel sur le déséquilibre fiscal. Le mandat de ce panel est d’étudier et de présenter des recommandations pour corriger le déséquilibre fiscal au Canada. Cela inclut également l’examen de la péréquation, la formule de financement des territoires et le transfert social canadien.

Je tiens également à souligner que la Chambre des communes, à la majorité de ses députés, a approuvé la mise en place d’un comité spécial sur le déséquilibre fiscal. Cette initiative heureuse est conforme au discours du trone.

Le dernier principe, c’est la coopération.

Notre époque est caractérisée par une très grande mobilité des biens et des personnes. Elle est aussi caractérisée par l’émergence de problèmes suprarégionaux et souvent transnationaux comme l’environnement, la sécurité ou certaines questions relatives à la santé publique.

Gouverner n’est plus une activité qui s’accomplit en vase clos comme à l’époque où le concurrent était de l’autre côté de la rue. L’interdépendance est devenue une réalité incontournable. Gouverner aujourd’hui, c’est coopérer. Et coopérer, dans un contexte fédéral, ça veut dire travailler ensemble sur des enjeux communs en reconnaissant que chacun peut aussi avoir des intérêts particuliers.

Au Québec, par exemple, nous insistons sur l’importance de la participation des provinces au niveau international et dans les négociations de traités internationaux qui touchent nos compétences. D’autres provinces partagent cette revendication, aussi fondée que censée. Personne ne devrait contester le fait que le Canada est plus fort lorsque les provinces et les territoires peuvent s’exprimer.

Rappelons-nous que même si Ottawa aimerait signer à son gré tous les traités, il ne peut les mettre en œuvre s’ils relèvent de la compétence des provinces. La coopération s’impose. Par ailleurs, nous croyons que lorsque le gouvernement du Québec est le seul gouvernement compétent pour appliquer un engagement international, il est normal qu’il soit celui qui prenne cet engagement. En somme, il revient au Québec d’assumer, sur le plan international, le prolongement de ses compétences internes : ce qui est de compétence québécoise chez nous, est de compétence québécoise partout. Ceci dit, les divers gouvernements ont toujours pris soin d’exercer leurs compétences à cet égard dans le respect de la politique étrangère canadienne. C’est ça la coopération!

La coopération c’est aussi, par exemple, l’Accord sur le commerce intérieur signé par toutes les provinces et le gouvernement fédéral, c’est le travail qui se fait au niveau de la réglementation du commerce des valeurs mobilières. La coopération, ça peut également être les provinces qui font front commun en santé.

C’est précisément cette idée de coopération respectueuse de chacun que véhicule le Conseil de la fédération. Cette nouvelle institution de concertation a vu le jour ici, à Charlottetown, en décembre dernier.

D’ailleurs, l’une des premières choses que j’ai faites lorsque je suis devenu Premier ministre du Québec, ce fut de prendre contact avec mes homologues. J’ai rencontré Pat Binns et nous avons échangé notre vision de l’avenir du Canada. Les conseils de Pat et son analyse pénétrante ont beaucoup contribué à poser les premiers jalons des décisions que nous avons prises ici, à Charlottetown, en juillet 2003.

Un des objectifs du Conseil est de promouvoir “les relations entre les gouvernements fondées sur le respect de la Constitution et la reconnaissance de la diversité dans la federation.”

Dans le préambule de l’entente, on y retrouve la reconnaissance de l’importance « de l’existence de différences entre les provinces et les territoires, de sorte que les gouvernements puissent avoir des priorités et des choix différents dans leurs politiques. »

Le Conseil de la fédération joue un rôle important dans la fédération canadienne. Les provinces et les territoires ont créé une nouvelle institution qui permet, pour la premiere fois depuis longtemps de donner une voix aux regions, aux provinces et aux territoires.

Car il faut le reconnaître, le Sénat ne joue plus vraiment son rôle.

Le Conseil pourra ainsi contribuer, de façon aussi importante que le gouvernement fédéral, aux grandes orientations qui concernent le Canada dans son ensemble.

Non seulement sa contribution est légitime, mais elle est surtout nécessaire.

Mes amis,

Ces 5 principes, respect, flexibilité, respect de la règle de droit, équilibre, et coopération, doivent être mis en œuvre afin de dynamiser le fédéralisme dans son essence.

Réviser l’esprit du fédéralisme exige un modèle qui corresponde au développement de chaque société au sein de la fédération.

L’intérêt des Québécois dans la fédération canadienne sous-entend que cette fédération réussisse à respecter la différence du Québec.

Le Canada doit respecter l’esprit du fédéralisme pour le bien-être de ses citoyens. Cet esprit de coopération et d’ouverture envers les différences est ce dont nous avons besoin pour relever les défis avec succès.

J’accepte avec conviction et confiance le défi de défendre les intérets des Québécois.

Je crois au Québec et je crois au Canada.

[Charest=20050218]

Mesdames, Messieurs, Le gouvernement que je dirige a accompli beaucoup depuis près de 22 mois. Nous enregistrons des progrès dans tous les domaines de l’action gouvernementale et l’économie se porte bien. Nous regardons l’avenir avec confiance, tout en sachant que nous avons encore beaucoup de travail à faire et que d’autres décisions difficiles sont encore devant nous. C’est dans ce cadre que j’ai procédé au redéploiement de mon équipe ministérielle. Il en va d’un gouvernement comme de toute autre organisation. Pour atteindre les objectifs visés, il faut ajuster son équipe et imprimer un nouvel élan. Je souligne le travail acharné de tous les membres du Conseil des ministres qui depuis avril 2003 n’ont ménagé aucun effort pour faire avancer le Québec. Je leur en suis reconnaissant. Nous faisons tous partie de la même équipe. Nous sommes tous des députés. Nous sommes tous des élus. Nous sommes tous associés à la réalisation de notre mandat qui consiste à recentrer l’État sur ses missions essentielles et à refaire de notre État un outil de développement et de prospérité. J’exigerai de tous, discipline, cohérence et solidarité dans l’action. Depuis notre élection, nous avons travaillé pour la mise en place de changements profonds dans nos façons de faire. C’est une exigence incontournable pour mieux servir les citoyens et pour relever nos défis. Plusieurs aspects de ce remaniement ministériel sont d’ailleurs inspirés des changements nécessaires à la bonne marche de l’État et à la nécessité d’innover. Nous le savons, les changements économiques caractérisés par la concurrence et la montée des économies émergentes commandent une adaptation de nos manières de faire et un renforcement de notre capacité d’innover et d’inventer. Nous créons ainsi le ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation. Ce ministère renouvelé sera appelé à jouer un rôle stratégique dans l’atteinte de la prospérité au Québec. Aujourd’hui, nous consacrons notre engagement dans le développement durable en élevant cette notion au rang de responsabilité ministérielle avec le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs. La mission première de ce ministère sera de préserver pour l’avenir la richesse que les ressources du Québec nous ont procurée dans le passé. Nous ne devons pas hypothéquer pour le futur les bienfaits qu’il offrira à ceux qui nous suivent. Je suis fier de faire cette annonce au moment même ou entre en vigueur le Protocole de Kyoto. C’est un défi mondial que de réconcilier le développement économique et la création d’emplois avec la préservation de nos ressources et de notre environnement. Grâce à la création de ce ministère, le Québec sera aux avant-postes de l’innovation et du progrès humain. Sa mission essentielle consistera à promouvoir le développement durable sous tous ses aspects, à s’assurer que toutes les actions du gouvernement s’inscrivent dans ce mouvement et à encourager le développement des initiatives durables qu’elles émanent des autres ministères, des entreprises, des groupes ou des citoyens. En regroupant les Affaires municipales et le Développement régional au sein d’un même ministère, nous envoyons un message clair sur notre volonté de poursuivre la démarche de décentralisation entamée et qui a attendu trop longtemps. C’est une illustration de notre ambition de renouveler le partenariat entre les régions urbaines et les régions rurales. C’est le reflet de notre détermination à munir les citoyens des régions de tous les outils nécessaires à leur plein épanouissement. Les changements que j’annonce ont tous pour but de renforcer la cohérence de l’action gouvernementale. C’est ainsi par exemple que nous créons un ministère des Services gouvernementaux qui aura pour mission de piloter la poursuite de la modernisation de l’État en association avec le ministre délégué au développement du gouvernement en ligne. Ce ministère sera notamment responsable de la mise en œuvre de Services Québec et du Centre des services administratifs. La modernisation de l’État est un engagement fondamental de notre gouvernement. Toujours dans cette idée de renforcer la cohésion de l’action gouvernementale, nous réunissons dans un même ministère les responsabilités de l’Éducation et du Sport et des Loisirs. Ce regroupement répond à l’idée de l’école communautaire, un des grands consensus du Forum des générations. Il est cohérent avec le nouveau régime pédagogique qui accorde plus de temps à l’activité physique à l’école. Le Forum des générations avait par ailleurs révélé une volonté des Québécois de voir le gouvernement continuer à placer la famille au cœur de son action et promouvoir la participation des aînés à l’avancement du Québec. À cette fin, nous créons le ministère de la Famille, des aînés et de la condition féminine. Ce ministère sera celui du mieux-être des personnes. Pour améliorer le fonctionnement du gouvernement, nous profitons de ce remaniement pour mettre sur pied un comité des priorités dont j’assumerai la présidence. Ce comité établira la priorité des initiatives et des dossiers présentés au Conseil des ministres. Il aura également pour mandat d’inscrire ces initiatives dans la vision globale de l’action gouvernementale. Tous les ministres ont besoin de l’appui et de la confiance de leurs collègues députés. Nous renforcerons les mécanismes internes de consultation et d’information du Conseil des ministres et du caucus gouvernemental. Chacun de nos députés représente un pont tendu vers nos concitoyens et leur participation au processus de décision sera accrue. En santé, en éducation, aux finances, au trésor, à la justice, à la solidarité sociale et à la famille, tous au gouvernement doivent partager l’objectif de mieux servir les citoyens. Ils doivent tous mesurer cet objectif à l’aune de la capacité de payer des contribuables du Québec. C’est le fil conducteur de notre action. C’est le point de rencontre entre la réalité et la responsabilité. Les changements que nous proposons interpellent la société toute entière. C’est une tâche ardue et les réactions et les oppositions qu’elle provoque parfois sont peut-être le signe que la société québécoise a trop attendu pour faire ces changements. Le gouvernement du Québec est confronté à deux défis colossaux : restaurer une marge de manœuvre financière et affronter les changements démographiques. Nous l’avons affirmé clairement au début de notre mandat et nous en avons fait l’objet de 20 forums régionaux et du Forum des générations auquel ont participé les principaux leaders du Québec. Les conséquences de ces deux défis auront une influence majeure sur nos choix. Vous devrez, Mesdames, Messieurs les Ministres, incorporer les paramètres de ces défis dans chacune de vos décisions. Nous sommes les dépositaires de la volonté des citoyens du Québec de préserver les choix que nous avons fait par le passé : notre système de santé, notre système d’éducation, nos services de garde, nos programmes d’aide aux plus démunis. Nous exigeons déjà des contribuables un effort financier considérable non seulement pour maintenir ces services, mais aussi pour assurer leur qualité et rémunérer les hommes et les femmes qui ont pour mission de les livrer. S’ajoutent à cela des besoins croissants en infrastructures et en services de proximité comme la sécurité. Dans ce contexte, les choix difficiles ne sont pas tous derrière nous. Il faut persister dans l’explication claire des enjeux. Cela fait partie de votre mandat, à chacun de vous, députés et ministres. Vous êtes les porteurs du projet gouvernemental. Vous devez écouter et faire en sorte que nous puissions réussir tous ensemble. Vous êtes tous porteurs du projet du Québec. Je me ferai fort dans les mois qui viennent avec les ministres de mon cabinet, avec les députés de mon caucus, de parcourir le Québec dans toutes ses régions pour ouvrir encore plus largement le dialogue avec les citoyens. Nous prendrons tous les moyens nécessaires pour que nos choix répondent aux besoins de la population. L’avenir du Québec est prometteur, très prometteur. Car je sais que nous serons capables de relever les défis que nous pose le monde actuel. Au Québec, nous avons toujours su retrousser nos manches. Nous avons préservé notre langue et notre culture contre vents et marées. Nous nous sommes adaptés dans des circonstances parfois hostiles sans rien perdre de notre cohésion. Nous avons créé des entreprises qui essaiment partout dans le monde. Comme Premier ministre j’ai bien l’intention d’exiger de tous les membres de mon gouvernement qu’ils se consacrent entièrement à la mission de renouveler notre force économique. Nous ne ménagerons aucun effort pour favoriser la création de richesse, l’expression de l’innovation et la réussite des Québécois partout dans le monde. C’est la seule manière de conserver notre qualité de vie. Nous avons des convictions comme gouvernement et nous avons de grandes ambitions pour le Québec. Nous aurons dans la poursuite de notre mandat de l’audace pour affirmer ces convictions et de la détermination pour réaliser nos ambitions. J’invite donc le Conseil des ministres, le caucus et tous ceux qui travaillent au sein de notre équipe à relever avec ardeur les défis qui attendent le Québec.

[Charest=20050221]

[Allocution du premier ministre du Québec devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain – 21 février 2005] Madame la Présidente de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (Isabelle Hudon), Distingués invités de la table d’honneur, Chers collègues ministres et députés, Mesdames, Messieurs, J’aimerais saluer le maire de Montréal. Monsieur Tremblay, recevez les félicitations du gouvernement du Québec pour le sauvetage des Championnats du monde aquatique. C’est un grand événement sportif que Montréal accueillera l’été prochain. Dans ce projet, le gouvernement du Québec a tenu ses engagements financiers et a livré les infrastructures. Je lance aujourd’hui un appel à la communauté d’affaires. Je vous invite à prendre le relais et à appuyer fortement cet événement. J’ai par ailleurs eu l’occasion d’annoncer la semaine dernière avec M. Tremblay et le premier ministre Martin la tenue prochaine à Montréal d’un autre grand événement international. Il s’agit de la conférence des pays signataires du Protocole de Kyoto qui se tiendra à l’automne. Je me réjouis de la tenue de cette conférence majeure à Montréal parce que mon gouvernement, vous le savez, a amorcé le virage du développement durable. C’était un de nos engagements. C’est une conviction profonde chez moi et chez de plus en plus de Québécois. Le ministre du Développement durable, Thomas Mulcair, est aujourd’hui à Rimouski, étape de sa tournée québécoise de consultation sur notre plan. Ce plan vise à réconcilier développement économique et protection de notre patrimoine naturel. La conférence des pays partenaires de Kyoto sera certainement une occasion de signifier au monde l’adhésion du Québec et de sa métropole aux principes du développement durable. À cette occasion, pas moins de 6 000 personnes représentant 139 pays découvriront pendant 10 jours Montréal et le Québec. Vendredi dernier, j’ai procédé à un remaniement de mon cabinet. Nous sommes aujourd’hui plus résolus que jamais à livrer nos engagements et à placer le Québec sur une nouvelle voie de développement et de prospérité. Plusieurs membres de mon équipe ministérielle et de mon caucus sont dans la salle. Nos défis comme gouvernement sont à la hauteur de nos ambitions pour le Québec. Après un peu moins de deux ans, je suis fier de ce que nous avons fait. Nous agissons conformément à notre plan. Mais avant de vous parler de notre bilan, je prendrai quelques instants pour vous dire dans quel état nous avons trouvé le Québec. Lorsque nous sommes arrivés au gouvernement, nous nous sommes retrouvés avec un équilibre budgétaire de façade qui cachait un déficit réel de 4000000000 $. Avant l’élection, le gouvernement précédent a fait plus de 2000000000 $ d’annonces non provisionnées. Depuis deux ans, nous avons dû radier des investissements et supporter des dépassements de coûts de plusieurs milliards $. Pensez seulement au métro de Laval, à la Gaspésia, au projet informatique GIRES, à la SGF, etc. Nous payons aujourd’hui et nous paierons pendant plusieurs années pour des mauvaises décisions passées. [Since 1997 our debt increased by 40%. Today, that debt represents $15,000 for every Quebecer –newborns and seniors alike. Financing the debt is the government’s third largest expense, after health and education. That’s $8 billion per year that can’t be used to care for the sick or educate our youth or help the neediest.] Cette situation était intenable. Continuer comme ça, ça voulait dire se diriger contre un mur. Notre gouvernement a été élu pour moderniser le fonctionnement de l’État québécois. Et depuis notre élection, c’est ce que nous faisons. Prenons quelques exemples : Nous avons redéfini le mandat des sociétés d’État comme la SGF et Investissement Québec. Nous l’avons fait pour que l’argent investi par les Québécois rapportent aux Québécois. Nous avons révisé la gouvernance de la Caisse de dépôt et sa direction en a révisé les orientations. Ce n’est pas par hasard qu’elle figure à nouveau dans le peloton de tête des meilleurs gestionnaires de caisse de retraite au pays. Le mandat de la Caisse est aujourd’hui axé sur le rendement. Quand la Caisse a un bon rendement, ce sont les Québécois qui s’enrichissent. Nous avons remis le Québec sur la carte des grands réseaux internationaux de capital de risque en privatisant la Société Innovatech Montréal. Nous l’avons confiée à une des firmes les plus réputées mondialement Collar Capital qui s’est établie à Montréal. Nous avons réduit la taxe sur le capital pour 75 % des entreprises. Parce qu’on veut que les entreprises investissent davantage dans leur croissance et la création d’emplois. Nous avons simplifié les programmes gouvernementaux en réduisant de 160 à 3 le nombre de programmes d’aide aux entreprises. C’est plus facile pour les entreprises de s’y retrouver. Dans la même foulée, nous mettons sur pied Services Québec pour que les Québécois retrouvent leur chemin dans l’administration publique et aient plus facilement accès aux services de leur gouvernement. Nous revoyons le fonctionnement de l’État et nous le faisons dans le respect de nos principales priorités : À commencer par la santé. Nous y avons réinvesti 2200000000 $ et nous avons renversé la tendance. On voit des progrès. Nous avons réduit le nombre d’unités d’accréditation syndicale. Il y en avait 3 800, on en compte aujourd’hui quatre fois moins. Cette seule décision, sans réduction d’emploi, a permis de rediriger 46000000 $ de bureaucratie syndicale par année vers les soins directs aux patients. En éducation, nous avons réinvesti 709000000 $. Je veux que nos enfants réussissent mieux et qu’ils soient en meilleure santé. C’est pour ça que nous avons annoncé l’ajout d’une heure et demie d’enseignement au primaire, pour que nos enfants fassent plus de sport, et c’est pour ça que nous introduirons l’enseignement de l’anglais dès la première année en septembre 2006. Moderniser le fonctionnement de l’État, c’est aussi changer les relations entre le gouvernement du Québec et les régions. Nous avons amorcé la décentralisation des pouvoirs au Québec. On veut que les citoyens des régions aient les outils pour décider de leur avenir. Nous avons relancé le développement énergétique. On a relancé les grands chantiers de développement hydroélectrique et on a annoncé l’un des plus importants projets de parc éolien au monde. Nous avons freiné la croissance des dépenses, nous avons maintenu l’équilibre budgétaire et nous avons retourné 1000000000 $ aux familles et aux travailleurs à faible revenu. Nous avons aussi réinvesti dans l’aide aux personnes vulnérables avec un plan d’incitation au travail. Dans le Québec d’aujourd’hui, il sera toujours plus payant de travailler que de ne pas travailler. Parce que nous croyons dans l’effort de chacun et dans la dignité du travail. Ce sont des changements importants que nous avons entrepris. Tous ces changements, ce sont des engagements importants que nous avons honorés. Il faut continuer à moderniser le Québec. Nous avons encore beaucoup à faire. Et ces changements, sont-ils positifs pour le Québec? À en entendre certains, c’est comme si on était en train de reculer. Pourtant, on avance comme on n’a pas avancé depuis plusieurs années. Le taux de chômage au Québec est de 8,4 % alors qu’il était de 9,2 % en 2003. Le taux de chômage a reculé dans 10 régions sur 16. Il s’est créé plus de 60 00 emplois au Québec en 2004. 11 000 personnes ont quitté l’aide sociale. Il n’y a jamais eu autant de Québécois sur le marché du travail. Les investissements privés ont connu une croissance de 5,3 %. C’est six fois et demie la croissance observée en Ontario. Le Québec a récolté presque 19 % de tous les investissements privés effectués au Canada en 2004, c’est un sommet en 10 ans! Mais on peut encore faire mieux. Les exportations internationales ont augmenté de 6 %. C’était la première hausse depuis 2000. Et une étude récente du Conference Board dit ceci : [« Provincial family-oriented fiscal measures have left households with more net income in 2005. Together with decent employment gains, these will raise real disposable income by 3.2 % on average over the next two years. »] Tous ces progrès sont en partie le résultat de nos politiques. C’est la preuve qu’on peut faire mieux au Québec. Nous agissons conformément à nos engagements. Nous agissons conformément à notre plan. Nous faisons bouger les choses. Nous le faisons parce que c’est nécessaire. Nous le faisons parce que nous avons de l’ambition pour le Québec. Le Québec est à un carrefour historique. Nous n’avons pas le droit de fermer les yeux. Nous avons fait des choix par le passé.  Nous avons choisi de vivre dans une société où les soins de santé sont gratuits. Ces soins gratuits, ils nous coûtent presque 20000000000 $ par année; plus de 50000000 $ par jour. C’est 42,7 % de notre budget et ça continue d’augmenter. Nous avons fait le choix de vivre dans une société où l’école est gratuite. Cette école gratuite, elle nous coûte 13000000000 $ par année. Ce sont nos choix de société. Mais ils ont un prix. Comme premier ministre, mon devoir, c’est de préserver ces grands services publics parce qu’ils correspondent à nos valeurs. Ils sont l’expression de notre différence. Mon devoir, c’est aussi de dire aux Québécois que ces choix que nous avons faits par le passé sont confrontés à des réalités incontournables. Je vous ai parlé de la situation des finances publiques. C’est un problème urgent. Nous devons nous redonner une marge de manœuvre. Mais nous faisons face à un autre défi incontournable. C’est le choc de 2013. À partir de cette année-là, il y aura de moins en moins de travailleurs pour financer les services publics. Il faut nous préparer. L’automne dernier, après une série de forums régionaux, nous avons réuni les principaux leaders du Québec lors du Forum des générations. Tous ont reconnu l’existence de ces grands défis. Et nous avons commencé à chercher ensemble des moyens de les relever. On ne peut plus faire comme avant; avant la mondialisation, avant le réveil de la Chine, avant les technologies de l’information, avant le vieillissement de la population. On ne peut faire qu’une chose : prendre ces défis à bras-le-corps. Personne ne le fera à notre place. Nous avons été élus avec la conviction que des changements profonds étaient nécessaires au Québec. Nous n’avons rien perdu de cette conviction. Le changement, c’est le contraire de l’inertie. Le changement, c’est l’envie de vivre et de grandir. Qui dans cette salle oserait dire que son organisation a atteint un tel stade de perfection que tout changement, que toute adaptation seraient superflus? Vous êtes en affaires, vous savez que le changement, que l’évolution est synonyme de croissance. Le changement est une manière de vivre. Il n’en va pas différemment des sociétés et des gouvernements. Le monde change, le Québec doit changer aussi. On ne vit plus à l’époque où le concurrent était de l’autre côté de la rue. Avez-vous idée du nombre d’États, de gouvernements, de pays qui veulent nous arracher Bombardier? Nous devons relever le défi de la concurrence dans tous les aspects de la vie économique. Il faut chasser cette croyance selon laquelle le développement économique fait obstacle à la mission sociale de l’État. Je dis aujourd’hui aux Québécois que plus nous serons prospères, plus nous saurons générer de la richesse et attirer des investissements, plus nous pourrons aider ceux qui en ont véritablement besoin. Alors nous allons continuer de combattre le statu quo et de nous investir avec les Québécois dans le développement du Québec. Si nous devions avoir une chanson pour devise, le titre en serait : « Libérez-nous du statu quo! » Oui, nous faisons face à des grands défis au Québec, mais j’ai une bonne nouvelle pour nous. Nous avons bien plus de talents que de défis; nous avons bien plus de ressources que de problèmes. Voilà le chemin parcouru. Parlons donc d’avenir maintenant, parce que cet avenir est prometteur. Je vous dis qu’en 2008, lorsque le monde se tournera vers nous pour célébrer le 400e anniversaire de Québec, son regard se posera sur une société renouvelée qui aura su réconcilier ambition et compassion. Nous allons faire du Québec une société inspirante de ce siècle nouveau. Nous avançons avec détermination et confiance. L’avenir, c’est des Québécois en meilleure santé. Nous allons continuer à investir, dans la prévention notamment, et à viser une organisation des services centrée sur les patients. Notre première cible demeure la réduction des délais d’attente. L’avenir, c’est des Québécois mieux formés. Nous allons continuer à investir en éducation, parce que la réussite du Québec commence par la réussite scolaire de nos enfants. Pour que nous puissions préserver notre système de santé et notre réseau d’éducation nous allons nous employer avec une énergie extraordinaire à générer davantage de richesse au Québec. Depuis le début de notre mandat, nous avons commencé à lever les obstacles qui entravaient le développement économique du Québec. Oui, le chômage a reculé, mais il est encore trop élevé. Nous allons continuer à alléger le fardeau fiscal des Québécois pour laisser aux citoyens le fruit de leurs efforts. Nous allons encourager les entreprises à relever le défi de la productivité en soutenant l’investissement stratégique. En contrepartie, je vous demande à vous, entrepreneurs du Québec, d’investir dans l’amélioration de votre productivité, dans votre modernisation. C’est votre responsabilité. De notre côté, nous allons investir en assumant nos responsabilités. Nous allons investir : 3,5 à 4000000000 $ par année pendant 15 ans dans l’hydroélectricité pendant que le secteur privé va investir 1000000000 $ dans l’énergie éolienne; ce sont des énergies propres. 300 000000 $ pour démarrer des entreprises en région avec les fonds d’investissement en région, les FIER. Plus de 1000000000 $ par année pendant trois ans dans le réseau routier, parce que c’est le support de nos exportations et de notre économie. Nous allons aussi adopter des mesures pour aider nos entreprises à faire face aux économies émergentes. On peut voir en Chine un milliard et demi de concurrents. On peut aussi voir en Chine un milliard et demi de clients. De mon côté, j’irai partout où je pourrai aller pour ouvrir de nouveaux marchés et promouvoir le savoir-faire Québécois. Qui aurait dit, il y a quelques années à peine, que nous mènerions une mission conjointe France-Québec au Mexique? Il y en a parmi vous qui étaient avec le premier ministre Raffarin et moi lors de cette visite. Et nous allons rééditer l’expérience. Nous allons miser également sur Montréal, sur son immense potentiel de savoir, sur son rayonnement international, sur son bouillonnement économique et culturel. Nous allons miser sur l’aérospatiale, sur l’industrie biopharmaceutique et surtout sur l’innovation. Le gouvernement du Québec est un partenaire incontournable de Montréal. Notre pacte fiscal avec Montréal prend fin en décembre prochain. Nous le renouvellerons de telle sorte que Montréal puisse disposer des ressources qui vont avec ses responsabilités de métropole. Et nous allons faire ensemble deux grands centres hospitaliers universitaires. C’est une bonne nouvelle pour Montréal. Le centre hospitalier universitaire de Montréal et le Centre universitaire de santé McGill vont consolider la place du Québec et de Montréal parmi les villes et les sociétés du monde qui définissent l’évolution de la médecine. Ce sont des milliers d’emplois dans l’économie du savoir. Le CHUM va se faire pour les patients, pour Montréal, pour le rayonnement de la science en français en Amérique du Nord. Nous allons prendre la meilleure décision. Ensuite, on va tous se rallier et s’engager ensemble dans la réalisation d’un CHUM à la hauteur de nos ambitions. Nous allons continuer à développer le Montréal technologique. Ubisoft vient d’annoncer 1 000 emplois à Montréal en s’appuyant sur une action concertée de plusieurs ministères du gouvernement. Dans cette industrie en pleine croissance des technologies du loisir, qui offre des bons emplois à des jeunes, Montréal a battu au fil d’arrivée Vancouver, Tampa Bay et Shanghai. Nous allons aussi désengorger Montréal. Nous sommes en train de faire ce que d’autres gouvernements ont promis mais n’ont pas réalisé : une voie de contournement de Montréal en Montérégie. L’autoroute 30. Cette voie de contournement va soulager Montréal et favoriser le développement de la Montérégie. Nous avons aussi l’intention de finir l’œuvre inachevée du réseau autoroutier métropolitain en prolongeant la 25. La réalisation de ce projet favoriserait le développement économique de l’Est de Montréal et de Laval. Ce projet sera prochainement soumis pour discussion au Bureau d’audiences publiques en environnement. Je crois dans sa nécessité économique, mais pour se réaliser, il devra aussi répondre à nos objectifs de développement durable. Et je suis très confiant d’en arriver également à une conclusion rapide avec la Ville de Montréal sur le projet de réfection de la rue Notre-Dame. [We are more than capable of meeting these challenges. But Ottawa also shares this responsibility. In two days, federal Finance Minister Ralph Goodale will table his budget. Quebec should be among the beneficiaries. Quebec’s future depends on an equitable federation. In the past two years, the Quebec Government has taken major steps forward in relations with our Canadian partners. We started the Council of the Federation, for example. And, for the first time, we reached an agreement on financing health care that recognizes the principle of asymmetric federalism.] Nous allons régler le litige sur les congés parentaux, sur les infrastructures et sur les garderies. Mais un fait demeure. Le déséquilibre fiscal n’est pas réglé. La preuve en est que le gouvernement fédéral continue de nager dans les surplus pendant que le Québec peine à boucler son budget. Depuis 1997, le gouvernement fédéral a systématiquement sous-estimé ses revenus et cumulé des surplus de 74100000000 $. Le gouvernement fédéral perçoit 300000000 $ par semaine de plus que ce qu’il ne dépense. Je l’ai dit à Charlottetown, je vous le dis aujourd’hui, je le répéterai à Toronto dans quelques semaines : le pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral est devenu, à la faveur du déséquilibre fiscal, un pouvoir d’intrusion dans les champs de compétence des provinces. Tôt ou tard, le gouvernement fédéral devra reconnaître cette évidence, admise par tous, sauf par lui. Nous avons encore beaucoup de travail à faire. Les changements que nous avons amorcés ne sont pas des changements cosmétiques. Ce sont des changements en profondeur qui vont redéfinir le fonctionnement du Québec. Avec vous pour témoins, je dis aujourd’hui à mes ministres et députés ici présents qu’ils sont les conscrits d’une bataille rangée en faveur de la création d’emplois et de richesse. Tous, peu importe leur ministère, doivent être des facilitateurs du développement économique et de la création de richesse. Je leur dis qu’ils devront être plus présents dans les villes et les régions; ils devront être de toutes les tribunes; ils devront porter la détermination du gouvernement et rassembler les Québécois derrière nos enjeux. Nous n’avons pas fini de prendre des décisions difficiles. Et nous ne pourrons pas faire plaisir à tout le monde. Mais nous serons inébranlables dans nos convictions et dans notre détermination à repousser le statu quo pour faire avancer le Québec. Nous allons faire appel à tous les Québécois. Nous allons nous appuyer sur des solidarités nouvelles, entre les générations, entre les secteurs public et privé, entre le milieu communautaire et la communauté d’affaires. À ceux qui demandent toujours plus, nous allons demander toujours mieux. Puisons à la source de nos artistes, de nos créateurs. Ceux qui font chanter la France, ceux qui ont pris le contrôle de Las Vegas et ceux qui ont poussé le cinéma québécois à un sommet. Puisons à la source de nos entrepreneurs pour qui la concurrence n’est pas une menace mais un appel au dépassement. qui repoussent les frontières. Laissons-nous convaincre par eux que quand on est Québécois, il n’y a rien qu’on ne peut faire. Redécouvrons l’énergie de bâtir qui nous a permis de faire émerger un Québec moderne en quelques années. Gardons-le moderne. Et faisons ensemble un Québec du 21e siècle. Un Québec qui brillera parmi les meilleurs.

[Charest=20050303]

[Notes pour une allocution du premier ministre du Québec Center for European Policy Studies (CEPS)] Distingués invités, Je suis heureux de pouvoir partager avec vous mes réflexions à propos des perspectives d’avenir qui s’offrent aux relations entre le Canada et l’Union européenne et de vous exposer pourquoi et comment le Québec souhaite contribuer au développement de cette relation. Le renforcement des relations transatlantiques est devenu un enjeu pressant. La visite que vient d’effectuer à Bruxelles le président des États-Unis devrait contribuer, à cet égard, à donner une impulsion nouvelle aux relations transatlantiques qui ont fait l’objet de turbulences au cours des dernières années. Les Canadiens, et tout particulièrement les Québécois, suivent avec beaucoup d’intérêt la situation entre les États-Unis et l’Union européenne. Nous sommes en effet conscients du rôle stratégique que les États-Unis et l’Europe jouent conjointement sur la scène internationale afin d’assurer la paix dans le monde et de favoriser la prospérité économique. Nous ne pouvons ignorer les enjeux que cette évolution implique pour les Canadiens. Il y a 10 ans déjà, l’intégration du Canada à la stratégie transatlantique de l’Union européenne apparaissait comme un objectif incontournable du Nouvel agenda transatlantique. À mon avis, les événements des dernières années rendent aujourd’hui cet objectif encore plus pertinent. Si l’Union européenne travaille à renforcer ses liens avec les États-Unis et à développer de nouvelles alliances avec d’autres régions du monde, sa relation avec le Canada devrait également faire l’objet d’une attention. Dans l’optique du Québec, cinq facteurs militent en faveur de ce rapprochement. Premièrement, l’appui à une libéralisation ordonnée des échanges économiques internationaux. La mondialisation comporte de nombreux enjeux. Ces enjeux posent des défis énormes à nos sociétés. Surtout parce que nous cherchons une façon de concilier cette volonté d’ouverture sur le monde avec la protection de nos valeurs. Le Québec, sur un ensemble d’enjeux sociaux, culturels et environnementaux, souhaite travailler davantage avec les pays de l’Union européenne, afin d’établir une approche plus humaine, une approche plus développée de la mondialisation de nos économies. Le gouvernement du Québec a déployé beaucoup d’efforts, de concert avec le gouvernement fédéral, en faveur de l’implantation d’une convention sur la diversité culturelle au sein de l’UNESCO. Cela témoigne de notre engagement pour l’élaboration de solutions communes. Cela illustre bien la nature des concertations qui peuvent être envisagées dans l’avenir. Sur le plan économique, le Canada et l’Union Européenne se proposent de conclure un Accord de renforcement et de l’investissement (ARCI). Le Québec appuie ce projet. Cela pourrait constituer un accord de « nouvelle génération » qui vise moins les préférences tarifaires que les questions réglementaires et techniques qui constituent des freins à l’investissement et au commerce des biens et services. La portée de cet accord pourrait être inhabituelle. En plus de toucher à des questions de commerce et d’investissement, elle touche au développement durable, à la coopération scientifique et technique, et à la consultation de la société civile. Le gouvernement du Québec est non seulement favorable à l’accord, mais il souhaite être impliqué activement dans la négociation et dans la mise en œuvre de l’accord. Il faut le dire, au Canada, le commerce, l’investissement, la recherche, l’énergie, l’environnement, l’agriculture, le travail, la culture et l’éducation, pour ne nommer que ceux-là, font partie des responsabilités exclusives ou partagées des provinces et qu’aucun accord touchant les champs de compétence des provinces ne peut réussir si les provinces ne sont pas étroitement associées à sa mise en œuvre. Deuxièmement, la vigueur des échanges économiques bilatéraux Certains experts avaient craint la mise en place de l’Accord de libre-échange nord-américain et la construction européenne. Ils croyaient que cela pousserait les deux économies à se replier sur elles-mêmes. Un examen rapide des données du commerce international pourrait laisser croire à cette tendance. C’est-à-dire que les deux blocs régionaux ont surtout accru leur commerce au sein de leur propre espace géographique. Mais ces données cachent une réalité significative. Les entreprises des deux côtés de l’Atlantique tendent à vendre leurs biens et leurs services par le biais de leur filiales étrangères et non pas à les exporter directement. Par exemple, les ventes effectuées aux États-Unis par les filiales britanniques représentent cinq fois le montant total des exportations britanniques vers les Etats-Unis. Le Canada et le Québec s’inscrivent dans cette mouvance transatlantique puisque les flux d’investissements avec les pays européens ont plus que doublé au cours des cinq dernières années. L’investissement direct étranger (IDE) est devenu au fil des ans l’élément économique le plus vigoureux de la relation transatlantique. Depuis 1999, les investissements entre le Canada et l’Union européenne ont connu une croissance remarquable. Les investissements, en valeur absolue, ont plus que doublé, dépassant le taux de croissance des investissements américains au Canada. Au Québec, plus de 26 % des investissements étrangers provenaient des pays européens. Il n’y a aucun doute sur l’importance pour nos économies, de ces échanges économiques. Nous devons renforcer et consolider ces liens. Troisièmement, les liens étroits entre nos sociétés. Dans un tel contexte, la force des liens historiques et des affinités culturelles qui lient nos sociétés respectives est également très importante. C’est un avantage dont nous avons intérêt à tirer profit afin de favoriser le développement de nos sociétés. C’est notamment pour cela que, depuis plus de 40 ans, le Québec développe ses liens avec les pays d’Europe. Nous avons des bureaux et des délégations dans 7 pays. D’ailleurs nous sommes ici, en Belgique depuis 1972. Nous avons développé des liens de coopération, que ce soit avec la France avec laquelle nous avons une relation directe et privilégiée, ainsi qu’avec les entités fédérées de Belgique et de plusieurs régions d’Europe. Parmi les facteurs qui contribuent à renforcer les liens du Québec avec l’Europe, il ne faut pas non plus sous-estimer l’importance et l’intensité des relations entre les individus. Ces 40 années d’activités ont permis de bâtir des relations, de tisser un incroyable réseau de personnes, d’abord autour des nombreux Québécois d’origine européenne mais aussi par la mobilité importante des jeunes et des chercheurs, des artistes et des entrepreneurs. Seulement à titre d’exemple, soulignons que les chercheurs québécois publient des ouvrages autant avec des chercheurs européens qu’américains. Un autre exemple, le Québec a signé avec 19 pays européens des ententes en matière de sécurité sociale qui favorisent notamment la mobilité de la main-d’œuvre. Le Québec manifeste un intérêt réel à l’égard de l’Europe, plus que n’importe quelle autre juridiction que je connaisse en Amérique du Nord. Quatrièmement, la pertinence de nos expertises respectives dans un ensemble de domaines. Ces nombreux échanges et liens de coopération mettent en relief l’intérêt que peuvent susciter nos expériences respectives dans un ensemble de domaines pour lesquels nos sociétés sont appelées à concevoir des solutions nouvelles et innovatrices; qu’il s’agissent par exemple de l’intégration des immigrants, de la modernisation des gouvernements, de la conciliation travail-famille, de la lutte au crime organisé, de la sécurité des personnes, de l’administration de la justice, de la formation de la main-d’œuvre ou de la traçabilité alimentaire. Au cours des trois dernières années, le Québec a accueilli plus d’une centaine de délégations en provenance d’Europe en quête d’expertise et de savoir-faire6. Plusieurs membres de mon gouvernement sont venus chercher ici de nouvelles approches, de nouvelles façons de faire. Cinquièmement, la promotion du multilatéralisme Plusieurs raisons militent en faveur d’un renforcement de la relation avec l’Europe. Tant au Québec qu’au Canada, nous partageons la même conviction. Les solutions durables aux problèmes auxquels est confrontée la communauté internationale peuvent mieux être résolus au sein des instances multilatérales. Tout comme les Européens, les Québécois se sentent de plus en plus interpellés par les enjeux internationaux qui appellent à des solutions concertées. Que ce soit la lutte au terrorisme, les changements climatiques, les enjeux liés à l’énergie ou à la santé publique, tous requièrent une plus grande coopération, une meilleure concertation et une volonté d’action commune. Le Québec a démontré qu’il pouvait travailler activement aux côtés du gouvernement canadien sur des grands enjeux internationaux. Au cours des dernières années, lors des grands débats sur des questions comme le libre-échange avec les États-Unis et l’ALÉNA, le Protocole de Kyoto, le Québec fut la seule des quatre grandes provinces canadiennes à soutenir la position canadienne à l’égard de tous ces dossiers. Le Québec, une force moteur de la relation Canada-Europe. Il y a quelques semaines, j’étais à New York. J’ai évoqué l’importance de poursuivre la réflexion canado-américano-mexicaine sur l’Accord de libre-échange nord-américain. Cet accord qui date maintenant de 10 ans a été signé dans un contexte qui a considérablement changé. Nos institutions, pour être dynamiques doivent s’adapter à la tendance internationale. Elles ont été instituées d’abord et avant tout pour le mieux-être, la prospérité et la sécurité des citoyens que nous devons servir. C’est encore cet objectif qui doit guider les gestes que nous posons aujourd’hui. À ce sens l’Union européenne est un exemple qui concourt à cet objectif dans une démarche exemplaire de démocratie et de transparence. Le Québec a l’intention de jouer un rôle de leader à cet égard, notamment avec nos voisins de la côte est américaine qui, comme nous, font partie de la zone atlantique. Dans la même optique, le Québec souhaite contribuer activement au renforcement des liens économiques et politiques avec l’Europe. Autant je suis persuadé qu’il faut approfondir notre relation avec les États-Unis, autant je suis convaincu qu’il nous faut renforcer nos rapports économiques et politiques avec l’Europe. Nous avons la responsabilité politique de consolider et de développer ces liens, nécessaires à notre croissance et à notre prospérité mutuelles. Nous avons des niveaux de développement comparables. Nous partageons les mêmes valeurs. Nos économies ont besoin de marchés développés pour prospérer. Nos chercheurs ont besoin de travailler au sein des meilleures équipes. Nos artistes et nos créateurs profitent des influences de chacun. Nous sommes en mesure de trouver, au contact les uns des autres, de meilleures solutions pour relever les défis auxquels nos sociétés sont confrontées. C’est pourquoi le Québec est en faveur du projet d’accord sur le commerce et l’investissement que le Canada veut conclure avec l’Union européenne. C’est pourquoi, le Québec veut être aux côtés du Canada, lorsque, avec l’Union européenne, il est question de commerce, d’investissement, de formation, de recherche, de culture ou de tout autre domaine où nous avons, comme gouvernement, des responsabilités constitutionnelles et générales. C’est pourquoi le Québec entend maintenir et développer, voire accroître ses réseaux et ses alliances avec les pays et des régions d’Europe. Lorsqu’on regarde les échanges commerciaux au Canada, les investissements, les partenariats scientifiques, la recherche et le développement, la mobilité étudiante, la diffusion culturelle ou même les échanges touristiques, on constate que lorsqu’il s’agit de l’Europe, c’est le Québec qui est presque le moteur de la relation. En fait ce n’est pas surprenant, puisque sur le plan géographique nous faisons partie de la région atlantique comme plusieurs pays européens. Cette réalité géographique définit notre présence au sein de l’ALÉNA, tout comme notre présence, depuis plus de 40 ans, dans des pays européens. Cela démontre que le Québec a déjà tourné son regard vers l’Europe. Merci. 1. Joseph P. Quinlan : Dérive ou rapprochement ? La prééminence de l’économie transatlantique, Fondation Robert Schuman, juin 2004. Source données de l’OCDE. Selon les données de Statistique Canada, entre 1999 et 2003, les investissements européens au Canada sont passés de 51600000 $ à 96700000 $ soit une croissance de 46 % alors que les investissements américains ont crû de 23 % passant de 176000000 $ à 228000000 $ pour la même période. Trois délégations générales : Paris, Londres, Bruxelles et trois bureaux : Munich, Barcelone et Rome ainsi qu’une antenne à Berlin et un bureau d’immigration à Vienne. En 2002, les chercheurs québécois ont effectué 6967 publications dans des revues scientifiques. De ce nombre 2698 ont été publiées avec des chercheurs étrangers. Près de 43 % ont été publiées avec des chercheurs américains et autant avec des chercheurs européens.

[Charest=20050304]

[Notes pour une allocution du premier ministre du Québec Conférence internationale sur le fédéralisme 4 mars 2005]

Madame la présidente, Distingués invités, Mesdames, messieurs, J’aimerais d’entrée de jeu remercier les organisateurs – et plus particulièrement la présidente de cette Conférence, Mme Annemie Neys-Uytterbroeck – pour cette invitation et pour ce privilège qu’ils m’ont accordé de m’exprimer à cette tribune. C’est aussi un plaisir pour moi d’être ici parmi vous pour souligner le 175e anniversaire de l’indépendance et les 25 ans de fédéralisme de la Belgique. Sans autre préambule, je souhaiterais aborder avec vous le thème du fédéralisme à l’heure de la mondialisation. Comment le fédéralisme peut nous aider à répondre aux défis de la mondialisation? Comment la mondialisation pose un formidable défi au fédéralisme, entre autres le rôle des entités fédérées sur la scène internationale. Mais d’abord, il faut se rappeler quels étaient les défis auxquels devait répondre le fédéralisme à ses débuts. Le fédéralisme pour relever les défis de la modernité Dans sa version moderne, le fédéralisme est apparu au tournant du 19e siècle : Les États-Unis en 1787, la Suisse en 1848 et le Canada en 1867. Le fédéralisme se voulait une alternative à l’État nation pour relever les défis de la modernité en proposant de combiner unité, diversité et décentralisation. Unité, parce que nous pouvons partager des valeurs et une vision communes. Parce qu’il y a des entreprises qui exigent que l’on s’unisse; que l’on mette nos efforts en commun; que l’on agisse de concert pour se développer, prospérer et vivre en sécurité. À l’instar d’autres pays, le développement d’un espace presque entièrement intouché, comme le Canada, avec ce que cela supposait en matière d’infrastructure pour les communications, le commerce, la sécurité, était certainement une entreprise difficile à assumer seul. Le fédéralisme permet la création de grands ensembles cohérents, structurés. La diversité, parce que personne ne souhaite abandonner son identité première. Parce qu’aucun peuple ne souhaite tomber sous la domination d’un autre. Parce que le désir de conserver une emprise réelle sur son environnement et son avenir est naturel. En 1867, l’union des colonies de l’Amérique du Nord britannique n’aurait pas été possible sans la protection de la diversité que permettait la formule fédérale, car les Québécois n’y auraient pas adhéré, comme l’avait compris John A. Macdonald, un des pères fondateurs de la fédération canadienne et son premier premier ministre, qui paradoxalement a toujours maintenu qu’il aurait, pour sa part, préféré que le Canada adopte le modèle de l’État unitaire. Le fédéralisme permet la cohabitation de plusieurs identités, de plusieurs légitimités. Il s’agit d’un mode de gouvernance adapté à la complexité. La décentralisation, parce que la centralisation n’est pas une solution à tout. Elle peut être inefficace et non démocratique. Parce que ceux qui sont les premiers concernés savent généralement ce qui est le mieux pour eux. Outre sa sociologie, on a souvent dit du Canada, un vaste territoire peu peuplé traversant un continent d’un océan à l’autre, que sa géographie commandait, elle aussi l’adoption du modèle fédéral. Le fédéralisme permet une gouvernance décentralisée, quand cela est préférable et plus efficace. En maintenant un ordre infra-étatique et autonome de gouvernement, il offre aussi un contrepoids politique aux gouvernements centraux qui enrichi la vie démocratique. En ce sens, comme nous l’ont enseigné les premiers penseurs du fédéralisme moderne, notamment les pères de la Constitution américaine, le fédéralisme est étroitement lié à la notion de liberté. L’égalité et le fédéralisme Le 20e siècle a mis le modèle fédéral à l’épreuve, notamment par la tentation de l’uniformité souvent confondue avec l’égalité. On peut être égal tout en étant différent. En fait, la vraie égalité inclut le droit à la différence. C’est en recherchant l’uniformité partout et en l’exigeant de tous que l’on brime le droit à l’égalité. La flexibilité participe à l’essence même du fédéralisme. Mais flexibilité ne veut pas dire absence de règles. Au contraire, l’exigence de règles qui s’imposent aux deux ordres de gouvernement est un des principes fondamentaux du fédéralisme. Mais les règles du fédéralisme doivent refléter le fait que celui-ci est d’abord et avant tout un système de gouvernement ancré dans la réalité, qui postule que les institutions que l’on décide de se donner doivent s’adapter à la sociologie des lieux, et non tenter de fondre celle-ci dans un moule unique. Ainsi, le fédéralisme implique des aménagements asymétriques. Au Canada, le Québec, étant le principal héritier de la présence française en Amérique, est la seule province majoritairement francophone. Sa culture, son droit privé, ses institutions le distinguent de ses voisines. Compte tenu de cette particularité, l’asymétrie est fondamentale pour le Québec. La Constitution canadienne renferme d’ailleurs plusieurs dispositions de nature asymétrique qui concernent spécifiquement le Québec, bien sûr, mais aussi d’autres provinces. Récemment, mon gouvernement a conclu, avec l’appui des autres provinces, une entente avec le gouvernement fédéral dans le domaine des services de santé. Cette entente est de nature asymétrique et tient compte de la spécificité du Québec. Elle lui assure la marge de manœuvre nécessaire dans ce domaine, et reconnaît expressément, et pour la première fois de notre histoire, l’asymétrie comme un trait positif du fédéralisme canadien. Je suis particulièrement fier de cette entente qui démontre tout ce que le fédéralisme peut offrir et représente pour moi, une voie porteuse d’avenir. J’ai cependant été quelque peu surpris de voir plusieurs de mes compatriotes canadiens réagir négativement à la suite de la signature de cette entente. Le plus curieux, c’est que ces critiques ne portaient pas tant sur le résultat de l’entente concernant les services de santé; pas plus qu’elles ne découlaient d’un désir, à l’extérieur du Québec, de profiter des mêmes modalités. Non, on en avait contre l’asymétrie en tant que telle, contre la possibilité que l’autre puisse être différent. La peur de la différence est un phénomène qui se retrouve encore un peu partout dans le monde. Plus que jamais, nous devons surmonter cette peur de la différence, non seulement par respect de l’autre, mais également pour notre propre enrichissement. Aujourd’hui, alors qu’à travers le monde, nous nous rapprochons, nous nous rassemblons, alors que nous commençons enfin à tirer toutes les conséquences de nos valeurs communes, de nos désirs communs face à l’avenir, de notre humanité commune, nous réalisons que, en même temps que la différence est quelque chose que nous devons respecter, voir et même valoriser, que cela constitue une richesse collective. La diversité des langues, des cultures, des modes de vie, tout comme celle de notre environnement, est une valeur que nous devons protéger. Il y a un autre élément essentiel au fonctionnement de la fédération canadienne. Il ne peut y avoir de fédération équilibrée si l’un des ordres de gouvernement se place dans une situation qui dénature le rapport avec l’autre. Aussi, pour être effectif, le partage des compétences doit-il aller de pair avec le contrôle des leviers financiers appropriés. Sur ce plan, je dois souligner que la fédération canadienne fait face à un défi majeur. Le gouvernement fédéral dispose de revenus supérieurs à ses besoins alors même que les provinces et les territoires ont des besoins supérieurs à leurs revenus. L’équation est simple : il y a déséquilibre entre les revenus et les responsabilités. Les revenus de chaque ordre de gouvernement devraient être d’un niveau qui leur permette d’exercer leurs compétences et d’offrir les réponses aux besoins que la population attend d’eux. Le déséquilibre fiscal, qui favorise le gouvernement central au détriment des provinces, est structurel. Il appelle impérativement des solutions. Le déséquilibre fiscal n’est pas sans impact substantiel sur la marge de manœuvre du gouvernement du Québec et, partant, sur sa capacité d’agir. Au même titre que le respect du partage des compétences, l’équilibre financier et fiscal est un principe essentiel d’une évolution harmonieuse de la fédération canadienne. La mondialisation et le fédéralisme Je vous ai parlé du 19e siècle et des défis de la modernité. En fait, je crois que les défis de la mondialisation ressemblent beaucoup à ceux de la modernité, mais à une autre échelle: Comment faciliter nos échanges et accroître notre prospérité? Comment résoudre les problèmes qui traversent nos frontières? Comment vivre en sécurité et en paix dans le monde? Comment faire tout cela efficacement sans perdre la qualité de notre vie démocratique, notre identité? Je pense que le fédéralisme peut être ici une source d’inspiration. En fait, les défis de la gouvernance fédérale ne sont pas bien différents des défis globaux de la gouvernance à l’ère de la mondialisation. Notre époque ne nous permet plus de gouverner en vase clos. C’est vrai dans une fédération et c’est vrai entre les États souverains. L’ironie de notre époque, c’est qu’alors que la mondialisation nous incite peut-être à nous tourner vers le fédéralisme au niveau supranational, ce même phénomène pose une difficulté majeure pour la pérennité du fédéralisme au sein des fédérations existantes. Cette difficulté procède du constat que de plus en plus de questions traitées sur le plan international, notamment dans la multitude de forums internationaux créés depuis la Deuxième Guerre mondiale, sont en fait des questions qui relèvent de la compétence des entités fédérées alors que celles-ci n’ont généralement pas ou peu accès à ces nouveaux lieux de délibération politique. Si le monopole de droit ou de fait des gouvernements centraux en matière de relations internationales pouvait se justifier autrefois et qu’il continue de se justifier quand on touche au noyau dur de la compétence fédérale, il est bien difficile de comprendre pourquoi les entités fédérées ne devraient pas avoir une place, un rôle, une voix, lorsque au sein de forums internationaux ou lors de négociations internationales, on traite de leurs domaines de compétence. Au Canada, la situation est d’autant plus paradoxale que le gouvernement fédéral n’a pas, même s’il signe un traité, le pouvoir de le mettre en œuvre s’il porte sur un domaine de compétence provinciale. Soucieux de préserver le principe fédéral, c’est ce qu’ont tranché les tribunaux dans les années 30 au moment où le Canada a acquis son indépendance face à la Grande-Bretagne. Mais, ils n’ont fourni que la moitié de la réponse. Comment en effet concilier ce qui, en fait, sont deux étapes d’une même opération : la conclusion et la mise en œuvre d’un traité? Dès les années 60, le Québec avait relevé l’incongruité de la situation actuelle à l’aube de la mondialisation. Pour le Québec, ce qui est de compétence québécoise chez-nous est de compétence québécoise partout! Si le Québec a été un précurseur au niveau mondial avec cette doctrine, aujourd’hui, le Canada, doit faire du rattrapage par rapport à d’autres fédérations, particulièrement de ce côté-ci de l’Atlantique. Il faut dire que les fédérations européennes, devant le développement de l’Union européenne, ont peut-être pu prendre plus rapidement qu’ailleurs la pleine mesure du problème et commencer à y remédier. Il faut également dire que le Canada s’est récemment mis au travail, grâce notamment à l’ouverture du premier ministre fédéral, Paul Martin. Des travaux entre les provinces et le gouvernement fédéral sur les principes-cadres devant guider la participation des provinces aux négociations et aux forums internationaux sont en cours. Par ailleurs, l’absence de règles claires n’a pas empêché en pratique le déploiement par certaines provinces, en particulier le Québec, d’une activité internationale constante, et ce, je tiens à le dire, dans le respect de la politique étrangère du Canada et des conventions du système international, qui demeurent foncièrement interétatiques. Depuis 40 ans, le Québec est actif sur la scène internationale. Il a conclu un grand nombre d’ententes internationales avec des États étrangers. Il dispose d’un important réseau de délégations et de bureaux dans le monde. Même si cela est difficile et peut soulever les passions, il nous faut aujourd’hui relever le défi que pose l’élaboration de règles équitables, fonctionnelles et prévisibles permettant la participation des entités fédérées sur la scène internationale. Mais, pour réussir, nous devons changer certaines mentalités. Il faut vaincre les résistances. Au Canada, lorsqu’il est question de la place des provinces dans les relations internationales, j’entends souvent certains de mes compatriotes dire que le Canada doit parler d’une seule voix sur la scène internationale. Je souhaite de tout cœur que mon pays soit fort. Je n’aime pas la cacophonie plus que les autres et oui, je conviens que cela implique dans certaines circonstances que le Canada parle d’une seule voix. Mais je n’arrive pas à voir pourquoi il faudrait que les provinces soient systématiquement absentes de la scène internationale et étrangère aux négociations qui s’y déroulent. Il ne s’agit pas ici de remettre en cause la politique étrangère du Canada, au contraire. Dans la mesure où le concours des provinces est nécessaire à la mise en œuvre des traités signés par le Canada, en quoi la concertation avec ces dernières et la présence de représentants et d’experts provinciaux aux négociations rendraient-elles le Canada moins fort? Ce serait plutôt, en l’absence d’une telle concertation, le danger que le Canada ne puisse honorer les obligations qu’il aurait contractées qui, selon moi, pourrait être une faiblesse. Plusieurs voix ne peuvent-elles pas se renforcer mutuellement et valoir mieux qu’une seule? Je suis d’avis que oui. J’en veux pour preuve la coopération étroite entre le gouvernement du Québec et celui du Canada dans le cadre des travaux à l’UNESCO sur l’élaboration d’une convention sur la diversité culturelle. Plus fondamentalement, comment peut-on refuser aux gouvernements fédérés, démocratiquement élus, l’accès à la scène internationale alors que tant d’Organisations non gouvernementales (ONG) (syndicats, entreprises, etc.) ont déjà ce privilège? Je crois que le fédéralisme est promis à un bel avenir au 21e siècle pour peu qu’on ne perde pas de vue la philosophie qui l’anime en étant tenté par des solutions imposées d’en haut, des faux raccourcis ou l’utopie de l’uniformité. Le fédéralisme, c’est l’addition de voix, pas l’inverse! Le fédéralisme, comme la démocratie, est un processus qui, s’il peut parfois paraître laborieux, moins expéditif, moins uniforme, parce que plus participatif, génère en général de meilleurs résultats : des résultats avec lesquels les gens aiment mieux vivre parce qu’ils s’y reconnaissent davantage.

Discours du 24 mars 2005 – Allocution du premier ministre du Québec, monsieur Jean Charest, à l’occasion d’une annonce relative à la modernisation de la médecine universitaire à Montréal

Chers collègues du Conseil des ministres,

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour faire le point sur la modernisation de

la médecine universitaire à Montréal.

Nous sommes ici réunis pour affirmer la place de Montréal et du Québec

parmi les villes et les sociétés qui définissent l’évolution de la

médecine à travers le monde.

Cette ambition, elle s’incarne dans trois projets de centres hospitaliers

universitaires:

le Centre hospitalier de l’Université de Montréal,

le Centre hospitalier universitaire mère-enfant de l’Hôpital

Sainte-Justine

et le Centre universitaire de santé McGill.

Ces projets sont globalement évalués à 2,6 milliards de dollars. Sur ce

montant, notre gouvernement contribuera à hauteur de 1,8 milliard de

dollars.

Cela signifie que les partenaires des universités et des hôpitaux

concernés, je pense principalement à leurs fondations respectives,

appuieront l’effort gouvernemental avec une contribution de 800 millions

$.

Ce n’est pas seulement mon gouvernement qui investit dans une meilleure

médecine aujourd’hui, c’est le Québec qui s’investit dans son essor.

Et ensemble, nous réaliserons le plus important investissement dans le

réseau de la santé depuis sa création, il y a 40 ans.

Ces initiatives vont constituer, au cours des prochaines années, parmi les

plus grands projets immobiliers du Québec.

Nous bâtissons. Nous grandissons. Et les retombées économiques de ces

grands projets bénéficieront à Montréal, mais aussi à de multiples

entreprises, à des travailleurs de tous les corps de métier, dans de

nombreuses régions.

Aujourd’hui, c’est le Québec qui grandit, mais aujourd’hui, c’est surtout

le Québec qui se prépare à mieux soigner, à mieux prendre soin de ses

enfants et de ses parents, à mieux enseigner, et à pousser plus loin la

recherche pour mieux repousser la maladie.

Au centre de cette annonce, se trouve une décision de mon gouvernement

relative à l’emplacement du nouveau CHUM.

Cette décision ne consiste pas à choisir une adresse, mais une vision.

C’est un lieu mais c’est avant tout un milieu ; le meilleur milieu pour

soigner ceux qui ont besoin de soins ; le milieu le plus sécuritaire ; le

milieu qui nous offre les meilleures garanties de doter notre métropole

d’un nouveau centre hospitalier universitaire francophone dans le respect

des budgets autorisés.

Nous choisissons d’enraciner dans le cœur du centre-ville de Montréal, le

centre hospitalier de l’Université de Montréal.

C’est au cœur du centre-ville que nous soignerons. C’est au cœur du

centre-ville que nous formerons les médecins de demain. Et c’est du cœur

du centre-ville de Montréal que rayonnera la science médicale en français

en Amérique du Nord.

C’est un choix pour les patients. C’est une vision de l’éducation et de la

science. C’est une vision de notre métropole.

L’annonce d’aujourd’hui marque l’aboutissement d’un travail d’analyse très

étoffé de la part du ministre de la Santé et des Services sociaux, de

l’ensemble du Conseil des ministres, ainsi que des députés membres de la

Commission parlementaire spéciale qui s’est tenue du 28 février au 3 mars

derniers.

Je remercie les membres de la commission, ainsi que les personnes et les

organisations qui ont contribué à cet exercice transparent et éclairant.

Cette démarche nous a permis de prendre la meilleure décision pour les

patients, pour Montréal, pour la science et pour le Québec.

Les travaux de la Commission parlementaire ont par ailleurs permis de

mettre en lumière l’intérêt du concept de technopole de la santé et du

savoir.

Je tiens à rendre hommage au recteur de l’Université de Montréal, monsieur

Robert Lacroix, pour avoir mis de l’avant et défendu avec beaucoup de

passion l’idée de technopole, dont nous reconnaissons l’intérêt et la

pertinence.

L’annonce d’aujourd’hui marque le coup d’envoi d’un projet moteur pour le

réseau de la santé et des services sociaux, pour la médecine

universitaire, pour Montréal et pour l’ensemble du Québec.

J’invite maintenant tous les acteurs concernés à canaliser rapidement leur

énergie vers la réalisation du seul CHUM possible : un grand CHUM à la

hauteur des aspirations et de l’ambition de Montréal et du Québec.

Je vous remercie.

[Charest=20050404]

[Allocution du 4 avril 2005 – 25e anniversaire de la revue Options politiques de l’Institut de recherche en politiques publiques ][Texte traduit de l’anglais au français]C’est avec grand plaisir que j’ai accepté l’invitation de Hugh Segal et L. Ian Macdonald de me joindre à vous ce soir pour souligner le 25e anniversaire de Options politiques. Durant ce quart de siècle, l’Institut a joué un rôle important en animant un riche débat qui s’imposait depuis longtemps sur l’évolution et les défis de notre vie démocratique. Plus l’histoire s’accélère, plus la nécessité d’un tel groupe de réflexion apparaît évidente. Je déplore que, trop souvent, de nouvelles idées soient trop vite rejetées du revers de la main. Il existe au Canada et au Québec des forces qui sont profondément hostiles au progrès et qui s’agrippent au statu quo comme à un radeau de sauvetage. Il faut avoir la volonté d’oser. D’oser changer les choses. Ceux qui refusent le changement, que ce soit en matière de fédéralisme ou dans tout autre domaine, avouent en fait ne pas croire en la possibilité d’un avenir meilleur. Pour ma part, je suis un optimiste. Je suis fier de ce que nous avons accompli, et ce que nous pouvons encore accomplir me remplit d’enthousiasme. Ce soir, qu’il me soit permis de vous livrer quelques réflexions sur le fédéralisme canadien et le Québec. Remontons six ans en arrière. Dans un discours que je prononçais en 1999, j’invitais les Canadiens et leurs dirigeants à se préparer à un gouvernement fédéraliste au Québec afin que, tous ensemble, nous puissions constituer un programme canadien qui soit le reflet de notre histoire, de nos espoirs et de nos aspirations pour l’avenir. Pourquoi ai-je choisi l’expression « programme canadien »? Parce que, d’après mon expérience, les Canadiens ont permis aux souverainistes de d’occuper un espace trop large au Canada, de définir nos priorités, contrairement à ceux d’entre nous qui croient dans le Canada, convaincus que ce pays mérite le temps, les efforts et le dévouement nécessaires pour que nous concevions notre propre programme, un programme de changement. Le message que je leur ai lancé se résume comme suit : préparez-vous à bouger rapidement et de manière décisive pour résoudre des problèmes de longue date. Mon gouvernement a été élu en avril 2003, il y a deux ans. Notre élection a été en général accueillie par les Canadiens comme un défi à ceux qui voudraient séparer le Québec du Canada. Ce qui n’était peut-être alors pas manifeste, c’est que l’élection de mon gouvernement posait aussi un défi à ceux qui tentent de préserver le statu quo au sein du Canada. L’élection de mon gouvernement est en fait un défi lancé à ces deux groupes, à tous ceux qui choisissent de renier ou de minimiser notre histoire commune. Comme nous le savons, le Canada est encore jeune et en pleine croissance. Nous avons devant nous un grand potentiel à réaliser, et le Canada poursuivra sa croissance tant que nous nous souviendrons des principes de base de sa fondation et que nous les respecterons. J’ai l’intime conviction que le fédéralisme est une façon moderne de gouverner. Pourquoi? Parce qu’il est porteur d’unité, de diversité et de décentralisation. L’unité, parce que nous partageons les mêmes valeurs et la même vision. Parce qu’il y a des causes et des enjeux qui exigent que nous options pour une action unie, que nous conjuguions nos efforts, que nous coopérions pour nous développer, prospérer et vivre en toute sécurité. La diversité, parce que personne ne veut renoncer à son identité. Parce qu’aucun groupe ne veut tomber sous la domination d’autrui. Parce que le désir de conserver une véritable mainmise sur son milieu et son avenir n’est que chose naturelle. Le fédéralisme permet la diversité, qui est une forme de gouvernance adaptée à la complexité de nos sociétés. La décentralisation, parce que le fédéralisme permet une gouvernance décentralisée, lorsque ce mode est préférable et plus efficace. Elle offre aussi un contrepoids aux gouvernements centraux, contribuant ainsi à l’enrichissement de la vie démocratique. En ce sens, la notion de fédéralisme est étroitement liée à la notion de liberté, comme les premiers architectes du fédéralisme moderne nous l’ont enseigné. Je crois fermement que le Canada doit renouer avec le véritable esprit du fédéralisme et renoncer à toute tentation centralisatrice. Je me suis engagé, à titre de Premier ministre du Québec, à exercer mon leadership, à travailler avec mes homologues, et à veiller à ce que le Québec continue de croître au sein du Canada. Le mot « fédéral » s’oppose au terme « unilatéral ». Le danger qui menace notre fédération n’est pas que le Québec ou une autre province veuille gouverner à sa guise, mais plutôt la perception selon laquelle toutes les provinces et tous les territoires soient pareils. Trop souvent en politique, ce que nous chérissons le plus est ce à quoi nous risquons de porter atteinte par inadvertance, en croyant que protéger quelque chose signifie le figer dans le temps, alors que cette protection exigerait plutôt un changement. Dans un monde en évolution, le statu quo est synonyme de retour en arrière. Toute relation comporte des désaccords, et il ne faut pas s’en effrayer. En fait, ce n’est que normal. La question ne consiste pas à savoir si, oui ou non, il y a des désaccords, mais de savoir si nous voulons les régler et comment. Au Canada, le fédéralisme devrait s’inspirer de cinq principes. Et ces cinq principes ne valent pas seulement pour un gouvernement fédératif, mais aussi pour les gouvernements du monde entier au XXIe siècle. Le premier principe qui entre en ligne de compte dans le renouvellement du fédéralisme canadien est le respect. Une saine coopération ne peut exister sans un profond respect partagé par tous les partenaires de la fédération : le respect des compétences de chacun, le respect des choix de chacun, le respect du savoir-faire et des aptitudes de chacun. Ici, le principe qui sous-tend le fédéralisme est la reconnaissance que le gouvernement du Québec et d’autres gouvernements provinciaux ne sont pas subordonnés au gouvernement du Canada. Le gouvernement fédéral n’est pas non plus le gardien suprême du bien commun. Dans une fédération, chaque partenaire assure la garde du bien commun dans son domaine de responsabilité. Ce n’est pas le gouvernement fédéral, mais plutôt nos citoyens qui jugent comment nous nous acquittons de notre tâche de gardiens du bien commun. Le deuxième principe qui intervient dans le renouvellement du fédéralisme est la souplesse. L’homogénéité a peut-être été l’utopie du XXe siècle. Pour sa part, le XXIe siècle s’inspirera de la souplesse, du respect des différences, et de l’asymétrie. Notre pays a été constitué selon un modèle fédéral dans le but précis d’instaurer un système asymétrique, qui laisserait place aux différences, et qui respecterait les traits distinctifs de chaque partenaire dans notre immense territoire géographique. Le XXe siècle met le modèle fédéral à l’épreuve, notamment à cause de la tentation de lutter pour l’uniformité, notion que les gens confondent souvent avec l’égalité. L’égalité n’exclut pas la différence. Une véritable égalité comporte, en réalité, le droit à la différence. En fait, c’est en luttant pour l’uniformité partout et en l’exigeant de chacun que l’on empiète sur le droit à l’égalité. Pas plus tard que jeudi dernier, la Cour suprême du Canada s’est prononcée en faveur de ce principe sur la question linguistique dans son arrêt Gosselin. Au paragraphe 15, la Cour a déclaré ce qui suit :« Dans le contexte de l’enseignement dans la langue de la minorité, l’égalité réelle, plutôt que l’égalité pour la forme seulement, peut exiger un traitement différent, comme l’a signalé notre Cour dans l’arrêt Arsenault-Cameron c. Île-du Prince-Édouard, [2000] 1 R. C. S. 3, 2000 CSC 1, au par. 31 : L’article 23 repose sur la prémisse que l’égalité réelle exige que les minorités de langue officielle soient traitées différemment, si nécessaire, suivant leur situation et leurs besoins particuliers, afin de leur assurer un niveau d’éducation équivalent à celui de la majorité de langue officielle. » La souplesse est de l’essence même du fédéralisme. Mais souplesse ne signifie pas pour autant absence de règles. Au contraire, le besoin de règles qui s’appliquent aux deux ordres de gouvernement est l’un des principes fondamentaux du fédéralisme. Mais les règles du fédéralisme doivent refléter la réalité suivante : le fédéralisme est avant tout un système de gouvernance ancré dans la réalité, qui postule que les institutions créées s’adaptent aux milieux dans lesquels elles évoluent, et ne cherchant pas à fondre les traits distinctifs des diverses régions dans un même moule. De toute évidence, le fédéralisme exige des dispositions asymétriques. Là encore, la Cour suprême s’est prononcée sur cet élément particulier du fédéralisme jeudi dernier. Dans l’arrêt Casimir, la Cour a déclaré au paragraphe 44 : « souligner que l’application de l’art. 23 doit tenir compte des disparités très réelles qui existent entre la situation de la communauté linguistique minoritaire du Québec et les communautés linguistiques minoritaires des territoires et des autres provinces ». Cette citation figure également au paragraphe 31 du jugement Gosselin rendu le même jour. L’entente que nous avons signée sur la santé en septembre dernier a immédiatement suscité un tollé. Aussi étrange que cela puisse paraître, ces critiques ne visaient pas le résultat de l’entente sur les services de santé; en outre, elles n’émanaient pas d’un désir, en dehors du Québec, de bénéficier des mêmes conditions et avantages. Au contraire, ces critiques portaient sur l’asymétrie même, et la possibilité que l’autre partie, en l’occurrence le Québec, puisse être différente. Pour moi, le fédéralisme ne tient pas sa grandeur de la priorité d’une vision sur une autre, mais à sa capacité d’accueillir plusieurs raisons ou visions, à l’instar des nombreuses facettes d’un joyau. Tel est l’idéal canadien. En voici un autre exemple. L’hiver dernier, le Québec et le gouvernement fédéral ont conclu sur les congés parentaux une entente qui permettra au Québec d’avoir son propre programme. Ce système sera plus généreux que le programme fédéral. Par exemple, le système québécois reconnaîtra les travailleurs autonomes. Ce sera un programme très important pour les couples québécois qui veulent fonder une famille. Nous sommes très fiers de cet accomplissement. Cette entente est-elle une preuve que le fédéralisme canadien fonctionne bien?La situation est on ne peut moins claire. Je vous invite à réfléchir sur ce sujet à la lumière de la question suivante :Est-il normal que le Québec ait dû négocier pendant huit ans avant d’agir à son gré dans un domaine qui relève de sa compétence?Le fédéralisme canadien pourrait à coup sûr s’assouplir. Le respect de la règle de droit est le troisième principe. Souplesse ne veut pas dire absence de règles. Au Canada, nos gestes doivent s’adapter à la loi et, inversement, la loi à nos gestes. Lorsqu’il y a désaccord sur les principes, on peut porter le conflit qui en résulte devant les tribunaux pour qu’il se règle selon les priorités que nous avons inscrites dans la loi. Un débat juridique adulte vaut souvent mieux qu’un conflit politique interminable. Les décisions des tribunaux sont parfois la meilleure façon de faire avancer un dossier politique. Un État de droit peut faire appel aux tribunaux pour clarifier certains points. Le gouvernement du Québec n’a pas l’intention de se priver de ce recours. La conciliation du droit et de l’action sous-entend également la faculté de changer les règles lorsqu’elles ne reflètent plus les valeurs de notre société. Le quatrième principe est l’équilibre : équilibre fiscal et politique. C’est là un sujet qui mérite une plus grande attention, à cause des défis qui se posent à notre fédération aujourd’hui. L’équilibre à long terme ne peut exister dans une fédération si la position occupée par un niveau de gouvernement porte atteinte à la relation entre les deux niveaux de gouvernement. Au Canada, nous connaissons un déséquilibre fiscal. Il ne s’agit pas là d’une invention qui vise à gagner du terrain politique, mais bel et bien d’une réalité qu’ont reconnue le Conseil de la Fédération, trois partis politiques fédéraux, et une majorité de députés au Parlement fédéral. Dans les années 1990, l’établissement du budget fédéral coïncidait avec la réduction des budgets provinciaux. Le gouvernement fédéral a résolu ses problèmes en réduisant unilatéralement les transferts aux provinces. Selon une étude du Conference Board du Canada commandée par le gouvernement fédéral, les excédents fédéraux entre 2004-2005 et 2014-2015, soit sur une période de dix ans, atteindront 166000000000 $. Comment se fait-il que notre gouvernement fédéral a des ressources supérieures à ses besoins, tandis que les provinces ont des besoins qui dépassent leurs ressources? Le gouvernement fédéral perçoit des recettes supérieures à ses besoins, tandis que les provinces et territoires, dont plusieurs sont déjà en déficit, ont des recettes inférieures à leurs besoins. Depuis 1997, le gouvernement fédéral a systématiquement sous-estimé ses revenus et a accumulé 74,100000000 $ d’excédent. Chaque semaine, le gouvernement fédéral perçoit 300000000 $ de plus que ce qu’il dépense. Les recettes et responsabilités de chacun accusent un déséquilibre. En recourant à son pouvoir de dépenser pour envahir des champs de compétence provinciale, la logique fédérale vient fausser l’esprit du fédéralisme. Et ce n’est pas le seul exemple. Lorsque le gouvernement fédéral répond en disant : « Augmentez tout simplement vos impôts », il fait fi de la réalité et de l’histoire de ce pays. La réalité, c’est que les contribuables financent les deux niveaux de gouvernement, et leur capacité de payer est limitée. L’histoire, c’est que notre gouvernement fédéral a évolué en s’emparant unilatéralement d’une part plus grande de nos impôts. En outre, dans une fédération où la solidarité est une valeur fondamentale, comme au Canada, nous devons veiller à l’établissement d’un équilibre fiscal entre toutes les régions du pays, tout en respectant les principes du fédéralisme. Au Canada, nous avons une excellente façon de redistribuer la richesse entre les partenaires fédéraux de telle sorte que chaque gouvernement puisse garantir des services de qualité selon des taux d’imposition comparables pour l’ensemble de la population de toutes les régions du pays. La péréquation n’est pas seulement un programme du gouvernement fédéral. Elle fait partie de la Constitution. C’est une obligation constitutionnelle. Mais nous aurons fort à faire, toutefois, pour arriver à nous acquitter de cette obligation, tellement cruciale pour notre fédération. Sans aucun doute, beaucoup d’efforts seront nécessaires pour corriger le déséquilibre fiscal et financier du Canada, et le déséquilibre politique qui en découle. Je vais maintenant aborder la question des relations internationales, ce qui ne devrait surprendre personne. Au Québec, par exemple, nous insistons sur la nécessité pour la province de participer aux négociations de traités internationaux qui touchent notre compétence. D’autres provinces partagent ces préoccupations. Ce n’est que justice et bon sens. Personne ne devrait contester le fait que le Canada est plus fort lorsque tous ses membres ont le loisir de s’exprimer, et n’oublions pas que même si Ottawa est enclin signer tous les traités de son choix, il ne peut mettre en œuvre ceux qui relèvent de la compétence des provinces. Voici un domaine où j’ai été vraiment surpris par certains commentateurs, car le Québec et d’autres gouvernements provinciaux ont vraiment tenté de s’immiscer dans des négociations internationales. Permettez-moi de vous rappeler que, pendant plus de 40 ans, le Québec a joué un rôle actif au niveau international. Il a conclu un grand nombre d’accords internationaux avec des gouvernements étrangers. Le Québec est doté d’un réseau de délégations et de bureaux dans le monde entier. Au fil des ans, nous avons noué des liens fructueux et établi de précieuses coopérations. Nous avons une relation particulière avec la France, avec laquelle nous entretenons des rapports directs et privilégiés. Dans la pratique, l’absence de règles claires n’a pas empêché certaines provinces, notamment le Québec, de déployer une présence internationale constante, tout en respectant la politique étrangère du Canada. Malgré les vives réactions que peuvent susciter cette action, il nous incombe de relever le défi de concevoir des règles justes, fonctionnelles et prévisibles qui permettent la participation des entités fédérées dans les négociations internationales. Toutefois, pour réussir, il nous faudra changer certaines mentalités. Il nous faut vaincre certaines résistances. Au Canada, chaque fois qu’il est question de la place des provinces dans les relations internationales, j’entends souvent mes concitoyens dire que le Canada doit parler d’une seule voix au niveau international. Du fond de mon cœur, je veux que mon pays soit fort. Je ne suis pas très friand des discordances. Mais je ne peux concevoir de raison sérieuse qui justifie l’absence systématique des provinces sur la scène internationale, non plus que le refus de leur droit de participer aux négociations à ce niveau. Il ne s’agit pas ici de remettre en question la politique étrangère du Canada, bien au contraire. Dans la mesure où l’aide aux provinces est indispensable à la mise en œuvre des traités signés par le Canada, comment le dialogue avec les provinces et la présence des porte-parole et experts provinciaux à la table de négociations pourraient-ils affaiblir la position du Canada?C’est en l’absence d’un tel dialogue que le Canada risque véritablement de n’être pas en mesure de respecter les engagements qu’il a pris. Les voix qui se multiplient ne se renforcent-elles pas et n’ont-elles pas plus de poids qu’une seule? Pour ma part, je crois que oui. Le plus bel exemple en est l’étroite coopération du gouvernement du Québec et du gouvernement du Canada dans le cadre des travaux que mène l’UNESCO pour rédiger une entente sur la diversité culturelle. Un exemple plus personnel que j’aime citer est la pleine participation des provinces et territoires au Sommet de la Terre à Rio en 1992. C’est au leadership de Brian Mulroney sur la scène internationale, tout particulièrement en matière d’environnement, que le Canada doit ce succès à ce Sommet. J’ai eu le privilège de diriger la délégation canadienne. J’aime rappeler cette expérience aux gens ne serait-ce qu’aux fins de prouver que je pratique ce que je prêche, que ce soit en qualité de ministre fédéral ou de Premier ministre du Québec. Plus fondamentalement, comment peut-on refuser à des gouvernements fédérés et élus démocratiquement l’accès à la scène internationale alors que tant d’organisations non gouvernementales (ONG) (syndicats, entreprises, etc. ) jouissent déjà de ce privilège?Le fédéralisme, c’est la multiplication des voix, au lieu de leur réduction à une seule. Le fédéralisme, tout comme la démocratie, est un processus qui, même s’il paraît parfois laborieux, moins expéditif, moins uniforme, parce qu’il encourage une plus grande participation; le fédéralisme, dis-je, produit généralement de meilleurs résultats. Je dois signaler que le Canada s’est récemment penché sur cette question, grâce notamment au Premier ministre Paul Martin et à Pierre Pettigrew, son ministre des Affaires étrangères. Les provinces et le gouvernement fédéral sont en train d’élaborer des principes directeurs de nature à éclairer la participation des provinces aux négociations et instances internationales. Qu’il me soit permis maintenant de vous parler brièvement du Conseil de la Fédération. Ce Conseil est une nouvelle institution très prometteuse. Même s’il en est encore à ses balbutiements, il a progressé en matière de soins de santé et de commerce intérieur, par exemple. Nous nous sommes réunis plusieurs fois, et avons eu l’occasion de travailler ensemble, et nous nous proposons de continuer de le faire dans l’avenir. Pour la première fois depuis longtemps, les régions, les provinces et les territoires s’efforcent de fondre leur voix et leur volonté dans l’unité. Le Conseil de la Fédération me semble très prometteur, surtout depuis que le Sénat ne joue plus le rôle qu’on lui avait assigné. Je veux conclure en disant que le Canada doit respecter l’esprit du fédéralisme pour le bien de tous ses citoyens. Cet esprit de coopération, d’ouverture et d’acceptation des différences, c’est ce dont nous avons tous besoin pour relever les défis qui nous sont posés. En acceptant ce défi, je m’engage à défendre les intérêts des Québécois avec autant de conviction que de confiance. Et ce, pour une raison très simple. Je le ferai parce que j’ai confiance dans le Québec. Et je le ferai parce que j’ai confiance dans le Canada.

[Charest=20050428]

[Allocution du 28 avril 2005 – Ouverture des Assises annelles 2005 de l’UMQ]

Monsieur le Président de l’Union des municipalités du Québec, Madame la Ministre des Affaires municipales et des Régions, Mesdames, Messieurs les élus municipaux, Chers amis, Je suis très heureux de vous voir aujourd’hui. D’autant plus que nous avons travaillé fort au cours des dernières semaines avec le gouvernement fédéral, pour tenter de conclure une entente sur le transfert aux municipalités du Québec, de sommes significatives provenant des différents fonds fédéraux sur les infrastructures. Au moment ou je vous parle, les négociations vont bon train et nous sommes confiants de conclure une entente au cours des prochains jours. Quant à la question du partage de la taxe sur l’essence au profit des municipalités, les négociations avancent bien. Nous poursuivons nos efforts pour en arriver à une entente rapidement. Nous aurons alors de bonnes nouvelles à vous annoncer, de bonnes nouvelles pour vos municipalités et vos régions. Le premier message que je vous adresse ce matin, c’est notre volonté renouvelée de faire équipe avec les municipalités pour développer le Québec. Mon gouvernement et vos municipalités sont les deux marches d’un même escalier qui mène vers les Québécois. Deux niveaux de gouvernement, mais un même objectif : servir les Québécois et faire progresser le Québec. Nous sommes partenaires dans cette mission démocratique. Permettez-moi de prendre le temps de vous dire ce qu’on a fait, concrètement, pour améliorer le sort des régions et des municipalités. Notre bilan est éloquent et le dernier budget en est la représentation exemplaire. Le budget déposé la semaine dernière par le ministre Audet, c’est celui de notre mi-mandat. Alors on va commencer par répondre à une question : comment va le Québec deux ans presque jour pour jour après notre élection? Le Québec va bien. En 2004, l’économie du Québec a progressé de 1,9 %. C’est le même rythme de croissance qu’en 2003. Mais pour bien mesurer cette croissance, et l’accomplissement qu’elle représente, il faut se rappeler qu’elle s’est faite alors que le dollar canadien augmentait de 20 %. En 2004, 60 800 nouveaux emplois ont été créés et le taux de chômage a baissé à 8,2 %, en mars dernier, alors qu’il était à 9,1% en mars 2003. C’est 100 000 emplois depuis notre élection. Le chômage a baissé dans la majorité des régions du Québec. Et le plus beau, c’est que ce sont les jeunes qui en profitent le plus. Le taux d’emploi chez les jeunes Québécois est aujourd’hui plus élevé que le taux d’emploi chez les jeunes Ontariens. Les investissements privés des entreprises ont progressé de 13,7 %. Cela signifie que 19 % de tous les investissements privés réalisés au Canada en 2004, ont été effectués au Québec. C’est un record vieux de 12 ans. Il est vrai cependant que l’économie québécoise a souffert de la forte appréciation du dollar canadien. Il y a eu dans certaines régions des fermetures douloureuses. Mais les perspectives demeurent encourageantes. Après 4 ans de repli, les exportations québécoises ont retrouvé le chemin de la croissance en 2004. Ça veut dire que nos entreprises sont de plus en plus nombreuses à relever le défi de la concurrence internationale et à investir dans leur modernisation. L’activité économique devrait s’accélérer dès cette année pour atteindre un taux de croissance de 2,4 % en 2005 et de 2,6 % en 2006. Sur le plan économique, nous avons donc connu une performance très honorable dans un contexte pas toujours facile. Vous en êtes tous témoins, parce que c’est chez vous que ça se passe. C’est dans ce contexte que nous avons présenté notre troisième budget. Ce budget va dans le sens de nos priorités qui sont celles des Québécois. Avec ce budget, notre gouvernement favorise la prospérité partout au Québec et il honore sa mission sociale dans toutes les régions. D’abord, nous continuons à investir en santé. Nous ajoutons 826000000 dans les services directs aux patients. Depuis notre arrivée, nous avons augmenté le budget de la santé de 3000000000 $. Mais on ne fait pas qu’investir en santé. Nous modernisons le système. On a réuni les établissements en réseau, pour être plus efficace. On a réorganisé le travail. On a simplifié la gestion en réduisant le nombre d’unités d’accréditation syndicale. Ces changements ont demandé beaucoup d’efforts et de détermination. Ils n’ont pas fait l’affaire de tout le monde, mais on commence à en voir les résultats. Souvenez-vous, il y a trois ans. Pendant les bulletins de nouvelles, il y avait un bandeau au bas de l’écran, qui affichait le taux d’occupation des salles d’urgence. On n’en voit plus de ça. Ça ne veut pas dire que tout est réglé, loin de là, mais on a renversé la tendance. À cet investissement dans les services s’ajoutent 2600000000 $ sur trois ans dans les immobilisations, pour rénover nos hôpitaux et nos CHSLD. Ce sont des investissements qui vont profiter à toutes les régions du Québec. Avec ce budget, nous venons en aide à ceux qui en ont vraiment besoin. Nous honorons un engagement qui me tenait beaucoup à cœur. Nous rétablissons la gratuité des médicaments pour les personnes âgées les plus démunies. Ce sera la gratuité complète dès juillet. Nous augmentons par ailleurs de 50 % le soutien aux personnes handicapées et aux aidants naturels. C’est un geste important qui reconnaît le rôle social et le geste généreux posé par ceux qui prennent soin d’un proche vulnérable. C’est 80000 personnes qui vont bénéficier d’une aide de 128000000 $. Ça fait une grosse différence pour ceux qui vont en bénéficier. Nous réinvestissons aussi en éducation. Nous augmentons de 321000000 $ le budget de l’éducation. En trois ans, c’est plus de 1000000000 que nous avons ajouté dans nos écoles et nos universités. Nous avons fait plus en 3 ans que le gouvernement précédent en 9 ans! Ces nouveaux investissements vont permettre, entre autres, de doubler les ressources consacrées à l’aide aux devoirs et d’augmenter la durée de la semaine de classe, pour que nos enfants fassent plus de sport et pour qu’ils apprennent l’anglais dès la première année. Actuellement, une équipe de travail issue du Forum des générations, se penche sur les moyens à prendre pour développer le concept d’école communautaire. Ce regroupement de services publics dans les établissements scolaires, favorisera le développement et l’épanouissement de nos jeunes dans leur milieu, à la ville comme en région. Le troisième budget de notre gouvernement continue de placer la famille au cœur de notre action. Car une des meilleures façons de répondre au défi démographique, de lutter contre le déclin démographique des régions, c’est de faire du Québec le meilleur endroit pour voir naître et grandir des enfants. En ajout aux mesures annoncées dans le budget précédent, comme le soutien aux enfants, nous confirmons que le régime québécois de congés parentaux, entrera en vigueur le 1er janvier 2006. Le Québec sera le seul maître d’œuvre de ce régime. C’est notre gouvernement qui a remporté cette victoire au nom des familles du Québec. Ça traînait depuis 8 ans! Avec ce budget, nous affirmons notre détermination de réduire le fardeau fiscal des Québécois. Le budget de l’an dernier retournait 1000000000$ aux familles et aux travailleurs à faible revenu. Cette année, nous faisons un pas, pour soulager la classe moyenne qui verra ses impôts réduits de 372000000 $ sur une pleine année. Cette réduction d’impôt, c’est principalement une nouvelle déduction fiscale de 500 $ pour tous ceux qui travaillent, les 3100000 de salariés et les 162 000 travailleurs autonomes du Québec. À cela s’ajoute l’indexation de l’impôt des particuliers qui laissera 250000000 $ dans les poches des contribuables. Ça veut dire que les gains des contribuables, depuis notre arrivée, atteindront 1400000000 $ en 2006. Nous avons fait la moitié du chemin vers l’objectif de ramener le fardeau fiscal des Québécois au niveau de la moyenne canadienne. L’écart du fardeau fiscal des Québécois par rapport à la moyenne canadienne était de 2200000000 $ au lendemain de notre élection. Il sera ramené à 1200000000 $ en 2006. Ce budget affirme avec force notre détermination à bâtir un Québec plus prospère, plus favorable aux affaires et à la croissance des entreprises dans toutes les régions. On va régler quelque chose ensemble aujourd’hui. Ce n’est pas vrai que le développement économique nuit au développement social. C’est précisément le contraire. Plus nous serons prospères, plus nous pourrons aider ceux qui en ont besoin et investir dans les services publics. Pour encourager la prospérité économique, le gouvernement engage une réforme de la fiscalité des entreprises. Nous réduisons de plus de 50 % la taxe sur le capital qui est un frein à l’investissement. Afin de favoriser la modernisation des entreprises et l’investissement stratégique, nous introduisons un crédit de taxe sur le capital de 5 % pour tout nouvel investissement en machinerie et en équipement. Cette mesure est déjà en vigueur. Et c’est un message clair aux entreprises : Modernisez-vous et vous ne paierez plus de taxe sur le capital!À l’intention précise des PME, qui sont le fer de lance de notre croissance, nous avons annoncé : Une réduction permanente du taux d’imposition à 8,5 % à compter du 1er janvier 2006; Nous créons un nouveau régime Actions-croissance PME. Il s’agit d’un nouvel incitatif destiné aux investisseurs particuliers. Investissement Québec ajoutera également un volet Relève PME à ses programmes existants pour favoriser la relève dans les entreprises familiales du Québec Notre gouvernement augmente par ailleurs le taux du crédit d’impôt remboursable à la R&D et ajoute 15000000 de $ au programme pour aider les entreprises à devenir plus performantes et à percer les marchés étrangers. Toutes ces mesures n’ont qu’un seul objectif : favoriser les investissements dans vos régions, favoriser la création d’emploi dans vos villes. Le Québec sera fort de ses régions, si elles sont prospères. Et justement, notre budget c’est un budget pour la prospérité des régions du Québec. Nous consacrons 240000000 $ sur trois ans à nos régions. Ce montant servira principalement à mettre en œuvre le rapport Coulombe. Nous avons pris la décision courageuse et nécessaire de freiner l’exploitation forestière au nom de la préservation de notre patrimoine collectif et pour le plus grand bénéfice des générations futures. Nous allons aider les communautés et les travailleurs touchés en favorisant la diversification des économies locales et régionales pour ainsi assurer la prospérité durable des régions. Nous mettons 75000000 $ pour améliorer la gestion des forêts et on consacrera 10000000 pour aider les travailleurs des régions forestières qui seront affectés par la réduction des droits de coupe. Nous créons un fonds de 30000000 $ spécialement destiné à favoriser la diversification économique des villes monoindustrielles. Nous augmentons de 78000000 $ la mise de fonds gouvernementale dans les fonds régionaux d’investissement. Nous investissons dans le développement des produits du terroir, dans la promotion touristique et dans les parcs nationaux. Ce budget prévoit par ailleurs des investissements sans précédent dans nos infrastructures, partout au Québec. Il y a une véritable corvée à faire au Québec en matière de remise à niveau et développement de nos infrastructures et on va la faire. Ce sont 4900000000 $ que nous allons consacrer autant dans le maintien et l’entretien des actifs existants que dans le développement de nouvelles infrastructures. D’ici 2007-2008, nous investirons en moyenne 1300000000 $ par année dans le réseau routier relevant du gouvernement du Québec. C’est un investissement majeur dans un réseau qui en a grandement besoin. Ça veut dire quoi 1,300000000 par année pendant 3 ans dans le réseau routier? C’est la route 185 dans le Bas-Saint-Laurent; C’est la route 175 entre Québec et ville Saguenay; C’est l’autoroute 73 et la route 173 en Beauce; C’est l’autoroute 55 entre le Centre-du-Québec et l’Estrie; C’est l’autoroute 25 entre Montréal et Laval; C’est l’autoroute 50 en Outaouais; C’est l’autoroute 35 vers la frontière du Vermont; C’est l’autoroute 30 en Montérégie; C’est la 20 dans le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie. Ces développements routiers vont contribuer à dynamiser les économies de vos régions. Investir dans les infrastructures, c’est investir dans le développement à long terme du Québec et de ses municipalités. Et on a un nouvel outil pour le faire ensemble. C’est la SOFIL, la Société de financement des infrastructures locales. Cette société est financée par la nouvelle taxe sur les véhicules à forte cylindrée et par une partie de la taxe fédérale sur l’essence. On va refaire ensemble la colonne vertébrale de notre économie. On va se redonner des routes en bon état; on va traiter nos eaux usées comme il faut et on va investir dans les transports publics. C’est un budget responsable et rigoureux qui tient compte de nos moyens et qui porte notre vision du Québec. Avec ce budget :Nous renforçons notre capacité de nous imposer dans un contexte économique concurrentiel. Nous consolidons nos positions de force en santé et éducation. Nous venons en aide à ceux qui en ont le plus besoin. Nous poursuivons la réduction du fardeau fiscal des Québécois. Nous stimulons l’investissement et la création de richesse qui sont les leviers de notre mission sociale; Nous engageons une corvée pour renouveler nos infrastructures; Nous reconnaissons les municipalités comme les principaux partenaires du gouvernement dans le développement du Québec. Depuis notre élection, nous avons bâti un partenariat fertile et respectueux avec les municipalités. Nous allons continuer dans cette voie. Ensemble, nous avons entrepris une démarche historique vers la décentralisation et la régionalisation des responsabilités. On le fait parce que c’est la voie de l’avenir. Vous vous réunissez cette année sous le thème La municipalité, maître d’œuvre de son développement et de son avenir. Nous sommes sur la même longueur d’ondes. C’est ça l’esprit de la décentralisation. On va avancer ensemble et on va faire les choses comme il faut. Par étapes, sans rien brusquer. D’abord, on s’est donné une gouvernance régionale imputable en créant les Conférences régionales des élus. Ensuite, nous avons signé des protocoles d’entente sur la décentralisation et sur la régionalisation lors du Forum des générations l’automne dernier. Maintenant, on identifie des pistes de décentralisation, à la table Québec municipalités, et des pistes de régionalisation à la table Québec-régions. Les propositions qu’on examine ensemble proviennent des municipalités, des CRÉ et des MRC. On avance. On avance résolument, rigoureusement et respectueusement. Et aujourd’hui, je veux réitérer un engagement devant vous. La décentralisation, ce n’est pas un autre mot pour délestage de responsabilités ou pour pelletage dans la cour des municipalités. Chaque transfert ou délégation de pouvoirs sera associé à un transfert ou à une délégation des ressources. La décentralisation, c’est pour mieux répondre aux besoins des Québécois, c’est pour rapprocher la livraison des services le plus près possible des citoyens. C’est pour donner plus d’emprise aux communautés locales sur leur développement. C’est aussi pour assurer une plus grande transparence et une plus grande imputabilité dans les prises de décision et dans la gestion des fonds publics. Mais, prenez-en ma parole, ce n’est surtout pas pour alourdir le fardeau des municipalités. Au cours des prochains mois, nous allons aussi renouveler le pacte fiscal avec les municipalités. Les négociations ont d’ailleurs débuté en février avec une première rencontre de la Table de négociation regroupant l’UMQ, la FQM, la Ville de Montréal, le ministère des Finances et le ministère des Affaires municipales. Une autre rencontre s’est tenue à la fin mars. Une troisième aura lieu la semaine prochaine. Vous avez des demandes importantes et nous allons essayer d’y répondre sans compromettre l’équilibre budgétaire. Depuis deux ans, notre gouvernement a entrepris un nombre important de changements. Ces changements sont en train de renforcer le Québec. Nous avons renversé la tendance en santé. Nous avons lancé une corvée sans précédent de développement de nos infrastructures. Nous avons relancé le développement énergétique. Nous avons engagé le Québec sur la voie du développement durable. Nous avons renforcé l’économie du Québec. Et nous avons bâti un partenariat moteur avec le monde municipal. À mi-mandat, on voit déjà se dessiner le Québec de demain. Un Québec plus prospère qui a les ressources pour honorer sa mission sociale et qui se développe avec la participation de chacune de ses régions. Un Québec que nous allons réaliser ensemble!

[Charest=20050816]

[Allocution du premier ministre du Québec, M. Jean Charest, lors de l’annonce d’un programme

Salutations,

Le choix du site aujourd’hui n’est pas fortuit. Vous devinez qu’on se trouve à

un endroit symbolique puisque l’édifice où nous sommes aujourd’hui était

autrefois, il n’y a pas très longtemps, une usine dans le secteur du textile où

on fabriquait des bas, où il y avait plusieurs centaines d’emplois et où

travaillaient également des femmes. Elle a depuis été transformée à la faveur de

transformations que nous avons vécues dans notre économie.

Or, le projet d’aujourd’hui vise justement à rejoindre les femmes qui sont sans

emploi, parce que le secteur aura justement fait en sorte, suite à ces

transformations, qu’il y ait des pertes d’emploi ou pour qui l’emploi est menacé

et qui ont besoin justement de rester dans le marché du travail, de s’adapter,

de regagner les compétences nécessaires pour pouvoir réintégrer le marché du

travail. Mais attention, réintégrer le marché du travail, pas nécessairement

dans le même domaine et pas nécessairement dans un emploi non plus qui est à

faible revenu, mais dans un secteur d’activités où elles pourront gagner un

salaire convenable, un salaire dont elles auront besoin justement pour arriver à

l’âge de la retraite.

Alors, le projet que vous avez présenté madame Carle, à mes yeux à moi et aux

yeux de Michelle Courchesne et du ministère, est un projet clairvoyant et un

projet qui nous permettait justement de projeter vers l’avenir et de tenter de

répondre aux besoins de ces femmes.

On le fait en se rappelant que l’emploi pour nous et pour la société québécoise

comme pour les autres, c’est pas juste une occupation pour que l’on puisse

gagner un revenu. C’est aussi une participation directe dans la société

québécoise. D’où cet effort que nous devons à chacun de nos citoyens de créer

les conditions nécessaires à ce que chaque personne puisse participer.

Dorénavant, la formation est un élément clé pour qu’une personne puisse

participer directement au marché du travail.

Ce projet est né et rendu possible suite à la mise sur pied d’un programme entre

le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec qui a commencé en 2000, et

qui avait déjà eu des parents. Ce n’est pas un programme qui est né d’une idée

spontanée en 2000, il y avait déjà eu des programmes d’aide aux travailleurs

âgés, mais un programme plus particulier est né en 2000 et a été renouvelé pour

un an.

Et le gouvernement du Québec est en négociation actuellement avec le

gouvernement fédéral pour que nous puissions poursuivre ce type de programmes,

l’élargir, y consacrer davantage de ressources. Cette volonté de le faire est

née du Forum des générations qui a eu lieu au mois d’octobre 2004. Vous vous

rappellerez, après les consultations qui ont eu lieu dans les régions du Québec,

il y a eu ce forum de quatre jours dans la région de Québec. Il en est ressorti

une volonté très claire de pouvoir rendre permanent ce type de programmes, d’y

investir davantage, de rejoindre un plus grand nombre de personnes.

Je suis très heureux aujourd’hui de l’annonce. C’est une annonce qui symbolise

en quelque sorte le succès du programme, les besoins qui sont là et surtout la

volonté du gouvernement du Québec de tendre la main puis de travailler avec les

partenaires, comme vous au Centre d’intégration au marché de l’emploi, pour que

l’on puisse donner le plus de chance de réussite aux femmes qui sont placées

dans une situation où elles ont perdu leur emploi ou sont menacées de perdre

leur emploi.

Alors, merci beaucoup et félicitations.

[Charest=20050818]

[Allocution du premier ministre du Québec, monsieur Jean Charest, à l’occasion de l’inauguration de la centrale de Toulnustouc]

Monsieur Pierre Corbeil,

Monsieur Thierry Vandal,

Monsieur Marjolain Dufour, qui est député à l’Assemblée nationale et qui

représente le comté dans lequel nous sommes, le comté de René Lévesque,

Monsieur Asselin, député à la Chambre des Communes, qui représente le comté de

Manicouagan,

Madame Lise Pelletier, préfet de Caniapiscau;

Monsieur Julien Boudreau, préfet de Mingani,

Monsieur Ivo Di Piazza, maire de Baie-Comeau,

Monsieur Michel Lévesque, maire de Franklin,

Madame Ginette Côté, présidente de la commission scolaire;

Je veux également souligner la présence de René Cimon, qui a été le signataire

original de l’entente au nom de la communauté de Betsiamites avec Hydro-Québec

au moment du lancement de ce projet en 2001.

Soit dit en passant, ce projet avait été lancé effectivement sous le

gouvernement précédent. Je pense qu’on avait invité monsieur Bouchard à être

avec nous aujourd’hui, malheureusement il ne pouvait pas y être, mais je ne veux

pas manquer l’occasion aujourd’hui de souligner le fait que c’est monsieur

Bouchard et son gouvernement qui ont autorisé le projet.

C’est important de le dire, ne serait-ce que pour une raison, pour rappeler que

dans cette grande aventure dans laquelle on s’est lancés, nous, au Québec, de

développer notre économie, notre territoire et l’énergie hydroélectrique. Il y a

une continuité dans nos gouvernements. Il y a une volonté commune. On n’a pas

toujours été d’accord sur tous les enjeux mais il y a un fil commun qui définit

en quelque sorte le peuple québécois et l’énergie hydroélectrique : ces projets

en sont le symbole.

Je suis ici aujourd’hui pour souligner la réalisation d’un très grand nombre

d’hommes et de femmes qui ont construit ce barrage, qui perpétuent une tradition

québécoise dont nous sommes extrêmement fiers, celle d’être les leaders mondiaux

dans le développement hydroélectrique et dans le développement de l’énergie. Et

mes premiers mots sont pour les travailleurs et les travailleuses qui ont

fièrement été à la hauteur de cette tradition québécoise, et de vous dire un

très grand merci du fond du cœur et de vous dire à quel point nous sommes fiers

de votre réalisation.

Évidemment, mes remerciements s’appliquent aux concepteurs, aux ingénieurs, à

ceux et celles qui ont travaillé à tous les jours pour rendre ce projet

possible. Je veux remercier, en particulier, le directeur du chantier, Laurent

Busque, qui est avec nous aujourd’hui et lui dire félicitations pour votre

réalisation.

Alors aujourd’hui, bien c’est l’occasion de faire le baptême de cette centrale

qui va nous donner plus de 500 mégawatts d’électricité. Pierre Corbeil, il y a

quelques minutes, vous disait à quel point ça arrive à un moment important

compte tenu des besoins énergétiques.

Il faudra souligner dans l’histoire de cette centrale que son inauguration, son

baptême en quelque sorte, arrive aussi à un moment important dans les

changements que nous vivons sur le plan énergétique mondial. La construction de

cette centrale s’inscrit dans les changements très intenses que nous vivons.

Mais y a pas que le contexte mondial qui nous préoccupe et qui retient notre

attention, il y a ce contexte dont parlait Georges-Henri Gagné du développement

du Québec. Et de notre volonté à nous Québécois et Québécoises de créer de la

richesse comme le disait le Chef Picard. De le faire en tenant compte d’abord de

nos besoins à nous en sécurité énergétique et de le faire en tenant compte des

besoins des régions.

Nous savons à quel point le Québec s’est construit à partir de ses régions et à

quel point on a pu s’enrichir grâce aux très grandes richesses de nos régions,

la première de ces richesses étant les hommes et les femmes qui habitent les

régions du Québec, et sur la Côte-Nord en particulier, où il n’y a , il faut le

dire, que 25 000 personnes. 25 000 personnes sur 7,5 millions d’habitants, c’est

peut-être pas beaucoup, mais 25 000 personnes qui enrichissent la vie, les

standards de vie de 7,5 millions d’habitants, ça c’est une grande réalisation.

Le gouvernement du Québec a envers vous une obligation celle de vous permettre

de vous développer, d’occuper le territoire et de continuer à prospérer.

Nous avons également pour l’avenir une obligation envers les générations futures

de développer des sources d’énergie qui sont renouvelables et on en est très

fiers. Aujourd’hui, c’est une autre occasion pour nous de dire au Québec, on

présente un des meilleurs bilan environnemental en Amérique du Nord. On est,

c’est vrai, le quatrième producteur d’hydroélectricité au monde mais ne

serait-ce, si ce n’était pas de la contribution québécoise, le Canada serait un

des pays, probablement le pays qui produirait le plus de gaz à effet de serre

per capita au monde.

Pourquoi ce n’est pas le cas, c’est parce que le Québec par son développement,

son choix en développement en hydroélectricité nous permet d’avoir accès à de

l’énergie propre, de l’énergie renouvelable, de l’énergie qui va justement nous

permettre non seulement de parler de développement durable mais de le vivre et

d’en donner un exemple.

Comme premier ministre du Québec, j’en suis extrêmement fier, parce qu’à chaque

occasion où je me trouve à l’extérieur du Québec, quand je parle du Québec, de

nos réalisations, de ce que l’on a à offrir, de notre ouverture sur le monde,

l’énergie est toujours la première chose dont je parle.

C’est donc aujourd’hui une célébration de l’ensemble de ces réalisations. Mais

la cérémonie d’aujourd’hui, elle est symbolique aussi, parce que l’on a sur la

même tribune aujourd’hui Georges-Henri Gagné qui représente en quelque sorte la

région, Thierry Vandal qui représente Hydro-Québec qui est une de nos grandes

institutions, Pierre Corbeil qui est le ministre des Ressources naturelles et de

la Faune, et le Chef Picard qui représente la communauté de Betsiamites.

Monsieur le Chef Picard vous a parlé des traditions de ses ancêtres et cela m’a

rappelé, monsieur le Chef, que la première fois que je suis venu ici dans la

région, c’est quand j’avais autour de dix ans, que je venais pour la première

fois pour une excursion de pêche avec mes parents, que je venais ici parce que

mon grand-père était venu ici dans les années 50 faire du défrichement et du

travail, pour préparer les barrages de la Manic.

Moi aussi, mes ancêtres ont fréquenté la région. J’ai amené aujourd’hui avec moi

ma plus jeune des filles parce que je veux faire le pont entre le passage de mon

grand-père puis la génération qui va suivre en qui, envers qui nous avons des

obligations.

Monsieur le Chef Picard, vos ancêtres et mes ancêtres ne sont pas en

contradiction. Ils ne sont pas opposés dans leur histoire. Ils voulaient la même

chose, le développement de la Côte-Nord. Ils voulaient, comme vous l’avez dit,

la création de la richesse.

Aujoud’hui, nous inaugurons un projet qui va être symbolique de ce que l’on est

capable de faire quand on a la volonté commune de faire du développement.

Toulnustouc, c’est un exemple de collaboration et de travail entre la communauté

de Betsiamites et l’ensemble des Québécois, c’est un exemple de retombées

économiques régionales pour toute la population de la Côte-Nord parce que c’est

un exemple de projet où les retombées économiques régionales ont été tangibles.

Pour les travailleurs qui ont travaillé sur le chantier mais aussi pour ceux qui

ont eu des contrats, que ça été vrai aussi pour les travailleurs de Betsiamites,

le projet qu’on inaugure aujourd’hui, faut que ce soit un projet fort pour

l’avenir, qui nous dit et qui nous rappellera constamment qu’on est capable de

trouver des réponses. On est capable de trouver des solutions.

Je veux que le projet d’aujourd’hui nous rappelle que tous les Québécois veulent

la même chose. On veut se développer, on veut le faire en respectant le

développement durable, on va y arriver. Croyez-moi, on va y arriver.

Si les premières réponses nous viennent pas facilement, ceux et celles qui ont

des responsabilités, des postes de leadership, eux, ont le devoir de trouver des

réponses et je veux que vous croyez en ma détermination aujourd’hui comme

premier ministre du Québec d’y arriver.

Mesdames et Messieurs, merci beaucoup d’être ici aujourd’hui. Tout le Québec

aujourd’hui est fier de vous.

[Charest=20051018]

[Discours du 18 octobre 2005 – Intervention du premier ministre à l’Assemblée nationale, à l’occasion d’une motion soulignant l’adoption par l’UNESCO du projet de Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles]

Merci, M. le Président. Alors, j’ai donc sollicité l’assentiment de cette

Assemblée pour souligner l’étape importante qui vient d’être franchie pour la

diversité des expressions culturelles. M. le Président, aujourd’hui, nous devons

tous nous réjouir que le projet de Convention sur la protection et la promotion

de la diversité des expressions culturelles a été adopté à l’UNESCO, hier, le 17

octobre dernier, à Paris, dans le cadre de la 33e Conférence générale de

l’UNESCO, qui prendra fin dans quelques jours.

Le projet de convention doit encore être approuvé par les membres de l’UNESCO,

qui se réuniront, cette fois en plénière, vendredi prochain, mais déjà nous

pouvons nous réjouir que 151 États aient exprimé un appui clair au projet de

convention, alors que seulement deux États ont voté contre. C’est en effet, M.

le Président, une victoire très importante, et nous devons l’attribuer en grande

partie aux efforts déployés par le gouvernement du Québec.

Le Québec a été l’un des premiers gouvernements à s’investir dans ce projet de

convention.

Rappelons que la position du Québec en matière de diversité culturelle remonte à

la fin des années quatre-vingt alors que le gouvernement du premier ministre

Robert Bourassa a insisté pour que nos industries culturelles soient exclues de

l’Accord de libre-échange conclu entre le Canada et les États-Unis. Cette prise

de position ferme sera réitérée en 1993, lors de la négociation et de la

signature de l’Accord de libre-échange nord-américain qui cette fois incluait

notre voisin du Mexique.

M. le Président, je me rappelle très bien le débat sur le libre-échange qui a

fait rage partout au Canada, au Québec, pendant les années quatre-vingt et

l’élection fédérale de 1988. Mais je veux vous rappeler, M. le Président, que,

sur cette question-là, dès ce moment-là, le gouvernement de Robert Bourassa, et

c’était le gouvernement de Brian Mulroney, ont fait front commun, et je me

rappelle très bien que les deux gouvernements avaient dit au gouvernement

américain que c’est non négociable. Si les secteurs de la culture ne sont pas

exclus, il n’y aura aucun accord de libre-échange entre nos pays. C’est le

fondement, c’est le fondement de la position que nous défendons aujourd’hui et

qui s’est exprimée hier, à l’UNESCO.

En 1999, parce qu’il y a eu de la continuité, M. le Président, là-dedans, le

Québec se prononçait formellement en faveur de la création d’un instrument

juridique contraignant pour la protection et la promotion de la diversité

culturelle. Je vous souligne, M. le Président, qu’il y a des mots qui sont

pleins de signification. Lorsqu’on parle d’instrument juridique, c’est parce

qu’on voulait faire contrepoids aux accords de libre-échange, qu’ils soient

bilatéraux ou multilatéraux. Et, lorsqu’on utilise le mot «contraignant», c’est

à dessein, parce que nous voulions rendre très clair que, si on devait opposer

un accord de libre-échange à l’autre, qu’ultimement on devait trancher en faveur

de la protection de la diversité culturelle.

C’est en septembre 2003, sous notre gouvernement, que, par décision du Conseil

des ministres, nous rendions officielle une position en faveur de la diversité

des expressions culturelles. Nous l’avions écrit dans notre programme électoral,

soit dit en passant, M. le Président, c’est toujours pertinent d’en parler, à la

période des questions on a eu l’occasion de le dire: Nous avions pris, nous, un

engagement, dans un document que nous avions rendu public pendant la campagne

électorale, intitulé De rempart à tremplin, nous avions pris l’engagement ferme

de défendre cette question sur toutes les tribunes.

Donc, depuis deux ans, mes collègues, la ministre de la Culture et des

Communications, qui est à Paris actuellement et qui est à l’UNESCO et qui défend

cette position québécoise, la ministre des Relations internationales, à qui je

veux rendre hommage aujourd’hui, parce qu’elle a travaillé sans relâche, depuis

les deux dernières années, à défendre cette question de la diversité

culturelle…

Je veux inclure, M. le Président, le ministre du Développement économique

également, qui a joint sa voix à celle de tous ses collègues, parce qu’on

s’attend à ce que la ministre de la Culture et des Communications défende

évidemment la culture, mais c’est encore plus important de s’assurer que le

ministre du Développement économique, incluant le ministre des Finances, ajoute

sa voix à celles de tous ses collègues pour que nous puissions présenter d’une

seule voix la position québécoise.

Nous avons donc défendu cet enjeu sur de nombreuses tribunes internationales,

que ce soit à Madrid, lors de la rencontre des ministres de la Culture des trois

espaces linguistiques, en juin dernier, ou à Shanghai, en octobre 2004, alors

que la ministre des Relations internationales nous représentait à la Rencontre

du Réseau International sur la politique culturelle, ou au Mexique, toujours en

2004, dans le cadre de la rencontre de l’Organisation des États américains.

À plusieurs reprises, M. le Président, je me suis moi-même porté à la défense de

la diversité des expressions culturelles auprès de gens d’affaires américains, à

New York. On en avait fait un point d’honneur lors de ma première intervention

devant un auditoire du secteur économique, à New York, pour rappeler à

l’auditoire américain que c’était pour nous une question de principe, que

c’était incontournable, que, si on devait parler d’échanges commerciaux entre le

Québec et les États-Unis, nous devions également parler de la protection de

notre culture.

Je l’ai fait également, M. le Président, lors de missions à Londres, à Davos, à

Berlin, au Mexique, lors de la mission économique France-Mexique-Québec, et je

l’ai fait auprès du président Fox, président du Mexique, au Sommet de la

Francophonie, en novembre dernier, où, pour la première fois dans l’histoire des

sommets, la culture a été traitée au même niveau que les plus grandes questions

de politique internationale, M. le Président. Et j’étais très fier, à ce

moment-là, en compagnie encore une fois de ma collègue des Relations

internationales, de me faire le porte-parole de plusieurs pays pour que nous

puissions les mobiliser sur cette question de la convention et les mobiliser,

entre autres, pour le vote qui a eu lieu hier. Essentiellement, le message,

c’était non seulement un message de fond, c’était non seulement un message

pour… un appel à la solidarité des pays pour défendre la culture, mais

également un appel de mobilisation pour que chaque pays membre de l’Organisation

internationale de la Francophonie puisse faire entendre sa voix.

Depuis plus de deux ans, M. le Président, le gouvernement du Québec a défendu la

diversité culturelle sur toutes les tribunes, et, aujourd’hui, nous pouvons nous

dire que nous avons gagné notre premier pari. Notre position est claire: nous

croyons que le commerce international est bénéfique, et c’est là où le Québec a

à plaider une situation qui, à mes yeux à moi, est unique et probablement

exemplaire. Rappelons-nous, M. le Président, que, de toutes les économies au

monde, nous avons, au Québec, une des économies les plus ouvertes. C’est presque

60 % de notre produit intérieur brut qui dépend de tout ce qu’on vend à

l’extérieur, dans le reste du Canada, aux États-Unis, ailleurs dans le monde, M.

le Président. Alors, à sa face même, ça peut paraître paradoxal, les gens nous

disent: Oui, mais, vous, vous bénéficiez beaucoup du libre-échange. Pourquoi

vous voudriez imposer des barrières, des contraintes?

Eh bien, justement, notre histoire à nous, Québécois, Québécoises, est

probablement le plaidoyer le plus éloquent en faveur d’un instrument, une

convention pour la protection de la diversité culturelle. Nous croyons que le

processus actuel de mondialisation pourrait mettre en péril la capacité des

États et des gouvernements de prendre des mesures de soutien à la culture. Et,

là-dessus, on en profite, basés sur notre expérience à nous, encore une fois,

Québécois et Québécoises, pour dire au monde entier que la mondialisation doit

se faire à certaines conditions.

Et je vous prédis, M. le Président, que cette Convention sur la diversité

culturelle va également inspirer d’autres personnes à agir sur d’autres

questions, sur les questions des droits des travailleurs, par exemple, sur les

questions d’environnement, sur les questions de développement durable. Si on

peut le faire pour la diversité culturelle, pourquoi on ne le ferait pas

également pour protéger notre patrimoine naturel? Peut-être attendons-nous

encore une fois le leadership du Québec pour avancer sur ces questions. Mais,

dans notre cas à nous, il a toujours été très clair que notre histoire, notre

expérience nous amenait à défendre avec beaucoup, beaucoup de fermeté cette

volonté de protéger notre culture.

La culture, ce n’est pas un produit comme les autres. Nous sommes, pour ainsi

dire, la preuve vivante du fait que la culture recèle l’identité des peuples,

leur unicité et leur vision du monde. Nous, Québécoises et Québécois, nous avons

conservé le caractère unique et original de notre culture en nous donnant les

moyens d’en assurer l’expression et le développement. Et ce qui est vrai pour

nous l’est pour toutes les cultures du monde, tant celles des nations prospères

que celles des pays en développement. Pour garantir ce droit des États de

soutenir leurs créateurs et leurs industries culturelles, l’omission de la

culture des grands accords commerciaux s’est rapidement montrée insuffisante

parce qu’on agissait… Il faut le voir sur le plan à la fois du fond mais sur

le plan juridique, on se trouvait à agir par omission, on n’en parlait pas dans

les accords commerciaux. Or, ce n’était pas, à nos yeux à nous, suffisant. Il

nous fallait une véritable stratégie gagnante, une stratégie à long terme, une

voie plus efficace, mais surtout une solution durable.

C’est ainsi qu’est née l’idée d’un instrument juridique international sur la

diversité culturelle. Cette idée est née au Québec, et c’est le Québec qui,

rapidement rejoint par la France, par le Canada aussi, parce que, et je tiens à

le souligner aujourd’hui, sur cette question de la diversité culturelle, le

gouvernement fédéral canadien et le gouvernement du Québec ont toujours

travaillé en étroite collaboration. Eh bien, étant rejoints à la fois par la

France et d’autres pays, nous avons fait avec succès la promotion sur toutes les

tribunes internationales, tant à l’UNESCO qu’à l’Union européenne, qu’à

l’Organisation internationale de la Francophonie et le Réseau international sur

la politique culturelle, de cette question de la diversité culturelle.

Le Québec s’est également imposé dans ce débat grâce au travail acharné et aux

efforts soutenus de plusieurs Québécois, que nous devons remercier aujourd’hui.

M. le Président, j’aimerais souligner et féliciter l’excellent travail de la

Coalition pour la diversité culturelle, et particulièrement son coprésident, M.

Pierre Curzi, et le vice-président exécutif, M. Robert Pilon. Grâce à eux et à

toute leur équipe, on compte aujourd’hui plus de 30 coalitions réunissant les

milieux artistiques et culturels dans autant de pays. La coalition a su créer un

partenariat remarquable entre les gouvernements, les institutions multilatérales

et la société civile. Sans aucun doute, l’apport de la société civile dans ce

combat a été primordial et le demeurera aussi pour les étapes à venir.

Je tiens également à adresser mes plus chaleureuses salutations à M. Ivan

Bernier, ce juriste de grande réputation qui a accompli un travail colossal afin

de dégager les avenues juridiques permettant la mise en oeuvre d’une convention

sur la diversité culturelle, entre autres dans une étude publiée en 1998, en

collaboration avec la France.

Nous pouvons à juste titre, M. le Président, nous réjouir aujourd’hui, car c’est

un grand pas que nous avons franchi. Il a fallu débattre, échanger, convaincre,

faire preuve aussi d’une très grande persévérance ― et là-dessus les Québécois,

on le sait, se définissent comme étant des hommes et des femmes d’une très, très

grande persévérance, incluant de temps en temps leur gouvernement ― et ça a été

pour nous donc un combat de tous les instants pour en arriver à un consensus sur

le texte de la convention.

En terminant, je tiens à vous dire, vous rappeler, M. le Président, que le

combat n’est pas terminé; viendra maintenant le processus de ratification. Pour

que la convention soit mise en oeuvre, au moins 30 États devront la ratifier.

Nous ne pouvons donc pas baisser les bras. Le Québec maintiendra son rôle de

leader dans la protection et la promotion de la diversité des expressions

culturelles en étant le premier État à approuver le projet de convention. C’est

ce que je souhaite, et j’interpellerai tous les députés de l’Assemblée nationale

pour que nous puissions poser ce geste le plus rapidement possible. Le processus

sera mis en branle dans les prochains jours, et nous pouvons nous attendre à une

adoption dans les semaines à venir.

Les gouvernements engagés dans la défense de la diversité des expressions

culturelles doivent demeurer mobilisés et poursuivre leur sensibilisation afin

que cette convention voie le jour et se révèle efficace aussi. Parce que ce

n’est pas tout que de faire une convention, encore faut-il qu’elle soit

ratifiée, encore faut-il qu’elle soit mise en oeuvre, encore faut-il éviter

qu’elle soit ensuite contredite par d’autres actions, dans d’autres forums, pour

ne pas les nommer, comme l’OMC, M. le Président. Alors, nous devrons être

extrêmement vigilants sur cette question.

Nous serons là avec nos alliés du Canada, de la France, les pays de la

Francophonie, de l’Union européenne, l’Amérique du Sud, avec la société civile,

la coalition, mais surtout et finalement, M. le Président, avec nos artistes,

avec nos créateurs, pour qui nous avons voulu donner un environnement qui va

permettre l’épanouissement de notre peuple, de notre culture et de notre langue,

M. le Président. Et, si on a fait tant d’efforts, si on a voulu y mettre tant

d’énergie, c’était aujourd’hui pour leur rendre hommage, leur dire merci, leur

dire que «nous croyons en vous» et que nous voulons continuer à être inspirés

par les hommes et les femmes qui définissent ce que nous sommes. Merci, M. le

Président.

[Charest=20051020]

[Discours du 20 octobre 2005 à l’occasion d’une rencontre d’organismes communautaires issus des communautés culturelles]

Je veux saluer les membres de votre conseil d’administration,

Je suis ici aujourd’hui en grande partie suite à l’invitation que nous a faite

Line Beauchamp.

Pour vous situer un petit peu, c’est un peu comme si on présente quelqu’un qu’on

aime beaucoup à quelqu’un d’autre. Dans la vie, il nous arrive de rencontrer des

gens pour qui on a beaucoup d’amour et d’admiration, et pour qui on a beaucoup

de respect. Et quand on trouve ces gens-là, bien on a le goût de partager la

joie de les avoir rencontrés avec d’autres personnes. Et c’est un peu dans cet

esprit-là que Line nous amène chez-vous ce matin, pour présenter des gens avec

qui elle a eu l’occasion de travailler, et qu’elle admire profondément.

Nous faisons une consultation pour la Stratégie d’action-jeunesse qui nous amène

dans toutes les régions du Québec. La semaine dernière, nous étions à

Victoriaville ensemble, nous avons été à Trois-Rivières, sur la Côte-Nord, en

Gaspésie. Roch, lui, aura fait le tour de tout le Québec à lui seul.

Et partout où on va, on rencontre des jeunes pour les écouter et pour être avec

eux, pour constater leur réalité. Pas chercher à leur dire ce que nous on veut.

Ce qu’on veut, c’est écouter, voir, comprendre, apprécier ce qui se fait.

Dans les communautés culturelles et dans Montréal-Nord, la réalité n’est pas la

même que sur la Côte-Nord. C’est ni bon, ni mauvais. Il s’agit plutôt de se

rappeler que les jeunes, c’est pas un groupe homogène. Les jeunes ne sont pas

pareils les uns les autres. C’est normal, c’est souhaitable.

Notre devoir à nous, c’est pouvoir le comprendre, le voir. Savoir qu’ici, par

exemple dans Montréal-Nord, il y a des enjeux qui sont présents, qu’on ne voit

pas ailleurs. Il y a toute la question de la diversité. Les accents, par

exemple. Une société riche, c’est une société qui a plusieurs accents. La langue

française est la langue du Québec mais elle ne se parle pas de la même façon à

chaque endroit. Et on vit dans une société qui est plurielle au sens noble du

terme. C’est-à-dire des gens de toutes les origines. Et cela, ça enrichit

beaucoup le Québec. Ça enrichit ce que nous sommes, mais ça vient aussi avec des

problèmes qui sont particuliers à certains groupes. L’intégration, ça ne se fait

pas du jour au lendemain, ça n’arrive pas automatiquement. Il faut que l’on

puisse favoriser l’intégration. Qu’on puisse la permettre.

Alors, en ce sens-là, c’est très important ce que vous faites ici à l’Escale.

C’est très très important. Je suis beaucoup touché par tout ce j’ai entendu et

que j’ai vu ici aujourd’hui, parce que je sens qu’il y a quelque chose de très

vrai ici. Il y a quelque chose de réel.

Et, il y a une chose que je retiens. C’est que c’est très important de se

parler. Que ce soit la sexualité, que ce soit la consommation de drogue, de la

consommation d’alcool, ou que ce soit autre chose, c’est important de pouvoir

dire les choses et de se parler. Ça, c’est la première condition pour que l’on

puisse grandir ensemble, que l’on puisse s’épanouir.

La deuxième condition, c’est d’avoir des gens autour de nous qui sont aussi des

modèles qui nous inspirent. C’est d’avoir des gens autour de nous avec qui on

peut partager ces choses-là, et qui peuvent nous guider dans les choix que l’on

faits. Parce que l’on a des choix à faire puis après ça, nous sommes

responsables de nos choix . Dans la vie, on revient toujours à la responsabilité

qu’on a pour nos choix. Ce qui m’encourage, c’est de vous voir aussi bien

entourés.

Je pense, entre autres, aux policiers de la Ville de Montréal qui sont très

présents ici et je sais que vous supportez tout ce qui se fait ici comme police

communautaire. Je pense à ce que vous faites au niveau de la musique, parce que

c’est un autre langage ça. On dit que même l’humour est un langage, c’est une

façon de parler, c’est une façon de dire les choses. Puis, il faut juste être

capable d’écouter. Juste capable d’écouter, dieu sait que c’est déjà beaucoup.

On voit là un rôle très important des groupes communautaires.

Je veux vous remercier de l’accueil très chaleureux que vous me faites. Je veux

dire aux organismes qui travaillent autour de vous, dans votre orbite, qui

décorent vos murs et qui occupent vos vies, qu’ils jouent un rôle très

important.

Il y a aussi les carrefours jeunesse-emploi. Je veux en parler ici, parce que

j’en ai parlé partout au Québec, ils sont très importants pour l’avenir. Je

crois que les carrefours peuvent jouer un rôle important.

En terminant, je veux vous remercier de la chaleur de votre accueil et vous dire

que je n’oublierai pas cette rencontre. Ça va être, de toute la consultation,

une des rencontres que l’on va parler le plus.

Bravo, félicitations.

Merci.

[Charest=20051024]

[Annonce d’une contribution financière pour l’amélioration des infrastructures de Rivière-du-Loup]

Madame, Messieurs,

Représentants des médias,

Merci à Jean D’Amours pour son accueil ici, dans la Ville de Rivière-du-Loup. Je

veux aussi réitérer mes félicitations pour son élection par acclamation, à

l’unanimité.

Et vous reconnaissez évidemment Claude Béchard qui m’accompagne aujourd’hui, qui

est également ministre du Développement économique, de l’Innovation et de

l’Exportation. Également ministre responsable du Bas-Saint-Laurent et de la

Côte-Nord.

Je veux aujourd’hui confirmer une nouvelle qu’on a rendu publique ce midi à la

Chambre de commerce, c’est-à-dire un investissement de presque 6 millions de

dollars pour l’usine d’épuration des eaux de Rivière-du-Loup. Investissement

auquel le gouvernement du Québec va contribuer à la heuteur de presque 3

millions de dollars.

Nous le faisons dans le cadre de notre Programme d’infrastructures

Québec-Municipalités, qui est un programme qui fait presque 600 millions de

dollars et qui est en droite ligne avec le principe de développement durable. Ce

programme met l’accent sur les questions qui relèvent de l’eau, que ce soit les

eaux potables, les eaux usées, enfin tout ce qui touche les infrastructures qui

touchent à la consommation et à l’utilisation de l’eau au Québec.

C’est un programme qui est fait en partenariat avec les municipalités. Ce

programme reflète aussi la volonté du gouvernement de faire un rattrapage dans

le développement de nos infrastructures. Nous avons pris un retard

malheureusement au Québec. Cette année, nous dépenserons presque 5 milliards de

dollars en dépenses d’infrastructures. C’est un record, c’est 4,9 milliards pour

être très précis. Seulement au niveau des infrastructures routières, c’est 1,3

milliard de dollars cette année seulement.

Ça, c’est le maximum de ce que l’on peut dépenser compte tenu de la capacité de

l’industrie de construire des infrastructures routières. Alors, c’est vous dire

à quel point on voit là-dedans un élément très important pour assurer la

compétitivité du Québec. On le fait dans le domaine de l’éducation, dans le

domaine de la santé également, et on le fait parce qu’on veut donner aux

Québécois et Québécoises des projets structurants qui vont permettre du

développement économique et de la création de richesse.

Alors, voilà l’annonce que nous voulions partager avec vous.

Merci.

[Charest=20051024]

[Allocution du 24 octobre 2005 – Chambre de commerce de la MRC de Rivière-du-Loup]

Monsieur le Ministre du Développement économique

Monsieur le Président de la Chambre de commerce de la MRC de Rivière-du-Loup,

Monsieur le Maire,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Il me fait très plaisir de me retrouver aujourd’hui dans votre région. Vous

vivez dans l’un des plus beaux coins du Québec. Chaque passage chez vous est

pour moi une joie.

Le Bas-Saint-Laurent est une région emblématique du Québec. Ici, le Québec

forestier rejoint le Québec maritime; la ruralité cohabite avec l’urbanité;

l’économie traditionnelle côtoie la nouvelle économie.

Ici, on trouve à la fois un condensé des défis du Québec et la preuve de notre

capacité à les relever.

Dans le Bas Saint-Laurent, vous vivez dans un même souffle les changements

démographiques, la pression de la concurrence internationale, les besoins en

main-d’œuvre qualifiée, l’élan de la diversification économique et la nécessité

d’évoluer vers le développement durable.

C’est tout le Québec qui se révèle ici dans ses forces comme dans ses défis.

C’est de nos défis dont je suis venu vous parler aujourd’hui et de la manière

dont nous agissons pour les relever.

Comme vous le savez, je suis allé en Chine il y a quelques semaines à la tête

d’une délégation de 150 Québécois. Ce que j’y ai vu m’a renversé. Voyager en

Chine, c’est voyager dans le temps. C’est passer d’une société aux traditions

millénaires aux faubourgs de Shanghai qui est une ville du futur.

L’éveil de la Chine est certainement le plus grand bouleversement économique

depuis l’informatisation qui a révolutionné les méthodes de gestion et de

production. L’éveil de la Chine est en train de bouleverser les mouvements des

biens et des marchandises sur la planète.

Pour toutes les économies occidentales, c’est un défi. Nous pouvons y voir une

menace, mais nous pouvons aussi y voir des occasions de croissance.

Et c’est vrai jusqu’ici, à Rivière-du-Loup.

J’aimerais saluer le président de Premier Tech, M. Bernard Bélanger. Voici une

entreprise établie en région depuis 80 ans, qui a développé une expertise

mondialement reconnue, notamment dans le domaine des technologies

environnementales.

Premier Tech, qui est déjà active en Asie, annoncera aujourd’hui l’obtention

d’un important contrat avec la ville de Shanghai.

La mondialisation, c’est aussi l’affaire des régions. Vous avez votre place dans

la nouvelle économie mondiale.

Je veux saluer un autre entrepreneur de le région. En fait, c’est un Beauceron;

un Beauceron qui a choisi le Bas Saint-Laurent. M. Guy Bonneville, qui a repris,

il y a quelques années, les fenêtres Alphonse Lepage de Rivière-du-Loup. C’est

aujourd’hui une entreprise de 250 employés qui fabrique des portes et fenêtres

en bois haut de gamme. L’entreprise a bénéficié de l’appui d’Investissement

Québec cette année pour augmenter ses exportations aux Etats-Unis et créer plus

d’emplois à Rivière-du-Loup.

On a beaucoup parlé ces derniers jours de 2e et 3e transformation du bois. En

voici un bel exemple.

Le Québec fait face aujourd’hui à une convergence de défis sans précédent dans

notre histoire.

J’ai évoqué la Chine, qui fait pression sur notre économie. Mais parallèlement,

nous faisons face à des changements démographiques qui sont en train de

transformer notre société.

En 2011, le nombre de travailleurs commencera à décliner au Québec. En 2013, le

nombre de personnes de plus de 65 ans dépassera le nombre de personnes de moins

de 18 ans. En bout de ligne, ce que ça veut dire, c’est moins de personnes pour

financer nos services publics avec leurs impôts et plus de personnes qui auront

besoin de services publics.

Par ailleurs, nous sommes à la fois les plus endettés et les plus taxés du

continent. Les portes de l’endettement et de la taxation sont donc fermées.

La semaine dernière, l’ex-premier ministre Lucien Bouchard, secondé par une

douzaine de leaders québécois, publiait un texte intitulé Pour un Québec lucide.

Ce texte reprend avec force ces défis auxquels nous faisons face.

Laissez-moi vous en citer un extrait :

« Ce ralentissement démographique se produit au pire moment qui soit, à une

époque où les pays occidentaux sont appelés à faire face à une concurrence

inédite venant des pays asiatiques, tout particulièrement les géants chinois

et indien. (…) Loin d’être abstraites et lointaines, les conséquences du

déclin démographique commencent à se faire sentir; on n’a qu’à penser à

l’augmentation rapide des dépenses de santé, que nos gouvernements n’arrivent

pas à juguler et qui est en partie attribuable au vieillissement de la

population. On sait aussi que l’économie québécoise croît moins rapidement que

celle des provinces et états voisins; or, la faiblesse de notre démographie

est l’une des causes de cet essoufflement. »

La seule façon de s’en sortir, c’est de renouveler nos façons de faire et de

nous mettre au travail.

La principale difficulté, c’est la résistance au changement ; l’attachement à

nos habitudes. Le manifeste Pour un Québec lucide témoigne de cette résistance

au changement. Et je cite : « Le monde a changé et il faut nous adapter aux

nouvelles réalités. Refuser de le faire, ce serait comme s’entêter à taper ses

lettres à la dactylo sous prétexte que c’est avec celle-ci qu’on a appris à

écrire.(…) Cette espèce de refus global du changement fait mal au Québec parce

qu’il risque de le transformer en république du statu quo, en fossile du 20e

siècle. »

Depuis notre élection, l’action de notre gouvernement a été entièrement orientée

vers la prise en main de nos défis et j’estime que les principales critiques

auxquelles nous avons fait face sont liées à cette résistance naturelle au

changement.

Depuis que nous sommes élus, nous avons investi plus de 3 milliards de dollars

en santé. Nous nous préparons de cette façon à soigner plus de Québécois. Mais

nous ne faisons pas qu’investir davantage ; nous avons aussi réorganisé le

système de santé. Nous avons réuni les établissements en réseau pour être plus

efficace et nous avons fusionné les unités d’accréditation syndicale pour

assouplir la gestion du système.

En moins de trois ans, nous avons rajouté un milliard de dollar au budget de

l’éducation. Ceux qui sont sur les bancs d’école, sont moins nombreux que la

génération de leurs parents ; ils devront donc être meilleurs que nous, mieux

formés et mieux éduqués.

Nous avons aussi placé la famille au cœur de notre action, en soutenant toutes

les familles avec enfants, en développant le réseau des garderies et en

concluant une entente avec le gouvernement fédéral sur les congés parentaux.

C’est aussi une réponse au défi démographique, faire du Québec un meilleur

endroit pour voir naître et grandir des enfants.

Nous avançons dans la maîtrise de nos défis. Nous agissons de manière

responsable, avec conviction et rigueur.

Mais la principale solution à nos défis, le passage obligé, c’est la création de

richesse.

Si nous voulons préserver nos services publics ; si nous voulons nous donner une

marge de manœuvre financière et alléger le poids de notre dette, il faut générer

davantage de richesse au Québec.

Il faut nous donner une économie plus performante qui permettra d’augmenter le

niveau de vie des Québécois.

C’est exactement l’esprit de la nouvelle stratégie de développement économique

présentée il y a 10 jours par Claude Béchard.

Cette stratégie de développement économique présente un changement important,

une évolution philosophique.

Le rôle du gouvernement des années 2000, ce n’est pas de se substituer aux

entrepreneurs et aux investisseurs privés. Agir de la sorte, ça donne des

désastres comme la Gaspésia. Il ne faut plus que ça arrive. Le gouvernement n’a

pas le droit de jouer avec les espoirs des citoyens et avec les millions des

contribuables.

Le rôle du gouvernement, c’est de préparer le terrain. Ça veut dire :

une politique fiscale qui favorise l’investissement;

des programmes ciblés d’aide à l’innovation, à l’amélioration de la

productivité et à l’exportation;

favoriser la présence d’une main-d’œuvre qualifiée;

faire en sorte qu’il y ait des infrastructures de qualité.

Le rôle du gouvernement, c’est de créer le meilleur contexte possible pour que

l’entrepreneur puisse réussir et pour que l’investisseur puisse investir. C’est

de labourer la terre, mais ce sont les Québécois qui doivent semer les grains de

leur réussite et travailler pour récolter leur succès.

Le virage philosophique de cette stratégie de développement économique c’est de

poser comme principe premier que la réussite du Québec, c’est l’affaire de tous

les Québécois.

Nous sommes tous des agents de développement et de progrès économique et social.

Nous sommes tous une partie de la solution à nos défis. Nous sommes tous une

partie de la force québécoise.

Notre ambition, c’est de faire du Québec le meilleur endroit en Amérique du Nord

pour créer une entreprise ou investir dans la croissance d’une entreprise.

C’est notre responsabilité comme gouvernement. Mais ce sont les Québécois qui

vont faire la réussite du Québec.

Notre responsabilité, comme gouvernement, c’est aussi la préservation de nos

ressources.

Notre gouvernement a eu le courage de réduire l’exploitation forestière. À

l’échelle du Québec, nous avons réduit de 20 % la possibilité ligneuse.

Il n’y a personne qui veut voir se répéter avec notre forêt ce qui est arrivé

avec notre morue. Ce qui est nécessaire n’est jamais facile. Mais une société

qui grandit, c’est une société qui prend ses responsabilités. C’est ce que nous

faisons ensemble.

Votre région va bénéficier de mesures que nous avons annoncées la semaine

dernière pour atténuer les impacts de cette décision nécessaire. C’est 18,2

millions $ d’argent neuf pour la région.

Avec cet argent, nous allons intervenir sur quatre tableaux différents :

Nous allons aider les entreprises qui coupent du bois à mieux le couper, à

mieux protéger la forêt;

Nous allons aider les travailleurs affectés par cette décision à développer

d’autres compétences pour qu’ils puissent réorienter leur carrière et occuper

des emplois disponibles ici dans la région. Une aide sera spécialement

destinée aux travailleurs plus âgés.

Nous allons investir davantage dans la réalisation de projets de 2e et 3e

transformation du bois.

Et nous allons favoriser la diversification économique déjà bien amorcée au

Bas-Saint-Laurent.

Ces mesures d’atténuation ont été élaborées avec les régions. Une partie

importante des budgets alloués sera d’ailleurs gérée en région, en fonction de

vos priorités, de vos projets d’avenir.

À l’échelle du Québec, c’est un demi milliard $ que nous allons consacrer au

cours des trois prochaines années dans cette offensive sans précédent de

préservation de notre patrimoine forestier.

C’est un effort que nous vous demandons; c’est un effort que nous faisons avec

vous pour que les générations qui nous suivent puissent elles aussi profiter de

notre forêt.

C’est l’esprit même du développement durable.

Il se passe de belles choses dans le Bas-Saint-Laurent.

Je salue votre dynamisme et votre confiance dans l’avenir. Vous avez des projets

et vous avez l’énergie de les réaliser.

Le gouvernement est avec vous, dans vos projets de développement autant que dans

vos épreuves. Je pense par exemple aux mises à pied annoncées à l’usine Uniboard

de Sayabec, à la fin septembre. La municipalité de Sayabec va bénéficier d’une

aide gouvernementale spéciale accordée aux localités monoindustrielles. C’est un

dossier qui est suivi de très près par Claude Béchard et sa collègue Nathalie

Normandeau.

Vous avez fait le débat sur le projet de terminal gazier à Cacouna et vous avez

décidé démocratiquement d’aller de l’avant. Nous sommes solidaires de votre

décision.

Vous pouvez compter sur l’appui de notre gouvernement. C’est dans votre région,

par exemple, que se trouve l’un des plus importants chantiers routiers au

Québec. C’est le réaménagement de la 185.

Notre gouvernement a entrepris des changements importants, qui sont nécessaires

et qui vont dans le sens du développement à long terme du Québec.

Nous avons cette vision d’un gouvernement responsable qui fait équipe avec des

citoyens responsables pour que nous puissions tous grandir ensemble et relever

nos défis.

Merci.

[Charest=20051027]

[déjeuner-gala de remise des Grands Prix québécois de la qualité 2005]

Monsieur Rock Dubé, coprésident du Conseil des gouverneurs,

Madame Gisèle Desrochers, présidente du conseil d’administration du Mouvement

québécois de la qualité,

Monsieur Bruno-Marie Béchard, président du jury des Grands Prix québécois de la

qualité,

Cher collègue, Claude Béchard, ministre du Développement économique, de

l’Innovation et de l’Exportation,

Membres du Conseil des gouverneurs,

Distingués invités,

Il me fait très plaisir d’être avec vous aujourd’hui pour participer à cet

événement très prestigieux qu’est la remise annuelle des Grands prix québécois

de la qualité.

Et je voudrais, d’entrée de jeu, saluer tout le travail qui est accompli par le

Mouvement québécois de la qualité.

Votre organisation, Madame Desrochers, joue un rôle important dans la diffusion

et la promotion de valeurs d’excellence au sein des entreprises québécoises.

Et je voudrais rappeler aux gens ici présents, la collaboration qui s’est

établie entre notre gouvernement et le Mouvement québécois de la qualité dans la

cadre du Défi entrepreneuriat jeunesse, que nous avons lancé à l’hiver 2004 pour

promouvoir les valeurs entrepreneuriales chez les jeunes.

Au Québec, nous n’aurons jamais l’avantage du nombre. Le seul avantage à notre

portée est l’excellence. Et vous en êtes d’ardents promoteurs.

Je vous remercie de ce que vous faites.

Nous avons besoin de mouvements comme le vôtre, parce que les valeurs que vous

prônez sont celles qui nous aideront à relever les défis auxquels nous faisons

face.

On ne peut pas dissocier l’action de notre gouvernement de ces défis.

En 2011, le nombre de travailleurs va commencer à diminuer au Québec. En 2013,

le nombre de personnes de plus de 65 ans va dépasser le nombre de personnes de

moins de 18 ans. Ça veut dire moins de travailleurs qui vont financer avec leurs

impôts une demande accrue en services publics. C’est le défi démographique.

Parallèlement, nous sommes tout à la fois les plus endettés et les plus taxés du

continent. Ce sont donc deux portes, l’endettement et la taxation, qui nous sont

fermées. C’est le défi des finances publiques.

Et pendant que nous faisons face à ces défis, nos entreprises, elles, sont

confrontées à la concurrence nouvelle de la Chine et des autres économies

émergentes comme l’Inde et le Brésil.

Rarement, dans l’histoire du Québec, nous avons été confrontés à une telle

convergence de défis.

Pour traverser cette zone de turbulence, il faut changer nos façons de faire et

c’est ce que fait notre gouvernement.

Et celui qui change les choses s’expose à la résistance au changement. C’est

vrai en entreprise, c’est vrai aussi au gouvernement.

La semaine dernière, l’ex-premier ministre Lucien Bouchard flanqué d’une

douzaine de leaders du Québec publiait le manifeste Pour un Québec lucide.

Ce manifeste faisait les même constants que notre gouvernement quant aux défis

et il notait que le principal obstacle à notre avancement était justement la

résistance au changement :

« Le monde a changé et il faut nous adapter aux nouvelles réalités. Refuser de

le faire, ce serait comme s’entêter à taper ses lettres à la dactylo sous

prétexte que c’est avec celle-ci qu’on a appris à écrire.(…) Cette espèce de

refus global du changement fait mal au Québec parce qu’il risque de le

transformer en république du statu quo, en fossile du 20e siècle. »

Notre gouvernement a entrepris de redéployer les forces du Québec, pour relever

nos défis.

Nous avons réinvesti 3 milliards $ en santé et nous avons réorganisé le réseau

de la santé pour nous préparer à mieux soigner les Québécois.

Nous avons réinvesti plus d’un milliard $ en éducation pour que ceux qui nous

suivent, qui sont moins nombreux que la génération de leurs parents, puissent

continuer à faire prospérer le Québec quand nous, nous serons vieux.

Nous avons mis en place des mesures d’aide à la famille pour qu’il soit plus

facile au Québec de voir naître et grandir des enfants.

Nous avançons dans le sens de la maîtrise de nos défis. Et c’est aussi l’esprit

de la nouvelle stratégie de développement économique qui a été récemment

présentée par Claude Béchard.

L’objectif fondamental, c’est de créer plus de richesse au Québec, pour que nous

puissions préserver des services publics de qualité, et c’est aussi que nos

entreprises puissent mieux faire face à la concurrence internationale.

Cette nouvelle stratégie de développement économique redéfinit le rôle du

gouvernement en matière de développement économique. Le rôle du gouvernement,

c’est de préparer le terrain.

Ça veut dire :

une politique fiscale qui favorise l’investissement;

des programmes ciblés d’aide à l’innovation, à l’amélioration de la

productivité et à l’exportation;

favoriser la présence d’une main-d’œuvre qualifiée;

faire en sorte qu’il y ait des infrastructures de qualité.

Le rôle du gouvernement, c’est de créer le meilleur contexte possible pour que

l’entrepreneur puisse réussir et pour que l’investisseur puisse investir.

Le virage philosophique de cette stratégie de développement économique c’est de

poser comme principe premier que la réussite du Québec, c’est l’affaire de tous

les Québécois.

C’est l’idée qui est portée par le Mouvement québécois de la qualité et qui est

consacrée par les prix que nous décernons aujourd’hui.

Si chacun de nous, dans son entreprise vise l’excellence, c’est le Québec en

entier qui atteindra les plus hauts sommets.

Nous sommes tous une partie de la solution.

Les organisations qui seront honorées aujourd’hui ont atteint les plus hauts

niveaux de performance et de compétitivité dans une économie mondiale.

Elles deviendront des exemples et des inspirations.

Elles sont la preuve de la capacité du Québec à briller parmi les meilleurs.

Je vous encourage tous à continuer de promouvoir l’amélioration et l’innovation

dans vos organisations et auprès de vos partenaires d’affaires, et à faire

valoir les forces et les avantages du Québec.

Le meilleur est devant nous; le meilleur est ici, dans cette salle.

Merci.

[Charest=20051013]

[Séminaire de Chine]

Les pays émergents, plus particulièrement l’Inde : Un défi pour le Québec

Madame la Haute commissaire du Canada à New Delhi,

Dear members of the economic delegation of the Confederation of Indian Industry,

Mesdames, Messieurs,

Je veux, d’entrée de jeu, féliciter les Manufacturiers et exportateurs du

Québec, ainsi que leurs partenaires, d’avoir organisé ce séminaire sur les

relations d’affaires entre le Québec et l’Inde. Je vous remercie aussi pour

cette invitation qui me permet ce matin de venir vous parler des enjeux et défis

qui nous attendent dans le cours de ces relations.

Le fait que nous soyons aussi nombreux ici aujourd’hui est révélateur d’une

nouvelle donne incontournable dans l’environnement des entreprises : il faut

s’intéresser à l’Inde et il faut se positionner en Inde.

L’Inde est la 10e puissance économique mondiale, elle regroupe 17 % de la

population de la planète. Elle réunit les conditions pour poursuivre sa lancée

comme pôle majeur du développement économique mondial au cours des prochaines

années. Cette réalité, vous l’avez certainement comprise.

Il est clair que le Québec ne peut rester les bras croisés devant les

formidables changements que provoque l’émergence de l’Inde sur l’échiquier

mondial, comme celle aussi de la Chine. Des projections indiquent qu’au cours

des 20 prochaines années, la Chine passera du 7e au 2e rang mondial en terme de

PIB, alors que l’Inde se hissera au 3e rang des grandes puissances, devant le

Japon.

The emergence of these countries leads to the arrival of large groups, Indian

and Chinese, who represent for us business partners in the world. This is

particularly important for India. I am thinking for instance of the Tata Group,

one of India’s largest conglomerate, which has been in Quebec since a few years.

And I would like to welcome its representatives who are with us today.

Parallèlement, en Inde comme en Chine, une classe moyenne de consommateurs se

développe à grande vitesse. Elle est à hauteur d’un demi milliard de personnes

si on combine les données des deux pays. Dans une édition récente, Business Week

nous apprenait que la Chine constitue déjà le 3e marché mondial de l’automobile

et compte le plus grand nombre d’abonnés au téléphone cellulaire. La

consommation en Inde suit maintenant la même trajectoire ascendante que celle

qu’a connue la Chine depuis le début de la décennie.

Il m’apparaît essentiel que le Québec se prépare, dès maintenant, face à ce

nouveau contexte mondial, et mon gouvernement est disposé à travailler en ce

sens avec vous. Le phénomène des marchés émergents a d’ailleurs fortement

conditionné notre nouvelle stratégie de développement économique, rendue

publique plus tôt ce mois-ci par notre ministre Claude Béchard.

Notre stratégie, je vous le rappelle, a pour grand objectif de favoriser la

prospérité et la création de richesse pour les Québécois, et l’un des moyens

pour y arriver est d’améliorer notre performance sur les marchés situés à

l’extérieur du Canada et des États-Unis. Il ne s’agit évidemment pas d’être

présent partout. La taille de notre économie et de nos entreprises nous amène à

effectuer des choix stratégiques. Parmi les pays les plus prometteurs, au-delà

du marché naturel que constitue pour nous l’Amérique du Nord, se trouvent la

Chine et l’Inde.

Dans le cas de la Chine, on peut affirmer que nous avons bien progressé, tant

vous comme entreprises que nous comme gouvernement, et ce bien souvent ensemble.

L’éveil du Québec à la Chine s’est fait dès le début de la libéralisation

économique de l’Empire du Milieu, il y a 25 ans.

J’ai pu constater moi-même, en dirigeant le mois dernier une mission de quelque

155 entreprises et institutions québécoises à travers la Chine, que le Québec

est sur la bonne voie quant au développement de ses affaires dans ce pays.

But, what is going on with India? First, we must recognize that India’s

emergence as an economic power was rather theoretical just a decade ago. At

least, the extent of the phenomenon, as we know it today, was not integrated to

our vision of the world. Actually, India’s economic openness started only at the

beginning of the nineties. Without the ambitious reforms and significant

investments concentrated in specific areas, such as information technologies,

the economic take off of India that we observe now would not have taken place.

Mais, aujourd’hui, les entreprises québécoises doivent absolument prendre en

considération l’Inde, dans leur stratégie de développement, si elles veulent

demeurer compétitives et profiter des opportunités de marché. C’est vrai pour ce

qui est de la pénétration de ce marché dont le tiers de la population a moins de

14 ans.

C’est aussi vrai pour la compétitivité de nos entreprises à l’international,

l’Inde offrant dorénavant des avantages qu’on ne peut plus ignorer, ne serait-ce

qu’en matière de services informatiques et de design industriel.

C’est enfin vrai pour les partenariats qu’il est désormais souhaitable de faire

avec les entreprises indiennes qui visent le marché nord-américain. Je suis

assuré que tout cela sera discuté au cours de votre séminaire d’aujourd’hui.

Comme chef de gouvernement, mon rôle est de voir au juste positionnement du

Québec à l’égard de ce grand pays. Un positionnement qui doit être développé de

façon globale, c’est-à-dire en touchant les diverses facettes des relations avec

ce pays et ses habitants, et dans une perspective de long terme.

Dans le domaine qui nous intéresse aujourd’hui au premier chef, soit celui des

échanges économiques, on est d’abord forcé de constater, comme l’on fait déjà

avant moi d’autres collègues premiers ministres canadiens et le ministre fédéral

du Commerce international Jim Peterson, que le Québec et le Canada dans son

ensemble ne sont pas suffisamment présents sur cet important marché en

émergence.

En fait, à l’heure où l’Inde est en train de connaître une ouverture sans

précédent sur le monde, le Canada ne fait pas partie de ses 20 premiers

partenaires commerciaux. Les échanges du Québec avec l’Inde sont de l’ordre de

600 millions de dollars par année, soit environ 25 % de l’ensemble du commerce

canado-indien. Si on tient compte de la taille du marché indien, il est clair

qu’il subsiste encore une large place pour le développement de nos exportations.

Des perspectives prometteuses donc, en particulier dans des domaines où nos

entreprises excellent, notamment les télécommunications, les travaux

d’ingénierie, les logiciel et le multimédia, les transports et l’aérospatial.

Prenons par exemple SNC Lavalin, présente en Inde depuis près de 30 ans et qui a

su mener à terme d’importants projets hydro-électriques dans le nord de l’Inde.

Ou encore CGI, qui assure sa forte croissance à l’international en tirant

avantage du génie informatique indien. Prenons encore un de nos fleurons dans le

secteur du multimédia, Toon Boon, dont le succès est largement tributaire de ses

réalisations sur le marché indien.

Finally, Québec’s business community takes shape more and more to obtain a

better position towards the Indian market. Examples of this, among others, are

the organization of this seminar (the first of such an importance to take place

in Quebec), the recent creation of the India-Québec Business Council and the

development of relations with the Confederation of Indian Industries. A business

delegation of this Confederation is present today and I would like all of us to

welcome its members.

Dear guests, we especially appreciate your presence here in this festival of

lights period; may this Diwali bring you the utmost in peace and prosperity.

Mais il faut faire davantage pour stimuler les relations du Québec avec l’Inde,

les relations des Québécois avec le Indiens, car notre positionnement à long

terme exige que nous allions au-delà des échanges strictement économiques.

D’abord la présence d’étudiants indiens dans nos universités. Les liens que

développent les étudiants étrangers avec leur pays et leur université d’accueil

sont généralement très forts et le resteront toute leur vie. Ils seront souvent

un levier pour le développement de collaborations entre universités, surtout

pour les cycles supérieurs d’étude et de recherche.

Dans le cas particulier de l’Inde, l’intérêt est d’autant plus grand que ce pays

produit chaque année des centaines de milliers de gradués qualifiés, dont 350

000 ingénieurs! Or, en 2004, seulement 8% des étudiants indiens au Canada

étaient inscrits dans une université québécoise. Il est probable que le facteur

linguistique joue un rôle non négligeable dans cette situation, mais il est

sûrement possible de faire mieux. Il est d’autant plus important de se

positionner à ce chapitre que les effectifs d’étudiants indiens au Canada

connaissent actuellement une très forte croissance : leur nombre a quadruplé en

5 ans et avoisine maintenant les 5000.

Du côté de la science et de la technologie, la place occupée par le Québec en

Inde par rapport au reste du Canada est trop timide. En septembre, le ministre

du Commerce international, M. Peterson, dirigeait une imposante délégation

canadienne à New Delhi dans le cadre du 11e Sommet technologique.

Des 91 entreprises et institutions de recherche et d’enseignement qui ont pris

part à cette mission, une dizaine venaient du Québec. Cela est peu si l’on

considère que, bon an mal an, les chercheurs québécois réussissent à obtenir un

part plus qu’appréciable des fonds de recherche octroyés par le gouvernement du

Canada.

D’ailleurs, le gouvernement fédéral a annoncé lors de cette mission qu’il

investissait 6,75 millions de dollars sur cinq ans pour appuyer les projets de

recherche entre le Canada et l’Inde. J’invite les chercheurs et entrepreneurs

québécois à utiliser ces fonds pour développer des partenariats fructueux avec

l’Inde.

Besides, you have probably been able to appreciate, as I do, the crucial role

played by the members of cultural communities to develop links between their

host society and their country of origin.

To this end, in Québec we count on a very dynamic Indian community, of

approximately 40 000 people. It is one of our most important advantages for the

development of economic and academic relations with a country that still remains

– we must admit it – relatively unknown for the majority of the people from

Quebec.

Pour ce qui est du gouvernement du Québec, nous avons déjà amorcé ce que je

pourrais appeler le « virage indien ». Comme je l’ai mentionné, il s’agit de

l’un des marchés identifiés, dans notre nouvelle stratégie de développement

économique, comme offrant l’un des plus fort potentiel pour les exportateurs du

Québec.

Plus de missions économiques seront donc organisées sur ce territoire. Par

ailleurs, la nouvelle politique d’affaires internationales, que la ministre

Gagnon-Tremblay est en voie d’achever, portera notamment sur l’action du Québec

sur les marchés émergents, dont l’Inde évidemment, et ce pour plusieurs domaines

d’activité.

De mon côté, je me rendrai en Inde, en 2006, pour jeter les bases du

positionnement du Québec dans ce pays et pour envoyer un signal à l’ensemble de

la population du Québec concernant l’importance de l’Inde. Il s’agira d’ailleurs

de la première visite d’un premier ministre du Québec en Inde. Cette mission

aura trois objectifs spécifiques :

premièrement, démontrer l’intérêt du Québec pour le développement de relations

à long terme avec l’Inde;

deuxièmement, positionner le Québec comme un tremplin, en Amérique du Nord,

pour les entreprises indiennes;

enfin, engager le dialogue avec des leaders politiques et économiques pour

développer la coopération entre le Québec et l’Inde dans des secteurs

d’intérêt commun.

Pour assurer la réussite de cette mission, je compte notamment profiter de

l’excellent momentum des relations entre le Canada et l’Inde, marqué par la

visite en janvier 2005 du premier ministre Paul Martin en Inde et de la visite

attendue du premier ministre indien au Canada en 2006.

J’espère, en outre, revoir en Inde le chef de l’État du Maharashtra, M. Vilasrao

Deshmukh, avec qui j’ai établi un premier contact lors de la conférence BIO 2005

à Philadelphie, en juin dernier. Le Maharashtra et sa métropole financière et

économique, la ville de Mumbai (anciennement Bombay), sont certainement des

partenaires de choix pour le Québec en Inde.

J’espère aussi renouer contact avec le ministre du Commerce et de l’Industrie de

l’Inde, M. Kamal Nath, avec lequel j’ai entretenu des relations fructueuses

lorsque j’étais ministre de l’Environnement du Canada.

Nous verrons donc se multiplier, au cours des prochains mois, les efforts et les

initiatives pour que s’intensifient les échanges entre le Québec et l’Inde,

notamment au chapitre des relations économiques.

Pour plusieurs d’entre vous, tout comme pour mon gouvernement et plusieurs

institutions québécoises, il s’agit d’une nouvelle aventure, mais surtout d’un

défi des plus stimulant. Je suis convaincu que le Québec dispose de tous les

atouts nécessaires pour s’y démarquer.

Vos efforts, conjugués aux nôtres et à ceux du gouvernement fédéral, seront

certainement couronnés de succès si nous abordons les liens avec l’Inde avec

ouverture et persévérance. Et, comme point de départ, si certains parmi vous ne

sont pas déjà inscrits au séminaire de ce matin, je vous suggère d’annuler vos

autres rendez-vous et de profiter de cette formidable occasion de mieux vous

familiariser avec les opportunités et les réalités du marché indien.

Pour conclure, permettez-moi de citer le ministre des Affaires extérieures de

l’Inde, M. Natwar Singh, qui a mentionné lors d’un important discours prononcé à

Montréal en septembre dernier : « …today, it is no longer possible to ignore

India’s voice : without her, no calculus of the 21st century would be either

complete or viable ». Je vous laisse sur ces justes propos et je vous souhaite

un séminaire des plus productif.

[Charest=20051102]

[Discours du 2 novembre 2005 – Allocution du premier ministre du Québec, M. Jean Charest, à l’occasion du dévoilement du buste de Chauveau]

Salutations,

Les cérémonies à la mémoire de nos grands personnages sont toujours des moments

solennels et importants pour la mémoire collective du Québec.

Ils sont l’occasion de nous rappeler les épisodes qui ont été des tournants

heureux de notre histoire et qui constituent des balises qui ont orienté et qui

orientent encore notre développement.

Il ne s’agit pas, évidemment, de vivre dans le passé, mais plutôt de reconnaître

avec fierté la contribution de celles et de ceux qui nous ont précédés en terre

d’Amérique et qui ont jeté les bases de notre collectivité.

C’est une question d’identité, en quelque sorte, et c’est avec des gestes comme

celui que nous posons aujourd’hui que nous ajoutons des pierres à cette

structure impalpable – le sentiment d’appartenance – sans laquelle il n’est

pourtant pas de vie en société qui soit possible.

La construction de l’identité est une des missions essentielles du gouvernement.

En effet, pour savoir qui nous sommes et où nous souhaitons aller, nous devons

avant tout connaître nos origines.

C’est donc avec grand plaisir que je participe aujourd’hui au dévoilement du

buste de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau qui marque en même temps l’inauguration

de l’exposition consacrée à sa vaste collection de livres.

Comme chacun sait, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau a été élu premier ministre du

Québec l’année même de la signature de la Confédération canadienne.

Il a également été poète, romancier, essayiste, historien, journaliste,

professeur de droit romain, surintendant de l’instruction publique, doyen de

faculté de droit, passionné d’histoire naturelle, grand bibliophile, et j’en

passe.

Bref, cet ami et correspondant D’Alphonse de Lamartine a été l’un de nos grands

intellectuels de la deuxième moitié du XIXe siècle qui a consacré sa vie à la

culture et à l’éducation.

La société québécoise, telle qu’elle s’est constituée au fil du temps, lui doit

beaucoup.

Déjà, en 1867, alors qu’il vient d’être élu premier ministre, il crée le

ministère de l’Instruction publique et en prend les rênes pour mettre en place

un système scolaire qui a servi de modèle jusqu’à la Révolution tranquille.

Pierre-Joseph-Olivier Chauveau croit aussi à une politique intégrée de

l’éducation et de la culture. À ce titre, il souhaite le développement des

bibliothèques qui, selon lui, accomplissent l’œuvre de l’école et la prolongent

tout au long de la vie.

Il a même pensé aux écoles du soir pour l’éducation des adultes. Déjà de la

formation continue!

Pour concrétiser cette politique intégrée, il met sur pied la Bibliothèque de

l’instruction publique qui a été la première bibliothèque gouvernementale en

dehors de l’Assemblée.

Il fonde également un important périodique, le Journal de l’instruction

publique, qui est à la fois un instrument pédagogique, une revue de

vulgarisation scientifique et un outil de diffusion de la littérature populaire.

J’aimerais rappeler que, l’an passé, le ministère de la Culture et des

Communications lançait une nouvelle publication, Les Carnets du patrimoine, dont

le premier numéro portait justement sur Pierre-Joseph-Olivier Chauveau et son

immense collection de livres qui fait l’objet de l’exposition que nous

inaugurons aujourd’hui.

L’Assemblée nationale héritera de ce trésor en 1892, deux ans après son décès.

En dévoilant ce buste à la mémoire de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, le

gouvernement du Québec et la bibliothèque de l’Assemblée nationale rendent

hommage à un humaniste visionnaire. Celui-ci croyait au progrès pour l’ensemble

de la société, société qu’il a d’ailleurs contribué à rendre meilleure par son

action politique et par l’inlassable promotion de l’éducation qui a été son

cheval de bataille tout au long de sa carrière.

Je vous remercie !

[Charest=20051109]

[Allocution du 9 novembre 2005 – Soirée Un monde à faire 2005 sous les auspices de la Chambre de commerce de Québec]

Mesdames et messieurs les ministres et députés,

Monsieur le président de la Chambre,

Chers amis,

C’est la deuxième fois que vous me faîtes l’honneur de m’inviter à présider cet

événement qui vise à souligner et à reconnaître la contribution des immigrantes

et des immigrants à la vie économique de la région de Québec. C’est la deuxième

fois que j’ai le plaisir d’accepter et de me retrouver parmi vous.

En tant que premier ministre du Québec, je voudrais que ma participation à cette

soirée soit perçue comme un signal clair de l’importance qu’il faut accorder à

l’élargissement de notre famille au Québec et à Québec.

Cette volonté d’attirer et d’intégrer des personnes immigrantes dans la région

de la Capitale-Nationale rejoint un des principaux défis que le Québec doit

relever. Dès 2011, le nombre de travailleurs va commencer à diminuer au Québec.

En 2013 il y aura plus de personnes âgées de 65 ans au Québec que de jeunes de

moins de 18 ans.

On connaît les conséquences de cette tendance démographique sur les finances

publiques et sur les pénuries de main d’œuvre. D’ici 2008, dans la région de la

Capitale-Nationale, c’est près de 50 000 emplois qu’on aura le plus grand mal à

combler.

Dans ce nouveau monde sans frontières, si l’on veut conquérir de nouveaux

marchés, si l’on veut exporter plus de biens et de services, il nous faudra

importer des talents et des créateurs de richesse.

L’immigration est un des moyens à saisir pour maintenir le dynamisme et le

développement économiques d’une région comme celle de la Capitale-Nationale.

Aujourd’hui, les personnes immigrantes ne comptent que pour 3% de la population

régionale. Nous pouvons et nous devons en accueillir davantage.

Québec et sa région méconnaissent le potentiel d’un plus grand apport des

personnes immigrantes. Ces dernières méconnaissent également les atouts qu’une

ville et une région comme Québec peuvent offrir, autant en termes de débouchés

du marché du travail qu’en termes d’épanouissement des familles et de la qualité

de vie.

Québec est une ville d’histoire et de patrimoine. Les célébrations de son

400ième anniversaire de fondation serviront de tremplin pour la faire mieux

connaître et accroître son pouvoir d’attraction.

Québec est également le siège du gouvernement. Il s’agit d’un apport

incontestable au rayonnement de la ville et de la région. La proximité des

décideurs politiques et la présence d’une fonction publique expérimentée peuvent

faciliter les relations des citoyens, des organisations et des entreprises avec

le gouvernement.

Vous le savez, c’est un gouvernement que nous voulons plus moderne, plus

orientée sur l’efficacité des services aux citoyens, plus accessible et moins

bureaucratique.

Québec est une ville universitaire qui offre à sa population la perspective

d’augmenter et d’améliorer son niveau de savoir. Québec offre des services de

santé d’une grande accessibilité et d’une grande qualité. 9 personnes sur 10

sont satisfaites des services de santé dans la région de la Capitale-Nationale.

Ce sont deux facteurs majeurs d’attraction et de rétention des personnes qui

veulent s’y installer.

Et depuis avril 2003, c’est plus de trois milliards de dollars supplémentaires

que nous avons injectés dans le réseau de la santé.

Berceau de notre histoire, Québec est également une ville moderne où 84 % des

emplois se concentrent dans le secteur à forte valeur ajoutée des services.

Québec et sa région disposent d’une des infrastructures routières les plus

complètes et efficaces pour répondre aux besoins de la population et de son

économie.

Le ministre des Transports et ministre responsable de la région de la

Capitale-Nationale a annoncé des investissements de 106,3 millions en 2005-2006

seulement, pour améliorer encore le réseau routier de la région.

La prospérité de la grande région de Québec-Beauce-Chaudière-Appalaches repose

sur une économie de plus en plus diversifiée, tournée vers l’innovation. Elle

peut compter sur des entrepreneurs audacieux qui rêvent de conquérir des marchés

nouveaux et de mesurer leur capacités à créer des biens et des services avec les

meilleures entreprises de partout dans le monde.

Les nouveaux immigrants qui cherchent une terre fertile pour investir devraient

trouver ici, un dynamisme, une main d’œuvre et un savoir qui dépassent en

capacité bien d’autres régions de l’Amérique du Nord.

Le terrain sera d’autant plus fertile parce que ces investisseurs trouveront :

une politique fiscale qui favorise l’investissement,

des programmes sur mesure pour l’aide à l’innovation, à l’amélioration de la

productivité et à l’exportation,

la présence d’une main d’œuvre formée et qualifiée,

et des infrastructures et des services de qualité.

C’est une partie de ce que mon ministre Claude Béchard a défini comme l’Avantage

Québécois : des atouts qui servent une politique économique ambitieuse.

Ces nouveaux investisseurs qu’il faut souhaiter attirer ici, trouveront

également une énergie propre, l’hydro-électricité qui est non seulement une

richesse importante, mais également un formidable support au développement

économique. Mon gouvernement investira d’ici 2015, 15 milliards de dollars dans

le développement de cette ressource tout en ajoutant 3 000 mégawatts d’énergie

éolienne.

Dans la région de la Capitale-nationale, on dispose déjà de grands atouts.

L’économie tourne à plein régime. Le Conference Board du Canada l’a confirmé :

la croissance du PIB devrait atteindre 4 % cette année dans cette région. C’est

1 % de plus que le taux de l’ensemble du Québec.

Québec se situe au 5ième rang des villes canadiennes au chapitre de la

croissance.

Le taux de chômage est ici le plus bas au Québec : 6,6% comparé à 8,4 % pour

l’ensemble du Québec. Le tourisme est une industrie florissante qui a généré ici

1,4 milliards de revenus en 2004.

Le marché immobilier de Québec performe mieux que celui de Calgary, une ville en

plein boom économique.

Tous ces avantages devraient être mieux connus. Ils nous permettent d’espérer

attirer ici des personnes de partout dans le monde qui auront le goût de rester

et de bâtir avec nous un avenir meilleur.

Depuis plus de deux ans et demi, mon gouvernement a mis en œuvre une série de

politiques qui touchent autant le mieux-être des familles que des mesures

propres à favoriser le développement économique, tant au plan national que

régional.

Nous avons mis sur pied Services Québec afin que les entreprises cessent de se

perdre dans les dédales de l’administration gouvernementale. Nous avons aboli la

taxe sur la masse salariale pour la formation de la main-d’œuvre pour les PME et

éliminé la taxe sur le capital pour la majorité d’entre elles. Nous avons fait

des fonds FIER un outil plus souple pour les régions.

Nous avons redonné le contrôle de leur avenir aux régions en mettant sur pied

les Conférences régionales des élus (CRE).

Nous avons développé une politique ambitieuse de développement économique qui

vise, entre autres à favoriser la création de 1000 entreprises par année d’ici

2010. C’est encore un objectif de notre politique axée sur l’Avantage québécois.

Elle viendra renforcer tous les avantages de la région de la Capitale-Nationale

que j’ai énumérés ce soir et attirera chez nous, des immigrants entrepreneurs et

des immigrants travailleurs.

Ces politiques, et je le dis modestement sans en avoir dressé une liste

exhaustive, contribueront à faire du Québec et de Québec un lieu privilégié pour

investir, créer de la richesse et attirer une immigration dynamique.

Avec le défi démographique que nous avons à relever, notre politique

d’immigration doit s’insérer dans une vision d’avenir. Ceux qui choisissent de

venir s’établir chez nous doivent faire partie intégrante de notre société. Ils

sont des ponts tendus vers le monde. Leurs différences viennent enrichir notre

différence.

Nous devons travailler à les convaincre qu’en se joignant à nous, ils se

joignent au meilleur de ce que le monde a à offrir.

Si nous voulons une immigration qui contribue rapidement à notre développement,

nous devons lever les barrières. Car il y en a encore.

C’est ainsi que mon gouvernement et la ministre de l’Immigration et des

communautés culturelles, Madame Lise Thériault, avons commencé à lever les

obstacles à l’arrivée d’immigrants diplômés et formés à l’étranger. Ces

personnes doivent profiter d’une insertion et d’une intégration plus rapide.

Leurs expériences peuvent combler des besoins qui ne le sont pas actuellement.

Nous avons mené, sous la direction de la député Diane Legault, une consultation

auprès de plusieurs groupes sur la reconnaissance des acquis et l’accès aux

professions et métiers réglementés pour les personnes immigrantes.

Dans la foulée du Forum des générations , nous avons également formé une équipe

de travail sur la reconnaissance des diplômes et des acquis obtenus à

l’extérieur du Québec. J’en ai rencontré les membres et le président, monsieur

André Bazergui et j’accorde une importance particulière à leurs travaux.

Leur rapport attendu pour mars 2006 devrait suggérer des pistes et des mesures

pour que l’on agisse plus rapidement dans la reconnaissance de la formation et

des diplômes des personnes formées à l’étranger. Le Québec pourra ainsi

bénéficier de leurs compétences et ces personnes se sentiront valorisées et

intégrées.

Il existe déjà une collaboration étroite entre la Ville de Québec, les instances

régionales de développement, votre Chambre et le ministère de l’Immigration et

des communautés culturelles sur divers aspects touchant l’immigration.

Nous allons continuer d’encourager cette coopération afin que tous les acteurs

de la région puissent participer à l’identification des besoins en immigration,

à l’élaboration des outils d’intégration et des mesures de francisation des

nouveaux arrivants.

Nous allons particulièrement insister pour faire connaître aux employeurs de la

région et de la Ville de Québec, les bénéfices qu’ils peuvent tirer de plusieurs

programmes visant à encourager la venue chez vous d’une main d’œuvre immigrante.

Nous avons besoin de la contribution et de l’expertise des gens venus d’ailleurs

dans le monde pour nous aider à mieux conquérir ce monde et pour réaliser le

Québec de demain.

Je vous remercie.

[Charest=20051109b]

Discours du 9 novembre 2005 – Les chefs de file au Parlement organisé par la Fondation Jean-Charles-Bonenfant]

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Madame la chef de l’opposition officielle,

Monsieur le Député de Rivière-du-Loup,

Distingués invités,

D’entrée de jeu, je tiens à souligner le travail qui est accompli chaque année

par la Fondation Jean-Charles-Bonenfant pour promouvoir les valeurs

démocratiques au Québec et contribuer à une meilleure compréhension de nos

institutions politiques et parlementaires.

La démocratie n’est pas le système politique le plus simple; mais elle est

certainement ce que l’humanité a trouvé de mieux pour assurer le progrès des

peuples dans la paix et la justice.

C’est une question délicate qui nous est posée aujourd’hui : Comment rapprocher

la population de ses élus et mieux promouvoir les institutions?

Il faut reconnaître que nous vivons à une époque trouble et que les idéaux

démocratiques sont souvent mis à mal :

Les événements qui ont mené à la Commission Gomery ont jeté un discrédit sur

toute la classe politique;

La mondialisation force une redéfinition du pouvoir des États et accroît dans

certaines régions les écarts entre les riches et les pauvres;

Dans la foulée de la guerre au terrorisme, nous assistons à une montée des

fondamentalismes religieux et à une précarisation des droits humains.

Chez nous, pendant ce temps, les enjeux auxquels nous faisons face sont de plus

en plus complexes. On est loin de cette époque où tout était à faire, où nous

devions jeter les bases d’une société juste et d’un État moderne. Nous devons

adapter notre État et nos institutions à un contexte changeant. Or, tous les

propriétaires de maison savent qu’il est bien plus difficile de rénover que de

construire en neuf.

Pour moi, la meilleure manière de rapprocher les citoyens des élus et du même

souffle de mieux promouvoir nos institutions, c’est de faire notre travail avec

franchise et sincérité. C’est de dire aux Québécois les choses comme elles sont,

sans enjoliver ni noircir le tableau.

Cela signifie qu’en tant que parlementaires, nous devons nous interroger sur

l’image que nous projetons.

Je trouve toujours un peu malheureux que les seuls travaux parlementaires qui

trouvent écho dans les médias soient la période de question; c’est le seul

moment de la journée où nous nous campons dans des positions partisanes.

C’est une drôle d’image que nous projetons alors. C’est celle de gens qui

applaudissent celui ou celle qui saura le mieux mettre en boîte son adversaire.

Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de Québécois qui se reconnaissant dans ces

joutes oratoires.

Je crois que nous devons trouver une façon d’avoir des débats qui reflètent

mieux la manière dont vivent et travaillent les Québécois.

Ce serait une façon de favoriser un rapprochement entre les élus et la

population et de mieux promouvoir nos institutions.

Merci

[Charest=20051114]

[Annonce du projet créateur d’emplois chez Compuware]

Chère collègue du Conseil des ministres,

Mme White, chef de la direction chez Compuware,

Membres de l’équipe de direction de Compuware

Distingués invités,

C’est toujours un très grand plaisir d’annoncer un important projet créateur

d’emplois. Et aujourd’hui nous sommes très bien servis. En effet, Compuware

annonce pour son Centre de développement de Montréal, un projet qui nécessitera

la création de près de 800 emplois d’ici trois ans, dont 150 dès la première

année de l’entente.

Former autant de travailleurs commandera un effort très important de la part de

Compuware et un investissement en formation de près de 35 M$ sur trois ans. De

cette somme, 5,2 M$ proviendront d’Emploi-Québec, qui supporte les projets

économiques d’envergure.

Mme White, toutes les citoyennes et tous les citoyens du Québec se réjouissent

aujourd’hui du choix de la Métropole pour la réalisation de votre important

projet d’affaires.

Tous les emplois créés exigeront une formation universitaire et le salaire

offert sera très compétitif.

On dit souvent que gouverner, c’est prévoir. Je veux aujourd’hui rendre hommage

au premier ministre Robert Bourassa qui, dès les années 80, ciblait le

développement de créneaux d’excellence pour assurer la croissance de l’économie

québécoise. Parmi ces créneaux, il y avait les technologies de l’information. Il

faut voir à long terme pour servir l’intérêt public et il arrive parfois que le

mérite de certaines interventions ne soit reconnu que plusieurs années après

leur adoption.

Il n’en demeure pas moins que nous avions vu juste, puisqu’aujourd’hui, 100 000

personnes gagnent leur vie dans les technologies de l’information au Québec dont

38 000 dans les services informatiques. Selon TECHNOCompétences, à lui seul, le

secteur des services informatiques compte 4 000 entreprises dont 43 % sont

situées sur l’Île de Montréal.

Le choix de Montréal et du Québec pour la concrétisation de cet important projet

créateur d’emplois s’explique de plusieurs façons, mais je dirais que la

réputation indéniable de la main-d’œuvre québécoise constitue le facteur clé. Je

ne dirai jamais assez jusqu’à quel point je suis fier de notre main-d’œuvre.

Lorsqu’on se déplace ailleurs dans le monde, on comprend mieux jusqu’à quel

point cet avantage québécois est important dans la prise de décisions portant

sur de nouveaux projets d’affaires ou de nouveaux mandats mondiaux.

Le Québec dispose d’avantages comparatifs importants comme :

Un bon environnement d’affaires;

Une stabilité politique;

Une main-d’œuvre de qualité;

Un réseau d’éducation et des centres de recherche de haut calibre;o Des coûts

de main-d’œuvre et d’implantation avantageux;

Une très grande importance accordée à la qualité et au respect des grands

standards mondiaux d’excellence;

Un bilinguisme très apprécié des investisseurs et un apport marqué de diverses

communautés culturelles;

Et enfin, un soutien gouvernemental mesuré et adapté en fonction du type de

projet présenté.

Je voudrais aujourd’hui témoigner mon appréciation à Montréal International qui

dans son travail de démarchage a su faire valoir les atouts du Québec auprès de

la direction de Compuware.

Montréal International est un partenaire important de notre gouvernement puisque

le démarchage et la promotion de l’avantage québécois constituent des éléments

importants de la Stratégie économique que nous avons rendu publique il y a

quelques semaines.

Nous sommes très fiers que Compuware, qui est le 5e éditeur mondial de logiciels

et de services informatiques, ait choisi le Québec et Montréal pour cet

important projet d’expansion. Il s’agit d’une belle marque de confiance à

l’égard de l’économie québécoise et de sa main-d’œuvre.

La stratégie du gouvernement du Québec à l’égard des technologies de

l’information et des services informatiques est claire. Nous voulons continuer à

renforcer la masse critique du Québec en ce domaine, en y ajoutant des joueurs

clés comme Compuware.

C’est de cette façon que l’on contribuera le mieux au développement de ce pôle

d’excellence de l’économie québécoise. Compuware vient donc s’ajouter à d’autres

entreprises dominantes du secteur des technologies de l’information à Montréal

comme CGI, DMR et LGS. La concrétisation de ce projet ajoute au rayonnement de

Montréal et du Québec dans ce secteur stratégique de notre économie.

Cette stratégie présente les défis économiques du Québec de demain. De plus en

plus, nous devons composer avec des économies qualifiées d’émergentes qui sont

de féroces concurrents pour nos entreprises. Vous savez, le Québec et le Canada

sont aussi des destinations très prisées lorsqu’il est question de la

délocalisation de services informatiques notamment en raison de la proximité du

marché américain, de l’environnement d’affaires et de la qualité de la

main-d’œuvre.

Pour réussir à consolider et à développer le secteur des technologies de

l’information au Québec, il nous faut, de plus, bien analyser les stratégies

mises en place par les États concurrents et accompagner nos entreprises afin

qu’elles se conforment aux plus hauts standards mondiaux de qualité.

Le projet dévoilé aujourd’hui sera source de richesse pour le Québec et pour

Montréal, et il nous permettra de consolider et de développer l’un de nos

principaux créneaux d’excellence, celui des technologies de l’information.

Au mois de février dernier, je prenais la parole devant la Chambre de commerce

du Montréal métropolitain. Je disais alors que la population du Québec nous a

donné le mandat de lever les obstacles qui entravaient le développement

économique du Québec. C’est à quoi nous nous affairons jour après jour. Le

chômage a reculé, mais je crois que nous devons viser à le réduire encore.

Nous encourageons les entreprises à relever le défi de la productivité en

soutenant l’investissement stratégique. J’ai aussi dit que nous aiderions nos

entreprises à faire face aux économies émergentes. Une annonce comme celle

d’aujourd’hui va dans le sens des efforts que nous déployons depuis maintenant

plus de deux ans et demi.

Toujours lors de cette allocution, je disais que notre gouvernement allait

continuer de miser sur Montréal, sur son immense potentiel de savoir, sur son

rayonnement international, sur son bouillonnement économique et culturel. Vous

le savez, nous le savons, le gouvernement du Québec est un partenaire

incontournable de Montréal. J’avais dit que nous continuerions de développer le

Montréal technologique en s’appuyant sur une action concertée de plusieurs

ministères du gouvernement.

Nous avons répondu présent depuis que nous sommes en poste. Je pense ici entre

autres à Ubisoft et Electronic Arts. C’est aussi ce que nous répondons

aujourd’hui en participant au plan de formation de près de 800 nouveaux employés

de Compuware.

Notre gouvernement vise à créer davantage de richesse au Québec et nous y

parviendrons. Notre vision du rôle de l’État correspond à nos valeurs et à notre

volonté de faire en sorte que nous puissions créer cet environnement propice aux

investissements. Nous n’entendons pas nous substituer au secteur privé. Notre

rôle est de préparer le terrain avec une politique fiscale qui favorise

l’investissement, des programmes ciblés d’aide à l’innovation, à l’amélioration

de la productivité et à l’exportation, des mesures favorisant la présence d’une

main-d’œuvre qualifiée et des infrastructures de qualité.

Voilà le Québec que nous sommes en train de réaliser ensemble. Un Québec plus

fier, un Québec prospère qui rayonne sur le plan économique et social et dont

toutes les générations pourront bénéficier.

Merci.

[Charest=20051117]

[Allocution du premier ministre du Québec, M. Jean Charest, à l’occasion du financement de la formation en médecine de l’Université de Sherbrooke à l’Université du Québec à Chicoutimi]

Salutations,

Nous le savons tous, en éducation comme dans tous les secteurs, nous nous devons

d’être créatifs pour trouver des solutions novatrices aux différentes

problématiques qui émergent d’une société et d’un monde en constante mutation.

L’un de ces défis est la formation d’un plus grand nombre de médecins et,

surtout, d’un plus grand nombre de médecins qui vont connaître la réalité de la

pratique en région.

C’est pourquoi je suis particulièrement heureux d’être ici aujourd’hui, afin de

souligner l’implantation, au Saguenay, d’un programme de formation en médecine,

en collaboration avec l’Université du Québec à Chicoutimi.

En effet, l’arrivée, à l’automne 2006, de 24 étudiants en médecine est rendue

possible grâce à l’Université de Sherbrooke, qui va créer un pôle de formation

en médecine dans la région du Saguenay. Ce projet aura pour effet de favoriser

une meilleure répartition de l’effectif médical.

Voici un bel exemple de la capacité d’innover que l’on trouve dans nos

universités et de la place stratégique que celles-ci occupent dans le

développement des régions.

Cette collaboration entre l’Université de Sherbrooke et l’Université du Québec à

Chicoutimi se situe à la rencontre des deux plus importantes priorités

gouvernementales : l’éducation et la santé. C’est par des initiatives comme

celle-ci que nous parviendrons à maintenir et même à accroître la qualité des

services éducatifs et de santé dans toutes les régions du Québec.

Votre région rejoint ainsi celle de la Mauricie, pour laquelle un projet

similaire est en cours, ayant été annoncé par mon gouvernement il y a deux ans.

Je vous signale par ailleurs que de plus en plus de milieux au Québec

accueillent des étudiants postdoctoraux en médecine, donc après la formation

initiale dont nous parlons ce matin.

Les résidents font notamment des stages au sein de nouvelles unités de médecine

familiale établies en région.

Le nouveau pôle de formation que nous annonçons aujourd’hui mettra les futurs

médecins en contact avec la pratique de la médecine en milieu régional. Ceux-ci

seront ainsi mieux préparés pour travailler à l’extérieur des grands centres.

Parions même que plusieurs choisiront de s’établir et de faire carrière ici ou

dans une autre région située hors des grands centres.

Plutôt que d’investir des sommes considérables dans la création d’une nouvelle

faculté de médecine, on utilise de façon optimale le savoir-faire développé dans

un programme réputé ainsi que les installations de qualité présentes en région.

C’est pourquoi le gouvernement du Québec a décidé d’investir dans ce projet qui

permettra à l’Université de Sherbrooke de former ici un contingent d’étudiants

en médecine dès l’automne 2006.

Une première somme de 2 100 000 $, octroyée par le ministère de l’Éducation, du

Loisir et du Sport, permettra à l’Université du Québec à Chicoutimi d’aménager

les espaces et d’acquérir l’équipement requis pour la formation de ces futurs

médecins.

Le Ministère soutient également l’Université de Sherbrooke dans la réalisation

de ce projet en lui octroyant une subvention forfaitaire annuelle de 320 000 $,

et ce, pour les trois prochaines années. Une subvention de 150 000 $ lui est

aussi accordée afin de lui permettre d’aménager des services de visioconférence.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) appuie quant à lui le

projet à hauteur de 4,521 millions de dollars. Cette aide gouvernementale

permettra à l’Hôpital de Chicoutimi de rehausser ses infrastructures, de sorte

que 3,7 millions de dollars seront consacrés à des immobilisations, 346 000 $ à

l’achat d’équipement et 225 000 $ aux technologies de l’information et aux

systèmes d’information. De plus, le MSSS investira 250 000 $ afin de combler les

frais reliés à l’implantation du programme.

Grâce à ces investissements, mais surtout grâce à l’esprit d’innovation déployé,

il y aura 96 étudiants en médecine à Chicoutimi pour l’année scolaire 2010-2011.

Voilà autant de médecins qui se seront familiarisés avec la pratique de la

médecine en région et qui, en y découvrant les avantages, décideront peut-être

de s’y installer à demeure.

Je tiens donc à féliciter tous les artisans de ce projet d’avenir. J’espère

sincèrement qu’il inspirera d’autres initiatives originales qui contribueront à

jeter les bases de notre prospérité future.

Merci.

[Charest=20051118]

[Allocution du premier ministre du Québec, M. Jean Charest, à l’occasion de l’annonce du financement du plan de relance de la région de Magog]

Monsieur Pierre Reid, ministre des Services gouvernementaux et député d’Orford,

Monsieur Marc Poulin, maire de Magog et président du CLD de la MRC de

Memphrémagog,

Mesdames et messieurs,

Je suis fier d’être ici aujourd’hui pour vous annoncer une très bonne nouvelle

qui réjouira, j’en suis certain, les entrepreneurs et les entreprises

manufacturières et les travailleurs de la région de Magog.

Conscient des enjeux économiques et sociaux et des difficultés éprouvées par le

secteur manufacturier dans la région de Magog, notre gouvernement a choisi de

venir en aide à la région afin de relancer et de diversifier son économie,

notamment en incitant les entreprises à améliorer de façon continue leur

compétitivité et à moderniser leurs technologies et leurs pratiques d’affaires,

et en soutenant les projets d’investissement qui mettront à profit les avantages

de Magog.

Un comité interministériel a été formé afin d’accompagner les intervenants

locaux et régionaux dans leur démarche de relance de l’économie de la région. Et

je vous assure que leurs travaux ont porté fruit.

Je suis heureux d’annoncer une aide financière de trois millions de dollars pour

la réalisation d’un plan de relance pour la région de Magog, lequel comporte

deux axes d’intervention : le soutien aux entreprises et le soutien aux

travailleurs affectés.

Ce plan comprend des mesures visant à appuyer les entreprises en difficulté, à

accompagner la main-d’œuvre locale touchée par les fermetures d’usines et à

accroître la capacité de la région à attirer de nouvelles entreprises.

Je laisse le soin à monsieur Reid de vous présenter avec plus de détails l’aide

gouvernementale. Je tiens toutefois à vous dire que l’ensemble des mesures,

adaptées à la situation des pertes massives d’emplois à Magog, démontre bien que

le gouvernement du Québec a la ferme intention d’en atténuer les impacts auprès

de la population et des entreprises en agissant de manière solidaire avec le

milieu.

Le déploiement de cette stratégie de relance permettra aux instances locales de

participer directement aux efforts de redressement économique de la région de

Magog.

C’est d’ailleurs dans cette optique que nous avons confié aux élus municipaux le

leadership en matière de développement local et régional, permettant ainsi aux

régions de réaliser leur plein potentiel de développement.

Le plan d’action met l’accent sur des interventions qui prennent appui sur le

potentiel de la région. Plusieurs entrepreneurs de Magog se démarquent et

affichent un taux de croissance enviable. Leur dynamisme, jumelé à notre

soutien, permettra à la région de Magog de maintenir ses acquis de

développement. La Ville peut déjà compter sur des atouts distinctifs de

formation spécialisée et de qualité de vie, grâce auxquels, j’en suis persuadé,

nous atteindrons nos objectifs communs.

L’entrepreneuriat constitue le véritable moteur du développement économique des

régions. Les nouvelles entreprises créent de la richesse et des emplois. Elles

constituent l’une des forces du développement économique tant dans l’ensemble du

Québec, que dans la MRC de Memphrémagog.

Les PME, qui sont au cœur de notre développement économique, font d’ailleurs

partie des neuf avantages de la nouvelle Stratégie gouvernementale de

développement économique, intitulée L’avantage québécois.

Nous misons aussi sur des régions dynamiques et innovantes. Chaque région doit

pouvoir compter sur un environnement économique favorable à l’investissement,

sur une main-d’œuvre spécialisée et de grande qualité et sur un réseau de PME

dynamiques et tournées vers l’innovation. C’est en misant sur les avantages, les

forces et les potentiels de développement de chacune des régions que l’économie

du Québec pourra prospérer de façon durable.

Je tiens à remercier les intervenants locaux, réunis autour du maire de Magog,

monsieur Marc Poulin, et en particulier le CLD de Memphrémagog pour leur

implication. Je salue également les efforts constants de mon collègue Pierre

Reid, ministre des Services gouvernementaux et député d’Orford, pour sa

détermination à mobiliser l’ensemble de la région, ce qui a conduit à des

résultats très prometteurs en matière de capacité d’action et de relance.

L’annonce d’aujourd’hui s’inscrit dans la poursuite des efforts déjà consentis

et témoigne de la volonté du gouvernement de soutenir le redressement économique

de la région de Magog, comme il l’a fait notamment pour le secteur d’Asbestos et

pour Murdochville.

J’invite les industriels et les entrepreneurs à accélérer la diversification des

activités économiques régionales et à concrétiser les projets de développement

afin d’assurer la prospérité à long terme et la richesse de leur MRC.

Je vous remercie.

[Charest=20051216]

Nous allons faire le point aujourd’hui sur la dernière session parlementaire,

et, pour ma part, je reviendrai sur les événements des derniers jours et je

laisserai à mes collègues qui m’accompagnent ce matin le soin de passer en revue

les principaux éléments de notre action gouvernementale.

D’abord, allons à la loi qui vient d’être passée hier. En légiférant pour

déterminer les augmentations salariales des employés de l’État et aussi les

conditions de travail pour certains groupes de syndiqués, le gouvernement a mis

un terme à une négociation qui avait produit tout ce qu’elle pouvait produire.

Rappelons-nous que les négociations ont commencé il y a 18 mois, il y avait eu

plus de 1 500 rencontres. Mme Carbonneau, M. Massé et Mme Jérôme-Forget et moi

avions fait le point vendredi de la semaine dernière, il y a une semaine, sur

les négociations et avions pris la décision d’accélérer les négociations, mais,

cette semaine, de toute évidence, il fallait tirer les conclusions.

Je vous rappelle qu’on a conclu des ententes sur les aspects normatifs, on a

fait ça de gré à gré, avec des groupes représentant la grande majorité des

employés de l’État. Il y a plus d’une trentaine d’ententes qui ont été, donc,

négociées sur les conditions de travail d’au moins 330 000 personnes qui

travaillent pour l’État québécois, et ça, c’est très important, parce que ça

veut dire qu’on s’est entendu effectivement sur des choses dont vous parleront

dans quelques minutes mes collègues. Les ententes conclues de gré à gré sont des

ententes qui sont surtout gagnantes pour les citoyens du Québec. Ça, on en est

très fiers, parce que c’est en droite ligne avec le mandat qu’on s’est donné

lors de l’élection du gouvernement. Dans ces ententes-là, on vous en parlera, de

ce qu’on a réussi à faire pour améliorer la prestation de services pour les

citoyens du Québec, et ces ententes sont gagnant-gagnant aussi pour les hommes

et les femmes qui travaillent pour l’État et pour le gouvernement du Québec qui,

lui, a des missions à réaliser également. Alors, ça nous permet d’améliorer les

conditions de travail, ça permet au gouvernement d’aller chercher plus de

souplesse pour améliorer ses services.

Pour ce qui est de la question salariale, il n’y avait simplement pas de

possibilité de conclure une entente, l’écart était trop grand. C’est la

conclusion qu’on a tirée cette semaine. On l’a dit franchement. D’ailleurs, on

en reparlera, mais, dans l’approche qu’a choisie le gouvernement, il faut se

rappeler que la question des finances publiques, ça a été au centre de tous les

débats qu’on a vécus dans les deux dernières années. On n’a épargné aucun effort

pour dire aux Québécois: La situation des finances publiques, vous la connaissez

et les chefs syndicaux la connaissent également. C’est une réalité

incontournable. Les chiffres sont très têtus. Et on a choisi d’en tenir compte

puis on a choisi aussi une approche basée sur la franchise là-dessus, pour dire

aux Québécois qu’on a des moyens qui reflètent leurs moyens à eux.

Nous avons donc agi d’une manière responsable en accordant à nos employés des

augmentations globales correspondant à la capacité de payer des citoyens et qui

représentent à terme une dépense supplémentaire de 3,2 milliards de dollars

incluant l’équité salariale.

Là-dessus aussi, je tiens à le préciser, on a déjà vécu des négociations au

Québec où le gouvernement du Parti québécois avait coupé de 20 %, imposé une

coupure de 20 % par loi spéciale. Lucien Bouchard évoquait récemment le fait

qu’il avait devant lui en 1996 un scénario où il coupait de 6 % les salaires. Il

a choisi à la place de couper dans les services. C’est aussi la grande

distinction : la dernière grande négociation qui s’est faite au Québec, si on

avait à comparer avec la nôtre, ç’en est une où le gouvernement du Parti

québécois a choisi de couper dans les services pour équilibrer les budgets, par

opposition à nous qui avons choisi de préserver les services, les améliorer,

mais surtout de changer nos façons de faire pour mieux livrer les services, tout

en accordant une augmentation salariale et en traitant la question de l’équité

salariale.

Alors, nous avons fait le choix de se donner plus de services publics. Nos

services au Québec sont plus nombreux qu’ailleurs, c’est plus généreux

qu’ailleurs et à cela, bien, il y a des conséquences. Ça veut dire qu’il y a un

prix rattaché au choix que la société québécoise a fait d’avoir plus de

services, mais des services qui sont plus généreux.

Comme gouvernement, on a par ailleurs fait le choix de régler la question de

l’équité salariale. La question de l’équité salariale, ça touche 235 000

personnes. Évidemment, fortement, la forte majorité, ce sont des femmes. Et

c’est une question de justice pour les personnes qui travaillent pour l’État

québécois et là-dessus, évidemment le travail reste encore à faire, mais on a

fait beaucoup d’efforts pour avancer là-dessus.

On a également établi au point de départ notre marge de manoeuvre puis on s’est

tenus aux chiffres qu’on avait annoncés au mois de juin 2004. C’est le sens aigu

du devoir, de l’intérêt général de tous les Québécois qui nous a guidés dans

cette façon de conclure les négociations.

Au terme de ce processus, nous avons des questions à nous poser sur les services

que nous voulons et sur notre capacité de les financer adéquatement. C’est un

débat que nous aurons dans les prochains mois. Il y aura dans la deuxième partie

évidemment de notre mandat et en 2006, il y aura des débats sur ces

questions-là. Et nous nous mettons au travail sur ces questions-là dès le début

de l’année 2006.

Mais notre objectif demeure toujours le même, c’est de faire progresser le

Québec et aussi de s’assurer que les services que nous livrons soient des

services de qualité, mais aussi des services qui reflètent la première priorité,

c’est-à-dire les citoyens qui, eux, paient pour les recevoir.

(intervention de ministres)

La fin de la session permet au gouvernement de franchir une étape importante

dans son mandat. La négociation est une synthèse pour nous d’un certain nombre

d’actions gouvernementales qui convergent, qui reflètent les priorités qu’on

avait annoncées qui sont les priorités des Québécois, santé, éducation, famille,

qui reflètent notre volonté de changer les façons de faire de l’État pour se

centrer sur les citoyens.

Et là-dessus, un exemple que donnait Monique Jérôme-Forget, juste le changement

dans les arbitrages de griefs, depuis 40 ans au Québec, qu’on vivait sous un

régime où l’employeur payait pour tout, alors que, maintenant, on aura un

régime, bon, basé sur le bon sens où celui qui perd paie. Alors, il y a un

élément de changement de culture, et tout ça se fait dans un esprit de

concertation aussi avec des gens qui travaillent pour l’État québécois de telle

sorte qu’on va pouvoir mieux livrer des services dans la santé, je vous en ai

donné un exemple solide, mais également dans le domaine de l’éducation et pour

l’ensemble de la fonction publique.

Rapidement, sur 2006. Il y aura le dépôt de la politique énergétique,

évidemment, la stratégie pour les changements climatiques, le jugement de

Chaoulli – Philippe y a fait référence – il y a une politique jeunesse qui va

venir, il y a la question des relations internationales. Il y a le budget qui

est toujours un moment très fort dans l’année, qui arrivera au mois de mars. Il

y a également… dans les relations intergouvernementales, la question du

postsecondaire sur laquelle Jean-Marc travaille beaucoup.

Et dans la nouvelle année, bien, on s’attend évidemment à voir apparaître, à

l’Assemblée nationale du Québec, le chef du Parti québécois, si on peut le

trouver, M. Boisclair, qui devrait, quant à nous, évidemment – et je pense que

les Québécois s’y attendent aussi – être là où il doit être, c’est-à-dire à

l’Assemblée nationale. Et on lui réitère toujours l’offre de lui ouvrir la voie

dans le comté de Sainte-Marie-Saint-Jacques pour qu’il puisse venir là où il

doit être, c’est-à-dire à l’Assemblée nationale pour débattre avec nous des

alternatives puis des choix que les Québécois et Québécoises doivent faire.

Merci

[charest=20060224]

Allocution du premier ministre du Québec, M. Jean Charest, lors de l’ouverture

du Sommet sur l’éducation postsecondaire et la formation professionnelle

Ottawa, 24 février 2006

Je veux tout d’abord vous dire à quel point je suis heureux de me retrouver avec

vous aujourd’hui.

D’emblée, je veux vous remercier d’avoir pris de votre temps qui est très

précieux, nous le savons, pour être avec nous pour ce sommet sur l’avenir de

l’éducation postsecondaire et de la formation professionnelle et technique et la

formation également de la main d’œuvre.

Donc sur cette note vous dire à quel point les premiers ministres et le Conseil

de la fédération sont fiers d’avoir suggéré cet événement et qu’il ait lieu

aujourd’hui.

C’est la première fois dans l’histoire que les premiers ministres, par le biais

du Conseil de la fédération, se réunissent pour parler d’un enjeu avec les gens

de ce milieu.

C’est significatif et il y a en soi un message très important dans le simple

fait que cet événement ait lieu.

Profitez de l’occasion pour regarder autour de vous parce que nous allons

aujourd’hui, je pense, poser un geste très significatif pour l’avenir de

l’enseignement postsecondaire, pour la formation professionnelle, pour la

formation de la main d’œuvre.

C’est vous dire combien cet enjeu est extrêmement important pour l’avenir et

c’est le message que nous devons porter partout où nous irons après ce sommet,

que nous devons absolument partager avec nos concitoyens.

Le fait que nous soyons ici, que cet événement ait lieu, envoie le message à

tous nos concitoyens que c’est un enjeu fondamental pour l’avenir du Canada.

Le Conseil de la fédération nous a mandaté, monsieur McGuinty et moi, au mois

d’août dernier, pour élaborer un plan d’action pour améliorer les systèmes

d’éducation postsecondaires et de la formation professionnelle et technique et

de la main d’œuvre.

Dans cet esprit, nous avons tenu en octobre 2005 à Québec une réunion des

ministres responsables de l’Éducation postsecondaire, de la formation au sens

général et également des ministres des Finances.

C’est également rare de réunir et de mobiliser autant de ressources de nos

gouvernements respectifs de chaque province, chaque territoire sur un seul

enjeu.

Encore une fois, c’est une occasion de réitérer à quel point cet enjeu est

important pour nous.

Aujourd’hui, avec nos principaux partenaires, nous examinerons les principaux

défis et les enjeux qui caractérisent l’avenir de l’enseignement postsecondaire

et la formation professionnelle.

Votre participation à cet événement aujourd’hui est indispensable. Vous êtes

parmi les leaders de notre société vers qui nous nous tournons pour nous guider

dans nos choix.

Les enjeux de notre génération commandent que nous puissions faire appel à une

société du savoir. Pourquoi ? Sans exclure d’enjeux, permettez-moi d’en rappeler

quelques-uns : la mondialisation, la lutte à la pauvreté, le développement

durable, la sécurité, les finances publiques, la démographie, le développement

de nos régions, les échanges commerciaux, l’innovation, le développement de

nouvelles technologies.

Nous devons compter sur la recherche, sur le développement, sur l’innovation, la

créativité et l’intelligence de nos citoyens pour faire grandir notre société.

Nous devons penser également à l’effort supplémentaire que nous devons faire

pour aider et rejoindre les personnes, les personnes immigrantes par exemple,

afin de les aider à intégrer le marché du travail et aussi permettre la

reconnaissance des compétences et des diplômes des nouveaux arrivants.

Il y a aussi des personnes plus âgées qui subiront des pressions pour demeurer

plus longtemps en emploi. Pensons à la présence accrue des femmes sur le marché

du travail, qui est un autre exemple concret des défis qui nous attendent.

Et que dire des jeunes évidemment qui veulent accéder au marché du travail et

qui ont besoin de compétences pour pouvoir justement y arriver.

Lorsqu’on décline ces défis, on découvre rapidement l’importance de l’enjeu que

nous allons discuter ensemble aujourd’hui.

Aucun gouvernement, aucune université ou collège ou maison de formation, aucune

entreprise, aucun groupe communautaire ne peut, seul, faire face à ces défis.

Le développement de la société du savoir et de la formation continue et doit

s’inscrire à l’intérieur d’une vision globale.

Nous devons disposer d’un plan et surtout pouvoir le financer.

Pour cela, nous devons compter sur une forte collaboration entre les

gouvernements, les provinces et les territoires, et aussi avec le gouvernement

fédéral.

Une collaboration découlant d’intérêts communs.

Je tiens à souligner qu’aujourd’hui, le Conseil de fédération invité des

représentants des quatre grands partis politiques représentés à la Chambre des

communes. Nous avons voulu et souhaité une participation active de tous les

acteurs de la scène politique au niveau fédéral et je les remercie d’être

présents avec nous aujourd’hui.

Cela doit se faire aussi lorsqu’on fait appel à l’intérêt commun, au rôle de

chacun, ça doit se faire aussi dans le respect des compétences des deux ordres

de gouvernement.

Ce n’est pas une question de détails pour nous. Si nous voulons de

l’imputabilité, si nous voulons vraiment rendre service à nos citoyens, livrer

ce que nous devons livrer, nous devons le faire dans le respect des compétences

en définissant le rôle de chaque acteur dans le réseau et de chaque pallier de

gouvernement.

Il faut donc investir davantage dans nos systèmes d’éducation postsecondaire, de

formation professionnelle et de main d’œuvre.

Les provinces ont, jusqu’à maintenant, consacré des efforts considérables mais

force est de constater qu’au cours des dix dernières années, le soutien du

gouvernement fédéral n’a pas suivi.

Le Conseil de fédération, au mois d’août dernier, demandait au gouvernement

fédéral qu’il rétablisse, dans un premier temps, son financement au niveau de

1994-1995.

S’il devait le faire, c’est une montant de 2,2 milliards de dollars.

Dans un deuxième temps, nous croyons qu’il doit ajuster ce montant pour tenir

compte de l’inflation, ce qui nous amènerait, si ça devait être le cas, à un

montant de 4,9 milliards de dollars.

Ceux et celles qui sont dans le réseau, qui sont dans le domaine, et vous

l’êtes, savent que depuis 94-95, nous avons beaucoup évolué, les besoins ont

changés, il y a même des besoins nouveaux.

Forts des réflexions et de l’éclairage que vous nous fournirez au cours des

discussions d’aujourd’hui, le premier ministre McGuinty et moi-même serons en

mesure de faire rapport prochainement au Conseil de la fédération.

Dès lors, le Conseil se mettra à la tâche d’élaborer une stratégie à l’égard de

l’éducation postsecondaire, de la formation professionnelle et technique et de

la main d’œuvre et de déterminer l’apport nécessaire de chacun incluant la

contribution que doit faire le gouvernement fédéral.

Nous devons d’abord convenir entre nous et avec votre appui de la meilleure

façon de répondre aux défis qui nous confrontent. Il faudra surtout en assurer

le financement de manière à répondre aux besoins des citoyens.

Ensuite, nous voudrons nous entretenir de cette stratégie incluant la question

financière et nous aurons une occasion de le faire dès aujourd’hui avec le

nouveau premier ministre du Canada, monsieur Harper.

Il s’agit en fait d’une occasion unique dans notre histoire. Sans vouloir

l’exagérer, c’est ce que nous sentons, nous les premiers ministres qui sont ici

devant vous.

C’est une occasion unique de marquer un progrès dans le règlement d’un autre

dossier, même du déséquilibre fiscal.

Mais c’est une occasion surtout pour nous de construire une société plus juste,

une société plus prospère, une société plus épanouie. Mesdames et messieurs,

saisissez donc cette occasion.

Bon sommet.

[Charest=20060227]

[Déclaration du premier ministre du Québec, M. Jean Charest, à l’occasion des ajustements au Conseil des ministres]

Alors, mesdames, messieurs, j’ai apporté aujourd’hui quelques ajustements à

notre Conseil des ministres. Notre gouvernement travaille bien et le partage des

responsabilités entre les différents ministres nous permet d’avancer dans tous

les domaines de l’action gouvernementale.

Notre but, aujourd’hui, est de renforcer cette équipe en intégrant au Conseil

des ministres le nouveau député du comté d’Outremont, dont la feuille de route

est remarquable. J’annonce donc aujourd’hui que M. Raymond Bachand se joint au

Conseil des ministres à titre de ministre du Développement économique, de

l’Innovation et de l’Exportation. M. Bachand siégera également au Comité des

priorités, au Comité ministériel de la prospérité économique et du développement

durable. M. Bachand fera bénéficier le gouvernement de sa connaissance profonde

de l’économie et de sa passion pour le développement du Québec. Il assurera la

mise en oeuvre de la nouvelle stratégie de développement économique; il

proposera aussi des mesures pertinentes pour soutenir certains secteurs

économiques qui traversent des durs moments, comme la forêt.

Nous sommes dans une période économique changeante. La forte appréciation du

dollar canadien, l’augmentation du prix des carburants, la concurrence

internationale toujours plus vive posent des défis nouveaux. J’estime dans ce

contexte que l’arrivée de M. Bachand au Conseil des ministres vient renforcer la

capacité d’action du gouvernement.

J’annonce également que M. Claude Béchard devient ministre du Développement

durable, de l’Environnement et des Parcs et leader adjoint du gouvernement. M.

Béchard continuera par ailleurs à siéger au Comité des priorités. Il demeure

également président du Comité ministériel de la prospérité économique et du

développement durable.

En affectant Claude Béchard au Développement durable, à l’Environnement et aux

Parcs, nous affirmons la place prépondérante qu’occupe la protection de

l’environnement dans l’échelle de nos valeurs et de nos priorités. M. Béchard

aura pour mandat, entre autres, d’assurer l’adoption de la Loi sur le

développement durable. Il devra ensuite doter le gouvernement d’une stratégie

qui découlera évidemment de cette Loi sur le développement durable et assurer

son déploiement dans l’ensemble des ministères et organismes gouvernementaux. Il

devra également munir le Québec d’une stratégie sur les changements climatiques

et piloter les actions du gouvernement du Québec en matière de réduction des gaz

à effet de serre.

M. Béchard est un rassembleur. Il saura associer à sa démarche ses collègues du

cabinet, les différents organismes gouvernementaux et les différents acteurs de

notre économie, qui devront tous s’impliquer dans l’avènement de ce Québec que

nous voulons plus respectueux de notre patrimoine naturel.

Dans ce mouvement, j’ai demandé à M. Tom Mulcair d’occuper les fonctions de

ministre des Services gouvernementaux. M. Mulcair me semblait avoir la fougue et

l’énergie nécessaires pour faire avancer Services Québec, qui est, il faut le

dire, l’une des figures de proue de la modernisation de l’État. M. Mulcair a

préféré quitter le Conseil des ministres. Je tiens à le remercier pour les

services qu’il a rendus, tout en déplorant sa décision.

J’annonce que M. Henri-François Gautrin, ministre délégué au Gouvernement en

ligne, assumera en plus la responsabilité de ministre titulaire des Services

gouvernementaux. À ce poste, il aura pour mission d’accélérer les travaux de

mise en place de Services Québec.

Quant à M. Pierre Reid, il continuera de représenter les citoyens de la

circonscription d’Orford. Je tiens à le remercier pour son travail et sa

fidélité envers son comté, envers sa région et envers le gouvernement.

Mesdames messieurs, ces ajustements à notre équipe ministérielle nous permettent

d’accueillir au Conseil des ministres un homme d’une très grande valeur en la

personne de Raymond Bachand. Également, nous confirmons, avec les nouvelles

affectations de MM. Béchard et Gautrin, la grande importance que nous accordons

au développement durable et à la modernisation de l’État. Messieurs,

félicitations.

[Charest=20060306]

[Allocution du premier ministre du Québec, M. Jean Charest, lors de la conférence de presse chez Messier-Dowty concernant l’annonce d’une aide financière de 1,6 M$ à l’usine de Mirabel]

Je veux saluer M. Blondin, le remercier de nous accueillir ici, chez

Messier-Dowty, Raymond Bachand, avec qui j’ai le plaisir de partager cette

tribune ce matin. C’est le premier événement que Raymond et moi avons l’occasion

de faire ensemble. C’est une très belle occasion pour commencer notre

partenariat. Et je veux saluer également M. le Maire Hubert Meilleur, qui est

avec nous aujourd’hui, le maire de Mirabel, ainsi que David Whissell, qui est

député d’Argenteuil, mais également le député qui est responsable de la grande

région des Laurentides pour le gouvernement.

Mesdames et Messieurs, je veux aussi saluer les employés qui sont avec nous

aujourd’hui, les représentants de la Chambre de commerce française du Canada qui

nous ont accompagnés pour notre visite ce matin.

Messier-Dowty est au Québec depuis 1990. C’est une entreprise qui a une

réputation enviable, une réputation extraordinaire, évidemment, dans le domaine

de l’aéronautique. C’est une entreprise qui a connu une très belle histoire

puisque son établissement ici au Québec était fait dans une perspective de

percer aussi le marché nord-américain. M. Blondin nous en parlera un peu plus

dans quelques minutes. Mais tout cela nous amène aujourd’hui à reprendre et à

rappeler cette histoire d’un succès dans un secteur de l’économie qui est

stratégique pour le Québec, celui de l’aéronautique.

Nous sommes donc dans une des régions du Québec qui s’est beaucoup distinguée

dans le développement de ce secteur. Et, Monsieur le Maire Meilleur me

rappelait, il y a quelques minutes, que le taux de chômage de sa ville est de

2,6%. Vous avez là dans ce chiffre un exemple probant du succès de ce secteur,

en particulier, pour la région.

Aujourd’hui, nous faisons une annonce qui nous permet de continuer cette

histoire extraordinaire de Messier-Dowty. C’est un investissement d’une

vingtaine de millions de dollars qui est annoncé aujourd’hui. Un investissement

de 20 millions qui sera appuyé par Investissement Québec avec une contribution

de 1,6 million de dollars. Ça va permettre la création d’une vingtaine d’emplois

et ça va surtout permettre, évidemment, de consolider les activités de

Messier-Dowty et de poursuivre sa percée sur le marché nord-américain.

Ce que je relève d’important dans le succès de Messier-Dowty, c’est le fait

qu’il est fournisseur à la fois de Boeing et d’AirBus. Un fait rare. Moi, à ma

connaissance, c’est peut-être un phénomène nouveau dans tout le secteur de

l’aéronautique, mais voilà une compagnie qui réussit à servir deux compétiteurs

et qui, de toute évidence, en les servant et en ayant gagné leur confiance, sont

là un témoignage très éloquent de la qualité du travail qui se fait ici.

C’est aussi une compagnie qui travaille et qui fournit le marché local, quoique

qu’il faut souligner une chose dans les affaires de Messier-Dowty au Québec, il

me semble à mes yeux à moi, qui me semble très important parce qu’il y a là une

illustration de ce que représente cette compagnie dans l’économie québécoise. Je

pense que c’est presque 99% de la production ici qui va vers l’extérieur.

Alors, pourquoi ce chiffre-là me semble important? Parce qu’il faut se rappeler

qu’au Québec on est 7,5 millions d’habitants. Le marché interne, évidemment,

c’est pas celui des États-Unis, c’est pas l’Europe, c’est pas non plus la

population d’une économie émergente comme la Chine, l’Inde, le Mexique ou le

Brésil. Cela nous amène à faire en sorte que l’on puisse exporter vers

l’extérieur. En d’autres mots, nous avons une des économies les plus ouvertes au

monde. C’est près de 60% du produit intérieur brut du Québec qui dépend

directement de ce que nous vendons à l’extérieur du Québec. 20% de cela va vers

le reste du Canada, l’autre 40% ailleurs dans le monde. Alors aujourd’hui, vous

avez l’exemple justement d’une entreprise qui réussit de façon magistrale au

Québec et qui exporte.

Je tiens à dire aussi à quel point l’investissement fait aujourd’hui va dans le

sens des priorités de notre gouvernement, c’est à dire encourager le secteur

privé comme moteur de notre économie, l’appuyer, être un partenaire , un

accompagnateur, faire aussi des investissements stratégiques, les encourager.

En cela, vous avez un très bon exemple aujourd’hui et dans le secteur de

l’aéronautique, beaucoup a été écrit dans les dernières années.

Je pense à Mirabel et aussi, encore une fois, avec Bell Hélicoptères qui a fait

un investissement très important dernièrement. Il est le plus important

producteur d’hélicoptères au monde et ça, c’est une chose connue. J’ai eu le

privilège de faire une mission en Inde au mois de janvier et j’ai été

agréablement surpris d’apprendre à quel point une compagnie comme Bell

Hélicoptères est très connue. La même chose est vraie pour Pratt & Whitney, la

même chose est vraie pour un certain nombre de sous-traitants dans le grand

secteur de l’aéronautique qui réussissent très bien.

Alors, l’annonce d’aujourd’hui vient confirmer en quelque sorte la bonne santé

de ce secteur pour le Québec.

Finalement, cet investissement n’aurait pas été possible sans la qualité de la

main-d’œuvre que nous retrouvons au Québec, et en particulier, ici chez

Messier-Dowty. Un investissement comme celui qui est annoncé aujourd’hui ne

serait pas possible sans qu’il y ait des hommes et des femmes qui ont des

talents, de l’énergie, et qui ont des compétences qui nous permettent

aujourd’hui d’annoncer cet investissement.

Alors, c’est avec, je pense aussi, une grande fierté que je vous rends hommage

aujourd’hui et que je vous remercie pour le travail que vous faites. Vous avez

toutes les raisons d’être très fiers de cet annonce d’investissement.

Félicitations, merci.

[Charest=20060310]

[Allocution du premier ministre du Québec, M. Jean Charest, à l’occasion de la création du FIER-Croissance Durable et du Fonds-Soutien Estrie]

Salutations,

D’abord, je suis heureux de vous faire part de deux très bonnes nouvelles qui

auront un effet de levier important dans le maintien de l’autonomie et de la

prospérité de la région de l’Estrie, deuxième région exportatrice au Québec,

rappelons-le. On est très près de la frontière américaine et, Monique et moi,

avons été témoins de plusieurs débats dans la région sur le libre-échange, sur

l’avenir de l’économie de la région et l’annonce qu’on fait aujourd’hui, se fait

dans un contexte où il faut se rappeler à quel point notre économie à nous est

tributaire justement de notre voisin américain.

Les deux annonces d’aujourd’hui réjouiront, ça je le sais, les entrepreneurs de

la région et la population pour qui innover, exporter et connaître un

rayonnement international, ont besoin de capitaux.

J’ai le plaisir d’annoncer la création de deux fonds de capitaux de risque,

dotés d’une capitalisation totale de dix-huit millions de dollars. Soit le

FIER-Croissance Durable et le Fonds-Soutien Estrie.

Le Fonds FIER-Croissance Durable, d’une capitalisation de l’ordre de quinze

millions de dollars est une initiative regroupant majoritairement les gens

d’affaires de la région. Le FIER constitue une formule de capitalisation

publique, privée, originale permettant de générer des effets multiplicateurs

importants. Le gouvernement du Québec y investit deux dollars pour chaque dollar

d’investissement qui vient du secteur privé.

La mise en place des FIER-Régions, à travers tout le Québec, aura permis de

générer deux cents trente-quatre millions de dollars d’argent nouveau,

principalement en capitaux de risque dans toutes les régions du Québec. Le

nouveau FIER-Région-Croissance Durable est doté d’un capital de quinze millions

de dollars, ce qui va permettre la réalisation de placements privés pour le

développement de la croissance et la relève d’entreprises rentables et

innovantes.

L’infrastructure manufacturière innovante et la relève d’entreprises seront

encouragées. De même que les secteurs émergents de la région notamment

l’environnement et les technologies de l’information. La gestion du

FIER-Croissance Durable sera assurée par un conseil d’administration composé de

membres investisseurs donc un fonds géré par l’entreprise privée.

Le Fonds-Soutien Estrie bénéficie d’une capitalisation de trois millions de

dollars pour les entreprises situées sur le territoire des MRC de Coaticook, du

Granit, du Haut-Saint-François, du Val-Saint-François ainsi que la Ville de

Sherbrooke.

Les Fonds de soutien sont sous l’égide de la Conférence régionale des élus et

appuient la création de fonds de soutien également aux entreprises. Il constitue

un des volets d’intervention économique régionale, c’est-à-dire du FIER, et dans

le cas du Fonds-Soutien Estrie, la CRÉ de l’Estrie a désigné Gestion du Fonds

Soutien de l’Estrie inc. pour gérer le nouveau Fonds. Les investisseurs sont

donc la Ville de Sherbrooke mais aussi le Mouvement Desjardins et les quatre MRC

qui sont concernées.

Le gouvernement du Québec comme dans l’autre Fonds investit deux dollars pour

chaque dollar investi. Les interventions de ces Fonds prendront la forme de

capital, de l’équité quasi équité, jusqu’à concurrence de deux cents cinquante

mille dollars par entreprise.

Dans tout le Québec, la mise en place des Fonds de soutien va permettre de

générer soixante-trois millions de dollars de nouveaux investissements

principalement en capitaux de risque pour appuyer le démarrage d’entreprises

mais également de développement d’entreprises.

Mon gouvernement est convaincu que la meilleure façon d’assurer la prospérité du

Québec et la pérennité de nos services publics et la qualité de vie aussi de nos

concitoyens n’est pas de faire le travail à la place des investisseurs mais

plutôt de permettre au secteur privé et surtout aux régions d’avoir les outils

nécessaires pour faire leur propre développement.

Hier soir, j’étais à un événement pour fêter le quinzième anniversaire des États

généraux sur le monde rural et les suites qui avaient été données à cela par

Solidarité rurale du Québec. Il en ressort un élément très important pour

l’avenir du Québec, c’est l’importance de reconnaître la spécificité de chaque

région du Québec. Et c’est une mission que notre gouvernement s’est fixée depuis

2003 de le faire avec la création des Conférences régionales des élus, avec

aussi un mouvement de décentralisation, d’adaptation de nos programmes, mais

aussi avec la création d’outils qui sont spécifiques aux régions. Et des outils

qui seront entre les mains des citoyens, citoyennes des régions, des décideurs

des régions.

Les Fonds FIER, c’est le principal outil économique que nous avons livré depuis

ce temps-là. Les Fonds FIER ont connu un beau succès à travers le Québec. Un

succès qui, soit dit en passant, reflète le tissu économique de chaque région.

Tout ça est en quelque sorte un peu le miroir de l’économie québécoise aussi.

Ici dans la région, nous avons aujourd’hui un départ qui s’annonce très

prometteur avec l’annonce de ces deux Fonds de capitalisation.

Je tiens à vous souligner une autre chose. Quand on est arrivé au gouvernement,

on a mis sur pied un groupe de travail qui était présidé par Pierre Brunet. Ce

groupe de travail a livré un rapport très important sur cette grande question

des fonds de capitaux de risque au Québec. Parce que jusqu’à 2003, c’était

l’État qui intervenait le plus dans les fonds de capitaux de risque. Avec les

conséquences que nous connaissons.

Alors, le groupe de M. Brunet a fait un travail très important sur le rôle des

sociétés d’État, la SGF, Innovatech, sur Investissement Québec en particulier.

Ils ont pondu un rapport très important qui a amené notre gouvernement à faire

des changements sur la façon dont on gère les capitaux de risque. Et on s’est

fixé comme objectif, basé sur les constats du rapport Brunet, d’aller chercher

davantage de fonds du secteur privé et, entre autres, d’aller attirer des

investissements des États-Unis, d’étranger, et en particulier des États-Unis.

Pourquoi? Parce que le rapport Brunet faisait le constat suivant. Là où il y a

trop de fonds publics, ça devient un obstacle à des investissements privés. Ça

devient un frein à l’investissement privé. Or, quand il s’agit d’investir et de

prendre des risques, des risques qui nous amènent à avoir ou des profits ou des

pertes, ce n’est pas aux citoyens à le faire. C’est aux citoyens corporatifs,

c’est aux citoyens investisseurs à assurer ce risque.

Les résultats, les gens ont longtemps douté de ce changement de politique mais

je me réjouis de constater qu’une reprise des investissements en capital de

risque au Québec s’est fait sentir depuis 2004 où on a constaté après trois

années consécutives de ralentissement, depuis en fait l’éclatement de la bulle

des technologies de 2000, des signes encourageants avec une hausse des

investissements de deux pour cent comparativement à 2003.

L’industrie québécoise du capital de risque a continué de progresser

avantageusement en 2005 avec une hausse des investissements de douze pour cent

comparativement à 2004, alors que les investissements pour l’ensemble du Canada

sont demeurés à un niveau relativement stable et que la plupart des provinces,

enfin, ont affiché une croissance ou négative de leurs investissements ou à peu

près stable pour la même période.

Par ailleurs, pour une troisième année consécutive, les fonds de capital de

risque américains et les autres investisseurs étrangers ont accru leurs

activités de onze pour cent par rapport à 2004. Les fonds privés indépendants

ont été plus actifs avec des investissements en hausse de quarante pour cent

comparativement à 2004. Et les secteurs des technologies de l’information ont

été les principaux bénéficiaires de cette croissance en 2005 avec une hausse de

quatre pour cent par rapport à l’année précédente.

C’est donc dire que la formule fonctionne. Et d’ailleurs, j’en suis très fier

pour une autre raison, c’est que on a beaucoup fait de démarches auprès de nos

voisins américains, je pense à l’État du Massachusetts, à Boston où très tôt, je

me suis déplacé pour aller encourager les investisseurs de capitaux de risque à

s’intéresser au Québec et là, on en voit les résultats.

Mais les grands gagnants là-dedans, ce sont les citoyens du Québec, l’économie

québécoise, les contribuables du Québec qui sont au bon endroit, au bon moment.

Au lieu d’être mis à risque pour les fonds qu’ils confient à l’État.

Alors, Madame et Messieurs, aujourd’hui c’est un départ pour deux Fonds qui vont

avoir un effet marquant sur notre économie

Merci.

[Charest=20060314]

Monsieur le Président,

Nous inaugurons aujourd’hui une nouvelle session de la 37e législature. C’est un

moment chargé de symboles, mais aussi chargé de sens. Le 4 juin 2003, lors de

mon premier discours inaugural, j’avais insisté sur l’importance du changement,

sur la nécessité de revoir nos façons de faire, et j’ai alors placé le mandat du

gouvernement sous le signe de la responsabilité.

Comme premier gouvernement élu par les Québécois au XXIe siècle, notre rôle est

d’établir un pont nouveau entre notre manière de vivre et l’époque dans laquelle

nous vivons.

Avec le recul, nous pourrions dire de cette première portion de notre mandat

qu’elle aura été en bonne partie une période de reconstruction.

En trois ans, nous avons réaligné les ressources et les priorités de l’État sur

les besoins des citoyens. Qu’il s’agisse de santé, d’éducation, d’aide à la

famille, de finances publiques, de gouvernance de nos sociétés d’État, de nos

infrastructures ou de notre richesse énergétique, nous avons, dans tous ces

domaines, régénéré la capacité du Québec de progresser.

Depuis avril 2003, nous avons recentré les actions du gouvernement sur les

priorités des Québécois. Nous avons exercé un leadership indispensable à la

défense de nos intérêts au sein du Canada. Nous avons commencé à moderniser nos

institutions, à améliorer nos services, à accélérer notre développement et à

envisager notre avenir avec confiance.

In the past three years, we refocused government priorities and resources on

Quebecers’ true needs. We have renewed Quebec’s ability to grow in all areas –

in health, education, family support, public finances, crown corporation

management, infrastructure and energy production.

Après trois ans de reconstruction, nous avons renouvelé les assises du Québec.

Nous avons réalisé une bonne partie de notre programme. Nous pouvons maintenant

nous tourner résolument vers demain et bâtir pour l’avenir.

En inaugurant cette deuxième session de la 37e législature, nous sommes

confiants. Mais nous sommes aussi conscients du travail qui reste à faire sur un

chantier qui est celui de la prospérité.

Il doit y avoir sur ce chantier une place pour chaque Québécois. Car sans

prospérité, il n’y a pas de richesse possible et, sans cette richesse

collective, nos choix de société seront considérablement réduits.

Nous avons, comme je l’ai dit, placé notre action sous le signe de la

responsabilité. Quand je parle de responsabilité, cela signifie le contraire de

la facilité.

Quand je parle de responsabilité, je parle des exigences qu’un gouvernement doit

avoir envers lui-même pour consacrer ses énergies et ses ressources aux

priorités de la population.

Quand je parle de responsabilité, je parle de la nécessité de donner l’heure

juste. Quand je parle de responsabilité, je parle de l’obligation que nous avons

d’être équitables.

Quand je parle de responsabilité, je parle de notre devoir de respecter la

capacité de payer des contribuables et de ne pas nous endetter inutilement.

Quand je parle de responsabilité, je parle aussi du courage de ne pas nous

défiler de notre obligation de relever les défis immenses qui nous interpellent.

Les Québécois n’ont pas peur du changement. Notre histoire commune sur cette

terre d’Amérique a mille fois démontré notre capacité à nous adapter et à

surmonter les difficultés.

Nous avons préservé notre langue et notre culture alors que nous étions

encerclés par une autre langue et une autre culture.

Nous avons bâti des institutions qui reflètent nos valeurs de partage, de

justice, et qui ont traversé le temps.

Nos entrepreneurs, nos chercheurs, nos créateurs ont toujours, comme autrefois,

un tempérament de pionniers.

Nous avons harnaché des rivières pour trouver l’énergie nécessaire à notre

développement. Nous sommes capables de la même détermination pour harnacher le

changement, le maîtriser et en tirer parti.

J’aimerais ici souligner le travail, le dévouement et l’engagement de tous les

membres du gouvernement. Chacun de nos députés et de nos ministres assume une

partie de la responsabilité dont j’ai parlé plus tôt. Chacun et chacune est

conscient des défis que nous avons à relever comme société.

Chacun des députés et des ministres de mon gouvernement est un Québécois engagé

dans sa communauté et au service de tous les citoyens, comme l’ensemble des

membres de cette assemblée.

Au cours de cette nouvelle session de la 37e législature qui commence

aujourd’hui, nous allons travailler sans relâche sur plusieurs fronts pour

consolider ce que nous avons entrepris et poursuivre sur la voie de la

prospérité.

La santé, l’éducation, le développement économique, le développement durable, la

gestion responsable des finances publiques vont occuper une grande partie de nos

énergies comme législateurs. La défense et la promotion active des intérêts et

de l’identité du Québec au sein du Canada seront au cœur de notre action comme

gouvernement.

Comme depuis les trois dernières années, le niveau et la qualité de vie des

Québécois seront au centre de nos préoccupations, tout comme leurs priorités en

tant que citoyens.

Notre réseau de la santé est un carrefour de nos valeurs de justice, d’égalité

et de solidarité. Dans ce réseau, on prévient la maladie, on prodigue des soins

et on favorise la guérison. Celui-ci voit naître nos enfants.

Des milliers de préposés aux bénéficiaires, de techniciens, d’infirmières et de

médecins écoutent, conseillent et contribuent à la guérison des patients. Des

milliers d’employés de soutien veillent à l’entretien de notre réseau de la

santé.

Des centaines d’organismes et de groupes communautaires travaillent au bien-être

des usagers de ce réseau. Il est un des lieux où s’accomplissent le plus

utilement les progrès de la science et de la technologie au service de l’humain.

Je profite de cette occasion pour rendre hommage et remercier tous ceux qui

œuvrent au sein de ce réseau dans des conditions parfois difficiles. Ils

accomplissent un travail remarquable et ils méritent notre admiration et notre

soutien.

Il n’y a pas de raison pour que ce système, qui exige tant d’efforts financiers

de la part des contribuables et joue un rôle vital dans la vie des citoyens, ne

devienne pas une source de fierté.

Nous avons inversé la tendance à la détérioration pour amorcer solidement la

tendance à l’amélioration.

Nos engagements ont été respectés.

Nous avons injecté trois milliards de dollars d’argent neuf dans le

fonctionnement du système de santé. Nous avons injecté des centaines de millions

de dollars afin de rehausser et d’améliorer les établissements du réseau de la

santé.

Nous avons commencé à résorber l’encombrement des urgences.

Nous avons réduit les listes d’attente en radio-oncologie, en cardiologie et

augmenté sensiblement les volumes en chirurgies prioritaires. Cela signifie

moins de patients vivant avec l’angoisse de ne pas obtenir les soins auxquels

ils ont droit.

Nous allons entrer dans la phase de réalisation de nouveaux centres hospitaliers

universitaires qui vont donner une nouvelle impulsion à la médecine

universitaire et placeront Montréal à l’avant-garde des sciences de la santé. Je

veux parler, bien sûr, du nouveau centre hospitalier de l’Université de

Montréal, du Centre universitaire de santé McGill et du Centre hospitalier

universitaire mère-enfant de Sainte-Justine.

Nous allons investir dans ces fleurons de la médecine du XXIe siècle et

encourager l’excellence dans la recherche, les découvertes et le traitement des

maladies au bénéfice des patients du Québec. Il s’agit de l’un des plus

importants investissements dans le secteur de la santé en Amérique et dans le

monde.

Nous allons également mettre en œuvre notre politique en faveur d’un plus grand

accès à des services de santé. Nous allons en cela non seulement répondre au

défi que la Cour suprême du Canada nous a lancé l’an dernier en ce qui a trait à

l’accès aux services de santé, mais également renforcer notre système.

C’est parce que nous avons réuni les conditions de réussite du système de santé

que nous avons pu rendre publique, il y a un mois, une proposition audacieuse

sur l’amélioration de l’efficacité de notre système de santé.

Cette proposition vise à garantir l’accès à des services prioritaires comme la

cardiologie, la radio-oncologie, les chirurgies liées au cancer, les chirurgies

de la cataracte, de la hanche et du genou.

Dans le cas des chirurgies courantes, s’il advenait que des patients ne puissent

être traités dans les délais établis par les professionnels de la santé, ils

pourraient être traités dans le secteur privé, aux frais de l’État.

La possibilité de recourir à une assurance privée, pour certaines chirurgies,

ainsi que la création de cliniques privées affiliées au réseau public, sont des

mesures novatrices. Elles n’auraient pu voir le jour si nous n’avions pas

restauré un système laissé à la dérive.

Ces propositions seront débattues lors d’une consultation qui aura lieu ce

printemps. Nous nous attendons à une consultation sereine. Je m’attends à ce

qu’elle suscite des bonifications, qu’elle dégage des horizons nouveaux, qu’elle

rejette les dogmes.

Car ces propositions maintiennent l’intégrité du caractère public et universel

de notre système tout en proposant les moyens de l’améliorer. Le statu quo

serait une erreur.

Le financement à long terme de notre système de santé sera également au cœur de

ce débat public que nous souhaitons.

Le système de santé accapare 43 % des dépenses de programmes du gouvernement. La

croissance annuelle des coûts de santé dépasse le niveau de croissance des

revenus de l’État. Si nous n’intervenons pas, ce sont les autres missions

essentielles de l’État qui vont en souffrir.

Le déficit démographique et le vieillissement de la population sont des facteurs

qui accroissent les pressions sur notre capacité financière de soutenir le

rythme d’augmentation des dépenses liées à la santé.

Il faut, comme nous l’avons fait pour l’accès aux soins, regarder ce problème en

face. Le rapport Ménard, présenté dans la foulée du Forum des générations, a

proposé des pistes de solutions.

La consultation du ministre de la Santé et des Services sociaux, qui s’ouvrira

en avril, devrait nous permettre d’entendre d’autres groupes et d’autres

individus. Nous allons consulter, nous allons écouter et nous allons décider, et

ce, dans le meilleur intérêt de tous les Québécois.

Ce système de santé, auquel tout le monde fait appel un jour ou l’autre, est

central dans l’échelle de nos valeurs. Il est celui qui exprime le mieux notre

solidarité. Nous devons prendre la responsabilité de le doter d’un financement

stable pour en assurer la pérennité.

Grâce à tous ces efforts, nous allons entrer dans une nouvelle ère de garantie

de soins. Cela fait partie de ce que nous avons changé.

Progressivement mais sûrement, nous sommes capables de faire du système

québécois de santé l’un des meilleurs du monde. Ce n’est pas parce qu’on lui

consacre une grande part des dépenses publiques qu’il sera le meilleur.

Il sera meilleur parce que notre gouvernement en a fait sa priorité. Il sera

meilleur parce que nous avons agi pour l’améliorer, avec la collaboration des

gens du réseau.

Il sera meilleur parce que c’est le choix de chacun de nous d’en faire sa

priorité.

Enfin, j’aimerais souligner que bientôt, exactement le 31 mai prochain, la

décision du gouvernement de bannir la fumée de cigarette des lieux publics entre

en vigueur. Ce geste important fait partie intégrante des efforts de promotion

d’habitudes de vie saines que le gouvernement a encouragées depuis trois ans et

qu’il continuera d’encourager.

Les Québécois souhaitent voir arriver ce moment qui aura, nous en sommes

convaincus, un impact positif dans la lutte que nous menons contre le tabagisme

et ses méfaits sur la santé.

L’autre priorité, qui est et restera la nôtre parce qu’elle est également celle

des Québécois, c’est l’éducation.

Le Québec d’hier s’est bâti à partir de ses richesses naturelles. Le Québec

d’aujourd’hui et de demain sera celui de ses richesses humaines. Le progrès

humain, économique et social commence dans nos écoles. À la question que

certains jeunes se posent : est-ce que je poursuis mes études?— nous devons

répondre sans l’ombre d’une hésitation : OUI.

C’est la condition de l’épanouissement personnel et de l’enrichissement

collectif. C’est aussi le plus puissant moyen de lutte contre la pauvreté. Et

notre gouvernement fera tout ce qui est nécessaire pour soutenir ce choix.

C’est une génération ambitieuse qui se trouve aujourd’hui sur les bancs de nos

écoles, dans nos collèges et dans nos universités.

Cette génération a son histoire. Elle a vu naître le libre-échange et la

mondialisation. Elle est branchée sur l’univers avec Internet. Nos enfants sont

les premiers enfants de ce village global.

Nos jeunes sont animés d’une conscience universelle, d’une conscience

environnementale. Ils appellent à une plus grande équité intergénérationnelle.

Ils veulent faire un monde meilleur, et nous allons les aider à réussir.

Nous avons investi plus de un milliard de dollars en trois ans dans notre réseau

de l’éducation. C’est plus que le gouvernement précédent en neuf ans.

Nous nous étions engagés à mieux encadrer les élèves en difficulté d’adaptation

et d’apprentissage. Nous l’avons fait.

En décembre dernier, le ministre de l’Éducation a conclu, avec les enseignants

et les commissions scolaires, une entente de 100 millions de dollars sur 3 ans

pour augmenter les chances de réussite de ces élèves. Grâce à cette entente,

près de 1 800 professionnels seront recrutés pour appuyer la tâche des

enseignants.

Nous avons, sur cette question, largement dépassé nos engagements.

Nous avons investi dans des mesures visant l’aide aux devoirs des jeunes.

Dès septembre prochain, les élèves du primaire bénéficieront d’une heure et

demie de plus d’enseignement par semaine. Au même moment, les élèves de première

année pourront profiter de l’enseignement de l’anglais.

Ces mesures renforceront l’aptitude scolaire de nos jeunes. Elles sont un

investissement dans leur réussite et dans notre avenir.

Notre réseau universitaire est une source de fierté. Toutes nos universités sont

des carrefours de savoir, de connaissances et de recherches. C’est le lieu par

excellence où germent les idées, les innovations, les entreprises et la richesse

de demain.

Bien que nous ayons injecté 380 millions de dollars supplémentaires dans nos

institutions universitaires depuis 2003, elles souffrent d’un sous-financement.

Cette question pourrait à la longue avoir des incidences importantes sur la

qualité de l’enseignement.

Nous avons entrepris des démarches actives auprès du gouvernement fédéral afin

qu’il rétablisse les transferts destinés au financement de l’enseignement

postsecondaire.

Nous avons franchi une étape importante sur cette question au cours d’un sommet

historique organisé par le Conseil de la fédération en février dernier. Ce

sommet était coprésidé par le premier ministre de l’Ontario, monsieur Dalton

McGuinty, et moi-même.

Pour la première fois, les premiers ministres des provinces et des territoires

conviaient les leaders du domaine de l’éducation à faire front commun sur un

enjeu crucial pour la société canadienne, celui de l’enseignement postsecondaire

et de la formation.

Tous reconnaissent l’importance cruciale d’accorder un meilleur financement à

nos collèges et à nos universités. Il s’agit d’une volonté commune.

Le gouvernement fédéral doit faire sa part, d’autant plus qu’en assumant ses

responsabilités dans ce domaine, il agira sur sa priorité, celle de s’attaquer

au règlement du déséquilibre fiscal.

Monsieur le Président, comme premier ministre et responsable de la jeunesse,

cette législature me fournira l’honneur de publier notre stratégie d’action

visant la jeunesse du Québec.

Nous visons à améliorer la santé et le bien-être des jeunes, à favoriser leur

réussite éducative et leur insertion professionnelle. Nous voulons qu’ils

occupent toute la place qui leur revient dans notre société.

J’ai rencontré des jeunes partout au Québec au cours de mes tournées de

consultation. J’ai vu chez ces jeunes une forte volonté de contribuer par leurs

talents au développement de notre société. Nos orientations et nos actions dans

ce domaine reflèteront l’importance que nous accordons dans ce gouvernement à la

réussite des jeunes.

La situation des familles du Québec va continuer d’occuper une place

prépondérante dans l’action du gouvernement au cours des mois qui viennent.

Depuis le 1er janvier 2005, un million de familles québécoises qui ont des

enfants profitent d’un nouveau régime de soutien aux enfants qui redistribue 2

milliards de dollars par année.

Le soutien maximal procure plus de 3 000 dollars de plus à un couple qui a deux

enfants et un revenu de 43 000 dollars. C’est un million de familles qui voient

s’accroître leur marge de manœuvre financière.

Nous allons continuer la lutte que nous avons entreprise contre la pauvreté des

familles.

Nous pourrons encore mieux lutter contre la pauvreté si nous intensifions nos

efforts dans notre quête de prospérité.

Nous avons soutenu les investissements pour lutter contre la précarité dans le

secteur du logement, et investi 400 millions de dollars dans la construction de

18 600 logements sociaux. C’est plus que l’engagement que nous avions pris.

Nous avons établi, depuis janvier 2005, une prime au travail pour encourager les

personnes à faible et à moyen revenu à participer davantage au marché du

travail. Cette prime profite à plus de 500 000 ménages.

Depuis avril 2003, c’est 32 000 nouvelles places en garderie qui ont vu le jour.

Nous allons atteindre l’objectif que nous nous étions fixé de créer 200 000

places dans les services de garde à contribution réduite.

Nous allons mettre en œuvre la Loi sur les services de garde éducatifs à

l’enfance pour mieux soutenir les services de garde en milieu familial,

faciliter la vie des parents et améliorer les règles de gouvernance des CPE et

des garderies privées.

Nous allons travailler avec le gouvernement fédéral afin de trouver une solution

acceptable dans le cadre de l’entente de financement sur les services de garde.

Depuis janvier dernier, le nouveau régime d’assurance parentale est en place. Ce

régime représente un appui aux jeunes parents qui désirent fonder une famille.

Il témoigne de la valeur que nous accordons comme société à la cellule

familiale.

Voilà le chemin que nous avons ouvert pour le bien-être des familles du Québec

depuis avril 2003. Voilà des avancées concrètes dans le domaine de la

conciliation travail-famille.

Nous allons amender la Loi sur la protection de la jeunesse afin de mieux aider

les jeunes en difficulté et appuyer les personnes qui œuvrent auprès d’eux. Les

jeunes vulnérables qui vivent au sein de familles en difficulté ou en foyers

d’accueil doivent avoir leur chance.

En matière de justice, nous avons augmenté les seuils d’admissibilité à l’aide

juridique sur une base annuelle de janvier 2006 à janvier 2010. Ainsi, plus de

Québécois à faible revenu pourront accéder à la justice et mieux défendre leurs

droits.

Nous avons adopté en décembre une nouvelle disposition du Code civil afin de

permettre à une victime de violence conjugale ou d’agression à caractère sexuel

de résilier son bail.

J’annonce que nous allons modifier le Code de procédure civile en matière

d’obligation alimentaire pour favoriser la révision du montant d’une pension

alimentaire lorsque la situation le justifie.

Nous allons également proposer de nouvelles avenues pour améliorer l’aide et les

services offerts aux victimes d’actes criminels.

Nous allons intensifier nos actions pour l’atteinte de l’égalité de fait entre

les femmes et les hommes dans la société québécoise, et consolider notre

position de chef de file sur le continent en ce qui a trait à l’égalité

juridique des femmes.

La ministre de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine va déposer

prochainement la nouvelle politique gouvernementale sur la condition féminine et

celle-ci sera le reflet de notre volonté de maintenir le leadership du Québec

sur cette question.

En santé, en éducation, pour les familles, pour les plus démunis, nous avons

placé les malades, les jeunes, les étudiants, les parents et les citoyens en

tête de nos priorités. C’est pour eux que nous gouvernons de manière

responsable.

Monsieur le Président, depuis avril 2003, l’écart du fardeau fiscal d’avec les

Canadiens des autres provinces a été réduit de moitié.

Nous avons simplifié le régime fiscal, ce qui a réduit l’impôt de plus de 2,5

millions de ménages.

Nous avons introduit une nouvelle déduction de 500 dollars pour les

travailleurs, laquelle profite à 3,1 millions de salariés et à 162 000

travailleurs autonomes.

Depuis 2004, nous avons indexé le régime fiscal, augmentant ainsi le revenu

disponible des contribuables de 805 millions de dollars.

Si nous voulons être prospères et favoriser la création de richesse, nous devons

veiller à ce que les contribuables conservent une plus grande part du fruit de

leur travail.

Toutes les mesures fiscales que nous avons prises permettent à un couple qui a 2

enfants et qui bénéficie d’un revenu de 30 000 dollars de recevoir dans ses

poches plus de 3 400 dollars.

Trois mille quatre cents dollars, ça peut vouloir dire des vacances en famille,

ça peut vouloir dire un ordinateur pour les enfants ou une contribution à un

fonds d’études.

Nous souhaiterions, comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, réduire le

fardeau fiscal plus rapidement. Nous le ferons, et nous le ferons à un rythme

qui s’accorde avec le maintien de la qualité des services publics, d’une part,

et de l’équilibre budgétaire, d’autre part.

Monsieur le Président, c’est pour l’ensemble des Québécois que nous avons

entrepris une modernisation de l’État qui se poursuivra au cours de cette

nouvelle législature.

Nous allons terminer l’implantation du gouvernement en ligne pour mieux

rejoindre les citoyens. Nous allons continuer d’alléger les structures de

l’administration publique, comme la ministre responsable et présidente du

Conseil du Trésor a commencé à le faire. Nous pouvons à la fois améliorer la

performance de l’État et réduire les dépenses partout où c’est possible.

C’est précisément pour que l’argent que les Québécois nous confient rapporte des

dividendes que nous avons redéfini les règles de gouvernance de la Caisse de

dépôt et le mandat de la Société générale de financement et d’Investissement

Québec.

Nous allons continuer de le faire pour toutes les sociétés publiques et

parapubliques afin que leurs actions et leur gestion soient transparentes,

intègres, responsables et performantes. Nous allons continuer d’agir et de

proposer une nouvelle politique sur la gouvernance des sociétés d’État. Nous

allons nous assurer que nos sociétés défendent toujours l’intérêt public et

méritent en tout temps la confiance des citoyens.

La culture québécoise est le reflet de notre identité collective. Notre

gouvernement s’est inscrit dans la tradition des gouvernements libéraux, soit

celle d’être un allié précieux du milieu culturel québécois.

Le rôle joué par le Québec dans l’adoption, à l’UNESCO, de la Convention sur la

protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles constitue

sa plus grande victoire diplomatique à l’échelle internationale.

Cette convention vient confirmer le rôle incontournable de l’État québécois dans

le soutien et la promotion de sa culture. Elle témoigne également de notre

volonté ferme d’affirmer partout notre responsabilité dans nos champs de

compétence.

Sur le plan international, nous continuerons à assumer notre leadership,

conjointement avec le gouvernement fédéral et avec la société civile, notamment

en défendant les principes de cette Convention. Nous devrons travailler avec

détermination et sans relâche à la faire adopter et ratifier par les autres

États.

Notre gouvernement poursuivra les efforts entrepris depuis trois ans pour

soutenir les créateurs québécois, notamment en se penchant sur les défis que

pose l’émergence des nouvelles technologies sur les politiques culturelles.

Le gouvernement du Québec poursuivra le développement du réseau des

bibliothèques, plus particulièrement dans les régions.

Dans un contexte de mondialisation et de nouvelles technologies, nous

continuerons nos efforts pour améliorer la qualité de notre langue commune, le

français.

Monsieur le Président, sur le plan des institutions démocratiques québécoises,

nous nous étions engagés à proposer un nouveau mode de scrutin incluant des

modalités de proportionnelle, qui permettrait ainsi à l’Assemblée nationale de

mieux refléter la volonté exprimée par nos concitoyens lors des élections.

Dans la foulée de nos engagements, nous mènerons à terme cette réforme

fondamentale pour l’avenir de la démocratie québécoise. Nous allons présenter

aux Québécois une proposition de nature à renforcer notre régime démocratique.

Notre gouvernement a souhaité depuis longtemps que toutes les régions du Québec

prennent une plus grande part dans la création de la richesse pour les mieux

faire profiter de la redistribution de cette richesse. Chacune des régions du

Québec recèle un potentiel de développement.

C’est pour que les citoyens des régions ne se sentent pas aliénés par des

décisions prises ailleurs que nous avons créé les conférences régionales des

élus.

C’est aussi pour les rapprocher des décisions que nous avons reconfiguré le

réseau de la santé partout au Québec.

Nous avons entre autres favorisé la formation médicale en région, en créant des

campus satellites de formation médicale. Il y en a un à Trois-Rivières affilié à

l’Université de Montréal, et il y en a un autre à Saguenay affilié à

l’Université de Sherbrooke.

Nous avons aussi pris nos responsabilités par rapport aux régions en donnant

suite au rapport Coulombe sur la forêt. C’est aujourd’hui, et non dans 20 ans,

que nous avons la responsabilité de prendre les mesures qui s’imposent pour que

l’exploitation de cette ressource soit durable.

C’est aussi pour ne pas dilapider le capital des régions en ressources

naturelles que nous avons courageusement pris ce virage forestier. C’est pour

que les régions prennent également ce virage nécessaire que nous leur avons

accordé un soutien de 450 millions de dollars à ce jour.

Monsieur le Président, l’industrie forestière traverse une des périodes les plus

difficiles de son histoire. La crise du bois d’œuvre, la hausse du dollar, les

jugements des tribunaux, l’augmentation du prix des carburants, la concurrence

internationale et l’incontournable nécessité de protéger la ressource sont des

facteurs qui, conjugués, débouchent sur un contexte difficile pour l’industrie

et ceux qui en vivent.

Les travailleurs en souffrent. Les entreprises en arrachent. Plusieurs régions

ressources et des centaines de municipalités en subissent les contrecoups. Le

Québec n’est pas seul à vivre cette situation. D’autres provinces doivent aussi

y faire face.

Mais le gouvernement du Québec va agir. Un comité de travail a déjà été mis en

place et plusieurs ministres sont à pied d’œuvre. Ce comité réunit des

représentants des entreprises, des syndicats et du gouvernement. Nous pouvons

tirer de l’exploitation durable de notre forêt de nouveaux bénéfices.

Dans le cadre du prochain budget, nous allons proposer des mesures permettant

une meilleure adaptation au nouveau contexte, de façon à venir en aide aux

travailleurs et à l’industrie.

Dans cet esprit, c’est également pour que les citoyens de nos régions

développent leurs entreprises et leur économie que nous avons créé les Fonds

d’intervention économique régional, les FIER, en y injectant 378 millions de

dollars. Ainsi, nos régions bénéficient d’un meilleur apport en capital de

risque pour appuyer le démarrage et le développement d’entreprises.

Nous allons, au cours de cette session, réviser et adapter la politique des

régions ressources. Elle contiendra des mesures concrètes qui favoriseront le

développement des industries de deuxième et de troisième transformation. Elle

visera à fournir de meilleures perspectives d’avenir et de carrières en région.

Nous avons déposé une politique touristique ambitieuse. Nous allons la déployer

comme outil de diversification économique, afin que nos régions puissent mettre

leurs attraits respectifs en valeur et en tirent une source de développement

économique, social et culturel.

Les régions du Québec présentent une vitalité et un dynamisme qui sont autant

d’ingrédients pour notre réussite et notre prospérité.

Nous allons favoriser le dialogue et les ententes avec les populations

autochtones qui veulent apporter leur contribution au développement du Québec

tout en améliorant leurs propres conditions de vie.

Nous sommes à élaborer une politique de consultation des nations autochtones qui

tiendra compte des obligations juridiques que nous devons remplir. Le ministre

délégué aux Affaires autochtones déposera cet important projet dans les mois à

venir.

Nous venons par ailleurs de nommer un nouveau négociateur en chef dans le

processus des négociations globales avec plusieurs communautés innues. Il s’agit

d’un signal clair de notre engagement à poursuivre et à mener à bien les

négociations vers un traité avec les Innus.

Pour notre part, ce traité sera négocié dans un esprit d’ouverture et de respect

des droits des uns et des autres. La négociation sera toujours préférable à

l’affrontement judiciaire.

Cette année, nous tiendrons à Mashteuiatsh un forum sur le développement

économique et social des Premières Nations. J’y serai, et nous travaillerons

dans le contexte d’un avenir commun.

Monsieur le Président, le secteur agricole du Québec joue un rôle crucial dans

la sécurité alimentaire des Québécois. Notre gouvernement l’a reconnu par ses

actions depuis trois ans.

Nous avons réglé l’épineuse question des taxes foncières en milieu agricole.

Nous avons levé le moratoire sur la production porcine en recherchant une

cohabitation harmonieuse entre les producteurs et les populations.

Nous allons reconnaître dans la loi l’apport économique de la production

agricole artisanale par la reconnaissance des appellations contrôlées et des

termes valorisants. C’est un secteur soumis à de fortes pressions

environnementales, qui doit relever de nombreux défis liés à sa gestion, à ses

modes de production et à la relève nécessaire devant lui conserver son

dynamisme. Il est souvent aux prises avec des problèmes sérieux liés à la santé

animale.

Ce sont des questions pour lesquelles, en concertation avec le milieu, nous

proposerons de nouvelles avenues.

Nous allons poursuivre notre accompagnement de ce secteur vital pour notre

économie par des programmes de sécurité du revenu et d’appui au développement

avec la Financière agricole.

Les producteurs m’ont demandé de continuer à défendre la gestion de l’offre, et

j’avais pris l’engagement de soulever cette question avec le premier ministre

Harper. Cinq jours plus tard, j’ai soulevé cette question avec le nouveau

premier ministre et je m’engage avec détermination à protéger la gestion de

l’offre.

Monsieur le Président, au cours de cette législature, notre action va viser

également à consolider la place de notre capitale nationale et de sa grande

région dans l’économie du Québec.

Depuis avril 2003, nous avons injecté près de 850 millions de dollars dans la

grande région de la Capitale-Nationale. De l’argent qui a servi à moderniser les

infrastructures, à améliorer les services de santé ou à rehausser une offre

touristique déjà unique en Amérique du Nord. Nous avons appuyé le développement

des activités culturelles par des ententes et des investissements avec la Ville

ou avec des organismes voués à la culture.

Nous allons, par de nouvelles mesures, continuer d’encourager les nouveaux

investissements, les nouvelles entreprises. Nous allons favoriser les projets de

recherche à Québec et dans sa grande région, parce qu’il s’agit d’un terreau

fertile à l’éclosion d’une nouvelle économie. Nous allons le faire, comme nous

l’avons fait pour l’implantation d’Ubisoft ou pour le Centre international de

recherche en neurophotonique de l’Université Laval.

Nous allons travailler étroitement avec le gouvernement fédéral pour faire

avancer le dossier de l’agrandissement de l’aéroport de Québec.

Notre capitale nationale est une ville résolument tournée vers l’avenir, mais

c’est également un joyau de notre patrimoine historique. Mon gouvernement va

continuer d’être un partenaire actif de la Ville et des organisateurs de Québec

2008, pour que son 400e anniversaire soit à la hauteur de ce grand rendez-vous

avec notre histoire et avec le monde.

Nous avons engagé une somme de 110 millions de dollars, dont une grande partie

servira à doter Québec d’infrastructures qui survivront longtemps à cet

événement et une autre partie à célébrer, comme il se doit, la naissance de

notre nation.

Le gouvernement va continuer les préparatifs du Sommet de la Francophonie que

Québec accueillera dans toute la fierté de son 400e anniversaire.

Monsieur le Président, nous l’avons dit, notre projet commun, c’est l’atteinte

d’une prospérité encore plus florissante. Pour y arriver, nous devons également

nous tourner vers notre métropole.

Montréal est la porte d’entrée du Québec. Elle se mesure aux autres grandes

villes canadiennes et même aux autres grandes villes du monde. Montréal a plus

que sa part de défis à relever comme métropole. Montréal n’est pas en

compétition avec la ville de Québec. Elle est en concurrence avec Boston, New

York, Toronto.

La prospérité que nous voulons atteindre pour le Québec est une ambition

partagée par Montréal, et la prospérité du Québec passe également par la

vitalité de Montréal.

Montréal a été au centre de l’entente historique conclue avec les municipalités

concernant la taxe fédérale d’accise sur l’essence. Elle disposera d’une somme

de 290 millions de dollars pour renouveler ses infrastructures municipales et de

plus de 300 millions de dollars pour le transport en commun.

Nous avons renforcé notre métropole et nous allons continuer de le faire.

Nous allons la doter d’une voie de contournement, avec la construction de

l’autoroute 30, qui rendra son propre réseau routier plus efficace pour son

économie. Nous allons accélérer son désengorgement grâce à l’autoroute 25 et par

la réfection de la rue Notre-Dame.

Nous allons, d’un autre côté, continuer d’investir dans le transport en commun

en inaugurant le métro de Laval et en procédant au renouvellement du matériel

roulant de l’ensemble du métro de Montréal. J’aurai prochainement l’occasion de

faire une annonce importante pour un autre projet majeur dans le secteur du

transport en commun à Montréal.

Nous allons doter Montréal d’un centre d’excellence de niveau international en

santé et en médecine avec le CHUM, le CUSM et le Centre mère-enfant de

Sainte-Justine.

Nous allons continuer de soutenir le développement des industries stratégiques

qui procurent à Montréal des emplois de haut niveau. Ce sera le cas dans le

secteur aérospatial et dans celui des technologies de l’information, entre

autres.

Et nous allons tout mettre en œuvre pour conclure avec Montréal, comme nous le

ferons avec l’ensemble des municipalités du Québec, un pacte fiscal équitable et

au bénéfice de tous les citoyens des villes.

Monsieur le Président, il y a un fil conducteur dans toutes les décisions de ce

gouvernement. Ce fil conducteur, c’est la recherche de la prospérité.

Si la prospérité pouvait découler d’une loi, cette loi serait la première que

j’inscrirais au menu de cette législature. Mais la prospérité naît de la mise en

commun patiente de nos efforts. Le rôle d’un gouvernement dans la création de la

richesse consiste à réunir les conditions pour que puisse s’épanouir une

économie créatrice de richesses.

Nous mettrons dans les travaux de cette deuxième session de cette 37e

législature toute la volonté dont nous sommes capables au service du

développement économique et de la création d’emplois.

Nous avons, depuis avril 2003, préparé le terrain pour que nos entreprises

puissent véritablement décoller.

Nous allons tout mettre en œuvre pour atteindre les 28 cibles que nous nous

sommes fixées dans notre Stratégie de développement économique qui vise, entre

autres, à créer 1 000 nouvelles entreprises d’ici 2010.

Monsieur le Président, les entreprises du Québec, particulièrement les

entreprises manufacturières, traversent une période difficile. Nos entreprises

se mesurent à des entreprises du Brésil, de la Chine ou de l’Inde, et tous les

pays développés veulent remporter cette compétition pour accéder à de nouveaux

marchés.

Notre secteur manufacturier fait face à une recrudescence de la compétitivité

sur le plan international. Il doit évoluer dans un environnement de plus en plus

mondialisé, affronter l’appréciation sensible de notre devise et la hausse du

coût de l’énergie.

Dans ce contexte, notre gouvernement doit poursuivre ce qu’il a entrepris en

proposant aux entreprises un régime fiscal plus compétitif, et en encourageant

l’innovation et la productivité par le renouvellement des équipements de

production. Le prochain budget contiendra des mesures à cet effet.

Nous avons déjà dressé la table. Nous avons réduit de 50 % la taxe sur le

capital pour les PME. Nous avons adopté des mesures qui ont fait progresser de

12 %, en 2005, les investissements en capital de risque au Québec. Nous avons

réduit la bureaucratie pour mieux servir les entreprises en ramenant de 162 à 10

les programmes qui leur sont destinés.

Nous allons continuer à appuyer les secteurs structurants de l’économie, comme

l’aéronautique, le secteur biopharmaceutique, les technologies de l’information,

le multimédia et le secteur financier.

Nous allons continuer d’encourager nos entreprises à investir, en poursuivant la

réduction de la taxe sur le capital.

Nous allons redoubler d’ardeur pour stimuler les investissements et appuyer la

recherche et le développement.

Nous allons investir près de 4 milliards de dollars sur 3 ans dans un réseau

routier depuis trop longtemps négligé et dont la réfection fera mieux rouler

notre économie et appuiera le développement des régions.

Nous avons commencé à inviter l’entreprise privée à associer son expertise à

celle du secteur public dans la réalisation de projets en partenariat

public-privé, afin d’innover dans nos façons de faire, et surtout de mieux

faire.

Il n’y a aucune raison pour que nos sociétés de génie-conseil et nos

institutions financières aillent investir et prendre des risques dans des PPP à

l’étranger et ne le fassent pas chez nous.

Nous allons poursuivre nos efforts d’accompagnement des entreprises dans un

contexte de mondialisation, comme nous l’avons fait en Chine et plus récemment

en Inde.

Dans ce monde en changement, l’émergence de nouvelles forces économiques, comme

la Chine, l’Inde ou le Brésil, représente de nouveaux marchés. Ces nouvelles

économies sont en mesure d’offrir des débouchés qui contribueront à notre

enrichissement et au rayonnement de notre savoir, de nos entreprises et de nos

produits.

Nous allons déposer au cours de cette session une nouvelle politique d’affaires

internationales. Nous allons renforcer notre action et notre présence dans les

régions du monde où nos entreprises sont les plus susceptibles d’effectuer des

percées.

Nous allons prendre des mesures pour aider les entreprises à disposer d’une

main- d’œuvre compétente et pour combattre les effets du vieillissement de la

population sur notre économie. C’est ainsi que nous encouragerons les retraites

progressives pour celles et ceux qui désirent rester plus longtemps sur le

marché du travail. Nous allons également faciliter l’insertion des jeunes sur le

marché du travail.

Nous allons renforcer notre loi favorisant le développement de la formation de

la main-d’œuvre, laquelle a fait récemment l’objet d’une vaste consultation.

Nous le ferons dans le but d’améliorer le niveau de qualification de notre

main-d’œuvre. Nous le ferons en collaboration avec nos partenaires syndicaux et

patronaux.

Dans la seule région de la Capitale-Nationale, c’est près de 50 000 emplois

qu’on aura le plus grand mal à combler d’ici 2010 faute de candidats.

Il y a, Monsieur le Président, dans cette question de la qualification de la

main-d’œuvre, un enjeu d’une importance cruciale pour le Québec.

Depuis avril 2003, le taux de chômage a glissé pour se maintenir autour de son

niveau plancher depuis 30 ans. Jamais il n’y a eu autant de Québécois au

travail.

Nous faisons toutefois face à un nouveau défi bien contemporain : c’est le

visage du chômage qui change. Une bonne partie du chômage est également causé

par le manque de qualification pour un très grand nombre d’emplois.

Voilà un paradoxe. Pendant que des travailleurs sont mis à pied dans des

secteurs traditionnels de notre économie, des pénuries de main-d’œuvre qualifiée

viennent freiner la croissance de certains secteurs en émergence.

Nous devrons donc agir avec détermination et de manière concertée avec les

maisons d’enseignement professionnel et technique, les entreprises et les

syndicats, afin de pouvoir rediriger ces travailleurs mis à pied vers les

domaines en émergence.

La requalification des travailleurs mis à pied sera une priorité. Mais nous

devrons aussi agir pour prévenir les mises à pied. C’est-à-dire que nous devrons

déployer de nouveaux outils, en association avec les partenaires du monde du

travail, pour accentuer les efforts de développement des compétences en

entreprise et la formation continue.

Cette vaste question de la qualification de la main-d’œuvre m’amène à traiter

d’une question beaucoup plus délicate. Dans notre Québec de 2006, Monsieur le

Président, le taux de chômage chez les populations immigrantes est de 50 % plus

élevé que chez la moyenne des Québécois, indépendamment de leur niveau

d’instruction.

L’immigration contribue pour les deux tiers à l’augmentation de la population

active du Québec, mais elle doit également contribuer davantage à

l’enrichissement collectif.

Au cours de cette législature, nous allons aussi poser les gestes nécessaires

dans le but de reconnaître la formation et les diplômes des personnes formées à

l’étranger. Nous allons déposer en ce sens un projet de loi modifiant le Code

des professions.

Nous pourrons ainsi mieux intégrer nos immigrants. Nous pourrons mieux

bénéficier de la compétence de personnes qui sont des ponts tendus vers le reste

du monde et qui veulent participer à la création de la richesse dans leur terre

d’accueil.

Monsieur le Président, les bénéfices du développement économique, si nécessaires

au développement social, seraient vite anéantis si ce développement se faisait

au prix de la détérioration de notre environnement. Nous voyons, grâce au débat

qui entoure la mise en œuvre du Protocole de Kyoto, combien il est difficile,

après des années d’insouciance, de réparer les pots cassés.

Comme gouvernement, nous avons le devoir et encore une fois la responsabilité de

préserver nos ressources, de protéger et même d’assainir notre environnement.

Nous allons, au cours de cette session, débattre du projet de loi sur le

développement durable. Cette politique, qui a fait l’objet d’une vaste

consultation, traduira la volonté du gouvernement de répondre concrètement au

vœu de la population de concilier le développement économique avec la

préservation de notre environnement.

Un volet majeur de cette politique sera consacré aux moyens que nous mettrons en

œuvre pour lutter contre les gaz à effet de serre. Le Québec devrait jouer dans

ce domaine un rôle de premier plan sur la scène canadienne.

Nous pouvons innover par des processus de fabrication plus respectueux de

l’environnement. Nous encouragerons les initiatives dans ce sens. Nous pouvons

développer le Québec en étant moins énergivores et moins pollueurs.

Nous pouvons créer de nouveaux emplois grâce à des pratiques industrielles et

commerciales respectueuses de l’environnement. Nous avons déjà les moyens d’être

des leaders dans ces domaines.

J’aimerais ici, Monsieur le Président, vous faire part d’un sujet de

préoccupation. Je souhaite que le Québec ne tombe pas dans le piège qui consiste

à opposer le développement économique au développement durable. Qui sortirait

gagnant d’une bataille entre ces deux nécessités? Personne!

Un aspect important du rôle du gouvernement dans ce domaine revient à concilier

parfois deux visions qui doivent être complémentaires. Notre gouvernement

s’affirmera sur cette question en proposant une approche dans laquelle progrès

économique et progrès environnemental se conjugueront pour le bien-être des

générations actuelles et futures.

Monsieur le Président, le transport en commun peut non seulement soutenir

l’activité économique des centres urbains, c’est également un moyen efficace de

réduire la congestion de nos villes tout en contribuant à la réduction des gaz à

effet de serre. Plusieurs projets mettant à contribution divers modes de

transport collectif sont à l’étude. Certains seront annoncés sous peu.

Nous collaborerons avec les villes sur les moyens à mettre en œuvre pour inciter

les citoyens à recourir davantage aux transports en commun comme solution de

rechange à l’utilisation de la voiture. Enfin, le gouvernement établira un

nouveau cadre financier pour le transport en commun.

Monsieur le Président, notre puissance hydroélectrique représente un formidable

atout dans une politique de développement durable.

C’est notre pétrole et c’est une énergie propre et renouvelable. Elle représente

l’un des principaux rouages de notre économie. Alors que nos prédécesseurs

avaient littéralement coupé le courant du développement hydroélectrique, notre

gouvernement l’a rétabli.

Je suis fier de rappeler que c’est un gouvernement libéral qui, au début des

années 60, a doté le Québec de cette extraordinaire source d’énergie. Je suis

encore plus fier d’affirmer que c’est encore un gouvernement libéral qui, à

l’aube du XXIe siècle et à l’ère de Kyoto, l’aura relancée.

C’est notre richesse et notre prospérité qui en dépendent.

Monsieur le Président, nous nous demandons encore comment, sous l’ancien

gouvernement, le plus important producteur d’énergie hydroélectrique sur le

continent a pu devenir un importateur de cette ressource. Comment a-t-on pu

compromettre notre sécurité énergétique?

Mais, comme en santé et en éducation, nous avons inversé cette tendance au

désinvestissement dans un secteur qui revêt une importance fondamentale pour les

Québécois et leur avenir.

Depuis avril 2003, plus de 18 000 personnes s’emploient à la construction

d’équipements hydroélectriques à Mercier, Eastmain 1, Péribonka,

Rapide-des-Cœurs et Chutes-Allard. C’est plus de 1 000 mégawatts de plus

d’énergie propre et renouvelable. Il s’agit d’un investissement de 4,5 milliards

de dollars.

Un investissement équivalent en est à la phase d’évaluation environnementale; il

s’agit du projet Eastmain 1-A\Rupert. Ce chantier fournira du travail à plus de

25 000 personnes, et une fois terminé il ajoutera 900 mégawatts au patrimoine

énergétique du Québec.

Après l’énergie de l’eau, le gouvernement a décidé de diversifier son

portefeuille énergétique avec le vent. La percée majeure que nous encourageons

en énergie éolienne génère une industrie nouvelle dont l’expertise et les

retombées profiteront grandement à plusieurs de nos régions.

Au terme des projets en cours, c’est plus de 3 500 mégawatts d’énergie propre et

renouvelable que nous aurons tirés du vent. C’est assez d’énergie pour alimenter

la ville de Laval en continu.

Nous avons l’ambition de devenir un exportateur net d’énergie propre et

renouvelable en tout temps chez nos voisins qui en ont bien besoin. Nous

n’aurons pas de scrupules à tirer de cette exploitation de la richesse, laquelle

nous aidera à maintenir nos services et à réaliser nos ambitions.

Dans ce contexte, le ministre des Ressources naturelles rendra publique, dans

quelques semaines, la nouvelle stratégie énergétique du Québec.

Notre politique énergétique sera la tête de pont du développement durable au

Québec. Notre stratégie énergétique ouvrira la voie que nous proposons aux

Québécois pour les dix prochaines années. Elle abordera toutes les formes

d’énergie ainsi que leur utilisation dans un contexte de développement durable.

Nous allons devenir le leader et le premier investisseur nord-américain dans les

énergies renouvelables. Toutes les régions du Québec vont profiter de ce levier

économique, et les régions ressources seront des partenaires directs de nos

investissements dans ces énergies.

Si nous avons une préoccupation centrale pour notre prospérité, nous en avons

une non moins cruciale pour nos finances publiques.

Depuis avril 2003, nous avons géré les finances publiques de façon rigoureuse.

Nous avons présenté et suivi une politique de rémunération fondée sur la

capacité de payer des contribuables.

Dans les mois qui viennent, cette approche rigoureuse nous permettra d’entrevoir

le règlement de la question de l’équité salariale. Le gouvernement et tous les

partis de cette Assemblée ont souscrit par une loi au principe de l’équité

salariale qui rejoint celui de l’égalité entre les hommes et les femmes au

travail. Plus de 235 000 employés de l’État, principalement des femmes,

attendent les correctifs salariaux qui viendront concrétiser dans les faits le

principe de l’équité salariale.

Grâce à une gestion rigoureuse, le gouvernement a prévu les sommes nécessaires

au règlement de l’équité salariale. Cela représente des centaines de millions de

dollars. Nous souhaitons que nos partenaires syndicaux manifestent la même

volonté d’en arriver à un règlement dans les prochains mois. Car que vaudrait un

principe dont on repousserait toujours l’application?

Depuis 2003, nous avons ramené la moyenne des dépenses publiques à 3,6 %, alors

que de 1998 à 2003 elle se situait à 4,8 %. Nous l’avons fait en maintenant les

services. L’équilibre des finances publiques demeure toutefois fragile.

Notre gouvernement a plusieurs fois réitéré l’importance de relever les

principaux défis auxquels nous faisons face comme société.

Dans quelques années, le vieillissement de la population, combiné à un faible

taux de natalité, aura des répercussions importantes sur les finances publiques.

Moins de travailleurs devront assumer le coût des services destinés à un plus

grand nombre de personnes qui ne seront plus en âge de travailler. Compte tenu

de ce déficit démographique, la question des finances publiques commande une

attention immédiate.

Dans cette perspective, le montant de 117 milliards de dollars de la dette

publique du Québec est préoccupant. Si rien n’est fait pour l’endiguer, la

spirale de la dette finira par menacer notre richesse, limiter nos choix et

compromettre nos programmes et nos services.

Je reviens encore sur le mot responsabilité, car il pèse de tout son poids et

prend tout son sens pour le gouvernement lorsqu’on aborde la question de la

dette. Déjà, le service de la dette occupe le troisième poste budgétaire du

gouvernement après la santé et l’éducation. Je le rappelle, cela représente 7,5

milliards de dollars qui, dans le dernier budget et dans le prochain budget,

serviront à payer les intérêts de cette dette. Ça veut dire aussi 7,5 milliards

de dollars qui ne peuvent être affectés à l’éducation, à la santé, aux services

de garde, à la lutte contre la pauvreté et à bien d’autres engagements de

l’État.

Le ministre des Finances a tenu des consultations prébudgétaires. Cette question

de la dette occupe une large part de sa réflexion.

Le gouvernement est sensible aux appels de ceux qui nous pressent d’agir sur

cette question afin d’éviter que le poids de la dette ne finisse par provoquer

une crise réelle et sérieuse des finances publiques.

Le président du Mouvement Desjardins, monsieur Alban D’Amours, voit la dette

comme une obligation collective et presse le gouvernement d’agir.

L’ancien premier ministre du Québec, monsieur Lucien Bouchard, et son groupe de

réflexion Pour un Québec lucide ont avancé des propositions intéressantes sur

diverses façons de s’attaquer au problème de la dette. Plusieurs économistes

vont dans le même sens.

Les jeunes de tous les horizons qui sentent ce rouleau compresseur de la dette

menacer leur avenir prient le gouvernement de prendre ses responsabilités. Cette

menace place les jeunes dans la perspective de vivre moins bien que leurs

parents.

Notre gouvernement refuse d’envisager cette perspective. Comme premier ministre

et comme père de famille, je rejette l’idée que les jeunes d’aujourd’hui et de

demain puissent vivre moins bien que leurs parents.

Il n’existe malheureusement pas de clause dérogatoire qui pourrait nous

soustraire à notre responsabilité à l’égard de la dette. La question de la dette

nous fournit à tous l’occasion de faire preuve d’une véritable solidarité.

J’annonce donc que mon gouvernement déposera en cette chambre un projet de loi

qui contiendra des dispositions engageant le Québec dans un processus de

contrôle et de réduction de la dette. Notre gouvernement proposera, entre

autres, la création d’un Fonds des générations dont le seul objectif sera de

réduire ce fardeau trop lourd à porter pour les générations futures.

Cette loi peut enfin être envisagée, parce que nous avons procédé depuis trois

ans à une gestion rigoureuse des finances publiques. Ce sera également notre

ligne de conduite au cours des années qui viennent. Le ministre des Finances

déposera la semaine prochaine un budget qui sera inspiré par cette

incontournable rigueur.

Nous ne réglerons toutefois pas le problème de la dette au détriment des

missions essentielles de l’État. Nous ne le ferons pas non plus en alourdissant

un fardeau fiscal déjà pesant et que nous avons toujours l’intention d’alléger,

particulièrement pour les familles.

Nous nous acquitterons de nos devoirs sur la dette en créant, comme je l’ai

évoqué tout au long de ce discours, plus de richesse.

J’aimerais aborder un sujet crucial. Il s’agit de la place du Québec dans le

Canada. Il s’agit également du leadership que nous devons exercer au sein de la

fédération. Il s’agit des intérêts des Québécois dans l’ensemble canadien. Il

s’agit de notre avenir.

Quand, plus tôt, je parlais de responsabilité, j’incluais celle qui nous incombe

au premier chef de défendre, en tout temps et en toute occasion, les intérêts

des Québécois et du Québec partout dans le monde et au Canada. Le faire en

respectant nos partenaires, le faire de manière constructive, et le faire avec

la confiance inébranlable en notre réussite.

J’ai évoqué au début de ce discours la division semée chez les Québécois par

l’obsession de l’ancien gouvernement à vouloir sortir le Québec du Canada, peu

importe le prix à payer. C’est un débat qui, hélas, freine notre élan vers une

plus grande prospérité et une plus grande richesse. C’est une question qui

plombe notre capacité de profiter pleinement des avantages que représente notre

appartenance à un ensemble plus grand et plus fort pour nous permettre

d’affronter les défis du monde actuel.

Depuis plus de 40 ans, les personnes qui forment aujourd’hui l’opposition

officielle ne voient l’avenir du Québec que séparé du Canada. Après deux

référendums infructueux, ils en souhaitent un troisième. Je constate également

que, même parmi ceux qui adhéraient à cette option au point de s’en faire les

ténors, plusieurs commencent à la remettre en question.

Ces personnes réalisent que le Québec a, dans le cadre canadien, réalisé de

grandes choses. Il a, depuis 1960, fait des bonds de géants. Il a sa liberté

totale, des institutions fortes, une démocratie vibrante, des valeurs qui lui

sont propres, une culture d’une vitalité sans égale sur le continent et dans le

monde. Les entreprises du Québec et ses entrepreneurs rivalisent avec les

meilleures non pas au Québec, non pas au Canada seulement, mais partout dans le

monde.

Malgré cela, les tenants de la séparation affirment que rien ne peut se faire

sans la séparation du Québec du Canada. C’est pour eux la seule solution.

Notre gouvernement a rétabli les relations du Québec avec le gouvernement

fédéral et les autres gouvernements. Nous n’avons pas besoin d’un référendum

pour réaliser que nous devons travailler en partenariat avec nos voisins. Nous

avons changé le climat et remplacé l’affrontement par le dialogue. Une approche

qui donne des résultats concrets et sert mieux les intérêts du Québec.

Depuis notre arrivée au gouvernement en 2003, nous avons réalisé des gains

majeurs, sinon historiques, dans le domaine névralgique des relations

intergouvernementales canadiennes. Nous pensons d’abord à la reconnaissance

formelle du fédéralisme asymétrique et de la spécificité du Québec par l’entente

sur la santé et par la création d’un régime québécois de congé parental.

Ces réalisations sont la concrétisation d’une nouvelle vision qui inspire et

guide nos actions à l’échelle intergouvernementale. Une vision pragmatique et

pondérée, en opposition à celle défendue par nos adversaires. Une vision que

prônent la redécouverte du sens véritable de la formule fédérale, le respect des

compétences de chaque ordre de gouvernement, l’affirmation et l’autonomie des

provinces, le renforcement de l’interprovincialisme et la promotion de la

spécificité québécoise. Oui, l’ère du refus et de l’antagonisme est révolue et

oui, les résultats sont au rendez-vous.

Certes, ce nouveau leadership du Québec s’est avéré profitable aux Québécois,

mais il s’est également avéré profitable aux francophones de partout ailleurs au

Canada. Aux francophones des autres provinces canadiennes, je réitère

aujourd’hui la volonté du Québec d’en faire encore davantage pour

l’épanouissement des communautés et le rayonnement de la langue française au

Canada et ailleurs dans les Amériques.

D’ici à la fin de ce mandat, nous rendrons entre autres publique une politique

révisée et raffermie à l’égard de la francophonie canadienne.

Nous sommes persuadés que cette nouvelle approche, ce leadership du Québec qui a

tant manqué sous le gouvernement précédent, se traduira par d’autres gains dans

des domaines de toute première importance pour l’avenir des Québécois.

Je pense entre autres au dossier touchant la question de la mobilité de la

main-d’œuvre, qui affecte en particulier la région de l’Outaouais. Nous sommes

déterminés à enfin obtenir un règlement.

Le changement récent de gouvernement à Ottawa et l’ouverture manifestée par le

premier ministre Harper sont de bon augure. Mes discussions avec lui également.

Le déséquilibre fiscal, les accords de péréquation, le respect des compétences

du Québec et leur prolongement sur la scène internationale, comme notre présence

à l’UNESCO, sont toutes des questions sur lesquelles il y a lieu de fonder des

espoirs.

Je pourrais parler d’optimisme parce que nous avons travaillé fort. Nous avons

été les instigateurs du Conseil de la fédération.

C’est un formidable forum. C’est un forum dans lequel nous pouvons mieux faire

valoir le point de vue du Québec sur les sujets d’intérêt commun ou sur

l’exercice plein et entier de nos compétences.

C’est le lieu où les consensus se forment et s’imposent avec plus de force

auprès du gouvernement central. C’est un endroit privilégié où peut s’exprimer

la différence du Québec. C’est surtout la renaissance de notre leadership dans

la fédération.

Nous avons, dans ce nouveau contexte, signé depuis notre arrivée au gouvernement

pour 10 milliards de dollars d’ententes avec le gouvernement fédéral.

Oui, Monsieur le Président, mes ministres, mes députés et moi-même allons

continuer de dialoguer avec nos vis-à-vis canadiens. Pourquoi? Parce que en

faisant cela, nous sommes présents et nous remplissons la mission que les

Québécois nous ont confiée et qui est celle de défendre partout leurs intérêts

et d’exercer pleinement notre influence sur les grands enjeux.

Vous avez devant vous un gouvernement qui veut que la fédération fonctionne au

bénéfice des Québécois.

J’annonce donc notre intention de travailler sans relâche à réunir les Québécois

autour des grands défis que nous avons à relever et surtout, des priorités qui

sont les leurs et des moyens d’atteindre une plus grande prospérité.

Our government has reclaimed its place in the Canadian federation. We have

exercised leadership in all areas and the results of our efforts show in the

many agreements to improve Quebecers’ well-being. Confrontation was the policy

of the last government. The separation of Quebec from Canada and divisiveness

remain the rallying cry of the Opposition.

Dialogue, openness and negotiation are the prerogatives of your current

government. New relations have been established with the federal government, a

new dialogue has been opened with the provinces – the result of our proposal for

the Council of the Federation – and we intend to maintain our new leadership

within Canada.

We don’t need another question in another referendum. We need solutions to the

challenges of Quebec today. We need unity to accelerate our growth and offer

true prosperity to all Quebecers.

À la division, nous allons substituer l’éducation, la santé, le développement

durable, l’innovation et la création de la richesse. À la question nationale,

nous allons opposer la richesse nationale.

Et mon souhait, Monsieur le Président, c’est qu’au terme de cette législature,

les choix qui se posent à nous comme peuple soient plus clairs qu’ils ne l’ont

jamais été.

Je vous remercie.

[Charest=20060316]

[Discours du 16 mars 2006 devant la Jeune chambre de commerce de Québec]

Madame, la Présidente de la Jeune chambre de commerce de Québec (Véronique

Morin),

Chers collègues, députés et ministres,

Distingués invités,

Mesdames, Messieurs,

C’est un plaisir d’être avec vous ce midi et d’être l’invité de la « Meilleure

organisation des Amériques ».

Madame Morin, à toute votre équipe, j’adresse les plus chaleureuses

félicitations du gouvernement du Québec pour avoir obtenu la plus haute

distinction lors du Congrès des Amériques de la jeune chambre internationale en

mai dernier, à Sao Paulo au Brésil.

L’excellence de votre organisation vous a menés jusqu’au Congrès mondial de la

jeune chambre internationale, tenu à Vienne en Autriche en octobre dernier.

Votre prestige rejaillit sur notre capitale nationale et sur toute sa communauté

d’affaires, qui compte parmi les plus dynamiques du pays.

Mesdames, Messieurs,

En tant que jeunes gens d’affaires, en tant que jeunes entrepreneurs, vous êtes

les déclencheurs du dynamisme économique de notre capitale nationale.

Notre capitale nationale est au nombre des plus belles villes du monde. Elle

continue de regrouper une part importante des employés de l’État, mais elle est

aussi un avant-poste de la nouvelle économie au Québec.

On compte dans la capitale nationale pas moins de 400 centres de recherche

autour desquels gravitent 6 000 chercheurs et ingénieurs.

Ce sont des générateurs d’emplois de très haut niveau axés sur l’innovation.

Plusieurs centres de recherche à vocation industrielle incarnent la nouvelle

économie. Pensons entre autres :

à l’Institut national d’optique, reconnu tant au Canada qu’à travers le monde;

à l’Institut de recherche sur les produits du bois du Canada, Forintek;

au COREM (Consortium de recherche en traitement et transformation de

substances minérales).

Depuis sa création en 1988, l’Institut national d’optique a favorisé la création

d’une vingtaine d’entreprises, a effectué 32 transferts technologiques, est

titulaire de 65 brevets et a signé environ 2 000 contrats avec l’industrie.

Pour la seule année 2005, 220 contrats ont été signés.

La vieille capitale est devenue synonyme de nouvelle économie. Et vous en êtes,

vous tous dans cette salle, des porte-flambeaux.

En tant que jeunes gens d’affaires, en tant que jeunes entrepreneurs, vous êtes

animés par le désir de réussir. Chaque jour, vous vous retroussez les manches et

vous portez des projets vers leur réalisation.

Vous cultivez la confiance.

C’est dans cette dynamique que s’inscrit mon gouvernement.

J’ai inauguré cette semaine une nouvelle session à l’Assemblée nationale. Cette

rentrée parlementaire a été un moment pour regarder le chemin parcouru et

affirmer nos priorités pour le dernier droit de notre mandat.

Au cours des trois dernières années, notre gouvernement s’est employé à

renouveler nos façons de faire pour que le Québec progresse sur la voie de la

prospérité.

Souvenez-vous, en 2003, notre système de santé était plongé dans une crise sans

précédent. Les bulletins de nouvelles s’ouvraient sur le nombre de personnes

dans les corridors de nos urgences.

Aujourd’hui, Statistique Canada dit que le délai moyen d’attente pour une

chirurgie non urgente est passé de neuf à quatre semaines au Québec, ce qui nous

ramène dans la moyenne canadienne.

Le Conference Board établit que, de toutes les provinces canadiennes, c’est au

Québec que le délai entre un rendez-vous avec un généraliste et un spécialiste

est le plus court.

Ces avancées nous permettent aujourd’hui de faire entrer notre système de santé

dans une nouvelle ère, celle de la garantie d’accès.

Et cette garantie d’accès inclura une ouverture mesurée au secteur privé : à des

cliniques spécialisées privées, qui seront affiliées au système public, et à des

assurances privées pour certaines chirurgies courantes.

C’est de cette manière que nous avons répondu au défi posé par la Cour suprême

du Canada dans l’arrêt Chaoulli : nous avons renforcé le caractère public de

notre système en permettant au secteur privé, dans le cadre de ce système

public, de jouer un rôle.

C’est une synergie gagnante.

En santé, nous avons réinvesti, mais nous avons surtout réorganisé le système.

Nous avons mis en place des méthodes d’aujourd’hui pour répondre aux besoins des

Québécois d’aujourd’hui.

C’est le même esprit qui nous anime dans les autres domaines de l’action

gouvernementale.

En éducation, par exemple, nous avons réinvesti 1 milliard de dollars, c’est

davantage en trois ans que le gouvernement précédent en neuf ans.

Mais nous avons surtout affirmé des priorités nouvelles. Nous avons consacré des

efforts très importants afin que les enfants prennent goût à la réussite dès

leur entrée à l’école.

Nous avons développé l’aide aux devoirs.

Nous allons augmenter d’une heure et demie la semaine de classe au primaire et

intégrer l’enseignement de l’anglais dès la première année.

Au cours de l’automne, nous avons aussi confirmé des investissements

supplémentaires de 100 millions de dollars entièrement consacrés à

l’accompagnement des élèves en difficulté.

Pour la suite des choses, nous faisons une priorité de l’investissement dans

l’enseignement postsecondaire.

Les transferts fédéraux aux fins de l’enseignement postsecondaire ont été coupés

au milieu des années 90.

Aujourd’hui, en 2006, ils demeurent inférieurs à ce qu’ils étaient il y a dix

ans. Il y a un rattrapage à faire.

Sur le plan économique aussi, nous avons changé les choses. Nous aidons mieux

ceux qui ont besoin d’aide, et nous créons un contexte plus propice à la

croissance.

Nous avons aligné les ressources sur les besoins véritables des personnes et des

familles.

Nous avons mis sur pied un programme de soutien aux enfants. Depuis l’an

dernier, un million de familles avec enfants reçoivent une aide du

gouvernement. Dans la capitale nationale, 36,5 millions de dollars sont ainsi

versés à plus de 65 000 familles.

Nous avons aussi instauré une prime au travail pour améliorer la qualité de

vie des travailleurs à faible revenu. À l’échelle du Québec, 500 000 ménages

en bénéficient.

Nous avons poursuivi le développement du réseau des garderies à contribution

réduite. Nous atteindrons l’objectif de 200 000 places en 2006.

Depuis le 1er janvier, le nouveau régime québécois de congé parental est en

vigueur. Un régime plus généreux que le régime canadien, et le seul à offrir

un congé parental aux travailleurs autonomes.

C’est un régime sur mesure pour les jeunes entrepreneurs qui n’ont pas

toujours accès aux programmes offerts dans les grandes organisations.

C’est une économie moderne que nous voulons. Pour avoir une économie moderne, on

doit avoir des infrastructures modernes.

Nous y aurons consacré 14 milliards de dollars en 3 ans.

Dans la capitale nationale, ça veut dire, entre autres :

le prolongement de l’autoroute du Vallon;

l’échangeur Charest-Duplessis;

la route 175 à Stoneham.

Les infrastructures, ce sont des routes, mais aussi des immobilisations en santé

et en éducation :

des nouveaux CHSLD à Limoilou et dans la Pointe Sainte-Foy;

la rénovation de l’urgence de l’Enfant-Jésus;

l’agrandissement de l’Institut de cardiologie et de pneumologie de l’Hôpital

Laval et des investissements en immobilisations au cégep Sainte-Foy, dans le

pavillon Vaudry et l’Université Laval et à l’INRS;

c’est aussi un investissement au Centre international de recherche et de

formation en neurophotonique de l’Université Laval;

c’est un autre investissement, au Centre de transformation sur le bois ouvré à

l’Université Laval, ce qu’on appelle le pavillon Kruger.

Ce qui relève du gouvernement, c’est aussi des investissements stratégiques qui

vont favoriser la croissance et la diversification de l’économie :

c’est l’appui à l’implantation d’Ubisoft à Québec;

c’est la rénovation de l’ancien Centre municipal des congrès.

C’est aussi le lancement du projet ACCORD, par mon collègue Michel Després, qui

vise à renforcer le positionnement international de Québec dans ses forces

stratégiques que sont les sciences de la vie, la santé et la nutrition, les

technologies appliquées, les matériaux transformés, le tourisme et les

assurances.

Ce qui relève du gouvernement, c’est aussi l’établissement d’une politique

fiscale plus concurrentielle qui facilite l’investissement.

Nous avons ainsi réduit la taxe sur le capital de 50 % pour les PME et instauré

un crédit de taxe sur le capital pour favoriser l’investissement dans la

modernisation des entreprises.

Nous avons aussi lancé deux FIERs à Québec, les Fonds d’intervention économique

régionale, dotés d’une capitalisation de 15 millions de dollars chacun. Ils vont

permettre le démarrage et la croissance de nouvelles entreprises.

Notre stratégie de développement économique fixe l’objectif de porter à 3 % du

PIB les investissements en recherche et développement d’ici 2010.

Nous allons continuer à mettre de l’avant des mesures qui favorisent la

diversification économique de Québec et son positionnement dans la nouvelle

économie.

Au total, c’est 850 millions de dollars que notre gouvernement a investis dans

la capitale nationale en 3 ans.

Voilà une contribution qui participe au succès économique de la région :

Le taux de chômage qui s’établissait à 7,6 % en février 2003 était à 5,7 % en

février 2006.

Québec est dans le peloton de tête des cinq villes canadiennes qui connaissent

la plus forte croissance.

En 2005, l’investissement résidentiel, industriel et commercial a progressé de

8,2 % par rapport à 2004. C’est la plus forte progression au Québec. Cela

correspond à 6,5 milliards de dollars d’investissement.

En matière de transport en commun, la région de Québec pourra bientôt obtenir

d’importantes nouvelles sources de financement. Trois nouveaux instruments

seront mis de l’avant par le gouvernement, soit notre nouvelle politique de

transport en commun, notre plan triennal d’immobilisation et la SOFIL.

Par ces trois instruments, nous répondons concrètement au plan stratégique du

Réseau de transport de la Capitale, tant sur le plan du renouvellement de la

flotte d’autobus, du projet d’autobus écologiques dans le Vieux-Québec, que

pour la mise en place de nouvelles infrastructures.

L’État d’aujourd’hui a aussi pour responsabilité d’engager notre société sur la

voie du développement durable.

Le développement durable, ça veut dire, notamment, avoir le courage de protéger

nos forêts, tout en venant en aide aux communautés touchées.

Et au Québec, le développement durable est indissociable du développement

énergétique.

Pensons-y. Qu’est-ce qui est le mieux pour l’environnement : produire notre

hydroélectricité ou acheter de l’électricité des États-Unis produite avec des

centrales au charbon?

Si l’Alberta s’enrichit en vendant des hydrocarbures aux États-Unis, pourquoi

devrions-nous être gênés de créer de la richesse chez nous en contribuant à

l’assainissement de l’air sur le continent?

Croire dans le développement durable, c’est croire en deux mots : «

développement » et « durable ».

C’est développer notre économie en nous assurant de préserver nos ressources

pour les générations futures.

C’est dans cet esprit que nous avons relancé le développement énergétique au

Québec.

Dans le nord du Québec aujourd’hui, près de 20 000 travailleurs s’affairent sur

les projets de développement hydroélectrique à Mercier, Eastmain 1, Péribonka,

Rapides-des-Cœurs et Chute-Allard. Nous prévoyons des investissements de 3,5 à 4

milliards de dollars par année pendant 15 ans.

C’est notre richesse et nous allons l’exploiter, et c’est aussi une partie de

notre identité.

En plus du développement hydroélectrique, nous avons aussi propulsé le Québec

parmi les leaders nord-américains de l’énergie éolienne avec le développement 3

500 mégawatts; c’est plus d’électricité qu’il n’en faut pour subvenir aux

besoins en énergie de la moitié de la capitale nationale.

Notre énergie, c’est notre histoire, c’est aussi notre avenir et un engagement

de mon gouvernement.

Nous avons changé beaucoup de choses au Québec en trois ans. Nous avons aussi

changé des choses à l’extérieur du Québec.

Nous avons modifié la dynamique canadienne en faisant entrer les relations entre

les provinces et les territoires dans l’univers de la coopération avec le

Conseil de la fédération, créé à l’initiative du Québec.

Avec notre gouvernement, le Québec a repris son rôle de leader au sein de la

fédération.

Nous portons une vision du fédéralisme qui repose sur le respect des compétences

et la valorisation de la diversité.

Au Québec, un nombre important d’électeurs ont appuyé cette vision du

fédéralisme en élisant une dizaine de députés conservateurs lors des élections

du 23 janvier dernier.

Monsieur Harper a reconnu ce fait.

Lorsque je l’ai reçu, le 8 mars dernier, cela faisait 22 ans qu’un premier

ministre canadien n’était pas venu rencontrer le premier ministre du Québec dans

notre capitale nationale.

Cet appui des gens de Québec constitue un argument nouveau et puissant en faveur

de la réalisation de projets structurants dans la capitale nationale en

partenariat avec le gouvernement fédéral.

Lors de cette rencontre, monsieur Harper et moi avons convenu de mettre en

branle plusieurs dossiers importants pour Québec.

En tête de liste, la modernisation de l’aéroport Jean-Lesage.

Dès le lendemain, le 9 mars, un comité intergouvernemental Canada-Québec se

réunissait sur ce dossier précis en présence de la direction de l’aéroport.

Notre capitale nationale doit être pourvue d’infrastructures aéroportuaires qui

correspondent à son rôle, à son statut et à son rayonnement international.

La modernisation de l’aéroport Jean-Lesage est la priorité numéro un des

relations avec le gouvernement Harper pour notre capitale nationale.

Au cours des dernières années, nous avons eu le courage de forcer des remises en

question pour pouvoir mieux soigner, mieux éduquer et mieux prospérer.

Notre action repose sur la responsabilité et le devoir d’État; elle est

entièrement orientée vers notre avenir, vers notre jeunesse.

Nous présenterons d’ailleurs dans quelques jours notre nouvelle stratégie

d’action jeunesse qui favorisera le plein engagement des jeunes dans notre

société.

Je sais, Madame Morin, que vous avez participé aux consultations entourant cette

stratégie, et je peux vous dire que vous y retrouverez cette ambition et cette

confiance en l’avenir qui imprègnent votre organisation.

Notre gouvernement a placé l’intérêt de la jeunesse au cœur de ses décisions.

Quand nous réinvestissons en éducation; quand nous développons les services de

garde; quand nous mettons sur pied un nouveau régime de congé parental, c’est

aux jeunes que nous pensons.

Quand nous refaçonnons notre système de santé, et que nous agissons pour en

contrôler les coûts, c’est pour que vous puissiez en profiter vous aussi.

Quand nous protégeons nos forêts; quand nous bataillons pour une plus grande

prospérité du Québec, c’est à vous que nous pensons.

C’est pour nos jeunes que nous avons lancé en février 2004 le Défi

entrepreneuriat Jeunesse.

Je tiens d’ailleurs à souligner l’engagement de la Jeune chambre de commerce de

Québec dans le développement de la culture entrepreneuriale par le projet : «

Les apprentis Telus » qui vise à promouvoir le désir d’entreprendre.

Plusieurs des participants à ce projet sont dans la salle et je les salue.

C’est aussi pour nos jeunes, Mesdames, Messieurs, pour qu’ils aient eux aussi

les moyens de leurs ambitions, que nous allons nous attaquer à notre dette

publique.

La Jeune chambre de commerce de Québec, en tant que membre du Regroupement des

jeunes gens d’affaires du Québec, fait partie d’une coalition de groupes

jeunesse qui se sont prononcés en faveur du contrôle et de la réduction de notre

dette.

Nous nous engagerons par une loi à freiner le recours à l’endettement et à

accélérer la réduction du poids de notre dette par rapport à notre richesse.

Nous confirmerons la création, dès la présentation de notre budget, la semaine

prochaine, d’un fonds dédié à la dette, le Fonds des générations.

Je lance aujourd’hui un appel à la solidarité des Québécois; une solidarité

véritable par laquelle les Québécois vont s’unir et consentir à un effort pour

s’attaquer à la dette.

Nous serons ce gouvernement qui dégagera les voies du futur pour le bénéfice de

notre jeunesse.

Le Québec est promis à un brillant avenir. Notre jeunesse, qui nous appelle à

innover, à nous renouveler, c’est la génération d’un Québec nouveau dans un

monde nouveau.

Vous êtes les premiers enfants du Québec à avoir grandi avec une souris dans la

main. Vous êtes nés avec Internet et le libre-échange.

Vous êtes les filles et les fils de ce village global. La Chine, l’Inde, vous en

entendez parler depuis toujours. Vous y voyez des opportunités plus que des

menaces.

Vous êtes animés par une conscience universelle, environnementale, globale.

Et cela tombe bien, car bientôt, les yeux du monde seront tournés vers nous.

C’est un formidable événement qui se prépare à Québec. La génération de vos

parents a été marquée par Expo 67.

La vôtre sera marquée par Québec 2008. Le 400e anniversaire de Québec placera

notre capitale nationale sous les projecteurs du monde.

Notre gouvernement a déjà engagé 110 millions de dollars en prévision de cette

année de commémoration et de festivités :

70 millions de dollars en infrastructures, principalement pour l’aménagement

du littoral, avec la promenade Samuel-de-Champlain,

et 40 millions de dollars pour la programmation.

Le gouvernement fédéral fera aussi sa part.

Et nous avons reçu un appui formel du gouvernement français. Le président

Jacques Chirac m’a confirmé que Jean-Pierre Raffarin, sénateur et ancien premier

ministre, présidera un comité d’organisation pour la célébration du 400e

anniversaire de Québec. Il sera chargé de coordonner les initiatives françaises

relatives à cette commémoration.

Que ce grand ami du Québec qu’est Jean-Pierre Raffarin devienne en quelque sorte

l’ambassadeur français des fêtes du 400e est un coup de pouce majeur au

rayonnement de l’événement.

Par ailleurs, le gouvernement français va consulter prochainement le

gouvernement du Québec, ainsi que la Ville de Québec, afin d’évaluer quelle sera

la marque d’amitié qu’elle entend offrir dans le cadre des célébrations du 400e

anniversaire.

La Société des fêtes du 400e de Québec est à pied d’œuvre avec l’appui plein et

entier du gouvernement pour faire de 2008 une année inoubliable.

Déjà, de nombreux événements internationaux sont prévus, dont le Sommet de la

Francophonie, qui réunira 82 chefs d’État et de gouvernement.

En 2008, c’est notre histoire que nous allons célébrer, depuis la fondation de

Québec par Samuel de Champlain en 1608, jusqu’à nos jours.

C’est notre histoire que nous allons raconter au monde, et c’est notre confiance

dans l’avenir que nous allons célébrer avec le monde.

Je vous dis aujourd’hui : faisons ensemble de notre capitale nationale l’un des

plus flamboyants symboles de la fierté de notre passé et de notre confiance dans

l’avenir.

[Charest=20060317]

[Discours du 17 mars 2006 devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain]

Madame la Présidente de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain,

Monsieur Gérald Tremblay, maire de Montréal,

Monsieur Gilles Vaillancourt, maire de Laval,

Monsieur Claude Gladu, maire de Longueuil,

Distingués membres de la table d’honneur,

Chers collègues députés et ministres,

Distingués invités,

Mesdames, Messieurs,

Je remercie d’abord la Chambre de commerce du Montréal métropolitain pour la

tenue de ce déjeuner-causerie. C’est toujours un grand plaisir et un privilège

de prendre la parole devant un auditoire aussi engagé dans le développement de

Montréal et du Québec.

Madame Hudon, je profite de cette occasion pour souligner la remarquable

contribution de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain à la réflexion

sur les grands enjeux auxquels est confrontée notre métropole.

Je pense, par exemple, à votre récente enquête sur le financement privé de la

culture à Montréal. Vous militez en faveur d’un plus grand engagement du secteur

privé dans le soutien des arts.

C’est précisément afin de favoriser le mécénat et l’accroissement de

l’investissement privé dans la culture que notre gouvernement a lancé, l’automne

dernier, Placement Culture, en collaboration avec le Conseil des arts et des

lettres du Québec et la Fondation communautaire du Grand Montréal.

En introduction à votre enquête, Madame Hudon, vous dites ceci : « La culture

est devenue une composante fondamentale de l’identité montréalaise; un facteur

d’attraction des talents; une composante majeure de la qualité de vie; un

secteur dont les réussites internationales sont dignes d’inspirer l’ensemble des

acteurs de l’économie de la région métropolitaine. »

Je partage cet avis. La culture irradie notre métropole. C’est un vent de

créativité, d’imagination et d’audace qui imprègne tous les autres domaines

d’activité.

J’y vois l’une des grandes lignes de force de Montréal. La réussite de Montréal,

quant à sa concurrence avec les autres grandes villes d’Amérique du Nord, réside

en bonne partie dans la promotion de cette ambiance unique.

Choisir Montréal, que l’on soit investisseur, étudiant, artiste, immigrant ou

chercheur, c’est aussi opter pour un « art de vivre ».

C’est une métropole à visage humain; une ville de culture, mais aussi une ville

de savoir, une ville de technologies nouvelles, un pôle de l’aérospatiale, un

haut lieu des sciences de la vie.

Montréal, première ville francophone d’Amérique, est la principale porte ouverte

du Québec sur le monde.

Nous avons une seule métropole.

Mesdames, Messieurs,

J’ai inauguré cette semaine une nouvelle session à l’Assemblée nationale. Mon

discours fut le moment, pour nous, d’apprécier le chemin parcouru depuis trois

ans et d’affirmer nos priorités pour l’avenir.

Nous avons fait de la remise sur pied de notre système de santé notre plus

grande priorité, et nous sommes fiers du chemin parcouru depuis trois ans.

Tout récemment, Statistique Canada et l’Institut Fraser reconnaissaient que les

délais d’attente avaient grandement diminué au Québec, que ce soit pour voir un

médecin spécialiste ou pour obtenir une chirurgie non urgente.

Nous avons réinvesti beaucoup en santé : plus de 3 milliards en trois ans dans

les dépenses de fonctionnement du réseau et plus de 3 milliards également dans

les immobilisations.

Nous avons réinvesti, mais nous avons surtout redéployé notre système de santé.

Nous avons fait tomber ces murs qui transformaient notre système en labyrinthe.

Grâce à notre action en santé, nous pouvons, aujourd’hui, graduellement garantir

l’accès aux services. Et cette garantie est liée à une ouverture mesurée au

secteur privé : à des assurances privées pour certains types d’intervention et à

des cliniques privées spécialisées qui seront affiliées au réseau public.

Nous allons continuer à faire de la santé notre priorité. Parce que ce système

est non seulement l’expression de nos valeurs et de notre compassion, il est

aussi l’un de nos principaux avantages économiques.

Si vous en doutez, rappelez-vous que les difficultés financières des géants

américains de l’automobile sont causées en partie par l’explosion des frais de

santé des entreprises. Comme le reconnaissait le sénateur démocrate John Kerry :

« GM’s health care costs now account for $1,400 per vehicle. Toyota recently put

a major new plant in Canada, instead of the U.S because of healthcare costs. »

Notre système public de santé demeure à la fois le meilleur moyen de contrôler

la croissance des coûts et l’un de nos principaux piliers de développement

économique et social. En permettant au secteur privé de jouer un rôle

complémentaire, nous pouvons aujourd’hui offrir une garantie d’accès aux

services.

Vous reconnaîtrez que nous avons parcouru beaucoup de chemin depuis trois ans.

En trois ans, nous avons aussi fait de l’éducation une priorité. Nous avons fait

en sorte que les enfants, dès leur entrée à l’école, prennent goût à la

réussite. Cette priorité s’est traduite par le développement de l’aide aux

devoirs. Nous avons également consacré 100 millions de dollars à

l’accompagnement des élèves en difficulté. C’est 1 800 professionnels

spécialisés de plus pour accompagner nos enfants dans leur apprentissage. Nous

avons ainsi réparé l’erreur du gouvernement du Parti québécois, qui a mis 1 200

professionnels à la retraite sans égard aux besoins des enfants.

Depuis 2003, nous avons entamé le redressement du financement destiné à

l’enseignement postsecondaire.

Les sommes allouées aux universités ont fait l’objet d’augmentations graduelles,

après une période de stagnation. De 1994 à 2002, l’investissement public dans ce

secteur est demeuré figé à 1,8 milliard de dollars. Depuis ce temps, les choses

ont changé. Ce sont 2,2 milliards de dollars que le gouvernement a choisi

d’investir cette année.

Ce redressement doit se poursuivre. L’économie d’aujourd’hui, c’est l’économie

du savoir.

Cependant, dans le contexte des finances publiques et du déséquilibre fiscal,

nous savons qu’il est nécessaire que le gouvernement fédéral fasse sa part.

Le mois dernier, le premier ministre de l’Ontario et moi-même avons coprésidé un

sommet du Conseil de la fédération entièrement consacré à la question de

l’enseignement postsecondaire et de la formation.

C’est la première fois que les premiers ministres des provinces et des

territoires s’unissent sur cette question cruciale pour notre avenir.

Les transferts fédéraux sont aujourd’hui inférieurs à ce qu’ils étaient il y a

dix ans.

Le gouvernement fédéral doit corriger le tir afin que nous puissions réaliser

des investissements substantiels dans nos universités.

Maintenant, sur le plan économique, notre action a été déterminante. Nous avons

redéfini le partage des responsabilités entre l’État et les entreprises. Nous

assumons les responsabilités qui relèvent de l’État, tout en créant un contexte

propice à la croissance des entreprises et des investissements.

Since our election, we have invested $14 billion1 in infrastructure.

We changed the mandate of la SGF, Investissement Québec and la Caisse de dépôt

et de placement. They have sinced improved their performance.

We reduced corporate taxation to make it easier to invest; 75 % of small and

medium size businesses do not pay a capital tax anymore. We also have

established a capital tax credit to support investments in the modernization

of equipment.

Nous avons mis sur pied les fonds d’intervention économique régionaux, les

FIER, qui font boule de neige au Québec. D’ailleurs, nous avons annoncé

récemment, à Montréal, un premier investissement de FIER-Partenaires qui

servira à soutenir la création d’un fonds en technologie de l’information de

60 millions de dollars.

Nous avons également restructuré le capital de risque. Nous avons privatisé

Innovatech Montréal. Et les résultats sont probants. Ces investissements

hautement stratégiques ont progressé de 12 % au Québec en 2005. Avec des

investissements de 710 millions de dollars, dont près de 90 % à Montréal,

l’industrie québécoise du capital de risque est la plus forte du Canada. Elle

représente 39 % du capital investi et 50 % des entreprises financées au Canada.

C’est un atout stratégique majeur pour la métropole.

Notre action en matière économique fait progresser le Québec :

il n’y a à peu près jamais eu autant de Québécois au travail;

le taux de chômage est à son plus bas en 30 ans;

le taux de participation à l’emploi atteint un sommet historique;

et le revenu disponible des Québécois progresse.

Nous avons également redressé nos finances publiques. Nous avons limité la

croissance des dépenses à une moyenne de 3,6 % par année.

Pendant ce temps, les dépenses budgétaires ont crû en moyenne de 6,4 % dans les

autres provinces et de 7,2 % à Ottawa.

Pour réussir à contenir la croissance des dépenses, tout en réinvestissant en

santé et en éducation, nous avons dû faire des choix.

Nous avons fait le choix de pratiquement geler les dépenses des autres

ministères. Et nous avons fait le choix de renouveler les conventions

collectives des employés de l’État jusqu’en 2010 en respectant la capacité de

payer des contribuables. On a fait les bons choix.

Bref, entre nous… Dans l’intimité de cette salle, notre gouvernement a connu

quelques fausses notes depuis trois. Mais qui peut dire n’avoir jamais eu

quelques fausses notes dans son plan d’affaire?

Nous avons recentré l’activité gouvernementale sur ses missions essentielles que

sont la santé et l’éducation, comme nous nous y étions engagés.

Nous avons redéfini le partage des responsabilités entre l’État et les

entreprises en matière de développement économique.

Nous avons redressé les finances publiques.

Et nous avons redonné au Québec toute son influence au sein de la fédération

canadienne.

Certes, au cours de ces trois années, lorsque l’on analyse notre action en

fonction des intérêts supérieurs du Québec, nous avons grandement fait

progresser le Québec.

Nous sommes fiers de notre bilan.

Montréal a grandement bénéficié de notre action depuis trois ans.

En santé, le réinvestissement dans les immobilisations s’est traduit par :

l’agrandissement du bloc opératoire de l’Institut de cardiologie de Montréal,

la construction d’un pavillon de recherche sur le cancer à McGill,

l’agrandissement de la radio-oncologie de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Et nous continuerons à bâtir pour faire de Montréal ce centre mondial,

internationalement reconnu, des sciences de la vie.

Je veux être très clair. Nous construirons le nouveau CHUM, le nouveau Centre

hospitalier universitaire de santé de McGill et le nouveau Centre hospitalier

universitaire mère-enfant de l’hôpital Sainte-Justine. Mais, pour mener ce

projet à terme avec succès, nous allons nous assurer de deux choses :

1. Mettre sur pied un mode de gestion efficace pour la bonne marche des travaux;

2. Mettre sur pied un mode de financement pour le contrôle des coûts.

En éducation, nos réinvestissements se sont traduits par :

le nouveau pavillon de la faculté de médecine de l’Université de Montréal,

l’agrandissement de l’École de technologie supérieure,

et la mise à niveau de la faculté de médecine de l’Université McGill.

Sur le plan économique, nous avons consolidé le pôle international de

l’aérospatiale.

Nous avons soutenu les projets de développement de Bell Helicopter, Pratt &

Whitney, GE et de Messier-Dowty. Nous avons appuyé Bombardier en ce qui concerne

la promotion de ses appareils de la série C et nous serons encore là lorsque le

contexte sera plus favorable.

Notre action des trois dernières années nous permet maintenant d’aller plus

loin.

Nous allons bâtir sur nos avancées en santé afin de mettre en œuvre la

garantie d’accès aux services de santé. Cette ouverture mesurée au secteur

privé, qui agira de façon complémentaire avec le secteur public, nous

permettra, j’en suis convaincu, de bâtir l’un des meilleurs systèmes de santé

du monde.

Nous animerons également un débat important sur le financement à long terme de

notre système de santé, dans la foulée du rapport Ménard.

Nous poursuivrons le redressement du financement l’éducation et nous

appuierons la formation continue. C’est essentiel pour que nos jeunes puissent

répondre aux nouvelles exigences d’une économie fondée sur le savoir.

Nous allons également nous attaquer à notre dette.

De la même manière qu’il a fallu redresser le système de santé avant de

permettre une ouverture mesurée au secteur privé, il était nécessaire de

redresser les finances publiques avant de s’attaquer à la dette.

Sur les finances publiques, nous allons plus loin dans notre action.

Dans notre programme électoral de septembre 2002, nous avions pris l’engagement

de produire un plan de remboursement de la dette à long terme.

Nous avons réitéré cet engagement dans le budget de l’an dernier, car le Forum

des générations s’était terminé sur un constat très clair de la part de

l’ensemble des intervenants : le temps était maintenant arrivé de s’attaquer à

la dette du Québec.

Et nous le ferons dans le budget que le ministre des Finances déposera la

semaine prochaine.

Parce que nous avons géré avec une grande rigueur, parce que la croissance des

dépenses est maintenant en deçà de la croissance des revenus du gouvernement,

nous pouvons aujourd’hui entrevoir le jour où notre dette ne sera plus un boulet

pour notre jeunesse.

Nous adopterons une loi qui engagera le Québec sur la voie de la réduction du

poids de notre dette.

Nous créerons un fonds, le Fonds des générations, affecté à l’allègement de

notre dette. Ce fonds sera alimenté par des sources de revenus spécifiques.

S’attaquer dès maintenant à la dette, c’est faire un choix responsable. Ce choix

est nécessaire pour assurer la pérennité de nos services sociaux . Il l’est

aussi par équité envers les générations futures.

Notre dette est la plus lourde de toutes les provinces canadiennes, à 44% de

notre produit intérieur brut, contre 25 % pour la moyenne des provinces.

Notre dette, malheureusement, a surtout servi à payer des dépenses courantes. En

fait, les trois quarts de notre dette de 117 milliards, soit 87 milliards,

découlent des déficits que le Québec a cumulés s année après année depuis le

début des années 1970.

Notre plan prévoit l’élimination, à terme, de la dette d’épicerie. Notre dette

sera alors le reflet d’investissements productifs dans nos infrastructures,

comme il se doit.

Nous fixerons dans le prochain budget une cible de réduction du poids de notre

dette en regard de notre richesse collective.

Pour rembourser notre dette, il faut créer de la richesse.

Le Québec évolue dans un contexte économique nouveau, qui change rapidement.

Sur le plan conjoncturel, notre économie doit s’adapter à la hausse du prix des

carburants et à l’appréciation du dollar canadien. Il s’agit d’un défi pour le

secteur manufacturier et pour nos industries exportatrices.

Sur le plan structurel, notre économie doit s’adapter à un contexte beaucoup

plus compétitif sur le plan international. C’est un passage obligé pour nous,

puisque plus de 60 % de notre PIB est le résultat de nos exportations faites

ailleurs au Canada et dans le monde.

Dans ce nouveau contexte, nous devons relever le défi de l’innovation et des

investissements. C’est le sens de la politique économique que nous avons

dévoilée l’an dernier.

Entre 1990 et 2004, l’écart de productivité entre le Québec et le Canada est

passé de 4,1 à 5,2 %.

Entre l’Ontario et le Québec, il est passé de 8,5 à 10,4 %.

Entre le Québec et les États-Unis, il est passé de 15,8 à 16,4 %2 .

Nous devons évoluer vers une culture de l’innovation, de la même manière que

nous avons su évoluer vers une culture de la qualité dans les années 1990. Nous

continuerons, par notre action, de développer cette culture de l’innovation et

d’encourager les investissements.

L’amélioration de la productivité – cette recherche constante de la meilleure

manière de faire et au meilleur coût – devient incontournable, devant la montée

fulgurante de la Chine, de l’Inde et du Brésil.

Vous savez que j’ai visité deux de ces pays au cours des derniers mois; certains

de vous étaient d’ailleurs de ces missions. Ce que j’y ai vu est à couper le

souffle.

En Chine, 300 millions de personnes ont aujourd’hui un niveau de vie comparable

au nôtre. C’est dix fois le Canada.

Sur les plans technologique et scientifique, les Chinois sont déjà là où nous

sommes. J’entendais Jean-François Lépine, de Radio-Canada, qui résumait bien

l’ampleur du défi chinois en disant que, là où nous pouvons aligner 20

chercheurs, ils peuvent en aligner 1 000.

En Inde, on forme 300 000 ingénieurs par année.

C’est dans cet univers que nous devons faire notre place. La Chine et l’Inde

sont autant des menaces nouvelles que des ouvertures nouvelles. Il n’en tient

qu’à nous de tirer profit de cette révolution de l’économie planétaire.

Nous n’aurons jamais l’avantage du nombre, mais nous pouvons avoir celui de la

créativité et de l’inventivité. Nous pouvons transformer notre faiblesse

numérique en avantage stratégique. C’est le sens des actions de mon gouvernement

sur le plan économique.

Pour créer de la richesse, nous miserons également sur notre énergie. La relance

du développement énergétique du Québec est l’une des pierres d’assise de notre

action économique. Cet effort colossal représentera des investissements de 3,5 à

4 milliards de dollars par année, pendant 15 ans, uniquement dans l’énergie

hydroélectrique.

Nous avons aussi mis le Québec dans le vent avec un développement de 3 500

mégawatts d’énergie éolienne.

Après l’absence de développement sous l’ancien gouvernement, nous allons

recommencer à créer de la richesse avec notre énergie.

C’est même notre devoir de le faire… face à nous-mêmes, mais aussi face à nos

voisins, dans une perspective continentale et environnementale.

Le développement énergétique des 15 prochaines années nous permettra de

développer notre économie, mais aussi de devenir un exportateur d’électricité.

C’est un choix responsable sur le plan économique qui contribuera au

remboursement de notre dette. Et c’est un choix responsable sur le plan de

l’environnement.

Quand on vend de l’énergie hydroélectrique aux Américains ou à nos voisins de

l’Ontario, on s’enrichit en améliorant l’air que l’on respire; c’est moins de

nuages chargés de poussières de charbon qui passent au-dessus de nos têtes.

Le développement énergétique, dans le contexte québécois, est un parfait

synonyme de développement durable.

Nous avons, par ailleurs, engagé le Québec, comme aucun autre gouvernement, sur

la voie du développement durable. Nous avons eu le courage d’intervenir pour

protéger nos forêts. Nous avons proposé un projet de loi sur le développement

durable et nous présenterons une stratégie sur les changements climatiques.

Nous présenterons également une nouvelle politique de financement du transport

en commun.

Une métropole moderne, c’est une métropole qui peut compter sur des

infrastructures de transport des biens et des personnes à la fine pointe. C’est

la 30, qui n’est plus un vœu, mais un chantier. C’est la rue Notre-Dame que nous

allons moderniser, en collaboration avec la Ville.

C’est l’autoroute et le pont de la 25 qui seront faits en PPP et pourvus d’une

voie réservée aux autobus. Le développement durable, pour notre gouvernement,

signifie également le désengorgement de Montréal.

C’est pourquoi nous investissons aussi dans le développement du transport en

commun.

Je vous annonce aujourd’hui que nous avons donné instruction à l’Agence

métropolitaine de transport de procéder à la réalisation du train de l’Est, qui

desservira Montréal, Repentigny, Terrebonne et Mascouche.

Ce projet structurant est une priorité pour les citoyens, pour les élus

régionaux et pour notre gouvernement.

Le transport en commun est un élément essentiel d’une métropole moderne. Et

c’est encore plus vrai à l’heure du développement durable.

Nous annonçons aujourd’hui une première étape qui consacre notre engagement dans

l’essor des transports publics. La présentation d’une politique de développement

du transport en commun viendra préciser notre vision.

Le transport en commun soutient l’activité économique, réduit la congestion de

nos villes et contribue à la réduction des gaz à effet de serre.

Nous collaborerons avec les villes sur les moyens à mettre en œuvre pour inciter

les citoyens à recourir davantage aux transports en commun.

C’est avec cette vision d’un savoir et d’une prospérité partagés entre la

métropole et les régions que nous annoncerons prochainement notre décision

relative au contrat de remplacement des voitures du métro de Montréal.

Le développement routier et le développement des transports publics doivent

aller de pair.

C’est cette vision équilibrée du développement de la métropole qui anime notre

gouvernement.

Au cours de la prochaine année, nous allons poursuivre notre promotion active

des intérêts du Québec au sein du Canada. Nous avons signé des ententes majeures

avec le gouvernement du Canada, sur la santé, sur les congés parentaux, sur la

répartition d’une partie de la taxe d’accise sur l’essence.

De plus, le nouveau gouvernement de M. Harper s’est montré sensible aux

priorités du Québec, qu’il s’agisse du déséquilibre fiscal ou de la place du

Québec dans des forums internationaux comme celui de l’UNESCO.

Ce contexte nouveau n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat d’un

travail. Il est le résultat d’une dynamique nouvelle que nous avons patiemment

nourrie à travers le Conseil de la fédération.

Mesdames, Messieurs,

Voilà les grandes priorités de mon gouvernement pour l’avenir :

Nous continuerons de recentrer l’État sur ses missions essentielles que sont

la santé et l’éducation.

Nous continuerons d’assainir les finances publiques, d’alléger le fardeau

fiscal des contribuables et nous amorcerons la réduction du poids de notre

dette.

Pour ce faire, nous créerons de la richesse en encourageant l’innovation et

l’investissement, ainsi qu’en misant sur le développement de notre secteur

énergétique.

Nous mettrons notre secteur énergétique au service du développement durable.

Nous adopterons une politique sur les changements climatiques et nous

investirons dans le développement du transport en commun.

Ce sont là nos priorités. Nous croyons que c’est la bonne vision pour l’avenir

du Québec. Nous croyons que ce sont les bons choix, pour les générations

présentes et pour les générations futures.

En cette fête de la Saint-Patrick, je garde en tête ce que ma mère me disait

concernant les Irlandais. Fière de ses racines, elle me disait : « Il y a deux

types de personnes, celles qui sont des Irlandais et celles qui rêvent de le

devenir! » À ma façon, je veux reprendre cette phrase en vous disant que je

souhaite qu’il existe deux types de personnes, soit celles qui sont des

Québécois et celles qui rêvent de devenir des Québécois.

[Charest=20060320]

[Allocution du premier ministre du Québec, M. Jean Charest, concernant l’annonce d’un investissement de 1 986 401 $ pour l’agrandissement de l’école primaire des Érables à Deux-Montagnes]

Sauter

Merci M. Gratton,

M. Lachance,

Mme Fortier,

Je veux saluer également mes collègues de l’Assemblée nationale qui sont avec

nous aujourd’hui. Évidemment, Hélène Robert qui est la députée du comté de

Deux-Montagnes, Mme Beaudoin du comté de Mirabel et Pierre Descôteaux qui est

également avec nous aujourd’hui. Je veux saluer également les commissaires qui

se sont joints à nous et à tous ceux qui frappent à la porte pour entrer et pour

partager la bonne nouvelle. Évidemment, mon collègue, David Whissell.

Aujourd’hui, j’ai l’occasion de partager avec vous une très belle nouvelle pour

l’école des Érables et aussi pour votre Commission scolaire de la

Seigneurie-des-Mille-Îles. Un investissement de 2 millions de dollars qui va

vous permettre d’agrandir vos locaux, d’ajouter de l’espace pour des jeunes qui

ont besoin de cet espace pour pouvoir grandir, pour s’épanouir. Pour que vous

puissiez continuer le travail que vous faites ici, qui est un travail

exceptionnel et qui mérite d’être souligné, relevé. Ne serait-ce que pour cette

raison-là, être ici aujourd’hui, pour moi, c’est une chose très importante.

J’ai eu l’occasion en visitant l’école de croiser certains de vos professeurs,

de vos éducateurs, votre personnel et je dois vous dire que ce que vous faites

est rare et assez exceptionnel. On me dit qu’il y aurait peut-être cinq écoles

similaires à travers tout le Québec pour venir en aide à des jeunes qui ont des

besoins particuliers. Et vous savez que dans notre système scolaire, il y a une

intégration qui se fait dans le programme général mais que ce n’est pas fait sur

mesure pour des enfants qui ont des besoins plus importants. Il faut également

leur faire un espace et un endroit. Et ici, à l’école des Érables, c’est

exactement ce qui est fait pour une centaine d’enfants qui donc reçoivent cette

attention, cette éducation qui va leur permettre de s’épanouir.

Et les besoins, par contre, sont encore plus grands pour l’avenir. L’annonce

d’aujourd’hui va permettre d’augmenter le nombre d’étudiants de 100 à environ

125. Mais, c’est surtout, Mme Mélançon nous en a parlé aussi, c’est aussi une

occasion pour l’école d’aménager des espaces plus fonctionnels pour que le

programme qui s’offre aux jeunes puisse se déployer et qui puisse également être

fait de façon convenable.

En plus, cette école se distingue par cette salle que j’ai eu l’occasion de

visiter, qui permet d’éveiller les sens des jeunes autistes. Et, je veux

souligner le fait que cette salle a été rendue possible parce que vous avez eu

une contribution d’un mécène de l’extérieur, de la fondation des restaurants

McDonalds et que c’est un bel exemple de partenariat dans votre communauté. Et

quand on voit des projets comme ça, ce que ça nous dit à nous, c’est à quel

point il y a dans la communauté une volonté d’appuyer le travail que vous

faites.

Deuxième caractéristique, ce sont des services élimés, c’est-à-dire des services

de garde qui sont disponibles pour certains enfants qui veulent ou qui doivent

rester un peu plus tard dans la journée, et pour qui c’est un service essentiel,

un service très important pour les parents. Et ça aussi, ça va dans le sens de

ce que nous devons faire si on veut permettre à ces enfants d’avoir accès à des

services, puis si on veut aussi créer un environnement qui concilie la vie

familiale avec la vie de travail. Et tout cela rend possible une école, rend

possible la vie familiale, facilite en quelque sorte à la fois la vie oui des

enfants mais la vie des parents.

Tout cela s’inscrit, je tiens à le souligner, dans la volonté du gouvernement

d’en faire davantage pour ces enfants qui ont des besoins particuliers. Lors des

dernières négociations dans le secteur public, vous vous rappellerez, ça été

l’objet d’un débat. Le gouvernement a déjà eu l’occasion de réinvestir davantage

mais là, on va vraiment faire un grand pas en avant dans les prochains mois,

dans les prochaines années.

Nous allons engager à travers tout le Québec 1 800 professionnels qui viendront

s’ajouter au réseau. Tout ça vient dans la foulée des mises à la retraite,

rappelez-vous, il y en a eu 1 200 dans les dernières années. Cela a eu un impact

assez important sur le réseau et c’est un investissement de 100 millions de

dollars de plus que fait le gouvernement du Québec pour que l’on puisse

justement se donner des ressources et s’assurer que nous avons les hommes et les

femmes nécessaires pour venir en appui, à la fois auprès de ces jeunes mais

aussi des professeurs qui sont à travers tout le réseau.

Alors, là-dessus, il y a un consensus très fort chez-nous. Mais en même temps,

une école comme celle-ci, Mme Fortier, Mme Mélançon, on ne peut pas l’inventer,

elle est là parce qu’il y a des gens dans un milieu qui étaient animés par une

volonté très forte de venir en aide à ces jeunes enfants, de 4 jusqu’à 21 ans et

qui, à tous les jours, sont là pour les aider à s’épanouir, à apprendre, à

devenir plus autonomes parce que c’est le grand thème d’apprentissage ici à

l’école des Érables; c’est l’autonomie, un thème très fort.

Et en terminant, je tiens à vous dire à quel point je suis touché par le travail

que vous faites et je suis heureux d’avoir eu l’occasion de vous rencontrer, de

vous visiter. Parce que j’aurai, je le sais, l’occasion de parler de vous à

l’avenir et de vous citer en exemple, et de proposer, j’espère, des projets

similaires ailleurs au Québec là où les besoins sont également importants. Parce

que la réussite d’une société, on le sait, c’est finalement notre capacité de

tendre la main à ceux qui en ont un peu plus besoin.

Notre vraie réussite, c’est d’avoir la capacité de tendre la main juste un petit

peu plus loin pour ceux et celles qui ont des besoins particuliers, et c’est ce

que vous faites aujourd’hui. Vous le faites bien, vous le faites avec beaucoup

d’amour, et je vous en remercie.

Merci.

[Charest=20060321]

[Allocution du premier ministre du Québec, M. Jean Charest, à l’occasion de l’annonce d’une aide de 613 000 dollars à l’Archevêché de Rimouski]

Merci beaucoup M. Lavoie,

Merci Mgr Blanchet,

M. le Maire Forest,

C’est un privilège pour moi d’avoir l’occasion de visiter l’Archevêché. Ce lieu

magnifique qui est non seulement un symbole pour la Ville de Rimouski et la

région mais également un symbole québécois. Et la pièce où nous sommes

l’illustre bien, l’étoile qui nous entoure, son histoire, ses meubles, son

architecture.

Mesdames et Messieurs, toute la question du patrimoine au Québec est une

question qui devient de plus en plus pressante. Il y a plusieurs années, le

gouvernement du Québec a mis sur pied un programme qui visait spécifiquement le

patrimoine religieux. Mais c’est le patrimoine, en général aussi, qui fait

l’objet d’une attention particulière du gouvernement du Québec et qui devra, à

l’avenir aussi, faire l’objet d’une plus grande attention. Je vous signale que

c’est pour nous, au gouvernement du Québec, une source de préoccupations, oui,

et on a planché là-dessus dans les derniers mois et on espère dans les prochains

jours, les prochains mois, pouvoir partager avec vous de bonnes nouvelles à ce

sujet-là.

Pourquoi? Parce que c’est notre mémoire, c’est notre identité, ce sont nos

valeurs qui sont reflétées également dans cette volonté de pouvoir préserver

notre patrimoine. Au Québec, on ne peut pas parler de patrimoine sans évidemment

parler de patrimoine religieux. Et c’est pour nous une très grande source de

richesse, et cela présente aussi pour les prochaines années un très grand défi.

Puisque nous savons, on le voit venir, il y a évidemment un vieillissement de

plusieurs communautés religieuses, plusieurs bâtiments commandent des frais très

importants d’entretien et c’est dans les prochaines années un défi particulier

qui nous attend de pouvoir préserver ces bâtiments. Dans certains cas, les

récupérer, les remettre à contribution.

Ici, vous n’avez pas attendu et puisque cet Archevêché est un joyau du

patrimoine pour vous et pour votre communauté, que c’est un symbole très fort,

vous avez commencé des travaux de restauration que vous avez faits en trois

phases.

Le gouvernement du Québec a fait une contribution pour la première phase et pour

la deuxième phase, cela a été fait par la communauté. M. Lavoie, Mgr Blanchet,

je tiens à vous souligner que nous avons beaucoup remarqué l’appui très

important de la communauté pour la restauration de l’Archevêché. Il y a dans cet

appui un signe tangible de l’importance que vous accordez à ce joyau

patrimonial. Et dans la volonté que vous avez de le préserver, de le mettre à

contribution.

On en est rendu à la troisième phase de restauration et je confirme aujourd’hui

l’engagement du gouvernement du Québec pour un montant de six cents treize mille

dollars (613 000 $) afin que l’on puisse compléter les travaux qui, dans ce

cas-ci, se feront à l’enveloppe extérieure de l’édifice, en particulier.

Paraît-il qu’en faisant le nettoyage de la brique, vous avez découvert, comme

c’est souvent le cas, des vices ou des travaux, et des choses qui devaient être

réparées. Alors donc, le gouvernement du Québec pour cette troisième phase sera

au rendez-vous pour vous seconder dans ces travaux.

Je tiens à vous dire que dans le choix que nous faisons aujourd’hui et la

décision que nous rendons publique que ce n’est pas un choix qui est arbitraire.

Il y a une table régionale qui priorise les projets et que nos décisions à nous

sont donc fondées sur cette consultation qui se fait dans le milieu, avec les

gens du milieu. Et donc, l’annonce que nous faisons aujourd’hui est en parfaite

harmonie avec les priorités que vous vous êtes fixées.

Vous avez ici un patrimoine exceptionnel. Ces magnifiques toiles de Suzor Côté,

un artiste qui vient de la région d’Arthabaska. D’ailleurs, ça m’a rappelé que

j’ai sur mon bureau, moi à Québec, un magnifique bronze de Suzor Côté. Une tête

de femme dont le titre est : Je me souviens. Je me retrouve ici entouré de

toiles, d’œuvres d’un artiste qui a beaucoup marqué le Québec.

Comme Plamondon, par ailleurs, vous avez une magnifique toile de Plamondon qui a

été restaurée, ça fait partie des efforts que nous faisons au Québec de la

restauration de ces toiles. J’ai, en passant, remarqué que vous avez beaucoup

bénéficié de patrimoine religieux qui venait de la Gaspésie, que vous vous êtes

fait gardien.

Nous sommes très fiers aujourd’hui au gouvernement du Québec d’être partenaire

avec vous pour la dernière phase de restauration d’un joyau très important du

patrimoine de Rimouski et du Québec.

Merci.

[Charest=20060427]

Discours du 27 avril 2006 – Ouverture des assises annuelles de l’Union des municipalités du Québec

C’est un plaisir pour moi d’être ici avec vous aujourd’hui pour célébrer un fait

marquant dans les relations entre le gouvernement du Québec et le monde

municipal. L’entente que nous signerons portera la signature de plusieurs de vos

représentants, de vos négociateurs. Je veux me joindre à vous pour souligner la

contribution exceptionnelle de certains acteurs du gouvernement du Québec.

(Salutations)

Alors dans quelques heures, nous signerons l’entente sur un nouveau partenariat

fiscal et financier, qui s’étendra de 2007 à 2013.

Plus qu’un simple pacte fiscal, cette entente, entièrement négociée, va sceller

un véritable partenariat fiscal et financier entre le gouvernement du Québec et

les municipalités.

Cette entente établit nos relations financières sur de toutes nouvelles bases

qui permettront aux municipalités de se voir doter de sources de revenus

prévisibles et structurantes.

Je suis fier de dire que cette entente est la plus avantageuse jamais conclue

avec nos partenaires du monde municipal.

À terme, les sommes allouées aux municipalités auront presque doublé par rapport

à la première année de la nouvelle entente.

Toutes les municipalités du Québec, je tiens à le dire, sortent gagnantes de

cette entente.

Les plus petites comme les plus grandes, car la nouvelle entente repose sur des

principes fondamentaux, notamment sur l’équité. Non seulement la péréquation

entre les municipalités est protégée au sein de cette entente, elle est même

bonifiée substantiellement.

Si l’on fait l’addition de tous les avantages qu’elle contient, parce que quand

nous dressons le portrait de ce qu’il y avait auparavant et de ce que nous avons

maintenant sur la table, elle est simplifiée.

Nous avons signé une entente qui bonifie la péréquation et qui répond à une

demande du monde municipal : avoir accès à des revenus de croissance, et surtout

à des revenus prévisibles qui vous permettent de planifier à plus long terme. Au

Québec, nous avions besoin depuis longtemps d’un gouvernement qui accepte la

difficile tâche de planifier à plus long terme; un gouvernement qui permette

enfin d’arrêter de gouverner en pesant sur l’accélérateur, puis sur le frein.

Nous l’avons fait dans le domaine de la santé. Vous savez à quel point c’est

laborieux, difficile, mais nous avons changé radicalement l’organisation de la

santé et des services sociaux au Québec. Nous avons réinvesti de l’argent, et

nous commençons justement à en récolter les fruits.

Nous l’avons fait dans nos négociations avec le secteur public aussi. Au

gouvernement, la négociation avec le secteur public consomme 18 mois d’énergie

et de temps. Nous avons conclu. Nous avons négocié en grande partie les

conventions collectives. Nous aurions voulu tout négocier, mais ce n’était pas

possible. Il a fallu régler la question des salaires et prendre une décision en

décembre dernier. Ce que je tiens surtout à vous rappeler, c’est que nous avons

réglé nos conventions collectives jusqu’en 2010. Ce qui nous donne à nous,

gouvernement du Québec, (parce que cela représente 60 % de nos dépenses), de la

prévisibilité et la possibilité de planifier à plus long terme.

L’entente que nous concluons aujourd’hui est faite dans la même approche, dans

la même vision, la même volonté forte, la même détermination de voir plus loin

et de planifier à long terme.

Cette entente octroie des sommes qui vont passer de 388 millions en 2006 à 747

millions en 2013. Au cours de la période 2007-2013, les sommes ainsi allouées

aux municipalités totaliseront 3,8 milliards de dollars.

Le gain le plus marquant de cette entente pour les municipalités est sans aucun

doute l’ajout de mesures fiscales permanentes, c’est-à-dire la remise de la TVQ

dont le rendement sera croissant au fil des ans pour atteindre sa pleine mesure

en 2013 avec 472 millions de dollars. C’était notre engagement en 2003, et nous

l’avons tenu.

La pérennité des sources de financement est un autre pilier de la nouvelle

entente.

Ces sources de financement seront basées sur la péréquation et le remboursement

de la taxe de vente du Québec (TVQ), assurant ainsi des sources de revenus

accrues et récurrentes.

Cette stabilité financière vous permettra d’assurer une gestion prévisible de

vos responsabilités et de mieux planifier le développement à long terme de vos

municipalités.

Je veux souligner à nouveau que cette entente est le fruit de plusieurs années

de travail. C’est une chose qui échappe souvent aux observateurs qui nous voient

conclure des ententes et qui ont la mauvaise impression que nous réglons ces

choses-là la veille. C’est totalement faux. C’est donc important de se rappeler

l’effort qui a été consenti depuis plusieurs années. C’est une entente qui

reflète les efforts fournis des deux côtés.

C’est possible d’en arriver à une entente si un leadership est exercé des deux

côtés de la table. En ce sens, je tiens à rendre hommage à votre équipe de

négociation. (Salutations particulières) Et c’est une occasion unique dans ma

carrière politique, une chance, de conclure une entente avec le président de

l’Union des municipalités du Québec, qui est représenté par mon maire, celui de

Sherbrooke, monsieur Jean Perrault. C’est pour moi une très grande joie de

mettre ma signature à côté de la sienne pour célébrer cette entente.

Je salue le leadership des ministres du gouvernement, Michel Audet, Monique

Jérôme-Forget et en particulier de la ministre des Affaires municipales et des

Régions, Nathalie Normandeau.

Tout ce que nous avons réalisé, tout ce que nous avons fait dans le cadre de

cette entente s’inscrit dans une même vision du gouvernement du Québec, une

vision que nous défendons avec beaucoup de conviction depuis 2003. Elle se

reflète dans l’ensemble de nos gestes. J’ai un très bon souvenir de tout le

travail que nous avons fait avec le monde municipal avant et après l’élection.

De notre point de vue à nous, il était étonnant de voir à quel point il y avait

une culture de paternalisme au gouvernement du Québec vis-à-vis le monde

municipal, alors que vous êtes des élus, alors que vous représentez des gens qui

vous ont confié un mandat.

Dès notre élection, notre but à nous était de reconnaître, dans un esprit de

respect, le rôle que vous jouez, le mandat que vous avez reçu de vos citoyens

qui vous ont fait confiance. Quel risque pouvions-nous courir en faisant

confiance aux élus municipaux, alors que vous et moi vivons dans le même monde,

où nous sommes susceptibles de subir les mêmes sanctions, la sanction la plus

sévère, la plus transparente qu’on puisse vivre en politique. Si vous prenez une

bonne décision, vos citoyens le reconnaissent et vont vous reconduire. Y a-t-il

une autre fonction où nous avons littéralement des milliers de patrons qui, à un

moment très précis, portent un jugement très précis sur votre travail. Si vous

prenez de mauvaises décisions, ils vous sanctionnent, ils font ce choix. Alors,

comment pouvons-nous ne pas faire confiance aux élus municipaux alors que ce

serait dans les faits ne pas faire confiance à nos concitoyennes et concitoyens

? C’est dans cet esprit que nous avons voulu faire des changements.

Nous avons d’abord mis en place une gouvernance régionale imputable en créant

les 21 Conférences régionales des élus. C’était un enjeu qui avait été laissé en

plan lors du Sommet des régions fait par le gouvernement précédent. Le sommet a

eu lieu, mais il y a une grande question qui n’a pas obtenu de réponse : qui

doit, au niveau régional, gouverner? Est-ce que c’est la société civile, ou

est-ce les élus? Pour nous, la réponse était évidente; le jour où nous décidons

de décentraliser, cela voudra dire qu’il y aura de l’imputabilité. En d’autres

mots, les gens vont répondre de leurs décisions. Et au niveau régional, qui

répond des décisions? Ce sont les élus, ces hommes et ces femmes qui sont

choisis pour gouverner. C’est dans cet esprit que nous avons mis en place des

mesures pour changer la gouvernance.

Nous avons signé deux protocoles d’entente sur la décentralisation et la

régionalisation lors du Forum des générations.

Nous avons mis sur pied la SOFIL (Société de financement des infrastructures

locales) et y avons affecté d’importantes ressources.

Grâce à l’entente conclue avec le gouvernement fédéral concernant le transfert

d’une partie de la taxe sur l’essence, c’est plus de 1,8 milliard de dollars qui

seront versés conjointement dans les coffres de la SOFIL au cours des prochaines

années. Cette entente a été conclue en grande partie grâce au monde municipal.

Vous avez fait votre travail. Il y a là à mes yeux un des plus beaux exemples de

concertation entre la monde municipal et le gouvernement du Québec.

Combien de fois avons-nous vu cela au Québec, la signature d’une entente avec le

gouvernement fédéral l’avant-midi, une entente de 1,8 milliard de dollars, la

plus importante entente jamais signée dans l’histoire du Québec pour les

infrastructures, et dans la même journée, la signature d’une entente avec l’UMQ,

la FQM et la ville de Montréal pour la mise en place d’un programme

d’infrastructures. J’ai rarement vu dans l’histoire du Québec une journée comme

celle-là où nous pouvons nous entendre avec le gouvernement fédéral, puis avec

le monde municipal. Et tout cela se fait, je le reconnais d’emblée, parce que le

monde municipal a exercé un très grand leadership.

Nous avons également signé une entente avec le gouvernement fédéral pour mettre

en œuvre le Fonds sur l’infrastructure municipal rural (FIMR). Avec la

contribution des municipalités, ce fonds permettra la réalisation de travaux de

l’ordre de 576 millions de dollars.

Nous avons aussi injecté une somme additionnelle de 100 millions de dollars dans

le programme d’infrastructures Québec-Municipalités.

Ces sommes contribueront à investir massivement dans le développement des

infrastructures municipales et du transport collectif au cours des prochaines

années.

Le logement social est un dossier qui touche de près les citoyens de vos

municipalités.

Reconnaissant l’importance d’aider les personnes les moins favorisées à trouver

un logement abordable, notre gouvernement a injecté une somme de 682 millions de

dollars d’argent neuf en habitation. Les résultats sont au-delà de notre

projection initiale.

L’objectif que l’on s’était fixé, soit de construire 13 000 logements à prix

abordables pour 2008 est déjà dépassé. Le nouvel objectif est maintenant de 20

000.

Toutes ces réalisations témoignent clairement du climat de partenariat et de

collaboration qui s’est mis en place entre notre gouvernement et les

municipalités.

Ce sont les citoyens qui sont les grands gagnants de cette collaboration.

C’est avec cette même approche que nous devons poursuivre nos efforts de

décentralisation dans la foulée du protocole signé en 2004.

Je suis très confiant d’en arriver là.

Des gestes importants ont également été posés pour le développement des régions

du Québec. (Salutations particulières)

Chacune des régions du Québec recèle un potentiel de développement et est

spécifique. S’il y a une chose que nous devons fuir, ce sont les approches

globales qu’avait autrefois le gouvernement du Québec. C’est dans cet esprit que

nous avons entrepris une décentralisation. C’est la raison pour laquelle nous

avons voulu retourner davantage d’outils de développement vers les élus et les

citoyens des régions.

Nous avons haussé le financement du réseau routier à un niveau sans précédent.

Près de 4 milliards de dollars sur 3 ans seront investis dans notre réseau

routier dont la réfection, devenue nécessaire, fera mieux rouler notre

économie et appuiera le développement de nos régions. C’est le maximum que

l’État peut investir compte tenue de la capacité de l’industrie.

Nous avons mis sur pied les FIER, pour lesquelles le gouvernement a déjà

alloué un montant 408 millions de dollars. Ces fonds FIER reflètent notre

philosophie. L’idée derrière ces fonds, c’est le partenariat. Les décisions

sont entre les mains des citoyens des régions.

Pour ne pas dilapider le capital les ressources naturelles en région, nous avons

pris le virage forestier qui s’imposait.

Et pour que les régions prennent également ce virage nécessaire, nous leur

accordons des moyens financiers supplémentaires de 925 millions de dollars sur

4 ans, pour un total de 1,1 milliard de dollars.

Nous avons posé des gestes significatifs en matière de régionalisation des

services gouvernementaux :

Le forestier en chef et son équipe sont localisés à Roberval;

Le centre d’appels de la CSST a été mis en Gaspésie;

Le centre de service à la clientèle du Régime québécois d’assurance parentale

a été implanté à Rouyn-Noranda.

Le Bureau de l’exploration géologique a été créé à Val d’Or, où l’on a

également déménagé le siège social de la SOQUEM.

Nous avons mis en place deux nouvelles antennes de faculté de médecine à

Trois-Rivières et à ville Saguenay.

Nous avons également pris des mesures importantes pour s’assurer de la relève

en région. Un crédit d’impôt de près de 50 millions de dollars par année a été

mis en place en 2004 pour inciter des nouveaux diplômés à s’établir en région.

Chers amis, aujourd’hui nous avons marqué l’histoire en signant cette entente.

S’il y a un mot qui me vient à l’esprit, qui reflète la culture et l’approche

que nous avons prises ensemble pour en venir à cette entente, c’est le mot

respect. Le gouvernement du Québec manifeste son respect et sa reconnaissance

des élus municipaux en signant cette entente à long terme, qui répond à vos

demandes d’avoir un revenu de croissance, de la prévisibilité, mais qui dit

surtout à tous les Québécoises et Québécois qu’ils peuvent être fiers des hommes

et des femmes les servent. Que nous pouvons être fiers de ceux qui acceptent de

prendre les décisions, d’en porter la responsabilité, alors que nous vivons dans

un monde qui change intensément. Vous le savez parce que vous le vivez tous les

jours, c’est un privilège de servir, mais c’est aussi une occasion de faire

avancer les intérêts du Québec.

Vous pouvez être très fiers, Monsieur le Président (Jean Perrault), votre équipe

de négociation, les gens de l’UMQ, de la FMQ, Monsieur le Maire de Montréal et

Madame la Mairesse de Québec, de dire que vous avez fait avancer les intérêts du

Québec et que vous avez marqué l’histoire du Québec en signant cette entente

avec nous aujourd’hui.

Félicitations.

Merci.

[Charest=20060504]

[ Allocution du premier ministre du Québec, M. Jean Charest, lors du dévoilement de la Stratégie énergétique du Québec]

Salutations,

Je désire saluer particulièrement les représentants du monde municipal qui sont

avec nous, les représentants de nations autochtones et les représentants de

l’industrie, de groupes environnementaux, et de tous ces gens qui sont vivement

intéressés par l’annonce que nous faisons aujourd’hui suite à une consultation

qui a commencée en 2004 sur une nouvelle stratégie énergétique pour le Québec,

une consultation qui a été très rigoureuse, qui a fait l’objet de plusieurs

échanges, à la fois en commission parlementaire mais également dans toutes les

autres formes de consultations.

La consultation elle-même témoigne de l’importance que les Québécois attachent à

la question de l’énergie. Il faut redire à nouveau à quel point l’énergie occupe

une place fondamentale dans l’élaboration des politiques du gouvernement du

Québec. De tous les temps, ça a été pour nous un symbole. C’est presque

identitaire cette question de l’énergie pour nous. Ça a été, nous le savons, de

grands débats politiques, que ce soit sur la nationalisation de l’électricité,

la création d’Hydro-Québec par Adélard Godbout dans les années 40 allant

jusqu’au débat sur la Baie-James, ce grand débat qui avait eu lieu entre les

deux formations politiques majeures au Québec, entre le nucléaire et

l’hydroélectricité.

Si vous faites l’histoire politique du Québec, vous allez trouver ce fil commun

du débat sur l’énergie. Ce qu’il y a aussi de remarquable, c’est à quel point on

en a fait chez nous un outil de développement économique et social. Les deux

mots vont ensemble. Le développement économique qui a été fait avec

l’utilisation de l’énergie comme outil est directement lié au développement

social du Québec. On ne le dit pas peut-être assez souvent mais rappelons-nous

que les bénéfices que nous en retirons nous a permis de développer sur le plan

social, des programmes très avancés. Alors les deux sont intimement liés.

L’autre dimension qu’il faut rappeler, c’est à quel point c’est important pour

les régions du Québec. Quand on parle d’énergie, on parle nécessairement du

développement de nos régions et d’un développement très important.

C’est donc après une vaste consultation menée par Pierre Corbeil que nous

annonçons aujourd’hui cette stratégie énergétique qui s’inscrit dans une vision

qui rejoint des annonces qui ont été faites dernièrement et qui vont suivre.

Lors du budget, Michel Audet a annoncé la création du Fonds des générations qui

nous permet de s’attaquer à la question de l’endettement et de réduire le poids

de la dette sur l’économie québécoise. C’est la première fois dans notre

histoire qu’on établit une stratégie aussi élaborée de réduction du poids de la

dette et je vous rappelle qu’il y a derrière cette initiative une mise à

contribution de nos ressources hydroélectriques. Les droits hydrauliques sont

mis à contribution pour que nous puissions réduire le poids de la dette et tout

cela s’inscrit sous un grand titre, celui du développement durable. Alors il

faut voir la politique que nous annonçons aujourd’hui comme étant un nouveau

jalon suite à l’annonce du Fonds des générations, mais qui sera suivi également

par une politique sur le transport en commun, suivi également par une politique

de réduction des gaz à effet de serre. Alors toutes ces politiques sont

imbriquées, font partie de la même vision que nous avons pour l’avenir et le

développement du Québec. Cela s’inscrit également dans un contexte de

développement durable, oui, mais dans un contexte qui est très changeant.

L’émergence de nouvelles économies, de concurrence, le prix du pétrole entre

autre qui bat des records actuellement. Tout cela, toute la question de la

réduction des gaz à effets de serre, le réchauffement climatique, ce contexte,

ces éléments, tout cela s’inscrit dans cette vision de cette nouvelle politique

énergétique.

Nous annonçons une nouvelle phase dans l’aménagement des ressources

hydroélectriques au Québec. Cela a toujours été notre point de force. Ce n’est

pas la seule source d’énergie évidemment, mais il y a là-dedans une nouvelle

phase de développement que nous intensifions pour aller chercher un nouveau 4

500 mégawatts d’énergie hydroélectrique. Pierre Corbeil vous parlera avec un peu

plus de détail de la nouvelle approche, dite une approche de portefeuille, une

approche qui va nous permettre d’aller plus vite, d’accélérer le développement

et de le faire en respectant bien sûr le principe de développement durable. Cela

nous permettra aussi de faire des investissements très importants de l’ordre de

25 milliards $ sur une assez courte période de temps et la création de 70 000

emplois.

Tout cela n’a d’égal que, si on compare au passé, ce qui a été fait lors du

développement de la première phase de la Baie-James. Ce sera donc une occasion

pour nous d’accélérer, de continuer à utiliser l’énergie hydroélectrique comme

outil, comme levier de développement.

Il y aura également une intensification du développement du potentiel éolien.

D’ici 10 ans, le Québec aura ainsi porté à 4 000 mégawatts la puissance

installée en énergie éolienne, soit 40 fois plus que ce que le Québec produisait

déjà en 2003. C’est donc dire que du côté de l’éolienne, nous affirmons

aujourd’hui cette volonté que nous avons d’être les leaders en Amérique du Nord

pour une nouvelle source d’énergie renouvelable. Ce qui nous caractérise et nous

distingue, c’est une approche québécoise où nous allons coupler en quelque sorte

le développement de l’éolien avec l’énergie hydroélectrique. Cette approche qui

se fonde sur les meilleures technologies tout en les développant davantage à

l’avenir nous permet d’avoir une approche typiquement québécoise pour le

développement d’une nouvelle source d’énergie renouvelable.

Nous investissons également dans les nouvelles technologies énergétiques et cela

témoigne d’une approche qui est globale pour cette stratégie énergétique. Alors

tout cela suppose la mise en valeur de nouvelles technologies énergétiques et

avec la stratégie énergétique, le gouvernement parie résolument sur l’innovation

en énergie et la recherche et le développement dans le secteur énergétique,

notamment en appuyant le développement des carburants renouvelables comme

l’éthanol carburant, le biodiesel, la géothermie mais également le solaire. Nous

allons également consolider les approvisionnements en hydrocarbures. Il s’agit

de préparer l’avenir en favorisant des investissements dans les hydrocarbures et

d’explorer les potentiels de développement dont le Québec bénéficie. Nous allons

ainsi encourager l’exploration du sous-sol québécois, notamment dans le golfe et

dans l’estuaire du Saint-Laurent. Il existe un potentiel significatif de

richesses énergétiques et nous devons en tirer partie. Ces richesses seront

mises en valeur dans le respect de l’environnement et de la réglementation

actuelle. Sur le plan territorial, nous allons également nommer un mandataire

afin d’entreprendre des négociations avec le gouvernement fédéral sur la

question de la propriété du sous-sol. Nous savons que le gouvernement fédéral a

déjà signé des ententes avec le gouvernement de Terre-Neuve et de

Nouvelle-Écosse et nous voulons également une entente similaire à ce qui a été

fait avec ces deux autres gouvernements.

Nous allons donc confier à Hydro-Québec le mandat de contribuer à la relance de

l’activité d’exploration pétrolière et gazière en attirant à cette fin des

investissements privés. Nous allons également appuyer les initiatives visant à

diversifier les approvisionnements en gaz naturel. Les projets de terminaux

méthaniers représentent des occasions d’investissement et de création d’emploi

qu’on ne peut pas négliger. Il faut cependant mesurer tous les impacts possibles

et c’est exactement ce que nous allons faire et nous allons le faire aussi dans

le respect du cadre réglementaire actuel.

Il y a dans cette nouvelle stratégie une volonté de s’assurer qu’on puisse

respecter le développement durable en prenant une approche qui nous permet de

faire des économies d’énergie. Cela rejoint le bon sens. Nous allons et nous

proposons donc dans cette nouvelle politique des économies d’énergie qui sont

centrales. Le gouvernement entend ainsi multiplier par huit d’ici l’horizon 2015

les objectifs d’efficacité d’énergie de l’ensemble des distributeurs de produits

énergétiques et nous allons donc réduire la consommation prévue pour

l’électricité, pour le gaz naturel et ce qu’y a de nouveau, nous allons inclure

également les produits pétroliers. Grâce aux initiatives que nous engageons, le

Québec va économiser 2,5 milliards $ sur sa facture d’énergie à l’horizon 2015

et cela va nous permettre d’éviter l’émission de 9,4 millions de tonnes de gaz à

effet de serre. Un plan d’ensemble sera mis en œuvre par l’Agence de

l’efficacité énergétique en collaboration avec les distributeurs et les milieux

concernés.

Je mentionnais il y a une minute, que nous allons innover en mettant l’accent

sur les économies de produits pétroliers. Cela nous permet d’avoir une réponse

globale à cette question de la réduction des gaz à effet de serre et d’inclure

l’ensemble, l’ensemble des sources d’énergie.

C’est une stratégie qui va se déployer sur une période de 10 ans et c’est une

stratégie énergétique qui va placer le Québec dans une position de leadership

sur plusieurs grandes initiatives. Que ce soit l’hydroélectrique, les projets

d’économie, d’efficacité énergétique ou l’éolienne, le Québec fait le choix

aujourd’hui d’être un leader et de continuer dans la foulée et dans la meilleure

de nos traditions et de nos habitudes en mettant l’accent sur une énergie qui

est renouvelable. Cela nous amène aussi à franchir une nouvelle étape. Jusqu’à

maintenant, le Québec a toujours développé sa politique énergétique en tenant

compte de ses besoins internes, domestiques. Je vous rappelle que dans cette

nouvelle politique énergétique, nous affirmons notre volonté d’en faire un

levier aussi de développement économique et de création de richesse et que nous

allons également délibérément favoriser l’exportation d’énergie vers nos

voisins. Que ce soit les États-Unis ou l’Ontario, l’objectif que nous

poursuivons, c’est de pouvoir contribuer au plan continental à

l’approvisionnement en énergie mais surtout en énergie propre et renouvelable.

Nous voyons là-dedans des ambitions qui nous permettent de réduire les gaz à

effets de serre et de substituer l’énergie fossile avec une énergie propre et

renouvelable. Il y a donc là-dedans pour le Québec une occasion unique de

contribuer au développement durable et le faire tout en permettant la création

de richesses et le maintien de programmes sociaux.

Nous franchissons une nouvelle étape avec la politique énergétique du

gouvernement du Québec. Merci.

[Charest=20060505]

Discours du 5 mai 2006 à l’occasion de la signature de l’accord historique établissant un rôle formel pour le Québec à l’UNESCO]

M. le Premier ministre du Canada,

Mesdames et messieurs les ministres, députés fédéraux,

Chers collègues de l’Assemblée nationale du Québec,

Distingués invités,

Bienvenue chez vous, à Québec, et bienvenue au salon rouge de l’Assemblée

nationale du Québec.

M. le Premier ministre, c’est un plaisir de vous recevoir ici, au salon rouge de

l’Assemblée nationale. La présence d’un premier ministre du Canada est en soi un

événement. Votre visite aujourd’hui est un moment important. Elle s’inscrit dans

ce désir de faire avancer le Canada vers un fédéralisme d’ouverture.

Aujourd’hui, nous écrivons une page d’histoire. Ce premier geste de nouvelle ère

de partenariat entre nos deux gouvernements touche à la question internationale.

Ce qui était une coexistence implicite devient une coopération explicite.

Il faut se rappeler que depuis de nombreuses années les gouvernements du Québec

qui se sont succédé ont développé de façon progressive les relations

internationales de l’État québécois. Ce cheminement sur la scène internationale

n’a pas été évident. Le Québec a décidé d’occuper la place qui lui revient.

Aujourd’hui, nous entrons dans une nouvelle ère. Aujourd’hui, nous avons signé

un accord qui reconnaît que la spécificité du Québec l’amène à jouer un rôle sur

la scène internationale. La nature même des relations internationales aura

profondément évolué, nous le savons, au cours du XXe siècle. Les systèmes

fédéraux doivent refléter ces changements et s’y adapter.

J’avais indiqué que nous souhaitions que le gouvernement du Canada reconnaisse

le rôle légitime des entités fédérées, et cela dans les relations

internationales, et que l’on formalise des règles pour leur action. En fait,

notre objectif est de continuer de s’affirmer sur la scène internationale tout

en rendant la politique étrangère canadienne plus conforme au caractère fédéral

du pays. Est-ce que l’accord d’aujourd’hui correspond aux objectifs que nous

nous étions fixés? La réponse est oui.

La ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, avait fait

connaître la position de mon gouvernement en vue des négociations sur la place

du Québec dans les forums internationaux. Elle avait identifié les principes qui

doivent encadrer notre participation:

1° Celui d’être membre à part entière au sein des délégations canadiennes et une

responsabilité exclusive quant à la désignation de ses représentants. L’accord

prévoit que le représentant du Québec sera nommé par le Québec et qu’il aura le

statut de diplomate et de conseiller et qu’il sera au sein de la délégation

permanente du Canada, là où ça se passe.

2° Que nous ayons accès à toute l’information et que nous soyons impliqués dans

le développement et l’élaboration de la position canadienne avant le début des

négociations. L’accord le prévoit.

3° Que le Québec s’exprime de sa propre voix. C’est également le cas. Le Québec

pourra intervenir, s’il le souhaite, lors des travaux, réunions et conférences

de l’UNESCO. Ce droit de parole s’exercera en complémentarité de la position

canadienne, ce qui est normal, puisque le partage fédératif des compétences doit

être reflété avec justesse.

4° Que le Québec donne son assentiment avant que le Canada ne signe un traité ou

un accord et se déclare lié par celui-ci. C’est fait. L’accord indique que les

deux gouvernements devront se concerter sur tout vote, résolution, négociation

et tout projet d’instrument international élaboré sous l’égide de l’UNESCO. Si

des désaccords apparaissent, le Québec décidera seul s’il entend assurer la mise

en oeuvre des questions pour lesquelles il a la responsabilité.

5° Que lorsque les intérêts du Québec sont en jeu il puisse exprimer ses

positions. C’est également couvert par l’accord puisque le Québec pourra

s’exprimer devant toutes les instances de l’UNESCO.

L’accord ne pourra pas être abrogé ou modifié unilatéralement. Il ne pourra

l’être qu’avec le consentement du gouvernement du Québec. Nous avons ciblé

l’UNESCO comme organisme international, parce que cet organisme des Nations

unies s’intéresse à des questions qui nous touchent comme la culture,

l’éducation et les sciences. Les deux gouvernements ont d’ailleurs connu un très

grand succès, je dirais, un très beau succès en travaillant à l’adoption d’une

convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions

culturelles.

J’ai eu l’occasion de vous dire ce matin, M. le Premier ministre, que, pour nous

Québécois, cette convention sur la promotion de la diversité culturelle est la

plus belle victoire dans l’histoire de la diplomatie québécoise, mais également

un des plus beaux exemples de fédéralisme dans l’histoire du pays. C’est

l’oeuvre d’une très grande collaboration entre les deux paliers de gouvernement

et le travail doit se poursuivre afin de ratifier la convention afin qu’elle

puisse entrer en vigueur. Et, pour vous dire que nous ne perdrons aucun moment,

pas un seul instant pour travailler à nouveau ensemble, dès la signature de

cette entente, le premier geste que le Premier ministre du Canada et le premier

ministre du Québec poseront, ce sera de faire une rencontre avec nos ministres

respectifs, avec les représentants de la Coalition sur la diversité culturelle

afin que nous puissions mettre ce fédéralisme d’ouverture à contribution et au

travail dans le but de protéger et de promouvoir la culture et l’identité

québécoises et canadiennes.

L’UNESCO prévoit que, pour chaque pays membre, une commission nationale doit

être chargée d’assurer la relation entre l’organisation et la société civile.

Depuis plusieurs années, seuls des organismes fédéraux étaient représentés à la

commission canadienne. Aujourd’hui, le Québec se voit confier le soin de mener

ses propres consultations et de nommer un représentant à la commission

canadienne. Je veux remercier aujourd’hui la commission canadienne pour son

empressement et pour sa collaboration et remercier en particulier Mme Michèle

Jean, qui est avec nous aujourd’hui, qui revient au Québec pour cette cérémonie

et qui a rapidement répondu à notre appel afin que nous puissions adapter

l’entente à cette volonté d’une représentation québécoise.

M. le Premier ministre, dans votre budget, vous vous engagez également vis-à-vis

l’avenir, et nous en sommes très heureux. Dans les documents budgétaires que

vous avez déposés cette semaine, vous affirmez ce que nous disons depuis

toujours, c’est-à-dire, et je cite votre document: «que les mesures prises par

le gouvernement fédéral peuvent avoir d’importantes répercussions sur les

domaines de responsabilité provinciale et territoriale comme la langue et la

culture et que la coopération provinciale est souvent requise pour que le Canada

puisse s’acquitter de ses obligations internationales.» Fin de la citation. Vous

optez pour la voie suivante, et je vous cite à nouveau. Vous dites que vous

voulez «une coordination et une collaboration efficaces pour des domaines qui

relèvent principalement de la responsabilité fédérale, comme les relations

internationales». Fin de la citation. Nous saluons cette prise de position, qui

permettra, nous l’espérons, la mise en place d’un mécanisme de consultation

formel de notre gouvernement.

M. le Premier ministre, je ne peux concevoir de raison sérieuse qui justifie

l’absence des provinces sur la scène internationale non plus que le refus de

leur droit de participer aux négociations à ce niveau. Dans la mesure où l’aide

des provinces est indispensable à la mise en oeuvre des traités signés par le

Canada, comment le dialogue avec les provinces et la présence de porte-parole et

d’experts provinciaux à la table de négociation pourrait-elle affaiblir la

position canadienne?

C’est en l’absence d’un tel dialogue que le Canada risque véritablement de ne

pas être en mesure de respecter ses engagements. D’ailleurs, le fédéralisme,

c’est la multiplication des voix au lieu de la réduction à une seule. Le

fédéralisme, comme la démocratie, est un processus qui, même s’il paraît parfois

laborieux, moins expéditif, moins uniforme parce qu’il encourage une plus grande

participation, le fédéralisme, je le sais, nous le savons par expérience,

produit de meilleurs résultats.

Permettez-moi maintenant de remercier les artisans de cette entente. Je veux

remercier l’équipe du ministère des Relations internationales, mais également du

Secrétariat aux affaires intergouvernementales, qui ont été à pied d’oeuvre pour

nous permettre la signature de cette entente. M. le sous-ministre Bédard, Mme

Latouche, M. Théroux, merci pour ce que vous avez fait dans les derniers mois

afin que nous puissions être ici devant vous aujourd’hui. Je veux remercier M.

le ministre Pelletier qui est le gardien de toutes ces ententes que nous signons

avec les gouvernements amis. Et je veux remercier en particulier ma voisine, ma

collaboratrice et mon amie, Monique Gagnon-Tremblay, qui, pour la deuxième fois

de l’histoire du Québec, signe une entente avec le gouvernement fédéral, la

première fois sur l’immigration en 1991 et, pour une deuxième fois, aujourd’hui,

inscrit son nom sur une page d’histoire du peuple québécois.

Je veux saluer l’équipe de négociation fédérale également, son sous-ministre et

son ministre Peter MacKay, que j’ai eu le plaisir de connaître dans une autre

vie et que je retrouve aujourd’hui avec beaucoup de joie.

Cet accord est fait dans l’esprit d’ouverture qui est asymétrique dans son

application et qui reconnaît les différences entre les provinces, les

territoires, et notamment la personnalité unique du Québec. Non seulement cet

accord est important, mais je le répète, il est historique.

Il y a cet accord, mais il y a aussi l’esprit qui le représente et c’est une

nouvelle dynamique qui se crée, un nouveau partenariat avec le gouvernement

fédéral sur le plan des relations et une entente qui reconnaît notre

spécificité, un partenariat qui nous permet surtout de relever ensemble les

défis de la mondialisation. Ces défis font souvent en sorte de décloisonner les

affaires intérieures des affaires extérieures et d’interpeller à la fois les

responsabilités des deux paliers de gouvernement. L’accord d’aujourd’hui lance

un signal très important. Et, M. le Premier ministre, en terminant, je vous

salue à nouveau et vous remercie pour cette ouverture dont vous faites preuve et

qui fait avancer non seulement les intérêts du peuple québécois, mais qui fait

franchir une nouvelle étape au fédéralisme canadien.

Merci.

[Charest=20060511]

[ Congrès annuel de la Fédération des commissions scolaires du Québec]

Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie de cette invitation à votre congrès annuel. C’est avec beaucoup

de plaisir que je me joins à vous ce soir.

J’ai accepté avec plaisir l’invitation que m’a faite M. Caron, d’autant plus que

j’ai senti que c’était l’occasion de rendre hommage à des élus qui, comme nous,

doivent rendre des comptes à la population. Nous sommes des gestionnaires de

fonds publics. Nous avons une obligation de transparence et de rigueur.

J’ai accepté cette invitation dans la foulée d’une autre rencontre qu’on a faite

récemment avec les élus municipaux du Québec représentés par l’Union des

municipalités du Québec et par la Fédération québécoise des municipalités.

C’était l’occasion, il y a quelques jours, André Caron était présent, de signer

une entente très importante avec les élus municipaux du Québec.

C’était la première fois depuis une vingtaine d’années que nous réussissions à

négocier une entente avec les élus municipaux qui était entièrement, totalement

négociée.

Il y a deux mots clés qui ressortent de cette expérience. D’abord, il y a le

partenariat. Un vrai partenariat qui reconnaît le rôle de chacun. Il y a

également le mot respect. Respect envers celle ou celui qui est élu/e, qui

représente ses concitoyennes et concitoyens .

Le mot respect, c’est un mot important en 2006 pour celles et ceux qui sont dans

la vie publique, car on sait à quel point c’est exigeant de vivre dans un

environnement où la population, à juste titre, est devenue très exigeante envers

ses élus. La démocratie, ce n’est pas juste un mot, ça se pratique tous les

jours et ça veut dire que celles et ceux qui se prêtent à l’exercice sont soumis

à un niveau, à un standard plus élevé que jamais auparavant.

Mais, par-dessus tout, nous sommes passionnés d’éducation.

L’éducation, c’est la clé de voûte de tous les défis auxquels fait face le

Québec :

C’est la meilleure arme pour combattre la pauvreté et l’exclusion sociale.

C’est le principal levier de notre prospérité dans ce monde de concurrence.

C’est le moyen privilégié de combattre les impacts des changements

démographiques. Il y a un enjeu particulier au Québec : un phénomène de

vieillissement de la population et un taux de natalité peu élevé. Tout cela

aura des conséquences sur l’administration publique, des conséquences

positives et négatives. Je veux rappeler aux gens que le vieillissement de la

population, ce n’est pas nécessairement négatif. Cela va nous permettre de

confirmer qu’il y a des femmes et des hommes qui arrivent à l’âge de la

retraite, qui sont en pleine santé et qui ont le goût de continuer de

travailler. Ce que cela veut dire, c’est qu’on doit s’adapter et que

l’éducation va jouer un rôle très important dans cet effort.

C’est le plus sûr chemin vers une plus grande richesse qui nous permettra de

préserver et développer nos programmes sociaux.

C’est par l’éducation que nos jeunes pourront assurer notre relève, qu’ils

pourront assurer l’avenir du Québec.

Et au Québec, notre système public d’éducation, c’est l’affirmation au quotidien

d’une de nos plus grandes valeurs : l’égalité des chances.

Votre réseau est un acteur essentiel pour toute question relative à la formation

des jeunes, des moins jeunes, des travailleurs et pour l’intégration des

immigrants. Il ne faut pas oublier qu’on a un très grand défi en matière

d’intégration des immigrants.

Votre réseau, c’est un pont vers la connaissance fondamentale, celle qui nous

fait progresser sur le plan humain.

C’est aussi un pont entre les maisons d’enseignement et les entreprises, qui

nous fait progresser sur le plan économique.

L’avenir de la société québécoise est lié à la qualité de votre engagement.

Et si vous regardez le Québec d’aujourd’hui, vous pouvez être fiers de votre

contribution. Placez-la surtout dans le temps. Ce qu’il faut faire de temps en

temps en politique, c’est prendre un peu de recul et faire un effort pour ne pas

juger tout ce qui se fait à partir de l’actualité, et placer cela dans une

perspective de deux ans, trois ans, cinq ans. Quand on fait le bilan au Québec,

chaque fois on se retrouve récompensé par le travail qui a été fait.

Notre gouvernement reconnaît pleinement l’importance de l’éducation. Vous êtes

de ceux qui sont les mieux placés pour évaluer notre performance à cet égard.

Cette année, le budget alloué à l’éducation est de 13 milliards de dollars.

Cela représente une hausse de 660 millions de plus par rapport à l’an dernier,

une croissance de 5,4 %.

Déjà, en septembre 2002, nous avions dit que si on formait le gouvernement,

notre première priorité serait la santé, notre deuxième priorité serait

l’éducation et que l’enveloppe budgétaire de l’ensemble des autres ministères

serait à peu près gelée. C’est exactement ce que nous avons fait depuis 2003. De

telle sorte qu’au dernier budget, l’enveloppe du ministère de la Santé

augmentait d’environ de 6,1 %, celle de l’Éducation de 5,4 %, et c’était moins

de 2 % pour l’ensemble des autres ministères du gouvernement. D’ailleurs, il y a

là un défi qui ressemble beaucoup à ce qu’on voit ailleurs. Dans le domaine de

la santé, il y a une forte régression. Notre choix à nous, que nous avons

exprimé en 2002, et on l’a parfaitement respecté depuis ce temps-là.

Nos efforts sont considérables, après une période de sous-financement chronique.

Nous sommes allés de l’avant avec de nombreuses mesures d’importance :

L’aide aux devoirs, qui est également une mesure de conciliation

travail-famille.

L’augmentation du temps d’enseignement au primaire.

Le renouveau pédagogique; je dois vous dire qu’on est très heureux en outre du

changement de programme au secondaire, pour aller rejoindre les jeunes qui

avaient de la difficulté à poursuivre leurs études, qui avaient besoin et ont

besoin d’être aidés. Ce changement qui entre en vigueur en 2007 est très

important.

L’aide apportée en milieu défavorisé.

Le soutien aux élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou

d’apprentissage.

Ces mesures illustrent notre volonté d’offrir à nos enfants toutes les chances

de réussir « à travers leurs différences ».

L’une des initiatives les plus importantes est l’augmentation du temps

d’enseignement au primaire. Avec cette initiative, on rejoint la moyenne

canadienne et la moyenne de l’OCDE. Ça va également nous permettre de faire des

choses que nous voulions faire depuis longtemps et que nous pensons très utiles.

À compter de septembre 2006, la semaine de classe passera de 23 heures 30

minutes à 25 heures.

Dès la première année, plus de temps sera consacré à l’anglais langue seconde, à

l’éducation physique ainsi qu’à l’enseignement des arts.

La décision de faire débuter l’enseignement de l’anglais langue seconde à la

première année du primaire résulte d’un engagement fondamental de notre

gouvernement. Nous pourrons ainsi rejoindre le réseau anglais où on enseigne le

français dès la première année.

Tout d’abord, les études scientifiques menées démontrent que plus

l’apprentissage d’une langue seconde débute tôt, plus la maîtrise de cette

langue seconde est élevée.

Le fait de devancer cet apprentissage ne nuit en aucune façon à la maîtrise de

la langue maternelle.

Elle entraînera l’arrivée de plus de 1800 nouveaux enseignants et spécialistes.

C’est un geste de confiance en l’avenir. Nous affirmons notre détermination à

relever les défis de ce siècle et à en saisir les promesses.

Et nous le faisons avec vous, comme partenaires.

Le gouvernement du Québec s’est engagé à mieux soutenir la réussite des élèves

handicapés ou qui éprouvent des difficultés d’apprentissage ou d’adaptation. Je

vous avoue que Jean-Marc (Fournier) et moi étions agréablement surpris des

négociations avec le syndicat des professeurs et des enseignants qui nous ont

dit que c’était une priorité. Cela va nous permettre de travailler avec les

enseignants et avec les commissions scolaires pour mieux servir les enfants

handicapés. J’applaudis le fait que le syndicat des enseignants ait fait de ces

enfants leur priorité. Si tout le monde tire dans la même direction, ça permet

au gouvernement de prendre les bonnes décisions et d’avoir l’appui de la

population.

Un investissement de 100 millions de dollars a été annoncé à cette fin dans le

cadre de l’entente de principe.

Cet investissement permettra :

premièrement, la création de 600 postes additionnels

d’enseignants-orthopédagogues au primaire;

deuxièmement, la venue de 600 enseignants-ressources au secondaire;

et, troisièmement, l’ajout de ressources professionnelles et de soutien en

service direct aux élèves à risque, handicapés ou en difficulté.

À cet investissement s’ajoutent les 20 millions de dollars versés aux

commissions scolaires depuis 2004-2005 pour l’ajout ou le maintien de ressources

professionnelles.

Cela nous permet de rappeler à quel point il est important de travailler

ensemble. Je veux revenir sur les propos de M. Caron et de Jean-Marc Fournier

pour corroborer, pour confirmer que dès le début de la négociation, nous nous

étions fixés des objectifs très clairs. Il est vrai que nous avons fait une

négociation différente que celles connues dans le passé, et il y a plusieurs

raisons à cela. Premièrement, parce que les ressources financières de l’État

québécois sont limitées et, en même temps, nous voulions avoir des négociations

qui allaient nous permettre de mieux servir les enfants et également les

patients dans le réseau de la santé.

Notre gouvernement a voulu changer les habitudes. On a été prêts à en payer le

prix. Dans le réseau de la santé par exemple, on a changé l’organisation du

travail de fond en comble. Pourquoi on a fait ça? Parce que dans le réseau de la

santé ce n’est pas seulement une question d’argent. L’organisation du travail

est fondamentale. On est passé de 3900 unités d’accréditation à 909. On a

simplifié le travail. Dans les négociations dans le domaine de la santé, on a

réduit le nombre de types d’emplois de moitié. On a décentralisé la négociation.

Tout cela nous permet d’être plus efficaces et de mieux servir les patients au

lieu de faire de l’administration. On a réduit de 42 % les structures dans le

réseau de la santé. Il y a plus de 120 postes de D.G qui ont été abolis parce

qu’on a fusionné et mis en réseaux. La même chose a été faite dans le système

d’éducation, où l’on réclamait depuis très longtemps de changer la culture de

travail.

C’est exactement ce que nous avons fait. Pour y arriver, il y a une chose que

nous savions, c’est qu’on devait le faire en présence des commissions scolaires

et non en leur absence. J’ai garanti à Jean-Marc (Fournier) que nous allions

conclure l’entente ensemble, que nous allions faire la négociation ensemble, et

cela dans un seul but, celui de mieux servir les enfants du Québec et ceux qui

travaillent dans les commissions scolaires.

Au mois de mars, nous avons présenté notre Stratégie d’action jeunesse.

Je suis, dans mon gouvernement, responsable des dossiers jeunesse. J’ai fait ce

choix parce que j’ai eu l’expérience des dossiers jeunesse lorsque j’était

ministre d’État à la jeunesse au gouvernement fédéral. J’ai appris que lorsqu’on

a pour mandat de coordonner tout ce qui se fait en services aux jeunes, la

coordination ne se fait pas du bas vers le haut. L’expérience que j’ai retenue,

c’est que si on veut que le gouvernement ait un vrai engagement jeunesse, il

faut que ce soit le premier ministre qui en prenne la responsabilité.

J’ai donc pris cette responsabilité, et nous avons fait les consultations dans

la foulée de la première stratégie jeunesse lancée par le gouvernement précédent

pour en faire une deuxième édition.

Avec cette stratégie, le mot d’ordre veut qu’aucun jeune ne soit laissé pour

compte.

Il est impératif que notre jeunesse soit engagée dans sa réussite, que ce soit à

l’école, dans le cadre d’un projet de formation, au travail ou dans une action

communautaire.

Ce plan d’action de soutien à la jeunesse, qui rallie tout le gouvernement,

prévoit des investissements de plus d’un milliard de dollars sur 3 ans, dont 110

millions de dollars d’argent neuf.

Cette stratégie comporte notamment une politique-cadre en matière

d’alimentation.

Elle vous aidera à sortir la malbouffe des écoles du Québec. D’ailleurs, nous

avons été un peu critiqués là-dessus. On nous a reproché de ne pas avoir assez

de mesures incitatives alors que nous, on pense que c’est une approche de

partenariat. Vous n’avez pas besoin de vous faire dire par Québec comment faire.

On veut vous laisser la liberté et se fier à votre bon jugement pour arriver aux

résultats, à l’objectif commun.

Cela m’a également permis de rappeler qu’il y a des écoles qui n’ont pas attendu

que le gouvernement du Québec se prononce sur cette question-là. Une école de la

région de Québec et une autre dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Cité

étudiante de Roberval que je suis allé visiter avec le député Karl Blackburn,

ont déjà éliminé la malbouffe depuis deux ans.

Les étudiants mangent mieux, mangent davantage à la cafétéria, et l’école a

presque doublé les profits de sa cafétéria. C’est donc dire à quel point il est

possible pour nous d’atteindre des résultats. Nous allons donc travailler avec

vous sachant d’abord et avant tout que la responsabilité sur le plan de

l’alimentation relève d’abord de l’individu, et que l’État ne peut pas se

substituer aux individus. Je suis sûr qu’en vous disant cela vous vous dites la

même chose chaque fois que vous êtes confrontés à des situations où l’on demande

à l’école de jouer le rôle des parents.

Chaque personne doit d’abord assumer ses responsabilités. Les enfants, les

parents, et ensuite si on veut avoir une politique qui réussit, on doit gagner

l’adhésion des professeurs, des directions d’écoles, du personnel de soutien et

des commissions scolaires. C’est le chemin de la réussite, et il passe par une

adhésion très forte au nouvel objectif. Voilà une approche qui reflète la façon

dont nous voulons travailler.

Votre fédération a manifesté son intérêt à participer au comité de partenaires

que nous souhaitons mettre en place dans la foulée de la Stratégie d’action

jeunesse.

Je veux d’emblée vous remercier pour votre offre de collaboration. Elle témoigne

de la totalité de votre engagement envers les jeunes et leur réussite.

Le travail accompli par les commissions scolaires du Québec est colossal.

Ensemble, nous devons continuer à chercher des moyens de faire encore mieux, de

faire en sorte que votre travail soit mieux reconnu et mieux appuyé par la

communauté.

Récemment, vous avez constaté que le gouvernement a conclu un nouveau

partenariat avec les municipalités. Cette démarche a été très fructueuse.

Je crois qu’il est maintenant temps de faire la même chose dans le monde

scolaire.

Au cours des prochains mois, nous allons tenter de trouver des façons de

revaloriser la démocratie scolaire.

Nous allons aussi nous pencher sur la fiscalité scolaire; tout particulièrement

sur l’atténuation du choc causé par la croissance importante des valeurs

foncières dans certaines régions du Québec.

J’ai demandé à Jean-Marc Fournier d’étudier avec vous ces deux questions et de

proposer des solutions.

À cette fin, j’annonce la création d’une table Québec-commission scolaire qui

sera présidée par le ministre.

Le premier mandat de la Table sera donc l’amorce d’une révision plus large du

partenariat qui lie le gouvernement et les commissions scolaires.

Nous voulons dégager des perspectives structurantes pour la vitalité de

celles-ci.

Nous pouvons bâtir ensemble de nouvelles assises qui vous permettront

d’accomplir votre tâche essentielle pour la réussite du plus grand nombre de nos

enfants, pour l’essor de nos régions, pour l’avenir du Québec.

Notre gouvernement a la ferme intention de faire avancer les choses rapidement.

Les travaux commenceront très bientôt.

Depuis trois ans, notre gouvernement a entrepris des changements importants au

Québec.

Nous avons réaligné les ressources de l’État sur les besoins des citoyens.

Nous avons ainsi fait des progrès importants en santé.

Nous aidons les familles comme aucun gouvernement ne l’a fait. Depuis les trois

dernières années, nous avons augmenté le financement dans l’appui aux familles

du Québec de 24 %, principalement avec le programme de soutien au familles avec

enfant et le programme de prime au travail.

Nous investissons dans les infrastructures et les immobilisations. Juste sur le

plan du maintien des actifs, le gouvernement du Québec avait investi 222

millions de dollars en 2005-2006, et ce sera 302 millions de dollars pour la

prochaine année fiscale. Cela m’a permis de faire une très belle annonce

récemment d’un investissement à l’école des Érables, à Deux-Montagnes, à la

commission scolaire de la Seigneurie des Mille-Îles, avec la présidente de la

commission scolaire, Mme Paule Fortier. J’ai été beaucoup impressionné par le

travail qui se fait. C’est une école qui prend en charge des enfants qui ont des

handicaps lourds. Le travail qui se fait est fantastique. Ce qui m’a beaucoup

réjoui, à l’annonce, c’est de recevoir des compliments de la part des

représentants de la commission scolaire pour les agents qui travaillent au

ministère de l’Éducation à Québec et pour le travail qu’ils avaient fait. Cela

témoigne de la compétence et du dévouement de milliers de femmes et d’hommes qui

travaillent dans le réseau, incluant celles et ceux qui travaillent au ministère

de l’Éducation.

Leur histoire depuis les trois dernières années, c’est votre histoire aussi;

c’est celle d’un effort très important du Québec pour remettre de l’ordre dans

les finances publiques. Cet effort a été très important pour nous si on se

compare avec ce qui a été fait ailleurs. La croissance moyenne des dépenses de

l’État au Québec a été de 3,7 % dans les trois dernières années. Au gouvernement

fédéral, pour la même période, ça a été de 7 %. Pour les autres provinces, ça a

été 7,2 %, et cela, en accordant la priorité à la santé et à l’éducation. Dans

son dernier budget, le gouvernement fédéral augmentait ses dépenses de 5,4 % et

nous, on a augmenté les nôtres de 3,9 %. Pourquoi? Parce qu’il fallait que nous

tenions compte de l’augmentation des salaires. Et là on est en train de négocier

l’équité salariale qui est très importante pour près de 235 000 femmes au

Québec.

On a réussi dans les trois dernières années à restructurer, à changer; on a

réduit la fonction publique de 5 %, ce qui nous permet d’économiser un demi

milliard de dollars par année. Cet effort là, ce sont les Québécoises et les

Québécois qui l’ont fait. Cela nous a permis de reconstruire notre système de

soins de santé à un point tel qu’on peut aller maintenant vers un système de

ga