Autres discours officiels

[QLandry20010601Qué]

[Remise de l’insigne national du Québec à Michel Rocard]

Monsieur l’ancien premier ministre de la République française Michel Rocard,
Madame la Consul général des États-Unis,
Monsieur Jacques Parizeau,
Monsieur le Maire de Québec,
Chers collègues,
Distingués invités, chers amis,

De 1608 à 1759, quelque dix mille Français, pour le plus grand nombre catholiques, mais certaines fois protestants, bravèrent le poudrin, puis la poudrerie, pour s’établir en haute Amérique, et y fonder une nouvelle nation, généreuse, créative, et, enfin, consciente d’elle-même. Hélas! si seulement une fraction des 200 000 huguenots qui durent quitter la métropole à la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685 avaient eu le droit de s’établir en Nouvelle-France, le destin de l’Amérique, peut-on rêver, eût été tout autre.

En traversant cet océan Atlantique qui partage nos patries, peut-être avez-vous eu le temps de revoir, en pensée, vos moments d’escapade sur le Tiphée, sur l’Epsilon, esquifs grâce auxquels, en vous enivrant de l’air marin, vous et vos proches vous vous coupiez du monde, quoique lui ne pouvait plus se couper de vous. Vous êtes souvent venu au Québec… souvent… pour peu de temps. Et votre amitié, votre confiance, votre respect ne nous ont jamais quittés. Aujourd’hui, en ce Salon rouge, je vous souhaite la bienvenue, chez vous, parmi nous. Aujourd’hui, le Québec se souvient. En votre personne, il rend honneur à l’intellectuel français, à l’homme d’État, à l’ami indéfectible de notre patrie. Michel Rocard, vous êtes né en août 1930, à Courbevoie. Votre mère, Renée Favre, est institutrice, métier inséré, en France, dans une forte et fière tradition. Par votre père, vous venez d’une grande famille de polytechniciens; Yves Rocard, un grand résistant dans les Forces françaises libres, fait partie de l’élite scientifique française. Il partage d’ailleurs la paternité de l’arme atomique française. L’héroïsme est de famille, chez les Rocard. Votre grand-père, Louis Rocard, est le dernier officier français à mourir en vol, ce 11 novembre, d’un trait, dit-on, de Goering.

Après une jeunesse marquée par le scoutisme protestant, vous optez, à 17 ans, pour l’Institut d’études politiques de Paris, défiant la volonté familiale, qui voyait en vous un futur scientifique. Votre fils, Francis Rocard, reprendra la cordée; il est un des astrophysiciens les plus brillants de sa génération, et un passionné de l’exploration du système solaire. Pour assumer les coûts liés à vos études, vous travaillez comme tourneur-fraiseur. Vous y trouvez Bertin, un ancien du front d’Espagne, qui vous apprendra « la dignité et la grandeur de l’élite ouvrière ». C’est avec ces convictions chevillées au cœur que vous prenez votre première carte de membre d’un parti politique, en 1949, celle de la Section française de l’Internationale ouvrière, la SFIO, le parti de Jean Jaurès.

En 1957, diplômé de l’ENA, vous entrez à l’inspection des Finances, qui vous affecte en Algérie française. L’attachement à votre travail ne vous empêche pas, en parallèle, de dénoncer avec courage la guerre qui fait déjà rage. Votre opposition trouve écho jusqu’à l’Assemblée nationale.

Aux Rencontres socialistes de Grenoble, le premier mai 1966, la carrière politique de Michel Rocard, déjà haut fonctionnaire et professeur à l’ENA, prend son véritable envol. Un Michel Rocard qui – un clin d’œil huguenot – milite alors sous le nom de George Servet. Dans la foulée de cet événement, vous vous écartez de la tradition jacobine de la gauche, en prônant l’autonomie régionale. « Nous sommes des girondins », dites-vous. Le « rocardisme », la deuxième gauche, prend forme.

Vous devenez le secrétaire national du Parti socialiste unifié, le PSU, en 1967, poste que vous occuperez jusqu’en 1973. Votre candidature à la présidentielle de 1969 vous révèle au grand public. En octobre de la même année, vous êtes élu à l’Assemblée nationale dans la quatrième circonscription des Yvelines, lors d’une victoire improbable contre le premier ministre sortant, Maurice Couve de Murville. Vous restez fidèle à ce coin de pays, puisque vous êtes sénateur des Yvelines de 1995 à 1997.

Pendant le premier septennat socialiste, vous êtes successivement ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire, puis de l’Agriculture. À ce poste, vous faites profiter une Europe en crise de vos talents de négociateur. Les séances-marathons, ainsi que l’imagination tactique et stratégique que vous déployez, n’auront pas été sans refléter une autre de vos passions, les échecs, et vos parties hebdomadaires chez Alain Savary, l’un de vos mentors.

Au cours du second septennat, vous êtes nommé premier ministre, poste que vous occupez trois ans. D’aucuns qualifieront cette période, par boutade, de « cohabitation »! Plusieurs grandes réalisations sont à votre actif, dont, dès votre arrivée, les accords de Matignon sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Encore une fois, dans ce cas difficile, vos talents de négociateur hors pair servent l’État. Par la suite, vous instaurez le revenu minimum d’insertion, le RMI, la contribution sociale généralisée, vous réformez la fonction publique, la Poste et France Telecom. Et une réforme remarquée au Québec: celle de l’orthographe! Vous rendez aux nénufars leur orthographe proustienne…

Fervent Européen, vous cédez la mairie de l’îlot vert de Conflans-Sainte-Honorine, que vous occupez depuis 1977, pour devenir député au Parlement européen, en 1994. Vous croyez à une réelle intégration du continent, intégration toutefois qui ne remette pas en cause la légitimité des identités nationales. Pour vous, l’amour de son pays ne se démode pas: « Je trouve du bonheur à faire des choses utiles pour mon pays », dites-vous de votre pays, dont, je vous cite, vous êtes « éperdument fier » d’être citoyen. Pour vous, les principes supranationaux qui guident la construction européenne depuis un demi-siècle peuvent s’harmoniser avec le projet de souveraineté-association, au cœur de la politique québécoise depuis plus de trente ans. Trente ans, aussi, auxquels remontent vos premiers rapports avec le Québec. Nous nous rencontrons la première fois en 1972, alors que Louise Beaudoin et moi accompagnons René Lévesque, chef du Parti québécois, en mission. L’objectif étant d’établir les contacts initiaux entre nos mouvements politiques, encore dans l’opposition, dans l’attente de leur novembre et de leur mai respectifs. La compréhension du grand projet québécois ne devait pas, en France, être le fait d’une seule partie du spectre politique. Immédiatement, nous saisissons la sympathie que vous portez au Québec.

Votre appui à la souveraineté, dans une lettre que vous faites parvenir à Louise Beaudoin, ou votre présence en compagnie de Lionel Jospin, notamment, à la Délégation générale du Québec à Paris le 20 mai [1980], dans l’attente des résultats, en témoignent éloquemment. Et, ce que peu de gens savent, vous avez apporté une contribution à la rédaction de passages du livre blanc sur la souveraineté-association. De ces gestes engagés le Québec se souvient. Aux lendemains du référendum, vous partagez la peine de nombre de Québécois. Dans une lettre de juin 1980 à René Lévesque, vous écrivez: « Vous avez déjà mesuré que l’avenir du Québec dépend des Québécois seuls. Mais cela n’enlève rien ni aux sentiments personnels, ni à l’approbation que beaucoup d’entre nous portent à votre cause ». De cette marque de solidarité le Québec se souvient. Vous recevez à Paris le premier ministre du Québec, Robert Bourassa, en 1989, dans le cadre des visites alternées des premiers ministres français et québécois. Votre toast en son honneur est témoin de cette relation fraternelle qui unit la France au Québec, puisque vous déclarez que, pour la France, il est désormais un « réflexe » que de regarder outre-atlantique, pour régler un problème de société. De ce respect le Québec se souvient. Vous croyez profondément à une relation solide entre « nos deux pays », comme vous le dites. Dans votre livre Le cœur à l’ouvrage, en 1987, vous conseillez aux entreprises françaises de se servir de « ce merveilleux relais sur le continent nord-américain qu’est le Québec » afin de conquérir le marché des États-Unis. Cet appel n’aura pas été vain: depuis dix ans, la France est devenue l’un des premiers fournisseurs d’investissements directs étrangers au Québec. De cette vision le Québec se souvient.

En 1986, en 1991, puis en 1993, vous êtes de retour chez nous. En juillet 1991, nous partageons une passion commune, la voile, alors que nous partons en excursion de Québec à Berthier-sur-Mer. En 1993, dans un discours que vous prononcez pour le 25e anniversaire du Parti québécois, vous faites un vibrant appel à l’amitié entre les peuples francophones, « une des richesses du monde ». De ce goût pour notre patrie et pour le fait français le Québec se souvient. Votre action politique, désormais centrée sur l’Europe, qu’incarne votre rôle au sein du Parlement européen, sait donner à vos convictions une résonnance nouvelle. Votre porte y est ainsi ouverte aux Québécois de passage à Strasbourg et à Bruxelles.

Le Québec a besoin d’amis, vous l’avez dit, et plus encore dans un avenir proche. Mais nous en avons. Et vous comptez parmi les plus grands. De l’appui que vous apportez le Québec ne cessera de se souvenir. En pensant à toutes ces années qui sont encore devant vous, en saluant avec chaleur votre compagne, Madame Sylvie Pélissier, je vous dis: Bonne vie! Et, pour reprendre vos mots: Bon vent!

Michel ROCARD, au nom du gouvernement du Québec et du peuple québécois, j’ai l’honneur de vous remettre l’insigne d’officier de l’Ordre national du Québec.

[QLandry20011102Qué]

[Allocution au Festival du monde arabe]

Monsieur le Chef de l’opposition,
Chers collègues du Conseil des ministres de l’Assemblée nationale et de la Chambre des communes,
Chers frères et sœurs québécois et québécoises,

Oui, le Québec représentant l’entièreté de ses citoyens et de ses citoyennes sera à Beyrouth l’an prochain. Oui, la rencontre sera à Beyrouth. Elle aura lieu à peu près à la même date et elle fera triompher le dialogue des cultures, la fraternité universelle à travers cet instrument linguistique qui est la langue française, mais aussi en prenant la défense de la diversité de toutes les langues et de toutes les cultures. Ce ne serait pas un progrès pour l’humanité si la mondialisation voulait dire l’homogénéisation. La perte d’une culture est une régression. Si l’on tient des instances internationales sur la biodiversité, Imaginez-vous l’importance, pour la communauté internationale, des diversités des langues et des cultures! De ce point de vue, le Québec veut être exemplaire. À cause de son histoire, il a été obligé de s’exiler. Il a été obligé de prendre conscience rapidement des menaces qui peuvent peser sur des cultures négligées ou des cultures attaquées ou des cultures simplement érodées par le temps. Il ne faut plus qu’une telle chose arrive à aucune langue et à aucune culture qui font la richesse de l’espèce humaine. Oui, ce Festival du monde arabe auquel nous participons ce soir est une institution profondément québécoise et profondément nécessaire. Le Festival du monde arabe enrichit le Québec. Ce soir, nous avons vécu une soirée d’amitié, de beauté, de fraternité, et ce, précisément à cause du 11 septembre. Cette soirée nous devions la vivre ensemble. À l’horreur, il faut opposer la beauté. À la violence, il faut opposer l’expressivité de la danse. À la barbarie, il faut opposer l’humanisme. C’est ce que nous avons fait ensemble, ce soir, comme citoyens du Québec et comme citoyens du monde.
Je dois vous dire, lorsque ces horribles événements sont survenus, les toutes premières pensées qui me sont venues. J’étais à pied et je marchais le long du Saint-Laurent, au soleil. La journée s’annonçait merveilleuse, elle respirait la paix et la beauté. Quand j’ai pris conscience de l’horreur, une des premières pensées que j’ai eues, c’est pour vous mes frères et sœurs arabes du Québec. Parce que j’ai su qu’à ce moment peut-être des esprits bornés ou limités ou simplement méchants pourraient vous tenir grief, par association, de votre origine, de votre langue ou de votre religion. Et j’ai pensé, à ce moment là, que le gouvernement national du Québec se devait dans les heures qui ont suivi, d’affirmer haut et fort qu’il n’y a qu’une seule catégorie de Québécois et de Québécoises : des hommes et des femmes qui viennent du Québec et qui vivent ensemble dans l’harmonie et dans la paix.
C’est ainsi, fort heureusement, que nous avons vécu les heures qui nous ont séparés peu à peu de cette date fatidique. Nous devons retenir des leçons pour l’avenir, et non pas pour un seul groupe culturel ou un autre, mais pour l’ensemble des citoyens et des citoyennes du Québec. Je veux souligner aussi que la culture au Québec est un élément essentiel de l’aventure nationale. Sans cette culture distinctive, l’aventure québécoise n’aurait peut-être pas valu la peine d’être vécue. On aurait pu vivre dans l’homogénéité nord-américaine, dans l’homogénéité continentale. Nous avons choisi le contraire, nous avons choisi la différence. Vous voyez aujourd’hui que c’était vraiment le choix qu’il fallait faire. Sur toutes les peines du monde, ce soir, il y a des créateurs et créatrices du Québec de toutes les origines ethniques qui illustrent l’importance que nous attachons à la beauté et à la créativité. Nous pouvons être fiers de cet accomplissement. Nous pouvons être assurés que par des activités comme celle que nous avons tenue ce soir, cette caractéristique restera au cœur de tout ce qui nous unit dans notre vie collective. Oui, pour produire la richesse, oui, pour développer l’économie. Il faut toujours penser que les activités matérielles doivent être conçues pour servir l’activité spirituelle et non l’inverse. Quand il m’arrive de voyager, et mes fonctions me l’ont souvent fait faire dans le passé, à travers les merveilleux pays qui ont été votre première patrie, sur les bords de la Méditerranée, aux confins du désert, je parle toujours de vous. En Égypte, aux Émirats, en Tunisie, en Algérie, au Maroc et dans d’autres pays, je dis: nous avons au Québec des portions extraordinairement intéressantes de votre pays. Des hommes et des femmes qui veulent être ici sont venus se joindre à l’aventure québécoise pour l’enrichir, mais non pas pour vous appauvrir. Vous avez quitté de merveilleuses patries pour venir enrichir la nôtre, mais vous pouvez très bien, à partir d’ici, servir le pays natal en cultivant des relations économiques, en cultivant des relations humaines, en cultivant des relations culturelles. De cette manière, votre implantation sur notre terre aurait été bonne pour nous, mais comporterait également une récompense pour les pays qui s’ennuient de vous et les pays dont vous vous ennuyez. Ce n’est donc pas un inconvénient d’avoir une patrie du cœur et une patrie de la tête. En avoir une ou plusieurs, pourvu que l’on sache où est son destin présent et qu’on veuille le construire dans l’harmonie et dans la paix.
Encore une fois, mes compliments aux organisateurs et aux organisatrices de cette merveilleuse soirée.

[QLandry20020815Qué]
[Inauguration d’un monument en hommage aux Acadiens]

Monsieur le premier ministre du Nouveau-Brunswick,
Monsieur le ministre responsable de la Francophonie,
Chers collègues du Conseil des ministres et de l’Assemblée nationale,
Monsieur le Chef de l’opposition officielle,
Monsieur le Maire suppléant de Québec,

Monsieur le Président de la Société nationale de l’Acadie, Permettez-moi tout d’abord de souhaiter une cordiale bienvenue à tous ceux et celles qui, parmi nous, partagent l’héritage de l’Acadie. En ce jour de L’Assomption, nous voulons célébrer votre fête nationale et nous souvenir de tout ce qui nous unit : une langue, des valeurs culturelles solidement ancrées, une manière de surmonter les embûches et de prendre son avenir en main. Bonne fête, Acadie, notre sœur, notre complice, notre amie de toujours!

Au pied de ce monument qui incarne dans la capitale du Québec la contribution des Acadiens à notre société, nous retrouvons ce matin les beaux symboles que votre peuple s’est donnés, il y a plus d’un siècle, à Memramcook : les trois couleurs de France, l’étoile d’or qui guide les marins. Et ce phare qui les porte dit que l’Acadie fut d’abord une contrée maritime où paysans et pêcheurs durent composer avec un environnement parfois fort difficile.
Permettez-moi également de saluer chaleureusement mon collègue, le premier ministre Bernard Lord, qui nous fait l’honneur de sa présence. C’est un plaisir que de vous accueillir et de saluer en vous un ami du Québec et un homme politique qui poursuit de belle façon la révolution tranquille que vit également le Nouveau-Brunswick depuis les années 1960. Bienvenue chez nous, monsieur le premier ministre, vous y êtes chez vous! C’est avec fierté et émotion que je me joins à vous afin de célébrer de manière exceptionnelle la fête nationale des Acadiens, un grand peuple qui, depuis bientôt quatre siècles, a largement contribué à l’édification de la nation québécoise ainsi qu’à la vitalité et au rayonnement de la culture française en Amérique.
Fierté d’abord de voir enfin la capitale nationale du Québec accueillir un monument de belle facture qui rappelle la contribution des nombreux Québécois d’origine acadienne à la construction, ici, d’une société moderne et pluraliste, tournée vers l’avenir et qui apporte à l’Amérique une dimension différente de par la richesse de sa culture et de son héritage.
Depuis Champlain, Acadiens et Québécois ont toujours été associés aux grandes étapes de notre histoire. En parallèle, ils ont connu l’ivresse des explorations, les défis de s’approprier une terre nouvelle et étrangère, les difficultés du défrichage, qui apportent les joies de la récolte. Ils ont affronté les rigueurs d’un climat difficile. Ils ont redouté la convoitise des coloniaux britanniques et ses conséquences : les guerres, la déportation pour les uns, la conquête pour les autres. Chacun de leur côté, ils ont aussi et surtout fait preuve d’une extraordinaire opiniâtreté. Dans l’adversité, Québécois et Acadiens ont appris à s’accrocher à leur terre, à la mettre en valeur, à se rétablir dans la communauté des peuples. Depuis 40 ans, nos communautés ont su reprendre leur destin en main et s’affirmer en tant que sociétés contemporaines parmi les plus dynamiques. Il y a de quoi être fiers.
Ce matin, cette fierté partagée s’exprime par ce monument rendant hommage à l’apport unique des Acadiens au Québec. Partout chez nous, depuis plus de deux siècles, les Acadiens d’origine ont pris souche, se sont taillé des places enviables – jusqu’à la mienne d’ailleurs – et ont façonné ce Québec dynamique qui est le nôtre. Nous sommes aujourd’hui un million de Québécois à nous souvenir fièrement de nos racines acadiennes et à constater combien nous sommes eux et eux sont nous. Au nom de nos familles venues d’Acadie, les Cormier, les Leblanc, les Arsenault, les Légère, les Landry et toutes les autres, vous me permettrez donc de témoigner de mon appréciation de voir notre contribution au Québec consacrée ici, sur ce boulevard René-Lévesque qui rappelle la mémoire d’un grand Gaspésien qui a vu le jour sur les rives de la baie des Chaleurs, qui unit tout autant qu’elle les divise les communautés acadiennes du Québec et du Nouveau-Brunswick.
Vous remarquerez également que nous nous trouvons en face du parc de l’Amérique-Française inauguré par René Lévesque et qui rend justement hommage à la contribution des francophones qui, ayant touché terre en Acadie et au Québec, ont essaimé à travers l’Amérique du Nord, en multipliant les noms de lieux qui, aujourd’hui encore, résonnent en français aux quatre coins du continent, de Bâton Rouge à Cœur d’Alène. Ensemble, nous nous sommes établis ici, il y aura quatre siècles bientôt. Ensemble, nous y avons pris souche. Ensemble, nous avons partagé les hauts et les bas d’une histoire commune. Il nous reste à la poursuivre et à l’enrichir ensemble. Merci.

[QLandry20020605Qué]

[Remise des insignes de l’Ordre national du Québec]

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Madame la Représentante du chef de l’opposition officielle,
Monsieur le Président du Conseil de l’Ordre,
Monsieur le Maire,
Distingués invités,

Aujourd’hui, j’ai le privilège et l’honneur, comme l’ont fait mes prédécesseurs, de rendre hommage à des personnalités qui, par leurs actions éminentes, ont contribué à l’évolution du Québec.
Pour certains, nous reconnaissons l’œuvre d’une vie; pour d’autres, un travail de pionnier; pour d’autres encore, la constance dans la poursuite d’un idéal. Certains ont été de véritables leviers dans l’évolution du Québec, d’autres ont franchi les limites de leur profession pour atteindre des niveaux d’excellence reconnus à travers le monde. D’autres venus d’ailleurs ont choisi le Québec comme théâtre de leur action. Tous ont contribué au rayonnement du Québec.
Au nom de la nation québécoise, j’ai le grand plaisir de vous rendre hommage en vous nommant membres de l’Ordre national du Québec.
D’abord, à titre de grands officiers:
Monsieur Charles Philippe Leblond
Scientifique remarquable, professeur chevronné, directeur du Département d’anatomie de l’Université McGill durant près de 20 ans, vous êtes l’un des histologistes les plus illustres à travers le monde. Vous avez fait preuve d’un engagement exceptionnel à l’égard de la recherche en histologie et en biologie humaine. Plusieurs sociétés scientifiques ont reconnu l’envergure de votre œuvre colossale dont la nature et l’impact ont été considérables pour plusieurs générations de chercheurs. Plusieurs prix prestigieux en témoignent. Vous êtes le « maître » qui a attiré au Québec des étudiants qui sont devenus à leur tour des chefs de file dans leur domaine. Que votre passion pour la biologie vous anime encore, à 91 ans, fait de vous un être d’exception. Que vous publiiez encore vos travaux mérite notre respect et notre admiration.
Professeur Leblond, j’ai l’honneur de vous nommer grand officier de l’Ordre national du Québec.
Monsieur Jacques-Yvan Morin
Votre carrière se déroule sur deux plans d’excellence: celui du professeur éminent de droit international et constitutionnel et celui de grand serviteur du Québec. Comme professeur, vous avez formé des générations de juristes à l’Université de Montréal. Comme serviteur de l’État, vous avez été député du Parti Québécois en 1973, dans la circonscription de Sauvé, puis chef de l’opposition officielle. Réélu en 1976 et en 1981, vous êtes devenu vice-premier ministre, ministre de l’Éducation, puis ministre d’État au Développement culturel et scientifique et, enfin, ministre des Affaires intergouvernementales. Depuis 1984, vous êtes retourné à l’enseignement universitaire. Membre du Haut Conseil de la Francophonie, membre correspondant de l’Institut de France et coordonnateur du Réseau des droits fondamentaux, vous êtes donc, à plus d’un titre, un véritable ambassadeur du Québec.
Monsieur Morin, j’ai l’honneur de vous nommer grand officier de l’Ordre national du Québec.
J’accueille maintenant les officiers :

Monsieur Robert A. Boyd
Vous avez véritablement mis le génie au pouvoir à Hydro-Québec, une entreprise que vous avez présidée de 1977 à 1981. Vous avez collaboré à la création de l’Institut de recherche d’Hydro-Québec (IREQ) et conduit les négociations qui ont mené, en 1969, à la signature du contrat d’achat de la quasi-totalité de l’énergie produite aux chutes Churchill. Sous votre gouverne, la phase I de l’aménagement du complexe La Grande à la Baie-James a été marquée par la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois. Peu d’hommes peuvent prétendre avoir dirigé un projet d’une telle envergure.
Monsieur Robert A. Boyd, j’ai l’honneur de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec.
Madame Lucille Dumont
Vous avez servi et porté la chanson québécoise pendant plus de 60 ans. Non seulement vous en êtes la Grande Dame comme interprète de plusieurs auteurs d’ici, mais vous en êtes aussi la doyenne, un rôle que vous jouez magistralement, puisque vous vous dédiez encore à l’enseignement et que vous êtes l’instigatrice de plusieurs belles carrières d’artistes au Québec. Vous avez, Madame, brillamment assuré une relève, et nous vous en remercions.
Madame Lucille Dumont, j’ai l’honneur de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec.
Madame Paule Gauthier
Vous êtes la première femme à avoir présidé le barreau canadien. Juriste éminente, professeure de droit commercial et arbitre médiatrice en matière civile et commerciale, vous présidez aussi le Comité de surveillance des activités de renseignement en sécurité du Canada. Plusieurs corporations professionnelles du Québec ont recours à votre grande expérience pour présider leur comité de discipline. Le rôle que vous êtes appelée à jouer à l’échelle internationale témoigne de votre probité.
Maître Paule Gauthier, j’ai l’honneur de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec.
Madame Estelle Lacoursière
Vous êtes ursuline et vous avez été la première femme au Québec à détenir une maîtrise en sciences forestières de l’Université Laval. Pionnière en éducation environnementale, vous avez su communiquer votre ferveur et votre enthousiasme à de nombreux étudiants qui sont devenus des biologistes environnementaux, des artistes peintres naturalistes, des enseignants, qui à leur tour suscitent des vocations scientifiques. Vous avez élaboré des programmes d’enseignement, conçu du matériel pédagogique, rédigé des manuels scolaires et même aménagé un sentier écologique sur le campus de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Votre contribution à la vulgarisation scientifique et votre action éducative auprès des jeunes méritent notre reconnaissance.
Madame Estelle Lacoursière, j’ai l’honneur de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec.
Monsieur Robert Lacroix
Économiste, recteur de l’Université de Montréal depuis 1998, vous avez rallié autour de vous les forces vives de la communauté québécoise en faveur de l’éducation supérieure et de la recherche universitaire. Vous êtes l’instigateur d’initiatives financières en faveur de la recherche et du recrutement de scientifiques de premier plan pour le Québec. Nous reconnaissons votre dynamisme et votre détermination dans le rayonnement de l’Université de Montréal.
Monsieur Robert Lacroix, j’ai l’honneur de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec.
Monsieur Gilles Langevin

Vous vous êtes fait remarquer au Québec comme professeur de théologie à la Compagnie de Jésus, à Montréal, et à l’Université Laval, comme écrivain et comme expert en matière d’œcuménisme et comme directeur d’un périodique scientifique d’envergure internationale en philosophie et en théologie. Directeur du Bureau de recherches de la Conférence des évêques catholiques du Canada, votre rayonnement s’est étendu au plan de l’Église universelle, puisque vous avez été aussi membre de la Commission internationale de théologie et membre du Conseil pontifical de la culture.
Monsieur Gilles Langevin, j’ai l’honneur de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec.
Monsieur André Marier
Vous avez été conseiller économique de plusieurs gouvernements depuis les années 60. Comme gestionnaire, vous avez mis votre rigueur intellectuelle au service des décisions gouvernementales telles que la nationalisation de compagnies privées d’électricité ainsi que la création d’un régime de rentes de retraite public et universel. Vous avez élaboré une nouvelle politique minière, dont découlera la Société québécoise d’exploration minière, et vous avez abordé les questions liées au pétrole en proposant la création de la Société québécoise d’initiatives pétrolières. Vous avez été président-directeur général du Centre de recherche industrielle du Québec et de la Société québécoise d’initiatives agroalimentaires. Comme élu municipal, vous avez contribué à l’embellissement du quartier historique de la capitale nationale. Nous reconnaissons votre contribution active au développement du Québec.
Monsieur André Marier, j’ai l’honneur de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec.
Madame Lise Payette
Votre carrière de journaliste et d’animatrice était déjà prestigieuse quand vous avez été élue à l’Assemblée nationale en 1976. On s’étonnera que vous ayez écrit un ouvrage intitulé Le pouvoir? connais pas, puisque l’héritage que vous avez laissé de votre passage en politique est durable. Pensons, entre autres, à l’importante réforme de la Loi sur l’assurance-automobile, au congé de maternité et au retrait préventif de la travailleuse enceinte, à la reconnaissance des femmes collaboratrices. En 1981, vous vous retiriez de la vie politique pour vous consacrer à l’écriture et à la production. Vos téléfeuilletons et vos documentaires rejoignent toujours de vastes auditoires.
Madame Lise Payette, pour votre attachement indéfectible au Québec, j’ai l’honneur de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec.
Monsieur Bruce Graham Trigger
Anthropologue, vous êtes au cœur des sciences sociales, puisque vous vous intéressez aux principes d’organisation de la civilisation proprement dite, de l’égyptologie à l’histoire des premières nations au Canada. L’éventail de vos connaissances est large, et vos ouvrages sur la théorie archéologique sont considérés comme des classiques.
Votre engagement à l’égard de la création d’une société morale et juste se manifeste dans votre volonté de comprendre les origines du pouvoir et l’identité des premières nations, et dans votre appui à la protection de leurs droits.
Monsieur Trigger, j’ai l’honneur de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec.
Madame Lise Watier
Votre dynamisme et votre détermination, Madame, vous ont permis de bâtir une entreprise de cosmétiques qui s’est positionnée dans un marché où la concurrence est très forte. Fabriqués ici, vos produits sont distribués dans plus de 1000 points de vente à travers le monde.
Capable d’ensoleiller les jours les plus gris, vous avez su rejoindre les femmes d’ici par la beauté, en les incitant à croire en elles.
Madame Lise Watier, j’ai l’honneur de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec.
J’accueille à présent les chevaliers:

Monsieur Jacques Amyot
Votre nom est associé à la traversée à la nage du lac Saint-Jean, un exploit jugé impossible à l’époque où vous l’avez essayé. Vous l’avez réussi, tout comme la traversée de la Manche entre la France et l’Angleterre que vous avez réalisée en 1956. Dix neuf ans plus tard, à l’âge de 50 ans, vous rééditiez cet exploit de l’Angleterre à la France. Vous êtes, depuis, une légende vivante par vos exploits de nage en eau libre et par votre contribution exceptionnelle au monde de la natation.
Monsieur Jacques Amyot, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Monsieur Léo Arbour
Vous avez façonné le bois avec vos gouges dans votre atelier de Pointe-du-Lac et vous avez réalisé des chemins de croix, des statues de maîtres-autels, des reliefs. Avec assiduité, vous avez orné des églises et des chapelles d’une imagerie traditionnelle, et pas seulement en Mauricie, puisque le Musée de Leningrad possède une de vos œuvres: la Bénédiction du jour de l’An. On peut dire que vous avez fait « de la belle ouvrage! ».
Monsieur Arbour, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Monsieur Francis Cabot
Par le privilège exclusif accordé au premier ministre de nommer une personnalité étrangère, je suis très heureux de vous accueillir comme l’un des nôtres, vous qui avez choisi l’une des plus belles régions du Québec, Charlevoix, pour réaliser le plus grand jardin privé du Canada, sur l’ancienne seigneurie des Fraser. Vous avez non seulement eu la générosité d’ouvrir votre jardin aux visiteurs, mais, en plus, vous versez les revenus de ces visites au Centre écologique de Port-au-Saumon. Vous avez aussi créé la Fondation héritage Charlevoix destinée à préserver le patrimoine bâti, les sites naturels et les paysages de Charlevoix. Vous avez un extraordinaire sens de la tradition familiale, puisque vous êtes le descendant d’une des premières familles de villégiateurs dans Charlevoix.
Monsieur Francis Cabot, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Monsieur Jean Couture
Vous avez porté très haut les valeurs de votre université et de votre profession en assumant plusieurs fonctions académiques : professeur titulaire en chirurgie, directeur du département, vice-doyen à l’enseignement clinique. Membre de plusieurs sociétés scientifiques, vous avez occupé le poste de président du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada. Depuis 1988, vous dirigez un projet de coopération internationale entre l’Université Laval et l’Université Normand-Bethume. Ce projet a permis l’établissement d’unités d’oncologie en Chine, où les besoins sont d’une réelle importance. Homme de compassion, vous n’avez ménagé aucun effort pour ce projet d’aide humanitaire.
Monsieur Jean Couture, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Monsieur Fernand Daoust
Militant syndicaliste depuis près de 50 ans, vous avez apporté une contribution exceptionnelle en votre qualité de secrétaire général puis de président de la Fédération des travailleurs du Québec durant près de 25 ans, et vous avez été l’instigateur du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec. Vous avez épousé une autre cause, celle du français, par votre action intense et persévérante dans l’application de la Charte de la langue française, afin de faire du français la langue du travail au Québec. Il n’est pas excessif de parler de votre action comme d’un véritable apostolat.
Monsieur Fernand Daoust, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.

Monsieur Yvon Deschamps

Comment ne pas vous reconnaître? Vous qui avez si bien su le faire à travers nos peurs, nos préjugés, nos angoisses, nos rêves et nos espoirs. Si vos textes n’ont pas vieilli, c’est qu’ils nous touchent avec la même intensité et la même émotion. Vous êtes un conteur inégalé, un observateur minutieux, un sociologue et un philosophe. Depuis le début de votre carrière, nous reconnaissons en vous l’homme de cœur et d’action qui sait voir, comprendre et agir.
Monsieur Yvon Deschamps, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Madame Clémence Desrochers
Auteure, interprète, comédienne, animatrice, vous faites partie du patrimoine culturel du Québec. On vous appelle tout simplement Clémence, avec affection, puisque vous avez apporté une contribution unique à la chanson, à la littérature et au spectacle, dans un langage accessible à tous. Vous touchez un public qui vous reste fidèle depuis plus de 40 ans.
Madame Clémence Desrochers, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Madame Gabrielle Gaudreault
Fondatrice et présidente du Festival de musique du Royaume Saguenay—Lac-St-Jean, vous êtes une grande bénévole de l’activité musicale depuis plus de 60 ans. Vous connaissez toutes les facettes de ce travail de titan : de la direction musicale à la recherche de commandites, de la levée de fonds à la distribution de bourses aux jeunes musiciens. Vous êtes un véritable levier culturel pour votre région.
Madame Gabrielle Gaudreault, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Monsieur John Joseph Jonas
Votre renommée a contribué à faire reconnaître l’Université McGill comme un centre de recherche spécialisé sur les aciers et a conduit les sociétés productrices d’acier du monde à soutenir la recherche au Québec. Auteur prolifique, vous avez aussi été l’un des premiers titulaires d’une chaire de recherche industrielle. Vos recherches ont abouti à de réelles améliorations de l’efficacité des procédés de laminage au moment où l’industrie sidérurgique mondiale avait de sévères difficultés économiques. Votre contribution au génie métallurgique, à la science et à l’éducation, au Québec et à travers le monde, justifie notre reconnaissance.
Monsieur John Joseph Jonas, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Monsieur Édouard Lock
Vous avez fondé l’une des plus prestigieuses compagnies de danse au monde, la compagnie La La La Human Steps, et vous en êtes le directeur artistique. Vous avez créé vos chorégraphies en transformant littéralement la danse d’aujourd’hui. Vous avez séduit des milliers de spectateurs à travers le monde et vous avez admirablement représenté la culture artistique québécoise dans un style vraiment contemporain.
Monsieur Édouard Lock, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Monsieur Maurice McGregor
Spécialiste en médecine interne et en cardiologie d’Afrique du Sud, vous vous êtes installé au Québec pour une fructueuse association avec l’Université McGill et l’Hôpital Royal Victoria. Professeur, doyen de la Faculté de médecine et vice-principal, vous êtes le président-fondateur du Conseil d’évaluation des technologies de la santé du Québec, dont vous avez fait un précieux instrument d’analyse et un modèle internationalement reconnu.
Monsieur Maurice McGregor, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Monsieur Jean-Jacques Nattiez

Professeur titulaire à la Faculté de musique à l’Université de Montréal, vous vous êtes fait connaître au niveau international comme pionnier de la sémiologie musicale, et vous avez appliqué vos diverses recherches à la musique des Inuits aux opéras de Wagner et à la pensée de Pierre Boulez. C’est dire à quel point vous refusez les catégories traditionnelles et que vous faites plutôt le lien entre la musique, l’homme et son milieu. La qualité de votre œuvre musicologique a été reconnue par des distinctions nationales et internationales.
Monsieur Jean-Jacques Nattiez, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Monsieur Michel Robichaud
Depuis près de 30 ans, vous contribuez de façon exceptionnelle et inédite à l’essor de la mode québécoise. Vos collections ont été présentées à Paris, Bruxelles, Milan, Londres, New York. Vous avez créé les uniformes pour l’Exposition de 1967 et ceux pour les Jeux olympiques de Montréal de 1976. Votre influence et votre rayonnement continuent de s’exercer auprès de la relève, puisque vous transmettez votre savoir dans deux écoles de mode du Québec et que vous êtes membre de jury du concours annuel de la Griffe d’or. Vous êtes incontestablement un pionnier de la mode au Québec.
Monsieur Michel Robichaud, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Madame Michelle Rossignol
Vous avez touché toutes les formes théâtrales, du théâtre de création au théâtre de répertoire. Vous avez signé plusieurs mises en scène, et vos rôles à la télévision vous ont apporté une grande popularité. Vous avez été directrice générale et artistique du Théâtre d’Aujourd’hui et chef de service du théâtre au Conseil des Arts. Votre passion pour cette forme d’art vous a menée à la Commission internationale du théâtre de la langue française. Votre volonté de soutenir la création des auteurs d’ici mérite notre reconnaissance.
Madame Michelle Rossignol, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Monsieur Serge Turgeon
Président de l’Union des artistes pendant douze ans, vous avez adopté une cause, celle de la défense des droits des créateurs, plus particulièrement des artistes interprètes, et n’avez ménagé aucun effort pour faire reconnaître le statut de l’artiste. Vous avez aussi participé à l’élaboration de la première politique culturelle au Québec et avez été le représentant de la culture à la commission Bélanger-Campeau. Par votre initiative, le Fonds d’investissement de la culture et des communications a été créé. Vous avez représenté le Québec sur la scène internationale pour faire valoir la modernité du Québec culturel, ce que vous vous appliquez encore à faire au Théâtre du Rideau Vert.
Monsieur Serge Turgeon, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Madame Denise Verreault
Présidente du Groupe maritime Verreault inc. de Les Méchins en Gaspésie, vous avez donné à une entreprise familiale une dimension internationale. Vous avez exploité avec succès les possibilités de développement économique dans une région excentrique en concentrant ses activités dans la construction, la conversion et la réparation de navires à l’échelle internationale. Votre savoir-faire et votre expérience vous ont menée au Conseil consultatif des Pêches et Océans et à la Corporation de gestion de la voie maritime du Saint-Laurent. Rien d’étonnant que le choix des consommateurs de Québec vous ait désignée Femme d’affaires de l’année 1999 et lauréate du prix Entrepreneur 2000.
Madame Denise Verreault, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
C’est avec reconnaissance et fierté que je vous demande d’applaudir chaleureusement les nouveaux membres de l’Ordre national du Québec.

[QLandry20020605Qué]
[Motion à l’Assemblée nationale concernant l’émancipation politique des Juifs]

Monsieur le Président,
Permettez-moi, tout d’abord, d’adresser mes plus chaleureuses salutations à M. Guy Bouthillier, président de la Société Saint-Jean-Baptiste, à M. Joseph Gabay, président du Congrès juif canadien, région du Québec, et au Dr Victor Goldbloom, président du comité exécutif du Congrès juif canadien, région du Québec.
Leur présence aujourd’hui, pour souligner le 170e anniversaire de la loi du 5 juin 1832, qui consacre l’émancipation politique des Juifs, symbolise cette synthèse des valeurs que nous partageons, valeurs de justice, d’égalité, de respect et d’ouverture. Leur présence rappelle aussi que le Québec est depuis longtemps une terre de liberté, une société où les droits fondamentaux sont reconnus à l’ensemble des citoyennes et des citoyens, quels que soient leur lieu de naissance ou leur croyance.
Dans les faits, le 5 juin 1832, l’Assemblée législative du Bas-Canada adoptait une loi qui devint la pierre angulaire des libertés publiques et religieuses du Québec. Cette loi octroyait l’égalité et la pleine émancipation politique et religieuse à l’ensemble de la communauté juive. Les droits accordés à cette dernière en 1832 l’ont été avec l’appui des élites politiques francophones catholiques de l’époque et ils ont bénéficié à l’ensemble de la population québécoise. Cette loi fut adoptée grâce à l’action déterminée et déterminante de Louis-Joseph Papineau, président de l’Assemblée législative et chef du Parti patriote, fortement majoritaire à cette époque. Permettez-moi de souligner que ce parti comptait, parmi ses députés, des fondateurs de la Société Saint-Jean-Baptiste.
La pleine citoyenneté et les pleins droits accordés aux membres de la communauté juive québécoise en 1832 n’ont été reconnus en Grande-Bretagne qu’en 1858. Nous sommes fiers que le Québec ait devancé sur ce plan l’ensemble des territoires sous juridiction britannique, démontrant ainsi la qualité de sa fibre démocratique et son profond attachement aux droits fondamentaux. Afin de souligner l’adoption de cette loi, le premier ministre René Lévesque, il y a déjà vingt ans, avait « remercié la communauté juive d’avoir pensé à nous rappeler ce bon coup de nos ancêtres ».
Louis Benjamin dans un éditorial du Jewish Daily Eagle écrivait en 1932 que « seuls des gens qui aimaient eux-mêmes la liberté et la justice pouvaient être assez généreux pour songer à la partager avec d’autre. Ceci est un fait remarquable d’histoire et dont les Canadiens français peuvent à juste titre s’enorgueillir. C’est un des traits les plus beaux du caractère national et nous aimons le dire tout haut à ce moment. Nous nous souviendrons toujours du beau geste du Québec ».
Dans une volonté de collaboration que je souhaite longue et féconde, la Société Saint-Jean-Baptiste et le Congrès juif canadien, région du Québec, ont décidé de s’associer pour faire connaître cette loi fondamentale et historique auprès des élèves du secondaire. L’affiche, dévoilée par les deux organismes et qui rappelle l’adoption de la loi du 5 juin 1832, a été distribuée aux enseignantes et enseignants d’histoire de la quatrième et cinquième secondaire. Je me félicite de cette initiative et de l’entière coopération offerte par le ministre de l’Éducation du Québec pour rappeler aux jeunes que les droits et responsabilités reconnus à l’ensemble des citoyennes et citoyens du Québec trouvent leurs racines dans notre histoire.
Difficile toutefois de célébrer la Loi de l’émancipation politique des Juifs sans rappeler l’incident récent qui a provoqué des dommages dans l’unique synagogue de notre capitale nationale. Même si les dégâts ont été minimes et uniquement de nature matérielle, nous n’entendons pas sous-estimer la signification de ce geste. À cet égard, mon gouvernement prendra toutes les mesures pour que les personnes porteuses de croyances religieuses minoritaires puissent exercer leur culte en toute liberté, sécurité et sérénité.
Monsieur le Président, en commémorant cet événement particulièrement marquant de l’histoire politique du Québec, nous célébrons, pour paraphraser le président du Congrès juif canadien, région du Québec, mon ami Joseph Gabay, notre histoire commune dont tous peuvent être fiers. Et quel meilleur endroit pour réaffirmer nos valeurs de tolérance que l’Assemblée nationale qui, voilà 170 ans, en posait les jalons.

[QLandry20011206Qué]
[Lancement de la politique nationale de la ruralité]
Monsieur le ministre d’État, Monsieur le Président de la Fédération des municipalités, Monsieur le Président de Solidarité rurale, Mesdames, Messieurs les Préfets,
Mes chers collègues,
Mesdames, Messieurs, Chers amis,
Votre présence nombreuse ici fait que notre réunion de cet après-midi est sans doute une des plus territoriales que le Québec ait jamais connues dans son histoire. Jacques Proulx, c’est l’émotion qui t’a fait oublier deux villages dans ton énumération, Saint-Jacques-de-Montcalm, où je suis né, et Verchères, où je vis.
Ce périple n’est pas étranger à la complicité qui nous a unis dans l’amour des villages. Souvent, on transpose toujours plus ou moins dans sa vie publique certaines constantes de la vie privée. Ceux et celles qui sont nés dans des villages – et ça doit être encore une portion significative de la population du Québec, même s’il n’y a plus que 22 % qui vivent en ruralité, il y a beaucoup de ruraux urbanisés, bien entendu; c’est un des aspects du problème qui nous réunit aujourd’hui dans cette politique de la ruralité – ceux et celles qui sont nés dans un village en gardent toujours une nostalgie considérable, et pour des raisons profondes. Le village, c’est la convivialité. C’est le contact humain. C’est le contraire de l’anonymat. C’est souvent le contraire du bruit. C’est le contraire du vacarme. Toutes des choses que l’être humain apprécie profondément et qu’il cherche à reconstituer ou à garder. Ou à garder.
Or, par un étrange paradoxe, non seulement des pays développés, parce que les pays sous-développés ont connu le même problème, les villes attirent, alors que, en toute logique, dans bien des cas, ça devrait être le contraire, en termes de qualité de vie. Jean Ferrat, dans une de ses chansons, résumait le paradoxe en un vers, en disant: « Comment peut-on imaginer, en voyant un vol d’hirondelles, que l’automne vient d’arriver? » Pourquoi est-ce qu’on converge vers les grands centres?
Les vieux sociologues et anthropologues disaient: les villes sont mangeuses d’hommes, c’est-à-dire que les gens s’en vont vivre en ville et la natalité a tendance à s’effondrer. Donc, les villes ont tendance à faire diminuer la population; avaient tendance. Parce que, à l’époque où on disait : les villes sont mangeuses d’hommes, les régions compensaient très largement. Les très hauts taux de natalité et de fécondité des régions nous faisaient oublier, en région, ce qui se passait sur ce plan en ville. On sait bien qu’aujourd’hui une certaine forme de vie contemporaine a fait que des valeurs analogues quant à la famille ou à l’ampleur des familles qui se sont développées dans les régions comme en ville, alors là, les régions peuvent et sont, jusqu’à un certain point, perdantes de ce mouvement en apparence incompressible. Je dis que c’est vrai pour le monde développé. J’ai étudié, comme vous le savez, le cas mexicain. Il y a 30000000 de personnes qui vivent dans une cuvette de la ville de Mexico, affligée par la pollution, inconfortable à cause de la surpopulation, et ces gens, souvent, ont quitté des endroits fabuleux, des rivages du Pacifique ou du Golfe, pour aller vivre en cet endroit.
Donc, l’opération que nous lançons aujourd’hui, elle est pour contrer une force et une tendance très lourdes. C’est la raison pour laquelle nous aurons besoin de beaucoup d’énergie, de beaucoup de solidarité. Ce que nous faisons aujourd’hui, c’est le contraire d’une opération libérale – je ne le dis pas au sens partisan du terme, évidemment, je le dis au sens de la philosophie économique. C’est une opération qui s’oppose aux libres tendances du marché parce que c’est mieux comme ça, parce que c’est mieux pour les hommes et les femmes de ne pas laisser ces forces aveugles continuer à vider les régions ou à diminuer leur importance. C’est, en d’autres termes, de l’interventionnisme. Nous vivons dans une économie de marché. Cette économie de marché nous rend de grands services, mais cette économie de marché, avec toutes ses vertus, n’a jamais été capable de répartir convenablement la richesse entre les personnes ni entre les régions. Alors, nous déclenchons une opération basée sur une dose considérable de courage. Sauf que cette technologie et cette modernité qui, dans un premier temps, ont pu sembler nuire aux régions et être défavorables aux régions, elles peuvent devenir aujourd’hui un soutien puissant de la renaissance régionale. Vous le savez, vous en vivez vous-mêmes les expériences. Dans des rangs merveilleux et éloignés, même du village, dans de beaux écrins de collines se trouve un ménage qui gagne sa vie à l’échelle planétaire en exploitant un commerce par Internet qui fait qu’ils ont des clients à Paris ou à Moscou ou ailleurs. Dans le même rang, d’autres jeunes couples font leur travail pour une multinationale installée à Montréal sans jamais aller à Montréal. Voilà le créneau technique et technologique qui va aider puissamment à faire vivre les régions et à les faire revivre.
Si on veut aller à l’opposé, dans le plus traditionnel, une force puissante qui va aider les régions, c’est cet engouement des urbains et de tout le monde pour les produits du terroir, les produits raffinés, les produits sophistiqués. Je ne suis pas un fanatique de José Bové, je pense que Jacques est un de ses amis… Je ne veux pas faire une charge contre les McDonald’s, mais je sais très bien qu’un fromage Pied-De-Vent des Îles-de-la-Madeleine, ça a quand même un attrait formidable qui devrait gagner sur bien d’autres choses, un jour ou l’autre.
Donc, il y a des forces à l’œuvre dans un sens, mais il y a de puissantes forces à l’œuvre dans l’autre; il faut appuyer les forces qui sont dans le sens le plus favorable à la vie intégrale sur le territoire du Québec. Tout cela – Jacques l’avait en tête quand il nous a fait son exposé si émouvant – a commencé largement quand, dans quelques conversations que nous avons eues lui et moi, il y a un certain nombre d’années, nous nous sommes rendu compte que plusieurs villages avaient des taux de chômage zéro, quelle que soit la région, dans des régions assez éloignées, ou à Verchères ou à Calixa-Lavallée, des villages étaient prospères. Et nous avons lancé l’opération Villages prospères, c’était dans le budget de 1996-1997, c’est Jacques Proulx qui l’a lui-même assumée. Et je pense que le corpus intellectuel de la politique de la ruralité est né de ce premier travail, mais il fut continué vigoureusement par le ministre d’État aux Régions – qui est lui-même un homme de région et qui dispose, c’est bien connu, d’une réserve d’énergie considérable. Lui vient-elle de son passé régional? Je n’en sais rien, mais ça a dû commencer fort pour être encore comme ça aujourd’hui, et ses collaborateur et les députés qui ont travaillé avec lui et les partenaires.
Ce que nous présentons aujourd’hui, c’est un pacte, c’est un pacte entre un gouvernement national et sa population rurale, c’est un pacte entre un gouvernement national et Solidarité rurale du Québec, Fédération des municipalités du Québec, Association des CLD, CRD. Ce n’est donc pas une opération gouvernementale, Dieu merci!, c’est une opération collective, et c’est comme ça que nous entendons la mener.
Elle ne sera pas facile, il y aura des vents contraires, parfois la conjoncture économique n’est pas toujours aussi bonne, c’est ce que nous redoutons pour quelques mois à venir, mais nous avons aussi de bonnes raisons de croire que, quand cette politique sera en place, le vent soufflera de nouveau du bon côté. Et il fait toujours beau quelque part, et il finit toujours par faire beau. Alors, ce qu’il faut faire, c’est qu’il fasse beau le plus tôt possible sur les régions du Québec.
Et je ne crois pas que ce soit par hasard que le gouvernement que je dirige avec les convictions qui sont les siennes soit le premier à promulguer une telle politique et à provoquer un tel rassemblement et de tels espoirs. C’est parce que, quand on considère que nous avons la responsabilité d’un territoire national, on ne veut pas qu’il ait, de quelque manière que ce soit, des caractéristiques purement provinciales – pour employer une expression qui peut être juridiquement vraie, mais qui est réductrice par rapport à la réalité québécoise. Nous avons la responsabilité de faire que ce vaste territoire, qui est un des plus vastes du monde parmi les pays même à vastes territoires, se développe intégralement avec toutes ses potentialités et ses virtualités. Aussi bien les urbains que les ruraux ont le devoir que ce magnifique Québec, avec son million de lacs et ses grands cours d’eau, et ses affluents, et ses côtes maritimes, se développe à la hauteur de son potentiel, même à la hauteur de sa beauté. Et nous en avons affronté, des défis, à partir de cette Assemblée nationale et de ce siège de l’exécutif depuis notre Révolution tranquille. Ça ne veut pas dire que rien ne s’était passé avant, parce que justement une solide ruralité a fait qu’on a pu affronter la Révolution tranquille et qu’on a pu être prêt pour le faire, mais vous savez que cette Révolution tranquille nous imposait le fardeau de partir des niveaux d’éducation les plus bas d’Occident pour faire une véritable révolution des esprits. Nous l’avons fait. Le Québec aujourd’hui a un, sinon le niveau d’éducation le plus élevé du monde et, on l’a vu ces jours derniers, non seulement en quantité mais en qualité. Nos écoliers, nos écolières sont dans les meilleurs au monde dans des sciences aussi décisives que les mathématiques, les sciences en général ou la lecture, ce qui est un élément fondamental de la culture, de la beauté et de la poésie. Si nous avons pu relever avec succès tous ces défis, qu’est-ce qui va nous empêcher de faire de cette Politique de la ruralité un succès resplendissant? Ça va prendre du temps, ça va prendre du courage, ça va prendre du sens critique et même il va falloir bougonner quelquefois, mais je compte sur certains de nos amis pour le faire avec des talents confirmés.
Mais tout ça, tout ça va nous porter à l’action, et l’action va nous porter au succès. Et j’espère que, sous peu, le Québec entier pourra dire que ce défi là, nous l’avons affronté et nous pouvons être un modèle, puisque le problème est commun à plusieurs pays du monde. J’espère que nous pourrons dire aux pays qui sont angoissés par l’exode rural et par les problèmes de ruralité: « Venez voir, dans notre Québec, comment nous les avons résolus d’une façon exemplaire. »

[QLandry20020602AQué]
[Remise de l’insigne d’officier de l’ordre national à Aurélien Boivin]
Monsieur Aurélien Boivin,
Vous avez consacré plus de trente ans de votre vie à la promotion et à la diffusion de la langue, de la culture et de la littérature québécoises tant au Québec qu’à travers le monde. Aujourd’hui, professeur titulaire et directeur des programmes de littérature française et québécoise, au Département des littératures de l’Université Laval, vous avez, depuis toujours, exploré de nombreux aspects de la littérature québécoise.
Vos réalisations sont multiples et diversifiées. Qu’on pense au conte littéraire québécois du XIXe siècle; aux œuvres de Louis Hémon dont vous avez réalisé une édition annotée en trois tomes; à vos travaux sur le fantastique et la science-fiction où, en tant que codirecteur du Groupe de recherche interdisciplinaire sur les littératures fantastiques dans l’imaginaire québécois, vous avez publié, en 1992, la Bibliographie analytique de la science-fiction et du fantastique québécois (1960-1985) et, en 1993, les actes d’un colloque international que vous aviez organisé en 1990.
De plus, il importe de souligner : votre ouvrage sur le roman québécois intitulé Pour une lecture du roman québécois, dont le premier tome est disponible depuis 1996 et le second est actuellement chez l’éditeur; vos deux anthologies consacrées respectivement au conte et à la nouvelle du XIXe siècle québécois parues en 1997; votre participation en tant que membre de l’équipe de recherche du projet « Histoire littéraire du Québec », équipe qui a déjà publié, sous le titre La vie littéraire au Québec, quatre des sept volumes prévus; et vos travaux actuels de préparation d’une édition critique des Anciens Canadiens, de Philippe Aubert de Gaspé, qui paraîtra dans la collection Bibliothèque du Nouveau Monde. Une autre de vos grandes réalisations réside dans votre participation à la rédaction du Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, entreprise en 1971 par l’équipe mise sur pied par le professeur Maurice Lemire, de l’Université Laval. Vous êtes, Aurélien Boivin, le seul membre de l’équipe à avoir participé à la rédaction des sept tomes de ce dictionnaire, dans lequel plus de 200 articles portent votre signature. Depuis juin 1997, vous assumez vous-même la direction du tome VII.
Malgré tout ce que je viens de citer, vous avez quand même pris le temps de collaborer au Dictionnaire biographique du Canada et au Dictionnaire canadien des noms propres pour lesquels vous avez rédigé les biographies de plusieurs écrivains québécois.
J’ajouterai au tableau de vos réalisations l’action que vous avez menée en vue de promouvoir et de défendre le fait français au Québec, au sein de l’Association québécoise des professeurs de français (AQPF) d’abord, puis à la revue Québec français, action qui vous a conduit à participer activement au rayonnement du Québec et de la francophonie à travers le monde.
Aurélien Boivin, en juillet 1996, vous avez été nommé chevalier de l’Ordre des Palmes académiques du gouvernement français. En mai 1998, vous avez reçu la décoration de l’Ordre des francophones d’Amérique. En ce 6 juin 2002, j’ai l’immense honneur, au nom du gouvernement du Québec, de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec.

[QLandry20020602BQué]
[Soirée de clôture du Sommet économique de Montréal]
Je pourrais aller à cette tribune, mais je vais rester ici pour symboliser physiquement que le gouvernement du Québec est aux côtés du maire de Montréal.
Il est indéniable qu’il a fallu au gouvernement québécois beaucoup de courage pour que cette île devienne enfin une ville. Nous avons puisé à fond dans la réserve que nous avions de cette vertu. Ce dont je viens vous assurer aujourd’hui, c’est que, pour la suite, il faudra autant d’intelligence que nous avons eu de courage. Et je viens vous promettre que nous avons aussi la réserve profonde du second ingrédient. Surtout qu’à vous entendre parler, vous avez enrichi, durant ces jours et ces dernières heures, énormément la pensée collective québécoise, la pensée citoyenne québécoise, la pensée civique.
En tenant ce sommet, vous avez d’ailleurs emprunté à la tradition du modèle québécois qui veut que les grandes choses, les grands desseins se discutent largement et publiquement en présence de tous les agents socio-économiques intéressés.
Je vous donne deux exemples qui consolident ma foi dans ces sommets, donc dans celui que vous venez de tenir. Jamais le gouvernement du Québec n’aurait équilibré ses finances publiques si cet exercice n’avait commencé par un sommet en profondeur sur la question. Jamais l’économie québécoise n’aurait atteint le succès qu’elle connaît aujourd’hui si un autre volet du même sommet ne nous avait pas mis sur cette lancée extraordinaire qui fait que, durant les quatre premiers mois de la présente année, l’économie québécoise a créé 100000 emplois. Un de mes prédécesseurs est passé à l’histoire pour le même nombre, mais en douze mois.
Donc, votre effort s’inscrit dans une tradition québécoise. Il concerne une proportion importante et vitale du territoire géographique, humain et économique du Québec. Et il doit réussir.
Nous allons analyser soigneusement tout ce qui s’est dit ici et nous allons y répondre, non pas d’une manière impérialiste, en aucune façon, mais d’une manière conviviale et partenariale.
D’ailleurs, nous nous sommes engagés auprès de toutes les régions du Québec à faire de même. Vous savez que, pendant que vous vous réunissez ici, dans les régions ressources et dans toutes les régions centres, des activités du même type se tiennent pour nous faire converger vers un grand forum des régions qui aura lieu à l’automne.
C’est donc, peut-on dire, le Québec tout entier qui, inspiré par l’effort de Montréal et inspirant l’effort de Montréal, doit entrer dans une nouvelle ère de son développement. C’est la raison pour laquelle, s’agissant de Montréal, nous allons signer dans quelques minutes une entente qui va nous conduire à un accord. Objectif : décembre 2002. Et nous allons agir avec célérité et ouverture d’esprit.
Le ministre a bien situé ses appartenances, sa patrie et sa ville. C’est aussi une circonstance favorable que le ministre des Affaires municipales soit d’abord un homme de la qualité d’André Boisclair, qui soit élu de cette ville et qu’il y porte la plus grande attention dans l’exécution de son mandat qui, par ailleurs, est un mandat national québécois.

Qu’y a-t-il dans cette déclaration conjointe? Où voulons-nous aller avec ce contrat de l’île? Nous voulons d’abord parler de création de la richesse et de la création d’emplois. Non pas que ce soit l’activité humaine la plus importante, mais elle facilite toutes les autres quand elle réussit.
Déjà, cette ville a fait, dans une période tellement brève que c’est à peine croyable, un succès de son image et de sa réalité économique inouïe. Il y a quelques brèves années, cinq ou six tout au plus, j’ai lu dans une revue américaine une interview donnée par un jeune Montréalais qui disait que la principale industrie en croissance à Montréal était celle des banques alimentaires. J’ai gardé la citation.
En moins de cinq ans, Montréal est devenue une technopole mondialement connue, la sixième de notre continent et une des dix ou douze premières du monde. Ces réalités qu’on peut lire dans des publications et dans des tableaux statistiques, on peut aussi les concevoir de façon très pragmatique. Montréal est une capitale de la plupart des industries intéressantes et en haute croissance de l’univers contemporain. Aérospatiale : une infime minorité d’êtres humains est déjà montée à bord d’un avion; il y a de la place pour la croissance. Télécom : une infime minorité d’êtres humains s’est servie d’un téléphone, il y a de la place. Pharmacie, biotechnologie… Hélas, en dépit des progrès de la médecine, le taux de mortalité de notre espèce est toujours de 100 %. Sauf que, grâce à la pharmacie et à la biotechnologie, l’événement survient plus tard et que la qualité de la vie augmente.
Montréal est donc bien placée, si on y ajoute quelques secteurs vitaux comme la finance avancée, la finance sophistiquée, l’ingénierie du même type. Montréal a déjà une base formidable et nous allons l’appuyer par tous les moyens qui sont les nôtres, et ils sont nombreux. L’État du Québec est un gouvernement interventionniste, vous le savez, mais il intervient d’une façon intelligente, quand il s’agit d’économie, parce que nos interventions visent à soutenir les entrepreneurs, les entrepreneurs du secteur privé ou associatif comme le Fonds de solidarité, du secteur coopératif, mais l’État ne crée pas les emplois. Il aide les décideurs et les décideuses à le faire. Et il est présent dans cette île et dans cette ville.
Ce contrat parlera également, et c’est peut-être ce qui est le plus important, de l’objectif principal d’une ville, de la redistribution de ses richesses et de la contribution au bien-être matériel. En d’autres termes, la ville de Montréal a une responsabilité de lutte à la pauvreté et à l’exclusion, comme le gouvernement national du Québec d’ailleurs, qui rendra publique sa stratégie nationale dans les jours qui viennent.
Nous avons déjà déclenché un effort sans précédent pour lutter contre la pauvreté et nous allons maintenant inscrire cet effort dans une stratégie qui sera connue de tous et qui aura une facture organique comme jamais peut-être aucun pays n’en aura eue pour lutter contre la pauvreté et répartir la richesse.
Cette entente parlera également de culture, qui est une autre façon de créer les conditions du bonheur humain. Car, enfin, si on commence par parler de création de la richesse, c’est pour nulle autre chose, et c’est pour cela que la ville existe, et c’est pour cela que les efforts collectifs existent, que les gouvernements existent, pour augmenter l’égalité des chances de bonheur.
La ville n’offrira pas le bonheur. Le gouvernement du Québec non plus.

Tony Blair, qui est un socialiste très moderne, disait… Eh bien, il y en a qui le sont pas, hélas! Tony Blair disait : Nous, les socialistes, nous nous sommes trompés quand nous avons voulu égaliser les chances des résultats de la ville, mais nous ne nous sommes pas trompés quand nous avons contribué à créer des chances égales pour tout le monde, des chances égales d’accès au bonheur. C’est ce que vous avez fait par vos travaux d’aujourd’hui. J’ai commencé par l’aspect le moins matérialiste de mon exposé, vous l’avez vu. On va parler un peu des moyens, maintenant.
Les moyens, je sais que vous en avez discuté. D’abord, nous allons tout faire pour vous donner des moyens juridiques, administratifs, voire des pouvoirs dont vous pourriez avoir besoin pour réaliser les idéaux évoqués aujourd’hui. Nous ne reculerons pas non plus devant la possibilité d’élargir vos moyens matériels, vos possibilités fiscales, vos champs fiscaux. Cela n’a jamais été exclu ; depuis déjà quelques années que nous évoquons cette possibilité.
Cependant, je dois, d’une façon obsessionnelle, mais aussi par devoir, évoquer ce déficit de moyens qui est celui du gouvernement du Québec par rapport à l’ensemble de l’assiette fiscale; en d’autres termes, le déséquilibre fiscal, qui n’est pas une préoccupation nouvelle. Les gouvernements dont Gérald Tremblay a fait partie et qui nous ont précédés avaient parfois des mots plus durs que nous pour décrire cette réalité simple que les moyens sont à Ottawa et que les besoins criants… Et la Commission Séguin l’a démontré d’une façon technique, d’une façon scientifique, par un an de travail, mais on aurait pu le savoir avant. Les grands besoins contemporains, ce sont la santé, l’éducation, les transferts aux familles. C’est 80 pour 100 du budget de l’État.
Et ces moyens s’accumulent au niveau d’un gouvernement qui n’a pas ces responsabilités. Cela le conduit à des surplus et, nous, ça nous conduit, malgré une gestion extrêmement serrée, de déficit zéro, à des efforts perpétuels pour nous acquitter de nos tâches. Et une de nos tâches, c’est de donner aux municipalités des moyens supplémentaires. Alors là, il y a une alliance objective. D’ailleurs, ce que je viens de dire, Ernest Eves, le premier ministre de l’Ontario, pourrait le dire tout aussi bien que moi, ou son prédécesseur, Mike Harris, qui avait un langage encore plus vert que vous ne pouvez imaginer pour décrire ces simples réalités. Mais déjà, le monde municipal nous a assurés de son soutien solide.
Cela prend des proportions vraiment dramatiques. Si on réussit à régler ce problème, à faire entendre aux responsables quel est le sens véritable du mot « responsabilité étatique », bien, on sera beaucoup plus en mesure d’aller au-delà de l’institutionnel, du juridique et de vous appuyer, Mesdames et Messieurs les élus de la ville de Montréal, d’une façon aussi concrète que vous pouvez le souhaiter, après négociations, bien entendu.
Mes compliments pour l’extraordinaire travail qui s’est fait ici et qui se répercutera, je l’espère, qui sera compris et admiré, et qui conduira Montréal vers un niveau d’efficience urbaine qui pourrait étonner le monde.
En effet, cette ville est profondément nord-américaine, mais c’est la plus européenne de toutes les villes nord-américaines. Voilà une synthèse extraordinaire dont nous commençons à bénéficier d’ailleurs.
Déjà, les acquis en matière de qualité de vie, de développement économique, de technologie, de culture découlent largement de ces caractéristiques, mais, quand on y regarde bien, on voit qu’on peut aller encore beaucoup plus loin. Et je crois que c’est ce que vous avez décidé de faire cet après-midi. Nous serons à vos côtés!

[QLandry20021106Qué]
[Dévoilement du plan d’action]
Lors de la rentrée cet automne, j’ai interpellé à la fois les militants du Parti Québécois et les membres de l’équipe ministérielle.
J’ai convié les militants de mon parti à se mobiliser pour mener le Québec à sa souveraineté dans 1000 jours et j’ai confié aux membres du gouvernement la tâche d’élaborer et de mettre en œuvre un ambitieux plan d’action.
Ces appels n’ont pas été vains. Le Parti Québécois élabore en ce moment un plan de promotion de la souveraineté et mène des actions concrètes sur le terrain. Le Conseil national du 30 novembre et du premier décembre offrira au Parti Québécois l’occasion de faire le point sur ce sujet. Aujourd’hui, grâce au travail effectué par l’équipe ministérielle, j’ai le plaisir de présenter le plan d’action du gouvernement.
Ce plan d’action vise deux grands objectifs : d’abord, faire en sorte que la prospérité profite à toutes les Québécoises et à tous les Québécois. Ensuite, assurer à l’ensemble de la population une meilleure qualité de vie en lui donnant accès à des services publics de haut niveau.
Le plan d’action repose sur une vision généreuse du Québec, celle d’une société où les fruits de la prospérité profitent à tous et où l’accès à des services publics de qualité est un droit fondamental et non un privilège.
Pour que cette vision s’incarne davantage dans la réalité du Québec d’aujourd’hui, il faut agir et choisir. Ce plan d’action traduit donc la volonté du gouvernement d’agir de manière cohérente pour répondre aux besoins de la population et d’accentuer ses efforts dans les secteurs prioritaires. Il repose sur un choix de moyens, de principes et de valeurs. Il comprend des annonces nouvelles, mais vise aussi à réaffirmer des engagements déjà formulés et à inscrire les uns et les autres dans une perspective d’ensemble claire et cohérente. En démocratie, il est important que le gouvernement annonce ses couleurs et dise à la population ce qu’il entend faire dans les prochains mois, pourquoi et comment il le fera. Ce plan d’action n’est pas une plate-forme électorale. Celle-ci sera dévoilée en temps opportun, soit après les consultations actuellement en cours auprès des membres du Parti Québécois. En présentant ce plan d’action, nous voulons donc présenter à la population non seulement le sens de nos politiques, mais aussi exposer le plan d’ensemble dans lequel elles s’inscrivent. Prospérité : la bataille de l’emploi
Le gouvernement entend d’abord inscrire son action dans une perspective de plein emploi. En visant cet objectif ambitieux, le gouvernement annonce clairement qu’il continue de faire de la création d’emplois une priorité incontournable.
La bataille de l’emploi est déjà bien engagée, mais elle n’est pas encore gagnée. Il s’est créé près de 500000 emplois depuis 1994, dont plus de 100000 depuis le début de l’année. Le taux de chômage a chuté à son plus bas niveau depuis 25 ans. Nous sommes contents mais non satisfaits. Le Québec peut faire mieux. Les efforts pour développer l’économie exigeront de la rigueur, de la constance et de l’audace.

La stratégie économique de plein emploi que présentera la vice-première ministre, ministre d’État à l’Économie et aux Finances, Mme Pauline Marois, répondra à ces exigences. Elle s’articulera autour de quatre axes : la croissance des exportations; le développement de la haute technologie; le développement de la main-d’œuvre; la mise en valeur du potentiel énergétique québécois. Les grands chantiers hydroélectriques qui se déploieront ces prochaines années seront les plus importants depuis les travaux de la baie James. Ils généreront des investissements de plusieurs milliards de dollars et créeront, au cours de cette période, des dizaines de milliers d’emplois.
Les effets de la prospérité doivent profiter à toutes les régions du Québec. Un Québec fort doit être fort de ses régions, de toutes ses régions. Lors du Rendez-vous national des régions, qui se déroulera la semaine prochaine, le gouvernement examinera avec les chefs de file régionaux les moyens de mieux assurer le développement des régions grâce à une autonomie accrue et à un soutien mieux adapté à leurs besoins. Les discussions préliminaires que nous avons eues avec nos partenaires sont prometteuses. J’ai bon espoir que ce rendez-vous marque un tournant important pour les régions du Québec. Personne ne doit être laissé-pour-compte dans le formidable élan qui anime actuellement l’économie du Québec. Une société comme la nôtre qui se veut moderne et civilisée a un devoir humain incontournable : la solidarité entre citoyennes et citoyens et le partage avec les moins nantis. En adoptant une loi qui institue la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, le gouvernement vise à mener le Québec dans le peloton de tête des pays affichant le moins de pauvreté. La solidarité doit rester à l’ordre du jour au Québec. Je compte sur la mobilisation de la société civile et sur toute la détermination de l’équipe ministérielle pour gagner la bataille de l’emploi et apporter la prospérité au Québec, soutenir le développement des régions et offrir l’espoir d’une vie meilleure aux moins nantis. Pour une meilleure qualité de vie Mon gouvernement veut aussi offrir une meilleure qualité de vie à toutes les Québécoises et à tous les Québécois. Pour cela, il faut assurer à tous l’accès à des services publics de qualité. Jamais l’accès à ces services ne devra être lié au revenu ou au statut social des gens.
Pour atteindre cet objectif, il faudra relever de nombreux défis :
Il faudra rendre l’État plus efficace et plus près des gens, un mandat auquel le ministre responsable de l’Administration publique, Joseph Facal, travaille d’arrache-pied. Il faudra agir de manière responsable en évitant de faire miroiter des baisses d’impôt au moment où les dépenses en santé augmentent de façon exponentielle. Il faudra finalement faire les bons choix. Le gouvernement a fait les siens. En santé, l’accès à la médecine de famille est une priorité. Elle se déploiera dans le cadre d’une série d’actions menées énergiquement par le ministre de la Santé et des Services sociaux, François Legault, afin d’assurer une meilleure accessibilité aux soins. Concrètement, cela signifie que toutes les Québécoises et tous les Québécois auront accès à un groupe de médecine de famille d’ici 2005. Le gouvernement enclenche immédiatement la mise en place de 100 de ces groupes. En éducation, le visage de l’école secondaire est appelé à changer radicalement au cours des prochaines années.
Elle devra être un milieu d’apprentissage caractérisé par l’excellence. Les élèves bénéficieront, dès la prochaine rentrée scolaire, d’un meilleur encadrement. Grâce au nouveau programme Ça bouge après l’école, qui sera lancé en septembre 2003, ils auront également accès à davantage d’activités parascolaires, notamment des activités physiques, sportives et de plein air. Le gouvernement continuera de soutenir les familles en créant 50000 nouvelles places en garderies à cinq dollars, qui viendront s’ajouter aux 150000 places déjà existantes. Il examinera également les moyens de mieux concilier le travail et la vie de famille. Le territoire du Québec et la richesse de son habitat naturel constituent notre patrimoine commun et l’héritage de nos enfants. C’est pourquoi la protection de l’environnement constitue une valeur fondamentale de notre projet de société. Au cours des prochains mois, le Québec s’affirmera davantage comme une référence en matière d’environnement, notamment avec l’adoption d’une première politique nationale de l’eau, qui permettra de préserver et de mettre en valeur cette grande richesse du Québec. Sur le plan culturel, le redéploiement de la Télé-Québec en région et une politique du cinéma et de la production audiovisuelle viendront soutenir la création et sensibiliseront le public à la culture québécoise.
La bataille du Québec
Le progrès du Québec et l’affirmation de son identité passeront toujours par la défense vigoureuse de ses intérêts. Le gouvernement n’entend pas à cet égard adopter la stratégie de la « démission tranquille » préconisée par certains. Au contraire, il continuera de défendre avec force et conviction les intérêts du Québec, notamment dans les dossiers du déséquilibre fiscal et des congés parentaux.
Le plan d’action du gouvernement propose donc aux Québécoises et aux Québécois un parcours crédible et cohérent vers un Québec meilleur. Ce plan d’action est déjà bien engagé. Il est le fruit des efforts engagés depuis le mois de juin. Au cours des prochaines semaines, l’équipe ministérielle sera à pied d’œuvre afin que les objectifs prioritaires se traduisent rapidement par des gestes concrets. Le plan d’action est un contrat moral entre le gouvernement et la population. Ce contrat, je m’engage en mon nom et au nom de mes collègues à le remplir avec rigueur, courage et détermination.

[QLandry20020207Qué]

[Signature de l’entente finale entre le Québec et le Grand Conseil des Cris]
Monsieur le Grand Chef Ted Moses,
Chefs des communautés cries,
Chers collègues du Conseil des ministres,
Monsieur le Consul de France,
Madame la Consul des États-Unis,
Mesdames et messieurs,
Watchya je watch eem din no miss sue wey
Je suis très ému et particulièrement fier d’être avec vous aujourd’hui. Waskaganish est un endroit privilégié de rencontre entre les Québécois et les Cris. Dès le 17e siècle, les coureurs des bois Desgroseillers et Radisson ont fait un séjour remarqué ici pour échanger et commercer avec vous. Plus récemment, en 1977, mon regretté chef et ami, M. René Lévesque, a été le premier premier ministre du Québec à venir à Waskaganish. Quelques années plus tard, il a posé un geste important en reconnaissant que les Cris, comme le Québec, forment une nation.
Notre présence ici est un témoignage éloquent de la détermination de nos deux nations. Nous avons, en effet, choisi de faire face ouvertement à l’avenir plutôt que de rester braqués sur le passé. Un courage qui va nous permettre de bâtir sur ce qui nous unit plutôt que sur ce qui nous sépare.
C’est dans cet esprit que, le 23 octobre dernier, je me joignais au grand chef Ted Moses pour annoncer la signature d’une entente de principe qui fut aussitôt qualifiée d’historique par plusieurs.
Le projet était, convenons-en, plutôt ambitieux : se réconcilier et établir une nouvelle relation fondée sur le respect et la confiance pour les cinquante prochaines années. Le grand chef Ted Moses a parlé de la « paix des Braves », et il avait bien raison, car plusieurs doutaient que cette réconciliation puisse vraiment se concrétiser.
Ainsi, la signature d’une entente finale entre le gouvernement du Québec et le Grand Conseil des Cris ouvre la voie à une nouvelle ère de collaboration et à une véritable relation de nation à nation entre les Cris et le Québec.
Cette entente repose d’abord sur l’établissement d’un partenariat entre le Québec et les Cris fondé sur le dialogue, l’ouverture et le respect mutuel. Dans cet esprit, le gouvernement du Québec et les Cris consentent à cesser leurs poursuites judiciaires de plusieurs milliards de dollars actuellement devant les tribunaux. Les Cris s’engagent aussi à ne pas intenter contre le Québec d’autres recours relatifs à l’application passée de la CBJNQ.
Cette entente prévoit également une plus grande prise en charge, par les Cris, de leur développement économique et communautaire. À cet égard, les engagements du Québec découlant de la Convention de la Baie-James relatifs au développement économique et communautaire seront dorénavant pris en charge par les Cris. Dans le but de leur permettre d’assumer ces nouvelles responsabilités, le gouvernement du Québec s’engage à verser une somme de 23000000 $ en 2002-2003, de 46000000 $ en 2003-2004 et de 70000000 $ en 2004-2005. Par la suite, cette contribution sera indexée selon une formule qui reflétera l’évolution de l’activité économique dans les secteurs de l’hydroélectricité, de la foresterie et des mines.
Enfin, cette entente vise aussi à une accélération du développement de la région. Dans un premier temps, on enclenchera la réalisation de projets majeurs de développement hydroélectrique sur le territoire de la Baie-James. On amorcera aussi des initiatives qui permettront l’harmonisation des activités forestières avec les activités traditionnelles des Cris.
Améliorer le bien-être et assurer la prospérité
Dans cette entreprise initiée l’été dernier, deux aspects nous unissaient plus particulièrement. Premièrement, une volonté inébranlable, de part et d’autre, d’assurer le plein développement de nos communautés respectives et d’en assurer le bien-être et la prospérité. Deuxièmement, une conviction tout aussi solide que le territoire de la Baie-James offre un potentiel qui n’est pas encore pleinement développé.
Nous tous, ici, savons pourquoi il est essentiel d’accélérer le développement économique et communautaire de la nation crie. Présentement, dans les communautés cries, l’emploi constitue un défi. La population y est très jeune et elle est appelée à croître rapidement au cours des prochaines années. La chasse et la trappe, de même que l’administration publique, n’offriront pas, dans le futur, un nombre suffisant de nouveaux emplois pour absorber cette main-d’œuvre jeune et dynamique.
Le grand chef Ted Moses sera sans doute d’accord avec moi, il faut se préoccuper de l’avenir de nos jeunes. Il serait irresponsable de fermer les yeux sur le besoin de la nation crie d’assurer son développement économique et communautaire, car cela entraînerait des conséquences graves, pour les Cris, bien sûr, mais aussi pour l’ensemble du Québec.
Renforcer la nation crie n’est pas affaiblir le Québec. Bien au contraire, car il ne s’agit pas d’enlever à l’un pour donner à l’autre. Il s’agit de converger vers des objectifs qui seront partagés par tous. Les projets de développement hydroélectriques Eastmain 1 et Eastmain 1-A/Rupert en sont d’excellents exemples.
Je sais que ces projets ont suscité beaucoup de questionnements dans les communautés. Tout de même, ce sont près des deux tiers des habitants de Waskaganish qui se sont prononcés en faveur de la ratification de l’entente avec le Québec. Cela illustre bien que nous reconnaissons que l’on peut tous gagner à partager les fruits du développement. Ce développement hydroélectrique apportera, en vertu de l’entente, des bienfaits durables aux Cris comme au Québec.
C’est quelque 4000000000 $ qui seront investis sur le territoire au cours des prochaines années. Environ 10 500 emplois seront créés pendant la phase de construction. Des emplois pour les Cris, bien sûr, mais aussi pour les Jamésiens et les autres Québécois. Les retombées économiques pour l’ensemble du Québec seront substantielles.
Une fois en opération, ces installations permettront d’ajouter 1 200 MW aux capacités installées d’Hydro-Québec, soit environ 15 % de plus que les installations actuelles de la Baie-James.
Quelqu’un a déjà dit que l’hydroélectricité, c’est en quelque sorte « transformer l’eau en lumière ». Que les Cris partagent avec le Québec la lumière produite par ces nouveaux développements hydroélectriques est tout à fait naturel, tout comme il est naturel que cette lumière vienne éclairer la relation renouvelée entre nos deux nations pour les cinquante prochaines années.
Le potentiel du territoire de la Baie-James ne se limite cependant pas à l’hydroélectricité. Le territoire est vaste et couvert d’immenses forêts, et cette forêt est source de richesse sous bien des formes.
Elle est riche d’abord de ce qu’elle contient et protège : une faune diversifiée qui soutient les activités traditionnelles de chasse et de trappe. Elle est riche aussi du bois qu’elle permet de récolter. L’entente établit un régime forestier adapté qui engendrera une meilleure harmonisation des activités liées à l’exploitation de ces grandes richesses, en particulier en reconnaissant l’aire de trappe comme unité de référence pour le calcul de la possibilité forestière.
L’objet de ce régime forestier adapté n’est pas de réduire l’exploitation forestière et la richesse qui en est tirée, mais bien de « mieux faire ». Il s’agit de travailler plus efficacement et de faire une meilleure intégration du mode de vie traditionnel cri dans la planification forestière.
Et, pour s’assurer que cette harmonisation soit bien réalisée, un Conseil Cris–Québec sur la foresterie de même que des comités locaux conjoints Cris–Québec dans chacune des communautés où se réalisent des opérations forestières seront créés.
Le développement du Nord-du-Québec
La conclusion de cette entente finale outillera la nation crie pour qu’elle relève les défis posés par la modernisation de son économie et par sa forte croissance démographique.
Les dispositions de l’entente traitant de la mise en valeur des ressources naturelles, du règlement des litiges et d’un apport financier additionnel dans l’économie régionale devraient rassurer le milieu non autochtone, les Jamésiens, et consolider ses perspectives de développement. À cet égard, il est important de souligner que c’est le Nord-du-Québec tout entier qui bénéficiera de cette entente, tant sur le plan des relations interculturelles que sur celui de la prospérité collective.
L’entente d’aujourd’hui innove grâce à des dispositifs de mise en œuvre inédits et originaux qui inciteront nos deux nations à construire de solides ponts entre elles, dans un climat d’harmonie et de collaboration.
L’équité entre Autochtones et non Autochtones doit se traduire par des chances égales face au développement. Cette notion représente le fondement de notre entente et représente le meilleur gage pour éviter que se creuse davantage le fossé d’incompréhension entre nous.
D’une façon plus globale, je dirais que l’entente avec la nation crie représente le produit d’une juste adéquation entre efficacité économique, équité sociale et respect de l’environnement. Cette adéquation constitue le pilier même sur lequel repose la politique de développement du Nord-du-Québec, adoptée le printemps dernier par notre gouvernement.
Conclusion
Il y a une chose que nous devons retenir de cette entente. Même si elle peut paraître fort complexe sous certains angles, l’objectif commun que nous visons, c’est le bien-être des femmes et des hommes, des jeunes comme des aînés, tant chez les Cris que chez les habitants du Nord-du-Québec.
C’est sur cette toile de fond qu’il faut comprendre pourquoi nous parlons tant de développement économique et de création d’emplois chez les Premières Nations. C’est pour trouver l’équilibre nécessaire entre tradition et modernité, tout en préservant la culture propre à chacune.
Avec cette entente, nous sommes invités à relever, ensemble, un défi collectif important qui, à plusieurs égards, nous honore comme nations. Maintenant que la paix est signée entre nous, nous devons nous mettre au travail et nous assurer qu’elle sera un grand succès. Les regards de plusieurs pays sont déjà tournés vers nous. Voilà une occasion unique de leur démontrer notre volonté et notre détermination à faire de ce partenariat une réussite exemplaire
« Longue vie à la Paix des Braves et à l’amitié entre les nations crie et québécoise! »
Je vous remercie.

[QLandry20020607Qué]
[Motion sur le déséquilibre fiscal]
« Que l’Assemblée nationale, principalement en vue d’améliorer les services de santé, d’éducation et de soutien à la famille, demande au gouvernement fédéral de reconnaître et de corriger le déséquilibre fiscal constaté par le rapport Séguin en tenant compte de ses recommandations qui dessinent un cadre nouveau pour les relations financières et fiscales au sein de la fédération canadienne, notamment afin que cessent ses interventions dans le champ de compétence des provinces. » Madame la Présidente, notre système parlementaire, comme la plupart des systèmes démocratiques du monde, n’est pas basé sur le consensus. En général, les divers partis divergent d’opinions et l’expriment, et de ce choc des idées jaillit l’intérêt public. Dans des circonstances extrêmement graves, ce système contradictoire se transforme en système consensuel. Cela n’arrive pas souvent et ce sont des jalons historiques, quand tous les députés et toutes les députées de cette Chambre pensent la même chose et le disent par voie d’une motion formelle et commune. C’est ce qui arrive ce matin. Ce qui veut dire que ceux et celles que la motion vise, à l’ouest de la rivière des Outaouais, doivent écouter attentivement ce qui se dit ici, en prendre acte, en tirer les conséquences et, enfin, agir.
En effet, la société québécoise a connu et connaît des succès remarquables dans bien des domaines, spectaculaires dans bien d’autres, en particulier au chapitre des performances de notre économie nationale, et ce, en dépit des handicaps que nous impose une mauvaise répartition des ressources. La commission Séguin a démontré que nous sommes frustrés collectivement de 50000000 $ par semaine. Que ceux et celles qui demandent des montants beaucoup plus modestes pour leur CLSC, pour la dernière école du rang, pour des investissements au service des familles, imaginent ce que nous pourrions faire avec ces 50000000 $ de plus par semaine! Mais il y a aussi un aspect macroéconomique à ça. Ce sont 50000000 $ qui ne sont pas dans notre économie, 50000000 $ qui sont retirés de notre économie, 2500000000 $ par année. Depuis Robert Bourassa, 50000000000 $ et plus. Justement, je ferai appel à la mémoire de Robert Bourassa, parce qu’il avait établi une image d’économiste et de gestionnaire économique assez puissant en se raccrochant à la création de 100000 emplois sur 12 mois. Vous vous en souvenez?
Moi-même qui n’étais pas de son parti, j’avais trouvé que c’était une performance quand même admirable. L’économie du Québec, depuis le début de l’année 2002, a créé 120000 emplois.
Alors, 120000 emplois, c’est deux fois plus que le nombre d’emplois créés dans tout le Canada. Ce matin, nous sommes rentrés au travail – notre travail, c’est précisément de débattre de cette motion historique – jamais, dans l’histoire du Québec, autant d’hommes et de femmes n’étaient rentrés au travail moyennant salaire que ce matin. C’est ça, la création de la richesse. Et l’une des meilleures façons de répartir cette richesse, en plus des soutiens aux individus et aux familles, c’est la capacité de gagner sa vie.
Cela constitue une introduction intéressante à notre débat, car c’est bien du modèle québécois dont il s’agit, le modèle québécois qui a besoin de ressources pour distribuer la richesse et établir une solidarité sociale exemplaire. Et ce modèle québécois, c’est normal, est souvent attaqué, critiqué. Mais le modèle québécois, de la concertation des agents socioéconomiques, de la jonction des efforts des entrepreneurs privés, publics, coopératifs et associatifs, il vient de donner la preuve flagrante de son efficacité supérieure.
Il fait beau relativement partout sur notre continent actuellement. Le climat économique du Canada, c’est le même que celui du Québec ou de la Nouvelle-Angleterre et, pourtant, notre Québec a créé deux fois plus d’emplois que le reste du Canada. S’il ne s’agit pas là d’un modèle performant, Madame la Présidente, ceux et celles qui le prétendent ont un énorme fardeau de la preuve sur leurs épaules : 120000 emplois créés en quatre mois! Ça demande beaucoup d’arguties et d’argumentations pointues et théoriques pour combattre une réalité aussi fantastiquement éblouissante.
C’est dans ce contexte, Madame la Présidente, qu’il y a trois mois, jour pour jour, M. Yves Séguin, ancien membre de cette Assemblée et ancien membre du Conseil des ministres, remettait au gouvernement le rapport de la commission qu’il présidait sur le déséquilibre fiscal. Le 2 mai dernier, le gouvernement inscrivait au feuilleton une motion semblable à celle que nous discutons aujourd’hui. Diverses réflexions font qu’aujourd’hui la motion est conjointe. Il faut évidemment nous en réjouir profondément. Il tombe sous le sens que la question du déséquilibre fiscal qui existe actuellement est au détriment du Québec et des autres provinces du Canada. Le débat que nous avons ici, il pourrait se faire à Queen’s Park et peut-être qu’on entendrait à peu près les mêmes mots. C’est une donnée fondamentale des relations à l’intérieur du Canada, une donnée à laquelle nous sommes confrontés depuis plusieurs années. Je dis que le débat pourrait avoir lieu à Queen’s Park, il pourrait avoir eu lieu il y a 15 ans. Le regretté Gérard D. Lévesque aurait sans doute, de son siège, prononcé des paroles semblables à celles qui sont prononcées aujourd’hui. Les quantités devant être ajustées et les chiffres devant être ajustés, mais la réalité du temps était déjà implacable. Les mots employés par Gérard D. Lévesque et par Robert Bourassa étaient déjà d’une sévérité extrême.
C’est la raison pour laquelle l’un de mes premiers gestes en tant que premier ministre, dans le discours inaugural du 22 mars 2001, a été de confier à une commission le soin d’analyser en profondeur toute la question du déséquilibre fiscal, de ses causes, de ses conséquences et des moyens que l’on pouvait envisager pour y mettre fin. Le dépôt du rapport de la commission a donné au Québec une analyse approfondie du phénomène – on peut dire une analyse scientifique – de même que l’identification des pistes de solution pour y remédier. La commission Séguin a eu l’habilité d’embaucher à titre de sous-traitants des agents de recherche, comme le Conference Board, qui sont plus à distance évidemment de la réalité purement québécoise, de façon à donner plus de qualité objective au rapport. Donc, on peut affirmer que ce qu’Yves Séguin et les hommes et les femmes qui ont travaillé avec lui affirment est vrai, est prouvé. La base de notre discussion de ce matin est d’une solidité à toute épreuve.
C’est la raison pour laquelle j’ai fait allusion à la nécessité d’écouter requise sur la rive ouest de la rivière des Outaouais. D’abord, une preuve scientifique, irréfutable. Je me souviens de quelqu’un qui, rendant hommage à un autre, disait : Pour se quereller avec X, il fallait être de mauvaise foi, parce que X, c’était vraiment quelqu’un qui discutait avec pertinence et logique de tous les sujets.
Je parle de quelqu’un qui siège aujourd’hui dans un endroit où le chef de l’opposition a déjà siégé. Mais ce que je souhaite, c’est que le premier ministre du Canada écoute la phrase que je viens de prononcer et qu’il démontre sa bonne foi. C’est de ça qu’il s’agit.
On sait quelles ont été les réactions d’un certain nombre des membres du Conseil des ministres d’Ottawa quand la commission Séguin a rendu son rapport. Je ne veux pas employer le mot « excessif » , mais c’était puéril. Après un an de travail de scientifiques sur une question, en un quart d’heure, on le réfute de façon puérile. Ça ressemble à de la mauvaise foi. Quand on veut donner une réplique en respectant l’interlocuteur, on examine d’abord la question. La question, c’est que nous sommes privés de 2500000000 $ par année. Chaque semaine, 50000000 $ des impôts et taxes payés par les Québécois prennent ainsi le chemin d’Ottawa plutôt que de servir à financer les services de base en matière de santé, d’éducation et de soutien à la famille. Pire encore, la commission Séguin a fait la démonstration que le déséquilibre fiscal s’aggraverait sensiblement au cours des prochaines années au profit du gouvernement fédéral. En d’autres termes, nous perdons déjà 5000000 $ par semaine, et ça va aller en s’aggravant. Au bout d’un mois de discussion, vous savez ce que ça a coûté? Au bout d’un an de discussion, ça a coûté 25000000 $. Les implications sont claires. Dans de telles circonstances, le Québec n’aurait donc le choix que de hausser les taxes, de réduire les services en coupant dans les dépenses, à moins de renoncer à respecter la Loi sur le déséquilibre budgétaire et de s’endetter de façon considérable. Au détriment de qui? Bien entendu, au détriment des jeunes générations.
L’équation est claire, tous les segments de la société québécoise comme tous les partis la voient bien : si Ottawa n’entend pas raison, les avenues qui nous resteront seront de couper dans les dépenses, de priver des gens de services, de hausser les impôts ou d’endetter nos jeunes d’une façon irresponsable.
La commission Séguin a présenté des recommandations extrêmement pertinentes afin de corriger ce déséquilibre fiscal. Une des plus importantes est celle d’éliminer les transferts fédéraux à la pièce destinés à la santé et à l’éducation et de transférer, au Québec et aux autres provinces, un espace fiscal additionnel. Le système actuel, c’est ça, c’est à la pièce. On permettrait ainsi au gouvernement des Québécois et des Québécoises de disposer des ressources financières dont il a besoin pour remplir ses obligations constitutionnelles, soit plus de 2000000000 $ à court terme.
Cette recommandation s’inscrit dans la foulée des demandes formulées par tous les premiers ministres du Québec, depuis le pittoresque « Rendez-nous notre butin » de Maurice Duplessis – expression vieillotte et dépassée peut-être, mais pertinente à l’époque – en passant par Jean Lesage, Daniel Johnson père, René Lévesque, Jacques Parizeau, Robert Bourassa et Lucien Bouchard. Tous les premiers ministres ont abordé la question des arrangements financiers entre le gouvernement fédéral et les provinces avec la même position de principe, et cette position de principe n’est nulle autre que le respect du caractère fédéral de la Constitution canadienne.
Je ne suis pas fédéraliste, ma formation politique ne l’est pas non plus. Nous cherchons de façon démocratique à modifier ce système en lequel nous ne croyons pas. Nous croyons que la nation québécoise doit avoir le statut des autres nations, quitte à faire toutes les ententes voulues, comme le font les nations modernes, mais, en attendant, nous respectons strictement la légalité et les lois. Ce dont le gouvernement du Canada ne peut s’enorgueillir.
Quand il a changé la Constitution, en 1982, contre la volonté exprimée par cette Assemblée, il a violé des principes sacrés. Il a violé un engagement que nos arrière-grands-pères et arrière-grands-mères avaient pris à l’époque pour un système qu’ils croyaient être une confédération. Ce système n’a pas été changé dans le sens que le souhaitaient la plupart des partis politiques qui ont gouverné le Québec. Robert Bourassa a échoué, on le sait. René Lévesque a échoué, on le sait. Mais ces échecs ne justifient nullement qu’on ne respecte pas la Constitution de 1867.
Cette position, donc, est constante. La vision du Québec en ces matières est claire, cohérente et juste. Elle correspond à l’interprétation qu’ont les Québécois depuis le tout début de leur relation avec le Canada.
Dans les juridictions confiées par cette Constitution, le Québec doit être souverain et responsable dans les domaines de sa compétence, suivant l’expression consacrée. À cette fin, le Québec doit disposer d’un revenu suffisant – autrement, ça devient théorique, vous avez la juridiction, mais les moyens sont à Ottawa. Le partage des compétences devient une pure et simple vue de l’esprit : Occupe-toi de la santé mais, moi, je vais avoir l’argent pour la santé; surtout, je vais avoir l’odieux de m’en retirer. Quand les systèmes à frais partagés en santé ont été mis sur pied, c’était 50-50, moitié Québec, moitié Ottawa. C’est rendu à moins de 15, et les besoins de santé n’ont pas diminué, ils ont augmenté de façon exponentielle à cause de la technologie et du vieillissement de la population. On connaît tous les facteurs.
Alors, pourquoi donc le Québec a-t-il toujours prôné avec constance et acharnement la voie de l’autonomie fiscale? Parce que c’est la seule voie qui assure le plein contrôle de notre développement social, économique et politique. C’est pourquoi, depuis maintenant un demi-siècle, le Québec cherche à se développer lui-même en disposant de ses propres outils. Je suis heureux de voir que cette analyse est toujours aussi valide, comme nous l’a confirmé le rapport Séguin. Le transfert de points d’impôt, si l’on veut rentrer un peu dans la technique, n’est pas avantageux uniquement pour des raisons d’autonomie et de bon fonctionnement. D’ailleurs, entendons-nous, quand on parle de points d’impôt, c’est une échelle; ce n’est pas forcément une technique. On peut, en transférant la taxe de vente en tout ou en partie, arriver, sur l’échelle des points d’impôt, à une certaine hauteur. Alors, il ne s’agit pas de se fixer, en aucune manière, d’ailleurs, ce n’est pas ce que fait le rapport Séguin, dans un transfert de points d’impôt au sens strict du terme. Il s’agit d’avoir l’équivalent de ce qui est nécessaire à nos responsabilités.
À l’appui de sa recommandation, Séguin nous rappelle combien il serait dangereux pour le Québec de demander une bonification du financement des programmes sociaux à même les canaux existants. Séguin met une croix, comme la plupart des gouvernements du Québec d’ailleurs, sur les canaux existants. L’union sociale, le gouvernement du Québec ne l’a pas acceptée, il l’a récusée. En effet, il n’y a aucune garantie quant à la pérennité du financement fédéral actuel dans le présent système. Le gouvernement fédéral détermine de façon arbitraire le niveau de sa contribution, en l’ajustant au gré de ses propres besoins financiers. Bref, tout à fait le contraire de l’esprit d’un régime fédéral.
Lors d’une visite à Berlin, dans la capitale de la République fédérale d’Allemagne, les membres du Sénat des régions m’ont remis un petit dépliant qui était en allemand, mais aussi en anglais, en français et en espagnol. Il décrivait la doctrine de la République fédérale d’Allemagne, qui est une vraie fédération. Le titre du document, c’était Sans les Länder, jamais! Le gouvernement central du Canada fait la même chose. Quand il s’inscrit parmi les fédéralistes mondiaux, il se trompe et trompe ses interlocuteurs. À Ottawa, c’est la maxime à l’opposé de celle de Berlin. C’est : Avec les provinces, jamais! C’est l’arbitraire, c’est l’unilatéral. Nous n’avons qu’à penser aux coupures massives dont le Québec a fait les frais au milieu des années quatre-vingt-dix. Dans cette perspective, le financement de services aussi essentiels que la santé devient arbitraire et imprévisible. Alors, Séguin et ses collaborateurs et collaboratrices ont bien établi le diagnostic. Du côté fédéral, la réaction a été cinglante. Même avant le dépôt du rapport Séguin, certains ministres fédéraux faisaient le tour des chambres de commerce et des tables éditoriales en essayant de démontrer – ils faisaient ce qu’on appelle du mensonge préventif – que les Québécoises et les Québécois souffrent sans doute d’illusion collective, puisque le déséquilibre fiscal serait un mythe. C’est ce qu’on a dit, c’est ce qu’on a colporté dans les chambres de commerce. Je ne crois pas qu’il s’agit d’une façon correcte de se comporter lorsqu’on est un gouvernement démocratique digne de ce nom.
Alors, c’est la raison pour laquelle les trois partis représentés dans cette Chambre aujourd’hui font l’union sacrée – si on peut dire – au service de notre population, au service de la santé pour les familles, au service des transferts sociaux aux individus dans le besoin, au service de notre système d’éducation. Alors, quand cette motion aura été adoptée, comme elle le sera, je vais demander à M. Jean Chrétien, premier ministre du Canada, député d’une circonscription québécoise, petit gars – comme il aime le dire – de Shawinigan, au Québec, je vais lui demander de me recevoir à Ottawa. Je vais y aller, au nom de tous les députés présents dans cette Chambre, au nom du Québec, pour dire : Monsieur le premier ministre du Canada, notre système de santé, notre système d’éducation et nos familles ont besoin des 50000000 $ par semaine, que vous retenez de façon illégitime et de façon injuste.
C’est pourquoi, Madame la Présidente, en terminant, je vais relire la motion – le chef de l’opposition l’a déjà fait – pour qu’elle se grave bien dans l’esprit de nos compatriotes.
« Que l’Assemblée nationale, principalement en vue d’améliorer les services de santé, d’éducation et de soutien à la famille, demande au gouvernement fédéral de reconnaître et de corriger le déséquilibre fiscal constaté par le rapport Séguin en tenant compte de ses recommandations qui dessinent un cadre nouveau pour les relations financières et fiscales au sein de la fédération canadienne, notamment afin que cessent ses interventions dans le champ des compétences des provinces. » Si la bonne foi existe, si le sens de l’équité existe, cette motion se traduira par des gestes concrets qui auront une importance matérielle extrême. Nous aurons beaucoup plus d’argent pour la santé, pour l’éducation. Sinon, nous devrons conclure à la situation tragique dans laquelle se trouve le fédéralisme canadien de ne pouvoir ni s’ajuster en droit, ni s’ajuster en fait, ni s’ajuster financièrement aux besoins des hommes et des femmes du Québec.

[QLandry20021007Qué]
[Ouverture du Forum national sur le déséquilibre fiscal]
Il est des moments et des sujets, dans la vie d’un peuple, qui transcendent les intérêts partisans et corporatifs de chacun. Le débat sur le déséquilibre fiscal croissant entre le gouvernement fédéral et les provinces est un enjeu fondamental, car ce qui est au cœur de ce débat, c’est la capacité de notre État national de disposer des moyens pour faire les choix qui correspondent aux priorités et aux besoins légitimes des Québécoises et des Québécois. Ce qui est en cause, c’est d’abord et surtout l’avenir de nos programmes sociaux, en particulier les services de santé et d’éducation.
Les enjeux sont considérables :
La population vieillit et elle est en droit d’attendre des soins adaptés à ses besoins croissants. Dans le domaine de l’éducation, les standards ne cessent d’augmenter, ce qui nous impose un système de plus en plus performant et donc coûteux pour assurer l’avenir même de nos enfants. Par ailleurs et plus que jamais, nous voulons que le Québec soit le meilleur endroit pour élever une famille. Tous ces défis doivent être relevés en maintenant l’équilibre de nos finances publiques et en assurant une croissance économique solide. Ce que nous réussissons actuellement dans les deux cas.
En dépit des sacrifices et des efforts considérables qu’il a fallu déployer pour qu’il retrouve l’équilibre budgétaire et qu’il réinvestisse à nouveau en santé, en éducation et dans les services sociaux, l’État québécois ne dispose plus des moyens lui permettant de répondre aux besoins croissants de ces secteurs. L’essentiel de sa marge de manœuvre est consacré à la santé, à l’éducation et au soutien à la famille, alors que d’autres secteurs comme la culture, le logement social, les infrastructures ou l’environnement ont aussi des besoins pressants. Pendant ce temps, le gouvernement fédéral engrange des surplus budgétaires importants parce qu’il dispose de revenus qui dépassent largement ses besoins dans les secteurs qui relèvent de sa compétence. Les besoins sont au Québec, les moyens sont à Ottawa.
Cela ne peut plus durer. C’est aussi ce que pensent mes collègues des autres provinces canadiennes. C’est pour cela que le Québec et les provinces ont créé le Conseil des premiers ministres sur la sensibilisation à la santé pour inciter le gouvernement fédéral à contribuer davantage au financement des soins de santé et à faire sa juste part. L’État québécois doit disposer d’un niveau de revenus qui corresponde au niveau des besoins et des services qu’il offre à ses citoyennes et citoyens. Il doit pouvoir bénéficier d’une plus grande marge de manœuvre et récupérer une partie du champ fiscal occupé par le gouvernement central. C’est ce qu’a recommandé le rapport de la Commission sur le déséquilibre fiscal présidée par M. Yves Séguin. C’est ce qu’a demandé de façon unanime l’Assemblée nationale. Ce que je souhaite à ce forum, c’est de voir l’ensemble des partenaires socio-économiques ajouter leur voix à celle de tous les députés. Je rappelle ici le libellé de la motion : « Que l’Assemblée nationale, principalement en vue d’améliorer les services de santé, d’éducation et de soutien aux familles, demande au gouvernement fédéral de reconnaître et de corriger le déséquilibre fiscal constaté par le rapport Séguin en tenant compte des recommandations qui dessinent un cadre nouveau pour les relations financières et fiscales au sein de la fédération canadienne, notamment afin que cessent ses interventions dans les champs de compétence des provinces. »
À l’issue de nos discussions, je vous inviterai à signer une déclaration qui reprend les termes de la motion adoptée par l’Assemblée nationale en juin dernier. Le Québec n’est jamais aussi fort que lorsqu’il parle d’une seule voix. Ce que les circonstances nous imposent, c’est de nous placer au-dessus de nos intérêts particuliers ou partisans, même s’ils sont parfaitement légitimes dans notre système. Je nous souhaite à tous de relever collectivement ce défi, parce qu’il y va de l’intérêt de l’ensemble des Québécois et des Québécoises. Le gouvernement central doit non seulement reconnaître que le déséquilibre fiscal existe, mais il doit le reconnaître, il doit s’engager à le corriger sans délai. Je nous souhaite de bonnes délibérations.

[QLandry 20010308Qué]
[Discours à l’occasion de l’assermentation]
Madame le Lieutenant-Gouverneur,
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Honorable Juge en chef de la Cour du Québec,
Mesdames, Messieurs les ministres et les Membres de l’Assemblée nationale,
Mesdames, Messieurs les Maires,
Mesdames, Messieurs les Consuls généraux
Chers amis,
Distingués invités,
Vous avez devant vous le nouveau gouvernement du Québec, le gouvernement de toutes les Québécoises et de tous les Québécois.
Les hommes et les femmes qui le composent sont animés par la même ambition, la même passion:
Faire avancer le Québec, dans tous les aspects de sa vie collective et rechercher non seulement l’égalité de nos compatriotes quant à leurs chances de bonheur et d’épanouissement humain, mais encore promouvoir par la solidarité l’avènement réel de cette égalité. Nous ferons cela, tout en donnant, suivant nos convictions profondes, un nouvel élan vers la pleine affirmation nationale de notre patrie.
Depuis plus de 40 ans, le Québec s’est engagé résolument sur la voie de la modernité, et il occupe aujourd’hui une place enviable parmi les nations les plus développées et solidaires du monde, même si, reconnaissons- le, il n’a pas encore atteint la limite de son fabuleux potentiel.
Si nous sommes maintenant une nation solide et prospère, c’est notamment parce que les gouvernements qui se sont succédé ont défendu à leur manière les intérêts et la place du Québec au gré et au cours de l’histoire.
C’est avec fierté que les membres du nouveau gouvernement se voient confier la mission de se dépasser sans relâche pour que le Québec puisse aller encore plus loin et selon les valeurs qui lui sont propres.
Des défis exigeants mais emballants.
Le Québec, comme la plupart des sociétés occidentales, est aujourd’hui confronté à un certain nombre de problèmes qui pourraient affecter l’avenir de notre société et la qualité de vie de l’ensemble des citoyens. Ce sont ces réalités qui constitueront les plus importants défis des membres de ce gouvernement.
Maintenir le cap sur la prospérité Tout d’abord, il nous faudra maintenir le cap sur la prospérité. Les dernières années de croissance ne sauraient occulter l’équilibre fragile de l’économie québécoise dans la conjoncture présente. Sans cette prospérité, il devient inutile de parler de redistribution de la richesse. Il nous faudra donc profiter de la présente période, quoi qu’il arrive, pour consolider les assises de notre économie et pour parachever les transformations de nos grands programmes sociaux. Parallèlement, il faudra que le Québec s’assure de demeurer compétitif à l’échelle mondiale. Ma collègue, la vice-première ministre et ministre d’État à l’Économie et aux Finances, madame Pauline Marois, pourra appliquer sa compétence, son expérience, son sens de l’État et des valeurs sociales à ce double impératif de soutenir la création de la richesse et de toujours mieux la partager.
De façon particulière, il sera nécessaire d’accélérer la cadence dans les régions-ressources du Québec pour leur permettre de prendre pleinement leur place dans la nouvelle économie en particulier, tout en allant au bout de la transformation de leurs richesses. Le Québec a besoin que toutes ses régions soient fortes pour rester prospères. Le nouveau ministre d’État aux Régions, monsieur Gilles Baril, disposera d’outils puissants, en tant que ministre à la fois des Régions, de l’Industrie et du Commerce et ministre responsable de la Société générale de financement, pour travailler à la réalisation de cet objectif prioritaire.
Lutter contre la pauvreté Ce gouvernement est également très préoccupé par l’élargissement lent, mais constant de l’écart que l’on observe entre les plus riches et les plus pauvres. Ce n’est pas le genre de société que nous voulons pour le Québec. J’ai déjà eu l’occasion de le dire, la lutte à la pauvreté sera pour nous une obsession comparable à celle que nous avons entretenue pour combattre le chômage. Il est inacceptable que l’accroissement du commerce et de la richesse qui en découle ne s’accompagne pas d’un enrichissement de tous les groupes de la société. Le Québec ne pourra prétendre progresser s’il accepte qu’un nombre important de familles, et de jeunes notamment, restent pauvres. Tous les membres du gouvernement, peu importe les secteurs dans lesquels ils sont appelés à œuvrer, devront travailler à cette tâche. Le nouveau ministre d’État au Travail, à l’Emploi et à la Solidarité sociale, monsieur Jean Rochon, aura à coordonner cette offensive, assisté par la ministre déléguée à la Lutte contre la pauvreté et l’exclusion, madame Nicole Léger.
Relever le défi du savoir et des connaissances Par ailleurs, dans le monde actuel, aucune société ne saurait prospérer si elle ne peut relever le défi du savoir et donner à tous ses citoyens la capacité de parfaire constamment leurs connaissances. Le Québec a un des taux de fréquentation scolaire parmi les plus élevés des pays de l’OCDE.
L’éducation et l’accès aux connaissances sont plus que jamais la clé de voûte de la prospérité. Le Québec a réussi à se hisser dans le peloton de tête des nations. Notre ambition est non seulement de l’y maintenir mais de faire encore mieux. Le ministre d’État à l’Éducation et à la Jeunesse, monsieur François Legault, est déjà bien engagé sur cette voie. Je lui ai confié la tâche de mener à terme les réformes entreprises.
Gérer avec rigueur Par ailleurs, il nous faudra prendre la juste mesure de notre capacité collective de dépenser. Ceux qui croient que le gouvernement va s’éloigner du déficit zéro sont dans l’erreur. Notre État national ne pourra pas se laisser entraîner de nouveau dans l’escalade sans fin de toutes les dépenses. J’attends de mes collègues qu’ils fassent preuve de rigueur, d’imagination et d’innovation pour trouver les solutions qui répondent concrètement aux besoins de la population et qui prennent en compte ses valeurs et ses priorités fondamentales.
Moderniser l’État québécois Enfin, à une époque encore récente, une bonne partie de l’expertise et de l’innovation au Québec venait de la fonction publique. Notre société a progressé, des Québécoises et des Québécois ont pris les commandes dans plusieurs secteurs d’activité privés. L’État s’est retiré de plusieurs champs d’intervention pour se concentrer sur ses vraies tâches: moins d’État, mieux d’État, pourrions-nous dire.
D’une façon particulière, surtout depuis la Révolution tranquille, la fonction publique québécoise est compétente et de haut calibre. À cet égard, je tiens, en soulignant son départ, à remercier monsieur Michel Noël de Tilly pour sa contribution exceptionnelle au fonctionnement de l’État québécois au cours des dernières années, à titre de secrétaire général du gouvernement.
J’attends de la fonction publique québécoise d’aujourd’hui qu’elle accroisse sa capacité d’analyse et de prospective afin de suivre les changements qui se dessinent à l’échelle internationale et d’en mesurer les impacts sur le Québec. Le nouveau ministre d’État à l’Administration et à la Fonction publique et président du Conseil du trésor, monsieur Sylvain Simard, sera l’animateur de la modernisation de l’État québécois qui vise d’abord et avant tout l’amélioration constante de la qualité des services aux citoyens, tout en maintenant le cap sur le contrôle rigoureux des dépenses publiques déjà entrepris par son prédécesseur, monsieur Jacques Léonard.
La maturité du Québec moderne
Ces défis que nous devons relever tous ensemble sont à la fois nouveaux parce qu’ils se posent à nous en des termes neufs, propres à notre temps, mais ils sont ceux aussi de la maturité parce qu’ils ont été portés à divers degrés par tous les gouvernements du Québec moderne.
Aujourd’hui, avec les membres de la nouvelle équipe ministérielle, j’ai la conviction profonde de prendre charge d’un héritage puissant et fécond que nous ont légué tous les premiers ministres de Jean Lesage à Lucien Bouchard.
Comme mes prédécesseurs issus du Parti Québécois l’ont bien démontré, on peut poursuivre l’objectif de la souveraineté et gouverner le Québec avec vigueur et efficacité. N’oublions pas que ce sont les souverainistes qui, pendant plus de quinze ans, ont donné aux Québécoises et aux Québécois des gouvernements qui ont fait avancer de façon spectaculaire leur vie collective. Je pense notamment à la Charte de la langue française, la protection du territoire agricole, le financement démocratique des partis politiques, l’assurance automobile, la politique familiale, la Loi sur l’équité salariale, l’assurance médicaments, le rétablissement des finances publiques et la relance de l’économie et de l’emploi.
Avec l’équipe dont j’annonce la composition aujourd’hui, j’ai bien l’intention de poursuivre cette tradition d’un gouvernement qui veut régler la question nationale, mais qui en même temps, inlassablement et chaque jour, améliore le Québec et les chances de bonheur des hommes et des femmes qui y vivent.
L’héritage de Lucien Bouchard
Je voudrais souligner le sentiment de fierté que je ressens en prenant officiellement la succession d’un homme d’État tel que Lucien Bouchard. Il a dirigé notre gouvernement avec courage, lucidité et humanisme pendant cinq ans.
Les traces de son œuvre sont profondes, et il sera sûrement considéré, à ses réalisations, comme l’un des grands premiers ministres du Québec.
C’est sous sa direction que les finances publiques du Québec ont retrouvé l’équilibre après un demi-siècle et que l’économie a performé plus que jamais.
L’action du gouvernement
Nous n’oublierons pas que c’est sous la gouverne de Lucien Bouchard que notre système de santé a effectué les changements profonds et difficiles qui assurent aujourd’hui sa pérennité et son développement.
À cet égard, les importants réinvestissements qui ont été consentis et les travaux de la commission Clair permettent d’envisager sous un jour meilleur les défis que nous devons encore relever. Le nouveau ministre d’État à la Santé et aux Services sociaux, monsieur Rémy Trudel, devra entre autres s’attaquer au problème des délais pour l’accès à certains services. Nous constatons en effet que les citoyennes et les citoyens sont satisfaits des soins reçus, mais demeurent préoccupés par les questions de l’accès et de l’attente.
Que dire maintenant de la réforme municipale, portée par la vision et la détermination de celle qui conserve la responsabilité de l’achever, la ministre d’État aux Affaires municipales et à la Métropole, madame Louise Harel. Je suis convaincu que cette réforme s’imposera comme une des grandes œuvres politiques de la présente décennie.
Il est remarquable de constater l’appui élevé qu’a toujours conservé le gouvernement à travers ces nombreuses et importantes réformes qui ont parfois demandé d’énormes sacrifices. Nous puisons dans cette confiance la conviction que notre action correspond à la recherche du bien commun, la seule raison d’être de la démocratie. Cette confiance nous confirme dans notre détermination de poursuivre et de consolider les réformes entreprises et aussi d’en informer mieux la population.
Très bientôt, devant l’Assemblée nationale, je présenterai le nouveau programme d’action gouvernementale dans le cadre du discours inaugural.
Ce dernier comprendra les différents engagements que j’ai évoqués au cours des dernières semaines et qui concernent la santé, l’éducation, la jeunesse, la lutte contre la pauvreté, le soutien des régions et l’équilibre des finances publiques. Tout cela en maintenant le souci obstiné d’accélérer la croissance et le développement de notre économie, seul moyen d’apporter une réponse durable au fléau du chômage et de maintenir notre solidarité sociale.
Une équipe de grande valeur, donnant une place majeure aux femmes
Pour prendre en charge ces responsabilités, j’ai la grande fierté d’avoir auprès de moi, aujourd’hui, l’équipe qui m’accompagnera.
Il s’agit d’une équipe de grande valeur profondément modifiée et dont le mandat est très exigeant.
Comme vous avez pu le constater vous-mêmes, cette équipe se compose d’un grand nombre de femmes compétentes et expérimentées.
L’occasion ne pouvait pas être plus appropriée, en cette Journée internationale des femmes, pour démontrer clairement le rôle stratégique que les femmes jouent dans la conduite des affaires publiques québécoises et qu’elles joueront de plus en plus. Près du tiers des portefeuilles ministériels sont confiés à des femmes, ce qui place le Québec à l’avant garde des gouvernements modernes.
Surtout, jamais autant de postes stratégiques n’auront été occupés par un aussi grand nombre de femmes dans toute l’histoire du gouvernement du Québec.
Vice-première ministre, ministre d’État à l’Économie et aux Finances et ministre de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pauline Marois aura un rôle essentiel et sera effectivement le numéro deux du gouvernement.
En plus de mesdames Marois et Harel, que j’ai déjà mentionnées, cette représentation féminine à un des plus hauts niveaux de l’État comprendra madame Louise Beaudoin, ministre d’État aux Relations internationales, madame Diane Lemieux, ministre d’État à la Culture et aux Communications, et madame Linda Goupil, ministre d’État à la Famille et à l’Enfance. Je souligne également que les six comités ministériels de coordination, principaux rouages du gouvernement, seront présidés par des femmes.
Par ailleurs, cinq des dix membres du Comité des priorités, composé des dix ministres d’État, seront également des femmes. J’ai bien l’intention de faire en sorte que ce comité, placé sous ma présidence, joue un rôle prépondérant dans l’examen et la discussion des différents dossiers gouvernementaux. J’aurai l’occasion, dans un avenir rapproché, de fournir plus de précisions à ce sujet.

Un gouvernement efficace
Ce gouvernement visera avant tout l’efficacité dans l’action.
L’équipe qui vous est présentée a été légèrement resserrée par rapport au gouvernement précédent, puisqu’elle comprend 24 ministres, au lieu de 26.
Une innovation a été apportée avec la création de postes de secrétaires d’État. Ils siégeront au Conseil des ministres et aux comités ministériels de coordination, pour les sujets qui les concernent.
Leur nomination permet de consacrer à certains dossiers une importance et un soin particulier. Elle aura également pour effet d’accentuer la présence gouvernementale sur le terrain et auprès des citoyennes et des citoyens.
Je profite de l’occasion pour saluer deux vétérans du parlementarisme québécois et de notre formation politique, mes amis Jacques Léonard et Jean-Pierre Jolivet, qui ont choisi volontairement de quitter la vie politique pour faire place aux jeunes en particulier. Je voudrais aujourd’hui les remercier chaleureusement pour le travail qu’ils ont accompli à l’Assemblée nationale et au gouvernement, toujours avec l’intérêt du Québec chevillé au cœur et à l’esprit. Des objectifs exigeants, une étape cruciale
Le gouvernement qui vous est présenté aujourd’hui se donne des objectifs très exigeants.
Nous nous engageons à mener à bien les multiples réformes entreprises sous l’autorité de Lucien Bouchard et à consolider ce qui a été accompli.

Un objectif : réaliser la souveraineté
Notre système parlementaire confie la direction de l’État au parti majoritaire, avec toutes les orientations qui sont les siennes.
[A few words for the benefit of our english speaking compatriots to reafirm that this government will dedicat its efforts to the well being of all citizens.
Of course, the majority party of government is commited to the solution of the Québec national question but like we did so well during our 15 years in power we will maintain our usual dedication in all our government tasks and duties. This governement will go on sustaining economic growth, wealth creation and equal redistribution of it.
The absolute respect of every ones rights in all aspect of their lives is of part of our deepest convictions.
I warmly invite you to participate fully in the construction of a plural and inclusive Québec. A Québec that will stand proud beside the other occidental nations.]
Il est donc clair que je poursuivrai avec toute ma détermination la quête de notre souveraineté nationale et de tous les autres idéaux progressistes du Parti Québécois. Leur pleine réalisation dépend d’ailleurs largement d’un statut de pays complet et reconnu pour notre nation, suivant les mots de René Lévesque dans les derniers mois de sa vie.
Mon action en ce sens est d’ailleurs basée sur une idée centrale et puissante qui est maintenant largement consensuelle: le Québec forme une nation.
Mon parti, tout comme le Bloc Québécois, préconise la solution retenue et souhaitée par l’ensemble des nations de la terre : la souveraineté dont l’essence réside dans la totalité des pouvoirs législatifs, fiscaux et internationaux. On sait par ailleurs que la façon moderne d’exercer cette souveraineté implique pour les nations libres d’en mettre certains éléments en commun. Elles créent aussi des institutions pour gérer leurs relations et éviter tout déficit démocratique. C’est pourquoi je crois profondément que notre avenir national repose dans la création d’une union Canada-Québec binationale et de type confédéral, inspirée du modèle exemplaire qui donne à l’Europe de l’Ouest harmonie et prospérité. Il est également envisageable qu’ultimement un tel modèle rejoigne les trois Amériques si notre partie du monde suivait d’une manière ou d’une autre l’exemple européen.
Je suis profondément convaincu, comme des millions de Québécoises et de Québécois, que cette formule basée à la fois sur des valeurs éternelles et sur une éclatante modernité constitue le meilleur règlement de notre lancinante question nationale et servirait aussi bien les intérêts du Québec que ceux du Canada. Par ailleurs, je veux exprimer tout mon respect pour les opinions contraires, et ceux et celles qui les partagent. Mon espoir est de convaincre le plus grand nombre possible de nos concitoyens et concitoyennes de la justesse de mes vues et de celles de l’ensemble du mouvement souverainiste mais dans l’estime parfaite de toutes les autres tendances. C’est pourquoi le choix des moyens d’actions respectera les plus grandes normes de l’éthique démocratique.
Des remerciements
Vous me permettrez, au terme de cette cérémonie d’assermentation, d’avoir une pensée pour les membres de ma famille aussi bien mon épouse décédée que mes enfants, mes petits-enfants, mes soeurs et ma mère. Je veux les remercier pour l’affection et la compréhension dont ils ont toujours fait preuve à mon égard, et ce, malgré les difficiles contraintes familiales qui sont imposées par la vie publique.
Fort de cet appui intime, essentiel pour tout être humain, j’entreprends dès aujourd’hui avec enthousiasme et sérénité l’exercice de l’important mandat qui m’est confié par la collectivité.
Je vous remercie toutes et tous.

[QLandry20011108Qué]
[Allocution à l’occasion du jour du souvenir]
Monsieur le Président,
Il y eut des guerres. Des nôtres y prirent part.
Il y eut des morts. Des nôtres en furent.
Il y eut la paix. Des nôtres la consolidèrent.
Des valeurs fondamentales furent menacées. Nous avons contribué à les sauvegarder. Car ces valeurs fondamentales que sont la liberté, la justice, l’égalité, nous y croyons, elles sont aussi nôtres.
L’occasion m’est donnée, à titre de premier ministre du Québec, de rendre hommage aux combattants québécois — à ceux qui ont donné leur vie, à ceux qui sont encore parmi nous — pour la sauvegarde de nos libertés.
Aujourd’hui, je veux honorer ceux et celles qui ont fait preuve d’un courage exemplaire et d’une détermination à toute épreuve dans l’accomplissement de leur devoir, notamment au cours des deux grandes guerres mondiales et en Corée. Des Québécois de toutes dénominations religieuses ont participé à l’un ou l’autre de ces grands conflits.
Coude à coude avec les Américains, les Britanniques, les Russes, les combattants de la France libre, les Canadiens anglais, et tant d’autres, les Canadiens français, comme on les appelait à l’époque, ont vaillamment combattu l’ennemi.
Et ils ont vaincu.
Dans son allocution à la BBC du premier août 1940, le général de Gaulle dira expressément, à l’attention des Canadiens français d’alors: « L’âme de la France cherche et appelle votre secours, parce qu’elle trouve dans votre exemple de quoi ranimer ses espérances en l’avenir. »
Le Québec aura répondu. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les Québécois se sont enrôlés pour défendre des valeurs essentielles, les leurs. Ils sont allés au front pour stopper l’effroyable vague d’intolérance qui déferlait alors sur l’Europe et le monde.
Tout au long du XXe siècle, les régiments et bataillons du Québec se sont engagés avec vigueur dans ces luttes pour préserver la démocratie. Leur contribution à ces guerres a été importante. Pensons au Royal 22e, au régiment Maisonneuve, aux Fusiliers Mont-Royal, au régiment de la Chaudière. Que ce soit avec le major-général Tremblay, dans les tranchées de Vimy, puis dans les escarmouches de la guerre d’Espagne, sur les plages de galets de Dieppe, le long de ce 38e parallèle qui divise toujours les Corée, un grand nombre de Canadiens français ont, par conviction, payé de leur vie.
Ce qui animait notamment ces combattants, c’est le rejet des idéologies totalitaires, fascistes, racistes.
Aujourd’hui, je salue le courage exemplaire de nos aînés.
Je veux aussi témoigner de la volonté des Québécois de bâtir une société ouverte, basée sur le respect des peuples, soucieuse des droits de la personne.
Or voilà qu’en 2001 l’histoire, de nouveau, bégaie.
Car « le Mal est l’un des projets possibles de la liberté constitutive de l’humanité de l’homme […] De la liberté où s’enracinent à la fois l’humanité et l’inhumanité de l’être humain ». Voilà ce qu’écrivait Jorge Semprun, cinquante ans après sa terrible expérience, à Buchenwald.
Avec les attentats du 11 septembre, l’Assemblée nationale du Québec a condamné, sans équivoque, ces actes inqualifiables commis à New York et Washington. Cette nécessaire défense des valeurs s’est manifestée par un appui à la coalition de pays en guerre contre le terrorisme.
Malgré les turbulences planétaires et les tensions soulevées par ces attentats au sein de notre population, nos concitoyens ont su faire preuve d’une grande sagesse. Ils ont su manifester tolérance, respect et compréhension envers certaines communautés culturelles fragilisées par ces événements tragiques. Ils ont su, dans l’ensemble, éviter de jeter l’opprobre sur certains de nos compatriotes venus d’ailleurs.
Dans un monde affligé de conflits de tous ordres, trop souvent violents, le Québec a réussi à affirmer sa maturité démocratique, sa propension à une paix sociale profonde, à affirmer sa sérénité parmi la communauté des nations.
C’est ce dont il faut également rendre compte, aujourd’hui, en hommage à ceux et celles qui ont payé de leur vie pour la défense de la liberté. Employons-nous à préparer le monde de demain en reconnaissant et en incarnant, tous et chacun, la dignité inaliénable de toute personne humaine.
À la veille du jour du souvenir, la devise du Québec prend son sens plus qu’en toute autre circonstance.
Aujourd’hui, le Québec se souvient de tous ceux qui ont donné leur vie.

[QLandry20020409Qué]
[Signature d’une entente de partenariat avec les Inuits]
Monsieur le Président de la Société Makivik,
Monsieur le Président de l’Administration régionale Kativik,
Monsieur le Maire de Tasiujaq,
Messieurs les représentants des communautés inuites,
Chers Collègues du Conseil des ministres Rémy Trudel et Michel Létourneau,
Monsieur le Président-Directeur général d’Hydro-Québec,
Distingués invités,
Mesdames, Messieurs,
Rhuviasuppugna tamanigiamik (je suis heureux d’être ici)
Au cours des quarante dernières années, j’ai vu le Québec progresser de manière exceptionnelle, un peu comme les signataires et les négociateurs de la Convention de la Baie-James ont vu progresser la nation inuite au cours du dernier quart de siècle. Je l’ai vu s’ouvrir sur le monde à un point tel que notre commerce avec les autres pays fournit maintenant plus d’emplois aux Québécois que celui avec le reste du Canada.
J’ai aussi vu le Québec se moderniser et transiter d’une société au passé rural encore bien présent à une puissance mondiale en aéronautique. J’ai souvent l’occasion d’indiquer que je suis content de ces progrès. Qui ne le serait pas? Mais j’indique aussi, par contre, que, si je suis content, je ne suis pas satisfait. Je ne suis pas satisfait, car, d’après moi, le Québec fonctionne encore en deçà de son immense potentiel. Je crois donc que notre État national doit, jour après jour, poser des gestes pour améliorer la situation de tous les Québécois et les Québécoises. Cette conviction guide mon action. Le Nunavik a, lui aussi, connu de profonds changements au cours des quarante dernières années. En fait, je crois que les Québécois ne réalisent pas à quel point et avec quelle rapidité le Nunavik a su s’adapter à un monde en pleine mutation. Les progrès réalisés au Nunavik viennent témoigner du savoir-faire des Inuits, de la même façon que les Québécois peuvent être fiers de leurs propres réalisations. Malgré tout, nous savons que nous sommes capables de faire mieux, Québécois et Inuits. Plus encore, nous devons faire mieux. C’est un devoir collectif de nous surpasser et de nous mettre encore davantage au service de nos populations pour augmenter leurs possibilités de bien-être et de bonheur.
Une vision commune
C’est cette volonté commune de faire mieux, d’aller encore plus loin, qui nous unit aujourd’hui. Le territoire du Nunavik offre en effet un potentiel à la mesure de son étendue. Nous devons le mettre pleinement en valeur. D’une part, le paysage est d’une beauté profonde qui justifie pleinement de faire des milliers de kilomètres pour venir en savourer toutes les nuances, comme j’ai pu le constater moi-même, notamment lors de ma marche quotidienne, ce matin. Je ne doute pas du potentiel touristique de la région.
Le potentiel du Nunavik, c’est aussi beaucoup celui de sa population. Les Inuits sont en effet reconnus comme sachant travailler pour tirer le meilleur parti des ressources d’un milieu qui, s’il n’est jamais vraiment hostile, ne peut certainement pas être considéré comme complaisant. La volonté claire d’une population s’exprime par son leadership.
MM. Pita Aatami et Johnny N. Adams ont évoqué tantôt, avec plus d’éloquence que je ne pourrais moi-même le faire, leur vision du développement du Nunavik : utiliser les ressources du territoire comme levier pour assurer la prospérité et le progrès aux Inuits du Nunavik. Je partage avec enthousiasme cette vision et je sais qu’elle sera aussi bénéfique pour l’ensemble du Québec, car le territoire est d’une richesse inouïe en ressources naturelles encore peu exploitées.
Les bases de l’entente
L’entente de partenariat que nous signons aujourd’hui permettra de mettre en œuvre cette vision. Elle traduit le fait que le long sentier du progrès et de la prospérité passe par le respect et la confiance dans l’élaboration d’un partenariat durable. Trois éléments constituent les bases sur lesquelles nous avons, ensemble, conclu cette entente.
Premièrement, le respect de l’autre. Dès 1985, René Lévesque et le gouvernement du Parti Québécois d’alors avaient reconnu les nations autochtones du Québec. Cela n’est pas l’effet du hasard. Petite nation vivant dans une mer de 300000000 d’anglophones, le Québec a toujours su reconnaître que la diversité n’est pas une menace, mais au contraire une source d’enrichissement. Plus que jamais je demeure convaincu que le Québec constitue une nation moderne et inclusive qui n’est pas basée sur l’ethnicité. La nation inuit, avec qui nous partageons une partie du territoire, peut s’y épanouir pleinement en comptant sur notre respect absolu.
Deuxièmement, la confiance selon laquelle il est toujours plus facile de réaliser des projets avec ceux que l’on estime.
Enfin, troisièmement, le partenariat qui traduit la ferme volonté commune de mettre en œuvre cette vision de développement dans notre intérêt mutuel. Chacun d’entre nous doit y trouver son intérêt, doit s’y enrichir matériellement et humainement.
Ce que permettra l’entente
L’entente permettra, pour les Inuits, une prise en charge accrue de leur développement économique et communautaire. Pour ce faire, ils disposeront de ressources financières suffisantes, 360000000 $ sur 25 ans, pour prendre en charge les responsabilités jusqu’à maintenant conférées au gouvernement du Québec dans le cadre de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois en ces matières.
L’entente permettra également d’améliorer les infrastructures et les services publics du Nunavik, grâce à des investissements de 115000000 $ du gouvernement du Québec. L’entente ouvre aussi la porte au développement de l’immense potentiel hydroélectrique du Grand Nord québécois. Ainsi, les Inuits s’engagent à travailler avec le gouvernement du Québec pour favoriser la mise en valeur des ressources hydroélectriques du Nunavik.
Ce potentiel a fait, dans le passé, l’objet d’études sommaires par Hydro-Québec. Celles-ci laissent entrevoir que le potentiel pourrait varier entre 6 300 et 7 200 MW. On saisit la pleine mesure de ce potentiel lorsque l’on réalise qu’il s’agit là de l’équivalent d’approximativement le cinquième de l’actuelle production d’Hydro-Québec.
Certes, nous ne sommes pas encore rendus à la réalisation de ce potentiel. Mais, comme l’a indiqué M. Caillé plus tôt, nous lançons aujourd’hui une première étape qui doit nécessairement être réalisée si nous voulons préparer l’avenir énergétique du Québec de demain. En effet, la réalisation d’investissements et de travaux de cette envergure suppose d’abord la réalisation d’études techniques, économiques et environnementales complètes.
En particulier, si les études étaient concluantes et faisaient ressortir un ou des projets propices au développement hydroélectrique, avant d’aller de l’avant, ces projets seraient soumis au rigoureux processus d’évaluation environnementale de la Convention de la Baie-James.
Il y a trente ans, le Québec d’alors avait compris qu’il fallait préparer l’avenir en lançant des études pour développer le potentiel de la baie James, un ensemble de complexes hydroélectriques qui assurent présentement la moitié de la production d’électricité au Québec. Aujourd’hui encore, nous sommes placés face à de nouveaux horizons, et il faut relever le défi de l’avenir.
Outre l’immense potentiel hydroélectrique envisageable, cette entente entrevoit également des possibilités quant à l’exploration minière. Le territoire du Nunavik montre un potentiel favorable à la découverte de gisements, notamment de nickel, de cuivre, de plomb, de zinc, de fer, de lithium, d’or et de diamant. L’exploitation, depuis 1998, d’un gisement de cuivre-nickel par la société minière Raglan témoigne de cette richesse minière.
De plus, l’entente examinera les possibilités de développement touristique du territoire. De fait, le potentiel touristique du Nunavik est grandement sous-exploité, si l’on considère les sites exceptionnels que l’on y retrouve : le cratère des Pingualuit, la plus haute chaîne de montagnes du Québec, des lacs qui ont des marées, la toundra, etc. Ainsi, la création de parcs nationaux permettra de protéger et de mettre en valeur ces sites exceptionnels, en plus de générer des retombées économiques pour les communautés inuites.
Un Québec à l’avant-garde des relations entre Autochtones et non-Autochtones.
Il y a peu d’endroits au monde où l’on retrouve une si grande harmonie et une coopération aussi féconde. L’entente signée aujourd’hui va quand même plus loin que les considérations d’emplois et d’investissements. Je peux en effet vous dire que je suis particulièrement fier que mon gouvernement soit associé à une entente qui consolide la relation moderne qui unit le Québec avec les Inuits du Nunavik. Fier aussi de cette entente qui fait notamment en sorte que les Inuits soient davantage maîtres de leur destinée et obtiennent une participation aux retombées du Nunavik. Cette entente représente un premier pas important vers une plus grande autonomie gouvernementale notamment par la création du fonds de développement économique et la mise en place de l’enveloppe unique de financement pour l’Administration régionale Kativik.
Toutefois, Monsieur Aatami, je sais à quel point cette quête constante d’une plus grande autonomie est prioritaire pour la communauté inuite. Vous m’avez entretenu, hier soir, des avantages et des bénéfices qu’en tirerait le Nunavik. Vous serez sans doute ravi d’entendre que j’entends accélérer le processus qui vous mènera vers cet objectif. Une relation qui peut, comme celle de la récente entente de la « Paix des Braves » signée avec les Cris, servir de modèle à l’échelle internationale et qui place le Québec et ses partenaires, dont les Inuits, à l’avant-garde à ce chapitre. Avec cette entente et celle signée avec les Cris, le gouvernement du Québec a conclu des ententes durables et solides avec 30 % de sa population autochtone. Notre objectif est de faire mieux dans les meilleurs délais.
Conclusion
J’aimerais terminer en vous mentionnant que, lorsque je regarde cette entente, certains mots clés me viennent immédiatement à l’esprit. Le mot opportunité est l’un de ceux là. Le mot amitié aussi qui, seul, permettra de regarder l’avenir avec confiance, car, plus que des partenaires, nous devons être des amis. Nous avons un contrat extrêmement prometteur sur le plan matériel, qui va assurer de bonnes relations entre nous. Il faut aller plus loin, il faut développer des relations humaines, il faut être amis. Il faut que les Inuits, personnellement, et les Québécois et les Québécoises se connaissent de mieux en mieux et entretiennent des relations qui vont bien au-delà des mines, de l’électricité ou des relations gouvernementales. En signe d’amitié, le gouvernement du Québec fera édifier sur la colline parlementaire, avec les Inuits, un inukchuk, un de ces beaux monuments de pierre qui représente un être humain.
Et un autre mot très important : le mot jeune. La population du Nunavik est jeune et de plus en plus scolarisée : 60 % a moins de 25 ans, soit le double de la population correspondante dans le sud du Québec. Une des retombées les plus importantes du partenariat que nous signons aujourd’hui n’est en effet pas écrite comme telle dans l’entente. Il s’agit des perspectives qui s’ouvriront pour les jeunes Inuits. Cette entente créera pour eux plusieurs débouchés et défis intéressants, et ce, à plusieurs niveaux. Les fruits de notre partenariat contribueront, je l’espère, à fournir des outils, afin que ces générations montantes puissent effectivement monter aussi haut que leur potentiel le leur permet.
Je vous convie à vous projeter 25 ans dans l’avenir, lorsque l’entente signée aujourd’hui sera venue à échéance. Puissent nos actions futures contribuer à la concrétisation de notre vision d’aujourd’hui!
[In conclusion, I would like to underscore the leadership of Mr. Pita Aatami and Mr. Johnny N. Adams. This agreement would not have been possible without them. I would also like to call attention to the work of Mr. Anthony Ittoshat as well as the contribution of the entire Inuit negotiating team. Thanks to them we are able to gather here to celebrate today.
Longue vie à l’accord SANARQRUTIK (outil de développement)!
Nakurmik marialuk, ilunnasi.]

[QLandry20021209Qué]
[Allocution devant la Chambre de commerce de Montréal]
Monsieur le Président de la Chambre,
Monsieur le Maire de Montréal,
Cher Monsieur le ministre d’État, chers collègues du Conseil des ministres,
Chers collègues de l’Assemblée nationale, Mesdames et Messieurs, Chers amis,
Je suis venu souvent à la Chambre de commerce de Montréal. J’ai parlé devant cet auditoire à plusieurs reprises. Une des meilleures présentations que j’ai eues — celle d’aujourd’hui était bonne et factuelle — c’est un de vos anciens présidents, Pierre Laferrière, qui est un de mes amis — vous allez voir que c’est un de mes amis pour dire ce qu’il a dit — quand l’économie s’est mise à aller mieux, c’est-à-dire après qu’on ait été au pouvoir depuis six ou huit mois, il m’a présenté à la Chambre en disant : Je me demande si Landry sera aussi éloquent pour parler d’une économie qui va bien qu’il l’était pour nous expliquer pourquoi elle allait mal. Alors, vous serez juges aujourd’hui de cette chose. Mais je voudrais vous dire qu’on apprend beaucoup de choses à parler devant les chambres de commerce.
Et des présentations… Une des bonnes que j’ai eues aussi — ce n’était pas à Montréal, c’était en région — c’est un président de chambre de commerce qui m’a présenté en disant que, lui, parler en public, ça le tuait et que, moi, ça devait être dans mes habitudes. Alors, il a dit: Moi, j’ai peur de trois choses : J’ai peur de mourir, comme tout le monde; j’ai peur de parler en public, puis, j’ai peur de mourir en parlant en public. Bien, moi, je le dis tout de suite, ce que je vais dire va mener à cette conclusion : J’ai peur de trois choses — et la ministre des Finances à qui j’ai parlé ce matin partage les mêmes inquiétudes — on a peur de trois choses : faire des déficits, monter les taxes, couper dans les services aux citoyens. Ça nous fait tellement peur qu’on ne le fera pas.
Alors, vous allez voir, au cours de mon exposé, pourquoi on ne le fera pas et comment on devrait arriver, avec votre aide, à ne pas le faire.
Mais parlons de cette ville. Cette ville qui est nouvelle depuis ma dernière présence à la Chambre, puisque ce qui aurait dû être fait probablement du temps de Jean Drapeau, ce qui aurait dû être un des fleurons de la Révolution tranquille, les fusions municipales, ne l’a pas été jusqu’à ces tout derniers temps. Je suis très fier de faire partie d’un gouvernement qui, puisant dans ses réserves de courage, a fait ce qui devait être fait, et je suis fier de voir l’action du maire de Montréal, de son chef de l’opposition et de ses collaborateurs pour faire naître cette ville et lui donner institutionnellement la place signalée qu’elle occupe déjà dans le monde.
Ce sera beaucoup plus facile maintenant d’affronter les problématiques de notre temps et celles du commerce extérieur et de la concurrence très vive pour les investissements, les vents nouveaux, parfois favorables, parfois critiques, de la mondialisation avec une ville qui porte son nom. Plusieurs d’entre vous, je les reconnais, sont venus faire la promotion du Québec avec moi à l’étranger dans des missions et on n’a jamais parlé de Beaconsfield, je vous le jure, ni à Davos, ni au Salon du Bourget, ni à Farnborough, nulle part, ni de la ville de Saint-Laurent, d’ailleurs, ni de Saint-Léonard et de tous ces endroits charmants, ou des arrondissements ou des quartiers, qui ne perdront pas leur identité, nous parlions de Montréal.
Maintenant, à l’avenir, on va parler de Montréal, ça va être vrai : Venez à Montréal! Voici quelles sont ses institutions, sa fiscalité, sa gérance. Et le gouvernement national du Québec, qui a donné naissance à cette nouvelle ville, a bien l’intention de l’appuyer. C’est pour ça que je vous dis que le contrat de ville, que nous négocions intensément et de bonne foi avec les autorités municipales de Montréal, est pratiquement accepté. Nous avons pratiquement des accords dans tous les domaines cruciaux, y compris les questions fondamentales d’argent, et on peut dire une entente de principe sera rendue publique très bientôt. Je peux vous dire aussi que, pour les travaux de construction auxquels nous avons contribué puissamment, le Palais des congrès, inauguré cette semaine… D’ailleurs, j’ai eu une petite déconvenue la veille de l’inauguration. Vous savez que, quand on a décidé de faire ce palais des congrès, qui coûtait à peu près 180000000 $, on a supplié le gouvernement du Canada. Paul Martin, que je rencontrais à toutes les réunions de ministres des Finances : Paul, tu as un Palais des congrès à Montréal, il faut que tu nous aides, il faut que tu fasses ta part. J’ai supplié mon ami Jean Chrétien, mais ils m’ont dit : Ce n’est pas possible. Premièrement, on n’a pas de programme, puis, deuxièmement, si on le fait à Montréal, il va falloir le faire partout, dont à Vancouver.
La veille de l’inauguration du Palais des congrès, je suis rentré dans mon appartement à Québec, celui que vous connaissez, il est célèbre maintenant.
Il est payé par vos taxes, d’ailleurs, et ce n’est pas cher. Alors, je suis rentré là, à 10 heures du soir, comme tous les soirs; généralement, je me couche et je dors. Mais, j’ai eu l’imprudence d’ouvrir la télévision, ça ne m’a pas aidé à dormir. J’ai vu Jean Chrétien et mon ami Gordon Campbell, premier ministre de la Colombie-Britannique, qui annonçaient la construction du Palais des congrès de Vancouver avec une contribution fédérale de 200000000 $. Ça m’a privé de sommeil pendant au moins un bon quart d’heure…
Alors, nous, à Montréal, on a décidé de le faire, le Palais des congrès, il est inauguré. La Grande Bibliothèque est en construction. Nous avons décidé de nous intéresser puissamment à l’îlot Val Moral pour y faire une salle de concert digne de l’un des meilleurs orchestres symphoniques du monde, pour y faire un conservatoire qui illustre la culture québécoise, ici et ailleurs, et, enfin, un édifice administratif. Tout cela va de l’avant. Le concours international va bon train et l’îlot Val Moral sera peuplé comme il doit l’être, humainement puis physiquement, avant qu’il ne soit longtemps.
Nous avons décidé également de soutenir puissamment dans le voisinage la place des festivals et le rôle joué par Alain Simard, qui est parmi nous. Je lui dis de ne pas être trop nerveux, nous allons continuer à appuyer son projet qui illustre bien ce qu’est Montréal, un endroit où la culture et l’art de vivre comptent autant que la haute technologie et que les finances. D’ailleurs, il y a une relation entre les deux phénomènes.
Oui, Montréal, qui naguère avait comme image internationale une montagne de poussière grise à laquelle certains en rajoutaient chaque semaine, sinon chaque jour, n’est plus ce qu’on avait coutume de dire qu’elle était. Je me souviens d’une phrase qui m’avait fendu le coeur, pourtant d’un homme de bonne foi, un homme qui s’occupe de charité et qui s’occupe des jeunes en particulier, qui avait dit vers 1994-1995 : La seule industrie en expansion à Montréal, c’est celle des banques alimentaires. Je ne sais pas si vous vous rappelez? Totalement désolant d’entendre ça. Mais, aujourd’hui, Montréal, et vous le savez profondément… Il faut le redire parce que la psychologie est importante en économie. Le succès apporte le succès, et claironner que ça va mal quand ça va mal, ça va plus mal encore. Claironner que ça va mal quand ça va bien, c’est de faire que ça recommence à aller mal. Alors, moi, ce que je vous propose aujourd’hui, c’est de claironner que ça va bien quand ça va bien, et pas à peu près.
Montréal est la deuxième métropole du monde en aérospatiale, vous le savez, dépassée uniquement par Seattle, et avant Toulouse. Montréal est la troisième parmi les métropoles nord-américaines pour le secteur de l’industrie biopharmaceutique, quatrième dans les secteurs des technologies de l’information. Je viens de vous nommer les trois secteurs les plus porteurs d’avenir, en dépit des accidents conjoncturels qui peuvent se produire. Il n’y a qu’une toute petite fraction de l’humanité qui a déjà pris l’avion. Il y a de la place pour du développement. Hélas, dans les biologies, biotechnnologies, pharmacologies, je vous l’ai déjà dit, la vie s’allonge, et c’est une bonne nouvelle. On dit que les petites filles qui sont nées aujourd’hui, cette année — et c’est le cas dans ma famille — une sur deux vivra jusqu’à 100 ans, c’est formidable. Mais tout cela va consommer de plus en plus de produits de l’industrie pharmaceutique et biopharmaceutique. En dépit des progrès de la médecine, le taux de mortalité de notre espèce est toujours de 100 %, mais l’événement survient plus tard. Alors, aérospatiale, nous y sommes, pharmacologie, biotechnologie, nous y sommes, technologie de l’information, nous y sommes. Nous y sommes à tel point qu’une étude de Price Waterhouse a démontré que Montréal est au quatrième rang en Amérique du Nord pour le nombre d’emplois per capita dans le secteur de la haute technologie, quatrième dans le continent le plus puissant de la Terre à cet égard. La revue américaine … classe Montréal au cinquième rang mondial des plaques tournantes des nouvelles technologies ¾ mondial cette fois-ci, pas nord-américain ¾ à égalité avec New York et Seattle, mais devant Los Angeles, Paris et Tokyo. Nous ne sommes pas portés sur l’autosatisfaction. Au contraire, je ne dénonce pas globalement le phénomène, mais on a une certaine tendance à l’autoflagellation, ce qui nous stimule, ça nous permet d’aller plus loin. On s’est tellement flagellé qu’on est allé loin en maudit, comme je vous l’ai dit. Et ça, c’est Montréal et c’est le Québec aussi. D’abord, le mois dernier, Montréal a eu un taux de chômage plus bas que Toronto, vous le savez. Il a monté légèrement ce mois-ci, mais le taux de chômage plus bas que Toronto, vous le savez. Il a monté légèrement ce mois-ci, mais le taux de participation a monté. Il n’y a jamais autant d’hommes et de femmes qui ont travaillé à Montréal dans toute l’histoire de Montréal que maintenant. Alors, c’est formidable pour la métropole du Québec. Mais c’est formidable pour le Québec entier aussi. D’abord, je ne veux pas vous faire de peine mais, dans notre capitale nationale, Québec, le taux de chômage est plus bas que dans la capitale provinciale de l’Ontario et Toronto. Mais il est plus bas à Drummondville qu’à Québec, il est plus bas à Lac-Mégantic qu’à Drummondville. C’est-à-dire que la prospérité québécoise n’est pas l’apanage des belles grandes villes que nous avons maintenant. Les régions sont présentes d’une façon dynamique, à leur manière, sauf quelques-unes que l’on appelle les « régions-ressources ». Je vous demande d’y penser, de penser à notre Gaspésie régulièrement. L’espoir renaît en Gaspésie. Nous avons besoin de la Gaspésie, comme la Gaspésie a besoin de nous. L’Abitibi est affectée par le prix des métaux primaires. Je vous rappelle qu’il y a eu des périodes dans l’histoire pas si lointaine où le taux de chômage était plus bas en Abitibi qu’à Montréal. Donc, l’Abitibi contribuait au soutien de Montréal. Je vous rappelle qu’il y a dans cette île des sièges sociaux qui n’auraient aucune pertinence s’il n’y avait pas de travailleurs et travailleuses en région ni de richesses naturelles en région. Je suis sûr qu’Alcan n’aurait pas son siège à Montréal si les ressources n’étaient pas dans notre Québec. Même chose pour les grandes papetières et les grandes minières.
Alors, j’aime faire la promotion de Montréal, j’aime soutenir Montréal, mais j’aime rappeler à chacun et chacune que Montréal est au Québec. Et le Québec lui-même, franchement, il se porte plutôt bien. Je vous donne les chiffres aussi étonnants : depuis cinq ans ¾ cinq années consécutives de statistiques ¾ le Québec a la plus forte croissance du produit intérieur brut, en chiffres absolus, per capita, de tous les pays de l’OCDE. Alors, plus que la France, plus que la Grande-Bretagne, plus que le Japon. Ce ne sont pas leurs plus belles années, c’est vrai. Donc, une performance internationale remarquable.
En matière d’actions sectorielles de haute technologie, c’est aussi fulgurant. Sur à peu près 170 pays dans le monde, pour la proportion PNB exportée en haute technologie, notre Québec arrive au quatrième rang, dépassé seulement par l’Irlande ¾ qui a eu la sagesse de faire ce qu’il fallait faire il y a un certain nombre de décennies ¾ la Corée du Sud, les États-Unis d’Amérique, notre grand voisin. Quatrième rang, Québec.
En aérospatiale, toujours sur 170 pays à peu près, Québec est le premier au monde, suivi immédiatement par les États-Unis d’Amérique et par la France. D’ailleurs, il y a un rapport entre les deux : nous sommes forts en aérospatiale, en pharmacie et biotechnologie, en haute technologie largement parce que nous sommes à un puissant confluent culturel, en raison de notre profonde nord-américanité. Montréal est une ville nord-américaine, le Québec est une partie importante de l’Amérique du Nord, mais, et Montréal et Québec sont les mieux connectées du continent à l’Europe de l’Ouest.

En aérospatiale, par exemple, la France est troisième, les États-Unis sont deuxièmes, puis nous, on dit : Nous sommes une sorte de synthèse des deux, de sorte qu’on est premier. C’est ça la convergence culturelle bien vécue dans le respect de notre langue, de notre dignité, de nos caractéristiques nationales. En matière de langue, nous fêtons — c’est rare que je parle de langue à la Chambre de commerce, mais, là, j’ai quelques sujets d’inquiétude, et je vous les communique — nous fêtons, cette année, le 25e anniversaire de la loi 101, la Charte de la langue française, qui a établi vraiment des progrès culturels extraordinaires, un certain équilibre linguistique bien vécu par ceux qui ont comme langue maternelle toutes les langues qui peuvent se parler dans l’île de Montréal. Des anglophones de moins de 50 ans qui ne parlent pas français, ça devient une curiosité, c’est de plus en plus rare à trouver. Donc, des projets fantastiques.
Mais il y a un bruit incessant de rumeur de recul que les médias nous montre et de façon plus ou moins scientifique, que certaines enquêtes commencent à démontrer. Alors, je vous dis : Attention, on ne va pas rouvrir un dossier linguistique qui avait été si bien géré et pratiquement fermé parce que certaines gens d’affaires sont négligents par rapport à la protection culturelle. Alors, attention, « cuidado », comme on dit. On avait une situation satisfaisante, il ne faut pas que ça dérive, il ne faut pas que ça glisse, parce qu’on va être obligé de recommencer des débats, puis recommencer des législations qui pourraient ne pas être nécessaires si les hommes et les femmes d’affaires de Montréal réalisaient que la langue officielle du Québec, c’est le français, et que la langue de la ville de Montréal, c’est le français aussi, que c’est notre instrument commun de communication et que ça nous a bien payés d’être à la fois Européens et Nord-Américains. On en a la synthèse économique.
Donc, si Montréal se porte bien, si le Québec va bien sur le plan économique, si nos réalisations sociales sont impressionnantes — je chemine toujours vers ma conclusion — nous avons des garderies à 5 $, ça coûte en une journée à Toronto ce que ça coûte en une semaine au Québec pour faire garder un enfant. La dernière fois que j’ai dit ça, il y a un gars qui s’est levé et qui a dit : Non, mon garçon est là, demandes-lui, c’est 40 $ que ça coûte. Ah, ce doit être dans un beau quartier. Que ce soit 40 ou 25, on a là une réalisation sociale fantastique, des garderies à 5 $. Il y a 150000 places d’ouvertes, il en manque encore 50000. Dans notre plan d’action, nous avons dit que nous voulions servir les jeunes couples du Québec qui veulent avoir des enfants.
Vous savez qu’un de nos principaux problèmes… Je l’ai dit, le gars disait : J’ai peur de trois choses. Et le chef des Gaulois disait : Moi, j’ai peur d’une seule chose, que le ciel me tombe sur la tête. Moi, j’ai peur d’une seule chose dans notre Québec contemporain, c’est de la démographie. C’est de la démographie. Il faut être là, il faut être présent. Moi, j’ai le plus grand respect pour les gens qui ont mon âge et plus, mais une société qui serait surtout composée de gens qui ont mon âge et plus, est-ce qu’elle ferait naître beaucoup de Joseph-Armand Bombardier et de Pierre Péladeau? L’impulsion d’être Joseph-Armand Bombardier et de Pierre Péladeau? L’impulsion d’être Joseph-Armand Bombardier ou Pierre Péladeau, en général, ça se produit avant d’avoir 65 ans. Alors, qu’est-ce que vous voulez… Il y a des exceptions. Non, non… Il y a une chanson française, vous vous rappelez, un chansonnier français qui avait atteint cet âge là, a fait une chanson dans laquelle, à chaque couplet, il disait qu’un gars de 65 ans et plus avait fait plein de choses, avait inventé le téléphone, et ci, et ça. Je veux bien, mais, statistiquement, ma première position est exacte, et la natalité et la démographie m’inquiètent. Or, notre taux de natalité a augmenté pour la première fois en 30 ans l’an dernier, très probablement à cause des garderies à 5 $. Les jeunes parents travaillant tous les deux sont capables de faire des familles en confiant les enfants à des centres de la petite enfance qui sont, je vous le jure, de petits bijoux de socialisation, de pédagogie. Je voyais un article dernièrement dans les journaux au sujet d’une jeune femme qui amenait son enfant à la garderie, qui criait au meurtre, qui ne voulait pas y aller. Au bout d’une semaine, il criait au meurtre, le samedi, parce qu’elle ne l’amenait pas là. C’est vraiment quelque chose qu’il faut maintenir. Alors, quand je dis services publics, on a des services publics audacieux, des services publics que les gens des autres pays nous envient, nous voulons les garder.
Ça m’amène à ma conclusion, et je vous prie de l’écouter attentivement, je vous prie d’agir en citoyens et en citoyennes responsables, quel que soit votre métier. Ce que je vais vous dire, d’abord, a fait l’objet d’un consensus dans notre Assemblée nationale, ce qui est rare, n’est-ce pas normal. On est dans un système contradictoire, l’opposition s’oppose, parfait, c’est très bien. Ils peuvent s’opposer le plus longtemps possible, d’ailleurs, ça va faire notre affaire. Mais, des fois, on s’entend. Des fois, on s’entend. On s’est entendu il y a quelques mois, tous les partis présents à l’Assemblée, plus vous de la société civile, parce qu’on a fait un forum national sur le déséquilibre fiscal. Et vous savez quelle est la conclusion : Trois partis réunis, plus les chambres de commerce aussi bien que les organismes qui veulent qu’on présente une loi pour contrer la pauvreté et l’exclusion. Ce que nous fîmes d’ailleurs, c’est approuver le rapport Séguin, qui est une preuve mathématique et scientifique irréfutable du déséquilibre fiscal entre le gouvernement central et le gouvernement du Québec, puisque Séguin parle du Québec, mais ça pourrait s’élargir aussi aux autres provinces. Et que dit Séguin? Vérifié par le Conference Board, vérifié par StatCan, Séguin dit que nous envoyons, les deux tiers de nos impôts à Ottawa qui, en raison de nos responsabilités, ne nous retourne pas notre part, c’est-à-dire 50000000 $ par semaine; 50000000 $ par semaine, 25000000 $par année.
Alors, ça, c’est la première période que je résume : unanimité des trois partis à l’Assemblée nationale, unanimité du Forum sur le déséquilibre fiscal, doublé de l’unanimité du Rendez-vous national des régions qui a, par résolution spéciale, aussi confirmé le rapport Séguin. Alors, ce que je veux vous dire, là, vous ne pouvez pas… Si vous connaissez Yves Séguin, c’est un homme charmant, mais ce n’est pas un plaisantin, et les 10, 12 personnes économistes, juristes, scientifiques de toutes sortes, qui ont travaillé avec lui non plus; les vérificateurs du Conférence Board, non plus. On n’a pas fait vérifier le rapport Séguin par Arthur Andersen, nous autres. On l’a fait vérifier par le Conference Board. Je vous supplie de croire que c’est vrai, parce que c’est vrai. Deuxième élément factuel, commission Romanow. Il y a de bonnes nouvelles dans la commission Romanow. D’abord, il y a un bon test de crédibilité pour ceux et celles qui avaient nié le déséquilibre fiscal. Vous savez, quand on a dit : Il y a un déséquilibre fiscal, non, non, non, il n’y en a pas, ce n’est pas vrai. C’est une invention de la classe politicomédiatique québécoise. Alors, « politico », comme les trois partis sont là, c’était déjà quelque chose comme généralité. Mais, mettre les journalistes dans le même sac que nous, bien là, c’était le comble de l’audace. Et c’est un ministre fédéral qui a dit ça : C’est une invention de la classe politicomédiatique. Alors, si c’est ça, comment ça se fait que Romanow dit qu’il faut donner de l’argent aux provinces? Vous voyez bien, qu’il y a eu une sorte de manipulation. Les provinces ont besoin d’argent pour la santé. Romanow l’a dit, et c’est très bien. On a rappelé que j’avais fait mon droit. Je me souviens d’une chose quand j’ai étudié le droit, l’aveu de la partie adverse est la meilleure des preuves. Alors, il y a un déséquilibre fiscal. Romanow le dit, Bravo, Romanow! Serait-ce le dernier des Romanow que ça valait la peine.
Par ailleurs, il y a des choses dans Romanow qui sont aussi fondamentales, au-delà des chiffres, et sympathiques : Un système universel. Et sur ce, la position du gouvernement du Québec ¾ je ne parle pas des autres partis, je parle du mien ¾ du gouvernement du Québec, est cohérente avec celle de Romanow.
Nous n’avons rien contre un secteur privé-privé-privé. Qu’un Québécois aille se faire soigner à la clinique Mayo, qu’il paie de sa poche, on n’a rien contre ça, c’est la liberté. On n’a rien contre un secteur privé-privé à Montréal. Qu’une personne aille se faire remplacer une hanche, que ça coûte 10000 $, qu’elle paie de sa poche, alors que le médecin se paie, paie ses infirmières, paie ses instruments, paie son loyer, parfait! Mais jamais dans un hôpital public québécois nous n’allons tolérer que quelqu’un vienne couper la file en payant. Parce que les hôpitaux publics québécois, ils ont été payés par les impôts de tout le monde et ce sont des endroits de justice et d’égalité. Là-dessus, bravo, Romanow! Romanow est un homme qui partage ces principes et que, j’espère, vous partagez tous et toutes.
Alors, qu’est-ce qui cloche dans Romanow? Bien, beaucoup de choses. Et là aussi on a une motion unanime de l’Assemblée nationale, chose rare. D’abord, Romanow, il ne met pas assez d’argent. Quand on dit que c’est 50000000 $ par semaine, ce n’est pas 800000000 par année. Il nous offre 800000000 par année. Qu’est-ce qu’on va faire avec 800000000 par année? On a besoin de 25000000, 50000000 par semaine. Alors, dans Romanow, pas assez d’argent. Puis, dans Romanow, trop de conditions. C’est aussi simple que ça.
Notre motion unanime de l’Assemblée nationale, c’est sans condition. Le chef de l’opposition officielle a dit trois fois de suite à la télévision: Inconditionnel, inconditionnel, inconditionnel. Puis, moi, j’ai mis à la puissance 2. Alors, ça va être inconditionnel.

Romanow dit qu’il veut faire une uniformisation nationale du système de santé au Canada. Il y a là-dedans une erreur profonde : le Québec est une nation. Il y a au moins deux nations pour l’ensemble des Canadiens et pour nous. Je dis au moins parce que, pour nous, Québécois, il y en a plus que ça. On a reconnu en 1985 que les aborigènes du Québec formaient des nations. Et on discute de nation à nation. Puis, on a signé la grande paix des braves avec les Cris, basée sur ces principes. Alors, quoi? Si vous croyez ce que je dis et même si vous êtes très critique, la preuve est forte, n’est-ce pas? L’unanimité de l’Assemblée, des forums. Si vous croyez ce que je dis, qu’est-ce que je vais faire après, s’il nous manque 50000000 $ par semaine? On s’est battu comme des enragés, vous le savez, appuyés par vous d’ailleurs et par beaucoup de groupes progressistes, dont la Fédération des travailleurs du Québec et plusieurs syndicats pour arriver au déficit zéro, il le fallait. Si j’ai l’honneur, comme ministre des Finances du Québec, de me lever et d’annoncer pour la première fois en 50 ans que le déficit serait de zéro, mon prédécesseur qui l’avait fait, c’est Johnny Bourque, député de Sherbrooke, ministre des Finances de l’Union nationale, un demi-siècle plus tôt. Et, pendant cinq ans de suite, que ce soit moi ou ma collègue Pauline Marois, on s’est levé et on a dit : Déficit zéro. Là on est acculé à ne plus être capable de le dire. Mettez-vous à notre place. Les séances du Conseil des ministres du gouvernement du Québec, les mercredis, sont toutes douloureuses parce que cette situation devient invivable. Nous ne voulons pas retourner au déficit zéro. Pauline Marois et moi avons eu le bonheur de baisser les impôts et taxes au Québec plus que dans toute l’histoire du Québec. On les a baissés de 11000000000 $. Voulez-vous qu’on les remonte? Voulez-vous qu’on les remonte?
On a eu le bonheur de faire le ménage dans les dépenses publiques du Québec. Aller vers le déficit zéro, ça n’a pas été facile, puis gérer le Conseil du trésor aujourd’hui — le président est ici, Joseph Facal — c’est plus souffrant encore qu’une séance du Conseil des ministres, c’est un sous-comité spécialisé dans la douleur. Alors, je ne peux pas vous lancer un appel plus pathétique. Le gouvernement national du Québec a besoin de votre appui pour que nos finances publiques restent en équilibre, qu’il n’y ait pas de hausse de taxes et d’impôts ni de coupure dans nos services, que nous avons déjà épurés durant la marche vers le déficit zéro. Alors, avis aux intéressés : Nous avons absolument besoin que le gouvernement central du Canada reconnaisse la tragédie qu’il est en train de préparer et qu’il prépare depuis longtemps. Si vous trouvez que j’ai des mots durs, là, Gérard D. Levesque, qui était un homme éminemment sympathique, intelligent, jovial et Gaspésien, employait des mots plus durs que moi. Gérard D. Levesque disait que c’était un fédéralisme prédateur. Le fédéral se comportait comme un oiseau de proie qui étrangle sa proie. Je ne vous ai jamais dit ça aujourd’hui, moi, je n’ai jamais dit de choses comme ça, n’est-ce pas.
Mais allez au-delà des mots, s’il vous plaît, allez à cette réalité profonde. Nous voulons que la société québécoise continue à prospérer, que Montréal reste un joyau de haute technologie et qu’on puisse l’aider dans ses finances publiques, que le taux de participation au marché du travail à Montréal et au Québec soit le plus haut de l’histoire. Mais, pour ça, il faudra que, comme citoyens et comme citoyennes, nous acceptions de faire face à certaines responsabilités et le faire avec lucidité. Alors, c’est ce dont je voulais vous parler aujourd’hui. Je pense que mon ami Pierre Laferrière dirait : Oui, oui, tu parles aussi bien quand ça va bien que quand ça va mal et tu as tellement peur que ça recommence à aller mal que tu mets beaucoup d’intensité dans tes propos aux citoyens. C’est ça que j’ai fait avec vous, citoyens et citoyennes, et je vous demande d’y réfléchir et d’agir en conséquence. Merci.

[QLandry20010509Qué]
[Remise du Prix Hommage Bénévolat Québec]
Monsieur le Président de l’Assemblée,
Ma chère collègue du Conseil des ministres,
Madame la représentante du chef de l’opposition officielle, Messieurs qui représentez Bénévolat-Québec, Chers collègues de l’Assemblée nationale, Chers lauréats et lauréates, Mesdames et Messieurs, Chers amis,
C’est pour moi un devoir impérieux et bien doux à la fois de venir rendre hommage à ces hommes et à ces femmes qui se sont fait remarquer par leur bénévolat; c’est-à-dire par leur humanisme, leur altruisme, leur dévouement, qui sont des qualités fondamentales pour que la vie en société soit réalisable et acceptable.
En effet, la vie, qui est une merveilleuse aventure, n’est pas un jardin de roses. Il y a des roses et d’autres fleurs extraordinaires, mais il y a des malheurs aussi. La vie est dure à certains moments, en raison de la maladie, de la pauvreté, de la détresse et de la mort. L’État qui, de tous ses moyens, est un État moderne, tente de soutenir ces détresses et de faire en sorte que nous soyons plus solidaires, et que la vie soit donc plus facile pour les gens qui sont dans le besoin.
Cependant, jamais aucun État, si avancé soit-il, si riche soit-il,si puissant soit-il, ne pourra secourir toutes les détresses. D’abord, parce qu’il n’aurait pas assez de moyens matériels. Et, même si on avait les moyens matériels, la détresse ne se combat pas uniquement par de l’argent ou par des médicaments ou par des transferts sociaux. La détresse doit aussi s’affronter et s’alléger par la bonté, par la gentillesse, par la fraternité. Et c’est ce que font nos bénévoles. C’est pourquoi on leur rend hommage, parce qu’ils rendent un énorme service à nos sociétés.
Vous savez que, à notre époque probablement plus qu’à aucun autre moment de l’histoire de l’humanité, les tendances matérialistes sont très puissantes et très fortes. L’argent, la richesse, les grandes sociétés transnationales tendent à s’imposer comme des forces dominantes et transcendantes. Ce n’est pas vrai — ce n’est pas vrai — les hommes et les femmes n’existent pas pour l’économie, c’est l’économie qui doit exister pour les hommes et les femmes. Les règles de l’économie de marché sont des règles extrêmement dures: l’offre, la demande, le succès, l’insuccès, l’entrepreneurship, qu’il marche ou qu’il ne marche pas, mais ce n’est pas la fin de tout. Même si on entend parler de ça quotidiennement et que les cours boursiers sont répétés d’heure en heure à la télévision, ce n’est pas le fond des choses. L’économie doit être au service du bonheur humain. L’économie doit déboucher sur la répartition de la richesse, la meilleure possible, la plus avancée possible.
Fort heureusement, je le redis, notre Québec est un des endroits de notre continent où ces idées de fraternité et de solidarité sont les plus avancées. On a une variété incroyable de programmes sociaux dont la combinaison fait que nous sommes plus avancés ici qu’ailleurs. On a une fiscalité lourde, en conséquence d’ailleurs, pour que ceux qui en ont les moyens permettent aux autres d’en recevoir aussi. Cette fiscalité, d’ailleurs, je le ferai remarquer, est la plus social-démocrate d’Amérique. C’est-à-dire qu’elle fonctionne le plus chez les classes moyennes, disons-le, chez les plus riches qui épargnent le plus et chez ceux et celles qui ont moins de moyens. Notre salaire minimum comparé aux salaires industriels moyens est le plus élevé d’Amérique, sauf un État des États-Unis d’Amérique. Alors, on ne peut pas dire que, collectivement, on n’a pas ce souci de répartition de la richesse. Et, en plus, on a des institutions non capitalistes qui travaillent aussi dans la vie économique et l’entraide. Qu’on pense au fait que la moitié du système bancaire québécois est un système coopératif. Ça aussi, c’est un signe d’une mentalité de solidarité.
Parlant de solidarité, même les travailleurs et les travailleuses, par des fonds, investissent dans l’économie. Mais tout cet appareil, encore une fois, sans la bonne volonté — et le bénévolat, c’est ça que ça veut dire, l’origine, c’est la bonne volonté d’hommes et de femmes qui veulent que les sociétés soient plus conviviales, plus agréables, plus fraternelles, bien, tous ces efforts seraient vains et nous n’aurions pas l’atmosphère que nous avons, fort heureusement, dans notre société.
Alors, c’est formellement au nom du gouvernement national du Québec que je vous félicite, que je vous remercie, que je vous encourage à continuer, car vous êtes sur la bonne voie. Vous avez, comme on dit, choisi la meilleure part : vous avez choisi de vous dépasser vous-même. Vous avez choisi de ne pas être au service que de vous-même ou que de vos intérêts matériels. Vous avez choisi d’être au service d’intérêts supérieurs, qui sont ceux de la fraternité humaine. Mes compliments les plus respectueux.

[QLandry20011010Qué]
[Allocution sur la sécurité des Québécois et Québécoises]
Il y a un mois, presque jour pour jour, survenaient les événements du 11 septembre. Le Québec, comme toutes les autres nations du monde, a été révolté par ces actes de barbarie et leurs conséquences tragiques sur la vie de milliers d’hommes et de femmes.
J’ai été en mesure d’exprimer à l’ambassadeur des États-Unis au Canada la profonde sympathie de tous les Québécois et de toutes les Québécoises ainsi que notre appui indéfectible au long combat qui s’annonce dans la lutte au terrorisme et ses impacts.
Dans l’heure qui a suivi l’attaque contre le World Trade Center, le gouvernement du Québec est rapidement intervenu en activant son organisation de sécurité civile. Nous avons pris sans délai les mesures requises afin d’offrir l’aide nécessaire aux autorités américaines; d’assurer la sécurité du personnel de la délégation du Québec à New York ainsi que des participants à la mission Québec New York 2001; de rassurer et informer les citoyens du Québec, notamment les membres de certaines communautés culturelles plus sensibles, en mettant sur pied une ligne téléphonique 1-800; de renforcer les mesures de sécurité lorsqu’il était pertinent de le faire. En outre, un comité ministériel spécial, le Comité du 11 septembre, a été créé afin d’assurer une coordination étroite des actions gouvernementales face à un horizon incertain caractérisé par une inquiétude grandissante. Le gouvernement du Québec décidait donc de faire de la sécurité des citoyennes et des citoyens un axe majeur de son action.
Ce Comité du 11 septembre, que je préside, travaille à élaborer divers mécanismes pour répondre efficacement et avec célérité aux attentes et aux besoins des Québécois en matière d’économie et d’emploi, mais aussi de sécurité ainsi que de solidarité et de relations intercommunautaires.
Déjà, comme la plupart des États modernes, le Québec est doté d’un dispositif de sécurité publique qui assure une veille, réagit rapidement aux événements et coordonne l’action des pouvoirs publics en situation exceptionnelle. Ce dispositif est présentement actif, collabore avec les intervenants fédéraux et est prêt à faire agir les ministères et organismes gouvernementaux de façon concertée et coordonnée. Il a été développé, actualisé et perfectionné au cours d’événements tels que le déluge du Saguenay ou le grand verglas de 1998 et, plus récemment, avec le Sommet des Amériques à Québec.
Outre les éléments de coordination, plusieurs autres aspects du dispositif de sécurité ont été enclenchés ou renforcés: des mesures de surveillance accrues ont été mises en place, particulièrement au regard des sites sensibles comme les aéroports et certaines infrastructures essentielles telles que le réseau d’Hydro-Québec et la centrale de Gentilly; en matière de santé publique, le réseau québécois dispose d’un plan des urgences infectieuses visant les maladies à surveillance extrême, dont l’anthrax. En outre, les Québécois peuvent compter sur un réseau de médecins sentinelles pour favoriser une détection rapide des problèmes pouvant survenir. Aussi, le réseau dispose d’une capacité d’analyse des agents contaminants. Enfin, le Québec voit actuellement, en lien avec les autorités fédérales, à se doter de réserves d’antibiotiques et de médicaments nécessaires pour assurer les soins appropriés aux citoyens québécois.
Le Québec, on le sait, a été bâti par une mosaïque de gens provenant de différents horizons et de cultures diverses. Une des répercussions insidieuses des événements du 11 septembre est que ceux-ci tendent à fractionner le tissu civil québécois. Ainsi, certains de nos concitoyens qui professent la religion musulmane ont vécu une inquiétude qui ne doit pas durer.
Le Québec est uni, mais il est multiple dans ses origines. C’est pourquoi le gouvernement est intervenu rapidement pour calmer les esprits. Des mesures seront mises de l’avant par plusieurs ministères et organismes pour favoriser la solidarité interculturelle. Parmi celles-ci: le MEQ prévoit, entre autres:la préparation d’outils et de formations destinés au personnel scolaire pour les aider à prévenir et à gérer les conflits intercommunautaires éventuels; l’encouragement aux établissements à se doter de programmes de formation continue en relations interculturelles; et surtout, une incitation aux établissements à adopter une politique de tolérance zéro pour les paroles et comportements racistes; dans le réseau des centres locaux d’emploi, des sessions de formation seront organisées avec la collaboration du MRCI à l’intention du personnel, afin de proposer une vue d’ensemble des caractéristiques de la clientèle née hors du Canada et de ses perspectives d’avenir. Priorité: les centres locaux d’emploi de l’île de Montréal.
Les événements du 11 septembre ont aussi jeté un éclairage cru sur une réalité de la société québécoise et canadienne: la mise en application de nos politiques d’immigration laisse parfois à désirer. Ottawa est à réviser ses politiques de contrôle aux frontières ainsi que son suivi des demandes de statut de réfugié. Nous entendons l’appuyer dans ces démarches fort importantes pour la sécurité des Québécois et des Québécoises. De notre côté, nous allons resserrer la gestion des demandes d’immigration au Québec et instaurer un mécanisme de vérification du statut afin de déceler toutes les situations illégales.
On se rappellera, par ailleurs, que mon gouvernement annonçait récemment que les conditions entourant l’émission des documents d’état civil allaient être resserrées de façon à rendre encore plus difficile l’obtention frauduleuse d’un passeport canadien.
L’insécurité est aussi économique et sociale. C’est pourquoi j’annonce aujourd’hui des mesures reliées à la sécurité économique et sociale des Québécois et des Québécoises. Au cours des dernières années, grâce à l’action résolue entreprise par le gouvernement, le Québec a franchi des étapes majeures.
Nous avons réussi à assainir les finances publiques, en rétablissant l’équilibre budgétaire et en commençant à réduire le poids de la dette. Nous avons en même temps commencé à alléger le fardeau fiscal des contribuables et à diminuer ainsi l’écart qui nous sépare, à ce titre, du reste du Canada. Simultanément, grâce à une politique économique volontariste, nous avons accéléré l’ouverture et la modernisation de l’économie québécoise. Le Québec a ainsi réussi des percées remarquables sur le marché américain, tout en se positionnant à l’échelle internationale dans les domaines de l’économie du savoir, en particulier. Surtout, grâce à ces succès majeurs, le niveau de vie des Québécois s’est significativement accru, et nous avons atteint des planchers historiques au plan du chômage.
Ces acquis sont importants pour le Québec moderne, et nous devons tout mettre en œuvre pour les conserver. Mieux, nous devons les utiliser pour protéger notre collectivité contre les impacts des turbulences en cours.
À cet égard, et comme vous le savez, les nouvelles économiques de ces dernières semaines sont inquiétantes. Deux des secteurs les plus performants de notre économie, les secteurs du transport aérien et de l’aérospatiale, sont directement affectés par les conséquences des événements du 11 septembre. Plus globalement, les dirigeants de nos entreprises marquent leur inquiétude face à l’impact de la conjoncture actuelle sur le développement de leurs activités.
Les États-Unis, qui constituent depuis quelques années notre principal partenaire économique, absorbent 80 % de nos exportations à l’étranger. Le ralentissement de l’économie américaine se répercute donc presque instantanément sur notre propre activité économique et touche directement la plupart de nos entreprises manufacturières. Les plus récentes statistiques sur l’emploi, publiées vendredi dernier, n’enregistrent pas encore ces mauvaises nouvelles. Il faut cependant s’attendre à ce que cette dégradation soit très bientôt perceptible sur les indicateurs du chômage.
Cette situation très difficile touche d’abord la première économie du monde, et le gouvernement des États-Unis d’Amérique est en train d’y répondre en mobilisant des moyens majeurs. En quelques semaines, la réserve fédérale a procédé à une réduction de 100 points de base de ses taux directeurs, qui ont maintenant atteint le niveau le plus bas depuis 1962; le taux actuel est de 2,5 %.
Dans les jours qui ont suivi les attentats, le Congrès américain a débloqué un fonds spécial de 40000000000 $ US, pour l’année fiscale en cours. Le gouvernement américain s’apprête à verser aux compagnies aériennes une aide publique de 15000000000 $ US. Mercredi dernier, le président Bush déposait au Congrès un plan de relance économique, comprenant l’injection dans l’économie de 75000000000 $ additionnels. Les États-Unis réagissent donc rapidement et massivement, comme on pouvait s’y attendre, et comme il était de leur responsabilité de le faire.
Le gouvernement du Québec a également des responsabilités à assumer, et il va les exercer. Pour assurer une plus grande sécurité économique et sociale, nous prenons immédiatement une décision majeure.
Lors de la séance du Conseil des ministres du 3 octobre, la semaine dernière, j’ai demandé à la vice-première ministre et ministre d’État à l’Économie et aux Finances de présenter dans les prochaines semaines un discours sur le budget. La vice-première ministre procédera d’ailleurs dans les plus brefs délais à des consultations prébudgétaires de tous les agents socio-économiques: syndicats, patronat, économie sociale, groupes communautaires et autres. Cet exercice sera conduit de façon à rencontrer les objectifs de transparence que le gouvernement s’est fixés.
Il sera ainsi possible de réviser très rapidement le budget de l’année en cours et de mettre en place un ensemble d’initiatives visant à assurer le maintien de l’activité économique. L’Assemblée nationale, qui reprendra ses travaux le 16 octobre prochain, consacrera donc, bientôt et prioritairement, ses travaux à l’étude du budget déposé, selon les règles habituelles de notre démocratie parlementaire. Un autre budget au printemps n’est pas exclu, si nécessaire, pour faire face au meilleur comme au pire.
Le gouvernement du Québec mobilise ainsi les principaux leviers à sa disposition pour répondre à une conjoncture économique à bien des égards exceptionnelle. Notre discipline budgétaire nous permet de disposer d’une marge de manœuvre dont l’État québécois ne bénéficiait plus depuis plusieurs décennies. Surtout dans un contexte où une certaine prudence nous avait amenés à constituer des réserves dans le cadre du dernier budget. Nous touchons maintenant les dividendes de cette discipline, une discipline qu’il nous faut absolument maintenir.
Nos relations économiques renforcées avec les États-Unis font que notre économie va profiter rapidement et directement des injections massives de fonds décidées par le gouvernement américain. À l’image de ce que font actuellement les États-Unis, nous devons cependant être proactifs et soutenir l’activité économique devant la conjoncture difficile que nous allons traverser.
Au-delà des grands leviers budgétaires, le gouvernement posera rapidement une série de gestes concrets visant à soutenir l’activité économique. Le gouvernement mettra plus vigoureusement que jamais l’épaule à la roue:
Il verra à ce que les investissements publics, principalement dans les secteurs de la santé et des services sociaux et de l’éducation, soient accélérés et ciblés en fonction des besoins les plus urgents, partout au Québec, dans chacune des régions.
Tout sera mis en œuvre, notamment les pressions nécessaires auprès du gouvernement fédéral, afin que les projets soumis par les municipalités dans le cadre du Programme d’infrastructures soient entrepris et réalisés dans les plus courts délais possibles.
Le gouvernement utilisera plus intensivement que jamais l’outil clé que constitue l’appui qu’il peut apporter à la réalisation d’investissements privés ayant des retombées rapides et significatives. Nos grands instruments de développement que sont la Société générale de financement et Investissement Québec seront tout particulièrement au cœur de l’offensive à mener.
Les besoins énergétiques du Québec augmentent également de façon rapide en raison de la forte croissance économique des dernières années. Il est à prévoir que, à partir de 2005, la capacité de production actuelle d’Hydro-Québec sera insuffisante pour répondre aux ventes d’électricité prévues. Dans ce contexte, le gouvernement accélérera, comme il a commencé à le faire d’ailleurs dans les projets de Péribonka et de Beauharnois, la réalisation de projets de production d’énergie électrique afin: d’assurer un approvisionnement stable d’électricité à faible coût à tous les Québécois et les Québécoises d’abord; de soutenir le développement économique du Québec en favorisant la réalisation de projets d’investissements majeurs; d’éviter que le Québec soit confronté à une crise énergétique comparable à celle des États-Unis où, dans certains États, des entreprises ont dû cesser leur production en périodes de pointe. L’État québécois jouera le rôle qui lui revient et mobilisera toutes ses ressources. Je suis pour ma part très confiant dans la capacité du Québec de contrer rapidement les incertitudes actuelles.

[QLandry20010411Qué]
[Présentation d’une motion d’appui au libre-échange des Amériques]
Monsieur le Président, J’ai l’honneur de vous présenter, conjointement avec le député de Sherbrooke et le député de Rivière-du-Loup, la motion suivante : « Que l’Assemblée nationale, dans la foulée du rapport unanime de la commission des institutions intitulé Le Québec et la Zone de libre-échange des Amériques: effets politiques et socioéconomiques, affirme que l’ouverture des marchés des Amériques constitue un potentiel majeur pour l’économie du Québec;
Que le processus de négociation de cette zone doit être transparent et démocratique, et qu’un éventuel traité de libre-échange des Amériques devra respecter nos compétences constitutionnelles, nos valeurs sociales et notre identité collective. »
Monsieur le Président, comme je l’ai indiqué dans la présentation de la motion, elle ne vient pas du gouvernement, elle vient de toutes les forces politiques représentées dans cette Chambre. Et c’est à l’honneur du Québec que cette motion, sa formulation, ce qu’elle recouvre, soit consensuelle dans notre Assemblée. En effet, sur le fond des choses, le Québec est libre-échangiste. Le Québec n’est pas en faveur des entraves à la liberté du commerce, à la libre circulation des biens et services, des capitaux et éventuellement des personnes. C’est dans la nature des choses, c’est dans nos traditions. Nous avons un très vaste territoire, des richesses naturelles très abondantes et surabondantes pour l’usage des 75000000 personnes que nous sommes à habiter ce territoire. Alors, dans ces conditions, pour des raisons même purement matérielles et matérialistes, il est évident que, quand on a trop pour sa propre consommation, on ne peut pas être pour les frontières et pour le protectionnisme. Mais avec les années, au fur et à mesure que la structure économique du Québec se modifiait, cette attitude est devenue encore plus nécessaire dans notre intérêt et pour notre développement. Mais, je l’ai bien dit, l’ouverture du Québec est presque intrinsèque et elle est en tout cas tout à fait traditionnelle. En effet, Wilfrid Laurier, premier ministre du Canada, a proposé à la population l’ouverture des frontières avec les États-Unis d’Amérique dès 1911. Il a malheureusement été défait. S’il avait gagné, nous aurions profité d’une forme déjà avancée de libre-échange déjà à la Première Guerre mondiale. Alors, malheureusement, ce n’est pas arrivé. Un autre accident nous a empêchés de continuer l’ouverture: c’est 1945. En 1945, avec l’appui des syndicats ouvriers d’ailleurs, les gouvernements américain et canadien, au niveau des fonctions publiques, avaient convenu d’ouvrir les frontières un peu comme l’Europe s’apprêtait à le faire… L’Europe l’a fait en 1957. Le premier ministre du temps, Mackenzie King, pour des raisons mal expliquées, n’a pas accepté de faire ce geste. Il a donc fallu attendre 1989. Et j’ai eu l’occasion de le dire en présence de Brian Mulroney il y a quelque temps, lors d’une conférence internationale, il y a deux Québécois qui ont mis de l’avant le libre-échange, deux Québécois qui ont été premiers ministres du Canada. Un seul a réussi, Brian Mulroney, puisque le Québec a massivement appuyé, on s’en souvient, les conservateurs à cette époque. Et notre formation politique a pris position pour le libre-échange, comme le Parti libéral de Robert Bourassa dans le temps. Comme j’étais moins occupé aux travaux de cette Chambre, puisque la politique avait pris congé de moi pour quelques années, j’ai pu consacrer quelques années à écrire un volume, comme chacun sait, et faire des centaines et des centaines de conférences au Canada, comme au Québec, comme aux États-Unis sur la question. Et nous avons amorcé en Amérique du Nord, par ce premier traité bilatéral, un mouvement d’intégration dont tout le monde se réjouit aujourd’hui, bien entendu. Ce premier traité, on peut l’affirmer sans crainte, a été la condition nécessaire du deuxième, qui a inclus le Mexique et qui s’est appelé l’ALENA.
À peu près à la même époque, dans l’autre partie du continent, le grand Brésil et son moyen voisin l’Argentine, et deux pays plus petits, Uruguay et Paraguay, ont constitué le Mercosur. Alors, on est déjà au deuxième noyau d’intégration continentale en voie de se réaliser. Plus, ne l’oublions pas, une population importante regroupée dans une myriade de pays et d’îles qui habite les Caraïbes et qui a aussi un procédé d’intégration en cours qui s’appelle CARICOM.
Tout ce que je viens de dire là, à première vue, est très positif. Tout le monde a applaudi la formation de Mercosur, tout le monde est d’accord avec l’ALENA et tout le monde est d’accord que les pays des Caraïbes s’entendent et aient une solidarité économique poussée. Comment se fait [-]
il alors que, à quelques jours du Sommet de Québec, on érige des barrières dans les rues, qu’on déploie un dispositif policier considérable et qu’on redoute que les travaux soient perturbés par bien des personnes qui n’ont pas toutes tort? Ceux qui veulent perturber de façon violente la rencontre, évidemment, ont fondamentalement tort, ce n’est pas une attitude démocratique. Mais pourquoi a-t-on vu de tels mouvements contre ce qu’on appelle la globalisation, la mondialisation, soit à Seattle, soit à Prague, soit à Nice même, quand on a des réunions de la Communauté économique européenne?
Probablement parce que, sans mauvaise foi, les gouvernants n’ont pas vu venir un nouveau phénomène de notre temps qui tourne autour de la prise de conscience de la société civile, c’est-à-dire l’activité politique, la réflexion politique non gouvernementale et non parlementaire, ce qui n’est pas une mauvaise nouvelle. Si la société civile s’implique, ça veut dire que la démocratie est de plus en plus participative, de plus en plus d’hommes et de femmes se préoccupent de leur sort et de leurs intérêts. Et les gouvernements n’ont pas vu venir le phénomène et, encore une fois, sans jeter la pierre à quiconque, n’ont pas eu le niveau de transparence qui était requis par la nouvelle situation.
Moi, quand je vois des jeunes Québécois et des jeunes Québécoises outrés de façon absolue, à l’encontre du libre-échange, ça me fait de la peine, parce que, en soi, être totalement opposé au libre-échange parce que les frontières sont ouvertes, c’est réactionnaire, Monsieur le Président. Regardez d’ailleurs les chefs politiques progressistes d’Occident, on a encore eu Tony Blair qui est venu à Ottawa il y a quelques mois pour redire sa foi dans l’ouverture des frontières et la libre circulation des biens et des services dont l’Europe de l’Ouest donne un exemple extraordinaire. Les socialistes français vont dire la même chose, les socialistes allemands vont dire la même chose. Alors, se prétendre progressiste et avancé et, en même temps, contester un des grands mouvements du progrès humain du dernier siècle, c’est paradoxal.
Ça ne sert à rien de dire: on les blâme de penser cela. Il nous faut insister sur le fait qu’on aurait dû expliquer. Et les gouvernements auraient dû non seulement publier les documents nécessaires, mais, avant même d’amorcer le processus, devant ce nouveau phénomène, faire des campagnes d’information. Pas uniquement gouvernementales, les universitaires auraient dû s’en mêler, les centrales syndicales auraient dû s’en mêler. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas arrivé, et on est devant ce phénomène. Il faut prendre nos responsabilités, il faut expliquer le côté positif de cette globalisation, et prendre nos responsabilités jusqu’au bout et en souligner les dangers et les périls, car il y en a. C’est en cela que ces jeunes gens et jeunes femmes qui vont envahir la ville de Québec, là, n’ont pas totalement tort, il y a des périls liés à la globalisation.
Si on veut remonter un peu et en faire la genèse, on va mieux les comprendre, les périls. D’abord, sur le plan théorique, c’est une vieille idée. C’est un économiste, non pas anglais, comme certains disent, mais écossais qui s’appelait Adam Smith, qui, dans des dialogues célèbres avec un autre économiste, Ricardo, a bien démontré la spécialisation internationale du travail. Chaque nation fait les produits qu’elle sait le mieux faire, les vend à l’autre, puis les deux sont satisfaits. Et même, pour prendre l’objection de Ricardo, même ceux qui ne sont pas très habiles à faire quoi que ce soit. Il y a toujours quelque chose qui n’intéresse pas les plus habiles, et ça permet aux pays les moins avancés de participer aussi aux échanges. Cette théorie a mis du temps à devenir la pratique. L’Angleterre en a donné l’exemple avec des reculs de flamme. D’autres pays s’y sont essayés, mais c’est vraiment en 1945 que la théorie est devenue une pratique essentielle pour les pays d’Europe de l’Ouest. On sait que les pays d’Europe de l’Ouest, qui sont parmi les plus avancés de la terre sur le plan culturel et à tous égards, se sont affrontés avec une extrême barbarie deux fois dans un demi-siècle, 1914-1918, 1939-1945.
Les penseurs allemands, italiens, français, belges, néerlandais, déjà – alors que la fumée des canons n’était pas dissipée – ont imaginé et compris que la façon d’avoir l’harmonie entre les peuples, tout en conservant leur souveraineté, c’était de cultiver les quatre libertés. Et on a vu l’intégration européenne, qui est devenue un immense succès aujourd’hui, qui est même rendue à l’intégration monétaire avec l’euro, donner à la planète entière l’exemple de ce que veut dire le libre-échange et la libre circulation.
Sauf que, d’une façon réductrice, l’exemple européen n’a été pris que pour partie, la partie libre circulation des biens, des marchandises, des services. Mais déjà dans le traité de Rome, en 1957, on voit la vision extraordinaire qu’ont eue les six pays fondateurs du Marché commun. Déjà, dans le traité de Rome, il y avait des provisions sociales, il y avait des provisions politiques pour éviter le fameux déficit démocratique, il y avait des prévisions politiques pour faire que les cultures et les langues ne soient pas menacées.
Il eût fallu, pour ne pas soulever tant de monde contre la globalisation, comprendre dès le début que les relations harmonieuses entre les peuples et dans des économies, surtout de développement inégal, ne peuvent pas être basées uniquement sur le matérialisme.
La coopération internationale n’est pas que le fait de vendre des biens et des services ou d’investir dans l’espace économique du voisin. La vraie coopération internationale implique aussi des dimensions culturelles, des dimensions éducationnelles, des dimensions sociales, des dimensions environnementales.
Alors, de quoi ont peur ceux qui se dressent contre la globalisation? Ils ont peur que la démocratie se déplace des Parlements élus vers des forces transnationales, le plus souvent privées et extrêmement puissantes, qu’on appelle justement les compagnies multinationales ou transnationales. C’est un premier problème.
Le déficit démocratique. On a vu un bel exemple quand l’OCDE, qui est un club globalement de pays riches – il y en a quelques moins avancés qui en font partie – a mis de l’avant l’AMI, vous vous rappelez, l’Accord sur les investissements. Ça a soulevé un tollé incroyable parce qu’on aurait dit que ça sortait des conseils d’administration des grandes compagnies et que c’était pour organiser un vaste espace libre pour les grands niveaux transnationaux. Alors, ça, c’est une inquiétude.
Une deuxième inquiétude aussi grave et qui découle de la première, parce qu’il n’y a pas vraiment de régulation de la mondialisation et, si ce sont uniquement des forces privées et matérielles, on va déboucher sur le deuxième problème… Le deuxième problème, il est social. Dans les espaces économiques que l’on veut réunir, les trois Amériques, il y a des niveaux de développement très différents en terme économique, en terme démocratique, en terme social.
Alors, en clair, pour prendre un exemple trivial, ce dont ont peur ces gens qui s’opposent à la globalisation telle qu’on la leur présente, c’est d’acheter, par exemple, des produits de consommation courante qui font leur affaire, disons une paire de chaussures de sport, très intéressante quant au rapport prix-qualité, qu’on achète pour apprendre six mois plus tard qu’elle a été fabriquée dans des conditions qui jouxtent l’esclavage dans un pays moins avancé. C’est une crainte véritable, et cette crainte est à double détente. Car, en effet, elle utilise, dans des conditions inacceptables socialement, une main-d’œuvre maltraitée pour servir une clientèle bien traitée, mais pour déplacer les emplois de travailleurs, eux, bien traités, par des législations sociales avancées et des normes du travail élevées; donc, problème social potentiel très grave.
Problème environnemental du même type. On peut très bien – on l’a vu – acheter des produits intéressants venant de pays qui, n’ayant aucune législation de protection de l’environnement ou qui ne l’appliquent pas, produisent à des coûts très bas qui nous séduisent et à des niveaux de qualité acceptables, mais en détruisant des cours d’eau ou des forêts dans des endroits où la législation n’est pas suffisamment avancée.
Alors, moi, qui suis – je l’ai dit à plusieurs reprises – un fervent adepte de la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes, je suis bien placé pour proclamer que j’ai les mêmes craintes que plusieurs face à la globalisation des marchés, particulièrement dans le contexte québécois. Et là je dois dire que j’aurais espéré – en tout cas, le chef de l’opposition pourra s’en expliquer – qu’il fasse comme les partis d’opposition à Ottawa qui ont affirmé que la présence du Québec, d’une manière ou d’une autre, à cette conférence allait de soi, non? M. Joe Clark l’a dit, M. Stockwell Day l’a dit, M. Gilles Duceppe l’a dit, Mme Alexa McDonough l’a dit, et je pense que c’est dans la nature des choses. On vient dans notre capitale nationale qui est une des plus belles villes du monde, protégée, patrimoine mondial, etc. On y invite une quarantaine de nations et un peu plus, dont la plupart sont moins importantes économiquement que le Québec et moins importantes même démographiquement, et le Québec n’y sera pas.
On reçoit les nations d’Amérique, mais on ne peut pas s’adresser aux nations d’Amérique. C’est un déficit démocratique, ça aussi, et c’est un autre danger de la mondialisation dont notre Assemblée doit se préoccuper. Je sais que l’opposition officielle ne partage pas nos vues sur cette question, mais je l’invite quand même à réfléchir.
Si on veut que la mondialisation soit civilisée, soit régulée et réglementée, il faudra confier des pouvoirs de souveraineté nationale à des instances transnationales. Il faudra que les pays renoncent à une partie de leur souveraineté, comme ça se fait en Europe. Mais, en Europe, il y a un fort niveau régional bien réglementé sur le plan de la démocratie et sans déficit démocratique.
Mais, dans la condition du Québec qui est une nation – ça, c’est consensuel, tout le monde le sait –, là, ça va devenir extrêmement compliqué, parce que des décisions qui vont toucher nos vies de tous les jours ne seront plus prises ici, à l’Assemblée nationale, comme ça doit être le cas. Elles ne seront pas prises à Ottawa non plus, parce que ça va être à des niveaux transnationaux, à des tables où les nations souveraines iront s’asseoir pour régler ensemble les problématiques des dangers potentiels de la mondialisation, et le Québec ne sera pas représenté à ces tables. C’est un puissant argument pour considérer l’extension à son maximum de la souveraineté du Québec. Autrement, un déficit démocratique va se créer, et notre nation se verra exclue de décisions majeures pour l’existence de nos concitoyens et de nos concitoyennes. Le Sommet de Québec est une belle occasion de le rappeler. C’est une belle occasion de rappeler qu’il y a un prix à la non-souveraineté, et ce n’est pas juste une question de fierté, bien que la fierté soit en cause.
Personne n’est fier, j’imagine, dans cette Assemblée, que les peuples d’Amérique viennent ici sans que nos représentants élus puissent s’adresser à eux directement, au nom de l’Assemblée nationale et de la nation québécoise et du gouvernement du Québec. C’est un visible déficit démocratique qui touche la fierté, à la limite, le savoir-faire et le savoir-vivre.
Mais il y a plus que ça. Au-delà de la fierté, il y a nos intérêts matériels. Dans la Communauté européenne, modèle que nous proposons pour nos relations avec le reste du Canada, une telle chose ne pourrait pas se produire. Il ne serait pas question qu’il y ait une réunion d’Européens à Paris sans que le gouvernement français non seulement accueille, mais soit à la table et discute. Il n’est pas question que l’Europe de l’Ouest prenne une position au GATT, par exemple, à l’OMC, sans que le Conseil des ministres à Bruxelles, composé des ministres des divers pays, ait pris une position et donné un mandat. Ce qu’on va voir à Québec, là, on n’a même pas eu les textes. Je ne reviens pas là-dessus. Encore une fois, je ne le dis pas dans un esprit de ressentiment et de blâme. La plupart des gouvernements se sont fait prendre et n’ont pas vu venir ce mouvement à l’effet que les populations veulent être informées, veulent savoir. Elles veulent, pour un très grand nombre d’entre elles, des millions et, encore, avoir à l’Internet ce qui va se passer, ce qui va se décider, ce qui va se discuter. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, d’une certaine façon, puisqu’il n’y aura pas de décision à ce sommet de Québec, c’est bien entendu. On commence une négociation qui va être très complexe.
Mais souvenons-nous de l’Accord de libre-échange canado-américain, le premier. On les a eus, les textes, des éditions populaires qu’on pouvait faire circuler. Je me souviens, ce coup là, le gouvernement du Canada, qui n’était pas un gouvernement libéral, avait bien fait les choses. Il y avait des textes très élaborés de toutes les dispositions du traité, ça pouvait être comme le livre du maître, si on peut dire. Puis il y avait des textes pour les étudiants, les étudiantes de maîtrise. Puis il y en avait pour l’homme de la rue et la femme de la rue, il y avait comme le petit résumé du budget, on résumait le traité.
Donc, ça peut se faire, même si c’est un traité complexe. Alors, ce que je souhaite, c’est qu’à l’avenir la jeunesse québécoise et la jeunesse des Amériques soient tenues au courant d’avance de ce qu’on leur réserve pour l’avenir et de ce qu’on a envie de discuter, et qui va faire qu’elles vivront dans telle sorte de monde ou telle autre sorte de monde. C’est élémentaire. C’est un grand projet qui pourrait être emballant et qui va commencer dans la fureur et dans le bruit. Mais, encore une fois, je ne désespère pas que, dans des rondes supplémentaires, la leçon ait été apprise. L’information est suffisamment avancée aujourd’hui, par la radio, la télévision, les diverses publications, plus Internet, pour qu’on puisse mettre les populations dans le coup. Et c’est de cette façon qu’on finira par faire comprendre à tous les horizons de la société, aussi bien aux chefs d’entreprise qui veulent la libre circulation et l’abolition des frontières, qu’aux écologistes qui veulent que la nature soit protégée, qu’aux gens plus portés sur la solidarité sociale qui veulent que les normes soient respectées d’un pays à l’autre, que toutes ces clientèles soient attirées par l’intégration des Amériques et non pas repoussées. Et dans ces conditions, une grande œuvre pourrait se faire, et elle est de plus en plus nécessaire.
Car vous savez que l’intégration européenne, elle a parfaitement réussi. Je l’ai dit, un demi-milliard d’être humains… et ce n’est pas fini, parce qu’ils peuvent réaliser la prophétie du général de Gaulle puis faire l’Europe, de l’Atlantique à l’Oural. Là, on sera rendu pratiquement au milliard de consommateurs solvables dans une même zone, plus qu’une zone de libre-échange, un marché commun avec les institutions et régulé. Ça va faire un poids fabuleux. À ce moment là, ça veut dire que l’euro sera la monnaie d’un plus grand nombre de personnes que le dollar des États-Unis d’Amérique, qui est la grande monnaie d’aujourd’hui. En d’autres termes, l’Europe est largement née en contrepoids à la puissance américaine. Les Européens pensaient que, s’ils ne faisaient pas ce vaste marché commun, l’Amérique dominerait totalement toute l’activité économique avec ses compagnies qui étaient déjà des multinationales. Donc, ils ont fait ce mouvement d’intégration. Ce vers quoi on pourrait s’en aller, c’est que l’Amérique ait besoin à son tour de faire contrepoids à l’Europe. Il y aura dans la Zone de libre-échange des Amériques, si elle se fait, environ un demi-milliard de consommateurs, de producteurs et d’habitants. C’est déjà un contrepoids intéressant, ce sera déjà une manière de dire, dans 5, 10, 15, 20 ans à l’Europe: nous avons un modèle analogue au vôtre, nous avons des marchés aussi grands que les vôtres, et continuer ensuite l’œuvre au niveau international, à l’OMC. On va voir dans le monde, sur le plan géographique, se constituer des ensembles d’abord continentaux, l’Europe, je l’ai dit, les Amériques. Mais, en même temps, ce mouvement, il se continue à l’échelle planétaire à travers l’Organisation mondiale du commerce et d’autres organisations soit à caractère purement économique, soit à caractère social comme les nombreuses filiales et composantes de l’Organisation des Nations Unies qui prennent en charge les questions d’environnement, qui prennent en charge les questions de travail, disons, le Bureau international du travail.
C’est comme ça, je crois, qu’il aurait fallu présenter les choses. Et il me semble que, si le Québec avait été impliqué directement dans ces discussions, à cause de la belle unanimité qui se retrouve dans cette Assemblée, on aurait pu apporter notre note au concert des nations, ce qu’une province, malheureusement, ne peut pas faire et ne pourra jamais faire. Je sais que je ne convaincrai pas l’opposition officielle de ça cet après-midi, ce serait trop beau. Le député de Rivière-du-Loup, lui, parle déjà d’union confédérale. Il est en train de penser à des formules de ce genre. J’espère qu’il retiendra ce que j’ai dit cet après-midi et que, dans son programme constitutionnel, quand il en aura un, il prévoira que le Québec doit faire partie du concert des nations et que la question constitutionnelle déborde largement le cadre constitutionnel. La question constitutionnelle se transforme en enjeu démocratique majeur. Si le Québec, d’une manière ou d’une autre, n’acquiert pas le statut d’une nation au plan international, notre population verra la démocratie s’éloigner d’elle, ce qui est la dernière chose souhaitée par tout le monde dans cette Chambre, j’en suis certain.
La motion a été adoptée à l’unanimité de la Chambre le mercredi 11 avril 2001.

[QLandry20020411Qué]
[Hommage aux athlètes qui ont participé aux jeux olympiques et paralympiques]
Chers médaillés, Chers athlètes olympiques et paralympiques, Chers collègues de l’Assemblée nationale, Madame la Présidente, Monsieur le Chef de l’opposition officielle, Chers collègues du Conseil des ministres, Parents et amis des athlètes, Mesdames et Messieurs, Chers amis, C’est avec une immense fierté que mes collègues et moi-même vous recevons ici, à l’Assemblée nationale, pour vous témoigner notre reconnaissance pour l’ensemble de vos performances réalisées à l’occasion des Jeux olympiques et des Jeux paralympiques d’hiver de Salt Lake City. Cette émotion est aujourd’hui partagée par l’ensemble des Québécois et Québécoises qui ont suivi vos préparatifs et vos compétitions, ou directement, ou par l’entremise des médias. Les résultats obtenus lors de ces Jeux méritent que nous vous rendions un hommage appuyé pour le talent que vous avez su si bien déployer et pour l’excellence de vos prouesses sportives. Je voudrais aussi et surtout vous féliciter pour cette ferme volonté manifestée au fil des années, le courage, la détermination et l’engagement qui vous ont amenés, dès votre jeune âge dans la plupart des cas, à travailler avec acharnement, loin des feux de la rampe et de la gloire, pour atteindre ces sommets qui méritent aujourd’hui notre respect et forcent l’admiration du peuple québécois.
Cette bataille, vous l’avez menée en vous imposant un entraînement sévère qui commençait souvent, pour plusieurs d’entre vous, aux premières lueurs du jour et qui vous obligeait à vous astreindre à une discipline rigoureuse. Cette capacité d’abnégation vous a permis de vous hisser au plus haut rang de l’élite sportive mondiale. C’est cette victoire sur vous-même que nous saluons également aujourd’hui. Permettez-moi, à cet égard, de souligner le niveau de performance des athlètes québécois lors de ces Jeux olympiques d’hiver : 10 des 17 médailles obtenues pour le Canada sont le fait de Québécois et de Québécoises et 5 des 6 médailles d’or. Ces Jeux ont également confirmé le triomphe du Québec aux épreuves de patinage de vitesse sur courte piste et en patinage artistique. Marc Gagnon a récolté trois autres médailles pour devancer un autre Québécois, Gaétan Boucher, comme le plus grand athlète olympique du Canada lors des compétitions d’hiver.
Comme des millions d’autres Québécois et Québécoises, et en respectant totalement l’opinion et les couleurs contraires, j’aurais éprouvé une très grande émotion à voir nos athlètes monter sur le podium alors que nos couleurs nationales bleu et blanc auraient été hissées au mât et qu’aurait retenti notre hymne national. Ce n’est pas encore le cas; ce sera le cas le jour où, démocratiquement, la population du Québec en aura ainsi décidé. Mais si cela avait été le cas, le Québec, cette année, à Salt Lake, aurait été le neuvième pays pour le nombre de médailles obtenues et le cinquième pour le nombre de médailles d’or, avant la France et l’Italie qui ont chacune, comme on le sait, 50 ou 60000000 d’habitants. C’est une performance par tête inimaginable. Ces résultats nous rappellent simplement que la grandeur d’un peuple se mesure moins par la taille de sa population que par l’importance de ses réalisations. Tous les obstacles paraissent petits quand on se voit grand. Je ne suis pas sans savoir que derrière chaque athlète il y a des entraîneurs, des cadres sportifs, des bénévoles et des officiels dont le soutien technique et moral vous a permis de vous dépasser et de trouver l’énergie nécessaire pour rivaliser avec les meilleurs de ce monde. On ne peut également passer sous silence l’immense générosité de vos parents qui vous ont encouragés, appuyés financièrement et suivis jour après jour, tout au long de votre carrière. Ils ont été de précieuses sources de motivation, installés aux premières loges pour panser vos blessures morales ou vous féliciter lors de vos nombreuses réussites. Je leur rends aujourd’hui aussi hommage pour ce travail accompli bien souvent dans l’ombre et dont l’importance vitale pour notre élite sportive n’est plus à démontrer.
Votre présence dans notre Assemblée nationale nous permet aussi de vous dire l’importance que nous attachons, toutes et tous, aux valeurs personnelles et collectives que vous projetez par votre cheminement sportif et l’excellence de vos prestations. Votre persévérance et votre souci de la réussite servent d’exemple à la population québécoise dans toutes les sphères d’activité. Vous êtes des modèles d’engagement pour nous tous, vous incitez les jeunes à viser l’excellence et à redoubler d’ardeur pour atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés, que ce soit dans les études, les arts, les sciences, l’engagement social ou tout simplement le travail quotidien.
Au nom de tous les membres de l’Assemblée nationale et en mon nom personnel, je félicite donc tous les athlètes, entraîneurs, officiels et accompagnateurs qui nous ont si bien représentés aux Jeux olympiques et aux Jeux paralympiques de Salt Lake City. Je vous remercie de votre contribution remarquable à l’avancement du Québec.

[QLandry20010711Alle]
[Allocution devant le Landtag de Bavière]
Monsieur le président du Landtag, Herr praesident,
Madame et monsieur les vice-présidents du Landtag,
Mesdames et messieurs les présidents des groupes parlementaires,
Mesdames et messieurs les membres du gouvernement de la Bavière,
Mesdames et messieurs les députés,
Meine Damen und Herren
Je mesure bien, Mesdames et Messieurs les députés, le caractère exceptionnel de l’honneur que vous me faites de m’accueillir ici, dans cette enceinte prestigieuse aux profondes résonances historiques. Vielen dank. L’émotion ressentie aujourd’hui n’a d’égal que celle éprouvée lorsque vous m’avez conféré l’Ordre du Mérite Bavarois. Mais au-delà de ma personne, je sais que votre invitation témoigne avant toute chose des liens de profonde amitié qui unissent le peuple du Québec et l’État libre de Bavière. Et au nom du Québec, de son gouvernement et de son peuple, je veux vous dire, d’emblée, à quel point ce témoignage nous touche. J’aimerais particulièrement exprimer mes remerciements au Dr Johann Böhm et, à travers lui, aux députés du Landtag.
Nos deux États entretiennent aujourd’hui des relations riches et privilégiées. Des relations qui, au-delà de l’intérêt mutuel que nous y trouvons, se fondent d’abord sur un certain nombre d’affinités et de traits communs.
Par leur histoire, leur religion, leurs traditions culturelles et politiques, Québécois et Bavarois assument une forte identité au sein de leur continent. Il en découle, pour les uns comme pour les autres, une indépendance d’esprit, une façon unique de dire et de faire les choses. Il en découle également le sentiment – fortement ancré – que rien n’est jamais acquis et que nous sommes, en quelque sorte, « condamnés à l’excellence ».
Le Québec et la Bavière ont connu, au cours du dernier demi-siècle, une évolution vertigineuse, tant sur le plan économique que social. L’un et l’autre sont passés, en peu de temps, d’une société surtout rurale à une société fortement urbanisée dont le développement repose plus que jamais sur les technologies de pointe.
Au cours des dernières décennies, nos deux États n’ont pas eu peur de s’engager résolument afin de réunir les conditions propices à la création de richesse à l’intérieur de leurs frontières: développement d’infrastructures, investissements en éducation et en formation, concertation active entre les acteurs socio-économiques, mise en place de politiques axées sur l’innovation et la valeur ajoutée. Volonté très claire, aussi, non seulement de créer la richesse, mais d’assurer un partage équitable de cette richesse pour l’ensemble des citoyens, sur l’ensemble du territoire.
Pour toutes ces raisons, au-delà des contraintes de la géographie et de la différence linguistique, il était inévitable que le Québec et la Bavière finissent par se rencontrer.
La signature de la première entente de coopération entre nos deux États remonte déjà à plus de dix ans. Mais bien avant cette signature, alors que j’étais jeune ministre dans le cabinet de René Lévesque, j’avais déjà eu des entretiens plus que chaleureux avec le regretté Franz Josef Strauss. Les liens institutionnels ont été renforcés et élargis en octobre 1999, lors de la visite au Québec de votre ministre président, Herr Dr Edmund Stoiber. Par ailleurs, l’ouverture d’un Bureau du Québec à Munich en 1997, suivie de celle, il y a deux ans, du Bureau de la Représentation du gouvernement de l’État libre de Bavière à Montréal, ont permis de consolider les partenariats déjà concrétisés. Ces initiatives, auxquelles il faut ajouter de fréquentes missions ministérielles et privées des deux côtés de l’Atlantique, ne peuvent que paver la voie à une coopération accrue et plus diversifiée entre nos gouvernements et nos populations respectives.
Comme le Québec en Amérique, la Bavière assume résolument un destin continental dans une Europe de plus en plus intégrée et élargie. Le Québec, qui entretient des relations de longue date avec plusieurs autres partenaires de l’Union européenne, suit avec beaucoup d’intérêt la construction de l’Europe, qui nous apparaît comme la plus grande expérience d’intégration politique de l’histoire contemporaine. Le modèle de l’Union européenne a toujours exercé une profonde fascination sur les Québécois. Aujourd’hui plus que jamais, nous constatons que l’expérience européenne continue d’offrir des solutions institutionnelles originales à des problèmes inédits. Plusieurs de nos premiers ministres ont suivi de près l’évolution des institutions communautaires: René Lévesque, Jacques Parizeau et Robert Bourassa, qui a passé quelques années en Europe précisément à cette fin.
Et aujourd’hui, dans la perspective d’une zone de libre-échange à l’échelle des deux Amériques, l’Union européenne demeure, pour nous Québécois, un exemple inspirant: le seul modèle existant et crédible qui inclut des valeurs immatérielles, sociales et environnementales dans un puissant processus d’intégration économique.
Le Québec est l’un des États des Amériques qui entretient les rapports institutionnels les plus étroits avec des partenaires de l’Union européenne. C’est dire que l’Europe n’est pas seulement le deuxième partenaire économique du Québec. C’est aussi un continent dont la sensibilité est particulièrement accordée à celle du Québec. L’idéal québécois sera toujours de conjuguer les meilleures valeurs européennes et celles de l’Amérique du nord au sein de laquelle nous sommes profondément ancrés. Cet intérêt n’est pas attribuable uniquement à des raisons historiques, déjà évidentes. Vos valeurs politiques et sociales, vos modèles de gestion de l’État s’accordent bien avec l’approche québécoise, notamment en matière d’économie sociale, d’environnement, de traçabilité alimentaire.
Ces approches et ces sensibilités communes appellent les États comme le Québec et la Bavière à jouer un rôle de plus en plus important dans la recherche de solutions créatives face aux défis du nouveau millénaire. C’est dans cette perspective que je souhaite m’adresser à vous aujourd’hui, en abordant deux questions distinctes mais intimement liées: l’évolution du Québec contemporain et les défis communs face à la mondialisation.
L’évolution du Québec contemporain Le Québec moderne tire sa spécificité de quatre attributs distinctifs.
Le Québec est le seul État en Amérique du Nord dont la langue officielle et commune soit le français.
Le Québec est une nation démocratique dont le système parlementaire s’appuie sur une tradition ininterrompue de plus de deux siècles.
Le Québec forme une nation ouverte sur le monde
Le Québec est une nation moderne et dynamique, tant par son économie de pointe que par ses politiques sociales progressistes.
Ces attributs sont inscrits dans la genèse historique de cette nation originale et unique en Amérique du Nord. Pour comprendre le Québec actuel et en baliser l’évolution, il faut en connaître le cheminement historique sans lequel, pour paraphraser Heinrich Heine, « on est condamné à en admirer les couleurs sans en connaître ni les racines ni le langage symbolique ».
Colonie française au début du XVIIe siècle, colonie britannique à partir de 1760 et membre de la fédération canadienne depuis 1867 (appelée Confédération à l’époque), le Québec s’est toujours distingué par une volonté inaltérable de préserver son identité et de poursuivre son développement comme entité propre.
Très majoritairement francophone, le Québec n’en a pas moins bâti au fil des siècles une société composée d’une minorité anglophone, de 70000 autochtones regroupés en 11 nations et de milliers de citoyennes et de citoyens provenant de tous les horizons. C’est dire que si le Québec est ouvert sur le monde, il est aussi vrai que le monde est ouvert sur lui, puisque des communautés originaires de tous les continents l’ont choisi comme terre d’accueil et contribuent à façonner son avenir dans un climat d’harmonie. Cette extraordinaire diversité représente une richesse inestimable pour le Québec.
L’ouverture du Québec sur le monde se manifeste également par sa présence très active sur la scène internationale. Nous cultivons des amitiés et concluons des accords et partenariats mutuellement profitables avec de nombreux États dans une très grande diversité de champs d’intérêt. Le Québec est présent, à titre de gouvernement participant, au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie. Le Québec compte un réseau diplomatique de délégations et de bureaux là où ses intérêts le justifient: il est notamment présent en Belgique et en Allemagne depuis 30 ans, à Mexico depuis 20 ans, à Tokyo depuis près de 30 ans, à Paris et à Londres depuis 40 ans et à New York depuis 60 ans. Nous sommes représentés dans une quinzaine de pays.
D’ailleurs, le nouvel environnement international impose plus que jamais au Québec le devoir d’agir à l’étranger dans ses domaines de compétences exclusives ou partagées, et ce, tant pour le rayonnement de son espace culturel que pour l’accroissement de sa prospérité. L’action québécoise s’inscrit dans un courant mondial, alors que de plus en plus d’États fédérés constatent qu’ils sont les seuls à pouvoir mettre en valeur leurs compétences et secteurs d’expertise. Les relations entre le Québec et la Bavière sont à l’avant-garde de cette tendance.
Le Québec d’aujourd’hui est donc une société moderne et dynamique, basée sur le respect des valeurs démocratiques et l’acceptation des différences culturelles. Ce que nous avons appelé chez nous la « Révolution tranquille », qui correspond à la construction d’un État québécois moderne, au début des années 1960, a véritablement transformé le Québec, le faisant passer d’une société rurale à une société industrielle dont l’économie est résolument axée sur les nouvelles technologies et les secteurs de pointe comme l’aéronautique, le multimédia, les technologies de l’information et les biotechnologies.
C’est donc à travers cette image d’une société tournée à la fois vers les traditions qui l’ont façonnée et vers l’avenir qu’elle s’acharne à construire, que l’on peut mieux comprendre le Québec et son histoire. Tant le devoir de mémoire que la nécessité de bâtir son propre avenir expliquent le cheminement politique et social du Québec. Il en résulte une nation consciente de son caractère unique et du rôle que sa géographie, sa culture et son histoire lui imposent de jouer.
Le gouvernement que je dirige est totalement convaincu que c’est en assumant pleinement son destin de nation que le Québec sera le mieux en mesure de jouer ce rôle. Les nations modernes assument leur destin dans des contextes de souverainetés partagées. C’est pourquoi notre projet s’inspire de la construction européenne: une Union de type confédéral qui nous permette de participer pleinement au concert des nations. D’autres de nos compatriotes estiment plutôt que le Québec doit toujours souscrire à l’hypothèse canadienne, et espèrent qu’une autre tentative de réforme du fédéralisme canadien réussira là où toutes les précédentes ont échoué. Toutes et tous s’entendent sur un point, cependant : la décision finale sera prise par le peuple québécois dans le cadre d’une consultation populaire, dans un climat de civilité et de respect de nos institutions démocratiques.
S’il demeure résolu à jouer à fond le rôle que lui confère sa qualité de nation, le Québec n’embrasse pas moins l’intégration économique continentale et l’accroissement des échanges avec ses partenaires du monde. Cette double volonté trouve clairement son expression dans la pensée d’un de nos plus grands poètes québécois, Gilles Vigneault qui écrit dans ses Voyagements:
« Il n’est coin de la terre où je vous entende; il n’est coin de ma vie à l’abri de vos bruits. »
Les défis communs face à la mondialisation

La prospérité du Québec a toujours été liée à sa capacité de développer de nouveaux marchés. Voilà qui explique l’appui clair qu’ont donné les Québécois à l’Accord de libre-échange canado-américain, entré en vigueur en 1989, et à l’Accord de libre-échange nord-américain, qui régit les relations commerciales entre le Canada, les États-Unis et le Mexique depuis 1994. Voilà aussi pourquoi le Québec soutient, dans le respect de la diversité culturelle, linguistique et sociale, la création d’une Zone de libre-échange des Amériques, prévue pour 2005.
Mais tout en adhérant à la mondialisation, qui laisse entrevoir des perspectives de prospérité accrue, nous pensons qu’elle doit être balisée, afin de favoriser une plus grande équité à l’échelle de l’ensemble de nos sociétés. À mon sens, le plus grave de ces défis réside dans notre capacité à réussir ce passage sans que ne se crée un déficit culturel, démocratique ou social.
Malgré son adhésion résolue à l’intégration économique, le Québec croit fermement que les lois du marché ne sauraient s’appliquer aux questions de langue et de culture. En particulier, nous sommes farouchement opposés à l’idée que les gouvernements doivent renoncer à définir librement leurs politiques culturelle et sociales.
Présentement, le gouvernement du Québec agit au niveau international pour que le principe de la diversité linguistique et culturelle soit accepté par l’ensemble de la communauté internationale. Il nous paraît que les États qui défendent une telle approche – et je sais que la Bavière n’y est pas insensible – devraient se regrouper, ou à tout le moins entretenir des liens stratégiques, pour exprimer cette vision sur la scène internationale.
Par ailleurs, la mondialisation entraîne une redéfinition quasi universelle du rôle socio-économique de l’État. Elle entraîne également une restructuration du marché de l’emploi à l’échelle planétaire. On assiste à une certaine marginalisation de la fonction politique, au profit d’acteurs privés, dans le processus de prise de décision. Dans un tel contexte, les États sous leur forme actuelle devront imaginer de nouvelles façons de faire, au moment où nos citoyens ressentent de plus en plus clairement la nécessité d’un contrepoids aux forces croissantes du marché.
Il importe donc que les gouvernements examinent de très près les conséquences de la mondialisation et son impact sur les mécanismes d’élaboration des politiques, à l’échelle nationale et internationale. L’objectif d’une telle démarche serait de protéger et de renforcer les fondements démocratiques nécessaires à la conduite des affaires nationales et internationales. J’ai la conviction que les parlementaires de l’ensemble des États ont un rôle prépondérant à jouer dans un tel processus.
À cet égard, j’en profite pour souscrire à l’initiative du président du Landtag de Bavière, Dr Johann Böhm, et du président de l’Assemblée nationale du Québec, M. Jean-Pierre Charbonneau, qui ont l’intention de mettre sur pied une association internationale des parlementaires des États fédérés et des régions autonomes. Cette idée prometteuse s’inscrit tout à fait dans le contexte de la mondialisation.
Il nous revient à tous, en tant qu’élus de nos peuples, de préserver des institutions démocratiques fortes sur tous les continents. Ce qui est en cause ici, c’est notre capacité de nous assurer que la mondialisation résorbe les inégalités économiques au lieu de les accentuer. Nous devrons donc faire preuve d’innovation et d’ingéniosité pour éviter les écueils socio-économiques que pourrait créer une mondialisation débridée, qui forcerait les pouvoirs politiques à abdiquer leurs responsabilités et à se soumettre aux diktats d’instances internationales non élues.
Une autre de ces questions autour desquelles il me paraît nécessaire que les États fédérés collaborent est celle de l’environnement. En partenariat avec des forums régionaux d’États américains tels la Commission des Grands Lacs et la Conférence des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l’Est du Canada, le Québec privilégie déjà cette approche dans la gestion des enjeux internationaux ayant une incidence sur son patrimoine écologique.
La sensibilité particulière du Québec à l’égard de l’environnement a d’ailleurs incité notre Assemblée nationale à adopter récemment une motion unanime en faveur de la ratification du Protocole de Kyoto. Nous avons été les seuls en Amérique du Nord à le faire.
D’ailleurs, je suis heureux de souligner la qualité de la coopération qui s’est développée, aussi bien entre nos entreprises qu’entre nos deux États, à l’égard de la protection de l’environnement. Ce n’est là qu’une illustration parmi beaucoup d’autres de la fécondité des rapports entre la Bavière et le Québec.
Que ce soit dans le cadre des rapports entre nos parlementaires ou par l’entremise de la société civile, dans les domaines de l’environnement, de la culture, de la science et de la technologie ou dans nos projets d’ordre économique, notre coopération avec la Bavière nous permet non seulement d’échanger de l’information mais aussi de partager les approches qui sont les vôtres dans la solution de problèmes auxquels tout État moderne est confronté. Cette coopération nous permet enfin de mettre en commun nos expériences et d’établir des projets concrets de collaboration.
À cet égard, nos échanges récents de délégations d’affaires et de scientifiques dans d’autres secteurs de pointe tels que l’énergie, l’optique et le multimédia commencent à porter fruits. Il nous faut donc poursuivre cette recherche si bien amorcée de synergies, de complémentarités entre nos entreprises.
Tant de choses nous rassemblent, et en particulier une volonté commune de réussite et d’excellence internationale. Mais il faut encore faire plus et mieux. Nous devons accélérer le mouvement, créer un véritable pont d’excellence entre nous et atteindre un plus haut degré de coopération entre nos deux sociétés.
Comme la Bavière, le Québec est prêt à relever les formidables défis de l’intégration économique. Mais nous n’oublions pas non plus, de part et d’autre, que l’objectif ultime de ce mouvement est de faire avancer nos sociétés. Tout comme l’illustre Bavarois Ludwig Erhard, nous croyons que la prospérité que nous attendons de la mondialisation doit nous permettre de faire émerger un environnement mondial plus démocratique, plus juste et plus porteur de progrès social, dans le plein respect des identités culturelles et nationales. Je sais que Bavarois et Québécois partagent les mêmes vues à ce chapitre.
J’ai la conviction intime que l’amitié Québec-Bavière va demeurer l’une des assises de notre action à l’échelle internationale et qu’elle continuera de s’avérer féconde en réalisations et en partenariats mutuellement bénéfiques. Les forces irréversibles du progrès technologique et de la mondialisation vont nous amener à partager un nombre sans cesse croissant d’entreprises et à développer ensemble des solutions innovatrices qui nous permettront de relever nos multiples défis communs.
Je ne saurais quitter cette tribune sans vous remercier à nouveau, du fond du cœur, de la chaleur de votre accueil et vous transmettre les salutations respectueuses et cordiales de mes concitoyens et concitoyennes.
Lang lebe Freistaat Bayern! (Longue vie à la Bavière)
Lang lebe Québec! (Longue vie au Québec)
Lang lebe die Freundschaft zwischen Bayern und Québec! (Longue vie à l’amitié Québec-Bavière)
Ich danke Ihnen (Je vous remercie)]

[QLandry20010911Qué]
[Conférence suite aux attentats du 11 septembre]
Nous avons été témoin en direct d’une tragédie qui a plongé aujourd’hui l’Amérique dans le deuil et l’ensemble de ses amis dans une immense tristesse et une profonde consternation.
Les mots peuvent difficilement traduire l’émotion ressentie devant une telle tragédie, une telle barbarie.
En ces heures particulièrement douloureuses, au nom de la nation québécoise et du gouvernement du Québec, j’ai exprimé nos sentiments de profonde sympathie et de totale solidarité avec le peuple américain et plus particulièrement les familles des victimes. J’ai demandé que les drapeaux du Québec soient mis en berne sur tous les édifices gouvernementaux.
VOLET DIPLOMATIQUE
J’ai parlé à l’ambassadeur Paul Celluci. J’ai parlé à la consule générale, Mme Susan Koegh Fisher. J’ai fait parvenir des télégrammes de sympathie: au président Bush, au gouverneur de l’état de New York, M. Pataki, au maire de New York, M. Giuliani.
On assiste à une montée de la violence qui met en cause tout l’équilibre de la planète. Au-delà de toutes les réflexions philosophiques, mes premières pensées vont à toutes les victimes et à leur famille, ainsi qu’à l’ensemble des Québécoises et les Québécois qui sont sur place, à la Délégation générale, à Mission du Québec à New York.
Je suis en mesure de confirmer que les 41 employés de la délégation générale sont en sécurité de même que les 40 employés représentants de la mission Québec New York 2001 et les 2 gardes du corps qui étaient sur place. Les représentants du milieu des affaires qui devaient participer à l’inauguration de la mission Québec New York 2001 sont tous aussi en sécurité.
Une cellule spéciale, comprenant la sécurité publique et les principaux ministères concernés par les services à la population, est en place à ma demande depuis ce matin. Nous avons fait le nécessaire pour assurer l’accueil des passagers qui atterriront probablement aux aéroports de Québec et Mirabel. Une ligne d’information spéciale a été mise à la disposition de la population pour répondre aux questions les plus urgentes. Le numéro a été communiqué à la presse, c’est le 1-800-363-1363.
Volet sécurité
Centre de sécurité civile de la Sûreté du Québec, du Service de police de la Communauté urbaine de Montréal et des corps de police municipaux ainsi que celui de la Gendarmerie royale du Canada sont en communication entre eux. La Défense nationale a sécurisé la base de Bagotville. Le contrôle des frontières et des aéroports a été mis en place. Hydro-Québec est en vigie pour la surveillance des postes d’exportation. Les corps de police situés près des aéroports ont été contactés pour assurer la sécurité. II faut envisager la possibilité d’une fouille des avions et un contrôle des passagers avant le débarquement aux aéroports de Québec et de Mirabel. Le MRCI en concertation avec Immigration Canada fera une surveillance aux frontières et aux aéroports pour les douanes et les bureaux d’immigration.
Volet santé
Tous les réseaux sont mobilisés pour offrir le support nécessaire au Québec. Le ministre de la Santé et des Services sociaux accepte, en collaboration avec son homologue fédéral, d’offrir de l’aide.
Volet hébergement
La Ville de Québec, la Ville de Montréal et la Croix-Rouge se préparent à accueillir les passagers des vols dirigés vers le Québec.
Volet transport
Tous les vols en direction des États-Unis sont dirigés vers les aéroports de Gander, d’Halifax, de Québec et de Mirabel. On estime à environ une douzaine de gros porteurs qui seront dirigés vers Québec et Mirabel. Donc, environ 5000 personnes devront être hébergées. Les vols intérieurs sont interrompus actuellement au Canada.
Volet économique
Les entreprises devant participer à la saison du Québec à New York ont été contactées et leurs membres sont tous en sécurité.

[QLandry20010911BQué]
Le 11 septembre 2001, nous étions témoins, en direct, d’une tragédie qui nous plongea dans un immense chagrin voisin de la perte de confiance dans la condition humaine.
Ces images d’horreur resteront toujours gravées dans notre mémoire et nous éprouverons longtemps des sentiments d’une profonde compassion envers les proches des victimes et le peuple américain.
Par notre présence, ce matin à Québec et ce soir à Montréal, nous venons rappeler au nom de la nation québécoise, que notre tristesse revêt une dimension particulière, amplifiée par la proximité géographique, par l’importance des échanges dans toutes les sphères de l’activité humaine et par l’héritage culturel et les valeurs que nous partageons avec les États-Unis d’Amérique. Notre présence s’explique aussi par l’élémentaire solidarité humaine que ressentent toutes les consciences adhérant à la démocratie, à la tolérance et au respect des libertés individuelles. De fait, les attaques étaient dirigées contre l’ensemble du monde libre, disions-nous, il y a un an. Ni le passage du temps, ni les aléas de la conjoncture n’ont atténué cette réalité. Le XXe siècle et ses crimes absolus qui l’ont caractérisé est bel et bien fini, mais le temps de la haine qui les motivait leur a hélas survécu. Haine religieuse, haine sociale, haine politique, haine de l’autre, elles sont toutes vivantes et parfois contagieuses. Mais cette malédiction ne doit pas nous pousser à la résignation. La brutalité de certains doit nous inviter davantage à la générosité, à la solidarité et au partage afin surtout de ne jamais bâtir un monde à leur image mais à celle de notre ardent désir de fraternité universelle.
Face au terrorisme, Ground Zero doit devenir, par devoir de mémoire, un lieu de souvenir où l’esprit, le cœur et l’âme ressentent un besoin extrême de silence, silence respectueux de toutes les croyances.
L’Assemblée nationale du Québec adoptait en octobre dernier une résolution qui témoignait de notre soutien et de notre solidarité. Nous avons réitéré de nombreuses fois ce message qui pourrait se résumer ainsi : Nous sommes à vos côtés dans l’épreuve. [Now a few words to our American friends and their sympathétic and efficient General Consul in Montreal. One year ago, the United States was attacked in an appalling way before the whole community of freedom-loving nations. One year later, the horrendous terrorist acts of nine-eleven still resonate with the pain, grief and anger we felt as the horrific images were being forever inscribed in our minds and our souls. The individual and collective tragedies of New York, Washington and Pennsylvania still live in infamy. United States bore solely the weight of the physical destruction. But we share an unconditional commitment to preserve our common values of peace, democracy, justice and tolerance.
As I express once again our heartfelt sympathy to the victims’ families and as I reiterate how close we feel to the United States humanely speaking, well beyond our proximity and the scope of our relations, let me take this opportunity to commend the resilience, the fortitude – and what Ernest Hemingway described as « grace under pressure » – that the American people has demonstrated throughout these trying times. Unaltered by the passing of days and by any circumstance, the essence of our message remains one of friendship and solidarity.]

Chers amis,
À la mémoire de tous ces êtres humains cruellement sacrifiés, Recueillons-nous dans l’espoir et l’espérance! S’il ne peut y avoir de paix sans justice, il ne peut y avoir de justice sans pardon. Attachons à ce qu’il y a de meilleur dans la nature humaine : il s’y trouve tout ce qu’il faut pour le réconfort de l’âme et le renouvellement perpétuel de notre volonté de construire un monde meilleur, harmonieux et fraternel. Paix aux gens de bonne volonté.

[QLandry20020911Qué]
[Cérémonie à la St James United Church commomérant les attentats du 11 septembre]
Il y a un an, le 11 septembre, à cette heure précise, nous amorcions un très beau matin de fin d’été, au travail, à l’école, en vacances.
Puis, l’onde de choc de cette terrible tragédie nous a rejoints, un par un. Les images qui défilaient à l’écran, de manière tout à fait surréaliste, nous ont rivés d’effroi, incrédules, devant le téléviseur. Nous étions glacés d’horreur face à un acte que nous ne pouvions concevoir. C’est alors que nous avons été précipités, en définitive, dans un abîme d’incompréhension.
Vous toutes, vous tous, ici présents, vous rappelez avec précision cet instant où le sort du monde a basculé en direct. Le 11 septembre dernier, le monde a changé. Cette date restera à jamais gravée au fer rouge dans nos consciences collectives. La grande majorité des Québécois ont vécu ces événements à travers leur écho médiatique. Je n’ose même pas formuler ce qu’a dû être cette journée pour les citoyens de New York, de Washington et de Pennsylvanie. Cependant, je sais qu’ici au Québec ces attentats ont été ressentis avec une intensité peu commune.
C’est parce que nous sommes plus que de simples voisins – nous formons, en fait, avec le Nord-Est des États-Unis, une grande communauté régionale – que ces attentats et leur lourd tribut en vies humaines nous ont tant touchés. Même un an après, il est encore difficile de regarder le skyline de New York sans y voir une balafre sur un visage aimé.
Le 16 octobre 2001, l’Assemblée nationale du Québec adoptait une résolution ferme concernant ces sinistres événements. À travers cette résolution, nous disions à nos amis américains : Nous sommes à vos côtés. Et aujourd’hui, nous le réitérons.
La cruauté de cet événement nous rappelle que ces terroristes qui ont commis l’irréparable n’étaient ni déshérités, ni désabusés, ni même égarés. Ils nourrissaient simplement la nostalgie d’un monde sans liberté, d’un monde sans pitié. Mais cette constatation ne doit pas nous exonérer de nos responsabilités. Dans ces moments terribles où un vent mauvais souffle sur un Moyen-Orient tourmenté, rien ne nous interdit de faire preuve d’audace et de générosité.
[Dear friends, I would like to say a few words to our American fellows present here with us today.
Today is September 11th. Once again. Nine eleven will forever resonate in our hearts and our minds with pain and grief. Today, the word « anniversary » seems ominously awkward. And yet the word « commemoration » sounds premature, as human beings still lie, unidentified, within the debris transferred on Staten Island. A year ago, the United States were attacked in a horrifying way before the whole community of freedom-loving nations. Democracies have their conflicts but share a steadfast commitment to preserve their common values of peace, justice and liberty.
The American character embodies strength and resilience. America was shaken, but did not fall on that black day in September, rising to the occasion as it did so many times throughout history.] Chers amis, le moment est au recueillement. Ces milliers de vies pulvérisées, ce sont des dizaines de milliers de proches endeuillés, des centaines de milliers d’amis touchés, des millions de gens attristés, des nations entières bouleversées.
À la mémoire de tous ces gens, recueillons-nous!

[QLandry20021212Qué]
[Dévoilement de la statue de Louis Joseph Papineau]
Madame la Présidente de l’Assemblée nationale,
Madame la représentante du chef de l’opposition officielle, Monsieur le chef de l’Action démocratique, Madame Papineau et autres membres de la famille Papineau, dont mon ami Jean-Yves Papineau, mon cher camarade qui est ici, Monsieur le Consul général de France, Madame la Consule générale des États-Unis d’Amérique, Chers amis.

J’ai mis de côté le texte que de valeureux fonctionnaires avaient préparé à votre endroit, non pas parce que je ne voulais pas me geler les doigts, mais j’avais peur que certains d’entre vous se gèlent les pieds.
C’est une cérémonie un peu tardive, mais elle se fait grâce à l’ancien président de l’Assemblée nationale, d’ailleurs, mon collègue Jean-Pierre Charbonneau, qui est ici et que je salue, ainsi que mes autres collègues. Tardive parce que j’ai derrière moi la statue d’un très grand homme, qui représente un très grand mouvement politique, qui était un mouvement d’idées mais, hélas, comme il est arrivé trop souvent dans l’histoire de l’humanité, ces idées, pour qu’elles triomphent, ont comporté un élément de violence tragique. Si vous avez un peu froid aujourd’hui, il faisait très froid aussi à Saint-Denis-sur-Richelieu en 1837 et, en plus, c’était un jour d’orage, un jour d’orage et de bataille.
Donc, les Patriotes ont été des gens d’idées, des gens qui ont poussé jusqu’au sacrifice ultime la poursuite du triomphe de ces idées. Nous leur devons aujourd’hui de vivre dans la liberté démocratique et dans une liberté démocratique, il faut bien le dire en ce qui a trait au Québec, exemplaire de façon générale.
Louis-Joseph Papineau et les Patriotes ont fait rayonner dans notre pays des idées de lumière, du siècle des lumières. Celles de la France, de Voltaire et de Jean-Jacques Rousseau et de Montesquieu, celles aussi des États-Unis d’Amérique, de John Quincy Adams, de Thomas Jefferson, et celles qui ont libéré plusieurs peuples de l’Amérique latine. C’étaient aussi les idées de Simon Bolivar et de José Martí. Ils ont apporté, les Patriotes, la lumière, et de cette lumière ont jailli nos libertés d’aujourd’hui, notre société moderne et progressiste.
Je veux insister sur le fait que, quand nous avons déclaré et décrété la Journée nationale des Patriotes au mois de mai de chaque année, il y a eu certaines ambiguïtés parmi quelques éléments de la population qui ont cru que ce mouvement pouvait être facteur de divisions à l’intérieur du Québec. Pas du tout, le mouvement des Patriotes était multiethnique. Il y avait des Écossais, des Irlandais, des Allemands et ceux qu’on appelait, à l’époque, les Canadiens. Le mouvement des Patriotes n’est pas source de division non plus avec le reste du Canada. Il y a eu une rébellion portée par les mêmes idéaux au Haut-Canada et elle a été réprimée aussi sévèrement et aussi durement qu’elle l’a été au Québec. Et, pour cette raison, le gouvernement central du Canada a nommé la circonscription de Verchères circonscription de Verchères—Les-Patriotes. D’ailleurs, Louis-Joseph Papineau fut député de Verchères. Je suis donc un de ses successeurs. Son beau-frère, le curé Bruneau, était curé de Verchères. C’était le frère de Julie Papineau, et Julie Papineau a bien illustré, dans sa vie et par son comportement, que la lutte des Patriotes était aussi une lutte de femmes. Il y a eu des assemblées monstres de femmes patriotes qui ont soutenu l’action, qui ont appuyé la bataille et qui ont démontré, dans le Québec du temps, que l’égalité des sexes était une chose importante dans la fraternité et la sororité à la recherche de la liberté. Donc, Louis-Joseph Papineau est passé souvent à Verchères voir son beau-frère, le curé. Et la population de Verchères, qu’a représentée aussi Jean-Pierre Charbonneau, est une population patriote. Dans la vieille maison patrimoniale que j’habite ont habité des Patriotes qui se sont cachés dans les granges. Malheureusement, ils ont été débusqués et traînés menottés vers Montréal, derrière le cheval, comme on le faisait pour les prisonniers à l’époque. C’est donc extrêmement émouvant d’évoquer dans cette partie du Québec, mais dans tout le Québec, la mémoire des Patriotes. Quand nous étions jeunes, et encore aujourd’hui, nous chantions et nous chantons : Un Canadien errant. Une chanson dramatiquement belle et pathétique rappelant notre histoire. Évidemment, dans le contexte géopolitique d’aujourd’hui, il faudrait dire : Un Québécois errant, puisque quand j’étais jeune, la patrie, c’était le Canada français, et le Canada français, c’était un peuple jeune encore qui grandissait sur les bords du grand fleuve, et en Abitibi, et au Saguenay—Lac-Saint-Jean, et dans le bassin Laurentien. Donc, ces Patriotes étaient des patriotes québécois. Et je me sens investi, moi et mon parti et les millions de personnes qui voient l’avenir du Québec comme je le vois, de la mission de compléter de façon ultime l’œuvre des Patriotes.
Il est devenu consensuel et indéniable que le Québec forme une nation. Cette nation est la sixième puissance économique des Amériques. C’est une des économies les plus diversifiées et les plus dynamiques du monde. Depuis cinq ans, sa croissance économique a dépassé celle de tous les pays de l’OCDE, y compris nos puissants voisins, les États-Unis d’Amérique, et la France, et l’Allemagne, et les autres. Cette nation rayonne sur le plan culturel. Ses artistes se font entendre partout. Le Cirque du Soleil joue à guichets fermés dans plusieurs villes du monde actuellement et sur toutes les scènes du monde sont jouées des œuvres des auteurs québécois. Nos danseurs s’illustrent dans toutes les capitales du monde. Notre politique sociale est rayonnante. Même les Suédois viennent voir ce que nous faisons de bien, alors qu’ils ont souvent, durant notre jeunesse, inspiré nos rêves sociaux les plus avancés.
De tout cela, je conclus qu’il est anormal que la patrie, dont la démocratie a été bâtie par les Patriotes, n’ait pas utilisé cette démocratie pour rejoindre le concert des nations. Il n’est pas normal que notre Québec ait le statut d’une simple province du Canada. La nation québécoise, dans les plus brefs délais démocratiques possible, doit aller s’asseoir d’égal à égal avec les autres nations qui furent libérées par d’autres patriotes à la même époque où vivait Louis-Joseph Papineau. C’est ce que nous allons continuer à soumettre à notre population dans le plus grand respect des rythmes de l’évolution démocratique, mais avec fougue et ferveur, comme l’ont fait les Patriotes de 1837, afin que, dans un avenir le plus proche possible, notre patrie soit présente au concert des nations.
Bonne journée.

[QLandry20020312Qué]
[Élection du président de l’Assemblée nationale]
Madame la Présidente, Je sais que, d’après nos règlements, c’est à vous que je dois m’adresser, mais je voudrais, à travers vous, avant de m’adresser à vous, m’adresser à votre famille, ici présente, à qui vous procurez cet après-midi des émotions de grande amplitude. Ils sont habitués, ce n’est pas la première fois. Déjà, au milieu des années soixante-cinq, quand vous vous êtes engagée énergiquement dans la vie publique, engagée pour de bonnes causes, généralement profondes, même sublimes dont je vais parler plus loin, déjà, vos parents avaient fait le sacrifice d’une partie de votre présence, non pas de votre affection, non pas de vos sentiments, que vous leur avez toujours maintenus. Il en a été de même pour vos conjoints, votre conjoint présent, vos enfants, vos petits-enfants. On dit que devenir parents, ça rend sage. Ça vous est arrivé déjà depuis un certain temps. Devenir grands-parents, par ailleurs, rendrait fou.
Alors, il y aurait beaucoup, à ce compte, de fous et de folles dans cette Assemblée. Heureusement, ça ne s’applique qu’à la vie privée. Alors, c’est votre sagesse à travers votre vie personnelle, mais à travers votre vie publique – dont je vais maintenant parler – qui est consacrée par le vote de notre Assemblée, aujourd’hui.
Je le redis : Vous êtes depuis pratiquement toujours une femme engagée. Vous étiez déjà engagée dans les années effervescentes de la Révolution tranquille, dans les causes progressistes. Vous vous êtes située, pour employer un langage politique conventionnel plus utilisé à l’époque qu’aujourd’hui, à gauche et carrément à gauche. Des fois trop à gauche, au goût de ceux et celles qui étaient vos dirigeants et dirigeantes de l’époque. Mais vous avez justifié cette maxime disant que, quand on ne commence pas sa carrière politique à gauche, il y a des risques de la finir trop à droite. Ça ne vous est pas arrivé; ça ne vous arrivera jamais, même si vous occupez aujourd’hui le fauteuil du centre.
Alors, qu’est-ce que j’entends par causes progressistes? J’entends la cause des plus démunis, la cause de ceux qui normalement dans la société – et surtout peut-être dans la société qui a été témoin de vos premiers engagements – avaient le moins de voix possible, le moins de capacité possible de s’exprimer, d’être entendus, de changer les choses. Vous leur avez donné cette voix à bien des occasions. Et pour que cette voix soit plus ample, vous vous êtes penchée studieusement sur la sociologie et le droit qui sont deux éléments, deux instruments intellectuels extrêmement puissants pour servir les causes que vous avez servies.
Et puis vous êtes devenue rapidement – somme toute à un âge assez tendre – députée de Maisonneuve. Cela aussi, au-delà de toutes vos extraordinaires réalisations qui ont suivi, constitue une des belles actions, une action durable parmi toutes les autres que vous avez accomplies dans votre vie. Les hommes et les femmes de Maisonneuve le savent. Plusieurs d’entre eux, justement, appartiennent à cette sociologie qui avait besoin d’une grande voix comme la vôtre.
Le quartier de Hochelaga-Maisonneuve, qui est un des plus sympathiques de l’île de Montréal… Ça commence à se savoir tellement qu’il y a danger que la sociologie ne change même. Mais, en tout cas, la députée de Maisonneuve a représenté avec fougue et ardeur les personnes démunies, les personnes âgées, les personnes frappées par la vie plus que la moyenne de ceux et celles qui le sont. Donc, je crois que votre première façon de passer à l’histoire, ça a été d’avoir été une députée progressiste, combative dans une circonscription qui avait éminemment besoin de vous. D’ailleurs, nos institutions, fort heureusement, permettent que vous soyez la présidente de l’Assemblée nationale et la députée de Hochelaga-Maisonneuve. Vous avez passé également à l’histoire une deuxième fois, et de façon indiscutable, quand, de votre siège de députée et de par vos fonctions ministérielles, vous avez proposé la loi sur l’équité salariale la plus progressiste du monde entier. Vous avez attaché votre nom à cette grande législation, et les femmes du Québec et les femmes du monde dont les gouvernements s’inspireront du Québec vous sont redevables de ce grand geste.
Vous avez aussi passé à l’histoire une fois de plus quand vous avez réalisé un des espoirs oubliés de la Révolution tranquille, qui est cette fabuleuse réforme territoriale des collectivités locales à laquelle vous avez consacré une ardeur extraordinaire au cours des dernières années et au cours de votre dernier mandat ministériel. Cette loi inoubliable, cette loi qui laissera des traces durables… Cette loi aux traces durables et, s’il n’en tient qu’à nous, intangible, vous a aussi permis de passer à l’histoire.
Et, enfin, vous le faites une autre fois cet après-midi. Comme celle que nous avons fêtée il y a quelques mois, Marie-Claire Kirkland, qui a été la première femme à siéger dans cette Assemblée, qui a marqué l’histoire, a ouvert la porte à de nombreuses autres femmes qui, aujourd’hui, enrichissent nos travaux. Et nous avons tous et toutes ici l’espoir que le nombre de femmes dans cette Assemblée corresponde le plus rapidement possible au nombre de femmes dans la société, ce qui devrait tôt ou tard dégager une majorité de femmes à notre Assemblée nationale. Mais aujourd’hui vous établissez ce précédent qui touche aussi sans doute les hommes et les femmes du Québec qui ont à cœur cette cause éminemment progressiste de l’avancement des femmes, vous établissez ce précédent d’être la première femme à présider notre Assemblée nationale.
Ce n’est pas parce que vous êtes une femme que vous êtes gentille, parce qu’il y a des hommes très gentils aussi, mais vous avez cette marque de commerce, la gentillesse, la douceur de la voix, inversement proportionnelles à la force de l’argumentation et à la détermination. Dans les dossiers, on peut dire périlleux, que vous avez menés dans votre vie publique, vous n’avez jamais suscité la critique d’être cassante ou de vous fermer au dialogue ou de vous fatiguer prématurément d’entendre les adversaires de vos idées. Vous avez écouté, vous avez agi. Je sais que plusieurs disent qu’avoir le dernier mot avec Louise Harel, ça veut dire dire: Oui ou d’accord. En tout cas, si c’est comme ça, à partir de maintenant, on devra dire: Oui, Madame la Présidente ou d’accord, Madame la Présidente. J’espère que c’est ce genre de propos que vous entendrez le plus souvent quand vous rendrez des décisions contestées ou contentieuses. Je sais que votre immense talent fera que c’est ce qui va arriver le plus souvent. Je sais que vous serez juste et équitable, que nos collègues de l’opposition, qui s’attendent à cela, le reconnaîtront aussi, rapidement. Comme l’ensemble de la population du Québec qui va s’habituer maintenant à vous voir occuper ce fauteuil et qui, connaissant déjà vos immenses qualités dans l’action, vous verront maintenant sous un autre angle, un angle qui comporte plus d’élévation, plus de recul, mais qui, dans sa dimension internationale, j’en suis sûr, vous permettra de reprendre une certaine marge de manœuvre. C’est vrai que notre Assemblée nationale, un des plus vieux parlements du monde, est estimée, respectée par les autres assemblées démocratiques et a été, à cause du travail inlassable de son président, au centre de regroupements d’assemblées ou de parlements de notre continent. En particulier, je parle de l’Amérique du Nord et du Sud. Je suis sûr que, comme vous avez fait honneur à vos compatriotes dans tous les extraordinaires dossiers internes que vous avez conduits, vous serez à la hauteur de votre réputation dans l’action internationale qui sera la vôtre.
Madame la Présidente, nos vœux les plus profonds vous accompagnent dans votre mandat.

[QLandry20021112Qué]
[Ouverture du rendez-vous national des régions]
Monsieur le ministre d’État à la Population, aux Régions et aux Affaires autochtones,
Mesdames et Messieurs les ministres et députés,
Mesdames et Messieurs les délégués des régions du Québec,
Mesdames et Messieurs les représentants des organisations nationales, Monsieur le Chef de l’opposition et Monsieur le Président de l’Action démocratique du Québec,
Distingués invités,
M. Rémy Trudel vient de le souligner, nous entamons ce matin trois journées de travail, de discussions et de réflexions qui seront importantes pour l’avenir des régions et pour l’avenir du Québec tout entier.
Ce rendez-vous réunit en effet le gouvernement national du Québec et les régions, qui constituent le socle de notre nation, les régions ressources comme les régions centrales.
Devant l’ampleur de l’événement, les travaux de l’Assemblée nationale ont été suspendus pour toute la durée du rendez-vous. Il sera ainsi possible à tous les députés d’être à vos côtés tout au long de notre rencontre.
Ce rendez vous national, c’est à la fois une réponse aux régions et une porte ouverte sur l’avenir. Voilà mes deux messages de ce matin, alors que nos travaux sont sur le point de commencer.
Une réponse aux régions
Tout d’abord, le Rendez-vous national des régions a été convoqué et organisé pour répondre aux régions. Ce rendez-vous a en effet été réclamé par plusieurs d’entre vous, notamment par l’évêque de Rimouski, Mgr Blanchet, et par le maire de Baie-Comeau, M. Claude Martel, dont je salue d’ailleurs la présence parmi nous. Trois séries d’attentes
Vous avez demandé le rendez-vous national afin de présenter au gouvernement vos attentes, que M. Rémy Trudel vient de nous résumer brièvement. Elles s’inscrivent autour de trois préoccupations essentielles : En premier lieu, vous avez des attentes d’ordre économique. Vous voulez appliquer des stratégies de développement, qui exploitent davantage les atouts dont vous disposez, tout en investissant dans la formation de la main-d’œuvre. En deuxième lieu, vous êtes préoccupés par la vitalité de vos milieux. Particulièrement dans les régions ressources, vous êtes confrontés à des problèmes de décroissance démographique qui vous inquiètent profondément, et cela, à juste titre. En troisième lieu, vous souhaitez tous plus d’autonomie dans la façon de gérer votre milieu. Vous voulez être davantage capables d’agir sur votre propre développement et vous voulez disposer de moyens à cet égard. Des initiatives nombreuses en faveur des régions
Le gouvernement est bien conscient de ces attentes et des difficultés qui les expliquent. C’est pour cette raison que des initiatives nombreuses ont été prises, afin que les régions disposent des outils nécessaires à leur développement.
Je veux simplement vous rappeler trois de ces gestes majeurs, qui produisent actuellement des effets indéniables :
Nous avons mobilisé des moyens financiers et fiscaux importants en faveur des régions, dans le cadre de la Stratégie de développement des régions ressources. Nous avons réalisé avec succès des interventions ciblées, comme celles qui viennent de permettre la relance de l’usine Wayagamak à Trois-Rivières, la réouverture de la Gaspésia à Chandler, l’implantation d’un centre d’appels à Caplan et l’expansion de l’aluminerie Alouette à Sept-Îles. Simultanément, nous avons adopté une politique nationale de la ruralité, qui se concrétise actuellement sous la forme de pactes ruraux conclus entre le gouvernement et les MRC. Le contexte économique global
Toutes ces initiatives s’inscrivent dans un contexte économique mondial difficile et exigeant, mais d’où le Québec se tire fort bien d’affaire. Quand je dis que le Québec se tire globalement fort bien de ce contexte extraordinairement exigeant, ce ne sont pas des mots, mais des réalités. Tout le monde le sait, l’économie québécoise performe remarquablement bien, ainsi que l’illustrent les résultats obtenus en matière de création d’emplois et de baisse du chômage.
Des résultats remarquables
Les résultats publiés vendredi dernier par Statistique Canada viennent encore le confirmer : en octobre dernier, près de 12000 emplois ont été créés au Québec, portant ainsi à près de 130000 le nombre d’emplois créés par le Québec depuis le début de l’année :
Notre taux de chômage a ainsi de nouveau diminué, passant de 8,4 % à 8,1 %. Pour la première fois depuis plus de cinquante ans, l’écart du taux de chômage entre le Québec et l’Ontario est de moins de 1 %. Autre première, le taux de chômage de Montréal vient de passer au-dessous de celui de Toronto, soit 7,5 % comparativement à 7,7 %. Ici même, dans la région de la Capitale-Nationale, le taux de chômage s’établit maintenant à 6,0 %, soit l’un des plus bas taux au Canada, plus bas même qu’à Calgary. Des perspectives encourageantes
Les perspectives économiques sont également très encourageantes. Le Mouvement Desjardins prévoit que notre taux de chômage va passer sous la barre des 8 % l’année prochaine. Pour leur part, les économistes de la Banque de Montréal ont annoncé la semaine dernière qu’ils prévoyaient une augmentation du PIB du Québec de 4,1 % en 2003, soit plus que l’ensemble du Canada et plus que l’Ontario.
Bien sûr, nous devons tous nous féliciter de ces bonnes nouvelles. Comme vous le savez, le gouvernement a consacré des efforts considérables pour en arriver à ces résultats. Notre défi, c’est de faire en sorte que cette prospérité indéniable profite à toutes les régions, aux régions centrales comme aux régions ressources.
Plusieurs régions ont très bien performé
J’aimerais vous faire remarquer ici que de nombreuses régions profitent déjà de cette prospérité et que plusieurs d’entre elles ont même obtenu des résultats meilleurs que ceux de Québec et de Montréal.

L’analyse que publie cette semaine l’économiste Pierre Fortin, dans le magazine L’Actualité, souligne ainsi à cet égard des choses fort encourageantes :
Des régions comme l’Outaouais, le Saguenay–Lac-Saint-Jean et le Centre-du-Québec, plus précisément Drummondville, ont surpassé la moyenne québécoise pour ce qui est de l’essor de l’emploi. En particulier, et je cite Pierre Fortin, « l’excellente performance du Saguenay–Lac-Saint-Jean est une bonne surprise et contredit le discours pessimiste annonçant la mort de cette région ». Des attentes réelles
Malgré ce contexte économique globalement encourageant, malgré ces réussites constatées dans plusieurs régions, les attentes que vous avez formulées demeurent. Même si le chômage a diminué partout, il atteint encore dans plusieurs régions des niveaux que l’on ne peut accepter. Plusieurs régions ressources, puisque c’est d’elles que l’on parle à cet égard, sont confrontées à des problèmes de vieillissement de la population, d’exode des jeunes, et elles doivent absolument réussir à restructurer leur économie.
Dans les régions centrales, et même si la prospérité y est visible, les attentes sont également nombreuses. De telles difficultés ne sont pas spécifiques au Québec. Même aux États-Unis, des régions entières sont affectées par des problèmes analogues. L’exode des jeunes dans les régions éloignées est une question angoissante qui touche la plupart des pays occidentaux.
Le Rendez-vous national des régions est là pour nous permettre d’affronter résolument cette situation. Le sondage publié hier matin est très encourageant à cet égard, puisqu’il confirme qu’un large consensus existe au sein de la société québécoise sur la nécessité d’assurer la survie des régions.
Notre présence ici est l’illustration de cette volonté collective d’analyser ce qui se passe et d’y répondre ensemble de la façon la plus appropriée et la plus efficace possible. Le Rendez-vous des régions : une porte ouverte sur l’avenir
Comme je l’ai souligné au début de mon intervention, le Rendez-vous national des régions est ainsi plus qu’une réponse à vos demandes, il constitue une véritable porte ouverte sur l’avenir.
Pour le gouvernement, cela signifie que le rendez-vous des régions est directement intégré dans l’action et les priorités gouvernementales.
J’ai rendu public mercredi dernier le plan d’action du gouvernement, à l’horizon 2005. Ce plan d’action va se déployer au cours des prochaines semaines, grâce à la mise en œuvre des différentes stratégies gouvernementales. Je puis vous assurer que ce n’est pas du tout un hasard, si le Rendez-vous national des régions constitue le premier volet du déploiement de l’action gouvernementale. Ce premier geste pour mettre en œuvre le plan d’action est avant tout entre vos mains, car le rendez-vous des régions sera d’abord ce que vous voudrez qu’il soit.
Au cours de la phase préparatoire du rendez-vous, vous avez fait part avec beaucoup de sérieux de vos attentes et de vos priorités. C’est maintenant que les représentants des régions doivent formuler ensemble ce qu’ils considèrent être à la fois des objectifs réalisables et des initiatives qu’il est possible d’engager immédiatement.
Pour ma part, et en tant que premier ministre, je veux aller aussi loin que possible avec vous. Je suis prêt à enclencher immédiatement d’autres actions concrètes, mais également à entreprendre des initiatives audacieuses. Je veux également que l’on tienne compte de la personnalité propre de chaque région en nous adaptant ainsi aux particularités de chacune d’entre elles.
Des moyens limités
Bien évidemment, vous le savez, nos moyens sont loin d’être illimités :
Sur le plan financier, le déséquilibre fiscal existant actuellement entre le gouvernement fédéral et les provinces nous prive des ressources nécessaires aux mandats que nous avons à assumer auprès de la population. Ce déséquilibre fiscal, c’est concrètement un trou de 50000000 $ chaque semaine dans les revenus sur lesquels nous devrions compter. Pour cette raison, vos propositions devront être financièrement réalistes et ne pas signifier des sommes que l’État québécois n’est pas en mesure d’assumer.
Pour ce qui est des pouvoirs mis à notre disposition, notre statut de province nous interdit de faire tout ce que nous pourrions entreprendre si notre peuple était souverain. Cette réalité, nous devons l’avoir en tête, en imaginant ce qui pourrait être construit si nous étions entièrement maîtres de notre destin. Aller loin dans la réponse aux attentes et aux espoirs
Malgré ces handicaps, nous pouvons cependant aller loin dans la réponse à vos attentes et à vos espoirs. Sur le plan économique, je suis parfaitement conscient des difficultés concrètes auxquelles vous êtes confrontés. J’ai ainsi appris qu’en Gaspésie, des emplois offerts ne peuvent être comblés par des personnes déjà sur place en raison de la formation requise. On m’a cité le cas de centres d’appel, ou d’entreprises de fabrication, qui souffraient d’une pénurie de soudeurs.
Dans Chaudière-Appalaches, une entreprise n’a pu faire appel à la commission scolaire pour former ses employés aux nouvelles technologies, car il n’était pas possible de procéder à une formation des employés dans leur milieu de travail. Ces exemples illustrent l’inadéquation entre les besoins de formation de la main-d’œuvre et les services offerts. Voilà un problème que l’on rencontre trop souvent et qui doit absolument être réglé. Nous disposons à cet égard d’un remarquable réseau d’universités et de collèges en région. Il nous faut en tirer tous les bénéfices possibles en ce qui concerne la formation de la main-d’œuvre.
Vos attentes, sur le plan économique, correspondent directement aux priorités du gouvernement. Dans le cadre du plan d’action gouvernemental, notre Stratégie de plein emploi sera rendue publique très rapidement, confirmant ainsi notre obsession pour le développement économique.
L’objectif ambitieux du plein emploi à l’horizon 2005 ne pourra être atteint que si la prospérité profite à toutes les régions. Je m’attends donc à ce que le Rendez-vous national des régions cible des stratégies gagnantes, à la poursuite d’actions porteuses, toutes initiatives que nous pouvons entreprendre immédiatement, car la prospérité du Québec passe de façon évidente par celle de ses régions.
Assurer la vitalité des régions
La croissance économique est la clef de tout. Elle permettra de répondre à notre deuxième défi, celui d’assurer la vitalité de toutes les régions. À cet égard, l’exode des jeunes est un problème particulièrement angoissant pour de nombreuses régions. L’exode des jeunes n’est pas un phénomène nouveau. Le problème, c’est que notre démographie décroissante ne permet plus aux régions de contrebalancer cet exode. Il y a certainement des moyens imaginatifs de garder plus de jeunes en région. Là aussi, j’ai été saisi d’exemples concrets qui me semblent tout à fait caractéristiques à cet égard.
Ainsi, l’un de ces exemples est l’histoire d’un jeune, né sur la Côte-Nord, qui a déménagé à Québec pour obtenir une formation d’ingénieur. Une fois cette formation obtenue, il a voulu revenir dans sa région d’origine, et, effectivement, il a reçu une offre d’emploi fort intéressante.
Le problème, c’est qu’il n’était plus seul et que sa conjointe était prête à l’accompagner, à condition d’avoir également un emploi. Deux emplois étaient donc nécessaires pour garder ce jeune en région, et cette condition n’a pas été remplie. Je trouve cela profondément regrettable, et je suis persuadé qu’une meilleure concertation entre les donneurs d’emplois de la région aurait pu suppléer à l’étroitesse du marché du travail. La vitalité des milieux est une responsabilité nationale, mais c’est également une responsabilité locale.
Faire preuve d’imagination, miser sur la croissance
Là aussi, je compte sur le Rendez-vous national des régions pour cibler les initiatives devant assurer la vitalité des milieux. Pour sa part, le gouvernement a un rôle immédiat à jouer en ce qui regarde les services publics qu’il doit assurer, mais je suis fondamentalement persuadé qu’une région économiquement dynamique est la réponse la plus durable que nous pouvons apporter pour assurer cette vitalité.
L’autonomie des régions
Pour ce qui est de l’autonomie des régions et de leur capacité à agir sur leur propre développement, le gouvernement que je dirige est prêt à aller très loin. À l’inverse du gouvernement fédéral, le gouvernement du Québec est convaincu que les responsabilités doivent être exercées le plus près possible des citoyens. Cela signifie que, si les régions peuvent mieux exercer certaines responsabilités, elles doivent le faire et recevoir les moyens nécessaires à cette fin.
En d’autres termes, nous sommes partisans de ce que l’on appelle la subsidiarité, c’est-à-dire le principe selon lequel un gouvernement ne doit pas exercer une responsabilité qui peut être assumée par un autre gouvernement, plus proche de la population. C’est sur ce principe qu’a été construite l’Union européenne, et on doit regretter que le gouvernement fédéral n’y souscrive pas.
Subsidiarité et imputabilité
Pour sa part, le gouvernement du Québec croit à ce concept de subsidiarité, à condition cependant qu’il s’accompagne d’un autre principe aussi fondamental, celui de l’imputabilité. Ceux qui exercent des responsabilités doivent être imputables devant les citoyens de la façon dont ils ont exercé ces responsabilités. Il s’agit d’un principe fondamental en démocratie que vous devrez avoir en tête tout au long de ce rendez-vous.
Des moyens simples et pratiques
Indépendamment de ces concepts fondamentaux, il y a des moyens simples et pratiques de donner plus d’autonomie aux décideurs régionaux. Dans la plupart des régions, vous avez souligné la situation devant laquelle vous vous trouvez trop souvent en matière de financement des investissements. Les cas sont multiples où les responsables régionaux ont décidé de l’affectation de fonds qui sont tout à fait disponibles, mais pour laquelle il faut administrativement remonter à Québec pour que la décision prenne effet. Je ne peux pas croire que nous ne soyons pas capables de mettre fin à ces lourdeurs administratives inutiles, afin que les régions aient plus d’emprise sur les instruments de développement qui existent déjà.
Une vision renouvelée des rapports entre l’État et les régions
Je dis que nous sommes prêts à aller très loin dans l’autonomie des régions. En fait, il faut que ce rendez-vous débouche sur une vision renouvelée des rapports entre notre État national et les régions. Cela veut dire une modification de la façon dont l’État est présent dans les régions, mais cela veut dire également davantage de régions dans l’État.
Pour ce qui est de la présence de l’État dans les régions, le plan d’action gouvernemental que je viens de lancer enclenche déjà des initiatives afin de simplifier l’action administrative. Je fais notamment référence à une transformation importante de l’administration gouvernementale, afin d’avoir non pas « moins d’État », mais « mieux d’État ».
Pour ce qui est de la présence de l’État dans les régions comme de celle des régions dans l’État, je m’attends à ce qu’il ressorte du Rendez-vous national des régions des propositions concrètes, auxquelles je m’engage à répondre rapidement.
Des réponses rapides des ministres concernés
Sur chacun des points que vous présenterez ici, vous aurez donc des réponses rapides et précises des ministres concernés. Ce que nous bâtissons ensemble, c’est une vision commune de l’avenir, et je puis vous assurer que le gouvernement assumera ses responsabilités à cette fin.
Concrètement, nous avons une obligation de résultat. Nous devons définir ensemble, d’ici à la fin du rendez-vous, un plan d’action État-régions qui sera notre plan de travail pour les trois prochaines années. Ce plan d’action va comprendre des engagements de part et d’autre, sur des initiatives opérationnelles, intelligentes et réalistes, interpellant à la fois l’État, la société civile et les élus des régions. Il faut donc que nous soyons capables d’inscrire une action commune, porteuse de solutions, à l’horizon 2005.
Des remerciements
Avant de faire place à la discussion et aux réflexions, je voudrais remercier chacun d’entre vous de votre présence et de votre participation aux travaux qui ont précédé la tenue du Rendez-vous national des régions.
Vous le savez, le déroulement de ces trois journées a été longuement et soigneusement préparé. De multiples consultations ont été effectuées, un cadre de travail rigoureux et opérationnel a été défini et respecté. Je vous remercie bien sincèrement d’avoir ainsi investi vos énergies et vos efforts dans la tenue de cet événement. Une occasion extraordinaire
Il nous faut maintenant en tirer pleinement parti. Ce rendez-vous est une occasion extraordinaire pour les régions et l’État du Québec de construire l’avenir. Il faut éviter les listes d’épicerie, les demandes manifestement irréalistes et, au contraire, saisir cette occasion unique pour enclencher les actions qui vont bâtir notre avenir collectif. Je suis convaincu que nous en sommes parfaitement capables. Il est certain qu’on ne peut pas tout faire. Par contre, on peut cibler un certain nombre d’actions, qui auront un effet rapide sur la situation que vous vivez. En ce qui me concerne, vous pouvez compter sur ma volonté et mes convictions pour qu’il ressorte de ces trois journées la promesse d’un Québec meilleur à travers toutes ses régions.
Je vous remercie de votre attention.

[QLandry20020513Qué]
[Allocution devant l’Association de l’industrie électrique du Québec]
Parler d’énergie au Québec revêt toujours un caractère particulier. C’est encore plus vrai lorsque l’on parle d’hydroélectricité. Car l’hydroélectricité au Québec, c’est plus que de la simple énergie, des barrages et des centrales, c’est en fait un symbole puissant pour les Québécois. C’est d’abord un symbole de la prise en charge de l’économie du Québec par les Québécois. C’est également un symbole important de l’émancipation économique du Québec et de son entrée dans le monde moderne. C’est aussi un puissant levier qui agit comme un véritable catalyseur dans le développement de notre économie. Mais les kilowattheures générés par nos barrages ne sont pas qu’énergétiques et économiques. Ils ont laissé leur empreinte, et le font toujours, sur notre histoire collective et notre culture. Ils symbolisent un choix de société qu’a fait le Québec, soit celui d’utiliser la filière hydroélectrique comme principale source d’énergie. Lorsque Jean Lesage et René Lévesque ont mené la charge de la nationalisation de l’électricité, au début des années 60, ils avaient aussi comme objectif de créer une expertise et un savoir-faire québécois dans le secteur de l’hydroélectricité. Je voudrais vous convier, aujourd’hui, à aller encore plus loin et à entamer une autre étape historique.
Notre approche du développement électrique doit être évolutive et branchée sur les enjeux de notre temps
Que l’on parle d’électricité ou de n’importe quel autre secteur, les solutions d’hier ne sont pas nécessairement celles de demain. Toute vision doit être évolutive et s’ancrer dans les enjeux et tendances de son temps si elle veut aboutir à des résultats probants. Notre vision du développement du potentiel énergétique du Québec, en 2002, doit, par exemple, tenir compte de plusieurs éléments fondamentaux qui n’étaient pas présents lors de la Révolution tranquille. Au premier titre, même si la prise en considération des enjeux environnementaux accompagne la réalisation des projets énergétiques depuis longtemps, la préoccupation environnementale, on le sait, est de plus en plus présente ici comme ailleurs dans le monde. De même, une approche moderne doit faire des nations autochtones de véritables partenaires du développement. Notre vision doit également tenir compte, variable fondamentale s’il en est une, de l’évolution de la demande et des conditions du marché ici et chez nos clients potentiels. Ainsi, par exemple, la déréglementation des marchés de l’électricité aux États-Unis a ouvert des possibilités incroyables d’exportation sur les marchés à court terme, mais elle a changé complètement les pratiques en matière de contrats de très longue durée. L’ensemble de ces considérations et de ces grands enjeux, avec les impératifs et les possibilités qui s’y rattachent, vont continuer de conditionner notre vision et les gestes que nous devrons poser pour l’avenir. Mais, plus encore qu’une volonté de mieux faire les choses, ce qui caractérise la vision de mon gouvernement, c’est la ferme volonté d’agir, de passer à l’action.

À un peu plus de 8 %, le taux de chômage au Québec se situe à un niveau historique très faible. Il est, par exemple, nettement plus bas que le taux supérieur à 12 % dont nous avons hérité à notre arrivée au pouvoir. On en a eu l’illustration au cours des derniers mois, car l’économie du Québec a continué de se démarquer de façon remarquable. J’ai souvent eu l’occasion de dire que j’étais content de cette évolution mais pas satisfait, car le Québec pouvait faire mieux. Le gouvernement du Québec peut et doit contribuer à améliorer la situation. En fait, il s’est créé près de 100000 emplois au Québec, au cours des derniers mois, soit presque la moitié des emplois créés au Canada. Il s’agit d’une performance exceptionnelle, qui dépasse tout ce qui a été enregistré depuis que les statistiques mensuelles sont disponibles, soit depuis 1966. Permettez-moi de vous dire que je suis très fier du chemin parcouru par l’économie du Québec au cours des dernières années. Notre économie est beaucoup plus diversifiée, ce qui nous permet de mieux absorber les coups durs de la conjoncture et de rebondir plus rapidement. Cependant, comme je vous le disais, je suis content, mais je ne suis pas encore satisfait. Nous devons aller plus loin, plus rapidement. Et au cœur de notre stratégie se trouve le développement du potentiel énergétique du Québec
À l’aube d’une autre grande période charnière
Le Québec est à l’aube d’une autre grande période de développement de projets énergétiques. Les initiatives que mon gouvernement a annoncées au cours de la dernière année et celles que nous mettrons en place au cours des prochains mois permettront au Québec de connaître la plus importante vague de développement de projets énergétiques depuis les travaux de la Baie-James. Ces projets créeront des milliers d’emplois pour les Québécois et seront un atout remarquable pour l’économie du Québec.
Le plan de match du gouvernement est simple. Nous avons annoncé 10000 MW de nouveaux projets au cours de la dernière année. De quoi satisfaire la croissance de la demande pour les 25 prochaines années. Or, 25 ans, ça semble très loin, mais je vous rappelle que, lorsqu’on a lancé la Baie-James, il y a 30 ans, l’an 2000, c’était de la science fiction! Aujourd’hui, la moitié de la production québécoise d’électricité provient de la Baie-James. La réalisation d’ouvrages hydroélectriques nécessite de huit à dix ans d’études et de travaux. Autrement dit, il faut s’y prendre à l’avance, car c’est aujourd’hui que se prépare l’avenir. Or, 10000 MW, cela signifie aussi, en termes concrets, la reprise de plusieurs grands chantiers. Ainsi, certaines infrastructures sont déjà en construction au moment où l’on se parle. Je pense notamment au complexe Toulnustouc. Un investissement de 1000000000 $ qui permettra de produire 526 MW lors de sa mise en service, prévue en 2005. L’année prochaine, ce sont plus de 950 travailleurs qui s’activeront sur ce chantier. Plusieurs autres complexes font l’objet d’études d’avant-projet, notamment le complexe Péribonka, un projet de 1000000000 $ qui permettra de produire 450 MW au moment de sa mise en service, en 2009.
Il y a également les complexes La Romaine-1, Rapides-des-Cœurs et Chute-Allard, dont la production totalisera 370 MW, ainsi que d’autres projets, de moindre envergure, qui permettront d’augmenter la capacité de production d’Hydro-Québec.
Les ententes avec les Cris et les Inuits : le fer de lance du développement hydroélectrique
Notre gouvernement a signé au cours des derniers mois des ententes historiques avec les Cris et les Inuits. Celles-ci vont mener aux plus importants travaux et chantiers hydroélectriques au Québec depuis la Baie-James. À n’en pas douter, ces ententes constituent un autre point charnière majeur de l’histoire du secteur énergétique québécois.
La paix des braves La paix des braves, signée le 7 février dernier, constitue une vision d’avant-garde citée en exemple par plusieurs. Le grand chef des Cris, Ted Moses, a fait preuve d’un courage et d’une vision que je tiens à souligner encore une fois. Cette entente, d’une durée de 50 ans, marque le début d’une nouvelle ère dans les relations entre le Québec et les Cris et elle met fin à des décennies de conflits stériles entre nos deux nations. Cette entente est bénéfique pour les deux parties. Elle permettra aux Cris d’être mieux outillés pour prendre en charge leur développement économique et communautaire. Elle garantira aussi un avenir meilleur et de l’espoir aux nouvelles générations de la nation crie. On le sait, cette nation fait face à une très forte croissance démographique. Ainsi, il était normal et même nécessaire que les Cris puissent bénéficier des retombées des activités économiques qui se déroulent sur le territoire qu’ils partagent avec nous. Concrètement, cette entente permettra au Québec de mettre en valeur le potentiel hydroélectrique de ce territoire riche en possibilités et de créer 10 500 emplois directs pendant cinq ans. Une des conséquences immédiates, à très court terme, de cette paix des braves a été de remettre à l’ordre du jour les travaux liés au complexe Eastmain-Rupert et de permettre leur lancement dans les prochaines semaines. On parle ici de 1 250 MW et de travaux de 4000000000 $ permettant d’augmenter de 15 % la production de la Baie-James. Dans un premier temps, le projet Eastmain-1 sera réalisé, car les permis environnementaux ont été émis depuis quelques années déjà. Il sera en construction dès cet été. Il ajoutera 480 MW aux installations d’Hydro-Québec et entrera en production en 2008. L’autre volet, celui de Eastmain-1-A et de la dérivation partielle de la Rupert, demandera un peu plus de temps, car il nécessite des approbations environnementales. Ce projet sera encore plus imposant que le projet Eastmain-1, car il ajoutera 770 MW à la capacité de production d’Hydro-Québec.
L’entente Sanarqrutik de partenariat avec les Inuits
Le 9 avril dernier, j’ai eu le bonheur d’aller dans la communauté de Tasiujaq, dans le Grand Nord québécois. À cette occasion, j’ai signé avec Pita Aatami et Johnny Adams, deux leaders inuits grâce auxquels ce projet a pu aller de l’avant, l’entente Sanarqrutik, mot inuit qui veut dire « outil de développement ». Cette entente de partenariat ouvre un tout nouvel horizon : celui de la mise en valeur du potentiel du Nunavik, autrefois connu sous l’appellation de Nouveau-Québec. L’entente signée vise à accélérer le développement économique et communautaire du Nunavik. Elle vient sceller la volonté du Québec et des Inuits d’élaborer ensemble une vision commune du développement du Grand Nord québécois. Sur le plan hydroélectrique, plusieurs sites à fort potentiel ont été répertoriés au Nunavik. Des études préliminaires indiquent que ce potentiel pourrait atteindre entre 6 300 MW et 7 200 MW pour des rivières imposantes telles la Caniapiscau et la rivière George. On saisit la pleine mesure de ce potentiel lorsque l’on réalise qu’il s’agit là, approximativement, de l’équivalent du cinquième de l’actuelle production d’Hydro-Québec, que la pleine exploitation de ce potentiel pourrait se traduire par des investissements de l’ordre de 18000000000 $ et que la création d’emplois pourrait atteindre 50000 années-personnes. Certes, nous ne sommes pas encore rendus à la réalisation de ce potentiel, mais nous avons lancé une première étape qui doit obligatoirement être réalisée, si nous voulons préparer l’avenir énergétique du Québec. À cet égard, mentionnons qu’Hydro-Québec consacrera 50000000 $ à la réalisation d’études économiques, techniques et environnementales afin d’évaluer ce potentiel et sa mise en valeur éventuelle. En matière de projets hydroélectriques, vous le voyez, nos tables à dessin seront bien garnies pour les prochaines années.
Grâce à l’entente de la paix des braves avec les Cris et à l’entente Sanarqrutik avec les Inuits, l’autosuffisance du Québec en électricité est assurée pour des décennies à venir. De façon tout aussi importante, ces ententes permettront au Québec de se positionner stratégiquement sur les lucratifs marchés de l’exportation. Important aussi est le fait que ces développements majeurs se feront en partenariat avec les Cris et les Inuits. S’entendre avant de réaliser les travaux et établir les partenariats permettant de concilier au mieux les intérêts de chacun, voilà une vision moderne de développement durable dont les Québécois pourront être fiers des décennies durant.
L’électricité, ce n’est pas seulement l’hydroélectricité
La filière hydroélectrique constitue, bien sûr, le cœur de notre stratégie en matière d’électricité. Elle comporte de nombreux avantages éprouvés et c’est elle que nous continuerons à privilégier pour le Québec au cours des années à venir. Par contre, l’électricité au Québec, ce n’est pas seulement l’hydroélectricité. Premièrement, parce que nous avons d’autres atouts que nous devons mettre en valeur. Deuxièmement, parce que du point de vue stratégique, nous avons collectivement avantage à diversifier nos sources d’approvisionnement. C’est dans ce sens que le gouvernement et Hydro-Québec ont annoncé, en octobre dernier, le démarrage d’un avant-projet de centrale à cycle combiné au gaz naturel, la centrale du Suroît, dotée d’une puissance de 800 MW. Ce projet, à la fine pointe de la technologie, qui minimisera les effets sur l’environnement, se compare avantageusement à des dizaines de projets similaires réalisés ou en développement dans le nord-est du continent.
Dans une autre perspective, l’énergie éolienne représente un volet d’avenir important au sein du portefeuille électrique québécois. Tout d’abord, parce qu’il s’agit d’une énergie d’appoint qui s’intègre très bien à un réseau hydroélectrique comme le nôtre. Ensuite, parce qu’il s’agit d’une autre énergie propre et renouvelable. Enfin, elle a aussi le mérite de mettre en valeur des atouts associés à nos régions ressources, notamment la Gaspésie. C’est dans ce contexte que notre gouvernement a accéléré les études sur le potentiel éolien au Québec, études dont les résultats sont très positifs. Le Québec est déjà, en ce moment, le plus grand producteur d’énergie éolienne au Canada. Ce n’est toutefois pas notre unique point de référence. À cet égard, je tiens à vous confirmer la ferme volonté de mon gouvernement d’accélérer le développement de l’énergie éolienne au Québec. À cet effet, le gouvernement a posé des gestes importants, au cours des dernières années, pour stimuler le développement de ce secteur, par exemple, en appuyant la construction du parc éolien Le Nordais, en 1998 et 1999, qui compte aujourd’hui 100 MW de capacité installée, avec 133 turbines. Nous voulons toutefois aller plus loin et plus vite. Il y a deux semaines, ma collègue et ministre déléguée à l’Énergie, Rita Dionne-Marsolais, annonçait la réalisation du projet de vitrine technologique GEQ-Jeumont, à Rivière-au-Renard. Ce projet illustre bien notre volonté d’accélérer le développement de l’énergie éolienne. Le plan stratégique 2002-2006 d’Hydro-Québec prévoit déjà l’acquisition d’environ 50 MW d’électricité d’origine éolienne par année, à partir de 2004, à des prix concurrentiels. Nous croyons que nous pouvons aller plus loin. Une stratégie est en préparation et sera présentée d’ici à la fin de l’été. Et ce n’est pas tout. En plus de la production d’énergie éolienne, nous sommes présentement à l’œuvre pour faire du Québec un pôle de fabrication d’éoliennes, ce qui aurait pour effet de maximiser les retombées économiques du secteur, notamment en Gaspésie et dans plusieurs régions ressources.
Pour compléter le tableau, l’appel d’offres de 1 200 MW, qui est présentement en cours chez Hydro-Québec Distribution, permet à des producteurs privés de soumettre notamment, des projets de cogénération ou de biomasse. C’est un beau plan de match. Soyez assurés que vous serez rapidement informés des prochains développements, lorsque ceux-ci seront confirmés.
L’énergie au Québec : il faut aller plus loin que l’électricité
Au Québec, l’énergie est, jusqu’à présent, synonyme d’électricité. Comme vous avez pu le constater, depuis le début de mon discours, je demeure convaincu de l’importance de l’électricité au Québec et pour le Québec. Je crois que nous avons franchi plusieurs pas de géant au cours des derniers mois. Cependant, je vous convie à faire un autre pas important avec moi aujourd’hui. Il y a plusieurs années, il eut été inconcevable de penser que Terre-Neuve ou la Nouvelle-Écosse puissent être des joueurs majeurs dans le domaine des hydrocarbures. Pourtant, aujourd’hui, Terre-Neuve extrait, de son sous-sol extracôtier, des hydrocarbures dont la valeur atteint 2000000000 $. De son côté, la Nouvelle-Écosse vit une véritable explosion d’activité dans le domaine du gaz naturel. Le Québec doit pouvoir profiter de ce potentiel. C’est pourquoi j’annonce aujourd’hui l’intention ferme de mon gouvernement de mettre en place les conditions qui permettront la réalisation d’un programme d’exploration gazière dans l’Est du Québec et de confier le mandat de concrétiser cette volonté à Hydro-Québec. Le gaz naturel serait une ressource qui viendrait non seulement diversifier nos approvisionnements en énergie, mais aussi assurer un développement économique intéressant. Le Québec tout entier profitera des activités d’exploration qui seront réalisées dans l’Est du Québec. Mais je suis très heureux que les régions de la Gaspésie, du Bas-Saint-Laurent et de la Côte-Nord en particulier puissent en tirer des bénéfices substantiels. Comme je l’ai mentionné plus tôt, l’heure n’est plus à l’attentisme mais à l’action. Elle n’est plus à la réflexion mais aux résultats.
Conclusion
En conclusion, le Québec entre dans une phase particulièrement féconde sur le plan du développement de son potentiel énergétique. Parler d’énergie peut souvent paraître abstrait pour bien des gens. Pourtant, il n’en est rien. L’énergie joue, pour notre économie et nos vies quotidiennes, le même rôle que l’oxygène que nous respirons : elle est invisible mais vitale. Sans la disponibilité d’une énergie propre, abondante et à prix concurrentiel, tout l’acharnement que nous avons déployé pour développer l’économie du Québec pourrait se trouver compromis. C’est pourquoi les barrages que nous érigerons, les éoliennes qui domestiqueront le vent et le gaz naturel que nous découvrirons constituent les premiers maillons de nos projets et de nos rêves. Le Québec n’en est pas à son premier défi dans ce secteur, vous le savez mieux que moi. Nous avons en main tous les outils pour relever celui-ci. La demande est là, le potentiel est là, l’expertise est là et, surtout, la volonté est là. Au-delà des considérations techniques, financières et commerciales et de la complexité des projets, la suite des choses nous place devant des éléments, d’abord et avant tout, humains. Je vous invite tous à retrousser vos manches, car le boulot ne manquera pas dans les années à venir.

[QLandry20030214Qué]
[Allocution devant la Jeune chambre de commerce de Montréal]
Madame la ministre d’État, Monsieur le ministre, Mesdames, Messieurs et chers amis,
C’est avec un très grand plaisir que j’ai accepté l’invitation formulée par la Jeune Chambre de commerce de Montréal. Par votre dynamisme, par votre clairvoyance, vous représentez l’un des lieux de réflexion avant-gardistes de notre société. Tout en représentant les entreprises, vous êtes à l’écoute des besoins des employés et des préoccupations de la population. Vous réalisez ainsi la nécessaire convergence entre les besoins des entreprises et les réalités de ceux qui travaillent.
Il y a près d’un an, la Jeune Chambre de commerce de Montréal suggérait, dans un mémoire adressé au gouvernement, que les jeunes parents puissent bénéficier, au sein de leur entreprise, d’une semaine de travail de quatre jours, afin de disposer de plus de temps pour élever leur famille. Cette mesure concrète imaginée pour réaliser une meilleure conciliation entre la famille et le travail a fait beaucoup de chemin depuis. Le gouvernement l’a intégrée dans sa politique de soutien aux familles, ce qui a suscité un large débat sur la qualité de vie des jeunes familles. Notre rencontre d’aujourd’hui est l’occasion de faire le point sur la semaine de quatre jours pour les jeunes familles, sur ses modalités et sur ses implications. Je voudrais surtout avec vous élargir le débat, en insistant sur la nécessité d’une approche intégrée et cohérente pour améliorer la qualité de la vie de famille. À cette fin, je souhaite vous rappeler certains prérequis qui constituent la clef de tout le reste, et évoquer plusieurs défis des prochaines années, qui sont en fait tous interreliés.
La croissance et la prospérité : la condition des progrès futurs
Tout d’abord, parlons de ces prérequis qui constituent la base et la condition de tous nos progrès futurs. La qualité de vie que nous voulons améliorer ne pourra être bonifiée si, à la base, nous ne bénéficions pas d’une croissance économique solide et d’une prospérité durable. Sur ce point, vous me permettrez d’être très fier des résultats que nous engrangeons actuellement.
La prospérité que nous vivons est sans précédent, aussi bien par rapport à nos performances passées que comparativement à nos voisins et concurrents. Notre croissance économique atteindra 3,8 % pour l’ensemble de l’année 2002, soit deux fois plus que la moyenne des vingt dernières années. Près de 170000 emplois ont été créés entre décembre 2001 et décembre 2002, le taux de chômage s’établissant maintenant à 8,6, l’un des plus bas niveaux en vingt-cinq ans. Notre croissance économique a dépassé en 2002 celles du Canada, des États-Unis, de l’Union européenne et du Japon. Elle est d’ailleurs supérieure à celle des économies du G-7 depuis 1998. En 2002, nous avons créé davantage d’emplois en valeur absolue que l’Ontario. Pour la première fois en cinquante ans, notre taux de chômage est à moins de 1 % de celui du Canada, et il est plus près qu’il ne l’a jamais été de celui de l’Ontario. Les taux de chômage ont atteint, en 2002, 8,4 % à Montréal et 6,3 % à Québec. Ils sont de 5,5 % à Lac-Mégantic et de 3,3 % à Varennes (données de 2001).

[QLandry20020614Qué]
[Présentation du bilan de la session parlementaire]
La session parlementaire qui se termine a été caractérisée par plusieurs initiatives remarquables du gouvernement et l’adoption de lois exceptionnelles, voire courageuses. Ces lois, j’en suis convaincu, amélioreront la qualité de vie des Québécoises et des Québécois.
Avant de dresser le bilan de l’ensemble des réalisations gouvernementales, je souhaite faire état du climat politique de la dernière session parlementaire à Québec. Celle-ci s’est en effet déroulée en grande partie sur fond de controverses tant sur les scènes québécoise que municipale et fédérale.
Les allégations des derniers mois ont causé un tort certain à la crédibilité de mon gouvernement et à l’image de mon parti. J’ai sous-estimé les conséquences de certaines pratiques, naguère acceptées, aujourd’hui réprouvées, et l’impact de celles-ci auprès de la population.
Cependant, et je suis très clair sur cette question, mon gouvernement n’a pas tardé à agir pour apporter les correctifs qui s’imposaient.
En effet, le 18 février 2002, je signais une directive « Directive concernant les règles applicables lors de la cessation d’exercice de certaines fonctions pour l’État ». Cette directive a été émise afin d’encadrer les gestes et actions des hauts fonctionnaires et du personnel politique. Quoique jugée trop sévère par certains, cette directive témoigne fièrement de notre volonté d’agir.
Une loi sur le lobbying a été adoptée à l’Assemblée nationale et place désormais très haut la barre en matière d’éthique. Cette loi, je l’espère, aura le même impact et la même symbolique que celle sur le financement des partis politiques adoptée, il y a plus de vingt ans, par le Parti Québécois. Je suis particulièrement fier du courage et de la détermination dont a fait preuve mon équipe ministérielle, en maintenant le cap sur les priorités que nous nous étions fixées et en mettant en avant une série d’initiatives qui permettront d’améliorer la qualité de vie de tous les Québécois et Québécoises.
Conjoncture économique exceptionnelle
Au premier plan, le Québec connaît présentement une situation économique exceptionnelle. Bien sûr, ce n’est pas le fruit des travaux d’une seule session parlementaire, mais le résultat d’efforts soutenus et systématiques déployés par le gouvernement du Parti Québécois depuis son accession au pouvoir.
Le nombre de Québécois et de Québécoises en emploi s’est accru de plus de 120000 depuis le début de l’année. Cela représente la moitié des emplois créés au Canada pendant cette même période et deux fois plus d’emplois créés qu’en Ontario.
Certes, le Québec bénéficie d’un environnement économique global favorable, mais on ne le dit pas suffisamment, nous faisons mieux qu’ailleurs. J’ai l’intime conviction que le modèle québécois et les politiques de mon gouvernement ont contribué en grande partie aux succès sans précédent que nous connaissons aujourd’hui.
Une richesse qui profite à tous
Toutefois, force est de constater que cette performance extraordinaire de l’économie n’a pas rejoint tout le monde et toutes les régions.
J’ai l’ai dit souvent et je le répète, créer la richesse et des emplois est évidemment nécessaire et c’est ce que nous avons fait avec acharnement au cours de la dernière année avec un succès sans précédent. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut aussi s’assurer que tous profitent de cette prospérité. C’est une question de solidarité et de qualité de vie.
C’est pourquoi mon gouvernement a décidé de pousser encore plus loin ses efforts pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale afin que toutes les forces vives du Québec puissent mettre à profit leur potentiel. Outre le rehaussement du salaire minimum, notre gouvernement a déposé un avant-projet de loi et une stratégie novatrice qui placeront le Québec à l’avant-garde des nations en matière de lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale. Les Rendez-vous nationaux des régions
Il faut être solidaire entre individus, mais également entre régions. En effet, certaines régions du Québec, comme la Gaspésie et la Côte-Nord en particulier, demeurent confrontées à des défis importants : le déclin démographique, l’exode des jeunes et une certaine restructuration de leur économie.
C’est pourquoi j’ai convié les leaders régionaux aux Rendez-vous nationaux des régions pour qu’ensemble on puisse définir un nouveau modèle qui devrait permettre au milieu lui-même une prise en charge plus efficace de son développement économique et social.
Éducation
En éducation, la politique de l’éducation des adultes et de formation continue fera évoluer notre main-d’œuvre en fonction des besoins de notre société. Elle constitue un geste supplémentaire du gouvernement du Parti Québécois dans sa lutte à l’exclusion sociale et dans la consolidation d’une société forte, fière et performante. À cela s’ajoutent l’entente sur l’équité salariale et les efforts accrus du gouvernement pour lutter contre le décrochage scolaire.
Santé
À mon arrivée au pouvoir comme premier ministre, j’avais indiqué que nous allions consolider les réformes entreprises par notre gouvernement. À cet égard, nous avons poursuivi nos efforts en mettant en place les premiers groupes de médecine familiale.
Afin d’assurer la pérennité du régime d’assurance médicaments, le gouvernement a agi de façon responsable en proposant une hausse raisonnable des paramètres tout en maintenant l’équilibre de notre régime qui, je le rappelle, est l’un des plus généreux en Amérique du Nord.
Entente historique avec les aborigènes
Au cours des derniers mois, j’ai eu la chance de conclure des ententes historiques avec les nations crie et inuite. Ces ententes seront profitables à tous les égards, aussi bien pour les peuples autochtones que les Québécois.
Ces ententes conduiront à une nouvelle ère de développement économique, social et culturel.
Déséquilibre fiscal
Le gouvernement a accordé la priorité à la santé, à l’éducation et à la famille. Je suis content des actions que nous avons posées pour améliorer la qualité de vie de nos concitoyens et je sais que nous pourrions faire encore mieux si nous disposions de l’ensemble des moyens nécessaires à la réalisation de nos mandats.
Le déséquilibre fiscal qui prive chaque semaine le Québec de 50000000 $ n’est pas un sujet technique qui n’intéresse que quelques spécialistes des questions fiscales. Imaginez ce que nous pourrions réaliser avec ces montants : c’est davantage d’heures en classe pour nos enfants et de meilleurs services de soutien aux professeurs et aux élèves. C’est plus d’infirmières dans les hôpitaux et une mise en place plus rapide et plus étendue des groupes de médecine familiale. Enfin, ces montants nous permettraient d’augmenter de façon substantielle le nombre de places en garderie et de procéder à un déploiement plus rapide.
La commission Séguin a prouvé hors de tout doute le bien-fondé de notre position. Les deux partis d’opposition se sont d’ailleurs joints à nous dans une motion unanime de l’Assemblée nationale demandant à Jean Chrétien d’entendre l’appel des Québécois pour reconnaître et corriger le déséquilibre fiscal. Le Québec a parlé d’une seule voix. Le gouvernement fédéral doit écouter, c’est la qualité de vie de tous nos concitoyens dont il est question. Nous devons agir maintenant.
Conclusion
Le vrai changement recherché par la population passe par une équipe compétente qui a une vision à offrir. À cet égard, le Parti Québécois présente l’équipe la plus apte à faire progresser le Québec. Les succès des dernières années et de la dernière session témoignent éloquemment de ce que nous pouvons faire ensemble.
Tous les partis auront au cours de la prochaine année à présenter clairement leurs idées, leurs convictions, leur équipe, leur bilan, les moyens qu’ils voudront mettre au bénéfice de la population.
Quel que soit le résultat des élections partielles, je serai là pour diriger une équipe extraordinaire aux prochaines élections générales.
Le Parti Québécois a toujours excellé lorsque les défis étaient grands. Il continuera à le faire. Nous allons faire rêver les Québécois comme jamais nous ne l’avons fait.
Ma vie publique a toujours été fondée sur un seul élément qui détermine tout le reste : l’intérêt supérieur du Québec. Je veux travailler avec toute mon équipe et avec les militants de mon parti pour que l’avenir des Québécoises et des Québécois soit le meilleur possible et vous savez bien que cet avenir passe nécessairement par la souveraineté.
Merci de votre attention.

[QLandry20010514Qué]
[Déjeuner-causerie devant la communauté Juive au Centre de conférence Gelber]
Monsieur le Maire de Montréal,
Monsieur le Consul général d’Israël,
Monsieur le Secrétaire d’État à l’Accueil et à l’intégration,
Monsieur le Président du Comité Canada-Israël, région du Québec,
Madame la Présidente de la Fédération CJA,
Monsieur Stanley Plotnick, président sortant de la Fédération CJA, Monsieur Steven Cummings, prochain président de la Fédération CJA,
Monsieur le Président de la Communauté sépharade du Québec,
Monsieur le Président du Comité des relations internationales du B’nai Brith,
Monsieur Joseph Gabay, nouveau président du Congrès juif canadien, section Québec, permettez-moi de souligner et saluer votre élection. J’ose croire que vos connaissances encyclopédiques sur le plan biblique seront un gage de sagesse et de succès dans la conduite des affaires de la communauté. Félicitations et Mazal Tov. On m’indique également que la présidence de la Fédération CJA devrait revenir dans environ deux ans à un autre sépharade, Sylvain Abitbol. Au train où vont les choses, je crains que, d’ici quelques années, le seul poste disponible pour les ashkénazes soit la présidence de la communauté sépharade.
Le grand rabbin du Québec arrive au paradis. Il est accueilli par des anges qui le conduisent à sa nouvelle demeure, un bel appartement, deux chambres à coucher, cuisine rénovée parfaitement ensoleillée. Par la fenêtre, il aperçoit en face un petit palais, vingt chambres, dix salles de bain et neuf salons. Le rabbin demande: « Quel sage habite cette superbe résidence? » L’ange de répondre: « Cette demeure est libre. Elle est réservée à Bernard Landry, premier ministre du Québec. » Le rabbin entre dans une terrible colère. « Comment moi, rabbin, j’ai consacré mon existence à parler de Torah, un petit quatre et demi, et lui, ce mécréant, une si belle résidence? Je veux parler au Bon Dieu ». Le rabbin exprime ses doléances au Bon Dieu, fait part de sa surprise et demande une explication. Et le Bon Dieu de lui répondre: « Toi, rabbin, quand tu parlais de Torah à la synagogue, tout le monde dormait. Mais lui, Bernard Landry, quand il va dans les synagogues pour parler de souveraineté, tout le monde se met à prier! »
Il y a 53 ans, jour pour jour, le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclamait la création de l’État d’Israël. Le peuple juif, si riche en histoire et si pauvre en géographie, renaissait ainsi de ses cendres et s’élevait à la dignité de peuple libre. Le rêve d’un État juif souverain devenait enfin réalité. Comment a-t-on pu nier ce droit à un peuple qui, bien que dispersé aux quatre coins du monde, a partout contribué aux conquêtes de l’esprit, à l’avancement de son pays. Léon Trotski, Albert Einstein, Rosa Luxemburg, Sigmund Freud, Claude Lévi-Strauss, Léon Blum, Pierre Mendès France, et j’en passe; les Juifs ont consolidé trop de destins nationaux pour ne pas mériter la reconnaissance de leurs droits ancestraux. Cet État, les Juifs le doivent à leur courage et leur persévérance. Fidèles au message des pères fondateurs, les Israéliens ont bâti une démocratie exemplaire, poussant l’audace d’accepter au sein de la Knesset, le Parlement israélien, des formations politiques ouvertement antisionistes. Pourtant, en 53 ans d’existence, ce peuple, qui a toujours vécu en état d’urgence, a su préserver l’essentiel, la démocratie.
L’ardeur avec laquelle Israël a réhabilité et revitalisé une langue vieille de plusieurs millénaires mérite également toute notre admiration. Comme l’affirme avec humour Shimon Peres, Israël est aujourd’hui le seul endroit au monde où les enfants jouent dans la langue des prophètes, le seul pays où les enfants enseignent à leurs parents leur langue maternelle. Terre des prophètes, Israël a su devenir une terre de promesses et de richesse pour tous ceux venus y trouver refuge. Noirs et Blancs, malades et bien-portants, de Russie, de l’Inde ou de l’Éthiopie, « boat people » vietnamiens ou musulmans de Bosnie: tous ont pu découvrir le sens du mot « solidarité » en foulant le sol de ce pays.
À l’invitation officielle de l’État d’Israël, j’ai eu le privilège d’effectuer une mission dans ce pays, une mission riche d’enseignement, mais également dense et intense sur le plan des émotions. Aucun mot ne pourra traduire l’émotion ressentie lors de la visite du Yad Vashem et du mémorial consacré au martyr de 1,5 million d’enfants. Parlant de la condition de rescapé, le grand penseur et poète Aaron Zeitlin s’adresse quelque part à tous ceux qui l’ont quitté, son père mort, son frère mort, ses amis morts: « Vous m’avez abandonné, leur dit-il, vous êtes ensemble sans moi. Moi je suis ici seul et je fais des mots. »
J’avoue éprouver aujourd’hui le même sentiment, ce sentiment indicible de traduire mais également de trahir par mes mots cette insondable souffrance du peuple juif, cette expérience de la folie absolue. Israël est à cet égard le porte-parole ou plutôt le porte-silence pour ne pas dire le porte-absence de 6000000 de victimes dont le rêve a été brutalement étranglé et dont Israël porte le précieux et saint fardeau de leur mémoire.
Plantation de cyprès à l’orée de Jérusalem… Bien que toute comparaison soit périlleuse, force est de constater que, entre le Québec et Israël, les analogies sont légion. Je n’en citerai que quelques-unes. Le célèbre historien Arnold Toynbee avait un jour écrit: « Après une catastrophe nucléaire, deux peuples survivront, les Chinois par leur nombre, les Canadiens français par leur obstination. » Cette farouche volonté de traverser les siècles n’est-elle pas commune à nos deux peuples? On retrouve, ici et là, ce besoin indescriptible d’être acteur et non plus spectateur de son propre destin.
À l’instar du Québec, l’avenir culturel d’Israël, où plus de 500000 personnes maîtrisent la langue de Molière, reste encore lié à l’Europe, sa composante française et francophone. Le romancier tchèque Milan Kundera, récipiendaire du prix de Jérusalem, avait résumé cet attachement très spécial dans les premiers mots de son allocution justement prononcée en français: « Les Juifs, même après avoir été tragiquement déçus par l’Europe, sont restés fidèles à ce cosmopolitisme européen, et Israël, leur petite patrie enfin retrouvée, surgit à mes yeux comme le véritable cœur de l’Europe. »
Sur le plan symbolique, nos drapeaux ont la même couleur, et la fleur de lys a été pendant longtemps un des symboles juifs les plus utilisés. Cette identification du peuple d’Israël au lys est attestée sur une période d’un millénaire au moins, soit jusqu’à la destruction du second temple (70 de notre ère). Le lys est apparu dans les premières monnaies frappées sous souveraineté juive, soit au 4e siècle avant J.-C., et était un symbole de l’autonomie politique de la Judée par rapport aux grands empires. Aujourd’hui, la pièce israélienne de un shekel (40 cents) reprend d’ailleurs exactement ce motif. L’immigration a également profondément transformé le visage de nos deux sociétés, et les efforts de francisation du Québec trouvent un parallèle dans les oulpanims israéliens où l’hébreu est enseigné aux nouveaux venus. Autre exemple, avec des populations comparables sur le plan du nombre, un PNB à peu près équivalent, nos deux États se démarquent sur leur continent d’appartenance par l’importance accordée à l’économie du savoir.
Chers amis, l’amitié que je porte à Israël m’autorise à ne point dissimuler mes inquiétudes. Dans la région, à nouveau, l’histoire bégaie. Israéliens et Palestiniens assistent impuissants au déroulement d’une actualité qui échappe à l’emprise de la sagesse et de leurs intérêts. Or, ces deux peuples, si pareillement battus par l’histoire, doivent malgré tout emprunter la voie du dialogue. Ces négociations de paix ont fait couler plus de sang que d’encre. Les Israéliens ont obtenu ce qu’ils ne voulaient pas, des attentats, et les Palestiniens n’ont pas eu ce qu’ils voulaient, un État.
Les Israéliens, par leur ténacité, ont su préserver l’existence d’Israël. Ils se doivent aujourd’hui d’en défendre l’essence. La grandeur d’un pays n’est pas fonction de sa superficie. La grandeur d’un peuple ne se mesure pas par sa démographie. J’ai toujours cru que le sionisme ne pouvait se calculer en kilomètres carrés. Je continue plutôt à croire à la formule de feu l’ancien premier ministre Itzhak Rabin : « Il faut faire la guerre à la guerre sans jamais laisser en paix les ennemis de la paix. » Le pessimisme n’est ni une solution ni une ambition. Cette paix des braves ne doit pas devenir un marché de dupes. Je reste convaincu que Israéliens et Palestiniens sauront puiser dans leurs ultimes ressources pour que la paix l’emporte, une paix qui leur permettra de vivre côte à côte sans que l’un prenne nécessairement la place de l’autre.
Mesdames et Messieurs, fidèle au thème de mon allocution, je souhaiterai dire quelques mots sur les relations qui unissent les Québécois juifs et non juifs. Je le ferai sans me dérober non plus au besoin que j’éprouve de dire un mot sur mes interrogations concernant vos appréhensions face au projet de société mis de l’avant par ma formation politique. Entre les solitudes compartimentées de la mosaïque canadienne et l’uniformisation du melting pot américain, les conditions sont aujourd’hui réunies pour activer la construction d’un modèle qui nous soit propre.
Sur le plan institutionnel, dans le secteur de la santé, l’Hôpital général juif, en plus de sa réputation d’excellence tout à fait justifiée, est aujourd’hui le porte-avions amiral du rapprochement entre Québécois juifs et non juifs. 40 % des médecins et 60 % des patients sont non juifs. L’Hôpital est sans doute l’exemple le plus concluant de la contribution de la communauté au bien-être de l’ensemble de la collectivité. Cette institution incarne, en ce siècle qui débute, les valeurs d’accueil, de partage et de solidarité qui animent votre communauté. Le nouveau campus communautaire juif traduit également votre profond désir d’inscrire la communauté juive québécoise dans la pérennité. Il symbolise pour l’ensemble des Québécois un lieu commun d’échange et de partage avec tous les Juifs du Québec, une terre perçue à juste titre par vos ancêtres comme un espace de liberté et de convivialité. Les conclusions du Rapport des incidents antisémites 2000 de la Ligue des droits de la personne du B’nai Brith confirment cette perception: « Les formes les moins reluisantes de racisme qu’a connu le Canada sont imputables aux néo-nazis, aux tenants de la suprématie blanche ou aux révisionnistes de l’extérieur de la province. La plupart des groupes haineux présents au Québec ne sont pas francophones. »
Soulignons au passage que c’est au Québec que l’on retrouve le plus grand nombre d’écoles juives subventionnées par l’État. Sur un plan plus personnel, nous pouvons également nous étendre sur le rôle des entrepreneurs juifs dans le développement économique du Québec (Steinberg et l’industrie agroalimentaire).
Jacob Isaac Segal, Léonard Cohen et Naïm Kattan ont, en prose ou en vers, chanté les beautés de la métropole. N’a-t-on pas entendu, au théâtre Saidye Bronfman, Les Belles-Soeurs de Michel Tremblay s’exprimer en yiddish et en judéo-arabe. Et que dire de Pierre Anctil, chantre du dialogue des cultures, qui parle le yiddish avec autant d’aisance que le français. Pierre Lasry, dans une entrevue accordée à Élias Levy, a raison d’affirmer: « Tous les Québécois ont des origines marranes. Mathématiquement, on peut le prouver. Mon livre démystifie l’idée chimérique du Juif tricoté serré et du Goy tricoté serré. Le Québécois tricoté serré, ça n’existe pas! » Ce dialogue porte des fruits, et une multitude d’organismes contribuent à bâtir des ponts. Des réalisations remarquables ont été accomplies et laissent espérer l’atteinte de nouveaux sommets. Et pourtant…
Sur le plan politique, nous ressentons tous une certaine crispation au sein de la communauté juive. Cette communauté n’est pas monolithique. Elle est naturellement et heureusement riche de sa diversité. On y trouve des orthodoxes et des non-pratiquants, des riches et des pauvres, des jeunes et des vieux, des francophones, des anglophones et des allophones. Comment alors traduire ce comportement quasi unanime de la communauté sur le plan politique? La souveraineté, me direz-vous. C’est oublier que 20 % des péquistes sont non souverainistes et que 10 % des libéraux sont souverainistes. La souveraineté n’est pas le monopole du Parti Québécois.
En France, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, les Juifs votent majoritairement pour les socialistes, les travaillistes ou les démocrates. Pourquoi une formation social-démocrate comme le Parti Québécois est-elle incapable de rejoindre les 20 % de la communauté juive qui vit au-dessous du seuil de la pauvreté? Cette question et bien d’autres restent toujours sans réponse.
Chers amis, est-il besoin de préciser que ce questionnement n’altère en rien ma détermination à être toujours à vos côtés pour assurer la pérennité, en sol québécois, de votre merveilleuse communauté. Ce souhait, je l’adresse également à l’État d’Israël en espérant, tout comme vous, que le soleil de la paix rayonne enfin sur toute la région.

[QLandry20020514AQué]
[Allocution devant le Congrès annuel de l’Association des centres locaux de développement du Québec]
Monsieur le Président de l’Association des centres locaux de développement,
Mon cher collègue du Conseil des ministres, Mesdames et Messieurs les participantes et participants à cette formidable organisation qui recouvre, sur le plan géographique, l’ensemble de notre territoire, mais sur le plan plus matériel, l’ensemble de notre vie nationale, les CLD. Il m’arrive souvent de parler devant des auditoires économiques — c’est largement mon destin — mais il m’arrive souvent aussi, et avec une joie égale, de parler devant des auditoires sociaux, et ce soir je parle devant les deux, puisque votre vocation est à la fois de créer la richesse et de la redistribuer. Et le sens du modèle québécois qui commence à porter fruit, c’est une poursuite vigoureuse de la création de la richesse, des biens et des services. Sauf que, même dans cette création de la richesse, il y a une spécificité québécoise parce que le modèle québécois n’implique pas que la richesse est créée par un seul type d’entreprise traditionnelle, capitaliste, à but lucratif. Il y a cela, oui, mais, dans le modèle québécois de création de la richesse, il y a l’entreprise associative: les fonds de solidarité, par exemple. Il y a l’entreprise coopérative. Je ne connais pas de pays au monde où la moitié du secteur bancaire soit entre les mains d’une coopérative, qu’il fonctionne efficacement à profit et qui desserve le territoire, mais c’est notre cas. Il y a des entreprises d’État, bien entendu, mais gérées suivant les lois strictes de l’efficacité et de l’efficience, qui donne, par exemple, la Société générale de financement d’aujourd’hui, formidable institution qui, dans une vie antérieure, est allée de formidables échecs à d’autres formidables échecs. Naguère, il n’y a pas plus d’une dizaine d’années, la Société générale de financement a nationalisé un chantier maritime. Bien, cet instrument extraordinaire qui s’appelle la Société générale de financement, aujourd’hui, fonctionne suivant des normes empruntées à l’économie de marché, à l’économie commerciale, à l’économie patrimoniale, mais, en même temps, le fait avec comme seul actionnaire le gouvernement du Québec, et dans un but de développement.
Au chapitre de la distribution de la richesse, le Québec a aussi une attitude originale et créatrice. Il y a des moyens classiques de distribuer la richesse, on le sait bien : l’impôt sur le revenu en étant un et la dispensation de services par l’État complétant l’ouvrage. Mais nous allons beaucoup plus loin que ça, d’une façon beaucoup plus active, d’une façon beaucoup plus créatrice. Nous en sommes au point où des entreprises de redistribution de la richesse, de l’économie sociale appartiennent aussi au monde de la création. C’est une immense fierté et j’en parle dans tous les pays où on m’invite : l’économie sociale, au Québec, est plus avancée et plus florissante que partout ailleurs sur cette planète. Il est là le modèle québécois. Ce sont ces deux pôles et cette égale ardeur égale à vouloir une société prospère, quand, autrefois, les progressistes — j’ai déjà eu des discussions sans fin avec certains et certaines d’entre eux — les progressistes étaient obsédés par la redistribution, n’avaient aucune inquiétude quant à la création et, souvent, un certain petit mépris de la création. Vous voyez ce que je veux dire, n’est-ce pas? C’est une mentalité qu’on voit moins aujourd’hui, mais qui était naguère florissante : Moi, je suis un social, l’économie, je n’en ai rien à tirer. Le Québec, on le voit bien, a passé cette étape.
C’est pourquoi je suis très content d’être avec vous ce soir. J’ai l’impression qu’on n’a jamais entendu parler autant des CLD qu’au cours de la dernière année. Vous avez eu certaines années, évidemment, d’organisation, de balbutiements, mais les travaux accomplis depuis trois ans sont extrêmement impressionnants. Vous avez 2000 administrateurs et administratrices bénévoles, 1000 employés répartis dans toutes les régions, vous êtes en train de devenir une force de frappe formidable. Votre mission de soutenir le développement des entreprises et d’appuyer les entrepreneurs, notamment les jeunes, est fondamentale. Quand on sait que, d’ici 15 ans, 70 % des entrepreneurs québécois d’aujourd’hui auront atteint l’âge de la retraite, la préparation de la relève est fondamentale. Plusieurs voix, vous le savez, se sont fait entendre dans l’univers qui est le vôtre, au cours des dernières semaines, quant au dialogue nécessaire du gouvernement national du Québec et des régions, et des régions entre elles. Mgr Blanchet y a fait allusion. Certains maires et préfets, des représentants d’universités, surtout en région, certains chercheurs dans le domaine du développement régional ont demandé l’ouverture de ce dialogue. Certains députés et ministres m’ont fait part des inquiétudes réelles de leurs concitoyens et concitoyennes à l’égard des phénomènes nouveaux qui se dessinent dans leur coin de pays et qui demandent des solutions et des approches nouvelles. Je pense notamment aux transformations que commandent l’économie mondiale elle-même, les mutations du marché du travail, le déséquilibre démographique, le vieillissement de la population et, par conséquent, de la main-d’œuvre, avec le problème conséquent de maintien de services d’éducation et de santé.
J’ai moi-même eu l’occasion — et je le fais systématiquement quand je vais en région, vous le savez — de rencontrer bon nombre de leaders régionaux au cours des derniers mois, et je sais qu’il s’agit là de questions qui les préoccupent tous et qui préoccupent toutes les régions du Québec.
Ce que j’entends, en gros, c’est ceci : Malgré les actions importantes accomplies par le gouvernement au cours des dernières années pour soutenir et stimuler le développement des régions, certaines régions ne perçoivent pas de changement de leur situation économique et sociale au niveau où elles le souhaiteraient.
Devant les prévisions démographiques fort préoccupantes livrées par des statisticiens, certaines populations régionales ont de la difficulté à voir un avenir pour leur région, puisqu’elles voient une déperdition humaine et une fuite humaine qui n’est nouvelle que dans un de ses aspects. Depuis toujours, les régions ont déversé du capital humain sur les métropoles; c’est un phénomène vieux comme l’industrialisation, et voire avant. Avant la Seconde Guerre mondiale, les deux tiers des Québécois étaient des ruraux. Après la Seconde Guerre mondiale, les deux tiers étaient des urbains. Alors, c’est sûr qu’il y a eu un fort mouvement. Mais pourquoi est-ce que ce mouvement n’a pas été perçu comme une tragédie? À cause de la démographie. Les régions renouvelaient sans cesse leur stock, et les démographes disaient même : Les villes sont mangeuses d’hommes; les régions les produisent et puis, rendus en ville, à la deuxième génération, la natalité s’effondre. Mais on compte sur la région pour en envoyer un autre contingent.
Mais, actuellement, la région ne joue plus l’autre rôle et, si elle continue à approvisionner les villes sans renouvellement en région, on aura le problème angoissant, j’en parle légèrement, mais il est angoissant, de déperdition de population dans les régions. Dans ces mêmes régions, les entreprises éprouvent déjà de la difficulté à trouver la main-d’œuvre dont elles ont besoin pour faire face à la concurrence mondiale.
Enfin, j’entends trop souvent encore que l’État agit et met sur pied des mesures dont la conception et la gestion ne sont pas toujours bien adaptées aux besoins spécifiques des régions. J’en conclus que l’on souhaite ouvrir le dialogue avec le gouvernement national du Québec.
Toutefois, en même temps que l’on parle de cette idée d’ouvrir un grand dialogue, j’entends également des voix qui craignent que ce type de rencontre ne nous éloigne de l’action au profit de longues discussions, quoi qu’on discute, et qu’on ne soit pas assez mobilisés dans l’action. Je suis sensible à cela aussi.
Alors, je le dis d’emblée et clairement, il n’est pas question de refaire le travail de planification déjà fait en région, d’autant plus qu’il résulte d’un vaste exercice de consultation et de concertation que nous n’avons pas intérêt à recommencer. À mon avis, notre objectif doit plutôt être de prendre appui sur ce travail déjà fait pour convenir ensemble des actions prioritaires à entreprendre au cours des prochaines années. Plusieurs m’ont dit qu’ils étaient heureux des initiatives prises par le gouvernement pour soutenir le développement de leur région, initiatives dont ils voient d’ailleurs des effets concrets dans leur milieu. Mais ils souhaitent également qu’on se donne les moyens de faire face aux nouveaux enjeux qui sont aujourd’hui à nos portes. Il me semble qu’il s’agit là d’une proposition tout à fait recevable. Regardons ensemble le chemin parcouru. Convenons des défis les plus importants à relever dans chacune des régions. Revoyons nos priorités d’action. Faisons l’inventaire de nos outils, de nos actifs. Voyons ce qu’il faut ajouter, modifier ou laisser de côté pour relever efficacement ces défis. Autrement dit, traçons le plan de travail Québec-régions pour les prochaines années.
Voilà ce à quoi j’invite les régions dès cet automne, car, j’insiste à nouveau là-dessus, les défis à relever commandent une action rapide. La métropole et la capitale nationale ont déjà amorcé leur réflexion à cet égard et nous les accompagnerons dans leurs démarches. Mais, parce que ces défis touchent toutes les régions et parce que la volonté du gouvernement est de travailler à développer tout le Québec, je convie les acteurs régionaux à deux rendez-vous nationaux des régions. Deux événements distincts qui se tiendront dans la capitale nationale, ici, à Québec : le premier pour les régions ressources, le second pour les régions centrales. C’est là où la ligne passe. On a tous compris qu’il y a une problématique spéciale des régions ressources et que ce serait mal venu de ne pas en prendre acte.
Pour ces rendez-vous, je suggère un parcours en trois étapes. Le Rendez-vous des régions ressources se tiendra en octobre, celui des régions centrales en novembre, afin que nous ayons le temps d’aborder en profondeur les problématiques propres à ces régions dont les réalités sont différentes. Je confie, en toute confiance d’ailleurs, au ministre d’État à la Population, aux Régions et aux Affaires autochtones le mandat de préparer ces rendez-vous avec les régions. C’est lui-même un homme de région. C’est lui-même un homme de région, et, quand on a été un brillant ministre de la Santé, on peut être ministre de n’importe quoi après sans crainte d’exécuter.
Le parcours qui nous mènera à ces Rendez-vous de l’automne donc se fera en trois étapes: la première, la rencontre des leaders dans les régions : en mai et juin, dans les sept régions ressources; en août et septembre, dans les sept régions centrales. Deuxième étape, les consultations régionales : de juin à octobre, dans les régions ressources; de la mi-août à novembre, dans les régions centrales. Troisième étape : le Rendez-vous national des régions ressources, en octobre; le Rendez-vous national des régions centrales, à la fin de novembre.
Je décris un peu mieux la première étape : les rencontres régionales avec les leaders socioéconomiques. J’ai demandé au ministre d’État à la Population d’entreprendre une tournée de toutes les régions, en commençant dès ce printemps dans les régions ressources, puis, à la rentrée du mois d’août, dans les régions centrales. Dans le cadre de cette tournée, nous tiendrons des rencontres avec les leaders socioéconomiques régionaux afin de faire une lecture commune des problématiques et d’établir les priorités sur lesquelles il faut travailler. Et j’invite le ministre à m’inviter à y participer moi-même. J’irai avec joie avec lui, quand ce sera possible, parce que j’ai beaucoup de choses à faire, mais j’aimerais être mêlé personnellement à la plupart de ces étapes.
Comme vous le savez, je suis mobilisé pour la Gaspésie, où je vais régulièrement. Je suis allé plus en Gaspésie en un an, comme premier ministre du Québec, que n’importe quel autre premier ministre du Québec pendant tout son mandat, y compris le célèbre René Lévesque, qui était lui-même Gaspésien. Je prends mon rôle au sérieux. Et je voudrais, Rémy, que tu m’amènes ailleurs aussi, parce que nous profiterons de cette occasion pour écouter le point de vue des régions sur les conditions nécessaires à réunir pour assurer le succès des rendez-vous de l’automne.
La deuxième étape : les consultations régionales. Par la suite, chaque région sera invitée à mener les consultations qu’elle jugera nécessaires sur son territoire et selon la forme qu’elle juge appropriée. L’objectif de ces consultations est d’élaborer les propositions d’action que chaque région entendra soumettre aux rendez-vous de l’automne. Je compte que les CRD et les CLD soient des partenaires actifs et dynamiques dans ce travail.
Enfin, les Rendez-vous. La forme définitive de ces Rendez-vous sera précisée à la lumière des rencontres avec les leaders socioéconomiques des régions. Toutefois, les objectifs sont connus : chaque région doit établir clairement ses priorités et ses objectifs, en évitant la mentalité « liste d’épicerie ». Chaque région doit définir ce qu’elle entend faire pour atteindre ces objectifs et qu’au grand rendez-vous de l’automne elle propose les stratégies et les moyens les plus appropriés pour y parvenir. Si la région a des objectifs clairs, qu’elle se donne un plan de travail concret et réaliste, nous l’appuierons et nous mettrons à son service tous les leviers dont l’État dispose. Et vous savez que, dans le modèle québécois, ces leviers sont nombreux et puissants.
Le gouvernement du Québec a déjà manifesté sa volonté d’appuyer le développement de systèmes industriels et de créneaux d’excellence porteurs dans les régions. C’est déjà commencé, la SGF est déjà à l’oeuvre dans certaines régions. Il y a même des délégations régionales qui sont allées avec la SGF dans d’autres pays exemplaires et qui ont appliqué ces méthodes. Donc, le travail est déjà commencé. Il appartient à la région de bien cibler ses créneaux, de choisir le secteur où elle souhaite diriger ses efforts et foncer. Ce travail requiert non seulement une mobilisation des acteurs locaux et régionaux, il exige également une volonté de concertation et de convergence des forces en présence.
Les Rendez-vous de l’automne seront une bonne occasion pour convenir de l’appui que le gouvernement pourra apporter au développement des secteurs d’excellence dans toutes les régions. Il ne faut jamais perdre de vue que le véritable compétiteur des régions, ce n’est pas Montréal, ce n’est pas la capitale nationale et encore moins la région voisine — parce qu’il faut se méfier, parfois, des jalousies interrégionales qui ne sont pas de bon aloi. Il peut y en avoir de bon aloi, mais il y en a qui sont intempestives aussi. Non, les vrais compétiteurs des régions, ce sont ces régions du monde où on met en valeur et on transforme la matière plus rapidement et à meilleur coût et où on produit, innove et invente les biens et les services de demain.
L’économie du savoir, c’est bien, mais ce à quoi il nous faut aspirer, c’est à une véritable société du savoir. Une société où il n’y a pas deux Québec, deux classes de citoyens : ceux qui ont accès aux connaissances et d’autres qui n’y ont pas accès. Si on laisse faire l’économie de marché, c’est ce qui arrivera, car l’économie de marché excelle à créer de la richesse, spontanément; elle a besoin, malheureusement, d’un coup de pouce pour lui assurer une distribution aussi équitable que possible entre les diverses couches de citoyens et entre les régions.
Les régions du Québec ont des attributs qui leur permettent d’envisager avec optimisme leur place dans la nouvelle économie et dans l’économie mondiale. Mais, pour cela, il faut se donner une vision, des priorités et un plan de travail. Moi, je suis très impressionné par ce qui se passe à Montréal, comme vous tous et toutes, sauf que, dans la plupart de vos régions, le taux de chômage est plus bas qu’à Montréal, n’est-ce pas? Il faut regarder les choses en face. C’est vrai que Montréal, il y a six ans, avait comme image internationale une montagne de poussière grise. La Gazette en remettait une pelletée chaque matin.
Et puis, aujourd’hui, Montréal, c’est un joyau de sciences et de technologies, c’est la cinquième technopole d’Amérique, c’est une des plus fortes d’Occident. Mais la plupart de vos régions ont un taux de chômage plus bas, et prétendre que la haute technologie, c’est Montréal, c’est faire une grosse erreur, c’est ne pas savoir qu’il y a un CNE à Rimouski, où il y a des centaines et des centaines de jeunes gens et jeunes femmes qui rentrent chaque matin travailler dans des choses aussi compliquées que celles qui se font dans l’aérospatiale ou dans la Cité du multimédia. Il y a 50 CNE sur notre territoire. Ici même, dans notre capitale nationale, CDTI qui… Ça vaut presque la peine de le voir physiquement, il y avait un quartier, là, qui s’appelle le quartier Saint-Roch, qui incarnait la misère et presque le misérabilisme. Aujourd’hui, ça incarne le dynamisme, le savoir, l’intelligence, la créativité et la richesse. C’est très beau, mais c’est aussi beau, ce qu’on voit à Saint-Georges-de-Beauce, dans le CNE. Ça, c’était quasiment insultant : ils nous ont demandé de le doubler à peu près six mois après qu’on l’avait inauguré. J’en vois des choses comme ça, et vous en voyez aussi dans les régions. Si c’est possible au point A, c’est possible au point B. Jacques Proulx se souvient de notre petit raisonnement simpliste sur les villages prospères : on avait vu des villages prospères. S’il y a des villages prospères, pourquoi les autres ne sont-ils pas prospères? Il s’agissait de transférer les méthodes. S’il y a des régions qui sont prospères, pourquoi les autres ne sont-elles pas prospères?
Je comprends qu’il y a des accidents. Quand la mer se vide et quand la mine se vide puis que la Gaspésia ferme, tout ça en l’espace d’un an ou deux, on a beau crier à la prospérité et l’appeler de tous ses vœux, ça ne se fait pas tout seul. Mais la plupart des régions du Québec sont bien placées, à tous égards, pour connaître des succès grandioses, et nous voulons que la Gaspésie connaisse des succès grandioses. Le croiriez-vous? On a annoncé près de 1000 emplois dans des centres d’appels en Gaspésie. Avant, on faisait appel à leurs richesses naturelles seulement : ça prenait des arbres et ça prenait du poisson. Aujourd’hui, c’est à leurs richesses intellectuelles et à leur capacité de prendre leur destin en main qu’on fait appel.
Donc, que nul ne croie que les activités du savoir et que les activités de la modernité doivent être concentrées dans les grands centres puisque la réalité, c’est déjà qu’elles sont déconcentrées. Pour arriver à réaliser cette déconcentration, on a tout un arsenal qui fait partie du modèle québécois de façon typique. Il y a des Solide, des Innovatech. Il y a même des Innovatech régions ressources spécialisées, des Fonds de diversification économique, des fonds pour développer l’économie sociale, des investissements locaux pour appuyer les jeunes promoteurs, un Fonds de développement régional, un Fonds de lutte contre la pauvreté, des budgets additionnels pour soutenir l’action communautaire, des programmes pour les infrastructures municipales, d’autres encore dans le domaine forestier, agricole, minier, touristique, des statuts fiscaux spéciaux pour les régions ressources que ce soit pour la deuxième ou troisième transformation, ou l’exemption fiscale de 10 ans pour les PME, que ce soit la vallée de l’aluminium ou autre stimulant particulier. Puis, il y a les fameux centres locaux d’emploi, et là, le mot « fameux » n’est plus assez fort. Vous-mêmes, les CLD, vous faites partie de cet inventaire des outils, vous êtes parmi les plus performants, les plus magnifiques.
Et ces outils donnent du rendement. Moi, j’ai toujours été un adepte du modèle québécois. J’étais non pas de la génération qui a mis de l’avant la Révolution tranquille — je n’ai quand même pas tout à fait l’âge qu’il faut pour ça — mais je l’ai vécue comme acteur. Je suis arrivé à Québec comme jeune fonctionnaire dans le ministère de René Lévesque, qui s’occupait de richesses naturelles dans ce temps là, en 1963-1964. Et, dès lors, j’ai été un adepte du modèle québécois. Je savais que c’est collectivement qu’on se tirerait d’affaire. Se tirer d’affaire, dans ce temps là, ça voulait dire se décoloniser. Le croiriez-vous? C’était ça : le Québec était colonisé. Aux Richesses naturelles, on n’était pas capable de parler au téléphone à quiconque autrement qu’en anglais, puis il fallait répondre à des lettres en anglais et recevoir des délégations parce que le monde des mines et de la forêt, c’était ça. Bon!
Mais maintenant, le modèle québécois a pris corps, théoriquement d’abord, puis, pratiquement, dans des expériences pratiques dont certaines furent catastrophiques et calamiteuses, on ne peut pas savoir. Par exemple, l’association entre Sidbec et Normines et une sidérurgie britannique étatique, vraiment, absolument gérée… assez pour que Mme Thatcher la fasse disparaître complètement. En tout cas, on a eu des échecs, mais je n’ai jamais cessé de croire au modèle québécois. Puis, il y a eu une phase transitoire parce que le modèle, à un moment donné, il était en place, puis presque toute l’instrumentation. Il faut dire qu’on en a rajouté pas mal. Au cours des huit ou dix dernières années, on a rajouté peut-être les éléments qui manquaient. Malgré ça, la différence entre le taux de chômage du Québec et de l’Ontario, par exemple, était constante et il n’y avait pas moyen de rattraper. Je disais, un peu d’une façon professorale, la différence Québec-Ontario, delta = k. Puis, on se bat, on a notre modèle, il est bon, delta = k encore.
Figurez-vous que ce n’est plus ça. Pour prendre un langage savant, delta tend vers zéro. On est en train de combler la différence. Ah! j’ai vu ça des différences de chômage Québec-Ontario de 4 %! Maintenant, c’est en bas de 2, c’est rendu à 1,6. C’est le taux le plus bas de l’histoire.
Hier, lundi, il y a plus de Québécois et de Québécoises qui sont rentrés au travail que dans toute l’histoire du Québec par rapport à la population totale. Robert Bourassa, qui avait une obsession économique non négligeable, a fait sa gloire avec « 100000 emplois en 12 mois ». On a 100000 emplois en quatre mois. Je ne sais pas quand ça va arrêter. 100000 ménages de moins à l’aide sociale. Ce n’est pas juste ne pas être à l’aide sociale, c’est gagner sa vie, c’est gagner sa vie dans la dignité. Notre PIB par tête a franchi le seuil magique des 30000 $ par année. On peut affirmer aujourd’hui, dans une phrase un peu lapidaire, mais dont toutes les dimensions ont été vérifiées, il y a même eu des débats publics là-dessus, on peut affirmer que l’économie du Québec croît plus vite que celle de l’Ontario, que le niveau de vie du Québec monte plus vite que le niveau de vie ontarien, que les Québécois s’enrichissent davantage et que la richesse est mieux répartie. Tout ce que je viens de dire est vrai.
Alors, le modèle québécois, qui fut théorique, chaotique et catastrophique parfois, est devenu une puissante machine de création et de distribution de la richesse. C’est pour ça qu’on va, avec un supplément d’âme, aller encore plus loin, avec les régions et toutes les régions. C’est pour ça qu’on va se voir dans la capitale nationale à l’automne.
Ces rendez-vous seront une formidable occasion de faire le point sur les défis qui sont à nos portes et de convenir ensemble des meilleurs moyens de relever ces défis. Les instruments que nous nous sommes donnés au cours des dernières années sont-ils adéquats pour les défis de demain? Il faudra répondre à cette question à l’automne. On devra répondre à la question : Avez-vous les infrastructures ou les équipements requis pour développer chez vous des systèmes industriels ou des créneaux d’excellence capables de concurrencer à l’échelle mondiale? Avez-vous les bons outils pour faire face aux priorités de votre région? Voilà les questions auxquelles nous aurons à répondre.
Le travail que nous avons à faire est simple, ce ne sont pas des questions tellement complexes, ce sont des questions factuelles, mais il est précis et exigeant. Il faudra convenir des priorités d’action : choisir les outils et les modes d’intervention les plus efficaces et se donner un plan de travail conjoint pour les prochaines années.
Voilà, je crois, des tâches exaltantes et qui, encore une fois, même si elles touchent le développement dans ses aspects matériels, vont nous apporter beaucoup plus que cela.
C’est peut-être l’erreur qu’ont faite certaines sociétés en apparence prospères, même en apparence très riches, de ne considérer les choses que sous leurs angles matériels et mesurables. Pourquoi est-ce qu’on fait tout ça? On ne développe pas les régions pour que telle région soit plus riche que l’autre ou pour remporter un concours. On développe les régions et le Québec dans son entier pour que les hommes et les femmes qui y vivent aient des chances de bonheur et d’épanouissement plus grandes. C’est ça, la finalité du développement. Vous savez très bien que, quand les choses vont bien dans un village, l’atmosphère change à tous égards. Et quand on fait reculer la misère matérielle, on en attaque bien d’autres, et de plus fondamentales encore. C’est très motivant.
Et ça peut avoir un autre nom aussi, et ce nom, il est très simple et universel, c’est l’amour de la patrie. J’arrive d’Amérique latine. Là, j’ai vu des pays bien moins avancés que nous, qui font leurs efforts, qui regardent le Québec. Le Québec est une inspiration pour l’Amérique latine. D’ailleurs, le Québec, c’est la partie la plus au nord de l’Amérique latine, si vous voulez mon avis. On voit que chaque citoyen de cette planète, chaque homme et femme habitant cette planète ne peut avoir un plus beau devoir que celui d’aimer sa patrie et vouloir qu’elle se développe. Aimer sa patrie inclut qu’on aime celle des autres aussi.

[QLandry20020514BQué]
[Cérémonie de remise des insignes de l’ordre national du Québec]
Madame le Lieutenant gouverneur,
Madame la Présidente de l’Assemblée nationale,
Madame la représentante du Chef de l’Opposition officielle,
Monsieur le Président du Conseil de l’Ordre,
Monsieur le Maire,
Distingués invités,
J’ai le privilège et l’honneur de rendre hommage aujourd’hui à des personnes qui, par leurs actions éminentes, ont contribué à l’évolution du Québec. Ce geste, René Lévesque l’a fait pour la première fois en 1985.
Pour certaines des personnes présentes aujourd’hui, nous reconnaissons l’œuvre d’une vie; pour d’autres, un travail de pionnier; pour d’autres encore, la constance dans la poursuite d’un idéal. Certains ont été de véritables leviers dans l’évolution du Québec, d’autres ont franchi les limites de leur profession pour atteindre des niveaux d’excellence reconnus à travers le monde. D’autres, venus d’ailleurs, ont choisi le Québec comme théâtre de leur action. Tous ont contribué, à leur façon, au rayonnement du Québec dans des secteurs indispensables à l’épanouissement de notre nation : les arts, la science, l’enseignement, la diplomatie, la littérature, les sports et l’histoire.
Mesdames et messieurs, au nom de la nation québécoise, j’ai le grand plaisir de vous rendre hommage en vous nommant membres de l’Ordre national du Québec.
D’abord, à titre de grands officiers :
Sœur Annette Bellavance
Vous avez consacré votre vie à l’éducation des jeunes. Professeure dans diverses écoles de la région montréalaise entre 1946 et 1963, vous êtes devenue directrice des étudiantes au collège Marguerite-Bourgeoys, en 1963. Depuis 1971, soit depuis plus de trente ans maintenant, vous êtes directrice générale du collège Regina Assumpta. Femme de grande compétence, vous avez permis à plusieurs jeunes d’atteindre des sommets tant sur le plan personnel que professionnel en leur offrant une formation de qualité et en leur transmettant votre désir d’accomplissement, votre esprit d’ouverture sur le monde et votre soif de l’excellence.
Sœur Annette Bellavance, j’ai l’honneur de vous nommer grand officier de l’Ordre national du Québec.
Dr William Howard Feindel
Diplômé en médecine et en philosophie des universités McGill et Oxford, vous avez été rattaché à l’Institut neurologique de Montréal pendant toute votre carrière d’abord à titre de chercheur clinicien, puis comme directeur. À l’instar de vos prédécesseurs, les docteurs Wilder Penfield et Theodore Rasmussen, vous vous êtes employé à améliorer les techniques en neurochirurgie selon le « Montreal procedure » afin de guérir des formes d’épilepsie impossibles à traiter avec des médicaments. Vos recherches ont porté sur les structures du cerveau intervenant dans les phénomènes de crises épileptiques et sur l’importance sans cesse croissante des activités de l’imagerie cérébrale en neurologie et en neurochirurgie clinique. Toujours actif au sein de l’Institut neurologique de Montréal, vous vous êtes intéressé, depuis de nombreuses années, à son histoire que vous publierez sous peu.
Dr William Howard Fiendel, j’ai l’honneur de vous nommer grand officier de l’Ordre national du Québec.
Brian Mulroney
Brian Mulroney, jeune avocat diplômé de l’Université Laval, vous avez joué un rôle important à la Commission sur la corruption dans le syndicalisme de l’industrie de la construction, en 1974 et 1975. Par la suite, vous êtes entré au service de la compagnie Iron Ore à titre de vice-président, puis de président, de 1977 à 1983. Devenu chef du Parti Conservateur et chef de l’opposition à la Chambre des communes, en 1983, vous êtes élu premier ministre du Canada en septembre 1984. Dès votre accession au pouvoir, vous avez souhaité mettre un terme à la politique de confrontation fédérale-provinciale et avez été l’artisan des accords du lac Meech et de Charlottetown. Vous avez été aussi celui qui a su convaincre les présidents américains de l’intérêt d’un accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis, accord qui fut élargi, par la suite, au Mexique, accord qui a permis au Québec d’élargir ses échanges avec l’Amérique.
M. Brian Mulroney, j’ai l’honneur de vous nommer grand officier de l’Ordre national du Québec.
J’accueille à présent les officiers :
Gaston Bellemare
Gaston Bellemare, vous êtes l’un des chefs de file du milieu littéraire et culturel du Québec depuis plus de quarante ans. Cofondateur en 1971 des Écrits des Forges, vous mettiez sur pied, en 1985, le Festival international de la poésie de Trois-Rivières. Depuis, plusieurs de vos projets ont fait de Trois-Rivières une véritable capitale de la poésie, pour reprendre les mots de Félix Leclerc. Qu’on pense seulement à la « promenade de la poésie », au « monument au poète inconnu », aux « poèmes d’autobus » et à la maison de la poésie de Trois-Rivières, toutes initiatives réalisées en collaboration avec les autorités municipales. Non satisfait de toutes ces réalisations, vous avez mis sur pied, en 2001, la Fédération des festivals internationaux de poésie, dont le siège social est, il va sans dire, situé dans la capitale de la poésie : Trois-Rivières.
M. Gaston Bellemare, j’ai l’honneur de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec.
Jean Chapdelaine
Votre activité dans le domaine des relations internationales vous confère sans conteste, Jean Chapdelaine, le statut de pionnier. En effet, vous avez assisté à la naissance de la diplomatie canadienne et de celle du Québec. Votre legs est d’autant plus important que vous avez exercé votre métier pendant une période couvrant plus de la moitié du XXe siècle. Après avoir été ambassadeur du Canada en Suède, au Brésil et en Égypte, vous avez accepté, à la demande de M. Jean Lesage, de devenir délégué général du Québec à Paris. Pendant votre mandat, qui s’est échelonné de 1965 à 1975, vous avez joué un rôle crucial dans la recherche d’un statut approprié pour la représentation gouvernementale québécoise, ce dont nous vous sommes redevables encore aujourd’hui. À votre retour au Québec, vous êtes vite devenu conseiller du premier ministre pour les questions internationales et avez occupé divers postes aux ministères des Affaires intergouvernementales et, plus tard, au ministère des Relations internationales.
M. Jean Chapdeleine, j’ai l’honneur de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec.
Michal Hornstein
Admirablement intégré à la société québécoise à laquelle vous n’avez jamais cessé de vous intéresser, vous avez, Michal Hornstein, au fil des ans, apporté une singulière et précieuse contribution à la vie culturelle et sociale du Québec. Membre du conseil d’administration du Musée des beaux-arts de Montréal depuis plus de trente ans et collectionneur avisé, vous avez participé avec une rare maîtrise à l’élaboration de la politique d’acquisition du musée et fait don d’œuvres d’art qui ont grandement enrichi sa collection. Votre action bénévole s’est aussi portée au cours des ans sur des organismes du milieu de la santé, de l’éducation, de la musique et de la danse.
Michal Hornstein, en 1993, vous étiez nommé chevalier de l’Ordre national du Québec. J’ai l’honneur aujourd’hui de vous nommer officier de l’Ordre.
Rita Letendre
Associée dès vos débuts au mouvement automatiste, vous vous situez, Rita Letendre, au premier rang de ces femmes artistes qui se sont illustrées au Québec pendant la deuxième moitié du XXe siècle. Vous vous êtes d’abord fait connaître par des œuvres lyriques et expressives dans lesquelles le geste a une grande importance et la couleur est vive. Peu à peu, votre art, qui deviendra plus formel entre 1955 et 1956, redeviendra lyrique et empreint d’émotion par le geste et la matière, jusqu’en 1965, année où vous abordez de façon rigoureuse une forme de peinture en aplat, utilisant le rouleau et plus tard l’aérographe, pour créer des œuvres de grande envergure, dans le cadre de commandes publiques. Depuis près de dix ans maintenant, vos toiles sont exécutées à nouveau à l’huile en utilisant le pinceau et le couteau, véritable synthèse plastique entre émotion, lumière et matière. Vos œuvres ont été vues tant dans des expositions de groupe que des expositions en solo, aussi bien au Québec qu’au Canada et un peu partout dans le monde. On les retrouve tant dans des collections privées que dans des collections publiques.
Mme Rita Letendre, j’ai l’honneur de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec.
Ted Moses
Grand défenseur des droits des peuples autochtones depuis de nombreuses années, vous avez contribué à l’obtention de la reconnaissance formelle du Grand Conseil des Cris (Eeyou Astchee) à titre d’organisation non gouvernementale auprès du Conseil économique et social des Nations unies. Au sein de votre nation, vous étiez de l’équipe qui a mis sur pied le Conseil scolaire cri, dont vous avez été le premier directeur général, et l’Office de la sécurité du revenu des chasseurs et piégeurs cris. Vous avez joué un rôle de premier plan dans la négociation de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois et, très récemment, en votre qualité de grand chef du Grand Conseil des Cris, vous avez été le négociateur principal de votre nation auprès du gouvernement du Québec pour la signature de l’Entente concernant une nouvelle relation entre le gouvernement du Québec et les Cris du Québec. Ce fut un honneur de conclure avec vous cette entente historique que vous avez qualifiée à juste titre de « paix des braves ». Il s’agit là d’une entente déterminante pour le développement de nos nations respectives. M. Ted Moses, j’ai l’honneur de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec.
Dr Serge Rossignol
Dr Rossignol, vous êtes l’une des sommités mondiales de la recherche sur les mécanismes de contrôle de la locomotion. Vos travaux, qui portent plus spécifiquement sur la locomotion spinale et ses aspects neurophysiologiques et neuropharmacologiques et les publications qui en découlent, font qu’on vous invite régulièrement dans les grands symposiums internationaux. Professeur au Département de physiologie et membre du Centre de recherche en sciences neurologiques de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal depuis 1975, vous êtes également titulaire, depuis janvier 2000, de la chaire de recherche du Canada sur la moelle épinière de l’Université de Montréal.
M. Serge Rossignol, j’ai l’honneur de vous nommer officier de l’Ordre national du Québec.
J’accueille à présent les chevaliers :
Pascal Assathiany
Reconnu comme l’un des grands artisans de l’édition et de la littérature québécoises actuelles et hautement respecté par les auteurs, les libraires et l’ensemble du monde du livre d’ici, vous êtes également, Pascal Assathiany, l’un des meilleurs ambassadeurs du Québec auprès des éditeurs, écrivains et journalistes étrangers. Arrivé au Québec en 1967, après avoir terminé des études de lettres en France, vous avez fondé, quelques années plus tard, la compagnie Diffusion Dimédia et vous êtes associé aux Éditions du Boréal, dont vous êtes devenu le directeur général en 1989. On vous doit notamment le grand succès remporté par la littérature québécoise au Salon du livre de Paris, au printemps de 1999, époque où vous étiez président de l’Association nationale des éditeurs de livres.
M. Pascal Assathiany, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Jacques Bouchard
Considéré comme le père de la publicité québécoise, vous avez été, Jacques Bouchard, président et cofondateur du Publicité Club de Montréal en 1959 et cofondateur de l’agence de publicité BCP, quelques années plus tard. En 1981, vous avez créé le Centre international de publicité sociétale. Vos campagnes publicitaires et vos écrits ont véritablement jeté les bases du métier ici, au Québec, et dans l’ensemble du monde francophone. Loin de vous arrêter, vous avez mis sur pied le Mondial de la publicité francophone et vous prêtez votre nom à un concours institué par l’Office de la langue française visant à honorer la qualité de la langue française dans la publicité.
M. Jacques Bouchard, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Marcel Brisebois
Marcel Brisebois, vous avez contribué à plusieurs titres au développement culturel et social du Québec. Directeur général du Musée d’art contemporain de Montréal depuis 1985, votre action a permis de raffermir le rôle du Musée dans la société québécoise et sa place parmi les musées d’art du monde. Licencié en théologie et en philosophie, vous aviez commencé votre carrière à titre de professeur de philosophie au Collège de Valleyfield, votre ville natale. Parallèlement à vos fonctions dans l’enseignement, vous avez également fait carrière en tant qu’animateur et interviewer à la société Radio-Canada. Au cours des nombreuses entrevues que vous avez menées, vous avez toujours su défendre et promouvoir les valeurs humanistes et les grandes idées du monde contemporain tout en vous adressant à un large public.
M. Marcel Brisebois, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Hubert de Ravinel
Préoccupé par la condition des personnes âgées depuis de nombreuses années, vous avez, Hubert de Ravinel, fondé et été directeur de l’organisme Les petits frères des pauvres, voué au bien-être des personnes âgées. Vous avez également fondé l’Association québécoise de gérontologie et avez été consultant auprès des gouvernements du Québec et du Canada et conseiller du ministre d’État au développement social sur les questions du vieillissement. L’enseignement de la gérontologie, la publication de plusieurs essais, l’animation d’émissions portant sur le vieillissement et la réalisation de films et de vidéos portant sur divers aspects de la condition des personnes âgées comptent parmi les secteurs où votre action s’est portée. Au cours des dernières années, on vous a retrouvé à titre d’ombudsman et conseiller à la direction générale de plusieurs centres montréalais de soins de longue durée pour personnes âgées, de vice-président du bureau québécois de l’Année internationale des personnes âgées et de vice-président du Conseil des aînés.
M. Hubert de Ravinel, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Anne Desjardins
Diplômée en géographie, votre carrière dans le monde de la restauration s’amorce en 1979, année où, avec votre compagnon, vous avez déniché une petite maison située à Sainte-Adèle et décidé d’y ouvrir un café-restaurant où seront servis de petits plats cuisinés nouvelle manière. Au fil des ans, vous êtes devenue, Anne Desjardins, une véritable ambassadrice de la fine cuisine québécoise en représentant le Québec un peu partout dans le monde. Ici même, au Québec, vous participez régulièrement à des émissions télévisées ou radiophoniques et à des évènements gastronomiques, tout en vous consacrant à l’enseignement culinaire. Votre talent de chef a été reconnu par plusieurs prix prestigieux au Québec et à l’étranger.
Mme Anne Desjardins, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Diane Dufresne
Diane Dufresne, vous avez littéralement révolutionné le monde du spectacle, renouvelé le métier d’interprète et affranchi le spectateur, en lui faisant jouer un rôle actif. Hostile aux compromis, motivée par le dépassement de soi, vous êtes stimulée par le public, votre véritable oxygène. Vous demeurez toujours incroyablement vivante, vibrante, debout, en marge des modes. Vous avez chanté en Europe, au Japon, au Canada et partout au Québec. La République française vous honorait en vous nommant officier des Arts et des Lettres pour « votre grande contribution à la diffusion de la chanson francophone à travers le monde ». L’Assemblée internationale des pays francophones vous nommait chevalier de l’Ordre de la Pléiade et vous avez reçu récemment le prix du Gouverneur général du Canada pour les Arts de la scène.
Mme Diane Dufresne, j’ai l’immense honneur aujourd’hui de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Marcel Dutil
Marcel Dutil, vous avez fondé Le Groupe Canam Manac, en 1973 après avoir œuvré pendant plus de dix ans dans le domaine de l’acier. Depuis vos modestes débuts dans le village de Saint-Gédéon-de-Beauce, vous avez fait de ce groupe un empire aux ramifications internationales. Loin de limiter vos efforts à votre entreprise, vous avez su faire profiter votre communauté de votre réseau d’affaires et de votre savoir-faire en donnant de votre temps à des œuvres humanitaires et sociales. Pour l’exemple de l’esprit d’entrepreneurship que vous donnez aux jeunes de la nation québécoise, j’ai l’honneur, Marcel Dutil, de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Jacques Lacoursière
Jacques Lacoursière, vous êtes reconnu comme le grand vulgarisateur de l’histoire du Québec. Au gré de votre démarche originale et de votre grand talent de communicateur, vous avez mené sans relâche un travail de pionnier, jouant en histoire le rôle naguère tenu par le vulgarisateur scientifique Fernand Seguin. Votre œuvre éducative et pédagogique s’inspire en outre de votre souci de faire partager le savoir. Au cours des ans, M. Lacoursière, vous avez animé des émissions et tenu des chroniques régulières à la télévision et à la radio. Parallèlement, à cela, vous avez multiplié les ouvrages, les articles et les fascicules qui parviennent à toucher des publics très variés tout en empruntant des voies de diffusion souvent inédites.
M. Jacques Lacoursière, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Francine Lelièvre
Francine Lelièvre, vous avez fait de l’identité québécoise le fil conducteur de votre réflexion et de votre action depuis les tout débuts de votre carrière. Après avoir dirigé la mise en valeur de lieux historiques et de parcs nationaux au Québec, vous avez fait partie de la première équipe du Musée de la civilisation à Québec. Directrice générale du Musée d’archéologie et d’histoire de Montréal Pointe-à-Callière depuis son ouverture, en mai 1992, vous avez, par votre vision et par la qualité exceptionnelle de vos réalisations, permis au musée de se classer parmi les plus importants musées d’archéologie et d’histoire à l’échelle internationale et de devenir un attrait touristique remarquable. En association avec l’organisme Terres en vues, vous avez, Mme Lelièvre, coprésidé, au cours de l’année 2001, les manifestations entourant la commémoration du 300e anniversaire de la Grande Paix de Montréal 1701-2001, reconnue comme un événement phare de la Décennie internationale de la paix par l’Unesco. Mme Francine Lelièvre, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Roger A. Lessard
Professeur à l’Université Laval depuis 1972, vous avez été, M. Lessard, l’un des premiers chercheurs à prévoir que les polymères joueraient un rôle important dans les applications optiques et à envisager l’utilisation de matériaux dits à changement de phase en optique notamment pour l’enregistrement optique et la fabrication de guide d’onde; ces applications font maintenant partie de nos systèmes de communication optique. Fondateur du Centre d’optique, photonique et laser de la Faculté des sciences et de génie de l’Université Laval, vous aviez, avant votre entrée à l’Université, dessiné le Mark II qui constituait l’une des premières applications du laser CO2-TEA développé par le groupe du Dr Jacques Beaulieu, du Centre de recherche pour la défense de Valcartier, quelques années plus tôt. M. Roger A. Lessard, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Jacques Lévesque
Très rapidement, au début de votre carrière, vous vous êtes révélé, Jacques Lévesque, l’un des spécialistes les plus en vue du monde communiste et oriental. Dans vos ouvrages, vous avez analysé les conflits sino-soviétiques et ceux de l’Europe de l’Est, de même que les relations entre l’URSS et la révolution cubaine. Votre réputation vous a valu d’être invité, à plusieurs reprises, à titre d’expert-conseil auprès du secrétaire d’État aux Affaires extérieures et devant le comité parlementaire des Affaires extérieures du Canada, ainsi qu’auprès de l’Ambassade du Canada aux Nations unies. Depuis 1999, vous êtes doyen de la Faculté de science politique et de droit de l’Université du Québec à Montréal et directeur du Centre d’études des politiques étrangères et de sécurité de cette même université, centre que vous avez vous-même fondé.
M. Jacques Lévesque, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Dominique Michel
Dominique Michel, vous occupez une place prépondérante sur la scène artistique québécoise depuis le début des années 1950. Présente dès le début de la télévision, vous évoluez avec un égal bonheur dans les domaines de la chanson, du cabaret et du cinéma. Vos prestations au cabaret et à la télévision ont laissé à tous un souvenir impérissable. Au cinéma, vous vous êtes particulièrement distinguée dans Le crime d’Ovide Plouffe et Le déclin de l’empire américain. Qui ne se souvient pas de vos nombreux Bye Bye de fin d’année depuis les années 1970 et de vos animations des galas du festival Juste pour rire! Mme Dominique Michel, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Claire Oddera
Après vos débuts au cinéma, vous vous tournez, Claire Oddera, vers la chanson où vous faites carrière en Europe et, ensuite, au Québec et aux États-Unis. Au milieu des années 1950, vous décidez de vous installer définitivement au Québec et d’ouvrir votre propre boîte à chansons La boîte à Clairette. Pendant douze ans, vous serez l’âme de ce petit cabaret qui verra la plupart des grands noms d’aujourd’hui faire leurs premiers pas. Par la suite, votre carrière d’interprète se poursuit dans des boîtes à chansons, dans des revues musicales et en tant que comédienne et animatrice à la télévision. Vous, que le milieu artistique appelle affectueusement « la mère supérieure », avez ouvert, en 1981, une école d’interprétation afin d’enseigner aux jeunes l’art de la scène et de leur transmettre ce que vous croyez être le plus important : le feu sacré.
Mme Claire Oddera, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Sam Pollock
Depuis votre entrée dans l’organisation du club de hockey Le Canadien de Montréal au cours de la saison 1945-1946, aux côtés de l’ex-gardien de but de l’équipe, Wilf Cude, jusqu’à votre départ en 1978, vous avez occupé les postes de dépisteur en chef, de directeur du personnel et finalement de directeur gérant à partir de 1964. Après quatorze années sous votre direction, la formation montréalaise aura remporté neuf coupes Stanley, dont quatre de façon consécutive; ces succès constituent sans nul doute un sommet. À votre départ de Montréal, vous avez été nommé Grand Montréalais et, depuis, vous avez été admis au Temple de la renommée du hockey et au Temple de la renommée du sport. M. Sam Pollock, j’ai l’honneur aujourd’hui de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
John R. Porter
Détenteur d’un doctorat en histoire de l’art, vous menez, John R. Porter, une double carrière dans le domaine des musées et de l’enseignement depuis 1971. En trente ans de carrière, vous vous êtes distingué par la polyvalence de vos travaux, l’ampleur de vos réalisations, la qualité des professionnels que vous avez formés et l’importance de votre contribution à la muséologie québécoise. Vos publications, expositions, séminaires et conférences ont largement contribué au développement des connaissances, au rayonnement de l’art québécois, ainsi qu’au renouvellement des pratiques dans les musées d’art. Depuis 1993, vous dirigez les destinées du Musée du Québec, que vous avez su placer au cœur d’un grand réseau international. John R. Porter, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
Françoise Sullivan
Votre talent créateur, Françoise Sullivan, s’est exprimé aussi bien à travers la danse, la peinture et la sculpture que la photographie et la vidéo. Vous avez appliqué la philosophie des Automatistes à votre démarche créatrice, caractérisée par un retour à une essence et à des formes primordiales, à une impulsion vitale, à une intériorité et à une liberté du geste. À la fin des années 1940, vous conceviez des spectacles de danse très avant-gardistes, qui ont changé pour toujours le paysage chorégraphique montréalais et dont vous sont redevables tous ceux qui s’identifient aujourd’hui à la nouvelle danse au Québec. En arts visuels, votre carrière est également marquée par le risque et l’audace. Maniant toutes sortes de matériaux et de techniques, vous avez créé des « installations » bien avant l’heure, réalisé des « performances » et avez été parmi les premières à proposer le décloisonnement des genres, une avenue qui s’est révélée des plus fécondes en art.
Mme Françoise Sullivan, j’ai l’honneur de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec.
En plus des 26 personnes que je viens de vous présenter, deux autres éminents Québécois ont été nommés à l’Ordre national du Québec. Il s’agit de MM. Stephen A. Jarislowsky et Pierre-Jean Jeanniot, qui ont été reçus à titre de chevaliers de l’Ordre. MM. Jarislowsky et Jeanniot ne pouvant être parmi nous aujourd’hui, nous aurons donc le plaisir de les accueillir lors de la prochaine cérémonie annuelle de l’Ordre national du Québec, comme nous l’avons fait aujourd’hui pour Mme Julie Payette, qui avait été nommée à l’Ordre national en 2000. Mesdames et messieurs, c’est avec reconnaissance et fierté que je vous demande d’applaudir chaleureusement les nouveaux membres de l’Ordre national du Québec, que je vous ai présentés aujourd’hui.

[QLandry20020314Qué]
[Décès de Jean-Paul Riopelle]
Madame la Présidente, Le décès de Jean-Paul Riopelle provoque chez les Québécois et les Québécoises une profonde tristesse, et pour cause. C’est un des plus grands citoyens du Québec, tous métiers et toutes créativités confondus, qui vient de disparaître. Il restera dans les mémoires comme le plus grand artiste visuel du Québec et l’un des plus grands artistes du XXe siècle, dans le monde entier. Il est connu dans tout l’univers. Ses toiles se retrouvent dans tous les grands musées. Peu de gens ont porté le nom du Québec et la célébration de la culture québécoise dans un aussi grand nombre d’endroits et chez un aussi grand nombre d’êtres humains, et il est né avenue De Lorimier, à Montréal, en 1923.
Très tôt, il a manifesté un talent hors du commun pour les arts visuels. Dès le début de sa vie et jusqu’à la fin, pourrait-on dire, son génie a été visible et très rapidement reconnu. À l’âge de 20 ans, il s’est inscrit à la fameuse École du meuble de Montréal où il aura Paul-Émile Borduas comme professeur. Ça s’appelait l’École du meuble, mais on sait très bien qu’on y enseignait beaucoup d’autres choses que l’ébénisterie, puisqu’un très grand nombre d’artistes québécois ont eu comme point de rattachement esthétique la mentalité de l’École du meuble. Cette rencontre avec Borduas changea la vie des deux hommes ainsi que celle de nombreux jeunes artistes épris de beauté et de liberté qui deviendront les signataires de Refus global qui est un des documents fondateurs du Québec moderne, un des documents qui, avant toute analyse sociologique ou économique ou philosophique, a donné les fondements de notre Révolution tranquille. Comme le dit le mot, ça a été une rupture, une rupture avec un passé qui n’était pas méprisable mais qui était lourd, qui avait été marqué, ce passé, par des échecs, par des désespérances, par des désespoirs, par une lutte qui consistait plus à survivre qu’à vivre. Les gens de Refus global, comme ça arrive souvent aux créateurs dans une société, ont bouleversé le déroulement de l’histoire de cette société.
À cette époque bouillonnante, le jeune homme, qui impressionne son entourage par son magnétisme et sa personnalité, fait la rencontre de ceux et celles qui deviendront les automatistes au sein desquels on retrouve notamment les Madeleine Arbour, Marcel Barbeau, Paul-Émile Borduas, bien sûr, Marcelle Ferron, décédée il y a quelques mois, Claude Gauvreau, Pierre Gauvreau, Fernand Leduc, Jean-Paul Mousseau, Maurice Perron, Françoise Sullivan. Et puis, Riopelle a entrepris, quittant les horizons de la rue De Lorimier et de la rue Saint-Denis où fut écrit Refus global, a entrepris sa conquête du monde. À Paris, au début des années cinquante, il accède à la gloire mondiale. C’est le premier artiste québécois à obtenir une telle consécration et il demeurera jusqu’à la fin un artiste majeur, colossal et inclassable.
Madame la Présidente, le grand poète surréaliste André Breton avait nommé Jean-Paul Riopelle, prenant une référence tout à fait québécoise, le « trappeur supérieur », un surnom qui lui convenait à merveille. En effet, ce grand artiste était comme un chasseur solitaire, à l’affût, traquant l’essence de l’art partout et dans tout, dans les imageries amérindiennes et inuites, dans les teintes violentes des couchers de soleil nordiques, dans les fuselages et dans l’ivresse de la vitesse des autos sport – c’était un homme d’autos sport – dans la nature et dans les vastes étendues boréales de son âme. Il le faisait avec un acharnement, une fougue et une authenticité qui n’appartiennent qu’aux très grands artistes. Enfant terrible de notre histoire de l’art, provocateur rébarbatif à toute école, impossible à caser dans quelque catégorie, Jean-Paul Riopelle a été jusqu’au bout un homme libre, qui disait ignorer ce qu’il ferait demain mais qu’il ne ferait rien pour satisfaire la clientèle.
Je me réjouis que le gouvernement du Québec ait reconnu de son vivant la valeur de cet artiste exceptionnel. En effet, le gouvernement lui a décerné en 1981 le prestigieux prix précisément nommé du nom de son ami Paul-Émile Borduas pour l’ensemble de son œuvre. En 1988 et en 1994, il fut nommé officier puis grand officier de l’Ordre national du Québec.
Il y a quelques années, le Musée national du Québec a ouvert une salle Jean-Paul Riopelle et rapatrié cette œuvre monumentale appelée Hommage à Rosa Luxemburg pour l’étaler sur une très grande superficie. C’est une œuvre monumentale au sens strict. Et ce serait un bel hommage à rendre à Jean-Paul Riopelle si les Québécois et Québécoises, dans les jours, les semaines et les mois qui viennent, convergeaient vers le Musée national du Québec pour voir Rosa Luxemburg, mais aussi toute une partie importante de son œuvre qui y est exposée.
Je veux donc, au nom du gouvernement du Québec et en mon nom personnel, offrir mes très sincères condoléances à la famille. Il ne faut jamais oublier que, dans les éléments les plus visibles et les plus, je dirais, spectaculaires de la disparition d’une personne, se retrouvent toujours des regrets et des peines intimes profondes de famille, d’enfant, alors en particulier à ses filles, Yseult et Sylvie, et aux amis de Riopelle, et en particulier à deux d’entre eux qui ont été ses proches, sans être parents avec lui, mais qui étaient plus que son frère et sa sœur, Monique Nadeau et le Dr Champlain Charest qui s’illustre lui-même, comme on le sait, dans d’autres aspects de la créativité. Alors, profonde sympathie, tristesse, mais également joie à la contemplation du fait que notre société a produit un artiste d’une dimension planétaire que nous n’oublierons jamais.

[QLandry20021114Qué]
[Clôture du rendez-vous national des régions]
Monsieur le ministre des Régions,
Mes chers collègues du Conseil des ministres,
Monsieur le Chef de l’opposition officielle,
Monsieur le Chef de l’Action démocratique,
Chers collègues de l’Assemblée nationale,
Chers amis, membres des délégations régionales élus à titre de représentants de la société civile,
Représentants et représentantes des organisations nationales,
Chers compatriotes,
Lorsque est venu cet appel des régions, cet appel de l’Est, en particulier, nous avons éprouvé, je vous le confesse, une certaine angoisse. Il y avait une décision à prendre, elle demandait de l’audace, elle pouvait être périlleuse, car, en effet, un exercice aussi universel, aussi raffiné, demandant l’effort de tant de personnes d’horizons et de géographies diverses, présentait un défi qui aurait pu nous paraître insurmontable. Disons que ce n’est pas dans notre nature de croire que les défis sont insurmontables…
Quand Rémy dit : Si le premier ministre souhaite qu’une chose se fasse, elle doit se faire, je voudrais bien qu’il ait totalement raison, mais dans une démocratie ¾ il a parfaitement raison ¾ cette chose est décidée, réalisée en équipe. Nous avons donc décidé de répondre à l’appel des régions. Ce qui peut se désigner d’une autre manière : nous avons décidé de répondre à l’appel du Québec et de faire confiance au Québec.
Aujourd’hui, après ces fructueuses heures de travaux, je réalise que nous avions raison d’être angoissés, puisque rien n’a été facile. Vous vous souvenez peut-être qu’on a parlé de majorité, de tant la donne. Le premier ministre Lévesque m’avait confié la responsabilité d’organiser le Sommet économique, le premier, à Pointe-au-Pic. Celui-ci a été le plus difficile. Mais, pour vous avoir écoutés jusqu’au bout, j’ai bien entendu ce qu’ont dit les présidents et présidentes, et j’affirme que c’est celui-ci le plus réussi, je crois, de toute l’histoire du Québec.
La valeur du succès est à l’aune du degré de difficulté, et le degré de difficulté, il venait en partie, même si notre Québec traverse une période de prospérité inégalée dans son histoire, du fait que la prospérité n’est pas également répartie sur le territoire et du fait que, depuis plusieurs années, sans qu’une réponse globale n’ait été donnée, une certaine angoisse s’est développée et une angoisse certaine, particulièrement dans les régions-ressources et dans les régions éloignées.
Des vents très forts ont soufflé et soufflent encore sur les régions éloignées et les régions périphériques. Le … de la démographie, qui est une résultante historique, mais une tendance extrêmement lourde, les régions ont toujours fourni les grands centres en hommes et en femmes. Ça, ça veut dire que les grands centres sont mangeurs d’hommes et de femmes, car leur population avait tendance à baisser, mais les régions suppléaient. Quand il y avait 12 ou 15 enfants par famille dans les régions éloignées, deux ou trois qui partaient pour Montréal, c’était fantastique pour Montréal, ce n’était pas une tragédie pour la région. Mais, à deux ou trois enfants par famille, c’est dramatiquement renversé. Donc, c’est une des composantes.
Une autre, c’est la dépréciation relative de la valeur des richesses naturelles dans l’activité économique. Les prix des matières premières aujourd’hui, pour la plupart en dollars constants, sont ce qu’ils étaient il y a 10, 15 ou 20 ans. Il est entendu que ça crée aussi un vent contraire. Donc, ces régions doivent naviguer à rebours, mais je les en crois capables. Elles l’ont prouvé au cours des dernières années, au cours des derniers jours en particulier. Ce que je veux leur dire, et c’est le principal message de ces trois jours, certains peut-être l’ont déjà souligné mieux que moi. Ce que nous voyons ici, c’est une solidarité de l’ensemble des régions du Québec envers toutes et chacune. Nous sommes tributaires les uns des autres, nous avons chacun nos sortes de difficultés, chacun nos sortes de problèmes, chacun nos sortes de courage, chacun nos sortes d’intelligence. Ce que nous avons fait au cours de ces derniers jours, c’est mettre en commun ces plus et ces moins pour en faire une somme algébrique positive, québécoise et féconde au service de l’ensemble de la population. Nous avons aussi résolu ¾ partiellement, mais en tout cas d’une manière très prometteuse ¾ l’équation complexe entre la démocratie formelle, élective, au suffrage universel, le pouvoir d’acheter, le pouvoir de dépenser, et cette autre forme de démocratie, non moins réelle, qui est celle de la participation de la société civile au processus décisionnel et au destin collectif. Fermer les yeux sur ce phénomène serait nier une réalité contemporaine. Dans plusieurs pays, la société civile s’exprime dans la rue « à pancartes et à cris ». Ici aussi, ça arrive. À l’occasion du sommet ¾ c’était trop beau comme occasion ¾ certains sont venus nous crier littéralement leur détresse. Je les comprends et je ne les blâme pas de l’avoir fait. Mais, dans cette enceinte, la société civile a parlé, elle a été reconnue et le Québec entier réalise que, sans les efforts d’hommes et de femmes qui, contrairement à nous qui sommes élus, ne sont pas élus, mais peuvent apporter au processus démocratique un ingrédient essentiel et fondamental…
J’ose dire, et cela, bien, encore une fois, c’est le passé — l’écoulement des ans a beaucoup d’inconvénients, mais il a l’avantage de donner une certaine expérience — j’ai eu l’occasion de vivre dans de nombreux pays, d’enseigner dans de nombreux pays, de nombreux continents. Je lis encore chaque semaine la presse étrangère dans trois langues et je ne crois pas qu’il y ait un seul espace socioéconomique et politique au monde qui ait pu réaliser ce qu’on a fait au cours des trois derniers jours. Je crois que c’est un signe de maturité extraordinaire de notre société et que c’est une possibilité pour vous. Peut-être parce que nous avons vécu des difficultés historiques considérables, parce que nous avons été brassés par le vent de l’histoire, parce que nous vivons au confluent de deux civilisations : nous sommes profondément Nord-Américains, mais profondément connectés à l’Europe de l’Ouest aussi. C’est peut-être pour cette raison que nous sommes capables de synthèse de ce genre. Alors, je crois et j’espère que le Québec restera exemplaire en matière de dialogue démographique même dans des circonstances difficiles et complexes. Je crois aussi que le Québec — c’est émouvant de le constater — devient exemplaire en matière de relations avec les Premières Nations.
Tous les pays d’Amérique du Nord et du Sud sont la résultante de la colonisation européenne, et certains autres pays dans d’autres parties du monde aussi. Peu ont réussi à résoudre complètement dans l’harmonie et la paix les relations entre les aborigènes et les autres habitants du territoire. Le Québec s’est engagé dans cette voie. La paix des braves est un événement historique mondial; l’accord avec les Inuits également. Les travaux qui se font pour chercher des ententes satisfaisantes de paix et de respect s’appliquent également dans cette ligne de pensée. Ted Moses, grand chef des Cris, a dit aux Nations unies que notre Québec était exemplaire dans les rapports avec les Premières Nations. Notre Assemblée nationale les a reconnus sous le gouvernement de René Lévesque, en 1985, et nous devons cultiver cela : paix et respect. Les jeunes Québécois et Québécoises vont souvent travailler dans des pays en développement en Amérique latine ou en Afrique. Cela est très bien, mais nous avons des peuples frères ici qui vivent parmi nous, qui vivent auprès de nous, avec lesquels nous avons le devoir de développer une coopération, entre nations exemplaires et, au-delà de la coopération économique et territoriale, une amitié. Et c’est ce deuxième exemple, je crois, que ces assises donnent à nos compatriotes.
Ces assises se sont également déroulées — vous l’avez souligné, nous en sommes fiers — sous le signe d’une certaine audace du gouvernement national du Québec. Nous ne sommes pas, par rapport aux régions, impérialistes. Nous n’avons aucun instinct de domination. Nous cherchons à ce que les services soient rendus de la meilleure façon possible à l’ensemble de nos compatriotes, donc nous avons fait une grande ouverture.
Mais cette audace a un contre-pied, qui est le défi qui pèse sur vos épaules et les responsabilités que vous vous êtes créées en notre compagnie. En effet, la décentralisation, surtout quand on la conçoit comme une mesure raffinée qui se tient à la carte, comme on l’a dit, suppose un engagement régional exceptionnel, voire une concurrence interrégionale. Lesquels y arriveront le plus vite et le mieux?
Je suis persuadé par ailleurs que le niveau de service assuré à nos compatriotes, leur niveau de respect pour la politique ne pourra que s’élever si la gouvernance se fait près d’eux et près d’elles, et avec eux et avec elles. C’est cela aussi la résultante de nos travaux. Vous savez que la démocratie conventionnelle donne des signes d’essoufflement dans le monde. Vous voyez les taux de participation aux élections, même dans de très grands pays, dans de très grandes démocraties bien assises, qui commencent à avoir des allures inquiétantes, pour ne pas dire dans certaines de nos élections. Si nous réorganisons notre gouvernance nationale, si nous rapprochons le pouvoir, au sens large et noble du terme, de ceux et celles qui doivent en profiter et le partager, nous aurons modifié beaucoup plus que l’économie régionale. Nous aurons modifié profondément notre vie nationale.
De ce point de vue, je voudrais vous dévoiler encore un projet et en confirmer un autre. Le chef de l’opposition officielle est ici et le chef de l’Action démocratique aussi. Je vais leur proposer, dans les jours qui viennent, la création d’une commission parlementaire nationale des régions à l’Assemblée nationale. Cette commission aura une mission vraiment régionale. Elle étudiera des projets de décentralisation et de régionalisation, évaluera les expérimentations en cours, étudiera les propositions des régions pour la mise en oeuvre d’enveloppes régionales interministérielles, assurera une répartition des ressources qui garantira l’équité entre les régions, organisera des rencontres périodiques avec les représentants des milieux locaux et régionaux pour analyser les résultats de leurs actions et les mandats qui leur seront confiés. Au printemps 2003, la commission étudiera les propositions qui lui seront soumises pour attitrer à chacune des régions un niveau de responsabilité et de décision imputable en incluant les conclusions de la consultation sur la réforme démocratique. Ce qui veut dire que l’Assemblée nationale soutiendra vos efforts, se préparera à modifier les lois qui doivent l’être, fera en sorte que le gouvernement soit constamment stimulé et prêt à assumer les engagements pris au cours de nos rencontres. Car, en effet, le suivi sera d’une importance cruciale. Oui, c’est un grand succès, mais ce grand succès sera jugé par nos compatriotes dans quelques mois et dans quelques années, à l’aune du résultat final sur le terrain.
Alors, je m’engage, comme l’a dit le ministre des Régions, personnellement, à diriger le Comité de suivi, et déjà, dans trois mois, je convoque — je dirai le lieu et l’heure aux personnes intéressées — les présidents des délégations, les chefs de délégation à venir faire le point des trois jours que nous avons passés ensemble. Je veux et nous voulons que, dès cette prochaine rencontre, en février, nous puissions parler de résultats atteints, de sentiers empruntés, de premiers pas faits dans les bonnes directions, et, dans certains cas, de réalisations pures et simples déjà accomplies.
Je tiens évidemment à vous remercier tous et toutes de la façon admirable dont vous avez rempli vos devoirs civiques, car il s’agissait bien de remplir ici un devoir civique parfois même difficile, parfois même pénible, mais tellement rempli de sentiments positifs quand on a l’impression qu’on l’a bien accompli.
Je remercie aussi particulièrement Rémy Trudel, le ministre des Régions. Je l’ai vu vivre les neuf derniers mois ¾ vous l’avez vu aussi parce qu’il est allé dans toutes vos régions ¾ je l’ai même accompagné à quelques reprises. J’ai eu pour lui des sentiments qui parfois jouxtaient la compassion, je dois dire, tellement ses responsabilités étaient grandes et les risques qu’il devait prendre importants, tout en assumant d’autres tâches, d’ailleurs, extrêmement difficiles. Vous savez qu’il est en charge aussi de cette tragédie de Murdochville. Alors, cette compassion, mon cher Rémy, n’y compte plus. Maintenant, c’est de l’admiration. Merci, Rémy.
Il y a des élus, il y a des non-élus de la société civile mais il y a des non-élus de la machine administrative aussi, et Rémy Trudel a à côté de lui un bras droit exceptionnel, un des meilleurs serviteurs de notre État national, il s’appelle Robert Sauvé. Il est assis là. C’est toujours ça qu’il faut regarder : quand il y a un bon ministre, généralement, il y a un bon sous-ministre.
Alors, le moment est venu de nous dire adieu, mais de nous dire adieu ainsi : Mission accomplie! Nous avons fait des choses extraordinaires, des choses étonnantes, et les plus extraordinaires et les plus étonnantes sont à venir. C’est mon vœu le plus profond, et je vous assure que votre gouvernement national y tient à cette révolution profonde de notre vie démocratique et, dans notre solidarité historique interrégionale et nationale, il va vous épauler dans tous vos efforts, il va chercher à garder le même niveau d’écoute et d’attention. Aucune, pratiquement, des résolutions adoptées à ce sommet ne sont venues d’ailleurs que de votre effort d’imagination, que de votre effort de réflexion. Si nous avons, nous, élus, une leçon à prendre, c’est celle d’écouter. Ne pas écouter serait de la bêtise, car ce serait se priver d’une source formidable d’intelligence et de créativité dont vous avez fait la preuve au cours des derniers mois et des derniers jours.
Notre territoire national est vaste et grand, on l’a assez entendu. Je vous souhaite un bon retour dans vos foyers. Ceux qui vous aiment vous attendent. Vous pourrez leur dire que vous n’avez pas perdu leur temps. Venir ici était une autre manière de les aimer. Bon voyage de retour!

[QLandry20010914Qué]
[Service œcuménique à la mémoire des victimes des attentats aux États-Unis]
Mesdames,
Messieurs,
Cette semaine, nous avons eu une démonstration éloquente de la fragilité de la vie, mais également de la fragilité de la fraternité et de la paix. Deux valeurs que nous avons tous en commun et que nous devons continuer à cultiver ensemble.
Permettez-moi, à cet égard, de témoigner de notre tristesse, d’exprimer notre émotion, de manifester au nom de l’ensemble des Québécoises et des Québécois notre solidarité dans l’épreuve avec le peuple américain et de souligner la symbolique de cette cérémonie œcuménique qui nous rappelle que le respect et la tolérance sont les plus nobles des vertus.
Le Québec, et Montréal en particulier, ont été, pour un grand nombre de communautés, une terre d’exil et d’asile, un refuge heureux pour des gens en quête de paix et de sécurité. La diversité ethnique constitue l’une des caractéristiques la plus précieuse de notre nation. Ensemble, unis et réunis, rien ne pourra altérer l’esprit de solidarité qui nous a toujours animés, ni notre profond respect de la démocratie et des institutions qui l’incarnent.
Nous entrons dans une période de profonde turbulence. La peur inspirée par l’insécurité se traduit souvent, dans les émotions collectives, par une forme de xénophobie. Nous devons éviter les amalgames et les généralisations hâtives et abusives. Nous devons être vigilants face à toute manifestation de cette nature. Ne laissons pas les terroristes semer la haine là où ils n’ont pu semer la mort.

[QLandry20010615Qué]
[Conférence de presse dévoilant les mesures de lutte contre la pauvreté]
Mesdames,
Messieurs,
Alors, vous savez que, dans le discours inaugural, nous avons fait ressortir comme priorité gouvernementale très importante un nouveau chapitre de la lutte à la pauvreté. Ce n’est pas le début d’une telle action, parce que, même dans les périodes difficiles de rééquilibrage des finances publiques, nous avons tenté de garder un équilibre humain et social acceptable, en particulier par la clause d’appauvrissement zéro pour les prestataires de l’aide sociale qui ont des contraintes sévères à l’emploi. Aucun d’entre eux et d’entre elles n’a souffert des efforts qui nous ont conduits au déficit zéro.
Dans le même temps et au même moment où nous faisions ce rééquilibrage, nous avons instauré un système de garderies qui est le plus progressiste de notre continent, les fameuses garderies à 5 $. Nous avons instauré et rodé un régime très avancé de perception des pensions alimentaires. On sait que la non-perception conduit évidemment à la pauvreté, de femmes en particulier, dans l’immense majorité des cas. Nous avons, durant la même période, instauré un régime d’assurance médicaments qui couvre l’ensemble de la population, un régime universel, et qui, en particulier, a permis à un million d’enfants d’avoir accès aux médicaments. Nous avons instauré la nouvelle politique familiale. Et nous avons donné un essor sans précédent aux entreprises de l’économie sociale qui ont créé beaucoup d’emplois, qui ont créé beaucoup d’entreprises.
Donc, nous sommes fiers, dans les circonstances, du bilan social du gouvernement, du bilan social-démocrate, à une période où on devait remettre les finances publiques en ordre. C’est une notion erronée de croire que le déficit zéro était une approche de droite. Tous les gouvernements progressistes veulent avoir les moyens de répartir la richesse. Et, pour avoir les moyens de répartir la richesse, il ne faut pas que l’État lui-même soit au bord de la faillite. Alors, les grands gouvernements sociaux-démocrates du monde ont fait la même chose, soit en Grande-Bretagne, soit en France. C’était même dans les critères de Maastricht, comme vous savez, dans le cas de la France, pour adhérer à l’euro, la Grande-Bretagne ne l’a pas fait.
Alors, notre gouvernement est resté, durant ces périodes de rigueur, social-démocrate. Quand le beau temps est revenu sur nos finances publiques, nous avons été en mesure, et nous sommes en mesure, de faire plus et mieux. Alors, déjà, dans le dernier budget, on a annoncé un train de mesures qui mobilisaient 815000000 $. Nous avons haussé les prestations d’aide sociale pour les prestataires qui ne bénéficiaient pas de cette clause d’appauvrissement zéro dont j’ai parlé. Appauvrissement zéro, ils ont été accompagnés pas à pas et scrupuleusement, et là, ce sont les autres que nous avons rejoints dans le dernier budget. Nous avons également ajouté des mesures pour favoriser la réinsertion au travail, l’ingénieux programme Action emploi, qui permet de passer de l’aide sociale au statut d’employé, le soutien aux services à domicile et ainsi de suite. Nous sommes par ailleurs toujours convaincus que la base de la lutte à la pauvreté, c’est évidemment la création de la richesse, la création d’emplois et nous en avons développé l’obsession au cours des cinq dernières années.
Ce que nous voulons faire maintenant, c’est avoir la même attitude obsessionnelle quant à la lutte à la pauvreté et quant à la réinsertion de ceux et celles d’entre nous qui, malgré une amélioration de l’économie, n’ont pas vu leur sort matériel amélioré comme il aurait pu l’être.
C’est l’amorce qui vous sera présentée aujourd’hui par mes collègues de la lutte à la pauvreté, amorce en termes stratégiques, en termes de plan et de consultation et de mobilisation de la population, mais amorce concrète aussi. On ne veut pas dire: on va faire des études puis on va consulter la population pendant des années puis ensuite on fera des choses. Des choses se font maintenant et, en plus, une stratégie d’accompagnement se bâtit et est discutée avec les divers groupes sociaux qui s’intéressent particulièrement à la question et avec l’ensemble de la population du Québec. Alors, je vais maintenant demander à mes collègues de donner des détails sur cette lutte à la pauvreté.

[QLandry20020315Qué]
[Journées nationales de la ruralité]
Monsieur le ministre d’État à la Population, aux Régions et aux Affaires autochtones, Rémy Trudel
Mesdames et Messieurs les préfets et les maires,
Monsieur le Président de Solidarité rurale du Québec, Jacques Proulx
Monsieur le Président de la Fédération québécoise des municipalités, Michel Belzil
Monsieur le Président de l’Association des CLD, Yvon Leclerc
Monsieur le Président de l’Association des régions du Québec, Émilien Nadeau
Chers amis, chers partenaires de la ruralité,
Si nous sommes tous réunis ici aujourd’hui, c’est que nous avons un travail à faire ensemble. Un travail exigeant, mais emballant.
Nous avons à préparer l’avenir des villages du Québec, l’avenir du monde rural.
Certains villages, comme vous le savez, sont plus prospères que d’autres, dont la situation est réellement préoccupante.
C’est pour cela que nous sommes ici, c’est pour cela que le gouvernement du Québec a adopté la Politique nationale de la ruralité et c’est pour cela que vous pourrez compter sur l’appui de votre gouvernement national pour soutenir les projets et les initiatives qui vous permettront de relever les défis propres aux milieux ruraux. Il y a un élément primordial de la Politique nationale de la ruralité sur lequel je veux attirer votre attention. Il s’agit des pactes ruraux. Pourquoi ces pactes sont-ils si importants pour vous et moi ? Pour plusieurs raisons, mais une chose est essentielle : il nous faut miser davantage sur la spécificité de chacune des régions plutôt que sur des considérations globales. Avec les pactes ruraux, un pouvoir accru est donné aux élus locaux et des moyens concrets sont mis en branle pour le développement de votre territoire. C’est une entente solide entre le gouvernement et les MRC rurales. Je mise ici sur le dynamisme des gens en région et sur leur capacité à appliquer des principes communs aux réalités spécifiques de chaque communauté rurale.

Car les champs d’intervention des pactes ruraux sont variés. Je suis d’avis que ceux qui ont à cœur la survie de nos milieux ruraux ont des objectifs communs. Je veux parler, par exemple, du maintien et du retour en région des jeunes et des familles. Vous savez, comme moi, combien cette question est cruciale. Il en va de notre responsabilité à tous, quelle que soit notre occupation dans la communauté rurale, de garder nos jeunes, de développer ensemble des endroits où la relève pourra s’épanouir en toute quiétude grâce à des défis qui la stimuleront. À ce sujet, le recensement de 2001 est venu confirmer l’importance pour le Québec de se doter d’une politique démographique pour contrer le déclin de la population amorcé depuis plusieurs années dans les régions ressources.
Je n’ai pas attendu les résultats de ce recensement avant d’agir. Lors de mon dernier remaniement ministériel, j’ai confié à Rémy Trudel une nouvelle mission au sein de notre gouvernement, soit celle de ministre d’État à la Population.
Dans le cadre de ses fonctions, il aura à présenter au gouvernement une réflexion stratégique sur une politique de la population qui abordera toutes les facettes liées à la démographie dont, notamment, la natalité et l’occupation dynamique du territoire en région. Ses connaissances, en tant que ministre d’État aux Régions, viendront ainsi alimenter sa réflexion pour doter le Québec d’une politique de la population.
Le retour des jeunes en région n’est pas le seul champ d’intervention qui presse. Il faut, de plus, assurer une qualité de vie aux populations locales en maintenant et en améliorant les services qui leur sont offerts, comme les services de santé et de transport, l’accès aux écoles, aux garderies et aux activités culturelles.
Nous devons également pousser plus loin les efforts de diversification des économies rurales. En effet, il nous faut développer de nouveaux produits et de nouvelles entreprises, qu’il nous faudra soutenir. Enfin, je souhaite fortement qu’on mette en valeur le potentiel humain et qu’on soutienne notre force remarquable d’entrepreneuriat individuel et collectif. Comme vous le voyez, le défi que nous avons à relever est de taille, mais les moyens mis en œuvre sont à la hauteur de ce défi. Je sais que, face à un projet d’une telle envergure, les milieux ruraux seront d’attaque. Et je suis heureux que notre gouvernement ait déployé des moyens financiers pour les aider, soit, pour l’ensemble des pactes, une enveloppe de 90000000 $ répartie sur cinq ans. En plus du pacte rural, la Politique nationale de la ruralité propose de prendre en considération les particularités propres au monde rural. J’entends par là la faible densité de la population dans certaines régions, l’éloignement, le volume réduit de la clientèle et de nombreuses autres caractéristiques propres aux milieux ruraux. Concrètement, la Politique nationale de la ruralité ajoute un peu d’argent neuf, fait converger les sommes existantes vers des cibles rurales et permet d’aménager quelques normes de programmes gouvernementaux.
Deux dispositions de la Politique rendront ces mesures possibles. Premièrement, la clause appelée clause modulatoire, celle qui incitera les ministères et les organismes à assouplir les normes d’application de leurs programmes. Deuxièmement, la clause territoriale, valable pour l’ensemble du gouvernement. Par cette clause, l’État québécois tiendra compte de toutes les particularités que j’ai nommées chaque fois qu’une politique, qu’une loi ou qu’un règlement sera adopté.
Il est donc primordial de mener une action efficace et cohérente. C’est pourquoi j’ai confié la présidence du Comité ministériel des affaires régionales et territoriales à Rémy Trudel. Chaque mémoire, chaque projet de décret touchant le milieu rural sera soumis à ce groupe avant d’être soumis au Conseil des ministres. Le gouvernement a choisi de gérer cette politique avec un comité de partenaires où siègent notamment Solidarité rurale, la Fédération québécoise des municipalités, les représentants des CLD et des CRD. Alors, je pense que la voix du monde rural pourra être entendue.
Nous avons aussi choisi de confier aux MRC la responsabilité de gérer les sommes allouées au Pacte rural pour les cinq prochaines années. Cela veut dire que nous sommes mutuellement responsables devant les citoyens des sommes qui nous sont confiées.
Chaque préfet, ici, dans cette salle, devra être en mesure de rendre compte à sa population du travail qu’il aura réalisé pour développer le milieu rural de son territoire, tout comme le gouvernement du Québec devra le faire devant l’ensemble de la population.
Par ailleurs, en plus des sommes allouées spécifiquement à ces pactes, il est important de rappeler que plus d’une quarantaine de mesures et de programmes sont accessibles aux milieux ruraux. Je pense notamment aux mesures qui viennent appuyer : le développement du transport communautaire; la diversification des économies rurales, notamment l’agriculture; la rénovation des logements et l’embellissement des villages; le branchement des écoles primaires aux réseaux de télécommunications à la fine pointe de la technologie. Il y a également des gestes structurants posés par le gouvernement qu’il ne faut pas passer sous silence, car ils auront un effet déterminant sur la capacité des milieux locaux à se prendre en main et à faire leurs propres choix. Je pense en particulier au pacte fiscal conclu avec les municipalités. En effet, les municipalités bénéficieront d’un montant annuel de 10 M$ en redevances pour l’exploitation forestière, dans le cadre du pacte fiscal et de la réforme municipale. Toujours dans ce cadre, une taxe annuelle de 17 M$ sera perçue par les municipalités pour les terres publiques.
Je pense également à la décision du gouvernement de mettre en place des centres locaux de développement dans chaque MRC, et ce, malgré le contexte de lutte au déficit qui prévalait alors. Ces CLD sont aujourd’hui bien implantés sur le territoire et ils disposent de budgets pour soutenir les entrepreneurs locaux, l’économie sociale et les jeunes promoteurs. Et il y a maintenant des agents ruraux dans chaque CLD en milieu rural. Ces agents connaissent leur milieu, ils comprennent les problématiques propres au monde rural et ils sont prêts à passer à l’action. Alors, honnêtement, je crois qu’on peut dire qu’on est outillé pour avancer.
Toutefois, avant que chacun ne reparte de son côté, j’aimerais partager avec vous quelques convictions que je possède sur le vaste chantier que nous entreprenons ensemble aujourd’hui.
Le nerf de la guerre de ce chantier ne sera pas l’argent.
Le nerf de la guerre, ce seront vos idées, votre détermination, votre capacité de mettre les choses en commun et de mobiliser les gens autour d’objectifs et de projets concrets.
Il y en a qui l’ont fait. Nous avons des exemples ici au Québec et à l’étranger. Chaque fois, on constate que ce sont les gens qui font la différence.
J’aimerais, au sortir de cette rencontre, que chaque partenaire retourne dans son milieu avec l’intention de déterminer ses priorités, de préparer son plan de travail et, surtout, de mobiliser les élus et les leaders locaux autour d’un certain nombre de problématiques auxquelles il veut trouver des solutions à court terme. J’aimerais que cette mobilisation permette au monde rural de mettre en commun ses idées, ses ressources pour poser des gestes concrets, développer de nouvelles approches et même inventer de nouvelles façons de faire qui amélioreront réellement les choses. Croyez-moi, si vous trouvez des solutions réalistes et gérables avec les gens de votre coin, Rémy Trudel va vous appuyer, je vais vous appuyer, votre gouvernement va vous appuyer.
Et, s’il y a trop de sable dans l’engrenage, je me fie sur mon ami Jacques Proulx pour le faire savoir.
Démontrer que nous avons réussi à dépenser l’argent qui nous était confié selon de saines pratiques administratives est une chose, mais, honnêtement, ce que je souhaiterais, c’est que chaque année, dans chacun des villages du Québec, nous puissions dire concrètement : Cette année, nous avons amélioré telle situation, nous avons réglé tel problème, nous avons accueilli cinq nouvelles familles. Nous n’avons pas réglé totalement le transport des jeunes, mais nous pensons y arriver l’an prochain.
Ce sont des exemples, bien sûr, mais cela permettra aux citoyens et aux citoyennes du Québec de comprendre le sens de notre action. Ce seront souvent de petites réalisations, mais ce seront certainement de vrais progrès. Et, dans chaque cas, vous pourrez vous dire que vous avez fait la différence. Chers amis, chers partenaires du monde rural, je n’ai qu’un mot à vous dire en terminant : Au travail !
Merci.

[QLandry20010416Qué]
[Réception en l’honneur des représentants du Sommet des peuples des Amériques]
Madame la représentante du Sommet des peuples, Chers collègues du Conseil des ministres, Mesdames et Messieurs, Chers amis,
[Señores, Señoras, Compañeros, Compañeras, Dear friends, Ladies and gentlemen,
It’s really a pleasure and an honour for me to start with stress upon the fact and what we have just heard is eloquently illustrating what I think, that without le Sommet des peuples, without la Cumbre de los Pueblos,] quelque chose de très important aurait manqué à cette activité internationale.
En effet, un projet de l’ampleur de l’intégration des Amériques ne saurait se faire sans une très large complicité populaire, ne saurait se faire sans l’implication la plus directe possible de millions et de millions d’hommes et de femmes, du cercle polaire à la Terre de Feu. Une des grandes intégrations réussies au cours de l’histoire humaine est celle, bien sûr, de l’Europe. Et il faut se souvenir qu’en 1957, après que l’Europe eut passé deux fois en un demi-siècle à travers des affres d’une barbarie indescriptible, un mouvement populaire d’intellectuels, de travailleurs, de travailleuses, de gouvernants progressistes a supporté la naissance de l’Europe. Et c’est pourquoi, dès le début, on s’est méfié des déficits démocratiques, des déficits sociaux, des déficits humanistes et de modes de vie qu’aurait pu comporter une telle intégration.
Je dois vous complimenter, représentants de la société civile des nations d’Amérique, de faire en sorte que ce contrepoids s’établisse dès le début des démarches pouvant conduire à cette intégration. Il y a là un succès économique, social et humain potentiel extraordinaire. Il y a là aussi le ferment d’une catastrophe du même ordre et dans les mêmes domaines. C’est la raison pour laquelle votre réflexion est si précieuse, et le gouvernement national du Québec en prend acte, Madame la présidente, et vous savez que notre Assemblée nationale a déjà tenu un débat à une de nos commissions parlementaires, a tenté d’aller le plus en profondeur possible avec ces questions importantes. J’ai remarqué que vous souhaiteriez peut-être une plus grande souveraineté du Québec, je n’irai pas vous contredire. Mais, dans les limites de ce que nous sommes présentement sur le plan institutionnel, bien sûr, nous allons faire tout ce que nous pouvons pour que la nation québécoise participe de façon constructive à ce projet qui peut, encore une fois, peut-être, être un des beaux projets de l’histoire humaine.
[Voy a decir unas palabras en el primer idioma de las Américas para destacar la importancia que tiene la implicación de la sociedad civil en un proyecto de tal amplitud. Sin vuestra presencia en nuestra capital nacional, en Quebec, con motivo de la Cumbre, el inmenso déficit democrático que resultara sería un hecho negativo. De la presencia y la reflexión de ustedes, la demostración democrática que supone, va a resultar un factor muy importante de equilibrio en lo que va a ocurrir aquí en nuestra ciudad. Un tal proyecto con las implicaciones que afecten a millones de personas, no se puede hacer sin que se alcance un profundo equilibrio entre los factores económicos, por supuesto, pero también sociales, culturales y de diversidad cultural y nacional. Así que cuando les decimos a ustedes « bienvenidos », no es solamente una palabra superficial. Su presencia aquí era necesaria. Si seguimos el fantástico ejemplo de Europa, en el año 1957,tras dos hecatombes horribles durante medio siglo, la población de Europa del Oeste, al comienzo seis naciones, decidieron instaurar un proyecto de unión pero erigiendo una construcción global, incluyendo los aspectos sociales, culturales, incluyendo los requisitos para no tener un déficit democrático.
Ésa es la manera de actuar. Un proyecto de libre comercio no puede hacerse solamente por razones materiales. Un proyecto entre naciones debe ser un proyecto verdadero de cooperación internacional, una verdadera cooperación entre naciones que incluya la amistad, los contactos humanos, los intercambios educativos, culturales, y sólo después,con justicia total, vamos a atarearnos al comercio y a los negocios, porque también son importantes. Es importante crear la riqueza para distribuirla después.
Don’t worry, I’ll also speak the Esperanto of modern time and I will say a few words in English to stress upon the fact that it’s very precious that your presence here, in our National Capital, just to equilibrate those other important things that will happen. It is not normal to launch a so huge project without having involved in it intellectually and in very other manners millions and millions of persons that will have to live with the result. And you know, here in Québec city, we had a debate in our National Assembly, we had a parliamentary hearing about that, and we do not believe that free trade is enough to ensure real cooperation between nations. A real project of integration must include various other aspects, including of course friendship between nations, cooperation at the level of education, technology, culture, language, social matters, and after we’ll do business. Of course, it’s important to create wealth if we want to distribute wealth, but let’s not be focussed only on the materialistic aspect of what could be a so fantastic project for the nation of Américas.
Ahora digamos unas palabras sobre Quebec. La mayoría de ustedes saben qué es Quebec. Quebec es una nación. Una nación de siete millones y medio de habitantes, de personas. Somos los latinos del norte. La nación de Quebec es una nación latina. En todos los sentidos de la palabra. Y sí, es verdad, vivimos en el norte. Es posible estar en el norte y ser latino al mismo tiempo. Nuestros amigos que viven aquí dicen que, en Quebec, sólo hay dos estaciones: el invierno y la del tren. No es verdad. No es verdad. Y cuando tenemos problemas con el frío, el calor del corazón nos contenta y equilibra. Y esta nación de Quebec es una nación muy adelantada, si me permiten decirlo. En términos económicos, es la séptima potencia económica de las Américas. Adelantada en la estructura de la economia. Una economía de alta tecnología; la mitad de las exportaciones canadienses de alta tecnología, vienen de Quebec. Pero es también una nación porque la cultura y la identidad nos importan y cuentan para nosotros. Precisamente como un contrapeso a la globalización de todo. No será un progreso para la humanidad si llegamos a una globalización de las culturas. ¿O no? Un contrapeso: enriquecer a la humanidad con la diversidad. En unas palabras es lo que es Quebec, el ideal al que Quebec aspira: Ser profundamente de América pero conservando su especificidad y contribuir a una mayor riqueza de las tres Américas.
At the end of it, I want to repeat it in French, because most of my friends here know very well what I have said in Spanish, and they agree.
Yes, Québec is a nation. Québec is a nation without the complete national status of one, that’s for sure. You know very well our debate.
But, in the meantime, we try to develop that land and to do it in an equilibrated manner. That means that culture is very important; social matters, social solidarity is very important. We have a very advanced socioeconomic manner of discussing our politics and our future. We call that concertation? in French, concertation?, probably in English. Québec has the highest unionization level of the continent, and we are proud of it, because it’s a way to distribute wealth and to distribute wealth in dignity. Québec is also, you know, a very advanced economy in terms of high technology: half of the hi-tech products exported from Canada are coming from Québec.
But, at the same time, culture is very important, humanism is very important. Without the cultural dimension, really, frankly, the national adventure of Québec would be virtually meaningless. Culture is animating everything, culture is part of the humanism we want to develop here in our proper way.
So, in one word as in a thousand, you are very welcome here. What you are going to do in terms of demonstration, in terms of speech is very appreciated. You’re part of the success of what will happen here within those days, and, without you, regardless of what will happen to the official Summit, something very important would have been missing.
Les digo de nuevo a todos: bienvenidos y bienvenidas. Espero que, por unos días, van a considerar a Quebec como a su patria, una patria de las Américas.]
Merci encore de votre présence. Et je parle pour les Québécois, encore une fois, autant le gouvernement national que la population du Québec va sûrement, du fond de son cœur, faire en sorte que toutes les activités qui se dérouleront dans notre capitale nationale soient pour le bienfait des peuples des Amériques. Encore une fois, merci de votre présence. [QLandry20011016Qué]
Monsieur le Président,
Voilà un mois, avait lieu l’impensable, l’inacceptable, l’innommable.
[« A date that will live in infamy »], affirmait, le 8 décembre 1941, Franklin Delano Roosevelt, en référence aux événements de la veille. Et d’ajouter: [« We will make very certain that this form of treachery shall never endanger us again. »] Et pourtant. Comme dans un sinistre déjà-vu, une nouvelle date vient de se graver au fer rouge dans notre mémoire collective.
Le 11 septembre 2001, de pacifiques jets commerciaux ont été transformés en missiles, avec pour cible le cœur même de l’Amérique.
Aujourd’hui je propose à l’Assemblée nationale du Québec une motion qui exprime l’essentiel de nos réactions à la suite de cette terrible tragédie.
Qui n’eut pas l’impression d’émerger d’un cauchemar, ce matin de fin d’été? Même un mois plus tard, il est encore difficile de se faire à cette réalité: les grandioses tours argentées du World Trade Center ne sont plus qu’un souvenir. Elles n’auront pas même vécu trente ans. Sous leurs décombres et sous ceux d’une aile du Pentagone, dans les débris d’un quatrième avion, des milliers de vies pulvérisées. J’offre, au nom de la nation québécoise, nos plus vives condoléances au peuple américain, et aux proches des victimes. Proches et amis, de par les cinq continents, dont les vies sont transformées à jamais. Et parfois très près de nous. Ainsi, Mme Audrey Best-Bouchard a perdu une amie, mère de jeunes enfants, agent de bord sur l’un des vols condamnés. Ces attentats ont également perturbé l’automne du Québec à New York. « Québec – New York 2001 » a été annulé presque séance tenante, malgré deux années de préparation et d’investissement. Cette décision est l’un des gestes par lesquels s’expriment nos condoléances.
Nos condoléances constituent le premier point de la motion. Nul relativisme ne peut tempérer une pareille horreur. Le président de la République française, Jacques Chirac, alors même que les tours s’écroulaient, qualifiait ces attentats de monstrueux. C’est le mot juste.
Voilà dix ans, Samuel Huntington annonçait l’apparition d’un nouveau conflit qui serait celui du XXIe siècle et qui opposerait l’Occident à l’Islam. Méfions-nous d’un tel schéma. De toutes nos forces, nous devons réfuter cette vision qui suppose une guerre de civilisation.
Dans l’Islam comme dans n’importe quel corpus religieux, des textes, des traditions sont susceptibles d’être instrumentalisés par les partisans du pire.
Évitons toutefois l’amalgame entre Islam et islamisme. Ben Laden, ses suppôts et ses dévots, ne sont qu’une caricature de l’Islam. Prétendre que ces terroristes nous livrent une guerre de civilisation, c’est faire injure à l’Islam en élevant au rang de combattants de simples criminels.
Les exécutants de ce plan diabolique ont été les premiers à périr. Aucune justice terrestre ne peut plus les atteindre. Mais les cerveaux qui ont conçu cette monstruosité doivent être écroués, jugés, punis. Leurs complices, pourchassés sans relâche. C’est un impératif. Le gouvernement du Québec, dans la mesure de ses compétences – mais en mettant en œuvre celles-ci, fera sa juste part pour mener à terme ces objectifs.
Cette condamnation, sans aucune équivoque, du terrorisme constitue le point 2 de la motion présentée aujourd’hui. Les États-Unis d’Amérique ont commencé, le 7 octobre, leur riposte militaire. Cette riposte ciblée est pleinement légitime. Les États-Unis et leurs alliés, dont nous sommes, auront à mener un long combat à la fois sur les fronts économique, diplomatique, judiciaire et militaire afin d’assurer leur sécurité, et ce, conformément au droit international. Car les principes de la Charte de l’Organisation des Nations Unies doivent être respectés. Cette charte même, aboutissement d’un long processus, est notre premier rempart contre la barbarie.
Aujourd’hui, à la faveur de l’atroce actualité, on saisit mieux également à quel point les réflexions sur le droit ou non d’ingérence sont dérisoires. Le devoir d’assistance à tout pays en danger apparaît évident. Un seul pays déstabilisé met le monde en danger. Il n’y a plus de guerre lointaine ou de petits pays. L’indifférence n’est plus permise. La mondialisation a cet avantage. La solidarité et la fraternité pèsent enfin de leur vrai poids.
Aujourd’hui, je dis à nos amis des États-Unis d’Amérique: le Québec est à vos côtés. En notre nom collectif, je réaffirme aux plus hautes autorités des États-Unis d’Amérique notre soutien. « La France n’est pas seule! », martela trois fois le général de Gaulle, dans son appel du 18 juin 1940, alors que la France était aux prises avec l’ennemi. Cela rappelle le fait qu’une démocratie attaquée ne doit pas être laissée à elle-même. Lorsque l’on s’attaque à une démocratie, c’est à la justice, à la liberté et à l’égalité que l’on s’attaque. Ces valeurs de civilisation, que le Québec a fait siennes, aux côtés de tant de nations du monde, doivent être défendues avec le plus grand engagement. La puissante Amérique a besoin, aujourd’hui, du soutien des grandes comme des petites nations. Elle l’obtient chez nous.
D’où le troisième point de la motion.
Que penser d’un régime qui exécute des femmes en public? Que penser d’un régime qui décapite des bouddhas millénaires appartenant au patrimoine de l’humanité? Qui interdit les instruments de musique? Le régime taliban est l’un des plus rétrogrades, l’un des plus totalitaires que la planète connaisse. Bien avant les événements du 11 septembre, l’Afghanistan vivait un exode de réfugiés massif. La population civile afghane, et tout particulièrement la femme afghane, est victime de ces terribles errements.
Comme l’affirmait avec justesse l’écrivain Salman Rushdie, « ces intégristes cherchent à abattre bien plus que des immeubles. Ces gens sont hostiles, pour ne faire qu’une liste brève, à la théorie de l’évolution, à la liberté d’expression, au sécularisme, au pluralisme, au multipartisme, au suffrage universel, aux juifs, aux homosexuels, aux imberbes, aux droits des femmes, etc. Ce sont des tyrans, pas des musulmans ».
Les Québécois sont solidaires du peuple afghan dans les malheurs qui lui sont infligés par les talibans, et lui expriment toute sa sympathie.
Cela constitue le quatrième point de la motion. En cette ère de libre-échange, les frontières politiques s’estompent. Une carte du continent tracée selon les flux économiques esquisserait des contours nouveaux. On y verrait que le Québec fait partie intégrante de l’économie régionale du nord-est de l’Amérique, l’une des plus vigoureuses du monde. Car nous commerçons davantage avec la Nouvelle-Angleterre qu’avec toute autre partie du monde.
Ce qui se passe à New York est ressenti directement au Québec. Cet attentat contre les Tours Jumelles, c’est, aussi, d’une certaine manière, chez nous qu’il a eu lieu. Nous partageons au jour le jour avec New York une réalité américaine au sens continental du terme. Notre métropole, Montréal, est, comme les grandes métropoles du monde, un peu à l’image de New York, un microcosme de la planète.
En ce moment de crise mondiale, j’exhorte mes concitoyens à puiser au plus profond d’eux-mêmes, à puiser dans les eaux de la tolérance, de la tempérance, de la maturité démocratique. Je demande aux Québécois et aux Québécoises d’être égaux à eux-mêmes. D’être ce qu’ils sont, c’est-à-dire un peuple profondément attaché à la paix, à l’égalité civique et à la solidarité. Nous ne laisserons pas quelques légions d’illuminés saccager ce que 300 ans d’histoire nous ont permis de façonner, une nation multiethnique et multiconfessionnelle qui est notre force et notre fierté.
Nous manifesterons une vigilance de tous les instants pour combattre toute forme d’exclusion, toute manifestation d’hostilité ou de rejet. Les Québécois forment ensemble une seule et même nation, et nous devrons rester unis et réunis dans les épreuves à venir. C’est la raison d’être du cinquième point de cette motion. Le 11 septembre, le gouvernement du Québec a exprimé concrètement sa solidarité. Nous avons mis à la disposition des autorités américaines des places dans les établissements de santé. Or, nous savons aujourd’hui que la puissance de destruction a été telle qu’il n’y eut, proportionnellement, presque pas de blessés. Par la suite, nous mettions en place un comité interministériel, sous ma présidence. Ce comité a pour mandat de répondre avec célérité et efficacité aux attentes et besoins exprimés par l’ensemble des Québécois, à la suite des événements du 11 septembre. En économie, en sécurité, en solidarité et en relations intercommunautaires. Voilà pour le sixième point de la motion présentée aujourd’hui.
Quel meilleur symbole de cette amitié, de cette solidarité profonde du Québec envers les États-Unis, que Céline Dion, sortant de sa retraite de la vie artistique, chantant le God Bless America lors d’un téléthon, dix jours après le drame? De l’avis des quatre chaînes américaines, CBS, NBC, ABC et FOX, nulle autre que Céline Dion pouvait rejoindre tant de gens, aller au-delà des barrières qui nous séparent trop souvent.
Et le 28 septembre, Céline reprenait le micro, avec 200 artistes d’ici, devant 12000 spectateurs réunis à Montréal, lors d’un concert de solidarité au profit des victimes des attentats. J’y étais. J’y étais avec la consule générale des États-Unis à Montréal, Mme Deborah McCarthy, touchée droit au cœur. J’ai parlé devant cette foule de drapeaux blancs, de fleurdelisés et de Star spangled banner, qui ondoyaient au rythme d’une émotion intense, sincère, palpable. Ce concert a été diffusé en direct, sur les cinq continents, grâce à TV5. La planète pouvait constater qu’au Québec le mot « solidarité » n’est pas qu’une simple vue de l’esprit.
Monsieur le Président, aujourd’hui aussi, l’espérance ne doit pas disparaître.
Je demande à cette assemblée une minute de silence.
Motion sans préavis
Que l’Assemblée nationale du Québec exprime ses condoléances aux proches de toutes les victimes, au peuple américain et à ses dirigeants à la suite des événements tragiques du 11 septembre 2001; Qu’elle condamne énergiquement les actes infâmes de terrorisme commis ce jour là, ses responsables et ceux qui les soutiennent, de même que toute forme de terrorisme; Qu’elle se prononce pour l’adoption de mesures d’ordres diplomatique, judiciaire, économique et autres afin d’éliminer le terrorisme, et ce, dans le respect de la Charte de l’Organisation des Nations Unies et du droit international; Qu’elle manifeste solidarité et sympathie à l’égard de la population civile afghane; Qu’elle réprouve tout acte d’intolérance et réaffirme son engagement à faire prévaloir, dans le respect des valeurs chères aux Québécois, la bonne entente entre les citoyens de toutes origines ethniques et de toutes religions.

[QLandry20010417Qué]
[Ouverture de la rencontre des maires des villes du patrimoine mondial
Monsieur le Maire de Québec,
Madame la représentante de l’UNESCO,
Monsieur le Secrétaire d’État,
Mesdames, Messieurs les Maires et représentants des diverses autorités municipales,
Chers amis,
Les villes sont un puissant reflet de ce que les hommes et les femmes peuvent accomplir dans leur vie collective, dans leur vie économique, dans leur vie culturelle et dans la convivialité sociale. Les paysages ruraux qu’on en fait, qui sont beaux, qui nous sont donnés par la nature la plupart du temps, puis des fois on les améliore un peu, puis des fois on les détériore un peu. Les villes sont inévitablement œuvres humaines. Et le fait qu’elles parlent – elles parlent à leurs habitants, mais elles parlent aussi à leurs visiteurs – témoigne de la façon dont les populations organisent la vie, de leur mode de vie, de l’importance qu’elles donnent à l’esthétique, à l’environnement, à la façon de vivre. De ce point de vue, nous sommes vraiment très contents et comblés d’avoir cette merveilleuse ville de Québec comme capitale nationale.
S’il y en avait une parmi les autres belles villes du monde qui devait être classée, c’est bien Québec, qui est une capitale nationale au sens naturel du terme. Plusieurs grands pays se sont donnés des capitales très belles, mais par geste législatif, par volonté politique. Exemple: le Brésil. Exemple: les États-Unis d’Amérique. Le Québec ne s’est pas donné sa capitale nationale par voie législative; c’est l’histoire qui la lui a donnée. Dans le cœur et dans la tête des Québécois et des Québécoises, la capitale ne peut être nulle part ailleurs. Donc, le fait qu’elle soit belle et qu’elle soit préservée n’est pas une activité uniquement des contribuables de la ville de Québec et des villes qui l’entourent encore, mais c’est une activité proprement québécoise. Et on le voit par l’activité d’aujourd’hui, une activité mondiale. Il faut du courage pour bâtir des belles villes. Il en faut encore plus pour les préserver, parce qu’en apparence l’économie de marché peut être destructive des beautés urbaines. La spéculation, par exemple. C’est toujours tentant de valoriser un terrain en ajoutant quelques étages de plus aux édifices. C’est toujours tentant de valoriser un terrain en occupant une plus grande partie de sa surface. C’est de la courte vue économique, parce qu’à long terme les villes qui ont combattu les effets de marché ont produit un effet de marché plus payant encore et plus lucratif encore. Si on avait sacrifié à tous les spéculateurs ici, est-ce que ces gains à court terme auraient fait contrepoids aux fabuleux gains touristiques que nous avons aujourd’hui? Sans compter évidemment la qualité de vie. Alors, on peut rendre hommage aux gouvernants contemporains de la ville de Québec en général, et au maire Jean-Paul L’Allier en particulier, et à un de ses conseillers municipaux, que je connais bien, qui a la passion du Québec plus que les 7500000 d’autres, je pense à André Marier. Il est parmi nous pour s’élever en rempart – c’est le cas de le dire – contre quelque horreur qui aurait pu se commettre. J’ai dit à Jean-Paul L’Allier, en empruntant à Shakespeare: il y a le monstre Caliban, un personnage affreux, et Ariel, un esprit spirituel. Alors à Québec, Ariel l’a emporté sur Caliban. La ville est restée belle.
Je veux vous dire quelques mots dans la première langue du continent. Pour démontrer et aussi pour supporter le fait que Québec est une capitale nationale. Parce que Québec, comme communauté, est une nation, typiquement, avec sa culture et sa langue largement parlée par un grand pourcentage de la population, avec sa vision spécifique vers la construction particulière des Amériques. Nous sommes, les gens de Québec, les Latinos du Nord. Et cette construction des Amériques, elle est très importante, parce que nous devions créer une véritable coopération avec nos amis Latinos du Sud.
L’intégration ne peut pas être seulement et uniquement économique. La véritable coopération internationale, c’est des échanges au niveau culturel, académique et au niveau de la préservation des villes. L’intégration doit tenir compte des différences, des identités nationales, des cultures, des langues.
Alors je dis aux Latins du Sud qu’ils peuvent compter sur les Latins du Nord – particulièrement en ces jours de discussion et d’intégration des Amériques – pour que cette intégration soit humaine, civilisée. Une zone de libre-échange, c’est un facteur positif en soi. D’ailleurs, les gens organisent ici le Sommet des peuples, qui est un formidable contrepoids à l’autre Sommet. Et il est aussi nécessaire à mon avis. Le Sommet des États, où les décisions se prennent ou se prendront, est fondamental bien entendu. Mais que les sociétés civiles du continent viennent ici, dans la ville de Québec, pour donner un point de vue différent, qui est souvent un point de vue critique et démocratique, est une excellente chose. Il y a des risques. Les gens du Sommet des peuples sont des gens pacifiques parfaitement démocratiques. Hélas! il pourrait se glisser d’autres personnes qui le seraient moins. C’est la raison pour laquelle certaines mesures de sécurité existent. Mais, globalement, nous devons nous réjouir que convergent vers la ville de Québec tant de personnes et d’opinions différentes. Et j’espère que cette rencontre de Québec rééquilibrera profondément le processus d’intégration des Amériques. Cette globalisation, cette mondialisation, dont on dit autant de mal que de bien, il faut se rappeler qu’elle a commencé en Europe de l’Ouest, après que deux guerres horribles eussent frappé ce continent en moins de 50 ans. Et les peuples d’Europe ont compris que la façon harmonieuse, pour les nations, de coopérer entre elles, c’était de sauvegarder leur indépendance, leur souveraineté nationale, et d’en mettre une partie en commun dans des institutions supranationales, mais qui n’avaient pas pour but que de créer le libre-échange. Le traité de Rome de 1957, c’était la construction européenne, ce n’était pas simplement l’ouverture des frontières aux biens et aux services. Il y avait une zone de libre-échange au nord, à Bergen en particulier, mais la communauté européenne et le traité de Rome incluaient des dimensions politiques, des dimensions culturelles, des dimensions sociales. J’espère, ultimement, que cela ressortira du Sommet de Québec, des sommets de Québec, pouvons-nous dire. Et, comme vous savez, la nation québécoise qui constitue déjà un État-nation aux frontières civiques, qui a des juridictions en éducation, en santé et en d’autres domaines très importants, n’a pas atteint encore la plénitude institutionnelle que les autres nations ont ou recherchent. Je demande à nos amis qui nous visitent non pas de prendre parti pour ce qui sera notre destin dans un sens ou de l’autre, mais de comprendre qu’il y a ici une nation démocratique progressiste très avancée sur le plan économique. Le Québec est le septième pouvoir économique des Amériques. Le Québec, à lui seul, est le septième partenaire commercial de la plus grande puissance du monde, les États-Unis d’Amérique. Je demande à nos amis de l’étranger de prendre tous ces facteurs en compte. Et, s’ils aiment la ville de Québec, s’ils la trouvent belle, s’ils l’apprécient, il va bien y avoir un certain débordement sur le Québec entier.

[QLandry20020417Qué]
[Motion à l’occasion de l’anniversaire du rapatriement unilatéral e la constitution]
Madame la Présidente, Je sollicite le consentement de cette Assemblée afin que soit présentée la motion suivante:
« Que l’Assemblée nationale réaffirme qu’elle n’a jamais adhéré à la Loi constitutionnelle de 1982, qui a eu pour effet
de diminuer les pouvoirs et les droits du Québec sans le consentement du gouvernement québécois, de l’Assemblée nationale,
et que celle-ci est toujours inacceptable au Québec. » Il y a vingt ans, Madame la Présidente – et il est important que les hommes et les femmes qui suivaient cette question à l’époque se le remémorent et que les plus jeunes l’apprennent – le Canada, par son gouvernement central en particulier, procédait au rapatriement unilatéral et à l’adoption d’une nouvelle constitution en dépit de l’opposition de tous les partis politiques de l’Assemblée nationale et du gouvernement national du Québec. C’est une journée sombre dans l’histoire de la démocratie canadienne et québécoise, et également à l’échelle internationale. Pour faire bien comprendre, je vais faire quelques analogies. Si, par exemple, le Parlement européen, à Strasbourg, décidait de changer les traités fondamentaux qui ont constitué leur union européenne sans le consentement de l’Assemblée nationale française, du Bundestag et de Westminster réunis, ça aurait été considéré, en Europe de l’Ouest et dans le monde entier, comme une infamie, une chose extrêmement grave, qui aurait probablement mis fin au destin de l’Union européenne. Analogie plus continentale, cette fois-ci. Si Washington décidait de modifier, de faire un amendement à la Constitution américaine sans l’accord de l’État de New York, de la Californie et du Texas réunis, ce serait considéré comme un scandale mondial. Ce qu’a fait le Parlement du Canada à ce moment là, ce qu’a fait le gouvernement central du Canada – même s’il a essayé de s’en défendre par tous les arguments spécieux et en mobilisant toute sa diplomatie à travers le monde – a constitué une tache pour l’histoire de la démocratie, pour l’histoire du Canada. Et le Québec, fort heureusement, unanimement par ses élus – unanimement ou presque – a réagi contre cette chose inacceptable. C’était un geste profondément antidémocratique. Adoptée contre la volonté du Québec, cette Constitution, qui inclut une Charte des droits, réduit de manière tout aussi unilatérale les pouvoirs et les droits de notre Parlement. Le premier ministre du Québec d’alors, René Lévesque, condamna en ces mots cette manœuvre : « Nous devons constater que M. Trudeau a choisi délibérément, pour obtenir l’adhésion du Canada anglais, une démarche qui a pour effet d’imposer de force au Québec une diminution de ses pouvoirs et de ses droits sans son consentement. » Voilà une description brutale de ce qui est arrivé.
Lévesque poursuit : « Fruit de beaucoup de fourberies, le rapatriement revêt un sens profond pour chaque Québécoise et chaque Québécois. Il ne doit pas être oublié. Des choses aussi graves doivent rester dans la mémoire au moins aussi longtemps qu’elles n’ont pas été réparées. » Même celles et ceux qui sont trop jeunes pour l’avoir vécu feraient bien – et plusieurs le font – de réfléchir à la portée réelle de ce 17 avril, le jour où le Canada s’est redéfini sans le Québec, sans une nation québécoise qui représentait historiquement un des peuples fondateurs. C’est parce que le rapatriement est un geste antidémocratique qu’aucun premier ministre ni gouvernement québécois n’a adhéré à la Loi constitutionnelle de 1982.
Au cours de ces vingt ans, il y a eu néanmoins deux tentatives de renouveler le régime fédéral. Elles ont été menées de bonne foi par des fédéralistes québécois cherchant à réparer les torts causés par le coup de force de 1982. Mais elles se sont soldées toutes deux par des échecs retentissants. En 1980, c’est l’Accord du lac Meech qui provoqua une prise de conscience considérable du peuple québécois. Le Canada venait de dire non aux cinq conditions minimales du gouvernement de Robert Bourassa, dont la reconnaissance, on s’en souvient, du caractère distinct du Québec, ce qui provoqua une réaction extrêmement profonde, sincère et noble du premier ministre Bourassa à cette époque.
Dans les mois qui ont suivi ce rejet, les appuis à la souveraineté ont atteint 70 %, on s’en souvient. Tant et si bien que la commission Bélanger-Campeau, qui a été mise sur pied par Robert Bourassa, concluait dans son rapport que deux voies seulement s’offraient au Québec, conclusion du rapport Bélanger-Campeau, d’une part, une nouvelle et ultime tentative de redéfinir son statut au sein du régime fédéral et, d’autre part, l’accession à la souveraineté. L’ultime tentative de renouvellement du fédéralisme, Charlottetown, dont la portée était pourtant inférieure à celle de Meech, a été elle aussi rejetée en 1992 par deux référendums : l’un au Québec, l’autre au Canada anglais. Une constante émerge en ces moments charnières de notre vie politique : l’identité nationale québécoise est rejetée par le Canada chaque fois que le Québec revendique la reconnaissance et les pouvoirs réels dont il a besoin pour assurer son épanouissement et sa différence.
L’autre voie de solution à la souveraineté fut proposée lors du référendum de 1995 : 49,4 %de nos concitoyens et concitoyennes ont répondu oui, une progression fulgurante par rapport aux 40 % obtenus lors du premier référendum de 1980. Aujourd’hui, malgré ce signal extrêmement puissant de la moitié d’une population qui était prête à accueillir la souveraineté du Québec, l’impasse est plus réelle que jamais. Les masques sont tombés. Il n’existe aucune volonté au Canada de reconnaître le Québec comme nation. Prenons-en acte! Nous avons vu à nouveau, lors de l’entente sur l’union sociale toute récente qui a été conclue en 1999, qu’elle s’est faite encore sans le Québec, Madame la Présidente. La voie d’une réforme en profondeur du régime fédéral est bloquée. La constitution est devenue une dangereuse boîte de Pandore que le Canada refuse d’ouvrir. La raison en est simple, et ce que nous avons vécu depuis vingt ans le confirme. Nous sommes face à des aspirations nationales et à des projets de pays incompatibles. Ça ne veut pas dire l’inimitié, ça ne veut pas dire l’hostilité, ça veut dire des aspirations nationales et des projets de pays, au pluriel, incompatibles, ceux du Québec et ceux du Canada anglais et du gouvernement central.
En plus de refuser de reconnaître l’existence du peuple québécois, Ottawa a même tenté de nier notre droit de disposer librement de notre avenir politique par le biais d’une loi, ce qui était nier, on s’en souvient, carrément et de façon frontale ce que Robert Bourassa avait dit avec tellement de sincérité alors qu’il occupait le siège d’où je parle aujourd’hui. Soyons clairs. Cette loi C-20 est tout aussi antidémocratique que le rapatriement unilatéral, et elle doit être portée au Québec et dans le monde entier au passif du Canada. Je ne dis pas de son peuple, mais très certainement de son gouvernement central. C’est pourquoi elle est tout aussi décriée par la société civile québécoise. Chaque jour, le Québec est confronté à un Canada de plus en plus unitaire, centralisé. Ottawa se sert de ses surplus budgétaires pour empiéter sur nos champs de compétence, un scandaleux déséquilibre fiscal que la commission Séguin a mis en lumière d’une façon fulgurante.
Malgré cette impasse, le Québec utilise au maximum sa marge de manœuvre et continue à se développer en tant que nation en Amérique. Le Québec a pris le virage de la nouvelle économie, on le sait, il a assaini ses finances publiques, il exporte de plus en plus ses produits sur les marchés extérieurs. En vérité, pour chaque dollars de haute technologie exportée par l’espace économique canadien, 50 p. 100 vient du Québec, de notre seul État francophone d’Amérique, le Québec qui est aussi engagé dans le combat pour la diversité culturelle, on le sait, à l’échelle planétaire, et qui est engagé aussi dans le combat pour la protection de l’environnement et des droits fondamentaux.
À cet égard, il importe de rappeler que le Québec s’est donné une Charte des droits et libertés exemplaire dès 1975, soit sept ans avant Ottawa. La charte québécoise protège les droits fondamentaux des citoyens et des citoyennes, tandis que la charte canadienne comporte des articles qui viennent réduire les pouvoirs de notre Assemblée nationale. Voilà une des différences entre les deux chartes, celle du Québec – qui n’a pas été conçue par notre gouvernement, d’ailleurs – qui a été signée par René Lévesque, était destinée à protéger les droits des hommes et des femmes qui vivent sur notre territoire. La charte fédérale comportait des articles destinés à limiter les pouvoirs de cette Assemblée nationale. Les droits sacrés des députés, hommes et femmes du Québec, qui siègent ici, après ce geste inqualifiable, ont eu moins de pouvoir sur le destin du Québec qu’ils n’en avaient avant. Un des exemples, la loi 101 qui s’est souvent affaiblie au cours des ans essentiellement à cause de l’effet de la Charte des droits de 1982.
Face donc à une constitution qui a réduit nos pouvoirs et un Canada qui refuse de reconnaître que nous formons une nation, il est évident que le Québec pourrait faire davantage encore s’il disposait des outils normaux d’un État souverain assumant son plein destin, comme trente nations ont décidé de le faire au cours des dix dernières années. Il y a trente nouvelles nations qui ont accédé aux Nations unies au cours des dix dernières années, qui ont choisi la voie de la dignité, qui ont choisi de contrôler leur propre destin, qui ont choisi de parler d’égal à égal avec les autres nations du monde. Vingt ans après le rapatriement unilatéral de la constitution, la voie d’une réforme en profondeur du fédéralisme est toujours bel et bien bloquée. Et c’est par une expression triviale que le premier ministre du Canada a osé nous le dire brutalement. Il a dit : Madame – langage vraiment élevé dans les circonstances – le magasin général est fermé. L’accession du Québec à la souveraineté dans ces conditions, la création d’un pays bien à nous représentent plus que jamais la voie d’avenir par laquelle notre nation assumera pleinement son destin et sa spécificité. Notre nation se développe en terre d’Amérique depuis plus de quatre siècles. Puisse-t-elle prospérer et vivre ce siècle et les prochains, mais d’une façon pleinement souveraine! Dans notre capitale nationale, il y a quelques mois, se sont réunies toutes les nations d’Amérique, sauf une – pour des raisons que l’on connaît – Cuba, et sauf une autre, la nôtre, qui, dans sa propre capitale nationale n’a pas été en mesure, bien qu’elle soit la sixième puissance économique des trois Amériques, de s’adresser à l’Assemblée des autres nations réunies. De ce côté-ci de la Chambre, Madame la Présidente, tout en déplorant ces événements historiques d’une portée néfaste, nous avons quand même une solution d’avenir, une solution d’espoir à proposer aux Québécois et aux Québécoises. On nous a imposé unilatéralement une Constitution qui ne nous convient pas. Nous nous donnerons un jour, comme nation libre, avec toute la puissance de notre Assemblée nationale, un pays et une Constitution qui seront à nous à jamais.

[QLandry20010418Qué]
[Réunion de la conférence parlementaire des Amériques]
Messieurs les Présidents,
Señoras Vice-Presidente, M. le chef de l’opposition officielle,
Mesdames et Messieurs, Señores et Señoras,
Chers collègues, j’ai dit collègues, parce que, dans notre système, les ministres, ils doivent être députés, et le premier ministre, il doit être un député, ainsi donc je suis un député, moi aussi. Dans nos habitudes – et je pense que c’est la même chose pour vous – je suis député, bien sûr, de la plus belle circonscription du pays, la circonscription de Verchères, tout à côté du fleuve. Dans notre système, la tradition veut que chaque député souhaite être ministre, bien sûr. Chaque ministre veut être premier ministre ou première ministre. Alors, c’est un système extrêmement dynamique, comme vous pouvez le voir. [Fin de l’interprétation]
Sur un ton plus sérieux. Cette semaine, dans notre capitale nationale de Québec, il peut se passer un événement historique d’une très grande importance, c’est-à-dire qu’il pourrait s’amorcer un extraordinaire processus d’intégration équilibrée et d’intégration fructueuse des trois Amériques. Et ce n’est pas une circonstance secondaire qu’en plus du Sommet des Amériques se retrouvent ici le Sommet des peuples et cette rencontre de la COPA.
En effet, on dit, en français, que le temps ne respecte pas ce que l’on fait sans lui. On pourrait parodier en disant: « Le peuple ne respecte pas ce que l’on fait sans lui. » Il est absolument nécessaire, pour concevoir quelque projet d’envergure, que la plus grande participation démocratique soit enclenchée : démocratie formelle, légale, législative à travers les députés, à travers les parlements; démocratie participative à travers la société civile, d’où l’importance du Sommet des peuples. J’irais même jusqu’à dire démocratie de démonstration dans les rues, pourvu que ces démonstrations soient pacifiques, harmonieuses et orientées vers un but créatif et positif. Inutile de dire que toutes ces circonstances se retrouvent dans la ville de Québec actuellement.
Ce processus qui commence revêt une importance particulière du fait que l’Europe de l’Ouest a pris sur nous, Américains du Nord et du Sud, une avance d’un demi-siècle. C’est vrai qu’ils ont eu des raisons impérieuses pour le faire. L’intégration européenne s’est faite largement pour chasser le spectre horrible de deux affrontements cruels et violents en moins d’un demi-siècle, mais il y avait aussi d’autres raisons. Nous n’avons pas cette première raison. Les Amériques ont été pacifiques, en tout cas largement pacifiques, sauf quelques cruelles exceptions. Ce n’est pas pour conjurer la guerre que nous voulons l’intégration, mais nous avons certaines des raisons que les Européens avaient. Bien sûr, la recherche de la richesse, la création de la richesse à travers la spécialisation internationale du travail, toute chose connue de la théorie économique, mais les Européens aussi agissaient pour faire un contrepoids.
L’intégration européenne était pour faire un contrepoids à deux pouvoirs très importants, à ce moment là. C’était l’Union soviétique d’une part qui… À ce moment là, il y avait la possibilité que l’Union soviétique puisse avoir un succès économique et, comme ça, devenir un grand pouvoir. M. Poutine, le président actuel de la Russie, disait, il y a quelques mois: « Celui qui n’est pas nostalgique de l’Union soviétique n’a pas de cœur, mais celui qui veut recréer l’Union soviétique n’a pas de tête. » Voilà, l’hypothèse d’un pouvoir soviétique est une chose classée. Mais l’autre raison pour l’Europe de l’Ouest, c’était de faire contrepoids aux États-Unis d’Amérique. Sans l’intégration européenne, l’Europe n’avait comme vocation que d’être un genre de filiale, de succursale de cette énorme économie des États-Unis. En fait, cela aurait été comme une multinationale qui travaillerait à l’étranger.
L’Europe a largement réussi son intégration jusqu’à ce jour à 17 pays, mais une intégration d’une exemplarité et d’une fluidité considérables. Un camion peut partir ce soir de Stockholm en Suède et descendre jusqu’à Brindisi au sud de l’Italie sans s’arrêter à une seule frontière physique. Alors, les circulations des biens, des services, des personnes, des capitaux à travers diverses étapes, l’aboutissement à une monnaie commune, qui n’est pas venue le premier jour, souvenons-nous-en! Avant l’euro, il y a eu l’ECU. Avant l’ECU, il y a eu la concertation monétaire à travers des systèmes qu’on appelait le serpent, qui était une concertation pour les parités monétaires. Donc, une mécanique formidable.
Mais il y avait quelque chose d’encore plus formidable. C’est que depuis 1957, lors du premier traité de Rome, les préoccupations sociales, environnementales, de la démocratie et de la libre circulation des personnes étaient très présentes dans ce traité. C’est dire que pour créer un avenir vraiment positif, vraiment créatif, il est nécessaire de ne pas seulement être matérialiste. S’il y a un projet qui doit naître ici, à la ville de Québec, cette semaine, il faudrait que ce soit un projet humain, un projet de véritable coopération internationale, entre les nations et les peuples, un projet social, un projet qui respecte l’environnement. Et ici, les témoins… – vous allez être les témoins – on a besoin d’un projet qui respecte la démocratie, la voix populaire et la voix parlementaire.
J’espère que ça va se passer comme ça. On ne peut pas dire que tout, jusqu’à ce jour, a été exemplaire en termes de transparence, en termes d’intégration des parlements, en termes de connaissance des textes, mais, comme on dit en français, et on doit le dire en espagnol aussi, il n’est jamais trop tôt pour bien faire. J’espère que la suite des choses sera marquée au sceau de la transparence, de la démocratie, de la participation populaire, de l’animation populaire. J’espère que les universités, les journalistes, les cellules de réflexion, les syndicats ouvriers, les parlements, les partis politiques fassent, pour les années qui viennent, de cette possible intégration des Amériques une préoccupation véritablement partagée par le peuple.
En fin de compte, je voudrais vous dire quelques mots sur le Québec. Le Québec est une nation. Un ambassadeur du Brésil avait dit que le Québec était la partie la plus au nord de l’Amérique latine, et je pense qu’il a raison. Nous sommes les Latins du Nord, et c’est encore une raison de plus pour établir des relations et avoir des communications extrêmement fluides avec nos amis du Sud. Le Québec doit être une circonstance favorable pour un meilleur dialogue entre le Nord et le Sud. Le Québec, comme vous le savez, est une nation assez avancée sur le plan économique. On a une économie moderne, dynamique, orientée sur les hautes technologies.
Surtout, le Québec exporte la moitié de toutes les exportations en hautes technologies du Canada en général. Il y a 25 ans, pas plus, notre richesse nous venait surtout des ressources naturelles. Et, en 25 ans, en un quart de siècle, ces ressources naturelles, maintenant, ne font que 3 % de notre PNB. Le reste nous vient de l’économie du savoir, des connaissances, de l’aérospatiale, de la haute technologie. Nos amis du Brésil savent très bien que nous sommes très présents dans le secteur de l’aérospatiale, de l’aéronautique, de la pharmacie, de la biotechnologie, du multimédia et dans bien d’autres activités économiques reliées au savoir, aux connaissances. Le niveau d’éducation du Québec est peut-être le plus élevé du monde. Il y a 25 ans, c’était le plus bas des pays développés. Maintenant, quel est donc le message derrière tout ça? Le message, c’est que, en 25 ans, en un quart de siècle, avec de la volonté et de l’énergie et du vouloir, il est possible de changer profondément une économie. Il est possible de changer des choses de façon permanente en établissant des bases très solides.
Bien sûr, nous avons des hivers très durs, mais la chaleur est dans notre cœur, n’est-ce pas? Nos amis du Mexique, ils rient et disent qu’au Québec il y a seulement deux saisons: l’hiver et celle du… Mais ce n’est pas vrai. Comme vous pouvez voir, ce n’est pas vrai. Ce qui semble l’été, ça ressemble de plus en plus à l’été, et on aura l’été, même si on pourrait ne pas le croire et j’espère que ce printemps du Québec, qui est parfois un peu tardif, comme l’intégration des Amériques, sera l’occasion temporelle de voir s’initier non pas une simple zone de libre-échange, mais une zone de développement humain, une zone de coopération véritable, une zone de solidarité humaine et sociale. Et, pour que cette chose apparaisse, il faut que les parlementaires d’Amérique, auxquels je suis fier d’appartenir, en fassent un projet majeur et s’y consacrent dans leur Parlement, dans leur circonscription, auprès de leur électorat. Alors, je vous souhaite de très fructueux travaux dans notre capitale nationale, qui est aussi une très belle ville, vous l’avez vue; l’esthétique n’est pas absente. On peut vivre dans les hautes technologies et habiter des villes bien conçues, des villes jolies, des villes humaines, parce que, au Québec aussi, la culture compte, la culture sauve. Dans le projet québécois, s’il n’y avait pas la culture, on chercherait peut-être la finalité véritable. Nous sommes différents à cause de notre culture. Et nous pouvons apporter, comme c’est le cas dans vos divers pays, une contribution originale aux Amériques, précisément parce que nous sommes différents. Si globalisation veut dire homogénéisation, ce n’est pas un progrès pour l’humanité; c’est une régression. Je vois dans vos yeux que nul d’entre vous n’a l’intention d’organiser la régression, mais plutôt le progrès, le progrès de nos merveilleuses Amériques. Merci de votre attention.

[QLandry20020318Qué]
[Remise des insignes de l’ordre des francophones d’Amérique]
Madame la ministre responsable de la Charte de la langue française,
Monsieur le Secrétaire du Conseil de la langue française,
Monsieur le représentant de la ville de Québec
Distingués récipiendaires de l’Ordre des francophones d’Amérique et du Prix du 3-Juillet-1608,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Distingués invités,
Je suis très heureux d’être avec vous ce soir pour honorer des personnes qui se sont signalées de multiples façons par leur attachement indéfectible à la langue française. J’aimerais aussi saluer les membres de l’Ordre des francophones d’Amérique et le récipiendaire du Prix du 3-Juillet-1608.
La langue française est de plus en plus la langue commune de toutes les Québécoises et de tous les Québécois. Je vais laisser aux linguistes et aux poètes le soin de vous décrire les particularités et les beautés qui en font une grande langue de la modernité. Pour ma part, j’aimerais relever avec vous brièvement certains thèmes qui me sont chers. En effet, lors des travaux menés par la Commission des États généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec, ce qui m’a le plus frappé c’est qu’une grande majorité de mémoires présentés à la Commission ont fait une place importante à la qualité de la langue. Cette constatation me réjouit à bien des égards, car elle témoigne hors de tout doute de l’importance que les Québécoises et les Québécois accordent à la qualité et à la maîtrise de la langue.
Cette préoccupation ne concerne pas seulement l’éducation, mais aussi plusieurs sphères de la vie publique, en particulier le monde des médias, le milieu du travail et, il va de soi, l’administration publique, qui se doit de communiquer avec les citoyens dans une langue correcte, claire et accessible. Sans doute y a-t-il des efforts à déployer pour se défaire d’un langage technocratique qui envahit trop souvent nos communications.
J’ai, en outre, beaucoup de raisons de croire que la langue française peut relever les défis qui se présentent à elle actuellement. Elle possède, j’en suis certain, la capacité d’exprimer la modernité. Nous en trouvons des exemples frappants dans le domaine des nouvelles technologies. Je prends pour exemples des termes comme clavardage, courriel, numériseur, qui étaient pratiquement inconnus il y a quelques années. Avec l’avènement d’Internet, la prolifération des sites Web et le développement du commerce électronique, on peut s’interroger sur la place que le français peut et doit occuper, si l’on tient compte des ramifications internationales de ce mode d’échanges commerciaux. Fort heureusement, on constate que les entreprises québécoises se sont engagées dans ce courant et que la langue française y occupe de plus en plus la place qui lui revient, mais beaucoup de progrès restent encore à faire. Les sociétés modernes se transforment de plus en plus en sociétés de l’information, c’est-à-dire des sociétés où « l’information et le savoir ont remplacé le capital, les ressources naturelles et le travail physique comme source de richesse individuelle et collective ». « Ainsi, l’information, qui ne constituait par le passé qu’une infime partie de la valeur ajoutée d’un produit, en représente maintenant les trois quarts ».
Cependant, il est évident que les retombées de cette mutation, liée à la mondialisation de l’économie auront des répercussions majeures sur le plan linguistique. Loin de moi, cependant, l’idée de m’inquiéter devant ces nouveaux phénomènes de société. Je crois au contraire qu’une occasion unique s’offre à nous de donner une nouvelle impulsion au français. Je suis convaincu que les francophones possèdent les instruments politiques, techniques et structurels pour répondre aux nouveaux défis qui s’offrent à eux.
L’avenir de la langue française interpelle non seulement le Québec, mais aussi l’ensemble des partenaires de la francophonie internationale, et en particulier nos voisins francophones des Amériques. Il faut, en outre, profiter des échanges commerciaux et culturels avec nos partenaires des Amériques pour promouvoir la diversité linguistique et culturelle.
En terminant, je voudrais féliciter les personnes que nous honorons ce soir pour leur engagement profond à promouvoir la langue française. Ces personnes ont parfois mené des luttes difficiles pour y arriver, qu’elles en soient remerciées. D’où qu’ils viennent, francophones et francophiles sont habités d’un désir commun : celui de faire progresser la vitalité et le rayonnement de la langue française.

[QLandry20021019Liban]
[Sommet de la francophonie]
Monsieur le Président,
Dans un monde qui vit sous la menace de la violence, le dialogue des cultures est une nécessité. Le dialogue des cultures porte le germe de la stabilité et de la paix mondiales. Il est en soi le défi politique le plus exigeant. Et ce Sommet en est l’incarnation même. Saluons l’initiative du Liban de nous avoir donné un thème qui touche le fond des choses.
Car le Liban, carrefour des civilisations, ayant vécu les affres d’un conflit civil, ne connaît que trop bien l’importance vitale du dialogue chez soi; il connaît aussi le lourd tribut à payer lorsque, dans un pays, on laisse la force prendre le pas sur le dialogue.
La Francophonie fait honneur au Maroc et au Québec en leur demandant de présenter le thème du Sommet, le dialogue des cultures. Je le fais volontiers à la suite de Son Altesse Royale le prince Moulay Rachid que je remercie d’avoir déjà si bien amorcé notre discussion. Aujourd’hui, je ne parlerai pas de l’interculturalisme, c’est-à-dire des rapports entre groupes à l’intérieur d’une même société. Je parlerai plutôt de ce dialogue, à l’échelle mondiale, entre les cultures, les peuples, les pays que, il y a vingt ans, Léopold Sedar Senghor rêvait de voir s’établir, à l’aube du troisième millénaire, un dialogue, écrivait-il, porteur d’une « Nouvelle Renaissance ». Et je parlerai ensuite de cette grande mobilisation proposée à la Francophonie, en vue de l’adoption, rendue nécessaire dans le contexte de la mondialisation, d’un instrument international sur la diversité culturelle.
Les philosophes ont souvent avancé que les sociétés, comme les hommes, sont en lutte constante pour la reconnaissance. La négation de la dignité de l’autre, c’est le monologue, source de conflits. Le dialogue doit prendre le pas sur le monologue, sans pour autant glisser vers la cacophonie. À mes yeux, c’est ainsi qu’entre ces deux extrêmes générateurs de conflits, naîtra un monde véritablement multipolaire. Un monde dans lequel le dialogue primera sur la force. Un monde dans lequel la diversité des cultures sera vue comme richesse spirituelle et non comme une nuisance à l’accroissement du commerce international. Le penseur québécois Fernand Dumont aimait rappeler que les êtres humains interprètent l’univers entier à partir de leur culture. La culture est le point d’ancrage, « le lieu de l’homme », en même temps que son « horizon».
Comme vient de le dire Son Altesse Royale, il y a des liens à établir entre la défense des cultures particulières et le respect, indispensable à nos yeux, des principes universels : ainsi, la diversité culturelle ne saurait cautionner des pratiques contraires à la Charte des droits de l’homme des Nations Unies. Nous devons aussi nous sentir liés par la Déclaration de Bamako qui proclame que, « pour la Francophonie, il n’y a pas de mode d’organisation unique de la démocratie et que, dans le respect des principes universels, les formes d’expression de la démocratie doivent s’inscrire dans les réalités et spécificités historiques, culturelles et sociales de chaque peuple ».
On sait que la diversité culturelle est menacée en raison de l’impact que la libéralisation des échanges commerciaux a sur la capacité des États et des gouvernements de soutenir une expression culturelle distincte. La vaste majorité des instruments qui régissent le commerce international ignorent la problématique de la préservation de la diversité des expressions culturelles face à une mondialisation croissante de l’économie.
Le premier ministre de France, monsieur Jean-Pierre Raffarin, a bien voulu reconnaître publiquement le 9 octobre au moment où il conférait la légion d’honneur à mon prédécesseur que, grâce à son action et à celle du Québec, « un important travail a été mené sur la diversité culturelle qui est à l’origine de la proposition du président de la République française d’adopter une convention internationale sur cette diversité culturelle qui sera évoquée prochainement à Beyrouth ».
Je tiens à souligner que la Francophonie a elle-même accompli beaucoup pour défendre la diversité culturelle et l’idée d’un instrument international. Dès le Sommet de Maurice, en 1993, à l’époque du combat pour l’exception culturelle au GATS. Puis au Sommet de Moncton, en 1999, dont la Déclaration finale affirme : « Convaincus que les biens culturels ne sont en aucune façon réductibles à leur seule dimension économique, nous affirmons le droit pour nos États et gouvernements de définir librement leur politique culturelle et les instruments d’intervention qui y concourent ». À Cotonou, en juin 2001, les ministres participant à la IIIe Conférence ministérielle sur la Culture de la Francophonie ont adopté une Déclaration par laquelle ils conviennent « que la Francophonie doit appuyer le principe d’un cadre réglementaire international à caractère universel favorable à la promotion de la diversité culturelle ».
Ce sont là des progrès significatifs réalisés grâce à la Francophonie politique, et je ne peux que saluer l’effort accompli par son secrétaire général, Boutros Boutros-Ghali, de rapprochement entre les grandes aires culturo-linguistiques, nommément arabophone, hispanophone, et lusophone. De même, je veux souligner la qualité et l’importance de la contribution de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie au progrès de nos grands débats. Ce rôle politique fait de la Francophonie l’antidote à un monde unipolaire.
Ce combat est celui de la Francophonie, mais aussi d’autres organisations telles le Réseau international sur les politiques culturelles (RIPC), qui a été mis en place à l’initiative du gouvernement du Canada. Le combat s’est poursuivi à l’UNESCO qui, le 2 novembre 2001, lors de la 31e session de sa Conférence générale, adoptait une Déclaration sur la diversité culturelle.
Pourquoi cette Déclaration ne suffit-elle pas? Pourquoi faut-il encore un cadre réglementaire universel contraignant, qui pourrait prendre la forme d’une convention mondiale sur la diversité culturelle?
À l’échelle internationale, les instruments juridiques à vocation culturelle existants sont pour plusieurs non contraignants, alors que les accords de commerce international favorisant la libéralisation progressive du commerce de tous les biens et services, eux, sont contraignants.
L’objectif immédiat de cette nouvelle convention mondiale devrait être d’assurer la préservation et la promotion de la diversité des expressions culturelles, étant entendu que la diversité culturelle implique, d’une part, la préservation et la promotion des cultures existantes avec leur expression culturelle propre et, d’autre part, l’ouverture la plus large possible aux autres cultures.
Il faut souligner qu’il existe un déséquilibre regrettable des échanges culturels sur le plan international, déséquilibre qui concerne les échanges culturels des pays développés entre eux, mais encore plus les échanges culturels entre les pays développés et les pays en voie de développement. Aussi, la convention devrait contenir des dispositions spécifiques favorables aux pays en développement pour leur permettre de soutenir leurs propres industries culturelles. Car le déséquilibre des échanges culturels fait partie de ces écarts de développement facteurs de troubles contre lesquels Son Altesse Royale a raison de nous mettre en garde.
Cette idée de convention, et ses objectifs fondamentaux, nous rallient tous autour de cette table. Si cet instrument doit être abrité dans une enceinte internationale, ne doit-on pas admettre que l’UNESCO paraît la plus légitime? Le directeur général de l’UNESCO, monsieur Matsuura, n’a-t-il pas souhaité que la Déclaration de l’UNESCO sur la diversité culturelle puisse « revêtir un jour la même force que la Déclaration universelle des droits de l’homme »?
Mesdames, Messieurs,
Voilà, dit en quelques mots, le défi politique que nous devons relever ensemble ici à Beyrouth. Dans ce cheminement vers une convention mondiale ayant force de loi, il y aura d’autres étapes. Et la Francophonie devra impérativement se donner les moyens d’intervenir, à chacune d’entre elles, pour faire en sorte que, comme le disait si justement le président Jacques Chirac à Johannesbourg, la culture « s’impose peu à peu, comme le quatrième pilier du développement durable aux côtés de l’économie, de l’environnement et de la préoccupation sociale ». Enfin, on ne peut parler de la diversité culturelle et du dialogue des cultures sans évoquer la langue. Notre langue partagée, le français, parlé sur cinq continents, est l’une des rares langues qui ait une authentique vocation à l’universel. C’est à la fois le mélange et la juxtaposition des langues et des grandes aires linguistiques qui fait la beauté du monde. C’est en quelque sorte la « lumière qui s’ajoute à la lumière », pour paraphraser le grand poète libanais Salah Stétié. Porter ombrage à cette diversité, à cette luminosité, c’est, en définitive, appauvrir l’humanité.
Il viendra un temps, souhaitons-le, où le monde comprendra également que les armes, elles aussi, appauvrissent. Et surtout, que la restauration du dialogue des cultures est le plus sûr moyen d’empêcher les extrémismes de se substituer à notre volonté de vivre dans un monde meilleur.]

[QLandry20030320Qué]
[Discours à la suite du déclenchement de la guerre en Irak]
Nous vivons actuellement des heures graves sur le plan international. La guerre en Irak, appréhendée depuis de longues semaines, vient d’être déclenchée.
La position du Québec
Le 11 mars dernier, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une résolution qui reflète fidèlement la position du Québec face à ce conflit. Jusqu’à la toute dernière minute, nous avons tous cru et espéré que la paix pourrait prévaloir. C’est maintenant avec regret que le gouvernement du Québec constate le déclenchement de cette guerre. C’est un jour annonciateur de tristesses et de souffrances. Il s’agit d’un échec pour la communauté internationale et pour le multilatéralisme. Aussi, nous endossons la position du gouvernement du Canada, qui exige l’approbation du Conseil de sécurité des Nations Unies comme condition à toute participation à une campagne militaire.
Une profonde tristesse
Comme la majorité de mes compatriotes, je suis profondément triste de ce qui se passe actuellement. La guerre, quelle qu’en soit la cause, est un échec, car il s’agit de la pire des solutions aux affrontements entre les nations.
Assurer notre sécurité
Même si la guerre n’est pas à nos portes, elle concerne chacune et chacun de nous. En tant que premier ministre du Québec, et même si nous sommes en pleine campagne électorale, j’ai l’intention d’assumer toutes les responsabilités que les citoyennes et les citoyens attendent de leur gouvernement.
J’ai donc créé un comité de coordination gouvernementale. Le secrétaire général du gouvernement a déjà réuni les hauts fonctionnaires de ce comité pour mettre en branle les actions qui s’imposent sur le plan administratif.
Ce comité, qui me fera rapport régulièrement, aura trois mandats :
Premièrement, il devra veiller à la santé et à la sécurité des citoyennes et des citoyens du Québec. Sans faire preuve d’alarmisme, il n’est pas exclu que cette guerre prenne des formes menaçantes. Le réseau québécois de la santé dispose déjà d’un plan d’urgence ainsi que d’une équipe de médecins sentinelles. Ces différentes ressources sont déjà en alerte pour parer à toute éventualité. Le comité de coordination en surveillera le déploiement.
Deuxièmement, nous devons nous assurer que les conflits qui secouent une partie du monde n’ont pas de répercussion sur la paix sociale. Il faut notamment assurer la solidarité interculturelle. Les Québécoises et les Québécois sont d’abord pacifiques chez eux et ils doivent le rester. Le comité sera donc attentif et veillera à désamorcer toute tension qui pourrait naître.
Troisièmement, nous devons assurer la sécurité économique. Une guerre est synonyme d’instabilité, d’incertitude et de bouleversements qui peuvent rejaillir directement sur plusieurs de nos entreprises, et donc menacer nos emplois et notre prospérité. Le comité portera une attention particulière à la fluidité du trafic aux points de passage frontaliers entre le Québec et les États-Unis. À cet égard, le gouvernement du Québec est en liaison avec les autorités canadiennes et celles des états américains limitrophes.
Le comité veillera également à apporter les réponses appropriées aux difficultés économiques que pourraient rencontrer certaines de nos entreprises au cours des prochains jours.
La campagne électorale
J’ai discuté du dossier avec les chefs des deux autres partis pour qu’ils soient au fait de la situation qui prévaut au gouvernement du Québec.

Je voudrais adresser un dernier message à mes compatriotes.
Dans ces heures difficiles, nous avons la tâche délicate de poursuivre aussi sereinement que possible cet exercice démocratique qu’est la campagne électorale.
Cet exercice est essentiel à la décision éclairée que les citoyennes et les citoyens auront à prendre, le 14 avril prochain, quant à leur futur gouvernement.
Conclusion
En terminant, je tiens à exprimer, au nom de toutes les Québécoises et de tous les Québécois, ma solidarité et ma sympathie à l’égard ceux et celles qui souffriront de cette guerre ici ou ailleurs. Hier, nous avons souhaité la paix. Espérons aujourd’hui qu’elle revienne dès demain.

[QLandry20011120Qué]
[Discours à l’Assemblée nationale]
Monsieur le Président,
Lors du Conseil national du Parti Québécois tenu cette fin de semaine dans notre capitale nationale, j’ai tenu dans mon allocution de clôture à reprendre une citation de l’ex-président des États-Unis, monsieur Bill Clinton, prononcée dans un discours à Barcelone : « L’avenir sera catalan ou taliban. »
J’ai repris cette citation, en d’autres mots, en affirmant que la liberté des peuples et des nations est une condition sine qua non de l’équilibre planétaire. J’ai bien pris garde, en le précisant lors de mon intervention, que je n’entendais nullement annexer la pensée de l’ancien président des États-Unis. Monsieur le Président, j’ai consacré l’essentiel de ma vie politique et universitaire à militer: en faveur du libre-échange et de l’intégration économique des Amériques; en faveur de la dollarisation de notre économie; en faveur de la libre circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux. Dans les minutes qui ont suivi le tragique événement du 11 septembre, mon gouvernement a condamné avec sévérité, célérité et unanimité ces actes odieux et a assuré le peuple et les dirigeants américains de notre entière solidarité.
Le texte suivant la motion présenté en Chambre m’a d’ailleurs valu les chaleureuses félicitations de l’ambassadeur des États-Unis à Ottawa, Son Excellence Paul Cellucci. Je vous épargnerai toutefois, Monsieur le Président, la longue liste de gestes concrets posés par mon gouvernement et moi-même, tels que ma présence au service œcuménique à l’église Saint-James, mon intervention au Centre Molson devant 20000 personnes, notre soutien à la création d’un périmètre de sécurité, etc.
Cela dit, si ma conclusion a pu sembler ambiguë pour certains, laissez-moi apporter cette clarification: il n’y a aucun lien solide ou ténu, réel ou virtuel, entre les événements du 11 septembre et la souveraineté du Québec. J’ai simplement dit que la liberté des peuples et des nations est une condition sine qua non de l’équilibre planétaire. Que tous les journalistes, sauf un, présents au Conseil national n’aient pas jugé utile de spéculer sur ce sujet en témoigne, me rassure et les honore. Monsieur le Président, je vous remercie.

[QLandry20030221Qué]
[ouverture des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques]
Monsieur le ministre,
Monsieur le président et Mesdames et Messieurs les membres du Comité directeur des États généraux,
Mesdames, Messieurs et chers amis,
Nous ouvrons aujourd’hui un moment important de notre vie démocratique. Ces États généraux vont en effet permettre de réfléchir collectivement à nos institutions démocratiques et aux moyens de les améliorer. Ce sont donc des règles même de fonctionnement de notre démocratie dont vous allez discuter au cours de ces journées. Au nom de toutes les Québécoises et de tous les Québécois, je voudrais immédiatement remercier Me Claude Béland et tous les membres du Comité directeur des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques du travail remarquable accompli au cours des derniers mois. Ce travail a été soutenu par une équipe efficace et dévouée, dont je veux également souligner la contribution.
J’ai suivi avec attention le déroulement de ces consultations, et je me réjouis de voir autant de monde réuni ici pour débattre de questions qui sont fondamentales pour notre vie collective et notre démocratie.
Je tiens à souligner la qualité remarquable des panélistes et des interpellants qui vont participer aux débats tout au long de ces États généraux, sous la responsabilité experte de Mme Denise Bombardier et de M. Jacques Moisan.
Un chantier prioritaire
Notre démocratie est très ancienne.
Elle est en même temps d’une grande vitalité, et j’en veux pour preuve l’exercice auquel vous participez. Il illustre notre préoccupation de l’améliorer encore, et de l’adapter davantage à nos besoins et à nos priorités.
Pour le gouvernement que je dirige, la réforme des institutions démocratiques a été considérée comme un chantier prioritaire. C’est pour cette raison que j’ai demandé à Jean-Pierre Charbonneau d’assumer le mandat difficile et délicat de piloter la réflexion à cet égard. Je tiens à souligner l’énergie et l’excellence du travail effectué par mon collègue, dont les États généraux sont l’une des illustrations.
Dans le prolongement des grandes réformes démocratiques
Cette priorité à la réflexion sur nos institutions démocratiques, elle s’inscrit directement dans le prolongement des grandes réformes effectuées sous la direction de René Lévesque.
Il est à peine besoin de rappeler l’apport extraordinaire de René Lévesque à notre vie démocratique. La Loi régissant le financement des partis politiques est devenue un exemple de rigueur et d’honnêteté, même pour le premier ministre du Canada. C’est un motif à la fois de réconfort et de fierté que de constater que M. Jean Chrétien puise dans l’héritage de René Lévesque des idées sur ce qu’il souhaite laisser à la postérité.
D’autres éléments majeurs de notre système démocratique sont directement issus du premier gouvernement du Parti Québécois. Je pense notamment à la Loi sur les consultations populaires, à la refonte de la Loi électorale, à la création d’une Commission de la carte électorale indépendante.
Les réformes et les innovations se sont poursuivies depuis. Les sommets économiques sont devenus ainsi un outil démocratique remarquable, permettant de dégager des consensus sur des questions parmi les plus délicates et difficiles.
La régionalisation en cours
L’un de ces sommets, le Rendez-vous national des Régions, a justement permis d’ouvrir de nouvelles voies dans le fonctionnement de notre système démocratique, afin que les régions du Québec aient une plus grande capacité d’agir.
Avant-hier mercredi, ici même à Québec, j’ai présidé les travaux du Comité de suivi du Rendez-vous national des régions.
Le travail accompli depuis le sommet de l’automne est considérable, et au plan des institutions démocratiques, nous avons été de l’avant.
Comme il s’y était engagé à la demande des régions, le gouvernement a en effet déposé en décembre dernier un projet de loi créant à l’Assemblée nationale une Commission nationale des régions, chargée de faire des recommandations au gouvernement concernant la régionalisation et la décentralisation.
Par ailleurs, et sans attendre, le gouvernement a décidé d’aller de l’avant avec des projets de régionalisation provenant des régions. C’est ainsi que nous entamons immédiatement un projet pilote de régionalisation défini par la Mauricie, avec la création d’un Conseil exécutif régional. Avec pragmatisme mais de façon résolue, le gouvernement que je dirige entame donc dès maintenant la définition d’une véritable décentralisation à la carte.
La place des régions dans notre système démocratique est l’un des thèmes sur lesquels vous allez réfléchir au cours de cette fin de semaine, mais il y en a bien d’autres, tous aussi importants les uns que les autres.
La suite de la réflexion
Alors que vous entamez ces journées d’échange et de réflexion, je peux vous assurer au nom du gouvernement que nous attendons avec beaucoup d’intérêt le résultat de vos travaux.
Le processus à venir est clair, et il respecte les étapes d’une réflexion ordonnée et systématique. À l’issue de cette fin de semaine, vous aurez formulé un certain nombre de recommandations sur les différents sujets qui ont été soumis à votre réflexion.
Ces recommandations, de même que l’ensemble de la consultation effectuée sous l’autorité de Me Claude Béland, constitueront la matière première du rapport que le Comité directeur des États généraux remettra au ministre responsable de la réforme démocratique.
Dans quelques semaines donc, M. Jean-Pierre Charbonneau saisira le conseil des ministres de ces conclusions, directement issues du travail que vous effectuez actuellement.
Les étapes suivantes
Il est évidemment trop tôt pour que je vous indique les étapes suivantes. Il y aura en tout état de cause des élections cette année, et il faut être très prudent dans toute initiative concernant le système démocratique, lorsque l’on se trouve dans une période très proche des échéances électorales.
En même temps, votre travail va nourrir la réflexion de tous les partis politiques, et fait à ce titre partie intégrante des discussions politiques à venir.
Deux convictions
Pour ma part, je suis persuadé d’au moins deux choses, concernant notre système démocratique.
En premier lieu, nous avons construit une démocratie qui est enracinée dans nos comportements et notre culture. Nos fonctionnements démocratiques sont exemplaires à plus d’un titre, mais beaucoup de choses peuvent être encore accomplies, afin d’améliorer encore ce système. Vos recommandations à cet égard feront donc du chemin.
En deuxième lieu, et comme l’indiquait le document de consultation rendu public par le gouvernement en juin dernier, les questions concernant le système démocratique sont en bonne partie étroitement reliées entre elles.
Pour cette raison, il y a des cohérences à respecter. Ces cohérences doivent s’appliquer aux règles démocratiques. Elles concernent également les liens entre le système que nous privilégions et notre situation politique d’ensemble.
En fait, il est évident que nous pourrons aller d’autant plus loin dans les réformes de nos institutions démocratiques que nous serons pleinement maîtres de notre destin.
Nous devons tous convenir que les améliorations éventuellement apportées à ces institutions ne résoudront pas la question nationale. Pour le gouvernement que je dirige, cette question reste la clef de tout le reste. Je crois profondément en un Québec souverain, en un Québec maître de son destin, et pour moi, il est certain que ce Québec sera un modèle de démocratie.
Alors que les États généraux commencent, je vous souhaite donc un excellent travail. Je vous souhaite en particulier d’être productifs et créatifs, puisque c’est l’ensemble de la collectivité québécoise qui profitera finalement de vos suggestions et de vos réflexions.
Bons États généraux!

[QLandry20020521Qué]
[Réception d’ouverture au Somme économique Québec New York]
Monsieur le Gouverneur,
Madame la ministre ,
Madame la Déléguée générale,
Monsieur le Président de la Plattsburgh North Country Chamber of Commerce,
Monsieur le Président de la Chambre de commerce du Québec,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Mes premiers mots seront pour dire avec quel plaisir je retrouve aujourd’hui le gouverneur Pataki. Au cours de nos rencontres, nous avons chaque fois eu l’occasion de constater notre identité de vues sur les rapports multiples et féconds entre nos deux États, notamment sur le potentiel extraordinaire de nos échanges économiques.
À cet égard, j’aimerais souligner en particulier l’excellent travail de M. Charles Gargano, de l’Empire State Development, et de son équipe, qui se sont complètement investis pour assurer le succès de cette rencontre. Je veux également saluer les représentants de la Plattsburgh North Country Chamber of Commerce et de la Chambre de commerce du Québec, et les féliciter de leur contribution essentielle au « Corridor de commerce Québec-New York » et à l’organisation de ce sommet.

Les relations Québec-New York
Je viens tout juste d’évoquer les rapports de toutes natures entre le Québec et l’État de New York. Mais ce qu’il faut souligner d’abord, c’est que ces liens s’appuient largement — outre la proximité géographique — sur une ouverture et une sympathie mutuelles de nos concitoyens.
Ces relations d’amitié ont été particulièrement manifestes l’an dernier. Je pense à l’expédition Québec-Hudson : une flottille de six bateaux qui a quitté Québec le premier août en direction de New York, mais par l’intérieur, c’est-à-dire en empruntant la rivière Richelieu, le lac Champlain et la rivière Hudson.
Je pense aussi à la fébrilité qui a entouré la préparation de la Saison du Québec à New York, qui n’a malheureusement pas vu le jour à cause des événements que vous savez. Ce sommet se situe d’ailleurs dans la foulée de l’événement Québec-New York 2001.
[And I cannot help remembering how these tragic circumstances, this overwhelming human drama, touched the hearts of Quebecers and brought us closer to our New York friends.
As you know, Québec chose New York as the site of its very first government office abroad. Less than two years ago, we celebrated the 60th anniversary of our first foreign delegation, Québec Government House in New York.
Québec Government House was originally opened in New York at the request of Québec manufacturers. At the time, it consisted of a business office assigned to promoting Québec exports on the New York market. Its creation not only gave a significant boost to economic trade: over the years, our Government House has paved the way to closer cultural, academic and scientific ties between citizens, companies and institutions in our two jurisdictions.
Québec-New York Trade
The current scope of economic relations between Québec and New York is truly impressive. State of New York is Québec’s number one international trade partner. Last year, Québec businesses exported goods worth 8,8 billion Canadian dollars to the Empire State. These figures correspond to 12,4 % of all Québec exports and 14,6 % of our exports to the U.S. In absolute terms, our exports to New York have soared by 171 % since 1990. All told, over 11,2 billion dollars in products were traded between Québec and New York in 2001.
Another highly significant fact is that a growing share of our exports consists of high-tech products. Last year, high and medium technology products made up 31 % of Québec exports to New York.
Since the signing of the initial Canada–U.S. Free Trade Agreement — which, as you probably know, would never have happened without Québec voters’ support in 1988 — our cross-border trade has soared.
It is therefore reasonable to think that, within a few years, the economic integration of North and South America will generate a similar surge in growth and prosperity.
This trend toward hemispheric and global integration also means that, more and more, we need to consider our development in a regional perspective, with a focus on geographical areas where people share the same concerns and can join forces, pool resources and generate synergy in order to tackle international competition.
This dynamic process is totally in line with the ideas of Professor Stephen Blank, whom I had the honour last year of naming to the Ordre national du Québec. Allow me to salute Professor Blank. In an article called « Building the North American Community : Next Steps, » Professor Blank writes:
. . . the North American economic system has already generated a wide array of social, political, and cultural connections. In some cases — for example, along the Rio Grande or between Halifax and Boston — historically important linkages have been recreated.
I trust that Professor Blank won’t mind if I close the quote for a moment to add linkages between Québec and New York to his examples. Getting back to the text, the author goes on to say:
While there is little sense of a North American identity, there is a much wider awareness of shared North American interests. This is particularly evident in a growing sense of shared identity in cross-border regions. Similarly, many North American industrial sectors, such as automotive and electronics, rely on massive cross-border movement of material and components.
End of quote. This is the emerging context today across North America. North-South corridors are not only blossoming into vast regional marketplaces, they are becoming great springboards for companies keen on international trade.]
Le corridor de commerce
Dans cette perspective, le corridor de commerce Québec-New York dispose déjà d’atouts considérables. Ce marché binational, qui s’étend de notre capitale nationale jusqu’à la métropole américaine, en passant par Montréal, Plattsburgh et Albany, est déjà l’un des plus dynamiques et des plus riches du monde. Lieu d’investissement de premier plan et porte d’entrée privilégiée du continent nord-américain, notre région recèle un potentiel extraordinaire encore incomplètement exploité.
Il faut d’ailleurs savoir gré à la Plattsburgh North Country Chamber of Commerce et à la Chambre de commerce du Québec d’avoir signé, en décembre dernier, une entente de partenariat qui s’avérera sans aucun doute extrêmement féconde pour le développement harmonieux et efficace du corridor Québec-New York.
À cet égard, je suis particulièrement heureux de rappeler que, l’an dernier, le Québec et l’État de New York ont clairement reconnu cette proximité et cette communauté d’intérêts en ouvrant mutuellement leurs marchés publics respectifs aux fournisseurs de l’État voisin.
Le Sommet économique Québec-New York s’est précisément donné pour objectif de renforcer les partenariats existants et d’en créer de nouveaux afin de paver la voie à des entreprises communes. Ce sommet nous donne clairement l’occasion de contribuer l’un et l’autre à notre prospérité commune en réalisant le potentiel de développement de notre région binationale.
Dans cette perspective, les thèmes soumis à l’attention des participants me paraissent tout à fait pertinents. Permettez-moi d’ailleurs de les commenter brièvement.
D’abord, la question du transport représente en effet l’épine dorsale du développement économique dans le corridor Québec-New York. Pour que celui-ci puisse offrir pleinement son potentiel, nous devons disposer d’infrastructures de transport modernes et de qualité. Cela vaut, bien sûr, pour les routes — dans un contexte où 75 % de nos exportations vers l’État de New York sont effectuées par camion et 88 % en sens inverse — mais aussi pour les autres modes de transport : maritime, aérien et ferroviaire.
C’est précisément dans cette optique que le gouvernement du Québec a annoncé, en décembre dernier, un investissement de 75000000 $ canadiens qui sera affecté à l’amélioration des abords du poste frontalier de Lacolle et le long de l’autoroute 15. Comme vous le savez, l’État de New York et le gouvernement fédéral américain ont aussi annoncé une initiative semblable pour la partie américaine du poste de Champlain et le long de l’Interstate 87.
Les questions de sécurité et de gestion frontalière demeurent aussi très importantes, car il va également de soi que nous avons besoin de mouvements frontaliers fluides. Sans minimiser l’importance des modes de transport aérien et maritime, nous savons que le commerce entre nos deux États s’effectue principalement par les modes routier, comme je viens de l’évoquer, et ferroviaire. D’ailleurs, l’an dernier, avant même que les attentats du 11 septembre ne donnent un relief nouveau aux questions de gestion frontalière, j’avais moi-même soulevé le problème de congestion à certains postes frontaliers, en juin, à la Conférence des gouverneurs des Grands Lacs, et, en août, à la Conférence des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l’Est du Canada.
Sur la gestion frontalière, le gouverneur Pataki et moi-même partageons la même opinion : nos États ont tous deux intérêt à ce que notre frontière commune soit aussi sécuritaire et fluide que possible.
C’est pourquoi le Québec entend, dans toute la mesure de ses moyens, contribuer à l’établissement rapide d’une zone de confiance nord-américaine à la fois sécuritaire et propice aux échanges.
[As for border security, allow me to point out that the members of Québec’s National Assembly showed their clear support last fall for tangible measures to eliminate terrorism. My Deputy Premier and Minister of Finance, Pauline Marois, has also announced funding for new initiatives aimed at enhancing personal safety. Certain processes — the issuing of civil-status and immigration documents, for example — have also been amended in order to meet security concerns.
In December, we noted with interest the signing of an agreement between Canada and the United States concerning the creation of an « intelligent » border, based in part on systems for inspecting products at their point of origin and in ports of entry. Wherever possible, we intend to support research and development efforts that focus on innovative technologies that could enhance border security and the free flow of traffic, and facilitate product inspections and customs clearance.
More specifically, Québec hopes to develop long-term exchanges of services with the State of New York, particularly when in comes to sharing expertise on new terrorist risks in the form of conventional, biological and chemical weapons.]
Mais nous sommes aussi conscients que la gestion de la frontière nous entraînera éventuellement vers un processus plus politique. Je pense en particulier que les États — je ne parle pas seulement des gouvernements centraux — devront être largement sollicités dans le cadre de ce processus, notamment par la négociation d’accords de toutes natures dans leurs champs de compétence.
Comme l’évoquait d’ailleurs ma collègue, la ministre des Relations internationales, nous pouvons penser qu’au cours des prochaines années, certains mécanismes de concertation régionale vont prendre une importance nouvelle dans l’élaboration de mesures particulières relatives à la gestion frontalière. Je remarque aussi avec beaucoup de satisfaction que le développement touristique fait partie des thèmes auxquels on portera une attention particulière au cours de ce sommet. En 2000, le Québec a accueilli quelque 365000 touristes en provenance de l’État de New York — soit plus de 16 % de tous nos visiteurs américains — lesquels ont injecté près de 170000000 $ dans notre économie. En sens inverse, près de 600000 Québécois ont visité l’État de New York, qui a été la destination américaine de près d’un touriste québécois sur cinq aux États-Unis, et ils y ont dépensé quelque 129000000 $ canadiens. Ces chiffres ne donnent pas seulement la mesure de tout ce que le corridor Québec-New York a à offrir comme destination touristique internationale de choix. Ils témoignent aussi de la richesse des contacts humains que nos citoyens et citoyennes entretiennent les uns avec les autres. De même, je me réjouis de ce que le sommet se soit donné pour objectif d’explorer de façon approfondie les multiples avenues de collaboration qui s’offrent pour stimuler le développement économique de notre région binationale.
Je pense en particulier à la promotion commune du corridor, à sa mise en marché et au déploiement de son image de marque sur les marchés internationaux, aussi bien pour attirer les investissements que pour le développement des exportations.

Le corridor Québec-New York est déjà remarquable par son regroupement important d’entreprises, d’universités, d’instituts de recherche et d’autres partenaires engagés dans des activités de haute technologie. Nous y voyons là l’occasion de multiples initiatives conjointes de nature à renforcer ce potentiel, auquel sont étroitement liés la création et le maintien d’emplois de qualité, ainsi que la prospérité accrue de nos économies régionales.
En clair, notre région possède tous les atouts nécessaires pour devenir un corridor technologique de classe mondiale, un véritable creuset d’innovation et de développement, notamment sur le plan des technologies de l’information et des biotechnologies.
Les autres secteurs
Les avenues de collaboration et d’actions conjointes autour de questions d’intérêts communs entre nos deux États sont multiples et ne se limitent pas au développement économique. Je pense notamment à une ressource qui nous tient tous à cœur, à savoir le lac Champlain. Nos deux États collaborent, depuis près de 15 ans, à la gestion environnementale, à la préservation et à la mise en valeur du lac. Le gouverneur Pataki et moi-même aurons d’ailleurs l’honneur, au cours de l’été, de participer à la signature du renouvellement de l’Entente de coopération en matière d’environnement relativement à la gestion du lac Champlain. À ce sujet, je suis heureux de souligner que ce sommet économique coïncide avec la tenue, du 20 au 23 mai, ici même à Saint-Jean-sur-Richelieu, d’un symposium sur le lac Champlain. Ce symposium, organisé par le Lake Champlain Research Consortium, regroupe des spécialistes de l’État de New York, du Vermont et du Québec autour des enjeux environnementaux, économiques, culturels et sociaux relatifs à la gestion du lac Champlain. Je suis certain que vous allez vous joindre à moi pour les saluer et leur souhaiter des échanges fructueux.
Le lac Champlain est également au cœur de deux grands projets récréatifs, culturels et touristiques ayant pour toile le fond le développement durable.
Le premier a trait à l’établissement d’un corridor patrimonial, semblable au corridor Québec-Maine qui épouse le tracé de l’ancienne route historique Chaudière-Kennebec. Ce parcours historique s’étendrait de la rivière Richelieu jusqu’à Ticonderoga, à l’extrémité sud du lac Champlain. Le second touche à la mise en valeur de cette portion de la route verte qui chevauche le Québec et l’État de New York, soit les itinéraires de la Vallée des Forts et des voies cyclables du lac Champlain.
Il me paraît très clair que ces deux projets ne peuvent que renforcer l’attrait du corridor Québec-New York comme destination touristique et receler des retombées économiques fort prometteuses.
Conclusion: [rising to shared challenges
Today’s economic context — combined with our geographical proximity — encourages New Yorkers and Quebecers to rise to share challenges, and to share ideas and resources in order to make the Québec-New York corridor a dynamic, world-class hub of innovation and growth.
On both sides of the border, we have the good fortune of being able to count on efficient transportation infrastructure, dynamic entrepreneurs, innovative businesses, international-calibre concentrations of excellence in cutting-edge sectors, and a talented, well-trained labour force.
Without a doubt, the Québec-New York corridor has all it takes to achieve its immense potential. I am convinced that this summit will be a first step toward attaining this objective.
I thank you for your attention and wish you an excellent summit.]

[QLandry20021121Qué]
[Cérémonie nationale de bienvenue]
Monsieur le ministre, Mesdames, Messieurs et cher amis,
Nous sommes tous réunis aujourd’hui, dans ce magnifique salon rouge de l’Assemblée nationale, pour une cérémonie à la fois touchante et impressionnante.
Cette cérémonie nationale de bienvenue est touchante, car, pour chacun d’entre vous, elle illustre et concrétise votre choix du Québec comme patrie d’adoption.
Vous êtes arrivés en terre québécoise il y a seulement quelques semaines, en tant qu’immigrants reçus, et, pour les Québécois, vous êtes déjà des citoyens à part entière venant s’intégrer à notre nation.
Il s’agit donc d’un moment important de votre vie, d’une étape marquante pour vous comme pour vos familles. Cette cérémonie nationale de bienvenue est également impressionnante en raison même du lieu où elle se déroule.
Nous sommes ici dans un endroit riche de signification et d’histoire, au cœur même de la démocratie québécoise, et il est tout à fait significatif que la cérémonie par laquelle votre nouvelle patrie d’adoption vous accueille se déroule dans ces murs.
Au nom de l’ensemble des Québécoises et des Québécois, je vous souhaite la bienvenue aujourd’hui en vous invitant à partager pleinement et complètement les valeurs qui fondent notre nation.
Des valeurs que nous vous invitons à partager
La première de ces valeurs, c’est une langue dont nous sommes très fiers. Une langue d’avenir, belle et universelle. Plusieurs d’entre vous, d’ailleurs, la partagez déjà. Je vous invite tous à découvrir la langue française et la culture de notre peuple, dans toute sa richesse et son dynamisme. C’est d’abord cette langue et cette culture qui fondent l’identité québécoise.
Je vous invite également à apprendre à connaître et à vous approprier les outils démocratiques que nous avons forgés et surtout à les faire vôtres. En fait, ces outils vous appartiennent déjà, même si vous êtes ici depuis peu de temps.
La Charte québécoise des droits et libertés de la personne en est l’un des principaux piliers. La Charte est la garante du respect des droits et libertés de tous les Québécois. Son message est clair : le Québec ne tolérera aucune discrimination ou vexation à votre encontre. Je vous invite aussi à vous approprier l’ensemble du Québec, le Québec des grandes villes comme celui des régions. Le Québec s’étend sur un immense territoire, riche d’une très grande diversité et d’une histoire qui puise ses racines dans plusieurs siècles d’existence.
À vous de connaître ce territoire, cette magnifique terre, qui est maintenant vôtre, de l’habiter et de l’aimer.

Vous avez beaucoup à nous apporter Nous avons ainsi beaucoup de choses à vous offrir. Tout comme vous avez beaucoup à nous apporter.
Vous apportez votre culture, dont la présence est pour le Québec d’aujourd’hui un extraordinaire facteur d’enrichissement.
Vous êtes également porteurs de valeurs auxquelles vous êtes attachés et dont vous devez nous faire tous profiter.
Vous êtes bien sûr invités à contribuer à l’essor de l’économie québécoise, économie qui vit actuellement une phase de prospérité sans précédent.
Bref, nous sommes ainsi tous mutuellement gagnants de votre arrivée en terre québécoise.
Un lieu de démocratie
Je l’ai souligné au début de mon intervention, nous sommes ici dans un lieu prestigieux, un lieu de démocratie.
En organisant cette cérémonie nationale de bienvenue au salon rouge de l’Hôtel du Parlement, le gouvernement désire exprimer certaines choses fondamentales.
Bien sûr, le gouvernement veut d’abord marquer l’importance qu’il attache à l’immigration et à l’accueil de nouveaux citoyens au Québec.
Le gouvernement veut ainsi souligner qu’il ne ménage aucun effort pour que votre intégration soit réussie, pour que vos efforts soient couronnés de succès.
En même temps, le gouvernement souhaite démystifier le rapport que chaque citoyen doit avoir avec la démocratie. Votre présence ici est l’illustration de l’accessibilité des élus qui représentent l’ensemble des citoyens du Québec, ensemble dont vous faites maintenant partie.
Des certificats de bienvenue
Pour marquer cette journée et la conserver de façon concrète dans vos mémoires, vous venez de recevoir un certificat de bienvenue.
Avec ce document, émis personnellement au nom de chacun d’entre vous, le gouvernement du Québec vous souhaite officiellement la bienvenue au nom de tous les Québécois et de toutes les Québécoises, vos compatriotes, vos voisins, vos amis.
Ce document souligne votre apport au peuple québécois, ainsi que les droits et libertés qui sont les vôtres en tant que citoyens du Québec.
En vous remettant ce document quelques semaines seulement après votre arrivée, le Québec veut vous dire l’importance qu’il attache à votre présence ici, à votre intégration à notre peuple et à votre enracinement sur notre territoire, lequel sera dorénavant aussi votre territoire.

Les entrepreneurs d’origine immigrante
Parmi vous se trouvent évidemment des entrepreneurs venus s’installer au Québec afin d’y investir et d’y faire prospérer leurs affaires.
Le Québec connaît depuis quelques années une prospérité remarquable et bénéficie de taux de chômage les plus bas depuis plus d’un quart de siècle. L’arrivée de nouveaux entrepreneurs ne pourra que renforcer notre dynamisme économique dans le plus grand intérêt de toutes et de tous.
Hommage à Luck Mervil
Un dernier hommage, et non le moindre, est à l’ordre du jour de notre chaleureuse réunion d’aujourd’hui. Il s’agit du certificat honorifique remis à Luck Mervil, pour souligner sa réussite personnelle à titre de citoyen québécois.
On ne présente pas Luck Mervil, devenu en peu de temps l’une des étoiles de la chanson francophone. Luck Mervil est né à Haïti, puis a vécu à New York, avant de venir s’établir au Québec.
Vos succès ne se comptent plus, Monsieur Mervil, mais ce diplôme vient avant tout souligner votre engagement en tant que citoyen québécois. Un engagement exemplaire
Vous avez utilisé votre réussite personnelle pour appuyer des causes qui vous tiennent à cœur. Je veux parler notamment du soutien à la jeunesse et de la lutte contre le phénomène des gangs de rue. On m’a appris que vous donniez gratuitement une ou deux conférences par mois aux jeunes des écoles secondaires, afin de leur donner le goût de se prendre en main.
Vous êtes l’illustration de ce que le Québec peut offrir à l’un de ses nouveaux citoyens, mais également de ce que ce citoyen peut à son tour apporter à notre nation.
Un papier pour le chanteur des sans-papiers
J’ajouterais que l’un de vos triomphes est la fameuse chanson des sans papiers, que vous avez créée en même temps que le rôle de Clopin dans la comédie musicale Notre-Dame de Paris. Dans quelques minutes, je vais donc, vous me le pardonnerez, j’en suis sûr, vous remettre un papier.
Mes chers amis, bienvenue donc au sein du peuple québécois et recevez tous les souhaits de réussite et de prospérité que je formule sincèrement à votre intention!

[QLandry20021022RUni]
[Allocution à Lawrence Hall]
Lord maire,
Sheriff,
Distingués invités,
Mesdames et messieurs,
Je vous remercie, Sir Brian, de vos aimables propos. Tout d’abord, j’aimerais vous signaler à quel point je suis enchanté de me trouver ici, dans la City, à Mansion House, un endroit aussi splendide que prestigieux qui accueille chaque année le Chancelier de l’Échiquier pour son discours annuel sur l’état de l’économie. Ayant moi-même occupé durant plusieurs années le poste de ministre des Finances du Québec, j’apprécie d’autant plus ma visite d’aujourd’hui. Je m’empresse d’ajouter qu’en mentionnant mon ancien rôle de ministre des Finances, je ne veux aucunement laisser entendre qu’un ministre des Finances, ou encore un Chancelier de l’Échiquier, doive nécessairement aspirer à devenir premier ministre.
Je poursuivrai en anglais, mais je souhaite d’abord vous remercier d’être venus en si grand nombre. Le lieu, vous en conviendrez, est magnifique. Il est d’autant plus prestigieux, pour l’ancien ministre des Finances que je suis, que le Chancelier de l’Échiquier vient chaque année y prononcer son discours sur l’état de l’économie.
Je me trouve aujourd’hui à Londres pour une occasion très spéciale, car l’an 2002 marque le 40e anniversaire de la Délégation générale du Québec à Londres. Il y a quarante ans, en 1962, après une présence remontant à 1871, année où le Québec commença à nommer des envoyés spéciaux dans les îles britanniques et sur le continent, le gouvernement du Québec a décidé qu’il était temps de pérenniser davantage sa présence à Londres et de rouvrir ce qu’on appelle maintenant la Délégation générale du Québec.
L’année 1962 marque le début de l’établissement d’un réseau de délégations et de bureaux qui couvre l’Europe, les Amériques, l’Afrique, et l’Extrême-Orient. En voyant directement à ses propres intérêts internationaux, le Québec assume résolument la place qui lui revient sur la scène internationale moderne. Nous vivons sur une planète mondialisée qui subit de profondes transformations, où les États comme le nôtre sont appelés à jouer un rôle de plus en plus marqué. Et, pour assumer ce rôle, nous avons absolument besoin de notre réseau international.
L’année 1962 coïncide également avec l’amorce du bouleversement sans précédent qu’a connu le Québec. En quarante ans, sur le plan social, culturel et politique, et plus particulièrement économique, le Québec a connu une évolution qu’on peut qualifier de réussite en tous points.
Et dans cette réussite, beaucoup d’entre vous, ici présents, ont joué et continuent de jouer un rôle de premier plan. Depuis plusieurs décennies, nous sommes des partenaires de commerce et d’investissement.
Permettez-moi maintenant de vous brosser un portrait du Québec contemporain, de ce qui, à mon avis, nous définit et a déterminé notre identité actuelle.
Le Québec, terre d’Amérique
Le territoire québécois à une étendue équivalente à la superficie combinée de la France, de l’Allemagne, de la Suède et des îles britanniques. Le Québec compte 7400000 d’habitants, principalement concentrés au sein des régions méridionales dans la vallée du Saint-Laurent, cette voie royale qui mène au cœur du continent nord-américain. Sa métropole, Montréal, forte de 3400000 d’habitants, trône sur un point névralgique de la grande voie navigable que constitue le fleuve Saint-Laurent.
Quant aux régions périphériques du Québec, bien que faiblement peuplées, en raison de leur éloignement des grands centres et à cause de la rigueur du climat, elles débordent néanmoins de ressources forestières, minérales et fauniques qui représentent une richesse fantastique et souvent insoupçonnée. Par ailleurs, le Québec possède un extraordinaire bassin hydrographique qui produit une abondante source d’énergie propre, l’hydroélectricité. Ce territoire englobe près de 3 % des réserves renouvelables d’eau douce de la planète. Grâce à la nature, près de 95 % de l’énergie produite au Québec est d’origine hydraulique. De toute évidence, c’est là un avantage comparatif majeur.
Le Québec est une société à prédominance francophone, située en Amérique du Nord. Plus de 80 % des francophones nord-américains vivent au Québec. Collectivement, ils ne représentent toutefois que 2 % environ de la population totale du continent. Précisons que près de 40 % des Québécois sont bilingues et peuvent s’exprimer en français comme en anglais. Bon nombre d’entre eux parlent également l’espagnol, une troisième langue qui occupera une place encore plus importante avec l’intégration des Amériques. Ce plurilinguisme est l’un des principaux facteurs qui sous-tendent la remarquable vitalité de Montréal, une vitalité à la fois culturelle et économique.
Comme le reste des Amériques, le Québec s’est construit sur un constant influx migratoire. En 2001, il a accueilli 38000 immigrants, un nombre qui devrait grimper à 45000 d’ici quelques années. Pour une population de 7400000 d’habitants, il s’agit là d’une réalisation remarquable. Par habitant, le Québec est un leader mondial de l’immigration.
Grâce à cet afflux d’immigrants provenant des quatre coins de la planète, Montréal est devenue une des grandes villes les plus cosmopolites au monde. S’il est vrai que le Québec s’est ouvert au monde, le monde s’est également ouvert au Québec. Des gens de tous les continents ont fait du Québec leur nouveau foyer et ils aident à bâtir son avenir. Cette diversité constitue une inestimable richesse. De plus, l’effervescence culturelle qui en a résulté depuis plus d’une vingtaine d’années a placé le Québec à l’avant-scène de la création artistique contemporaine. C’est cet environnement unique en son genre qui inspire des écrivains tels que Yann Martel, écrivain montréalais finaliste pour l’obtention du prestigieux Booker Prize, dont le lauréat sera connu demain. Nous lui souhaitons la meilleure des chances.
Le Québec, terre de prospérité
Depuis que la population a pris son développement en main économique, le Québec est devenu un lieu prospère. Pour vous donner une idée de l’ampleur de cette prospérité, permettez-moi de vous citer rapidement quelques faits et quelques chiffres.
Depuis deux décennies, l’économie québécoise a connu de profondes transformations. Au départ basée sur les ressources naturelles et la fabrication lourde, notre économie présente maintenant un PIB qui repose à 70 % sur les services, à 27 % sur le secteur manufacturier et à 3% sur les ressources naturelles.
Dans les immenses efforts que nous avons déployés pour transformer notre économie, vous nous avez constamment accompagnés en investissant au Québec et, souvent, en y accroissant très fortement votre activité. Trois noms, actifs dans trois secteurs différents, me viennent à l’esprit : Lloyd’s of London, Rolls Royce et Rio Tinto.
Depuis dix ans à peine, notre environnement économique est devenu un des plus accueillants pour les entreprises. Nous avons réduit le fardeau fiscal des entreprises et des particuliers, et nous avons accordé de généreux incitatifs fiscaux aux sociétés créatrices d’emploi. Selon KPMG, le Québec se classe aujourd’hui parmi les premiers au monde pour les frais d’exploitation et de R&D. En outre, il possède une main-d’œuvre parmi les mieux formées de la zone de libre-échange nord-américain (ALÉNA). Nous avons également équilibré notre budget. J’ajouterai que si le Québec faisait partie de la zone euro, il serait le meilleur élève de la classe. Il répondrait à tous les critères du pacte de stabilité et de croissance, aussi rigides ou  » stupides  » fussent-ils, pour reprendre le mot employé la semaine dernière par Romano Prodi.
Par habitant, le PIB du Québec se compare à ceux de l’Allemagne et des Pays-Bas. Il surclasse ceux de l’Italie et du Royaume-Uni. Il est d’environ 10 % supérieur à la moyenne des pays de l’Union européenne ou de l’OCDE.
Au sein de l’espace économique canadien dans son ensemble, et avec 25 % de la population totale, le Québec représente :
38 % de toutes les exportations en haute technologie; 45 % de l’industrie pharmaceutique; 50 % des technologies de l’information; 55 % de la production aérospatiale. Au confluent de l’Europe et de l’Amérique, Montréal est une incontournable plaque tournante de l’économie du savoir et de la haute technologie. Entre 1995 et 2000, le commerce international a fortement augmenté. Le Québec a accru de 43 % ses échanges commerciaux avec les États-Unis, son premier partenaire économique étranger. Il a augmenté de 63 % ses échanges avec l’Europe, et d’un incroyable 140 % son commerce avec le Royaume-Uni. Une hausse de 140 %, rendue possible en bonne partie grâce à nos partenaires commerciaux ici présents aujourd’hui. Sans vous, rien de cela n’aurait été possible.
Ces données placent le Québec au rang des principales nations exportatrices; 61 % de notre PIB, faut-il le rappeler, est exporté.
La spectaculaire montée au sommet du Québec n’a rien à voir avec la chance. Elle est le fruit de quarante ans d’efforts constants axés sur le développement économique et social. Elle repose, pour citer l’économiste québécois bien connu Pierre Fortin, sur le triangle d’or de la croissance économique, à savoir l’éducation, l’ouverture au monde et l’investissement. Durant les années quatre-vingt, mes prédécesseurs, au premier chef René Lévesque et Robert Bourassa, ont osé croire que nos entreprises pouvaient concurrencer les meilleures au monde. Ils ont pleinement appuyé l’Accord de libre-échange nord-américain et contribué à sa mise en oeuvre.
Cette forte croissance économique du Québec, je tiens à le préciser, coïncide avec une période au cours de laquelle nous avons cherché à exercer un plus grand contrôle sur notre destinée collective. L’histoire de ces quarante dernières années démontre bien que ce débat ne s’est pas fait au détriment de notre bien-être économique.
La question nationale du Québec n’est pas réglée. Il est aujourd’hui consensuel que le Québec forme une nation et qu’il en détient d’ailleurs toutes les caractéristiques: réussite, déception et espoir communs; langue quasi commune et minorité anglophone avec droits reconnus et protégés. Nous voulons que le Québec accède au concert des nations de façon démocratique.
Voilà donc, à mes yeux, quel est le Québec d’aujourd’hui. Ce portrait est nécessairement incomplet. J’aurais pu vous parler davantage, par exemple, sur les étroits liens culturels qui unissent le Québec et le Royaume-Uni. J’aurais également pu aborder l’accord de coopération culturelle, scientifique et technologique récemment conclu par le gouvernement du Québec et le British Council.
Je dois donc espérer que cet aperçu, malgré sa concision, aura su vous faire mieux comprendre ce qu’est le Québec : une société résolument moderne, une société dynamique, confiante et prospère.
En guise de conclusion, Sir Brian, je vous saurais gré de transmettre ma plus sincère gratitude au Très honorable Lord maire, pour son hospitalité. Je me sens privilégié d’avoir pu prendre la parole dans le magnifique cadre de Mansion House.
Distingués invités,
Mesdames et messieurs,
Je vous prie maintenant de vous joindre à moi pour porter un toast : « Au Lord maire et à la Corporation de Londres ».]

[QLandry20020822Qué]
[Annonce de l’ouverture d’une route entre Québec et Saguenay]
Monsieur le premier ministre du Canada,
Messieurs les ministres du gouvernement fédéral,
Messieurs les ministres du gouvernement national du Québec, Mesdames et Messieurs les membres de l’Assemblée nationale, et de la Chambre des communes,
Mesdames et Messieurs les maires et autres élus locaux,
Mesdames et Messieurs,
Chers compatriotes,
Le parcours de vie de Jean Chrétien et le mien se sont rencontrés à plusieurs reprises depuis fort longtemps, puisque nous avons eu l’honneur de fréquenter le même collège.
À cette époque, nos rencontres, et les rencontres qui ont découlé de la fréquentation de ce collège, ont toujours été des événements heureux. Il y a d’autres fois où nous ne nous sommes pas rencontrés du tout, et d’autres fois où nous nous sommes rencontrés en étant heureux ni l’un ni l’autre. Je pense que la rencontre d’aujourd’hui doit être classée parmi celles du bonheur réciproque et mutuel.
Elle est exceptionnelle à plusieurs égards. En effet, comme il me le faisait remarquer avec sa présence d’esprit habituelle, c’est la première fois que je vais m’adresser dans une même salle à autant de ses partisans, mais la même chose va lui arriver aussi.
C’est vrai que c’est un jour exceptionnellement porteur d’espoir et d’avenir, et en particulier pour nos compatriotes du Saguenay Lac-Saint-Jean, qui voient un vieux rêve devenir réalité puisque le gouvernement du Québec a enfin reçu la confirmation de la participation financière du gouvernement central dans le projet d’élargissement à quatre voies séparées, comme on le dit techniquement, de la route 175, la porte d’entrée du fabuleux « Royaume ».
La route 175, c’est un dossier qui a soulevé les passions et c’est aussi un symbole de l’évolution du Québec. En effet, on a peine à imaginer l’effort colossal qu’il a fallu déployer dans les années 40 pour donner naissance au premier lien entre le Saguenay et les autres grands centres urbains du Québec.
Aujourd’hui, ce lien que l’on appelle toujours la route Antonio-Talbot, en l’honneur de l’ancien ministre de la voirie et député de Chicoutimi, membre de la célèbre Union nationale, est rendu à une nouvelle étape de son développement, soit le passage de deux
à quatre voies.
Cette étape figure au cœur des revendications des représentants des citoyens et citoyennes de la région depuis une vingtaine d’années. Je veux joindre ma voix enthousiaste aux vôtres pour saluer le travail de l’équipe d’Accès Bleuets, et en particulier, de sa présidente, Mme Marina Larouche. Je sais que le Conseil régional de concertation et de développement a fait sa part, et que tous les élus de votre région, quelle que soit leur tendance politique, ont fait la leur. Alors, du beau travail collectif et commun!

Tous et toutes, pendant des mois et des années, ont crié haut et fort la nécessité de mettre en branle ce projet afin d’assurer l’essor économique de la région, une meilleure circulation des personnes et des marchandises, le développement de l’industrie touristique et, finalement, la quiétude et la sécurité des usagers de la route. Comme de nombreux Québécois et Québécoises, et c’est triste de le rappeler, moi aussi, j’ai perdu deux amis sur cette route : un médecin et un enseignant dans la force de l’âge, qui sont allés inscrire leur nom sur la liste des victimes. Espérons que ces choses déjà accidentelles deviendront, sur la nouvelle route, très exceptionnelles, rarissimes, l’idéal étant que cela n’arrive plus jamais. J’annonce donc aujourd’hui que le gouvernement du Québec et celui du Canada s’engagent à réaliser et à terminer le plus rapidement possible ce lien à quatre voies qui reliera non seulement la nouvelle ville de Saguenay, mais toute la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean à celle, plus directement reliée, de la Capitale-Nationale.
Les travaux comprendront l’élargissement de la route 175 ainsi que le doublement de l’autoroute 73, dans le secteur Stoneham et Tewkesbury, déjà annoncé par le gouvernement du Québec. Les gouvernements du Québec et du Canada s’engagent à financer à parts égales, 50-50, le coût des travaux. M. Allan Rock, qui est ici présent d’ailleurs, doit rencontrer Mme Pauline Marois dans les jours qui viennent. Comme les deux sont des gens très aimables et de bonne composition, je suis sûr que les ultimes modalités seront réglées parfaitement. En tout cas, c’est ce que les premiers ministres exigent, n’est-ce pas, Jean?
Cette route, c’est le cordon ombilical qui assure les échanges commerciaux entre la région et les autres grands centres urbains, mais c’est aussi le couloir privilégié d’une population pour lui permettre de voyager, de visiter et de se sentir plus près des autres régions du Québec. Pour couronner le tout, cette route prend, par endroits, des allures de véritable observatoire tellement elle est belle! Elle nous permet d’apprécier l’étendue et la beauté des extraordinaires paysages laurentiens. Elle constitue un atout précieux pour les citoyens et les citoyennes de la région et, à plusieurs reprises, ceux-ci nous ont démontré qu’ils s’attendaient à rien de moins qu’à une annonce majeure dans ce dossier. Vous serez heureux de constater que le gouvernement du Québec poursuit l’engagement qu’il a pris en juin 1999 de doter le Saguenay Lac-Saint-Jean d’une route d’envergure nationale. Par ailleurs, en joignant sa volonté à la nôtre, le gouvernement central nous permet de réaliser plus rapidement ce projet. La rencontre que nous avons eue, Jean Chrétien et moi, en juin dernier, qui portait principalement sur le bois d’œuvre, a quand même eu pour heureux résultat accessoire d’accélérer et de déterminer ce que nous faisons aujourd’hui. Il y a trois ans, quand le gouvernement du Québec a rendu public son Plan d’intervention stratégique relatif aux routes 175 et 169, les voies d’accès du Saguenay Lac-Saint-Jean avaient déjà été établies comme priorité.
À ce sujet, je me permets de souligner que l’annonce d’aujourd’hui ne diminue en rien notre volonté d’améliorer la route 169 dans la Réserve faunique des Laurentides. Depuis 1999 seulement, près de 11000000 $ ont été investis dans des projets s’étalant jusqu’en 2003. D’autres projets totalisant 6000000 $ seront d’ailleurs réalisés en 2004 et 2005.
L’annonce d’aujourd’hui permettra d’entreprendre des travaux dès les prochains mois. Les autres travaux seront réalisés dès que les études d’impact auront été terminées. D’ici là, les projets majeurs d’amélioration en cours se termineront et six nouveaux chantiers seront annoncés en ce qui concerne la route 175.
Une fois passées toutes les étapes de réalisation des études, parce que l’on veut que les choses se fassent rapidement, se fassent bien, avec les délais dont on a parlé hier… Je ne sais pas si Jean Chrétien sera à l’inauguration, mais, quelles que soient ses fonctions, je pense qu’il devrait y être. On veut aller le plus vite possible, en d’autres termes, mais nous allons bien faire les choses, en termes techniques, et également en termes d’environnement. Je suis convaincu que la réalisation de ce projet majeur accentuera le potentiel de développement économique et touristique de votre région. Je me souviens d’être venu ici à la fin des années 80, à plusieurs reprises, dans les cégeps, les universités, les chambres de commerce pour dire qu’avec le libre-échange Canada-États-Unis d’abord, puis nord-américain ensuite, avec Naftan, votre région deviendrait une région économique importante de la grande économie nord-américaine. Cela est vrai, cela est déjà vrai, mais vous avez à vaincre la distance. Et la distance peut se vaincre par la productivité, l’efficacité, ce que vous avez déjà, vous êtes une formidable région exportatrice. Mais la distance peut être mieux vaincue quand il y a de bonnes routes et quand ça circule de façon plus fluide. C’est toute la région qui va en profiter, tout le Québec, et cela va vous inscrire davantage dans l’économie continentale. Cette fameuse Vallée de l’aluminium, c’est superbe, c’est un très beau projet. Il y a déjà une centaine d’entreprises qui en profitent, et des projets extraordinaires s’en viennent. Mais maintenant, la vallée sera reliée à celle du Saint-Laurent et à l’économie nord-américaine tout entière.
Il n’y a pas que les hommes et les femmes du Saguenay Lac-Saint-Jean qui ont les yeux sur ce qui se passe ici aujourd’hui, il y a d’autres de nos compatriotes qui regardent. Alors, j’ai un petit paragraphe pour eux. Au cours de la semaine prochaine, la vice-première ministre et ministre d’État à l’Économie et aux Finances, Mme Marois, aura l’occasion d’échanger sur les autres priorités du gouvernement du Québec dont la route 185 et l’autoroute 30, et, sur les possibilités de financement à même le Fonds canadien sur l’infrastructure stratégique. On comprend que cette source du gouvernement fédéral et que d’autres sources de financement pourraient être exploitées. Bref, sans vouloir donner le coup d’envoi à une tournée d’annonces dans tout le Québec en compagnie de Jean Chrétien, je veux souligner que je serai toujours heureux de le revoir et de veiller à ce que les sommes dont Ottawa dispose à l’intention du Québec soient judicieusement et intelligemment distribuées. Alors, mes vœux de prospérité accrue à cette région dont le dynamisme est déjà exemplaire et qui voit aujourd’hui ses possibilités de croissance, de développement économique et humain franchir une étape décisive!

[QLandry20020522AQué]
[Clôture du sommet mondial de l’écotourisme]
Monsieur le Secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme,
Messieurs les Archevêques,
Mesdames, Messieurs les ministre s,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur le Maire,
Mesdames, Messieurs les Consuls généraux,
Chers collègues de l’Assemblée nationale,
Distingués invités,
Chers amis,

C’est pour moi un grand plaisir de prendre la parole à l’occasion de cette « Soirée Québec », qui clôt le premier Sommet mondial de l’écotourisme. Nous avons été heureux de vous accueillir au Québec et souhaitons d’ores et déjà votre retour parmi nous, qui sait, pour un séjour écotouristique inoubliable!
Permettez-moi de relever la présence d’un organisme public québécois parmi les quatre membres du Comité organisateur de ce sommet, soit Tourisme Québec. La présence de cet organisme à un tel comité organisateur indique que, dans un monde en profonde mutation, la gestion de questions transnationales ne relève pas des seuls États souverains. Le Québec peut offrir au monde une vision originale et constructive, et je m’en réjouis.
C’est également avec une satisfaction toute particulière que je prends acte de la Déclaration de Québec, le produit final des 18 conférences préparatoires tenues dans autant de pays. Je salue le fait que cette Déclaration fasse une place importante non seulement aux enjeux environnementaux liés à l’écotourisme, mais également aux enjeux culturels. Les cultures locales, comme les écosystèmes, sont fragiles et méritent d’être à la fois protégées et dynamisées. À nos yeux, l’écotourisme, dans une perspective de développement durable, ne peut se faire que dans le respect de l’environnement naturel, du patrimoine bâti et des cultures vivantes. Aussi, en vous entretenant brièvement, ce soir, de développement durable, je déclinerai ce thème sous trois aspects : l’environnement, le patrimoine, la culture. Les deux ententes majeures que mon gouvernement vient de conclure avec les nations crie et inuite illustreront mon propos. Le Québec et le développement durable
Par le type même d’activités qui le définissent, l’écotourisme, à travers la notion de tourisme durable, est une des façons d’illustrer le développement durable. Car l’écotourisme, c’est la préservation des composantes naturelles, le respect du patrimoine et des cultures, au bénéfice des populations locales qui en assurent le développement durable.
Le Québec est très présent dans le domaine du développement durable. Nous avons contribué, dans les années quatre-vingt, aux travaux de la fameuse Commission mondiale sur l’environnement et le développement, connue sous le nom de commission Brundtland. Le rapport de cette commission a été l’une des bougies d’allumage du Sommet de la Terre à Rio, en 1992. Et c’est le gouvernement du Québec qui, à l’époque, a fait traduire, publier et diffuser ce rapport dans tout l’espace francophone.
L’un des grands principes du développement durable tel que défini par le rapport Bruntdland est de transmettre aux générations futures un environnement de qualité et des ressources capables de soutenir leur développement, comme ils ont soutenu celui des générations actuelles.
Ce principe est limpide et porteur, car il est issu de la sagesse populaire. Lorsque les premiers colons de la Nouvelle-France, comme tant de paysans de par le monde, plaçaient des terres en jachère, n’était-ce pas là du développement durable? Il fallait ainsi s’assurer que la terre puisse nourrir les générations futures, comme elle les avait nourris. Une logique purement productiviste impliquerait de tout cultiver, pour s’enrichir à court terme. Une telle logique était intenable à l’époque; elle l’est tout autant aujourd’hui.
Un développement équilibré et à long terme tient compte de l’ensemble du territoire; en ce sens, le développement durable, c’est aussi le développement régional. Le Québec est un pays immense : avec ses 1,7 million de kilomètres carrés, il couvre un territoire équivalant à l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne réunies. La seule municipalité de la Baie-James, sans doute la plus grande du monde, s’étend à elle seule sur 350000 km2. Vous l’aurez compris : le Québec est riche de ses régions. Des régions qui ont un potentiel écotouristique tout à fait fantastique.
Nous planifions la mise en place de cinq parcs au nord du 55e parallèle, en collaboration avec les communautés locales inuites. La gestion des activités et services sera confiée aux communautés autochtones touchées. Cette année, le parc national des Pingualuit, où se trouve un cratère d’une perfection quasi lunaire, sera le premier parc québécois à voir le jour dans le Nord-du-Québec.
La participation des communautés autochtones dans ce genre de projet est tout à fait centrale dans notre vision du développement durable. La notion de reconnaissance des cultures et de soutien de leur identité à travers le tourisme durable, telle qu’affirmée notamment par la charte du tourisme durable, ou Charte de Lanzarote, en 1995, est au cœur de la question. Le tourisme, comme l’écotourisme, ne doit pas atrophier les cultures locales. Ici, au Québec, seule nation francophone d’Amérique du Nord, nous sommes très sensibles à ces enjeux. Le gouvernement du Québec défend depuis de nombreuses années, à l’échelle internationale, la diversité culturelle. Il est primordial que soit consacré le droit des États et des gouvernements de soutenir et de promouvoir la culture à travers leurs politiques. La signature d’ententes historiques avec les Cris et les Inuits
C’est dans cette optique de développement durable, respectueux de l’environnement et du patrimoine, et de prise en charge par les populations locales de leur propre avenir que mon gouvernement a signé une entente historique avec les Cris, puis avec les Inuits, en 2002.
La signature de ces ententes a été un événement historique tant pour les Québécois que les Cris, les Inuits et de nombreux peuples autochtones de par le monde naturellement tentés de nous imiter. Avec ces ententes, le Québec adhère à l’esprit de la Déclaration universelle des droits des peuples autochtones, dont on espère l’adoption d’ici à la fin de la Décennie des Autochtones, en 2004.
Le porte-parole du Grand Conseil des Cris, M. Roméo Saganash, affirmait, le 30 janvier 2002, à Genève : « Pendant que nous sommes ici à discuter des droits des peuples autochtones, je peux vous dire qu’à Eeyou Istchee [Notre territoire] et au Québec, nous nous préparons déjà à mettre en vigueur la déclaration. » Le grand chef du Grand Conseil des Cris du Québec, M. Ted Moses, renchérissait sur ces propos, le 7 février 2002, en affirmant : « Je tiens à ce que les peuples indigènes de toutes les régions du monde sachent aujourd’hui que nous avons sensiblement rehaussé les normes dans notre quête de reconnaissance des droits des peuples autochtones du monde entier. » Déjà, en 1975, la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ) avait été la première entente moderne entre un gouvernement et une nation autochtone. Puis, au cours des années quatre-vingt, l’Assemblée nationale du Québec devenait l’un des tout premiers parlements au monde à reconnaître les 11 nations autochtones partageant le territoire national. La paix des braves, signée en 2002, est la première entente de ce genre signée de nation à nation et constitue une nouvelle norme mondiale dans les relations avec les Autochtones.
L’entente de 2002 repose sur une volonté commune de régler les différends Québec-Cris à travers un cadre nouveau, basé sur le dialogue, le respect, la confiance. Cette entente à long terme, d’une durée de 50 ans, vise à poursuivre le développement du Nord-du-Québec dans le respect du mode de vie traditionnel cri et à assurer une plus grande prise en charge par les Cris de leur propre développement.
Mesdames, Messieurs, la Déclaration de Québec du Sommet mondial de l’écotourisme, j’en suis convaincu, fera date. Cette Déclaration saura, sans nul doute, constituer un apport des plus constructifs au Sommet mondial du développement durable de Johannesburg, en septembre prochain. Après tout, l’ONU n’a-t-elle pas retenu l’année 2002, qui marque le dixième anniversaire du Sommet de Rio, comme Année internationale de l’écotourisme?
Ces sommets sont autant d’étapes qui jalonnent la route vers un monde plus respectueux des fragiles équilibres environnementaux, patrimoniaux et culturels. Une de ces étapes sera le 12e Congrès forestier mondial, qui réunira près de 5000 personnes, encore une fois, à Québec, en septembre 2003. Le gouvernement du Québec co-organise ce congrès avec le gouvernement canadien et la FAO, organisme spécialisé des Nations unies, qui, incidemment, a été fondé à Québec, au Château Frontenac, à quelques pas d’ici, en 1945. Ce congrès aura pour thème « La forêt, source de vie » . Ce congrès s’avérera une occasion unique de partager des idées pour définir ensemble une vision des forêts qui orientera la prochaine décennie. Ce qui semble d’ores et déjà clair, c’est qu’au XXIe siècle, pour qu’une collectivité tire avantage de ses forêts, elle ne doit plus se limiter à seulement couper des arbres.
J’espère que vous aurez profité de votre bref passage chez nous, dans la capitale nationale du Québec, pour découvrir les richesses naturelles, patrimoniales et culturelles de notre pays. L’essence du voyage, ce sont sans doute les saveurs, les sonorités, les souvenirs qui accompagnent le voyageur sa vie durant. N’est-ce pas là l’essence de vos travaux et de vos discussions des derniers jours, la découverte réelle de soi, et de l’autre, à travers le voyage, dans sa richesse, sa complexité, ses subtilités, dans le respect de son milieu et de sa diversité? Marcel Proust ne nous rappelle [-t-]il pas que « le seul véritable voyage n’est pas d’aller vers d’autres paysages, mais d’avoir d’autres yeux? »
Je vous remercie.

[QLandry20020522BUSA]
[Sommet économique Québec New York]
Je veux d’abord remercier chaleureusement le maire de Plattsburgh, M. Stewart, de nous accueillir dans sa belle ville qui, à certains mois de l’année, pourrait presque passer pour une ville francophone.
Du reste, il n’est que normal que nous nous rencontrions tous ici pour ce Sommet économique Québec-New York, dans la mesure justement où votre ville se trouve précisément au cœur géographique de ce corridor commercial binational qui s’étend de la ville de Québec à celle de New York.
Nous avons eu l’occasion, hier soir, à Saint-Jean, de parler de nos attentes et de nos espoirs quant aux perspectives de développement du corridor Québec-New York. Aujourd’hui, il s’agit ni plus ni moins que de passer à l’action en évaluant nos atouts, en regroupant nos forces et en commençant à mettre sur pied des projets communs.
Avant de nous mettre à la tâche, il me revient maintenant de vous présenter le gouverneur Pataki, qui vous adressera la parole dans quelques instants.
Je ne peux m’empêcher, au départ, de souligner ¾ comme je l’ai évoqué hier soir ¾ les liens de sympathie personnelle et d’amitié qui se sont développés au cours des derniers mois entre le gouverneur et moi-même. Ces liens, je le crois, reflètent en tous points l’attachement qui, à tous les niveaux et dans toutes les sphères de l’activité humaine, unit beaucoup de nos concitoyens et concitoyennes du Québec et de l’État de New York.
Depuis 1994, Monsieur le Gouverneur, vous avez clairement pesé de façon positive sur le destin de votre État, et je suis d’autant plus à l’aise d’en parler que mon gouvernement a partagé et partage toujours avec le vôtre un certain nombre de priorités.
Je pense, en particulier, à la baisse du fardeau fiscal qui, dans l’État de New York comme au Québec, a permis dans une large mesure de libérer le potentiel de développement économique de nos régions. Je pense également à la responsabilité fiscale et à la saine gestion de l’État qui se sont avérées, chez vous comme chez nous, un puissant stimulant à la croissance et à la création d’emplois.

Je pense également à l’attention particulière que vous et votre gouvernement portez à la qualité de l’éducation, qui est essentielle à la qualité future de notre main-d’œuvre dans un monde de plus en plus concurrentiel où prime la qualité des cerveaux.
I cannot fail to mention, either, the inspirational leadership you showed to New Yorkers and to the world as well, in the aftermath of the tragic events of September eleventh. And for that, I think that you deserve another warm round of applause.
(Applaudissements de la salle)
Enfin, je veux souligner, pour l’avoir vérifié moi-même à plusieurs Reprises, à quel point le Québec peut vous compter, Monsieur le Gouverneur, comme un ami sincère et fidèle.
Au moment où nous entreprenons des réunions importantes pour l’avenir économique de notre région binationale, chacun d’entre nous ici est heureux de pouvoir compter sur votre leadership pour mener ces initiatives historiques de rapprochement entre le Québec et l’État de New York.
Mesdames et Messieurs, je suis heureux d’inviter le gouverneur de l’État de New York, M. George E. Pataki, à s’adresser à vous.]

[QLandry20010322Qué]
[Ouverture de la 2e session de la 36e législature]
Madame le Lieutenant-Gouverneur,
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Monsieur le Chef de l’opposition officielle,
Mesdames et Messieurs les ministre s,
Mesdames et Messieurs de l’Assemblée nationale,
Distingués invités,
Citoyennes et citoyens du Québec, « Plus qu’à aucun autre moment de notre histoire, il est admis que le Québec forme une nation. Une nation civique, inclusive et qui transcende toute forme d’ethnicité. » Le gouvernement du Québec a le devoir d’affirmer et de consolider ces réalités de concert avec l’Assemblée nationale, dont les travaux doivent en témoigner ici, devant le Canada et devant la communauté internationale. Les femmes et les hommes qui entreprennent aujourd’hui les travaux de la deuxième session de la 36e législature sont les élus démocratiques de notre nation et ont le devoir de servir ses intérêts comme ses valeurs profondes. Cela se fera avec ardeur et dévouement, j’en suis assuré. Nous avons d’excellentes raisons d’être fiers de ce qu’est devenue cette nation québécoise dont la plus grande richesse est d’abord et avant tout humaine. Les 7500000 de personnes qui peuplent notre vaste territoire ont aujourd’hui l’une des meilleures espérances de vie au monde. Elle s’est accrue de cinq ans durant les vingt dernières années. Notre population se range au nombre des plus scolarisées du monde. Notre système d’éducation a fait passer le taux d’obtention d’un diplôme d’études secondaires de 57 % à 84 % en 25 ans. Notre taux de scolarisation dépasse maintenant de 7 % celui de la moyenne des pays de l’OCDE. Sur le plan de la réussite éducative, ces progrès ont permis de doubler le taux d’obtention d’un diplôme d’études supérieures. Nous avons l’honneur d’être au deuxième rang des pays avancés pour la part de notre produit national brut consacrée à l’éducation. Comme il s’agit de la clé du développement social, on peut affirmer que, si le Québec est riche au plan humain, c’est parce qu’il a fait le pari de la solidarité et qu’il s’assure que le progrès bénéficie au plus grand nombre. Les plus démunis comme les mieux nantis ont profité de la conjoncture favorable des dernières années. Le nombre de prestataires de la sécurité du revenu a été réduit de façon spectaculaire depuis 1996. Ces résultats témoignent d’une générosité collective dont l’État est le relais, mais qui est aussi le fait des divers acteurs de l’économie sociale dont le Québec offre le modèle peut-être le plus avancé du monde. Cette répartition de la richesse fut facilitée par une croissance économique vigoureuse au cours des quatre dernières années, dépassant de 2 % en moyenne le taux de croissance annuel des vingt dernières années. Le marché du travail a retrouvé son dynamisme avec la création de près de 300000 nouveaux emplois en quatre ans et un taux d’emploi record de 67,3 %. Le taux de chômage est le plus bas depuis 25 ans. Les investissements productifs du secteur privé ont crû de 60 %, soit 10 % de plus que dans l’ensemble canadien. L’économie du Québec se classe d’ailleurs parmi les plus diversifiées du monde. La moitié de toutes les exportations canadiennes de haute technologie proviennent d’ici. Le Québec a démontré, durant les dernières années, une formidable capacité d’ouverture au monde comme l’illustre la croissance vertigineuse de ses exportations qui fut de 130 % en dix ans. De toutes les nations de la terre, le Québec arrive au 7e rang pour le commerce avec les États-Unis d’Amérique.
Le Québec, on le sait, est aussi une terre de culture, un lieu de création, la patrie d’un grand nombre de femmes et d’hommes de lettres, de théâtre, de cinéma, de télévision, de musique, de danse et de cirque, un lieu d’expérimentation et d’audace créatrice. Une audace saluée par l’ensemble de la population québécoise, qui soutient ses artistes de façon exemplaire et apprécie leurs oeuvres, pleure leur disparition comme dans le cas des regrettés Juliette Huot et Jean Besré. Une audace et une originalité connues aussi par des millions de personnes qui, dans le monde, ont vu nos créateurs et créatrices à l’oeuvre au Salon du livre de Francfort, dans une exposition à Berlin, lors d’un spectacle de danse à Tokyo, sous un chapiteau à Las Vegas, dans un théâtre de Paris, de Londres ou d’Écosse.
Mais notre fierté légitime de toutes ces réalisations ne doit pas nous amener à occulter quelques parties moins brillantes de notre réalité. Une réalité qui nous rappelle, pour reprendre l’expression de l’historien français Ernest Renan, que la nation « est un plébiscite de tous les jours ». Notre plus grande erreur serait de croire que ce que nous avons bâti est acquis pour toujours et de penser que le progrès sera assuré sans effort. Une réalité révélant que, en dépit de nos labeurs et de nos réussites, il subsiste encore, par exemple, trop de décrochage scolaire, de chômage, de gens qui attendent dans les salles d’urgence des hôpitaux, de personnes handicapées pas aussi bien secondées qu’elles devraient l’être, de femmes dont le salaire n’est pas encore égal à celui des hommes pour le même travail, de régions inégales dans leur développement.
Le Québec d’aujourd’hui fait donc face encore à de nombreux défis qu’il doit relever en effectuant les choix qui s’imposent avec lucidité et rigueur. Le défi le plus grand est sans doute de maintenir le cap sur la prospérité, de l’étendre à l’ensemble des régions du Québec et de la partager équitablement aussi entre les personnes. Cela nous oblige en même temps à prendre acte de l’équilibre fragile de notre économie dans la conjoncture mondiale actuelle. Il faut donc garder la juste mesure de notre capacité collective de dépenser. Nos finances doivent rester équilibrées. Notre État national ne se laissera pas entraîner de nouveau dans l’escalade sans fin de toutes les dépenses. L’amélioration de l’état des finances publiques doit être une préoccupation constante non seulement pour préserver notre capacité actuelle, mais pour assurer l’avenir des générations futures et garantir leur liberté d’action collective.
Pour relever ces défis, le gouvernement doit assumer toutes ses responsabilités sociales, culturelles, économiques et de gestion. Il compte le faire avec énergie, compétence et dévouement en misant sur une administration dont les fonctionnaires ont depuis longtemps prouvé leur qualité professionnelle et leur sens de l’État. Avec l’aide de ces précieuses ressources humaines, le processus de modernisation de l’administration publique sera rigoureusement poursuivi. Les ministères et organismes du gouvernement feront bientôt des déclarations formelles de services aux citoyennes et citoyens établissant clairement leurs devoirs et responsabilités envers le public qui en défraie les coûts et doit, comme on dit, en avoir pour son argent.
Un des premiers sentiments qui animera le gouvernement sera celui de la responsabilité.
Pour assumer cette responsabilité et pour le faire avec humanité et efficacité, le gouvernement a établi une série de priorités. Des priorités nationales qui constituent un programme gouvernemental dont les lignes de fond sont esquissées dans le présent exposé. L’équipe gouvernementale présentera l’ensemble des éléments plus en détail dans les prochains jours. Ces priorités ont été définies en tenant compte des réformes déjà entreprises et qui seront maintenues. De nouvelles priorités démontreront qu’il est souhaitable, et possible, d’assumer ses responsabilités, de proposer du changement tout en poursuivant dans la continuité des succès antérieurs.
Le nouveau gouvernement veut d’abord être celui de la solidarité. Dans les lois qu’il soumettra à l’attention de cette Assemblée ainsi que dans les politiques, plans et stratégies qu’il définira et réalisera, le gouvernement mettra l’accent sur la solidarité sociale, la santé, la famille et l’enfance, l’éducation, l’emploi, les régions et la culture. Nous relèverons le défi de mener à terme ces objectifs prioritaires tout en recherchant, comme c’est notre devoir, le règlement de la question nationale.

Une solidarité sociale Le gouvernement adoptera une véritable stratégie de développement social qui aura pour objectif de favoriser la participation de toutes et tous aux fruits du développement.
Cet objectif appelle une nouvelle synergie entre le développement économique et le développement social qui doit se réaliser en partenariat avec les divers groupes de la société.
Il est impérieux de constater que les citoyennes et les citoyens du Québec ne profitent pas également de l’ère de prospérité que nous avons connue. La pauvreté et l’exclusion continuent à prélever un lourd tribut qui engendre de la souffrance, du désespoir et de multiples drames personnels dont nous ne pouvons détourner les yeux.
Une société avancée ne peut tolérer qu’un nombre significatif de jeunes familles et de jeunes enfants vivent dans la pauvreté. Je l’ai déjà dit, cette lutte contre la pauvreté et l’exclusion sera pour nous une véritable obsession, comme la lutte contre le chômage l’a été pour le précédent gouvernement.
Ainsi, nous présenterons un plan de lutte contre la pauvreté qui proposera des mesures à court, moyen et long terme portant autant sur la prévention que sur l’aide directe aux plus vulnérables.
Nous maintiendrons notre soutien aux familles, particulièrement aux familles les plus démunies.
Nous proposerons de nouvelles avenues aux jeunes prestataires de la sécurité du revenu de moins de 21 ans et sous-scolarisés, à la lumière des résultats du projet Solidarité jeunesse qui est en marche depuis quelques mois.
Nous travaillerons en vue de soutenir adéquatement les chômeurs de longue durée dans leur démarche vers l’emploi.
La place centrale de l’éducation dans la lutte contre la pauvreté se concrétisera de multiples façons, entre autres par l’accès à des services de garde éducatifs et le projet de politique de formation continue, qui seront au cœur d’une redéfinition du concept d’égalité des chances par l’éducation, base de notre projet de démocratie solidaire.
Nous allons donner un nouvel élan à l’économie sociale, qui connaît depuis quatre ans un formidable essor avec la création de plus de mille entreprises et de quelque 15000 nouveaux emplois permanents.
Les prochaines actions concrètes du gouvernement dans ce secteur prioritaire seront dévoilées dès la semaine prochaine par ma collègue, la vice-première ministre et ministre des Finances, à l’occasion du discours sur le budget.
La santé : pour une meilleure accessibilité des services
Tout le secteur de la santé et des services sociaux demeurera l’une des plus grandes priorités du gouvernement. De nombreux consensus sur des actions structurantes et porteuses d’avenir ont été mis en lumière par le rapport de la Commission d’étude sur les services de santé et les services sociaux. Il y a là une occasion qui doit être saisie, et elle le sera.
L’élargissement de l’accessibilité générale aux services de santé et aux services sociaux retiendra particulièrement notre attention. L’accessibilité aux services de base, c’est-à-dire aux services qui doivent être disponibles le plus près possible des personnes, des communautés, des lieux où se vivent les problèmes. C’est notamment dans cette perspective que nous entendons mettre en place des groupes de médecine de famille, issus de la collaboration, sur une base locale, des cabinets de médecins, des CLSC et de l’ensemble des professionnels appelés à intervenir dans les communautés.
Le gouvernement est convaincu que les nouvelles technologies constituent de puissants outils d’amélioration des services aux citoyens. Pour permettre une obtention rapide de toute l’information médicale, la carte à puce sera instaurée. Cette mesure, qui sera effective d’ici quelques années, sera développée et mise en œuvre dans le respect intégral de la vie privée.
La gouverne du réseau de la santé et des services sociaux sera resserrée, de manière à ce que la ligne d’autorité et la répartition des responsabilités soient plus claires entre les établissements, les régies régionales et le ministère de la Santé et des Services sociaux. Un projet de loi sera déposé à cette fin au cours de la présente session parlementaire.
Famille et enfance
Le Québec accorde un soutien à la famille et à l’enfance qui est le plus généreux d’Amérique du Nord, non seulement par l’offre de services de garde à tarif réduit, mais aussi par son aide financière à la famille (allocation familiale et fiscalité), qui dépasse celle accordée par le gouvernement fédéral.
Le gouvernement continuera de mettre de l’avant sa propre proposition d’un régime d’assurance parentale mieux adapté à la réalité des familles québécoises. Il va de soi également qu’il poursuivra sans relâche le déploiement des services de garde à 5 $ dans toutes les régions du Québec.
L’éducation, un pilier de la solidarité sociale
Dans notre marche en avant vers plus de prospérité et plus de solidarité, nos principales tâches, sans doute les plus sacrées, demeurent l’éducation et la formation de nos enfants.
Dans la foulée du Sommet du Québec et de la jeunesse et profitant de l’élan nouveau donné à notre système d’éducation par les réinvestissements qui y sont effectués, il est nécessaire de pousser d’un cran la mobilisation de toutes et de tous, à commencer par les élèves et leurs parents, le personnel des établissements et l’ensemble de la communauté éducative. Les plans de réussite mis en place à tous les cycles de notre système d’éducation constituent des outils exceptionnels pour réussir cette mobilisation et la nécessaire responsabilisation de tous les intervenants.
L’implantation du nouveau programme de formation de l’école québécoise se poursuivra donc selon le calendrier prévu. Les parents et la population seront davantage informés sur les différents aspects de la réforme en cours.
Le gouvernement tient à réitérer toute sa confiance en la capacité des enseignantes et des enseignants de réussir ce virage décisif vers une formation qui donne plus de place aux matières essentielles et qui soit plus respectueuse de la personnalité propre de chaque enfant. Le ministre de l’Éducation veillera à ce que les maîtres reçoivent tout le soutien nécessaire à la réussite de la réforme, notamment en apportant les améliorations requises au niveau de l’évaluation des apprentissages.
L’emploi : pour l’échec au chômage et à l’exclusion
Après des années d’efforts, après avoir déployé sur le territoire une stratégie économique avant-gardiste dont l’objectif premier était la création d’emplois, et bien que nous n’ayons pas encore en main l’ensemble de nos leviers économiques, le chômage a été ramené depuis à son plus bas taux depuis 25 ans, passant de 13,3 % en 1993 à 8,4 % aujourd’hui.
Le gouvernement ne s’arrêtera pas là, car nous sommes toujours en présence d’un gaspillage humain et économique intolérable pour une nation riche comme le Québec moderne.
Autre grave problème que la bonne performance de presque toutes nos régions tend à cacher et auquel il faut s’attaquer avec encore plus de combativité. Celui que pose le niveau inacceptable du chômage dans certaines autres régions, principalement les régions ressources.
Pour l’heure, qu’il me soit permis d’indiquer comment le gouvernement déploiera son action pour l’emploi sur l’ensemble du territoire.
D’abord, au chapitre de la main-d’œuvre, il compte étendre à certaines catégories de personnes qui ne bénéficient pas du régime d’assurance emploi ni de la sécurité du revenu, les sans-chèque, une forme de soutien au revenu lorsqu’elles participent à des activités de formation dans une perspective d’accès à l’emploi.
Les régions: pour des pôles nationaux de développement
Comme j’ai eu l’occasion de l’indiquer à plusieurs reprises lors de ma récente tournée du Québec et lors de la cérémonie d’assermentation du nouveau gouvernement, les régions ressources feront l’objet d’une attention très particulière dès le dépôt du prochain budget.
Il sera nécessaire d’accélérer la cadence dans ces régions ressources pour leur permettre de prendre pleinement leur place dans la nouvelle économie et pour maintenir la position concurrentielle du Québec sur les marchés mondiaux. Cette stratégie comprendra également des mesures qui auront un impact important sur le développement des communautés rurales en difficulté et sur la ruralité dans son ensemble.
Le gouvernement est aussi conscient que certains territoires, en dehors des régions ressources, ont besoin de mesures adaptées pour appuyer leur développement économique.
La démarche que nous proposerons comportera de nombreuses mesures visant à consolider le secteur des ressources naturelles, à le dynamiser et à le rendre encore plus compétitif. Il faut accélérer la cadence, soutenir plus énergiquement encore les industries de la deuxième et de la troisième transformation, encourager la recherche et le développement dans ces secteurs.
Parallèlement, le gouvernement verra à intensifier les efforts déjà entrepris pour diversifier l’économie des régions, notamment à travers l’action du Fonds de diversification économique.
Il nous faudra une mobilisation générale pour donner le coup de collier dont les régions ressources et tout le Québec ont besoin. Tous les ministères sont interpellés.
Le ministre d’État aux Régions et ministre de l’Industrie et du Commerce lancera une action d’envergure pour cerner le profil des filières industrielles les mieux en mesure de mettre en valeur les avantages respectifs de chaque région.
Le secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire, celui des pêches et de l’aquaculture, et le tourisme exercent un rôle moteur dans l’économie des régions, tant sur le plan de l’emploi que de l’activité économique, de même que dans le dynamisme des milieux ruraux. Il faut maintenir le cap sur la croissance de ces secteurs d’activité. Un premier geste concret sera posé dès le début de l’année financière : le gouvernement complètera la mise en place de la Financière agricole du Québec, qui constitue un nouveau modèle de partenariat.
Le gouvernement apportera des ajustements au régime de protection des activités agricoles et appuiera la mise en place, avec les intervenants concernés, d’un plan d’accélération du virage agroenvironnemental.
Le gouvernement prendra également les mesures nécessaires, en collaboration avec l’industrie, pour mettre en place un système de traçabilité permettant de suivre les aliments depuis la ferme jusqu’à la table du consommateur.
S’il y a encore des gens qui doutent que la recherche, la haute technologie et les savoirs de pointe puissent trouver leur place en régions, on les invite à prendre connaissance du numéro de la revue Québec Science qui sera en kiosque à compter de demain. Il y est question de l’avenir de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, un avenir qui passe par la mer, mais une mer qui se conjugue au futur, une mer qui est devenue un immense laboratoire. Un simple coup d’œil à ce dossier spécial est une bouffée d’espoir et d’optimisme pour l’ensemble des régions du Québec.
Le développement durable (environnement)
Le développement des ressources est indissociable d’un engagement à un développement durable qui se préoccupe de léguer aux générations futures un patrimoine non seulement intact mais enrichi.
Certains incidents survenus au cours des derniers mois nous ont particulièrement sensibilisés à l’importance de l’eau. L’eau potable est l’une de nos plus grandes richesses collectives. Certains souhaitent même qu’on la déclare patrimoine public de tous les Québécois. Afin de préserver la qualité et la pérennité de cette ressource tout en permettant l’essor de nombreuses activités économiques, le gouvernement adoptera sous peu une politique nationale de la gestion de l’eau.
Les affaires municipales, la métropole et la capitale nationale
Le gouvernement a entrepris au cours des dernières années l’ambitieuse et nécessaire réforme de nos municipalités. Je salue l’exceptionnel dévouement et le travail accompli par la ministre d’État aux Affaires municipales et à la Métropole, qui poursuivra sa courageuse entreprise au bénéfice de la population québécoise.
Le rayonnement culturel
La culture, sous toutes ses formes, est au cœur du projet collectif du Québec. Le gouvernement continuera de soutenir vigoureusement la création dans toutes ses manifestations.
« Il n’y a jamais eu de projet politique sans projet de culture », disait Fernand Dumont. Notre gouvernement a la même conviction. La culture est au cœur du projet collectif de notre société. Elle est porteuse d’intégration, de cohésion sociale et de développement.
Parmi les priorités à venir au chapitre de la culture, je tiens à souligner que nous voulons assurer un soutien accru à la création et à son rayonnement à l’étranger, mettre à jour la politique québécoise du cinéma et de la production audiovisuelle, et donner un souffle nouveau au développement culturel régional. Le renouvellement de la création pour une société comme la nôtre passe par la relève. Si les rêves de nos artistes deviennent les nôtres, si les imaginaires nous font découvrir « la face cachée de la lune », si leur écriture, leurs images et leurs tableaux nous émeuvent sans cesse, c’est à la fois qu’ils sont riches et que les Québécois et les Québécoises sont là pour les applaudir. Mais la portée de leurs œuvres dépasse aujourd’hui leur seul univers d’artistes, il faut également en prendre acte.
En somme, c’est d’une culture en prise directe avec la vie commune d’une société dont il est ici question. Un ministère qui se préoccupe de la langue, de l’histoire, de l’habitat, de la créativité, des communications, du multimédia, des inforoutes, de la diversité culturelle et de l’innovation est un ministère capable d’instrumenter les Québécois sur le plan culturel, de les maintenir ensemble et de les inscrire dans la modernité des nations.
En juin 2000, la Commission des États généraux sur la situation et l’avenir de la langue française a été créée afin de faire le point sur la politique linguistique québécoise et de proposer des priorités d’action. Depuis, les commissaires ont eu l’occasion de sillonner le Québec en tenant des audiences publiques dans toutes les régions afin d’établir un véritable dialogue avec les Québécoises et les Québécois. Plus de 200 mémoires ont été reçus par la Commission, ce qui témoigne du succès et de la nécessité de l’opération.
Il y a lieu d’être fiers de cette démarche démocratique qui s’est faite dans un esprit d’ouverture. Toutes les forces vives de la société québécoise ont eu l’occasion de faire valoir leur point de vue et d’en débattre.
Nous attendons que ces travaux nous fournissent les matériaux d’une politique linguistique renouvelée et enrichie.
Jeunesse
Notre volonté d’unir plus étroitement que jamais prospérité et solidarité interpelle directement la jeunesse.
Dans la perspective d’associer plus étroitement que jamais les jeunes à notre projet de société, le gouvernement déposera prochainement la politique québécoise de la jeunesse qui fixera les orientations majeures qui se traduiront dans le plan d’action jeunesse qui en découlera.
De plus, dans un esprit d’ouverture sur le monde, l’Office Québec-Amériques pour la jeunesse a pour objectif de permettre à 3000 jeunes, chaque année, de prendre part à des programmes de formation et d’échange susceptibles de contribuer au rapprochement des peuples des Amériques dont la nation québécoise fait partie.
Justice
Le ministre de la Justice verra à moderniser la procédure civile et à poursuivre le développement des processus consensuels de résolution des conflits, telle la médiation.
La violence, particulièrement celle exercée par les bandes criminelles, préoccupe de plus en plus la population. Nous avons l’intention d’accorder à cette situation toute l’attention et les ressources qu’elle requiert. Les ministres de la Justice, du Revenu et de la Sécurité publique seront appelés à poursuivre de concert leurs efforts et à améliorer les moyens juridiques mis à notre disposition dans cette lutte sans merci contre le crime organisé.
Les relations avec les citoyens et l’immigration
Un de nos défis collectifs consiste à bien accueillir et intégrer les immigrants. Le gouvernement a donné mandat au ministère des Relations avec les citoyens et de l’Immigration d’intensifier les efforts visant à lever les obstacles empêchant les personnes immigrantes de faire valoir pleinement leurs compétences.
À cette enseigne, je souligne que le gouvernement a créé le poste de secrétaire d’État à l’Accueil et à l’Intégration des immigrants. Le député de Sainte-Marie–Saint-Jacques, chargé de cette fonction, mettra en place les mesures favorisant l’atteinte de ces objectifs.
Parlant d’intégration, l’État québécois se doit d’être exemplaire en matière d’ouverture et d’être le reflet le plus fidèle de la population québécoise dans toute sa diversité.
Plus encore, la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans les organismes publics entrera en vigueur le premier avril prochain. Les secteurs couverts par cette loi représentent plus de 700 organismes totalisant quelque 500000 emplois. Les femmes, les minorités visibles, les autochtones et les allophones doivent bénéficier de cette législation. Je verrai personnellement à ce que cette loi ambitieuse et généreuse réponde vraiment à nos attentes.
Les relations internationales et la Francophonie, y compris le pouvoir d’approbation des traités internationaux du Canada
La mondialisation des marchés exigera que nous nous donnions de nouveaux instruments d’action. La gestion de l’économie exige aujourd’hui le renforcement des structures de concertation supranationales (OCDE, OMC, BIT, FMI, Banque mondiale, etc.).
Or, ce sont les États souverains qui participent à ces instances supranationales, dont le rôle devient aujourd’hui plus primordial.
La souveraineté du Québec devient, dans ce contexte, encore plus nécessaire: le peuple du Québec ne doit pas mettre à risque sa langue, sa culture et ses intérêts économiques par son absence des forums décisionnels internationaux. Il doit prendre les moyens pour devenir membre de plein droit de ces institutions déterminantes pour son avenir le plus rapidement possible. Autrement, faute de souveraineté, des décisions vitales ne seront plus prises ici dans cette Assemblée, mais à des tables internationales. Sans la souveraineté, la mondialisation éloignera le pouvoir de cette Assemblée et la démocratie de notre peuple.
La loi constitutionnelle de 1867 représentait un pacte entre les deux nations formant le Canada. Elle définissait les pouvoirs de chacun des deux ordres de gouvernement et donnait au Québec des responsabilités exclusives dans plusieurs domaines.
Dans le présent contexte mondial, la dérive centralisatrice, contraire au pacte de départ, aura des effets de plus en plus néfastes. Ce pourrait être le cas par exemple dans des domaines aussi variés que les ressources naturelles, l’environnement, l’adoption internationale, la fiscalité, l’administration de la justice, le travail, la santé et d’autres encore.
De même, les discussions qui s’amorcent sur la Zone de libre-échange des Amériques porteront sur des questions touchant directement plusieurs champs de compétence du Québec.
Le débat entourant la place du Québec au Sommet des Amériques est venu nous rappeler le prix que doit payer une nation qui est privée de sa souveraineté. Le Québec manquerait à son devoir s’il acceptait cette situation sans bouger.
Il n’y a pas en place de processus formel de participation pour faire entendre la voix du Québec sur les questions qui touchent ses propres champs de compétence.
Ce qui n’est pas le cas, notons-le, au sein de la Communauté européenne, qui est une source d’inspiration remarquable dans l’aménagement des rapports entre nations libres.
On sait que les tribunaux ont déjà indiqué au gouvernement fédéral qu’il ne peut pas ignorer les provinces lorsqu’il signe des ententes internationales dans des domaines de leur compétence.
C’est pourquoi, dans le prolongement des gestes qui ont été posés au cours des quarante dernières années, le gouvernement du Québec prend aujourd’hui l’engagement de présenter dorénavant à cette Assemblée, pour approbation, tout traité international qui concerne l’une ou l’autre des responsabilités constitutionnelles du Québec.
Cela signifie que le Québec ne pourra être lié ou être considéré lié par un engagement international que dans la mesure où il aura ratifié cet engagement par une décision de son Assemblée nationale.
Cela permettra aux députés de participer au débat et à nos concitoyennes et nos concitoyens d’être mieux informés sur les grandes questions des relations internationales qui affectent notre société.
La consolidation de l’identité nationale
[The reality of Québec also embraces the situation of people belonging to the English-speaking community, that enriches Québec with its economic, social and cultural vitality and contributes to Québec’s diversity. The government will take particular care to listen to the English-speaking community and its representatives, and ensure that its rights are protected.
My government is committed to an ongoing, meaningful dialogue with the English-speaking community.]
Cette réalité est aussi le fait de la présence sur le territoire du Québec de onze nations autochtones que notre Assemblée n’a pas hésité à reconnaître comme telles en 1985 et 1989, et avec lesquelles des négociations, basées sur les Orientations gouvernementales adoptées en 1998, ont déjà permis d’établir des relations harmonieuses, solides, respectueuses et durables. Le gouvernement entend rappeler qu’en cette année de commémoration du tricentenaire de la Grande paix de Montréal de 1701, il est disposé à poursuivre un dialogue constructif avec les nations autochtones du Québec et rechercher, par la négociation, des solutions mutuellement acceptables relativement à l’exercice d’une plus grande autonomie gouvernementale, et financière, par ces nations.
L’option de la souveraineté
Tout en assumant l’entièreté de ses responsabilités, le gouvernement n’entend pas occulter la question nationale.
Il n’hésitera pas à situer la question nationale dans le contexte plus large de l’avenir politique du Québec. Et il le fera parce que l’avenir d’un peuple n’est pas une question partisane. Le gouvernement doit assumer la responsabilité d’éclairer le plus possible les diverses voies de l’avenir.
De nombreuses raisons militent en faveur de la poursuite d’une réflexion par la société civile, les partis politiques et le gouvernement lui-même sur l’avenir politique du Québec. Il faut donc que tous ces acteurs continuent de se demander quel est le statut qui assurera mieux le respect des intérêts nationaux du Québec. S’interroger sur le statut politique qui permettra au Québec d’exercer les compétences qui lui sont nécessaires pour assurer librement son développement économique, social et culturel est un devoir de tous les partis présents dans cette Chambre, et qui le font d’ailleurs, chacun à leur manière.
Les nations se gouvernent elles-mêmes ou aspirent à le faire. L’histoire a entrelacé les destins du Québec et du Canada. Niant l’esprit historique de ces liens, le gouvernement fédéral a voulu, par sa Loi sur la clarté, priver le Québec de la possibilité d’envisager un rapport avec le Canada qui soit fondé sur un autre type d’association que celui qui prévaut actuellement. Tout cela se situe d’ailleurs dans la logique du changement unilatéral de 1982 et de la Constitution que nous n’avons jamais signée. Le gouvernement, avec l’appui d’ailleurs des autres partis en cette Chambre, a rappelé, et continuera de rappeler, que cette loi de la clarté est illégitime et qu’elle ne saurait « réduire les pouvoirs, l’autorité, la souveraineté et la légitimité de l’Assemblée nationale ni contraindre la volonté démocratique du peuple québécois à disposer lui-même de son avenir ».
Le gouvernement continuera d’explorer la voie d’un nouveau partenariat avec le Canada, et notamment l’idée d’une nouvelle union de type confédéral entre États souverains. Cela s’inspire de l’expérience européenne qui a suscité un grand intérêt chez plusieurs de mes prédécesseurs, dont Robert Bourassa qui l’avait évoquée dans la célèbre question de Bruxelles.
Pour alimenter la réflexion sur les diverses dimensions des options qui s’offrent au Québec, le gouvernement procédera au cours des prochains mois à la mise à jour, quelque dix ans après leur publication, des études réalisées dans le cadre des travaux de la commission Bélanger-Campeau sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec et de la Commission d’étude des questions afférentes à l’accession du Québec à la souveraineté, deux initiatives du dernier gouvernement de Robert Bourassa. Le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes assumera la coordination de cet effort de mise à jour des études. Il le fera en toute transparence et en rendra les résultats publics, comme ce fut le cas en 1991 et en 1992.
L’étranglement fiscal
Le Québec fait face à un défi majeur de gouvernance: les besoins en santé, en éducation et en services sociaux croissent à un rythme qui va en s’accélérant.
Devant ces besoins croissants, le Québec dispose de moyens limités. Pourtant, les Québécoises et les Québécois paient déjà suffisamment d’impôts et de taxes. Le drame, c’est que la moitié de ceux-ci prennent le chemin d’Ottawa, sans aucune garantie qu’ils serviront à financer les priorités du Québec. En fait, l’expérience récente démontre clairement qu’Ottawa est davantage préoccupé d’accroître sa visibilité que de répondre aux priorités de nos concitoyens. Le gouvernement fédéral multiplie les intrusions dans les champs de compétence du Québec. Pendant ce temps, il se refuse à utiliser ses énormes surplus afin de corriger l’impact des nombreuses coupures qu’il a effectuées dans ses paiements de transfert. En bref, notre argent est à Ottawa alors que les besoins sont au Québec.
Nous connaissons la véritable solution au problème: comme le disait Daniel Johnson, le père, il faudrait contrôler 100 % de nos impôts et de nos taxes et décider pleinement de leur meilleure utilisation, ce que permettrait la souveraineté.
En attendant, notre gouvernement entend prendre les moyens pour favoriser une solution à court terme. Une première étape sera la mise sur pied d’une commission, composée d’experts et de représentants du milieu, qui sera chargée de faire rapport sur le déséquilibre fiscal qui prévaut entre le gouvernement fédéral et le Québec, et les façons de le corriger. L’ancien ministre du Revenu dans le gouvernement Bourassa, M. Yves Séguin, a accepté de présider cette commission, dont la composition sera annoncée sous peu.
Le gouvernement du Québec ne doit pas se dérober devant les responsabilités nationales qui lui incombent. Il doit gouverner pour le bien public et, tirant sa légitimité de l’Assemblée nationale et de la confiance dont celle-ci l’investit, il doit associer les députés qui en font partie à l’élaboration des mesures du programme gouvernemental. Le gouvernement, par sa ministre d’État à l’Économie et aux Finances et par son président du Conseil du trésor, soumettra très bientôt à votre attention ses propositions de budget et de répartition des crédits.
À cet égard, le gouvernement cherchera les moyens de rendre le processus budgétaire plus ouvert et plus participatif dans l’avenir.
En ces années de réflexion identitaire et linguistique, je souhaite en terminant que nous entendions ensemble le cri du cœur d’un grand poète québécois, Marco Micone, qui dans son Speak what a écrit: nous sommes 100 peuples venus de loin
partager vos rêves et vos hivers
nous sommes 100 peuples venus de loin
pour vous dire que vous n’êtes pas seuls.
« C’est dans cet esprit d’ouverture que le gouvernement du Québec veut poursuivre le débat sur notre avenir politique et, en même temps, gouverner de façon efficace dans la solidarité, l’équité, et avec le plus haut sens de ses multiples responsabilités. »
Je souhaite à notre Assemblée une excellente session consacrée au progrès de notre nation. Merci!

[QLandry20021022RUni]
[Remise de l’ordre national du Québec à Michael Morris]
Madame la ministre d’État,
Madame la consule générale,
Monsieur le délégué général,
Mesdames, Messieurs,
Certains gestes rattachés à la fonction de premier ministre sont plus agréables que d’autres à poser. Surtout, qu’au terme de cette mission, qui m’a conduit de Beyrouth à Londres, la cérémonie d’aujourd’hui constitue le point d’orgue de mon séjour dans la capitale britannique. Aussi, est-ce avec beaucoup de plaisir que j’exerce le privilège qui est mien et que j’ai l’honneur de rendre hommage à un homme dont le cheminement professionnel et personnel marque le paysage culturel contemporain au Royaume-Uni et qui, tout au long d’un parcours remarquable, a fait découvrir le Québec à des milliers de ses compatriotes. J’ai nommé M. Michael Morris.
L’être humain a soif de culture. Au fil des âges, la culture a adopté maints visages, mais est restée au cœur de nos valeurs fondamentales. L’expression contemporaine de la culture humaine se nourrit du métissage des sources d’inspiration et de la multiplication des modes de diffusion, l’émotion se conjuguant aux nouveaux savoirs. Plus que jamais, c’est par le regard de l’autre porté sur notre fierté d’être ce que nous sommes qu’on célèbre sa différence. Les Québécois ont eu le bonheur de comprendre cela très tôt. On ne s’étonnera pas de les voir occuper une telle place sur la scène artistique internationale. J’emploie le mot « artistique » avec précaution et respect. Ce mot est noble. Il évoque la pratique d’un métier difficile, le métier de celui qui se voue à l’expression de l’émotion. De celui qui est un créateur, un provocateur, le fixateur de l’âme.
Je veux dire ici mon admiration pour l’artiste, ce gladiateur des temps modernes qui, est-ce Victor Hugo qui le disait si justement et si cruellement pour lui-même, amuse la foule de ses agonies. Je me garderai bien de supposer un instant, cher Michael Morris, que vos entreprises ont quelque lien avec les jeux du cirque. N’empêche que notre réalité est encore souvent celle d’un univers où la création ne rejoint pas ceux et celles qu’elle a la mission d’émouvoir, de faire réfléchir, voire de choquer. C’est là qu’intervient cet autre artiste, celui dont la sensibilité sait reconnaître et faire connaître l’innovation, l’avant-garde. L’artiste n’existerait pas sans cet essentiel intermédiaire.
Votre rencontre avec les artistes québécois a été, pour le développement et la promotion de la culture québécoise, un des jalons importants de la présence culturelle québécoise sur la scène internationale. Londres est cette métropole des arts, une scène sur laquelle qui veut prétendre à la lumière doit briller. À travers moi, le Québec vous sait gré d’avoir été le metteur en scène de la réalité québécoise dont vous avez su saisir le message d’universalité. Since 1983, your magnificent efforts have played a crucial part in the impact Québec culture has had on British cultural life. You have collaborated directly, and tirelessly, to the success of more than 44 productions from Edouard Lock and Robert Lepage alone.

As Director of Performing Arts at the Institute of Contemporary Arts here in London, you developed a unique international programme which allowed, as early as 1983, for the first public appearance of Edouard Lock and his company La La La Human Steps, in a show called Human Sex. In 1985, it was Marie Chouinard’s turn with a brilliant solo programme. And then, in 1986, O Vertigo with a new work, Off the wall. Finally, in 1987, you introduced Robert Lepage and La Trilogie des dragons (known here as The Dragon’s Trilogy). A fellow producer from London, Joseph Seelig, remembers being with you at CINARS in Montréal, CINARS is our international performing arts fair, when you came into contact with the work of Lepage for the first time. In spite of a heavy schedule, your flair led you straight to a presentation called VINCI, by an artist as yet little known on the international scene, a certain Robert Lepage. Which is how, by the summer of 1987, while you were still at the ICA, this country discovered Robert Lepage and The Dragon’s Trilogy and Vinci.
The following year, in 1988, you set up Cultural Industry, a production company whose mandate is to discover and reveal to the British public artists of great talent. Over the years, artists from Québec have been given a privileged place in this programme and through this company, Michael Morris has single-handedly created many successful careers in the UK including those of Lock and Lepage. Since 1993, the bond between Lepage and Morris has become even closer, with the nomination of the latter to the post of associate producer to Ex Machina and La Caserne. A defining moment of this great adventure must surely be the bestowal, at the end of 2001, here, in London, and over just three months, of four coveted and prestigious awards to the work of Robert Lepage.
Yet, although this is his day, I know that Michael Morris’ modesty will not allow me, in my enthusiasm, to misrepresent the facts here. For the arts are a collaborative business. If it is he who has been the messenger between our artists and the British people, I salute several other people, some of whom are in this room, without whose qualities and daring much of this success might not have seen the day. These collaborations have further permitted very creative encounters with such major artists as Laurie Anderson, Sir Richard Eyre, David Bowie, Peter Gabriel, Neil Bartlett, Gavin Bryars et Brian Eno. L’usage veut qu’une cérémonie comme celle d’aujourd’hui soit l’occasion de faire l’éloge du récipiendaire. On me dit que votre simplicité s’accommoderait mal d’un trop long panégyrique. Cependant, le fait que vous soyez le premier Britannique à recevoir l’Ordre national du Québec qui ne compte, en son sein, que 26 autres étrangers est notre réponse à votre fidélité au Québec, à sa culture, à son identité, à ses artistes. Michael Morris, j’ai l’honneur de vous faire chevalier de l’Ordre national du Québec.]

[QLandry20010423Qué]
[Bilan du Sommet des Amériques]
Nous allons quand même aborder certaines précisions en termes de bilan, fait par le gouvernement du Québec et ses services, du Sommet de Québec, du Sommet des peuples, de la rencontre de la COPA et, de façon générale, des événements qui se sont passés au cours des derniers jours dans notre capitale nationale.
Premièrement, le fond des choses. Le gouvernement du Québec, par son Assemblée nationale et ses diverses instances, avait souhaité que les discussions autour de la création d’une zone de libre-échange des Amériques dépassent les simples questions matérielles. Il faut reconnaître honnêtement que les diverses discussions sont allées au-delà des simples questions matérielles, comme il se devait, puisqu’il fut question, de façon très claire et très affirmative, d’une clause démocratique impérieuse pour faire partie de l’association matérielle de libre-échange. Mais il fut aussi question d’éducation, de santé, de justice, d’environnement, de travail, de diversité culturelle, toutes choses qui débordent la simple liberté de circulation des biens, des services et des capitaux.
Évidemment, toutes ces doctrines ne sont pas poussées à leur aboutissement final. Il y a beaucoup de choses qui sont encore générales. Mais se lancer dans une aventure aussi potentiellement extraordinaire que l’intégration des deux continents ne peut pas se préciser dans trois rencontres, encore moins dans une. Donc, il y a beaucoup de travail à faire, mais plusieurs pas dans la bonne direction ont été faits.
Comme vous le savez, le gouvernement du Québec a toujours pensé que la libre circulation des biens était la meilleure façon de créer la richesse et d’enrichir les nations, que ce soit dans son attitude par rapport au libre-échange bilatéral avec les États-Unis d’Amérique, puis trilatéral avec le Mexique ayant débouché sur l’ALENA, et continental. D’ailleurs, les exemples de l’Union européenne le démontrent d’une façon très éloquente. Les pays les moins avancés d’Europe ont profité de façon spectaculaire de leur entrée dans une zone de marché ouvert, qu’on pense aux cas de l’Espagne, du Portugal – les plus spectaculaires –, mais également à celui de la Grèce. Plus près de nous, pensons à Vicente Fox, le président du Mexique, qui dit que les retombées de l’ALENA pour son économie nationale sont également spectaculaires.
Cela ne veut pas dire que parce que la nation s’enrichit tous les problèmes internes de distribution de la richesse de la nation sont réglés. Si on ne crée pas la richesse de la nation, on ne pourra pas la répartir. Alors les problèmes de répartition sont réels, mais ils sont toujours secondaires par rapport aux problèmes de création. En ce sens, on a vu, dans les discours de la plupart des chefs d’État présents au Sommet, qu’ils avaient la préoccupation de répartir la richesse, parfois dans des conditions très difficiles. Le président Fox ne se cache pas du fait qu’il y a 40000000 de pauvres au Mexique. Imaginez-vous être le responsable démocratique d’un pays d’une centaine de millions d’habitants, dont 40000000 sont pauvres. Cela représente une responsabilité écrasante! Plusieurs autres sont dans une situation pire encore. Qu’on pense à Haïti.
Pour ces diverses nations, le fait de créer la richesse nationale est la condition sine qua non pour répartir quoi que ce soit à l’intérieur de ces nations. Pour que cette répartition soit mieux assurée, il est entendu qu’une intégration des Amériques – comportant des buts humanitaires, des buts de véritables opérations internationales, des buts de transfert de savoir de pays à pays et de transfert de richesses par des programmes d’aide, comme ceux auxquels on a fait allusion – est une condition absolument essentielle pour que le projet soit accepté et acceptable, et qu’il mobilise la jeunesse et les citoyens et les citoyennes de tous les pays concernés. C’est pourquoi il faut rendre hommage au Sommet des peuples. Il ne faut pas oublier qu’est survenu aussi à Québec le Sommet des peuples, indépendamment des conclusions auxquelles nous ne souscrivons pas entièrement; il y a des expressions un peu raides dans les conclusions, reconnaissons-le. Le Sommet des peuples a puissamment contribué à animer les populations, à les informer, à créer un intérêt, parfois négatif au départ, mais qui, après examen, peut bien faire comprendre que, si les précautions sont prises, l’intégration des Amériques est un projet au moins aussi exaltant que l’était l’intégration européenne dans l’immédiate après-guerre.
Il faut aussi reconnaître que les médias québécois ont fait leur travail de fond. La couverture événementielle a été bien faite, mais ce n’est pas tellement ça qui m’a impressionné; c’est le travail de fond. Presque tous les médias se sont livrés à des analyses, les médias écrits ont publié des cahiers spéciaux. Les autres ont fait des émissions spéciales qui allaient vraiment vers les grands enjeux, vers la connaissance des pays aussi. Les médias québécois ont fait en sorte qu’on apprenne beaucoup sur le grand Brésil, le petit Paraguay et l’Argentine. Il y a eu des cahiers spéciaux, des envoyés spéciaux. Cela a fait monter le niveau d’éducation et d’information de notre population au sujet des Amériques, ce qui est une excellente chose.
Il est sûr aussi, en toute bonne foi, je l’ai déjà dit, que les gouvernements nationaux ont manqué de vigilance quant à la transparence, quant à l’information, quant à la connaissance des enjeux par les populations. Je crois qu’après Québec, cela ne se reproduira plus. Des leçons ont été apprises. Déjà notre Assemblée nationale a été exemplaire, puisque c’est la seule qui a fait connaître les textes aux parlementaires, à huis clos il est vrai, parce que nous nous étions engagés à ne pas les divulguer, mais au moins on les a fait connaître à nos parlementaires. On est les seuls à avoir fait ça. Je suis sûr qu’au prochain Sommet, tout le monde va le faire,va faire plus, et que les textes seront connus. Je souligne aussi que notre Assemblée nationale est la seule à avoir fait un débat formel, qui a eu lieu sur le parquet, et une commission parlementaire qui a produit un rapport élaboré bien avant que nous soyons rendus à la date du Sommet.
Ce que je veux souligner aussi – je le prends par le grand angle avant de l’aborder par un côté un peu plus petit –, c’est l’absence du Québec, du gouvernement national du Québec au Sommet de Québec. C’est un puissant instrument pédagogique pour faire comprendre la nécessité moderne des souverainetés nationales et celle du Québec. Les nations qui sont venues nous visiter, au siècle dernier voire au précédent, à commencer par les États-Unis d’Amérique en 1776, ont acquis leur souveraineté nationale. C’est pour ça qu’elles avaient le droit de s’asseoir à la table et de présenter leur point de vue. Dans un contexte où ces tables internationales sont beaucoup plus importantes – quand les pays de l’Amérique latine ont fait leur indépendance, il n’y avait presque pas de vie internationale, regardons les choses en face –, mais aujourd’hui ces tables internationales décident de choses vitales pour les citoyens et les citoyennes. Ce qui veut dire, en clair, que le prix de la non-souveraineté du Québec, c’est de voir le pouvoir démocratique s’éloigner des citoyens et des citoyennes du Québec, s’éloigner de notre Assemblée nationale. On l’a bien vu là. Des choses se sont décidées, ici à Québec, dans notre capitale nationale, non pas par notre Assemblée nationale, non pas par la Chambre des communes à Ottawa, mais par une assemblée supranationale à laquelle nous ne participions pas. Du temps de René Lévesque, du temps d’André d’Allemagne et de Pierre Bourgault, la souveraineté était assise sur la grande argumentation classique, puissante et forte du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à se gouverner, l’intérêt national, etc. S’ajoute aujourd’hui un argument d’une extrême puissance et de modernité: les peuples, s’ils ne veulent pas perdre le contrôle sur une grande partie de leur vie démocratique, doivent être souverains et présents aux tables internationales où ces choses se décident.
Si je le reprends par le moins grand angle, je pense que la population a Compris, au Québec, à la hauteur de 70 pour cent, et même au Canada – que le gouvernement du Canada, je regrette de le dire, n’a pas été correct, n’a pas été équitable vis-à-vis le peuple et la nation québécoise, n’a même pas été poli. C’est à la population de juger, mais ce qu’ils ont fait, ça ne se fait pas. Il aurait été si facile de permettre aux élus québécois de souhaiter la bienvenue aux nations qui nous visitaient, de permettre aux élus québécois d’être présents à des choses aussi conviviales et fraternelles qu’un service religieux par exemple – on est rendu loin, là! En tout cas, je ne veux pas rouvrir de débats odieux sur cette question, mais je pense qu’il faut prendre acte. Il faut aussi prendre acte du fait que, si le Québec avait été souverain, aucune de ces frictions n’aurait eu lieu. Le Québec aurait été à la table, comme le Mexique, le Honduras ou l’Équateur, point.
Je dois dire aussi que, sous l’angle de comparatif en tout cas, notre corps de police national s’est comporté d’une façon exemplaire. J’ai été présent à Davos. J’ai vu ce qui s’est passé avec les autorités policières du Canton des Grisons. J’ai vu la télévision pour Seattle, j’ai vu la télévision pour Prague, pour Nice et, somme toute, les choses ont été faites convenablement, avec peut-être une petite difficulté en fin de processus, à la prison d’Orsainville. Je pense que mon collègue Ménard, que je félicite d’ailleurs, ainsi que les hommes et les femmes de troupe de la Sûreté du Québec, se sont bien acquittés de leurs tâches extrêmement difficiles. J’ai pu observer moi-même, à un moment donné, du haut d’un immeuble, ce qui se passait en bas. J’ai vu des agents recevoir des pavés et crouler au sol, être évacués par leurs camarades sans qu’aucune manifestation d’agressivité, de représailles ou de vengeance ne s’ensuive. Ça prend un certain sang-froid, un certain professionnalisme et un certain courage, il faut le reconnaître.
La manifestation du Sommet des peuples a été extraordinairement pacifique et exemplaire. On me dit d’ailleurs que les services d’ordre syndicaux ont très bien joué leur rôle. On sait que, traditionnellement, la Fédération des travailleurs du Québec et la CSN sont capables d’assurer l’ordre dans les manifestations. Ils l’ont bien fait, mais il faut se rappeler que les manifestations peuvent être infiltrées par des casseurs qui ont un comportement antidémocratique et antisocial, qui ne sont pas de petits saints et qui ne méritent aucune sympathie.
Ceux qui méritent de la sympathie par ailleurs, ce sont les habitants du quartier Montcalm, du quartier Saint-Jean-Baptiste, du quartier Saint-Roch, qui ont été mis à rude épreuve dans leur existence domestique. Ils n’ont pas choisi qu’un sommet international ait lieu dans leur quartier. Alors ils méritent évidemment notre sympathie. Leur députée, notre collègue madame Maltais, les a, semble-t-il, réconfortés à tous les moments.
Qu’est-ce qu’on a fait pendant le Sommet, ma collègue et moi, puisque nous n’étions pas au Sommet? Eh bien, on a fait beaucoup de choses. Vous savez qu’on a invité le Sommet des peuples (allocution du lundi 16 avril) dans notre Assemblée nationale. J’ai pu parler à ces gens et leur donner le message québécois. Nous avons reçu, à l’Assemblée nationale toujours, une séance de la Conférence parlementaire des Amériques (COPA) (allocution du mercredi 18 avril) où nous avons pu également discuter, exprimer notre point de vue. Nous avons fait plusieurs rencontres bilatérales: avec la présidente du Panamá, les présidents du Mexique, du Chili, de l’Argentine.
D’ailleurs, je signale que le président de l’Argentine, un grand monsieur, un gran señor, a remercié – contrairement au premier ministre du Canada – le gouvernement du Québec pour son hospitalité. Cela ne vous a pas échappé, je l’espère en tout cas. Nous, cela ne nous a pas échappé. On a vu là un geste de politesse et de gentilhommerie extrêmement estimable.
Durant cette période, j’ai pu voir aussi, parce qu’il était ici, le Secretary of Commerce (communiqué du 21 avril) des États-Unis d’Amérique, le ministre du Commerce. Nous avons parlé de notre obsession commune, ces semaines-ci, c’est-à-dire le bois d’œuvre. On a fait une bonne revue de la question du bois d’œuvre. Avec les autres, il y a eu aussi des sujets très intéressants, mais plus généraux, qui ont été abordés. En gros, c’est notre bilan.
Pour plus d’information sur la place du Québec au Sommet, consultez le site D’Amérique et d’avenir préparé par le ministère des Relations internationales.
[QLandry20011023Qué]
[Signature de l’entente de principe entre le gouvernement du Québec et le Grand Conseil des Cris]
Monsieur le Grand Chef, Ted Moses,
Monsieur le Chef de Eastmain, Edward Gilpin,
Monsieur le Chef de Waswanipi, Paul Gull, Chers collègues du Conseil des ministres, Messieurs Brassard et Chevrette,
Madame et Messieurs les Chefs des communautés cries de la Baie-James, Monsieur le Député d’Ungava, Mesdames et Messieurs,
C’est pour moi un grand plaisir de participer aujourd’hui à cette cérémonie de signature d’une entente de principe historique entre le gouvernement du Québec et le Grand Conseil des Cris du Québec.
Au moment du discours inaugural de la 36e législature de notre Assemblée nationale, le 22 mars dernier, j’avais indiqué que j’entendais continuer à travailler à l’établissement d’un dialogue constructif avec les nations autochtones du Québec. La négociation de solutions mutuellement acceptables relativement à l’exercice d’une plus grande autonomie par ces nations s’inscrit fort bien dans la foulée de la commémoration du tricentenaire de la Grande Paix de Montréal de 1701. Je suis donc très heureux de concrétiser ces objectifs par la conclusion de cette entente, qui constituera, j’en suis sûr, les bases d’une Grande Paix entre le Québec et les Cris.
Les dirigeants des nations ont, dans le cadre de l’exercice de leurs mandats, quelques occasions de construire des jalons dont la portée est historique.
La cérémonie de signature d’aujourd’hui est certainement pour moi l’un de ces moments privilégiés. Un des moments de l’histoire où deux nations décident, sur la base d’une volonté commune, de tourner la page afin de bâtir un avenir prometteur et ouvert sur des horizons nouveaux.
Le Québec forme, nous le savons tous, une nation. Les Cris aussi forment une nation, un fait qui a été reconnu il y a plusieurs années déjà sous le gouvernement de mon regretté chef et ami, M. René Lévesque. L’une comme l’autre, nos nations apportent une façon originale de vivre l’aventure humaine et méritent, à ce titre, de bénéficier de conditions favorisant leur épanouissement et leur développement respectifs. L’entente d’aujourd’hui fournira aux Cris des moyens concrets d’assurer le développement de leurs communautés. Soyons clairs, chacune des communautés a fait le choix de parier sur la confiance et le respect plutôt que sur l’affrontement et la méfiance. Certains continueront de porter leur attention sur ce qui nous divise plutôt que sur ce qui nous unit. Nous, qui sommes parties prenantes à la signature de cette entente historique, aurons la responsabilité, dans les mois et les années à venir, de garder les yeux fixés sur l’avenir et la nécessaire réconciliation de nos deux nations. L’entente d’aujourd’hui définit des bases assurant que les gains de l’un ne se feront pas au détriment de l’autre. Elle favorisera plutôt l’émergence d’un contexte où l’une et l’autre des nations bénéficieront du changement.
Ce choix, le grand chef Ted Moses et moi avons décidé de le faire lorsque nous nous sommes rencontrés en juin dernier. Nous avons échangé à ce moment là de manière très franche et très directe. Nous avons alors fait le constat que nous avions des différends importants à résoudre et qu’il n’existait qu’une seule voie viable pour y parvenir, celle du dialogue. Nous avons alors convenu qu’il fallait nous affranchir de l’approche juridique qui entachait nos relations depuis quelques années. Il est devenu clair que nous devions définir ensemble une nouvelle base à partir de laquelle nous pourrions construire une relation de nation à nation, une relation tournée vers l’avenir. Nous avons surtout constaté qu’il y avait encore trop à faire pour le développement des communautés cries, pour le développement du Nord-du-Québec et pour le développement du Québec en général; nous devions trouver le moyen de nous entendre. Nous avons alors demandé à nos proches collaborateurs d’explorer s’il nous était possible de tourner la page et de convenir ensemble d’une nouvelle approche qui permettrait à nos communautés respectives d’évoluer dans un environnement plus serein, ouvert sur l’avenir. Je tiens à souligner ici le remarquable travail de l’équipe de négociation dans la réalisation de ce mandat. Je pense plus particulièrement au travail de M. Abel Bosum, chef négociateur cri.
L’entente que M. Bosum a contribué à élaborer amorce une nouvelle relation de nation à nation, un nouveau départ qui permettra d’établir de nouvelles relations politiques, économiques et sociales entre le Québec et les Cris. Tout en demeurant fondée sur les engagements contractés il y aura bientôt 26 ans lors de la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ), notre relation se caractérisera davantage par la confiance, la coopération, le partenariat et le respect mutuel.
Je demande donc à ces mêmes proches collaborateurs de poursuivre le processus déjà bien entamé pour préciser les principes établis, convenir des modalités plus fines d’application et de rédiger un projet d’entente finale d’ici la fin de 2001. Vous aurez compris que les procédures judiciaires sont de facto dès maintenant suspendues pour nous permettre de nous concentrer sur la préparation de cette entente finale dans le nouvel esprit de collaboration et de confiance mutuelle qui dorénavant nous animera.
C’est d’ailleurs dans ce contexte que les Cris consentent à la réalisation du projet hydroélectrique Eastmain et au projet de dérivation de la rivière Rupert. Ces projets, qui sont stratégiques pour assurer l’approvisionnement énergétique du Québec, représentent des investissements de 3800000000 $. Ils donneront lieu à l’augmentation de 15 % de la production d’électricité sur le territoire de la Baie-James, et permettront la création d’emplois représentant quelque 8000 années-personnes durant les six années et demie que durera la phase de construction. Une fois l’entente finale signée, nous débuterons dans les plus brefs délais les études, notamment environnementales, préalables aux travaux de construction.
Je profite de l’occasion pour annoncer la création d’un comité ministériel propre au Nord-du-Québec. Celui-ci sera présidé par le ministre Guy Chevrette qui sera secondé dans l’exercice de ses fonctions par le député d’Ungava, M. Michel Létourneau. Le comité sera notamment chargé de favoriser les retombées et l’établissement de partenariats durables entre les Cris et les populations non autochtones régionales, en continuité avec la Politique de développement du Nord-du-Québec adoptée par le gouvernement au printemps dernier. Avec la signature de cette entente de principe, aujourd’hui, les conditions sont réunies comme jamais pour aller encore plus vite et plus loin dans le développement de cette région, et ce, au bénéfice de toutes les populations régionales.
[ In conclusion, I wish to reiterate that the signature of this historic agreement marks the establishment of a new and open relationship, based on the common values and interests of the Cree and Québec nations. It reinforces the capacity of the Cree to ensure their own development and focuses on a shared willingness to pursue the harmonious development of Northern Québec, in respect for our respective cultural heritages and in a context of increasing modernization.]
Je vous remercie.

[QLandry20020923Qué]
[Ouverture du Forum mondial des drogues et dépendances]
Sa Majesté la reine Noor de Jordanie,
Monsieur Paul Okalik, premier ministre du Nunavut et patron d’honneur du Forum,
Monsieur Martin Cauchon, ministre de la Justice et procureur général du Canada,
Monsieur Gérald Tremblay, maire de Montréal,
Monsieur Luc Chabot, président du Comité organisateur du Forum,
Mesdames, Messieurs,
Je veux d’abord remercier les membres du Comité organisateur d’avoir rendu possible la tenue de cet événement. C’est un plaisir pour moi d’accueillir, au nom de mon gouvernement, les participantes et participants venus en aussi grand nombre pour nous faire profiter de leurs connaissances.
[Your presence in Montreal is a shining example of the resolve of advocacy groups, researchers and experts from around the world to share their thoughts on the use of drugs and alcohol. It is also a reflection of the international community’s concern with the growing problem of addiction.
Este encuentro fomenta la libre circulación de ideas, el intercambio de conocimientos especializados y la divulgación de los métodos más apropiados, en un momento en que esto es particularmente necesario.]
Partout dans le monde, la consommation inappropriée ou abusive de l’alcool et des drogues augmente. Cette croissance entraîne son cortège de drames pour ces personnes et leurs proches, mais également pour les collectivités. Les dérives que ces diverses formes de dépendance engendrent sont particulièrement visibles chez les jeunes. Leur coût humain et social est incalculable. Leurs conséquences, sur les plans environnemental, économique et financier, posent un défi majeur à toutes les sociétés.
Trop souvent, chez les jeunes, les dépendances sont associées à l’abandon scolaire, à la prostitution et aux comportements délinquants et criminels. Chez les adultes, elles font perdre plus de journées de travail que n’importe quelle autre maladie et constituent le principal facteur de contre-performance professionnelle. Première cause d’accidents et de traumatismes, les dépendances sont souvent liées à des problèmes judiciaires ou de santé mentale.
Un public averti comme le vôtre sait tout cela, j’en suis fort conscient.
[By exploring better ways to help people with dependencies, you are empowering us to prepare for the future. Discussions among people in the vanguard in the fight against drugs and other addictions will produce the kind of knowledge that will help counter this human tragedy more effectively.]
Une rencontre comme celle-ci est importante pour vous, spécialistes, et pour les pays que vous représentez, mais elle l’est aussi pour le Québec, votre hôte.
La tenue à Montréal du Forum mondial drogues et dépendances nous permet à nous, participants québécois, de profiter des recherches et des expériences menées ailleurs. C’est aussi l’occasion pour nous de partager, avec le reste du monde, notre propre savoir-faire ainsi que nos pratiques reconnues en matière de prévention et de traitement des dépendances en général et de la toxicomanie en particulier.
Pour vous, participants étrangers, c’est l’occasion de constater le dynamisme et la diversité de nos efforts afin de minimiser les conséquences désastreuses du phénomène des drogues et des dépendances. Vous noterez sans doute l’originalité et le caractère novateur de plusieurs actions des organismes québécois qui œuvrent auprès des personnes alcooliques ou toxicomanes, des joueurs pathologiques et des proches de toutes ces personnes en grande difficulté.
[ En opinión de muchos, Quebec es un ejemplo a seguir en todo el mundo por sus iniciativas para contrarrestar los problemas relacionados con la práctica excesiva de juegos de azar y de dinero. La sociedad quebequense es la única que cuenta con un programa nacional de tratamiento a este efecto. En el marco de este programa que se estableció hace dos años, hemos formado a más de 250 trabajadores que han tratado a la fecha a más de 4000 personas en unos cien centros.]
Nos efforts pour éviter que les jeunes en particulier, mais aussi les adultes, deviennent victimes des jeux de hasard et d’argent sont aussi importants. Je pense, notamment, à notre campagne nationale d’information pour prévenir le jeu excessif ainsi qu’à la production de matériel d’information et d’éducation traitant des jeux de hasard et d’argent. Différents moyens sont mis à la disposition de tous ceux et celles qui se préoccupent de cette question, dans chaque région du Québec, dans les écoles, les milieux de travail, les hôtels et les bars.
Pour lutter contre la toxicomanie, mon gouvernement travaille en étroite collaboration avec le milieu communautaire. De façon à assurer la protection de la population, le respect de ses droits et la qualité des services offerts, le Québec a adopté des normes de qualité. Un processus de certification des organismes communautaires et privés offrant des services en toxicomanie et d’hébergement a également été mis en œuvre. Au moyen de plusieurs médias, une importante campagne sociétale destinée à prévenir l’apparition des problèmes de consommation d’alcool et de drogues incite les jeunes à nouer de meilleures relations interpersonnelles et à échanger avec des adultes importants pour eux. Cette publicité invite les adultes — les parents en particulier — à mieux communiquer, à être véritablement à l’écoute des jeunes et de ce qu’ils vivent.
Dans une autre approche, celle là visant à la réduction des méfaits, je souligne la très belle expérience de solidarité sociale que représente l’Opération nez rouge, le pionnier et le modèle des services de raccompagnement. Depuis la création de ce service à Québec, plusieurs villes canadiennes, de la Suisse et de la France s’en sont inspirées. Il s’agit d’une mesure à caractère communautaire et à portée sociale d’importance qui consiste, durant la période des fêtes, à ramener gratuitement à la maison quiconque a trop bu ou ne se sent pas en état de conduire son automobile. Le service est assuré par des bénévoles. Je vous signale également le lancement, dans le cadre des activités du forum de deux publications de nature à mieux vous faire connaître l’approche québécoise en matière de lutte à la toxicomanie et au jeu pathologique.
Ainsi, demain, le ministre délégué à la Santé, aux Services sociaux, à la Protection de la jeunesse et à la Prévention, M. Roger Bertrand, rendra public le cadre de référence pour l’élaboration d’un plan d’action national de lutte contre la toxicomanie, sous le titre Agir ensemble en toxicomanie. Ce premier cadre de référence, qui définit nos orientations nationales, nous conduira à l’adoption d’un plan national de lutte à la toxicomanie. Le Québec, je l’ai évoqué tout à l’heure, est à l’avant-garde dans le domaine de la prévention du jeu pathologique. Nous nous démarquons avantageusement à travers le continent, notamment par l’importance du financement public que nous y consacrons. Le Plan d’action national sur le jeu pathologique, qui sera également lancé demain par mon collègue, intensifiera et consolidera l’action de tous ceux qui contribuent à la prévention, au traitement et à la réinsertion sociale des joueurs pathologiques et au soutien de leur famille.
Je n’évoquerai pas plus longuement les actions engagées au Québec en matière de lutte à la toxicomanie et aux autres dépendances. Vous vous pencherez sur ces questions tout au long de la semaine.
Plusieurs intervenants et chercheurs d’ici, ainsi que des représentants du gouvernement québécois donneront des conférences et participeront activement aux débats du forum. Différents ministères et organismes québécois animeront le stand interministériel du gouvernement du Québec, sous le thème Agir ensemble. [The reason I have drawn your attention to our efforts in the fight against drug addictions and other dependencies is that I am convinced we can greatly benefit from our shared experiences. There is no doubt in my mind that the contribution of researchers and practitioners from around the world is essential to deal with the unprecedented problems facing our society as a result of drug or gambling addictions. In this context, developing better approaches will depend largely on our ability to create partnerships and engage in constructive exchange.]
J’espère que la semaine qui s’engage sera fructueuse à cet égard. Je souhaite plein succès à vos travaux et je vous remercie.
[QLandry20020724Qué]
[Discours aux funérailles de Louis Laberge]
Distingués invités,
Membres de la famille immédiate de Louis Laberge, Lucille en particulier,
Membres de la famille syndicale,
Chers compatriotes,
Nous sommes réunis aujourd’hui pour les funérailles nationales d’un des plus grands Québécois du dernier demi-siècle. Avant de parler de lui sous l’angle collectif, au nom de tous et toutes, je tiens à exprimer à la famille immédiate et à la famille syndicale une solidarité profonde à l’égard de leur chagrin et de leur peine. La mort fait partie de la vie et elle laisse toujours chez les êtres humains une peine, un chagrin difficile à combattre. Je veux vous dire que nous le comprenons profondément. Nous sommes ici pour vous le dire. Je veux vous dire aussi que, dans le cas du départ de Louis, il y une immense consolation et un antidote à votre tristesse. Sa vie est d’une beauté telle, qu’elle devrait vous aider à combattre rapidement la peine. La vie réussie, réussie à un très haut niveau comme dans le cas de Louis Laberge, enlève toute victoire à la mort.
Louis Laberge a aussi été un homme public intense. Par son action syndicale, par son action sociale, par son action politique. Il était doté de talents exceptionnels et de caractéristiques personnelles remarquables.
D’abord, son intelligence, une des plus belles que j’ai vues dans ma vie. D’ailleurs, il a commencé sa vie active comme travailleur de l’aéronautique qui est le domaine de l’intelligence. La précision requise, la compréhension de chaque geste, sous peine de catastrophes facilement imaginables. Quand Louis, dans son cheminement syndical, a quitté la mécanique, il a démontré que l’intelligence des mains qu’il avait, était l’intelligence tout simplement. Être intelligent, ce n’est pas être intellectuel. Être intelligent, c’est comprendre. C’est être doté de capacités d’analyse et de décision, qui étaient les caractéristiques les plus belles de la personnalité de Louis Laberge. Et Dieu sait qu’il s’en est servi de son intelligence. Pour comprendre des négociations syndicales d’une complexité extrême, mettre au point des stratégies et des tactiques dont ses opposants se souviendront toujours. Trouver des solutions, des consensus. Il s’est servi aussi de son intelligence à quelques reprises pour lancer des traits assassins dont les objets se sont relevés péniblement et aussi par des remarques vives et désopilantes qui ont su détendre les situations les plus dramatiques, durant des négociations ou des sommets socioéconomiques. Donc, un homme doté d’une intelligence extraordinaire, qui n’aurait peut-être pas donné les fruits qu’elle a donnés si elle n’avait été assise sur la passion. Quand Louis Laberge croyait, il le disait et il agissait en conséquence. Il mobilisait toutes ses forces individuelles envers l’objectif qu’il avait choisi.
Ce serait mal le décrire – et il nous en voudrait –, si je ne mentionnais pas aussi sa joie de vivre. Louis était convivial, même avec des gens dont il ne partageait aucune des opinions. Il pouvait avoir des repas fascinants qui auraient passionné des étudiants et étudiantes de science politique, pour des études avancées. C’est la raison pour laquelle, quand le Fonds de solidarité a pris une participation importante dans la Maison des futailles, tout le monde a compris qu’il s’agissait d’un placement économique rentable, mais en même temps un clin d’œil de la part de Louis Laberge au fait que l’art de vivre fait aussi partie de la vie.
Son œuvre socioéconomique pour notre nation est gigantesque. Elle se résume à ceci, mais le résumé ne rend pas justice à la réalité. Louis Laberge n’a jamais rejeté l’économie de marché et d’entreprise et les courbes de l’offre et de la demande, mais il s’en est toujours méfié.
Il a compris une chose fondamentale : que le libéralisme, au sens universel du terme, pouvait dans certains cas, dans la meilleure hypothèse, créer la richesse et l’emploi, mais n’avait aucun talent naturel pour les répartir. Louis a consacré sa vie à faire le contrepoids. Il y a beaucoup d’instruments de répartition de la richesse. Les États bien organisés, les États avancés en font partie, et le syndicalisme en fait partie. L’héritage de Louis Laberge, sous cet angle, pour le Québec, c’est de nous donner l’honneur. Mais c’est plus qu’un honneur, c’est un facteur d’efficacité d’être la société la plus syndiquée de notre continent et d’être la société où la richesse est la mieux répartie. Ce sont des millions d’hommes et de femmes qui doivent leur bien-être, le succès de leur vie et leur prospérité à l’action extraordinairement sociale de Louis Laberge. On sait également ce qu’il pensait de la question nationale. En tout respect des opinons des autres, il pouvait en discuter d’une façon extrêmement pertinente et habile. Elle n’a pas été réglée, la question nationale québécoise, comme il l’aurait souhaité. Mais en homme d’action et en homme d’intelligence pratique, dans le monde syndical, il l’a réglée. Ça fait longtemps que la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec a sa souveraineté, qu’elle discute avec tous les syndicats, qu’elle est représentée directement dans les instances internationales du monde et qu’elle gère ses propres affaires. Alors, au moins, Louis, tu auras laissé un modèle qui pourra servir de réflexion sur une échelle plus vaste.
Sans révéler de secret d’État, je voudrais vous dire une des façons dont Louis Laberge a pu avoir une influence aussi grande sur notre société : c’est son amitié et sa complicité exemplaire avec René Lévesque. Souvent, pour présenter une grande politique au Conseil des ministres, René Lévesque commençait en disant : « N’ayez crainte, celle-ci sera facile à réaliser, Louis, qu’il appelait Ti-oui, est totalement d’accord! » Dans d’autres cas, il disait : « Nous allons le faire quand même, mais attendez-vous au pire, Louis est totalement contre! » Ces deux éventualités se sont produites, comme chacun s’en souvient. L’œuvre de Louis Laberge est une œuvre québécoise, c’est aussi une œuvre universelle. Surtout si l’on considère ce qui arrive à ce libéralisme dont il se méfiait tant. Depuis que le contrepoids pratiqué par un certain nombre d’États, des économies centralisées et planifiées, pour ne pas les nommer, les ex étant communistes et socialistes, n’ont plus de modèles alternatifs à offrir, puisque leur aventure a échoué. Le contrepoids universel au libéralisme effréné se cherche et, pendant qu’il se cherche, on voit des dérives lamentables. Au cours des derniers mois, on a vu des dérives d’entreprises qui ont ruiné littéralement la vie de leurs travailleurs et de leurs travailleuses, par des licenciements massifs et qui, en plus, ont attaqué leur fonds de pension et le régime de retraite de millions d’autres. Il en faut des Louis Laberge. Il en faut au Québec et il en faut ailleurs. Je souhaite que nous en ayons. Je souhaite que son exemple, pour la jeunesse de notre nation et pour la jeunesse progressiste du monde, serve d’inspiration. Mon cher Louis, ta patrie aujourd’hui, te dit un adieu ému et te dit que tu as bien mérité d’elle, tu en as mérité une reconnaissance éternelle.

[QLandry20020624Qué]
[Réception à la fête nationale au Musée du Québec]
Mesdames et messieurs les membres du corps diplomatique et consulaire,
Chers collègues du Conseil des ministres,
Monseigneur l’archevêque de Québec,
Monsieur le maire de Québec,
Monsieur le maire de Lévis,
Monsieur le maire gouverneur de St. Petersburg, qui nous honore de sa présence,
Messieurs les recteurs des universités Laval et du Québec à Montréal,
Mesdames et messieurs les membres de l’Assemblée nationale et de la Chambre des communes,
Madame la juge en chef du Québec,
Distingués invités,
Mesdames et messieurs,
Chers amis,
Merci d’être avec nous sur les bords du grand fleuve, au soleil de l’été québécois, dont nous n’étions plus très certains que nous en ayons un. Là, il est au rendez-vous, il s’annonce splendide, comme la fête que nous célébrons aujourd’hui, la fête nationale du Québec qui, avec les années, s’est révélée une occasion de fêter des choses de plus en plus importantes et de plus en plus intéressantes.
La Société nationale des Québécois, comme vous le savez, organise des fêtes dans l’ensemble du territoire et a trouvé une phrase délicieuse pour souligner l’événement de cette année : « Et si nous nous lancions des fleurs, et si on se lançait des fleurs. »
Nous avons, dans notre caractère national, un trait, qui n’est pas absolument antipathique, mais plutôt autocritique par rapport à nous-mêmes. Il n’est pas mauvais, ça pousse à faire mieux, mais, de temps en temps, exprimer un certain contentement, et l’exprimer dans la joie, est sûrement un excellent exercice intellectuel et psychologique.
En effet, le Québec d’aujourd’hui, d’aujourd’hui même, a quelques bonnes raisons de se lancer des fleurs, ne serait-ce que pour le succès matériel de notre économie; donc, le million d’hommes et de femmes qui sont entrés au travail lundi dernier, en plus grand nombre qu’à aucun autre moment de notre histoire. Jamais les Québécois et les Québécoises n’ont tant travaillé contre salaire dans l’industrie, dans le commerce, dans les services, dans les ressources naturelles.
Ce travail se fait aussi de plus en plus dans des secteurs passionnants de l’activité économique contemporaine. On peut dire qu’avec ses 7500000 habitants, le Québec est devenu, oui, une puissance technologique. La moitié de tous les produits de haute technologie exportés par le Canada viennent du Québec. La métropole, Montréal, est une technopole importante dans plusieurs secteurs sur la carte économique du continent nord-américain et du monde, et notre capitale nationale aussi. Montréal a des spécialités puissantes et bien connues, Québec est peut-être le lieu au monde où la science du photon, ou photonique, tout ce qui touche les sciences de la lumière, est le plus fouillé, le plus avancé, le plus créateur d’emplois. Ailleurs, sur notre territoire, se trouvent également 50 carrefours de la nouvelle économie, c’est-à-dire que l’économie du savoir, l’activité technologique avancée, n’est plus réservée aux grands centres, du moins au Québec. Il y a des villes de taille modeste qui ont, toutes proportions gardées, de formidables capacités technologiques. Il y a donc des raisons de se lancer quelques fleurs pour ces succès matériels.

Cependant, le succès d’une nation ou d’un peuple ne saurait être que matériel, il doit aussi comporter plus, et encore plus, d’éléments intemporels, d’éléments humains, voire spirituels. Dans ces éléments intemporels, il y a aussi, et le Québec est au rendez-vous, une explosion culturelle qui fait que nous avons aussi quelques raisons de contentement. Comme le disait Robert Lepage, je le parodie un peu le soleil ne se couche jamais sur la culture québécoise. C’est vrai que, dans toutes les capitales du monde, ce soir, des Québécois et des Québécoises de tous les arts de la scène, de la musique, ou par auteurs dramatiques interposés, des créateurs québécois réjouiront des publics et des populations du monde entier. Au Canada, un livre sur deux est publié au Québec. Par conséquent, la culture sauve, la culture est au rendez-vous, la culture fait partie de la richesse.
Mais il y a aussi une dimension dont nous pouvons être fiers et que nous devons approfondir, c’est celle de la solidarité. Les nations sont justifiées par le besoin de solidarité. Nous sommes 6000000000 d’être humains, c’est un formidable idéal de solidarité, mais pratiquement impossible à atteindre à cette échelle en nombre et en géographie. Il y a un relais intermédiaire des solidarités humaines, ce relais s’appelle la nation. Il est important depuis des siècles, il le sera peut-être de plus en plus, à une époque où toute chose tendra à se mondialiser ou à se globaliser. Les identités seront le fondement de cette capacité de se reconnaître soi-même, de reconnaître les autres, de reconnaître son entourage national, tout en étant capable d’un dialogue international de plus en plus riche et de plus en plus fécond. Le Québec est prêt pour tous ces défis.
Mais, il y a quelques sujets, selon moi, où il est trop tôt pour se lancer des fleurs. Le statut politique de notre nation ne mérite pas encore cette abondance de pétales et de floraisons de toutes sortes, en tout respect pour l’opinion de mes compatriotes qui n’en sont pas encore à ce niveau de raisonnement. Il est tout à fait convenable et respectable de voir l’avenir du Québec différemment, mais il me semble tellement évident que nous devons faire partie du concert des nations! Parce que c’est juste, parce que c’est équitable et réaliste. On ne peut pas prétendre que le Québec est une simple province d’une autre nation. Cela ne convient pas à la réalité, quelles que soient les voies qu’on emprunte pour arriver à l’idéal.
Donc, question de réalisme, de justice, d’égalité, mais, à la limite, question de devoir quand un groupe humain comme le nôtre a réussi, en 40 ans, à induire chez soi un développement formidable. Il y a 40 ans, nous avions le niveau d’éducation le plus bas des pays occidentaux; aujourd’hui, nous avons le plus haut. Nous avons transformé radicalement notre économie, une économie de ressources naturelles, en économie du savoir, et de haut savoir.
Cela veut dire, je crois, que nous avons quelque chose à dire. Nous pouvons être, d’abord, exemplaires, parler par l’exemple, mais parler aussi aux tables où s’assoient des nations pour mettre de l’avant l’expérience québécoise et faire que la solidarité québécoise, avec les pays en développement en particulier, s’exprime pleinement et clairement. Nous avons des affinités, en particulier avec l’Amérique latine. Plusieurs de ces pays d’Amérique latine sont ici rassemblés.

Nous sommes la partie la plus au nord de l’Amérique latine. Cela fait des facilités incroyables de contacts, de relations des entreprises qui devront un jour se faire d’égal à égal et en direct.
Nous avons des affinités nombreuses avec l’Afrique par nos traditions de coopération internationale, par la langue avec un très grand nombre de ces pays qui cherchent, avec un courage inouï et parfois teinté d’un certain manque d’espoir, à connaître la voie du développement que le Québec a connue rapidement. Si le Québec, en 40 ans, a pu faire ce qu’il a fait, nos frères et sœurs d’Afrique, bien soutenus par la communauté internationale, peuvent faire rapidement des choses extraordinaires. C’est pourquoi je crois tellement que notre Québec doit participer au concert des nations, parce qu’il a le droit, parce qu’il le mérite et parce qu’il en a quelque chose à dire.
Bonne fête nationale, merci de votre présence!

[QLandry20021024Qué]
[Inauguration de l’Inuksuk]
Mme la présidente de l’Assemblée nationale, MM. les présidents Aatami et Adams, M. le représentant du chef de l’opposition officielle, chers collègues de l’Assemblée nationale et du Conseil des ministres, Mme la consule générale des États-Unis d’Amérique, chers amis venus du Nord, chers amis inuits, chers compatriotes. Cet homme de pierre aurait peut-être préféré qu’il fasse plus froid aujourd’hui. Il ne perd rien pour attendre. Il se sentira plus chez lui au mois de janvier et j’espère qu’il ne sera pas trop malheureux au mois de juillet. Nous aiderons à le consoler dans ces périodes, et j’espère que sur la colline parlementaire, bientôt, viendra homme ou femme pour parler au nom du peuple inuit dans notre Assemblée nationale. Nous aurons le regret de ne plus avoir la grande voix de Michel Létourneau pour parler en leur nom, mais ils seront représentés directement. Les choses sont claires entre ce peuple que nous aimons, au Nord, et nous-mêmes. Ils ne sont pas Québécois puisqu’ils forment une nation, mais ils gèrent avec nous une partie du territoire québécois, une partie importante, une partie vitale, je dirais, et c’est normal qu’ils joignent leurs voix démocratiques à l’action de cette Assemblée nationale. La position géographique de cette oeuvre d’art symbolique est particulièrement bien choisie, près de René Lévesque, un peu plus haut par ailleurs en taille, pour rappeler que ce ministre de Jean Lesage — donc l’oeuvre des deux hommes se complétait, a été le premier Québécois à s’intéresser profondément, activement et, je dirais, passionnément aux peuples du Nord. Il a même visité lui-même, il a été le premier à le faire — tous les villages de la terre inuite avec d’ailleurs celui qui l’a inspiré et guidé dans cette opération, Éric Gourdeau, qui nous fait l’honneur de sa présence ce matin et qui est un très grand Québécois, et l’oeuvre de Lévesque, la pensée de Lévesque s’est traduite en actes et en actions et nous avons développé avec la nation inuite une amitié exemplaire et durable.
Donc, ce que nous célébrons d’abord ici, ce matin, particulièrement en cette période de l’histoire humaine où certains peuples ne s’aiment pas, certains peuples ont développé entre eux la haine débouchant sur des violences parfois abjectes, ici, nous célébrons l’amitié entre les peuples, nous la voulons durable, perpétuelle et exemplaire.
L’humanité, qui comprend 6000000000 d’individus, a besoin du relais national pour assurer la solidarité et la convivialité. Il faut des nations pour constituer l’espèce, mais il faut que ces nations coopèrent pour que la planète soit harmonieuse. C’est ce que les Québécois et les Québécoises font avec les peuples du Nord, et singulièrement le peuple inuit. Cela est dans notre intérêt mutuel, ils ont besoin de nous, nous avons besoin d’eux. Et je ne parle pas encore de questions matérielles ou matérialistes, je parle simplement de coopération profonde et d’inspiration mutuelle.
Nous avons vu en particulier une expression culturelle absolument originale en entendant ces deux voix de femmes qui valent bien, et j’espère qu’elles en auront la même célébrité, ces voix bulgares que nous entendons des fois. J’ai un préjugé pour le Nord, j’aime autant ça que les voix bulgares, et je leur souhaite la même célébrité mondiale. Mais c’est là une parcelle de la richesse culturelle de ce peuple qui vit au Nord, et nous pouvons apprendre de ce peuple comme il peut évidemment apprendre de nous. Et je dis aux jeunes Québécois et Québécoises qui se passionnent pour les pays lointains d’Afrique ou d’Asie, et qui même y sont allés pour coopérer comme enseignants, comme personnel médical, qu’il y a une priorité pour l’aide au développement et les relations entre les peuples. Cette priorité, elle est immédiatement au nord de notre territoire. Il faut que les jeunes Québécois et les jeunes Québécoises s’intéressent intellectuellement, d’abord, et se passionnent affectivement pour nos amis du Nord, et j’espère que l’inverse est déjà vrai et sera de plus en plus vrai.
Au-delà des relations immatérielles et spirituelles qui nous unissent, il y a aussi des relations économiques vitales. Vous savez que la planète est menacée par l’émission de gaz à effet de serre qui peuvent bouleverser les climats et la vie des hommes et des femmes. Or, il y a une possibilité énergétique d’au moins 8000 MW sur le territoire habité par les Inuits. Cela est d’une valeur inestimable pour eux, et ils devront en profiter pleinement, et cela est d’une valeur inestimable pour nous, car nous ferons ce développement ensemble, ce qui permettra au peuple inuit de moduler ses rapports avec notre civilisation et qui nous permettra, à nous, de mieux vivre la nôtre.
Il s’agit donc d’une journée et d’un événement symbolique puissant. Et j’espère que c’est le signal d’une coopération accrue, et j’espère que le peuple québécois et le peuple inuit continueront à donner au monde l’exemple de la coopération, de l’amitié, voire de l’amour entre deux nations qui s’estiment et se respectent.
[QLandry20020325Qué]
[Allocution devant les étudiants de l’Université de Montréal]
Je vous remercie de votre accueil et du temps que vous consacrez à venir m’entendre, dans un premier temps, puis discuter avec moi – puisqu’il y a une période de questions – du Québec, de notre Québec, de sa vie démocratique et de ses divers aspects, de la culture, de l’économie et aussi du monde, du Québec dans le monde.
Mais, avant de parler d’économie ou de technologie, je voudrais vous dire quel est le sentiment qui m’anime en mettant les pieds dans cet amphithéâtre. En effet, quand j’étais à votre place, dans ma vie, quand j’étais étudiant dans cette université, le Québec avait le niveau d’éducation le plus bas des pays développés, qu’il partageait grosso modo avec le Portugal. Vous voyez le portrait? J’arrive de ma campagne, je viens sur cette montagne, et une des premières statistiques que j’apprends, c’est qu’on a le niveau d’éducation le plus bas du monde développé.
Je reviens sur cette montagne aujourd’hui, et notre Québec a l’un des plus hauts, ou le plus haut niveau d’éducation de cette planète. Vous voyez ce qui s’est passé en l’espace d’un demi-siècle? Ce qui était le cœur de la Révolution tranquille, l’investissement en éducation, ne s’est pas démenti, d’une part, et il nous a donné, d’autre part, des dividendes et des fruits absolument extraordinaires.
Il ne s’est pas démenti parce que vous savez que, contre vents et marées, nous avons continué à investir en éducation même dans les périodes difficiles et que nous avons respecté scrupuleusement les engagements du Sommet de la jeunesse en particulier qui, quand même, totalisaient 600000000 $ en trois ans, pendant une période qui n’est pas si simple. Et je vous dirai en insistant un peu, d’ailleurs, que ce n’est pas simple de gouverner le Québec dans l’état actuel des choses.
Nous avons aussi décidé de garder nos frais de scolarité au niveau où ils sont présentement, nous les avons gelés, nous avons pris la décision de les geler. Ça a été vrai pour le passé de notre gouvernement, ce sera vrai aussi pour l’avenir de notre gouvernement, et je vais vous dire pourquoi : parce que nous croyons que l’égalité des chances dans la vie, indépendamment de la fortune ou de tous autres facteurs, est au cœur d’un projet de société progressiste et moderne.
Tony Blair, qui est premier ministre socialiste de Grande-Bretagne, chef du Labor Party, résumait cela dans une belle formule. Il disait : « Nous, les socialistes, nous avons fait une erreur en croyant que les résultats de l’existence devaient être égaux, que tout le monde devait être égal, mais nous ne nous sommes pas trompés en voulant que les chances d’accéder aux résultats soient égales pour tout le monde. » C’est par conviction que ces frais de scolarité sont gelés, c’est par conviction qu’ils sont parmi les plus bas d’Amérique du Nord, disons-le, beaucoup plus bas que dans le reste du Canada et encore beaucoup plus bas qu’aux États-Unis d’Amérique.
Cette croyance en l’éducation, cette conviction d’y mettre les moyens a donné le Québec d’aujourd’hui, et le Québec d’aujourd’hui, qui n’est pas parfait, il est assez séduisant. Je vais maintenant vous lire une phrase qui a fait l’objet d’un débat dans la presse de toutes les façons, dans les revues et dont chacun des éléments est avéré : « L’économie québécoise croît plus vite que l’économie ontarienne. Les Québécois ont un niveau de vie supérieur, s’enrichissent davantage et leur richesse est mieux répartie qu’ailleurs en Amérique. » Alors, ce n’est pas un désastre, c’est le contraire. Vous vivez dans une société extrêmement avancée, aux possibilités vastes, ouverte, moderne. Sur deux livres publiés au Canada, deux livres édités et publiés, il y en a un qui est publié au Québec, c’est-à-dire la moitié, et nous sommes moins de 25 % de la population. Voilà pour l’aspect culturel.
Pour l’aspect plus matériel et matérialiste de la technologie, un dollar sur deux d’exportation de haute technologie du Canada vient de notre Québec. Et vous voyez que se rencontre dans la culture et l’économie le fait que nous avons cultivé ce qu’il y avait de mieux dans les hommes et les femmes: la puissance de l’esprit, la créativité, et souvent l’un va avec l’autre. Vous savez que Montréal est devenue une technopole, la cinquième d’Amérique. Vraiment, ce n’est pas un continent dépourvu, parce qu’en Amérique il y a Los Angeles, il y a Dallas-Fort Worth, il y a Boston, il y a New York et il y en a d’autres. Montréal arrive au cinquième rang, avec une diversité technologique inimaginable.
Nous sommes dans l’aérospatiale, où le Québec est la cinquième puissance du monde. Avec 7500000 d’habitants, c’est à peine croyable, mais c’est comme ça. Cela veut dire que, per capita, on est bien avant tous les autres, y compris les États-Unis et la France.
Nous sommes dans la pharmacie-biotechnologie. Dans cette université même, on a annoncé des investissements importants au sujet de la pharmacie justement. Nous sommes dans les télécoms, bien entendu, nous sommes dans les multimédias. Il y a à peine cinq ou six ans, vous le savez, l’image de Montréal, malheureusement, s’apparentait plus à une montagne de poussière grise. On était plus désespéré qu’autrement. Mais avec, comme bougies d’allumage, la Cité du multimédia et d’autres réalisations en dehors de Montréal, on s’est consolidé à Laval, dans la ville de Québec, notre capitale nationale, et jusqu’à Gatineau, jusqu’à Sherbrooke, jusqu’à Rimouski. Dans le carrefour des nouvelles économies de Rimouski se sont créées des centaines et des centaines d’emplois de technologie de pointe dans les créneaux les plus avancés du monde.
Cela est le fait d’un État interventionniste et qui ne se gêne pas pour l’être. Nous croyons aux lois de l’économie de marché, nous croyons qu’Adam Smith est un des plus importants penseurs de l’humanité. Adam Smith a bien démontré l’offre, la demande, la concurrence internationale, vous vous souvenez, la spécialisation internationale des tâches, que même les communistes acceptaient. Donc, nous croyons en ces forces du marché, qu’on appelle la main invisible, nous croyons, comme gouvernement — c’est une conviction profonde, d’où le gel des frais de scolarité, d’où les investissements en éducation — à la main visible de la solidarité collective qui intervient. Donc, nous intervenons dans la répartition de la richesse, sur le plan régional comme sur le plan des diverses strates sociales, et nous croyons dans la répartition de l’égalité des chances de développement et d’épanouissement pour tous et toutes.
Je ne veux pas faire de critiques politiques partisanes. Je vous rappelle que notre parti, le Parti québécois, quand il est au pouvoir, donne aux Québécois et aux Québécoises un gouvernement progressiste qui ne s’est jamais démenti dans son œuvre économique comme dans son œuvre sociale. Je suis très content de l’Institut national d’optique à Québec et des milliers d’emplois qu’il a créés, mais ma fierté est égale quand je pense qu’en Ontario, pour faire garder des enfants, ça coûte 25 $ par jour et, que dans notre Québec, ça coûte 5 $. Alors, c’est ça, la synthèse de notre projet national dont je n’ai décrit qu’une partie.
Cela ne vous surprendra pas maintenant si je vous parle du fait que la question nationale du Québec n’est pas réglée, en dépit d’efforts de générations successives qui comprenaient aussi bien Jean Lesage que Robert Bourassa – dont on a étudié l’œuvre au cours de la fin de semaine – qu’évidemment René Lévesque, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard. Notre Québec forme une nation, au sens le plus fort du terme, autant que la France, la Grande-Bretagne, Israël, le Danemark ou la Norvège. Dans bien des cas, c’est une nation encore plus puissante parce que plus nombreuse et plus forte.
L’histoire de notre groupe humain nous a donné les caractéristiques d’une nation, c’est-à-dire des bonheurs communs, des malheurs communs, des projets communs, une volonté de vivre ensemble. Cette nation, vous le savez, est ouverte, composite, et je dirais que c’est une des plus facilement ouvertes du monde. Les Québécois et les Québécoises issus de l’immigration vous le diront: Ce n’est pas facile de changer de pays, de changer d’hémisphère, de changer de culture, de changer de langue, mais le Québec est un des endroits au monde où la chose est la plus facile. Et ces hommes et ces femmes qui ont convergé vers notre terre se sont enrichis eux-mêmes à tous égards — intellectuellement, socialement et, souvent, matériellement — mais nous ont enrichis aussi. Alors, ne jamais penser que le Québec est une aventure ethnique ou ethnocentrique. C’est une aventure nationale au sens le plus fort du terme, c’est une terre ouverte sur le monde, c’est une terre qui reçoit du monde et qui donne au monde.
Cependant, cette nation — et c’est pour cela que, des fois, le Québec est un peu difficile à gouverner — elle a le statut politique de simple province d’une autre nation. C’est là l’extraordinaire effort de pensée des premiers souverainistes Pierre Bourgault, André D’Allemagne et d’autres, complété par les efforts de René Lévesque et ses successeurs pour régler cette question nationale. Robert Bourassa, je vous l’ai dit, mais René Lévesque aussi, encore plus, ont passé au moins la moitié de leur vie politique utile à essayer de régler la question du Québec. Ce n’est pas fait encore. Ceux de ma génération qui militons pour cette cause, nous voulons vous exempter d’avoir à militer pour elle. Nous voulons que la souveraineté se fasse et que, par la suite, vous n’ayez plus, vous et vos enfants, à vous préoccuper que de développement culturel, de développement social, de rayonnement international du Québec, de développement économique. C’est la raison pour laquelle nous mobilisons autant d’énergie et c’est la raison pour laquelle — et je vous le dis en toute franchise — nous avons besoin de vous.
Il faut que vous vous pénétriez profondément de la problématique québécoise, qui est d’ailleurs très progressiste et très moderne, qui ne peut que vous convenir. Qu’est-ce qu’il y a de plus beau que de faire accéder sa patrie au concert des nations? Plusieurs jeunes de votre âge, dans d’autres pays, ne sont pas appelés à une tâche aussi exaltante. Pourquoi? Parce que c’est déjà fait. Je ne pourrais pas faire ce discours là en France, ni au Danemark, ni au Chili, ni au Pérou, mais je peux le faire, ici, au Québec, pour vous convier intellectuellement et de façon active à faire en sorte que cet espace économique et humain, qu’on appelle la province de Québec, puisse aller s’asseoir avec les autres nations aux Nations unies le plus tôt possible. C’est une des choses que notre parti vous propose et vous convie à appuyer.
La modernité de cette cause, vous le savez, l’est encore plus en raison du contexte mondial et international. Vous savez que, à l’exemple largement de l’Europe de l’Ouest, l’Union européenne, mais aussi en raison de considérations théoriques au départ, mais qui sont totalement avérées aujourd’hui, l’avenir est à la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes, ce qu’on appelle la « mondialisation des marchés », la « globalisation des marchés ». Ce phénomène est indubitablement positif pour une partie et comporte des dangers considérables pour l’autre partie. La plupart des progressistes dans le monde, les grands partis socialistes du monde, les partis sociaux-démocrates appuient le libre-échange, la libre circulation des biens, des services et des capitaux. C’est le cas des Britanniques, c’est le cas des Allemands, c’est le cas des Français et c’est le cas de la plupart des Nordiques. Mais, en même temps, les progressistes ont des craintes par rapport à la globalisation, que vous partagez, du reste.
Si la globalisation, cela veut dire le gouvernement de l’espèce humaine par les compagnies transnationales, ce n’est pas un progrès, comme certains textes déjà signés, malheureusement, pourraient le laisser entrevoir, comme ce que l’OCDE a fait malheureusement, il y a quelques années, soit de proposer l’AMI — vous vous rappelez, cette espèce d’accord qui diminuait l’importance des États nationaux pour faciliter la décision par de grandes entreprises privées. Un premier danger : la gouvernance, la démocratie. Un deuxième danger : le risque d’exploitation sociale. Si les biens circulent librement, cela veut dire que vous irez dans un magasin de chaussures et qu’en toute liberté, sans aucun contrôle, il y aura des chaussures qui auront été fabriquées par des gens dans des conditions qui jouxtent l’esclavage, des jeunes dont on a abusé en matière de travail de nuit, de salaires, etc. Si la mondialisation, ça facilite l’exploitation, ce n’est pas une bonne nouvelle non plus. Si la mondialisation, ça facilite le massacre de l’environnement, si ces produits que vous achetez ici ont été faits dans des conditions qui n’ont nullement protégé des espaces importants de la planète, ce n’est pas une bonne nouvelle non plus. Si la mondialisation, ça veut dire qu’il n’y a plus qu’une seule langue qui s’impose dans toutes les activités de la vie humaine et qu’elle nous conduit à l’homogénéisation culturelle, ce n’est pas une bonne nouvelle non plus.
Alors, si on veut profiter des avantages de la mondialisation et tenir à l’écart ces inconvénients, qu’est-ce qu’il faut faire? Il faut organiser le monde d’une façon démocratique pour que la mondialisation soit régulée, réglementée et régie par des instances véritablement internationales, transparentes et démocratiques. Cela est en voie d’être fait depuis longtemps : on a eu la Société des nations entre les deux guerres, puis on a eu l’Organisation des Nations unies après la guerre. On a eu une pléthore d’organisations internationales plus ou moins spécialisées pour la culture, pour l’économie, pour le travail. Oui, mais, souvent, ces organisations ont été conçues à un âge où la mondialisation n’était pas ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Donc, il faudra que ce grand phénomène soit régulé.
Ce que je viens de dire s’applique à tous les pays de la terre qui ne veulent pas tomber en déficit démocratique, mais je veux vous faire remarquer que cela s’applique dramatiquement plus à notre Québec, encore avec son statut provincial, parce que les grandes tables internationales où vont se prendre les décisions admettront les nations, c’est-à-dire le Chili, l’Équateur, l’Uruguay, comme à notre Sommet de Québec. Vous vous souvenez, il y a eu un sommet à Québec pour la construction des Amériques, mais le gouvernement national du Québec n’a même pas été admis au sommet pour dire bonjour. Si on y avait été admis, ce n’est pas juste « Bonjour », « Buenas dias » et « Welcome » qu’on aurait dit. On aurait dit ce que le Québec a à dire en matière sociale d’un espace économique progressiste, d’un espace économique de convivialité.
La voix du Québec doit être entendue dans les organisations internationales et elle ne le sera pas tant que nous serons… tant que nous aurons en partage ce statut provincial réducteur. Voilà une motivation que même René Lévesque n’avait pas ni les fondateurs du RIN, mais que nous avons aujourd’hui et que vous avez aussi. Autrement, des décisions majeures vous concernant ne seront plus prises à Québec, ni même à Ottawa. Elles seront prises à Buenos Aires ou à Genève ou dans les tables internationales qui se réuniront un peu partout et où le gouvernement central du Canada prétendra nous représenter. Des fois, ça aura du bon sens, et des fois, ça n’aura aucun sens.
Est-il normal, en tout respect pour les personnes, que la culture de Gilles Vigneault, de Gaston Miron et de Jean-Paul Riopelle soit représentée par Sheila Copps? Je n’ai rien contre Sheila Copps. J’insiste pour vous dire que je n’ai rien contre Sheila Copps. Si j’emploie son nom, c’est à des fins purement pédagogiques. On est dans une université, non? Ce sont des Québécois et des Québécoises qui doivent aller parler dans les instances internationales au nom du Québec. Est-ce que vous aimez mieux, s’il y a une réunion de l’Organisation mondiale du commerce traitant de l’aérospatiale ou de l’automobile, être représentés par John Manley ou par Pauline Marois? Poser la question, c’est y répondre, indépendamment des personnes, encore une fois, même si j’ai un faible pour Pauline Marois comme formidable ministre de notre économie nationale.
Alors, ce que je voulais vous dire — et je répondrai volontiers à vos questions — c’est que le Québec est une société largement réussie, mais à compléter, à compléter. Si nous ne voulons pas reculer, si nous ne voulons pas connaître un déficit démocratique, il faut ce sursaut pour réaliser le projet de René Lévesque, c’est-à-dire faire du Québec un pays complet et reconnu. Il le faut pour des questions d’identité. Je vous l’ai dit, pour participer au concert des nations. Je vous l’ai dit, pour des questions de fierté, cela va de soi, pour toutes les vieilles raisons. Il le faut aussi pour des raisons parfois bassement matérielles et financières. Notre participation au Canada… par exemple, la commission Séguin. Je vous recommande l’étude, d’ailleurs, du document ou des résumés, une documentation extrêmement solide sur ce qu’on appelle le déséquilibre fiscal, l’argent qu’on envoie à Ottawa et l’argent qui nous revient. La commission Séguin démontre qu’on a un déséquilibre avec Ottawa d’environ 25000000 $ par année. Deux fois 1000 millions plus 500 fois 1000000 $, c’est ce que ça veut dire. Ça veut dire 50000000 $ par semaine. On vient d’annoncer une subvention pour l’École polytechnique, pour construire un pavillon qui va coûter au gouvernement du Québec un peu plus de 50000000 $. Une semaine, une semaine de déséquilibre fiscal! Et pourquoi cela est-il arrivé? Parce que ce dont notre gouvernement national s’occupe — encore une fois, nous sommes un gouvernement national avec des moyens provinciaux — ce sont des choses vitales : la santé, l’éducation, le transfert aux familles, le transfert aux plus démunis. Ça coûte cher et cela a tendance à monter comme ça.
La population vieillit, ce qui est une bonne nouvelle, remarquez. Les progrès de la médecine, les progrès technologiques permettent que la population vieillisse. Malgré ces progrès, le taux de mortalité de notre espèce est toujours de 100 %, mais ça survient plus tard. Bien évidemment, c’est dans les dernières années de la vie, on le sait, que les frais de santé sont les plus élevés. Donc, nos frais de santé peuvent monter de 6,7 % par année. Il faut que les hôpitaux fonctionnent, que les infirmières soient payées et aient des conditions convenables, ainsi que les médecins et tous le personnel. Il faut que les équipements soient là : la radiologie, l’oncologie. Et nos moyens montent parfois de 1,72 %. À Ottawa, c’est le contraire. À Ottawa, qui s’occupe d’autres tâches, la guerre en Afghanistan… Ce n’est pas négligeable, tout ça, il y a 1000 militaires qui sont là, mais, en général, il n’y a pas de guerre. Fort heureusement, le contexte est à la paix. Ce sont toutes des responsabilités du gouvernement central, plus d’autres responsabilités, la diplomatie internationale, l’aide au tiers-monde qui ont largement écrêté au cours des dernières années et qui font que leurs besoins montent comme ça et que leurs moyens montent comme ça. Cette année, il va y avoir un surplus d’au moins 10000000000 $, alors que, nous, on gratte les fonds de tiroirs pour donner des moyens aux collèges, aux universités et aux hôpitaux. Vous voyez qu’il y a de grandes motivations pour que le Québec devienne ce qu’il doit être. Il y en a d’autres qui sont matérielles, mais tout aussi importantes. C’est à cela que je veux vous demander de réfléchir. Et quand votre réflexion sera finie – et je sais que, pour plusieurs d’entre vous, c’est déjà fait – d’agir et, pour agir, il faut participer à la marche du Québec vers sa souveraineté nationale, vers son plein épanouissement et sa participation au concert des nations. Voilà!

[QLandry20020326Qué]
[Symposium sur la société québécoise et les Autochtones]
Monsieur le Grand Chef des Cris,
Monsieur le Directeur, Monsieur le ministre, Madame la Consule des États-Unis,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis, [I will give you the evidence that I’m even braver than you think because once in my life would you believe that I came close to be punished not to speak English? It’s true. Québec changed a lot over the last few years.
I was a lieutenant in the Canadian Army and during a meeting one of my superiors, a lieutenant-colonel, told me and I quote: Lieutenant Landry, now, you speak English, it’s an order. In the military, « It’s an order » is quite a statement. And I said: Sir, I refuse to obey the order. You would have done the same in the same circumstances. I didn’t obey the order, and since I was a third-year law student, I added: It is more risky legally for you to have given the order than me to refuse to obey the order. He said: O.K. for this time. But that time was the last one.]
Il m’est arrivé, dans ma vie publique, d’avoir plusieurs sortes d’émotions, certaines très positives et très grandes, et, comme j’ai surtout été dans l’économie, une des grandes émotions de ma vie – je l’ai déjà dit d’ailleurs à une émission de télévision célèbre – c’est quand j’ai vu passer le taux de chômage de 14 % à 8 %, cela a vraiment été fantastique. Mais ce que j’ai vécu dans la prétention et la signature de la « paix des braves » est aussi, dans un ordre immatériel beaucoup plus vaste, une émotion remarquable.
En effet, les dialogues entre les peuples et les nations passent par les individus, des hommes et des femmes qui représentent ces peuples et ces nations, et la circonstance personnelle peut être catastrophique, s’il n’y a pas les atomes crochus requis, mais elle peut être salvatrice si cette communication se fait. C’est d’une façon très humaine, très humblement humaine que le dialogue menant à la grande paix a commencé, au bord de l’affrontement parce que dans une franchise absolue.
Pour des raisons qui tiennent au hasard historique, notre première rencontre a été marquée sous le signe d’une franchise telle que nos collaborateurs étaient un peu effrayés, mais très rapidement cette franchise s’est transformée en une confiance profonde et une certitude que ce que l’autre disait, il le pensait, et que ce qu’il disait il le ferait. Cela nous a conduits à bâtir cette nouvelle relation fondée sur le respect et la confiance pour mettre tout simplement fin à des querelles stériles, à des procédures coûteuses et qui, hélas, comme cela arrive souvent, ne menaient nulle part, en tout cas, dans un avenir prévisible.
Pour pouvoir aborder l’avenir avec confiance et mettre en place les conditions permettant le développement du Nord, pour le mieux-être des Cris comme de l’ensemble des Québécois et des Québécoises, il fallait signer cette entente. Elle est historique parce qu’elle permet l’établissement d’une nation vraiment moderne avec une nation autochtone, parce qu’une nation autochtone obtient pour la première fois une telle participation économique aux retombées de son développement et de son territoire. C’est une première au Canada, certainement dans le monde, je le crois aussi. En tout cas, nos amis Cris, qui ont une longue expérience et une grande érudition de ce qui se passe dans le monde, ont dit, à Genève, que leur relation avec le Québec était exemplaire pour toutes les situations semblables sur notre planète. Et on sait qu’il y en a!
Cette entente est assez liée à l’héritage de René Lévesque, et même profondément, car si c’est la franchise qui a marqué nos rapports, c’est aussi le respect de certains principes. Le premier homme politique québécois qui s’est occupé très sérieusement des questions autochtones et avec ouverture d’esprit, lui et ses collaborateurs, il y avait Éric Bourdeau qui travaillait avec lui dans le temps, vous vous en souvenez, c’est René Lévesque. Et l’un de ses derniers gestes comme premier ministre du Québec a été d’amener notre Assemblée nationale à poser un geste de justice et de lucidité, qui a consisté à reconnaître les nations aborigènes pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire des nations.
Quand cette réalité a été reconnue et acceptée, et acceptée dans toutes ses dimensions: droit à la langue, droit à la culture, droit aux bénéfices du territoire que nous partageons avec eux, droit, bien sûr, à la dignité et au respect mutuel — tout devenait possible. Mais il s’est écoulé quand même trop d’années entre la reconnaissance des principes et leur application pratique aussi claire que dans l’entente dont vous venez discuter aujourd’hui. D’ailleurs, je vous en fais mes compliments, c’est une œuvre qui doit être examinée par des intellectuels d’ici et d’ailleurs, par des gouvernants d’ici et d’ailleurs, par des juristes et par toutes les personnes dont les disciplines sont à l’interface des relations entre les aborigènes et les autres populations des territoires.
Évidemment, il était devenu clair que la reconnaissance du statu quo était intenable. La volonté des deux parties, qui est d’assurer leur plein développement économique sur une base pragmatique orientée vers les résultats et l’atteinte des objectifs poursuivis, devenait une règle implacable. Il fallait une vision partagée sur les choses essentielles. Il fallait accepter, humblement et de façon pragmatique, que l’histoire a fait de nous des voisins. L’histoire nous a donné en commun une partie du territoire québécois. Nous devions reconnaître ce fait, ce que nous avons fait, mais notre objectif est bien supérieur. Nous étions des voisins, l’esprit de cette entente est que nous vivions parfaitement ce voisinage mais qu’en plus nous devenions des amis.
Il se développe entre la nation crie et la nation québécoise une relation qui va au-delà des intérêts, une relation qu’on peut même qualifier de relation affective. Il faut que les Québécois et les Québécoises connaissent de mieux en mieux les Cris. Il y a des leçons extraordinaires à tirer de leur culture, de leur mode de vie. Il faut qu’il en soit de même pour les Cris, pour développer, bien au-delà d’un traité, ce qu’on pourrait appeler une solidarité. Il y a des peuples dans le monde qui ont développé des amitiés historiques durables, et cela compte. Et cela compte surtout dans les moments difficiles. Il est évident que cette entente est dans notre intérêt mutuel. Elle sera dans l’intérêt du Québec, elle sera dans l’intérêt des Cris.
Certains critiques ont dit — et cela doit être analysé à fond, c’est le cœur du problème — que le Québec versera trop d’argent aux Cris. Cette vision de la réalité est incomplète. Premièrement, cette vision ne tient pas compte du fait que la population crie a besoin de ces sommes pour assurer la prise en charge de son développement économique et communautaire, ce que permet l’entente. Le Québec avait pris des engagements en matière de développement économique et communautaire dans la Convention de la Baie James, signée par Robert Bourassa en 1975. Avec l’entente, les Cris assumeront désormais eux-mêmes ces engagements. C’est ça, le virage.
Nous n’allons pas, d’une manière paternaliste ou néocoloniale, pour employer un grand mot, développer la nation crie. La nation crie va prendre en charge son développement et l’assumer. Elle sera responsable de ses succès et de ses échecs, comme toute nation doit assumer ses succès et ses échecs. Les besoins des Cris à ce chapitre sont importants, voire spectaculaires. La population crie est appelée à croître rapidement. Il faut créer 500 emplois par année pour absorber cette nouvelle main-d’œuvre. J’ai fait le rapport avec la population du Québec. Vous voyez ce qu’il nous faudrait créer chaque année pour empêcher que le désœuvrement n’augmente? L’alternative, c’est une population condamnée au chômage, qui est, nous le savons bien, nous, Québécois, qui avons eu des périodes difficiles en cette matière, un des plus grands de tous les maux socioéconomiques. Parce qu’avec le désœuvrement, pour la jeunesse en particulier, on ouvre la porte, vous le savez, à quelle pléthore de calamités! Les Cris ne méritent pas cela. Aucun peuple ne mérite cela, d’ailleurs. Surtout, ils sont capables de mieux, pourvu qu’on leur donne en toute justice les outils minimums pour prendre en main leur propre développement. Je suis convaincu que personne au Québec ne souhaite freiner ou voir ralentir le développement de la nation crie. Une nation plus moderne et développée contribuera au développement du Québec.
Nos voisins et nos amis, nous nous sommes entendus sur le fait que les Cris ne sont pas des Québécois, ni des Canadiens d’ailleurs. Ils ne sont pas choqués, mais ils le disent, ils sont des Cris. Et l’entente est de nation à nation. S’ils se développent, ce seront des collaborateurs, des partenaires et des voisins développés et prospères par les emplois qu’ils occuperont. En se procurant au Québec des biens et services, ils feront rouler l’économie, une préoccupation matérialiste, mais réelle et respectable, en investissant au Québec. Ceux qui font une analyse courte oublient à quel point les ressources du territoire de la Baie James constituent un levier économique puissant pour le développement économique du Québec tout entier, une production économique dépassant les 5000000000 $ annuellement seulement en hydroélectricité, en exploitations forestière et minière. Environ 40 % de la production hydroélectrique du Québec, environ 10 % de la capacité forestière du Québec, une industrie qui fait vivre plusieurs dizaines de milliers de Québécois, tant dans la forêt elle-même que dans les industries de transformation. Ceux qui font une analyse courte oublient également que ce développement permettra des retombées nouvelles en matière énergétique d’une ampleur considérable. Les projets Eastmain 1, et Eastmain-Rupert débloqués par l’entente, à eux seuls, représentent 1 200 mégawatts d’énergie, 4000000000 $ d’investissements, 10 500 emplois. Qui a dit, dans une analyse courte, qu’on donnait trop d’argent aux Cris? C’est une entente fondée sur l’intérêt mutuel, le respect mutuel conduisant à l’intérêt mutuel.
Est-ce que ces gains maintenant se feront au détriment de la nation crie? C’est aussi une question qui doit se poser. Est-ce que la paix des braves est aussi la paix juste des braves et la justice pour les braves? L’entente présente véritablement une situation où chaque partie sort gagnante. Il n’y a pas de perdant. Les Cris participeront financièrement au bénéfice du développement du territoire. Cette participation financière sera d’ailleurs indexée selon une formule qui tient compte du développement économique du territoire. Si nous faisons beaucoup d’argent, ils feront beaucoup d’argent. C’est ça, l’équité. C’est ça, la vie. Si les choses vont moins bien, comme il arrive dans l’économie qu’il fasse moins beau, ils subiront les mécomptes de la température comme nous. L’entente met en place les conditions pour que les Cris puissent eux-mêmes prendre en main leur développement économique et communautaire, avec des ressources financières de 70000000 $ par année, avec la récupération de responsabilités auparavant assumées par le Québec en vertu de la Convention de la Baie James. C’est au cœur de notre entente. Nous n’allons pas organiser leur développement. Nous allons leur permettre, en toute justice et équité, d’organiser leur développement. L’entente prévoit aussi la création de la Société crie de développement économique. Nous, Québécois, sommes de façon exemplaire interventionnistes, avec la Société de développement industriel, aujourd’hui Investissement Québec, avec la SGF, avec la Caisse de dépôt et de placement. Que nos voisins subissent cette contagion, avec une société de développement, c’est une excellente chose, et j’espère qu’ils prendront modèle sur nos succès des 40 dernières années en matière de gestion collective de l’économie, tout en cultivant l’économie de marché, tout en favorisant l’entrepreneurship. Bref, je souhaite que le modèle cri ressemble au modèle québécois et qu’il donne les effets économiques et sociaux de même nature.
Nous allons également mettre en place, par cette entente, un certain nombre d’adaptations au régime forestier québécois qui permettront de mieux tenir compte du mode de vie traditionnel cri dans une perspective de développement durable, une approche novatrice pour faire encore mieux que ce qui se faisait auparavant, pour maintenir le niveau d’exploitation actuel tout en répartissant mieux l’activité sur l’ensemble du territoire.
Quant au développement hydroélectrique, l’entente établit certains paramètres techniques pour minimiser l’impact sur l’environnement dans une optique de développement durable. Donc, consultation des communautés locales, utilisation de la prodigieuse connaissance qu’ont les Cris de leur propre territoire. Enfin, une entente sur le débit réservé pour la dérivation de la rivière Rupert. Hydro-Québec s’engage, toujours dans une optique de stimulation économique et de développement local autogénéré à accorder 590000000 $ en contrats à des Cris ou à des entreprises cries dans la mesure où celles-ci respecteront les critères usuels de qualité, de coût et d’échéancier des travaux. Malgré tout cela, il faut reconnaître et apprécier les sacrifices consentis par les Cris, qui acceptent la dérivation partielle de la rivière Rupert, un cours d’eau très important pour leur communauté. Souvent, le développement le mieux équilibré et le mieux calculé impose des sacrifices de cette sorte pour un bénéfice plus grand. On peut faire certains sacrifices quand on croit que sa jeunesse a droit à l’épanouissement, quand on croit qu’on va atteindre une prospérité matérielle qui compensera certains autres efforts d’un autre ordre qu’on aura dû faire.
Pourquoi une telle entente est-elle possible au Québec mais semble difficilement réalisable ailleurs? La question a été bien posée par le chef Ted Moses. C’est que le Québec est à l’avant-garde des relations entre les Autochtones et les non-Autochtones. Le grand chef de l’Assemblée des Premières Nations, Matthew Coon Come, a eu l’occasion de citer le Québec en exemple à plusieurs reprises. Notre ami Roméo Saganash, qui est ici présent, l’a indiqué récemment à Genève. Dès 1985, René Lévesque et le gouvernement du Parti québécois d’alors ont reconnu les 15 nations autochtones du Québec. Je crois que ce n’est pas par hasard. Petite nation nous-mêmes, vivant dans un univers culturel continental qui n’est pas le nôtre, nous ne sommes pas dans le courant linguistique principal d’Amérique du Nord, le Québec a toujours su reconnaître que la diversité n’est pas une menace, mais, au contraire, une source d’enrichissement et, ce qu’il a voulu qu’on lui applique à lui-même, il l’applique au pays.
Le Québec a toujours su comprendre aussi l’importance de lutter pour sa survie en tant que collectivité. Ce qui est vrai et qui a toujours été vrai, à travers les âges, l’est de plus en plus aujourd’hui, à une époque de globalisation de toute l’activité humaine avec les risques d’homogénéisation, de déperdition de variétés, de déperdition de diversité.
Comme je l’ai indiqué au début de mon mandat de premier ministre, plus que jamais je demeure convaincu que le Québec constitue une nation moderne et inclusive, qui n’est pas fondée sur une aventure ethnique, mais sur une aventure nationale. Foncièrement, je crois que c’est cette capacité, de part et d’autre, d’accepter l’autre pour ce qu’il est qui a permis cette entente de nation à nation. Je suis donc très fier d’avoir participé, au nom du gouvernement du Québec et de la nation québécoise, à cette entente exemplaire. Je veux saluer aussi publiquement la vision et le courage de Ted Moses qui a été l’un des grands braves de la « paix des braves ». Son engagement envers sa communauté, avant comme après la signature de l’entente avec le Québec, fait de lui un grand leader. Son pragmatisme et sa franchise font de lui un partenaire précieux pour l’avenir d’un Québec moderne. Je voudrais aussi saluer le travail acharné et brillant des deux principaux négociateurs cris, Gilbert Bosum et Robert Mainville. Leur contribution à la réalisation de cette entente historique ne saurait être sous-estimée. Je salue aussi le travail de toute l’équipe autour de Jean St-Gelais, l’équipe de spécialistes québécois qui a permis le cheminement intellectuel de cette entente.
Je voudrais aussi profiter de sa présence dans cette salle pour souligner le travail de Billy Diamond, un autre grand leader cri, le premier que j’aie connu quand j’étais ministre du Développement économique dans le gouvernement Lévesque. Je suis même allé quelquefois avec lui dans le Nord et j’ai gardé, de lui et du Nord, un souvenir inoubliable. Je veux le saluer pour sa contribution à l’acceptation par les populations cries de cette entente que nous avons préparée et réussie.
Je souhaite que ce que nous avons fait sur la base de principes solides et d’une franchise parfaite serve d’exemple dans beaucoup d’autres situations similaires dans le monde, certaines beaucoup plus complexes que celles que nous avions à régler, car celles que nous avons eu à régler se matérialisaient par des affrontements devant les tribunaux ou par une certaine amertume, un certain ressentiment, mais jamais par des affrontements horribles comme on en voit se dérouler dans le reste du monde, dans certaines autres parties du monde actuellement. L’esprit de la paix, c’est l’esprit de la paix, que la situation soit très détériorée ou qu’elle le soit moyennement. Alors, je souhaite que l’esprit de cette paix inspire des relations harmonieuses entre les nations et apprenne à chacun qu’un groupe humain qui forme une nation doit être reconnu comme tel. Pas besoin d’exemples aux quatre coins de la terre. Je souhaite, par exemple, que le gouvernement central du Canada prenne acte des relations exemplaires de nation à nation que nous avons avec les Cris et qu’il accepte, un jour, le plus rapidement possible, de reconnaître formellement, comme René Lévesque a reconnu les Cris, que les Québécois et les Québécoises forment une nation qui a toutes les caractéristiques d’une nation, qui est en plus, une nation responsable, une nation développée, une nation ouverte sur le monde et qui cultive des relations harmonieuses avec les autres nations. Si l’exemple entraîne des effets dans d’autres parties du monde, dans d’autres continents, ça ne me déplairait pas que, dans des situations plus proches de nous, cette « paix des braves » ait aussi un certain rayonnement.

[QLandry20011126AOnt]
[Allocution devant le Toronto Board of Trade]
Madame la présidente, Distingués invités, Membres du corps diplomatique, Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Pour bon nombre d’entre vous, le terme « ami » s’applique parfaitement, puisque, ayant consacré de nombreuses années à l’économie et aux sciences, j’ai dû me rendre à Toronto, ou vous saluer à Montréal, ayant ainsi eu l’occasion de travailler avec bon nombre d’entre vous et de vous connaître personnellement. Je suis donc heureux de vous voir ici et il m’est très agréable de me trouver avec vous dans cette salle où nous tenterons d’échanger ensemble sur nos visions du Québec d’aujourd’hui et de demain. Mon exposé sera en deux parties. Je vais d’abord vous parler d’économie et de chiffres, pour passer ensuite à l’autre volet de ma carrière, la politique. Je ne sais encore quelle partie fera davantage consensus, mais j’espère que les deux y parviendront.
J’étais chez moi à Verchères, au bord du Saint-Laurent, samedi matin de bonne heure, et je me préparais intellectuellement à venir vous rencontrer, et psychologiquement aussi, car c’est la première fois en six ans qu’un premier ministre du Québec vient prononcer un discours public à Toronto. La dernière fois, c’était Jacques Parizeau. Alors, je préparais d’arrache-pied ce que j’allais vous dire, puis j’ai reçu La Presse, un quotidien montréalais. La une faisait état de la popularité des politiciens et du personnel politique au Québec. Avant Jean Chrétien et Jean Charest et tous les autres, figurait votre humble serviteur en première position! Quelle préparation pour aujourd’hui, là où les choses sont sûrement passablement différentes quant à ma popularité.
Quoi qu’il en soit, je ne suis pas ici pour recueillir des votes. Et avec un minimum d’information, ne serait-ce que par ce que rapporte votre presse à mon sujet, je crois que je ne voterais pas pour moi non plus. Or, au Québec, c’est tout à fait différent. Vous savez, quand on occupe un poste comme le mien, et un grand nombre d’entre vous travaillent dans le secteur public, il faut parler en public plusieurs fois par jour. Vous le savez bien. Et ce n’est pas si simple. Il faut d’abord avoir quelque chose à dire; mais, avec l’expérience et l’aide de fonctionnaires efficaces, on peut régler le problème assez facilement. L’autre défi, c’est de trouver une blague à raconter. La tradition nord-américaine veut qu’on raconte une nouvelle blague à chaque discours. Pas commode. Surtout dans une société de la taille du Québec, avec 7500000 d’habitants, on est assuré que cette blague sera éventée en l’espace de 48 heures. Donc, j’importe de l’étranger, je me sers de nos relations avec l’Europe de l’Ouest. J’en ai une qui pourrait intéresser le Consul général de France et le Consul général de Belgique. Qu’ils écoutent ma blague et ils devront peut-être se débrouiller entre eux après. Alors, la voici. Vous savez que les Français adorent les blagues sur les Belges et aiment se moquer d’eux. Voici donc un exemple de ce type de blague: Qu’est-ce qu’une fondue belge? Réponse: Vous trempez des frites dans de la purée de pomme de terre. Voilà! Mais en fait, les Belges, qui sont des gens intelligents, expliquent pourquoi les Français adorent les blagues belges. Pourquoi? Parce qu’elles sont faciles à comprendre. Aussi simple que ça!
Je veux maintenant aborder le volet économique et financier de mon allocution. Vous savez probablement que lorsque j’étais ministre des Finances, je venais ici tous les ans pour vous le répéter. Au Québec, nos finances publiques sont équilibrées, aucun déficit depuis quelques années, en fait, depuis plus de cinq ans. Pourquoi? Parce que notre dette extérieure était plutôt élevée, soit 100000000000 $ accumulés, et parce qu’il nous semble inacceptable de faire payer aux générations futures les excès de notre consommation actuelle, ou les résultats de notre mauvaise gestion, si je puis dire. Alors, nos finances publiques sont équilibrées et nous sommes assurés d’avoir, au cours du présent budget, le même équilibre. Quelle que soit la situation économique, parce que nous avons des réserves de près de 1000000000 $ pour faire face à toute situation difficile.
Donc, nous avons toujours cette énorme dette. Mais même cette énorme dette de 100000000000 $ ne m’empêche pas de dormir la nuit. Pourquoi? Parce que le gouvernement du Québec est le seul actionnaire d’Hydro-Québec. Et d’ici à quelques années, la valeur d’Hydro-Québec atteindra l’équivalent de 100 % de la dette, en actifs, pour la simple raison qu’Hydro-Québec devient, d’année en année, une sorte de planche à billets. Du fait qu’Hydro-Québec, comme son nom l’indique, produit de l’électricité à même l’énergie hydraulique. Vous amortissez votre énorme investissement initial, puis, au bout d’un certain temps, le coût est quasi nul, car le prix de l’énergie étant ce qu’il est, et ce qu’il sera dans l’avenir, devrait sans doute assurer l’équilibre financier.
Quoi qu’il en soit, notre doctrine consiste à gérer avec rigueur et à payer à même nos revenus et nos recettes annuelles nos dépenses de santé, d’éducation, de services sociaux qui représentent, tout comme en Ontario, 80 % de notre budget. Donc, en ce qui concerne notre administration publique, les choses ne vont pas trop mal depuis quelques années.
Sur le plan du développement économique, de la croissance et de la réorganisation, ce fut tout aussi intéressant. C’est pourquoi je puis déclarer ceci: nous ne sommes pas satisfaits, mais contents, vraiment. Pourquoi pas satisfaits? Il y a six ans, le taux de chômage tournait autour de 14 %. Aujourd’hui, il est d’à peu près 8 %. Même le mois dernier, le chômage ne s’est pas aggravé de manière spectaculaire. Peut-être cela viendra-t-il. Heureusement, ce n’est pas encore le cas et les prévisions publiées il y a quelques jours indiquent que le Québec n’entrera pas en récession. Il n’en sera pas loin, mais il n’entrera pas en récession. L’Ontario pourrait entrer en partie dans le scénario récessionniste, mais à peine. Et beaucoup de gens conviennent que la reprise peut être rapide et qu’ensuite, une croissance durable reprenne, comme au cours de l’an dernier.
Voici maintenant quelques faits essentiels sur le Québec. Notre produit intérieur brut est d’environ 200000000000 $ canadiens. Nous figurons parmi les 20 pays industrialisés de l’OCDE. L’économie du Québec est semblable à celle de la Suisse ou, disons, de la Suède. Au Québec, le PIB par habitant, son produit intérieur brut, est comparable à celui de l’Allemagne et du Japon, et il est supérieur à celui de la France et du Royaume-Uni. Il est inférieur d’environ 20 % à celui de l’Ontario. C’est intéressant, mais il nous manque toujours ce 20 % pour atteindre le niveau de l’Ontario.
Le produit national brut du Québec par habitant dépasse de presque 10 % la moyenne de l’OCDE. Le Québec devance en quelque sorte tous les pays du G7 en termes de croissance des dépenses en R & D, et il devance tout le monde sur le plan de la croissance. Depuis 1990, le nombre d’entreprises qui s’occupent de R & D au Québec a plus que doublé. Les dépenses de R & D se situent aujourd’hui à 2,1 % du produit intérieur brut, par rapport à 1,7 % au Canada. Quant aux industries du savoir avancé, elles ont accru leur part du produit intérieur brut. La moitié de la valeur des actifs des produits de haute technologie exportés par l’économie canadienne, proviennent de l’économie québécoise, et nous ne représentons qu’un quart de l’ensemble de l’économie canadienne.
Montréal, bien sûr, mais pas seulement Montréal, est au cœur de l’action dans ces secteurs de pointe. D’après une étude de Price Waterhouse, Montréal se classe quatrième en Amérique du Nord sur le plan des emplois par personne dans le secteur de la haute technologie, quatrième sur notre continent. La revue américaine Wired a classé Montréal cinquième au monde des plaques tournantes de la nouvelle technologie, à égalité avec New York et Seattle, avant Los Angeles, Paris et Tokyo.
Tout ceci, selon moi, s’explique de deux manières. Tout d’abord, vers les années soixante, la société québécoise est passée du plus faible niveau d’éducation parmi les pays développés à un niveau parmi les plus élevés aujourd’hui. C’est là la clé, bien sûr. C’est le facteur déterminant.
Actuellement, plus de 80 % des travailleurs ont un diplôme d’études secondaires, et plus de 20 % d’entre eux ont un diplôme universitaire. Au Québec, 81 % des élèves ont obtenu leur diplôme d’études secondaires, par rapport à 79 % dans les pays de l’OCDE, à 74 % aux États-Unis et à 72 % dans l’ensemble du Canada. À Montréal, la proportion d’étudiants universitaires par habitant est plus élevée que, tenez-vous bien, à Boston, Boston qui ne se classe pas dernière sur ce plan. Donc, l’éducation et la formation de la main-d’œuvre, la motivation de la main-d’œuvre et, en plus, un petit accessoire qui aurait pu être un handicap mais qui est devenu un avantage. Je veux parler de la stabilité de cette main-d’œuvre. À cause de notre univers culturel, nous ne nous déplaçons pas autant que les Américains et probablement que les autres Canadiens. C’est tellement vrai qu’une entreprise célèbre qui fabrique un produit au Québec, un produit perfectionné, a un roulement de personnel de 1,7 % par an, alors que dans l’usine américaine de cette même société, le roulement est de 17. Donc, parfois, quand nous disons que c’était un handicap que d’être si différents sur le plan culturel et linguistique du reste du continent, il faudrait ajouter que cela est parfois très rentable. En outre, et c’est là ma deuxième explication de la structure de notre économie, traditionnellement, le Québec est profondément nord-américain de mentalité. Au point que, pendant nombre d’années, et presque encore aujourd’hui, le lien entre le Québec et les États-Unis est devenu si naturel qu’il induit à une certaine confusion. Hé oui!… Un million de personnes de notre population ont une présence permanente dans l’État de Floride. Pas toujours les mêmes, mais ils représentent néanmoins un demi million. De nombreux explorateurs de l’Amérique, ceux qui ont donné leur nom à des villes d’Amérique du Nord, sont des Québécois, et un certain attachement à ce continent persiste. Par exemple, un Montréalais, de la Mothe Cadillac, a fondé la ville de Detroit. C’est de là que la prestigieuse voiture tient son nom.
Mais les Américains n’ont pas beaucoup de reconnaissance envers nous, parce que dans la maison natale même du Sieur de la Mothe Cadillac, dans le Vieux Montréal, il ont ouvert un restaurant McDonald; ce genre de choses n’est pas unique dans l’histoire. Tout ceci pour dire que nous nous sommes étroitement liés au courant culturel américain, à la langue dominante de l’Amérique, l’anglais. Surtout du fait que nous avons une minorité anglophone importante et très active à Montréal, avec une institution comme l’université McGill, par exemple. Donc, dans ma génération, habituellement, à l’université, la moitié de nos professeurs avaient un diplôme américain, et l’autre moitié un diplôme d’Europe de l’Ouest. Alors, vous voyez ce curieux mélange lorsque ces gens là rentraient chez eux. C’est ainsi que l’explication se complète : nous sommes reliés aux Nord-Américains, de même qu’à l’Europe de l’Ouest.
L’idéal de Québec et de Montréal consiste, en fait, à maintenir ce lien, sur le plan de l’économie, de la production, de la gestion, de la culture, du mode de vie. C’est pourquoi, et c’est un autre exemple, une étude sur le coût et la qualité de vie démontre qu’on a évalué la qualité de vie de 200 villes et classé Montréal quatrième parmi les villes qui jouissent de la meilleure qualité de vie au monde. Quatrième! Montréal partage cette position avec des villes telles que Bruxelles, Monsieur le Consul général, Brisbane, Paris, Monsieur le Consul général, et Stockholm.
Cela paraît à Montréal. Certains chercheurs américains ont commencé, il y a quelques années, à préparer un nouvel indice permettant d’évaluer la qualité d’un espace économique. Ils l’ont appelé « l’indice bohémien ». Certains d’entre vous en ont peut-être entendu parler. L’indice bohémien correspond au calcul de toute personne qui se consacre à une activité culturelle dans un espace économique: les écrivains, les chanteurs, les danseurs et quiconque s’occupe de culture. Ils constituent un indice, et cet indice est directement proportionnel à l’indice de haute technologie du même secteur. Intéressant, n’est-ce pas? Vous voyez que Montréal, avec sa qualité de vie, avec Céline Dion, avec le Cirque du Soleil, avec l’Orchestre symphonique de Montréal, avec Plamondon, avec Notre-Dame-de-Paris qui sera joué ce soir à Londres et dans bien d’autres villes du monde. Montréal et le Québec, avec ces traits distinctifs, sont également la terre de la haute technologie, la terre des produits à valeur ajoutée. C’est pourquoi nous ne sommes pas satisfaits, mais contents. Et nous espérons que, si l’économie ne ralentit pas trop et si elle se rétablit rapidement, des années très très intéressantes nous attendent. Nous espérons que cet écart entre le produit national brut par personne du Québec et celui de l’Ontario sera un jour comblé. Alors, livrons-nous à un concours amical sur ce plan. N’allez pas trop vite, sinon nous ne parviendrons pas à vous rejoindre, mais nous ferons de notre mieux. Je crois que, quand un bon jour je reviendrai ici, nous nous amuserons ferme.
Voilà pour le volet économique. Passons maintenant au thème de la politique qui, pour moi, dans cette salle, promet d’être plus difficile que l’autre. Mais je veux être franc avec vous. Pour respecter quelqu’un, il faut d’abord dire à cette ou ces personnes ce que vous avez vraiment en tête. Donc, certains d’entre vous vont peut-être trouver ces propos provocants. J’espère que c’est juste dans le sens intellectuel, qu’ils vous provoqueront, je l’espère bien. Mais je le fais encore avec franchise et avec l’attitude la plus amicale qui soit. Oui, depuis les années 1970, j’ai consacré ma carrière politique à tenter de modifier en profondeur la relation entre le Québec et le reste du Canada. Mais, et je l’ai dit dans mon premier discours à Joliette, lorsque je me suis porté candidat il y a de nombreuses années. J’ai complètement oublié ce discours depuis, mais quelqu’un a écrit ma biographie, il y a quelques semaines, et j’ai pu y lire tout mon discours d’alors. Et que disait ce discours à Joliette en 1970? Il exprimait ma volonté que le Québec devienne un pays souverain, mais que je ne suis pas le moindrement animé par quelque ressentiment que ce soit envers nos amis du reste du Canada, ni du Canada proprement dit, ni de l’histoire du Canada. Depuis ce jour là, ma motivation est positive et je vais maintenant m’expliquer pour ensuite vous céder la parole. Mais, si vous réagissez de manière négative à mon point de vue, je devrai, je crois, vous convaincre d’envisager ma franchise et ma sincérité sous un angle positif.
Si vous voulez bien comprendre pourquoi, depuis 50 ans, nous avons toutes ces discussions sur la soi-disant question du Québec, vous devez être conscients d’un facteur fondamental, qui est un fait et un fait qui fait l’unanimité au Québec: le Québec est une nation. Selon toute norme, selon tout auteur classique qui a écrit sur le sujet, Giller ou Renan ou, pour être plus contemporain, Charles Taylor, de l’université McGill, ou Gérard Bouchard, de l’Université du Québec à Chicoutimi, ou pour La Presse ou pour Le Devoir ou pour Jean Charest ou pour moi-même, le Québec est une nation.
Ceci ne veut pas dire que le Manitoba, province honorable et distinguée du Canada, vaut moins que le Québec. C’est une autre optique. L’Ontario est un endroit extraordinaire, avec la même population que la Suède, avec une économie très dynamique, mais je n’ai jamais entendu dire que l’Ontario soit une nation. Pas plus que l’Île-du-Prince-Édouard. La Suède est une nation, le Québec est une nation. Israël est une nation, le Québec est une nation. Les États-Unis sont une très grande nation, le Québec est une nation, et ainsi de suite.
Ce n’est pas de votre faute si vous n’avez pas toujours été conscients de ce fait. Parlons en tout premier lieu d’un grand premier ministre du Canada, Lester B. Pearson. Il n’est pas né à Shawinigan, mais au Royaume-Uni. Il considérait le Québec comme une nation, de toute évidence. Mais, après l’époque de Pearson, cette notion a fait l’objet d’une grande confusion, la plupart du temps de la part de Québécois, et des plus grands. Pierre Elliott Trudeau, par exemple, disait: « non, vous êtes un groupe de personnes protégées par la Charte et vous avez le statut politique d’une province canadienne, et vous le savez bien. On vous a dit tout cela. »
Robert Bourassa, qui était un homme de bonne foi, et très intéressant, lors des débats sur l’Accord du lac Meech. Vous vous souvenez? Il vous disait ceci: « Le Québec est une société distincte. » Hélas, ce n’est pas le cas. Le Québec n’est pas une société distincte. Le Québec est une nation. Si vous saisissez cette nuance, nous pouvons faire des choses intéressantes pour comprendre le phénomène et en même temps résoudre la question Québec-Canada.
Je dois souligner le fait que cette nation québécoise est à la fois une nation civique et une nation composite. Il ne s’agit pas d’une aventure ethnique comme d’aucuns avaient coutume de le dire ou de l’écrire. Un très petit nombre de Français sont venus de France en Nouvelle-France, probablement 7000, et ils sont plusieurs millions aujourd’hui (il y a plus de Français d’origine québécoise aux États-Unis qu’au Québec). Donc, les francophones sont sans doute 20000000 au total; pour en arriver là, nous avions besoin d’aide et nous l’avons obtenue. En partie de la population indigène, des Autochtones, et aussi des Irlandais. On dit que 20 % de la population québécoise a un lien quelconque avec l’Irlande. Un grand nombre d’entre eux ne savaient pas l’anglais quand ils sont arrivés au Québec, parce qu’ils parlaient leur langue à cette époque. Et c’est pourquoi vous avez de nombreux O’Leary au Québec, de O’Neill et de O’Donell qui ne savent pas un mot d’anglais. Aujourd’hui, à cause de leur niveau d’instruction, un nombre croissant de Québécois sont bilingues, mais ce n’était pas le cas il y a plusieurs années. Il y a plus de juifs marocains à Montréal qu’au Maroc. Je crois qu’il y en a 40000 à Montréal. Et j’ai eu l’occasion de célébrer l’Hanukah au Maroc avec cette communauté marocaine il y a deux ans environ, et ils étaient 5000. Donc, c’est une société composite qui est le fruit de l’ancienne immigration et de l’immigration plus récente. Et, tout comme le reste du Canada, nous voulons créer une sorte de creuset avec une langue commune. Dans le reste du Canada, c’est l’anglais, au Québec, c’est le français. Le français est de plus en plus la langue courante de presque tout le monde, pas encore tout à fait, mais je crois que pour un anglophone qui vit à Montréal et qui a moins de 50 ans, la connaissance du français doit être la règle absolue aujourd’hui. Donc, rien ne nous presse. C’est une tendance. Alors, la langue courante est le français, la langue officielle est le français, mais la communauté anglophone, qui est une minorité nationale au Québec, est très respectée, très bien intégrée sur bien des plans. Certains de mes amis de Toronto me disent même qu’ils reconnaissent l’anglais que parlent les anglophones de Montréal quand ils viennent à Toronto, parce qu’ils emploient des termes particuliers qui n’ont pas cours à Toronto. Donc, ils sont intégrés avec un arsenal complet d’institutions dans le domaine de l’éducation, de la culture, de la santé, et ainsi de suite. On trouve à Montréal de nombreux bureaux où l’on parle anglais. Bien sûr à l’université McGill, à l’université Concordia, dans tous les collèges, et ainsi de suite. Non seulement sommes-nous fiers de cet état de choses pour des raisons de droits, mais nous sommes aussi très désireux, pour des raisons très pratiques, d’avoir cette communauté anglophone vivante à Montréal, pour nous aider à garder le contact avec les pays anglophones, surtout avec notre continent. Quel pourrait être l’avenir de cette nation et sa relation avec la nation canadienne? Qu’est-ce que mon parti préconise, depuis ses tout débuts, sous divers noms? Lévesque parlait de « souveraineté-association », Parizeau parlait de « partenariat ». Ce que nous avons en tête, c’est une union de type confédéral, de style européen. Ceci signifie que les pays souverains se parlent de manière positive de choses fondamentales en consultation de ce qu’on appelle les quatre libertés: la libre circulation des biens, des services, du capital et des personnes. C’est ce qu’on a en Europe et de manière quasi parfaite. Vous savez qu’un camion peut quitter Stockholm un soir et se rendre à Brindisi dans le sud de l’Italie sans même s’arrêter à la frontière, parce qu’il existe un périmètre commun de sécurité. À propos, c’est ce que nous réclamons avec l’Ontario et la Colombie-Britannique pour nos relations avec l’Amérique du Nord. Eh bien! les Européens ont créé ce système. Une union forte qui va jusqu’à une monnaie commune que la plupart d’entre eux ont acceptée et qui entrera en vigueur pour les particuliers dès le début de l’an prochain, sauf au Royaume-Uni. Au Royaume-Uni, Tony Blair, avec tout le respect que je dois aux différences, se trouve un peu dans la même position que moi. Je réclame la souveraineté pour le Québec, mais je n’ai pas encore la majorité de l’électorat de mon côté. On n’en était pas loin, 50 % moins 30000 voix la dernière fois. Blair réclame l’entrée en vigueur de l’euro, mais il est minoritaire dans son électorat.
Sa position est pire que la mienne parce qu’il n’est qu’à 20 %. Il n’a que 20 %, tandis que la souveraineté, d’après les récents sondages effectués au Québec, est à 45 % environ. Six mois avant le référendum de 1995, nous étions à 40 %. Nous sommes à 45 % aujourd’hui. Je sais que vous entendez dire régulièrement: « Le séparatisme est mort. » La fois la plus célèbre où cette phrase a été prononcée, ce fut par Pierre Elliott Trudeau lui-même, six semaines avant notre élection en 1976. Je vais tous vous faire très plaisir, j’espère. Je suis prêt à accepter cette phrase, disons, de toutes façons, maintenant: le séparatisme est mort et bienvenue à la souveraineté-association! Ce pourrait être la devise de l’avenir et elle est acceptable à mes yeux. Ceci veut dire la libre circulation des biens, des services, du capital et des personnes. Donc, un camion se rend de Caraquet à Vancouver sans avoir à s’arrêter à quelque frontière que ce soit, sauf pour faire le plein et pour d’autres nécessités. Des institutions communes pour arbitrer les différends, donc un tribunal pour résoudre les problèmes communs; des institutions pour pallier tout déficit démocratique potentiel, pour tout maintenir sous le contrôle de la population avec un système démocratique aussi efficace que possible.
Je crois que sur ces bases, nous pourrions enfin consacrer tous nos efforts à cultiver l’amitié entre le Canada et le Québec, nous servir de notre force mutuelle pour instaurer une coopération exemplaire qui serait enrichissante pour les deux. Voilà 50 ans que nous nous livrons à ce débat et il y a un prix à payer pour cela.
Robert Bourassa, l’ancien premier ministre libéral, a probablement passé la moitié de sa carrière politique à tenter de résoudre le problème Québec-Canada. Par la voie de Meech et de toutes sortes de mécanismes. Bourassa a fait une proposition de ce que j’ai dit, sous la rubrique de ce que nous appelons la question de « Bruxelles ». Quand il était dans cette ville, il a proposé une confédération entre deux États souverains, entre le Québec et le Canada. Bourassa a échoué, Lévesque a échoué de la même manière. Parizeau et Bouchard n’ont pas non plus réussi à régler la question. Puisque, encore une fois, vous ne votez pas au Québec, je ne vous demande pas aujourd’hui d’appuyer quelque mécanisme politique, partisan ou non. Je considérerais ma présence à Toronto comme un succès si seulement vous acceptiez le fait que j’ai exposé des faits indiscutables, économiques ou politiques. Quant au reste, réfléchissez-y!
Réfléchissons-y et évitons toute réaction des deux côtés qui ne servent pas l’amitié, la paix et l’harmonie. En Europe, on a connu pendant un demi-siècle l’horrible mésaventure du protectionnisme, de l’agressivité, une nation contre l’autre et ainsi de suite. En 1957, on a réussi néanmoins, après ces horribles aventures, à signer le Traité de Rome. Heureusement, au Canada, nous n’avons jamais et n’aurons jamais ce genre d’attitude non démocratique, mais, comme nous croyons en la démocratie, servons-nous en pour cultiver l’harmonie, l’amitié et des relations pratiques entre les nations et les gens. Je vous remercie de votre attention.
[QLandry20021126AQué]
[Annonce de la politique nationale de l’eau]
Mesdames, Messieurs les ministre s,
Distingués invités de la scène internationale,
Chers amis,
La politique qu’André Boisclair vient de nous présenter, je la compte parmi les défis les plus stimulants des prochaines années.
Gouverner, c’est l’art de faire des choix au bénéfice du plus grand nombre et des générations futures. C’est l’art de se donner une vision claire de l’endroit où l’on veut aller. Un Québec fort, c’est un Québec maître de son destin, qui a un parti pris pour le patrimoine naturel et la qualité de vie des Québécois et des Québécois. Grâce à cette politique nationale de l’eau, une autre pièce importante du plan d’action gouvernemental « Horizon 2005 », que j’annonçais le 6 novembre dernier, se met en place. Cette politique confirme le statut de l’eau comme bien commun et elle établit des mesures pour en garantir l’accès à toutes et à tous tant en qualité qu’en disponibilité pour nos besoins essentiels.
Comme premier ministre, j’ai tenu à m’associer étroitement à cette politique de l’eau pour différentes raisons. La première, et les Québécois et les Québécoises la partageront sûrement, c’est la raison du cœur. Comme plusieurs, je trouve que le Saint-Laurent est l’un des plus beaux fleuves du monde. Il rattache les unes aux autres, à nul autre pareil, de nombreuses régions du Québec. Il s’agit d’un splendide fil conducteur de notre identité nationale. Un fil sur lequel se tisse la trame de notre histoire et se dessine notre avenir.
Nos créateurs, artisans, peintres, poètes, photographes, écrivains, compositeurs, cinéastes, auteurs de téléromans et publicistes, nous font chaque jour comprendre, avec tout le talent qu’on leur connaît, les liens étroits qui nous unissent à l’eau et jusqu’à quel point elle fait partie de nos besoins.
Personne ne m’en voudra, je crois, de reprendre quelques lignes de ce poème intemporel de Gilles Vigneault qui, à lui seul, résume mon propos : « J’ai pour toi un lac quelque part au monde, un beau lac tout bleu. Comme un œil ouvert sur la nuit profonde, un cristal frileux qui tremble à ton nom comme tremble feuille à brise d’automne et chanson d’hiver. S’y mire le temps, s’y meurent et s’y cueillent mes jours à l’endroit et mes nuits à l’envers ». Ce rêve d’un lac, qui est un hymne à la beauté et à la vie, c’est celui là même qui donne le sens à cette politique.
À Verchères comme à Québec, je ne me lasse pas de contempler le Saint-Laurent. Ce faisant, j’observe une partie importante de la vie du Québec. Les cours d’eau du Québec sont essentiels à notre vie et à notre prospérité.
Je veux porter une attention particulière au fleuve. L’eau du Saint-Laurent, à la hauteur de Montréal, provient à 80 % des Grands Lacs. Son devenir est donc très directement lié à celui de cet immense réservoir d’eau potable.
Quel Montréalais, Trifluvien ou même Québécois ne s’est pas inquiété, récemment, de la baisse préoccupante de son niveau?
C’est pour protéger avec force le Saint-Laurent que j’ai signé, le 18 juin 2001, avec mon homologue de l’Ontario et les huit gouverneurs des États américains riverains des Grands Lacs, une annexe historique à la Charte des Grands Lacs. Cette annexe constitue un cadre pour la signature d’accords juridiquement contraignants pour les signataires. Le Québec est donc engagé dans un processus de négociation qu’il entend fermement poursuivre et dont le principal objectif est de définir des critères communs pour l’allocation des prélèvements d’eau des Grands Lacs et du Saint-Laurent. À l’origine de cette négociation hautement stratégique, s’inscrit l’inquiétude que soulèvent les risques de dérivations majeures ou d’exportation de l’eau hors du bassin. D’autres parties de l’Amérique commencent à manquer d’eau ou ont besoin d’eau pour irriguer leurs terres. Devant de tels risques et de tels besoins, les signataires ont convenu de modifier et de renforcer leur approche commune de gestion du système Grands-Lacs—Saint-Laurent. Le Québec a décidé d’assurer pleinement sa responsabilité de fiduciaire de l’eau au nom de tous les Québécois. Il participera de façon beaucoup plus active et vigilante aux instances décisionnelles du bassin des Grands Lacs. La défense de nos intérêts se prolonge donc également à l’extérieur de notre territoire.
J’en arrive à la deuxième raison pour laquelle j’ai tenu à être avec vous aujourd’hui. Je partage les préoccupations de milliers de citoyens et de citoyennes devant l’état dégradé du Saint-Laurent et de certains de nos lacs et de nos rivières. La ligne tracée par la politique de l’eau est celle de la prévention. Cette eau, si précieuse et si fragile, nous veillerons sur elle avec plus d’attention que par le passé.
Une troisième raison explique que je vous présente cette politique avec une fierté toute spéciale. C’est l’action citoyenne et le militantisme qui sont à la source de sa création et qui l’ont sans cesse alimentée. André Boisclair a fort justement salué le travail des groupes de citoyens, des organismes des bassins versants et des groupes environnementaux. Je souhaite que cette politique vienne confirmer la valeur de leur engagement, même si, par moments, leur patience et leur confiance ont été mises à rude épreuve. Je tiens à exprimer ma gratitude à toutes celles et à tous ceux qui ont appuyé le ministre d’État. Les élus municipaux, les grands utilisateurs de l’eau, les experts que nous avons sondés et qui ont ainsi contribué à la dernière mise au point de la politique nationale de l’eau. Pour tous ces gens, il reste encore un travail colossal à faire. Je souhaite qu’ils trouvent dans cette politique de nouveaux motifs d’engagement et de persévérance.
Pour relever avec succès le défi de l’eau, qui commande une vision globale et intégrée, j’ai désigné, il y a quelques mois à peine, un ministre d’État à l’Environnement et à l’Eau dont la mission est de coordonner la gestion de l’eau. J’ai voulu m’assurer que les lois, les règlements et les actions que nous entreprendrons, à l’échelle gouvernementale et internationale, seront sous le signe de la cohérence et de la vigueur, et ce, pour tous les domaines ayant une incidence sur la qualité de notre eau et sur les écosystèmes.
La gestion intégrée, partagée et solidaire de l’eau complète notre politique de développement des régions. Le Québec a besoin de ses régions pour assumer son destin, assurer sa prospérité et, j’insiste, pour continuer à progresser résolument sur la voie du développement durable.
Nous sommes déterminés à demeurer vigilants face aux enjeux de la mondialisation. Pas question d’abandonner la gestion de l’eau du Québec aux seules lois de la concurrence. Nous entendons ériger tous les remparts possibles afin, selon les mots mêmes de ma collègue, Louise Beaudoin, de créer les conditions propices au développement d’une mondialisation maîtrisée et à visage humain. À cet égard, le respect du droit des États de faire des lois et des réglementations en matière environnementale nous paraît non négociable. Cette position prend tout son sens dans le cadre des négociations en cours sur l’article 11 de l’Accord de libre-échange nord-américain et de celles entourant la Zone de libre échange des Amériques. Nous assumerons un fort leadership sur la scène internationale et canadienne dans ce dossier. Un dynamisme comparable à celui que nous avons démontré dans la défense de notre position en faveur de la ratification du Protocole de Kyoto. Le leadership qu’entend prendre le Québec trouvera sa force dans l’action citoyenne. Le Québec a déjà la réputation d’être un peuple d’eau. Il entend maintenant avoir pour réputation d’être parmi les leaders du monde pour ce qui est de la gestion responsable et durable de l’eau sur son territoire.
Il est un autre sujet cher à la population : celui des petites centrales hydroélectriques. Mon gouvernement a travaillé d’arrache-pied pour assurer l’avenir énergétique des Québécoises et des Québécois. Des chantiers permettant de dégager des milliers de mégawatts ont été enclenchés ou pourront l’être prochainement grâce aux ententes signées. Nous pouvons maintenant entrevoir les petites centrales dans une perspective nouvelle.
C’est pourquoi le gouvernement souhaite limiter encore plus le nombre de projets de petites centrales. Ainsi, seulement trois projets où les rivières sont déjà harnachées au site même seront retenus. J’annonce donc aujourd’hui qu’aucun nouveau barrage ne sera construit pour de petites centrales au Québec
Ces décisions étant établies, j’ose croire que les Québécois et les Québécoises y verront notre détermination à faire de cette politique nationale de l’eau un véritable projet de société :
L’affirmation d’un leadership suffisamment fort pour que l’eau du Québec soit toujours source de fierté; Le projet d’une nation qui fait une gestion judicieuse et moderne de ses réserves en eau; Le projet d’une nation qui mise sur une influence accrue des citoyens quant à l’avenir de ses plans d’eau; Le projet d’une nation qui réussit le tour de force de faire du développement économique tout en respectant l’environnement et qui protège adéquatement ses écosystèmes aquatiques; Le projet d’une nation qui profite à plein des innombrables plaisirs que procurent les cours d’eau du Québec; Cette politique de l’eau, c’est aussi le projet d’un peuple qui tient à joindre sa voix à celle des autres peuples pour défendre l’eau comme l’une des plus précieuses ressources naturelles, et ce, pour le bénéfice des générations à venir. Je vous remercie de votre attention.

[QLandry20020926AQué]
[Dévoilement d’une étoile de bronze en l’honneur de Céline Dion]
Monsieur le Maire,
Madame la ministre ,
Chère Céline, cher René,
Membres de la famille,
Père et mère,
Membres de la famille de Maurice Richard,
Chers compatriotes, chers amis,
En cette belle fin d’après-midi de début d’automne, une nouvelle étoile va briller sur la métropole du Québec, et nous avons tous et toutes plusieurs raisons de nous réjouir de cet événement.
D’abord, avant tout, le plaisir tout simple que j’ai comme vous d’être des admirateurs heureux et ravis de rencontrer la star dont nous suivons la carrière. Pour moi, comme pour des millions de personnes partout dans le monde, Céline Dion a un talent incomparable, une voix bouleversante qu’on ne se lasse pas d’écouter. L’éclat de cette étoile éclaire aussi René Angelil, car, nous le savons tous, l’immense succès de Céline Dion est le résultat de la rencontre de deux êtres d’exception. Une rencontre comme seul le destin en a le secret.
Je ressens donc une joie très vive à l’idée d’assister au dévoilement de cette étoile sur la Promenade des célébrités parce que c’est une marque de reconnaissance et d’affection des Québécoises et des Québécois envers l’une des plus grandes artistes de leur histoire nationale. Cette joie n’a d’égale que la fierté que je partage avec quelques millions de mes compatriotes. Nous sommes fiers de Céline Dion parce que, grâce à son talent et à une force de volonté hors du commun, elle a atteint le firmament de la gloire dans une discipline quand même extrêmement exigeante.
Nous l’admirons d’autant plus que, malgré sa renommée planétaire, elle possède une simplicité bien connue qui est la marque des plus grands. Si bien que, chez elle, au Québec, on ne l’appelle plus que par son prénom, une familiarité qui est, dans les faits, un hommage très rare. Un hommage que nous réservons aux artistes comme Félix, Clémence ou Janette, pour lesquels nous ressentons une profonde affection. Chère Céline, c’est donc avec beaucoup de respect, de tendresse que je continuerai cette courte allocution en vous appelant comme tout le monde par votre prénom.
Avec une rage de vaincre, dotée du courage des êtres de passion, vous êtes montée à l’assaut des grandes scènes du monde.
Céline, vous donnez le goût aux jeunes d’être comme vous, de croire en eux-mêmes et d’accomplir de grandes choses. Nous aimons nous souvenir de vos premiers pas ainsi que des grands moments de votre carrière et de votre vie. Votre première apparition à l’émission de Michel Jasmin, à treize ans, la belle chanson interprétée pour le pape, vos premiers Félix, le grand prix Eurovision, votre fulgurante carrière, votre belle histoire d’amour, la naissance de votre fils. Nous avons assisté à votre envol au cours de ces divers événements. Nous vous avons vue construire à la fois votre bonheur et votre gloire.
Céline, votre réussite nous remplit collectivement d’orgueil. Vous exprimez le meilleur de nous et, lorsque vous voguez de triomphes en succès, nous nous réjouissons avec vous.
Quelle que soit la langue dans laquelle vous chantez, vous nous touchez droit au cœur. Vous touchez les hommes et les femmes du monde entier droit au cœur. Votre voix unique, cette voix qui a séduit le monde, exprime une sensibilité et une authenticité qui nous atteignent au plus profond de notre être.
Quiconque a entendu « Pour que tu m’aimes encore » comprend ce qu’il faut de talent et d’intelligence du cœur pour faire exulter, par la puissance de l’art, le plus beau et le plus puissant des sentiments humains. On écoute et croit au pouvoir irrésistible de l’amour. Et on se sent meilleur.
Quand, en 1999, l’Unesco vous a décerné le titre d’Artiste pour la paix, l’Organisation des Nations unies venait nous rappeler à quel point nous avons besoin de personnes comme vous qui, à leur manière, assure la paix et la fraternité entre les nations. Nous en avons besoin pour réaffirmer la valeur suprême de l’amitié et de l’harmonie entre les êtres. « S’il suffisait qu’on s’aime, s’il suffisait d’aimer », chantez-vous simplement, mais avec une telle intensité, une si poignante ferveur. Voilà pourquoi, lorsque vous chantez sur les grandes scènes du monde, nous aimons nous souvenir que vous le faites toujours un peu en notre nom. Chère Céline, vous êtes une femme de passion et de compassion, une très grande artiste et une formidable ambassadrice de l’amour ainsi que de la vitalité culturelle du Québec. Au nom de notre nation et de notre peuple, j’ai été très honoré de vous rendre hommage. Bonne carrière et bonne vie!

[QLandry20020926BQué]
[Congrès annuel de la Fédération québécoise des municipalités]
Monsieur le Président de la Fédération québécoise des municipalités, Michel Belzil,
Monsieur le ministre d’État à la Population, aux Régions et aux Affaires autochtones,
Rémy Trudel,
Monsieur le ministre d’État aux Affaires municipales et à la Métropole, à l’Environnement
et à l’Eau, André Boisclair,
Mesdames, Messieurs les élus municipaux, maires et préfets, Chers amis,
Je voudrais d’abord vous souligner l’importance que j’attache à votre congrès et aux discussions qui s’y déroulent. La présence du premier ministre du Québec et de plusieurs ministres du gouvernement au congrès annuel de la Fédération québécoise des municipalités a une signification bien précise. Le tissu même de notre collectivité
Pour le gouvernement du Québec, les municipalités que vous représentez constituent le tissu même de notre collectivité. En tant que maires, vous êtes ceux qui gérez les besoins des citoyens dans leur environnement le plus proche. Vous êtes les premiers gardiens de la qualité de vie de chacun d’entre nous. Vous avez des arbitrages souvent difficiles à faire entre les demandes dont vous êtes souvent les premiers saisis, des moyens toujours trop limités et la nécessité d’une saine gestion dont vous êtes redevables auprès de ceux qui vous ont élus. En fait, la fonction de maire est le socle même sur lequel est construit le fonctionnement harmonieux et démocratique de notre société. Je crois qu’on a trop souvent tendance à l’oublier. Je voulais le rappeler avec force ce soir, puisque ma présence ici m’en fournit l’occasion.
La rencontre de l’an dernier
L’an dernier, quand nous nous sommes rencontrés, à l’occasion de votre congrès, nous étions tous inquiets de l’impact du ralentissement de l’économie américaine sur notre propre économie, qui commençait à peine à prendre une bonne vitesse de croisière. Le gouvernement avait alors décidé d’intervenir de façon massive pour s’assurer que nous gardions le cap sur la croissance.
Il voulait en même temps s’assurer que l’économie des régions, en particulier celle des régions aux prises avec un taux de chômage encore très élevé, ne perde pas l’élan qui commençait à se manifester un peu partout au Québec.
Un appui stratégique et efficace
Aujourd’hui, nous constatons avec beaucoup de satisfaction que cet élan n’a pas été freiné. Mieux que cela, nous avons enregistré des taux de croissance exceptionnels, des taux qui font que le Québec est en train de rattraper l’écart historique qui le sépare de l’Ontario.
Nous n’avons pas la prétention de croire que l’intervention de l’État est seule responsable de cette fantastique croissance. Mais nous avons la conviction d’avoir apporté à l’économie du Québec un appui stratégique et efficace au moment où cela était particulièrement nécessaire.
Des créations d’emplois impressionnantes
C’est ainsi que, depuis un an, pas moins de 120000 emplois ont été créés au Québec. Le chômage a diminué dans presque toutes les régions et, plus important encore, l’emploi a augmenté presque partout, y inclus dans les régions ressources.
Épauler mieux encore chacune des régions
L’erreur serait de s’arrêter là, de prendre prétexte de la prospérité actuelle pour croire que l’avenir est assuré. Au contraire, je crois qu’il nous faut plus que jamais épauler chacune des régions du Québec parce que les défis à relever sont majeurs, souvent complexes et déterminants pour l’avenir du Québec.
Les défis auxquels il faut s’attaquer
Le ministre d’État aux Régions, Rémy Trudel, vient tout juste de terminer une série de rencontres avec les leaders socioéconomiques de quatorze régions du Québec. Plus de 2 300 leaders ont participé à ces rencontres et, partout, nous avons pris la mesure des défis auxquels il faut dès maintenant s’attaquer, si nous voulons, dans les années qui viennent, garder le cap sur la prospérité.
En Chaudière-Appalaches, où le taux de chômage est depuis longtemps le plus bas au Québec, vous nous avez mis en garde contre le mirage des statistiques. Vous nous avez dit clairement que, si la région n’était pas capable de répondre rapidement aux besoins de main-d’œuvre des entreprises, c’est tout l’avenir industriel de la région qui serait compromis. Cela est vrai également en Estrie, en Montérégie, dans les Laurentides et dans la région de Lanaudière. Une meilleure compréhension des enjeux de chaque région
Vous nous avez parlé des défis majeurs de transport à l’intérieur même des régions.
Vous avez souligné cette nécessaire cohabitation avec la métropole et la capitale nationale qui doit être établie sur la base du respect de chacun, mais également sur une meilleure compréhension des enjeux de développement propres à chaque territoire.
Vous avez insisté sur la nécessité d’accroître le contenu technologique des PME en région et sur l’importance de demeurer compétitifs face à l’environnement mondial.
Mieux se positionner dans la compétition mondiale
Vous avez demandé l’appui du gouvernement pour développer dans vos régions des filières ou créneaux d’excellence, capables de positionner les économies locales et régionales dans le cercle de la concurrence mondiale.
Dans les régions ressources, vous nous avez demandé d’accélérer la cadence pour accroître la diversification économique et le nombre d’entreprises de deuxième et de troisième transformation.
Vous avez fait de l’accès aux réseaux de transport et de télécommunication à haute vitesse une des clefs de votre développement.
Répondre à des craintes, jeter un regard neuf
Vous avez clairement exprimé vos craintes face au déclin démographique observé dans plusieurs régions.
Vous avez insisté sur l’exode des jeunes.
Vous avez souligné l’impérieuse nécessité de maintenir partout sur le territoire l’accès aux services d’éducation et de santé.
Vous nous avez parlé d’environnement, de qualité de vie et d’appartenance.
Et, parfois, comme dans le Nord-du-Québec, vous nous avez demandé de jeter un regard neuf sur votre région pour y voir et y appuyer des possibilités de développement encore sous-estimées.
Des défis qui appellent des solutions nouvelles
Ce sont là des défis qui appellent des solutions nouvelles. C’est pour cela que nous nous sommes donné rendez-vous dans la capitale nationale, en novembre.
Et, parmi les avenues de solutions qui sont ressorties avec le plus d’acuité et de persistance, vous nous avez dit :
Donnez-nous la capacité de prendre plus de décisions en région. Assouplissez les règles de vos programmes. Rendez l’accès aux mesures existantes plus souple et plus facile. Laissez le milieu décider de la façon d’intervenir. Un appui qui ne s’est pas démenti depuis vingt ans
Eh bien, je crois que nous en sommes rendus là! Le parcours qui nous y conduit n’a pas commencé hier. En ce qui concerne le gouvernement actuel, c’est la suite logique de notre travail depuis plus de vingt ans :
En 1980, quand le gouvernement a mis sur pied les MRC, il a choisi de travailler sur la base des territoires d’appartenance. C’est une décision qui a structuré par la suite toutes nos actions en matière de développement local et régional. En 1997, quand nous avons adopté la Politique de soutien au développement local et régional, nous avons créé 125 centres locaux de développement et autant de centres locaux d’emploi sur la base de ces mêmes territoires. Nous avons ensuite choisi de consolider les espaces urbains sur tout le territoire du Québec. Nous avons, parallèlement à cela, veillé à soutenir le développement des milieux ruraux par la Politique nationale de la ruralité. Des leviers beaucoup plus solides
Le résultat de toutes ces initiatives est que les régions du Québec disposent aujourd’hui de leviers beaucoup plus solides et beaucoup plus diversifiés pour gérer leur développement en fonction des caractéristiques qui sont les leurs.
C’est pourquoi nous sommes prêts aujourd’hui à examiner comment vous confier cette plus grande capacité et cette plus grande marge de manœuvre que vous réclamez, afin que les décisions qui concernent les régions soient davantage prises en région.
S’entendre sur le sens de l’action
Les façons de faire en ce domaine ne sont pas uniques. Vous avez parlé de décentralisation, de régionalisation, de déconcentration, mais, au-delà des mots, il m’apparaît plus important encore que l’on s’entende clairement sur le sens de l’action à mener et sur les objectifs que l’on veut atteindre.
Pour l’essentiel, ce que vous nous avez dit c’est : plus de décisions en région, plus de souplesse et plus de flexibilité. Nous vous avons entendus et je vous confirme aujourd’hui que le gouvernement est prêt à ouvrir de façon massive dans ce sens.
Vous nous avez également dit que l’on devait passer rapidement à l’action. Cette capacité accrue d’action sur le terrain, ce n’est pas dans cinq ou dix ans qu’il nous la faut, c’est maintenant, parce que les défis à relever exigent que nous puissions agir rapidement et que nos actions soient ciblées et efficaces.
Un Rendez-vous national des régions
C’est pourquoi j’ai demandé au ministre d’État aux Régions et au ministre des Affaires municipales et de la Métropole de se concerter afin que nous puissions passer à l’action dès le rendez-vous de l’automne.
Ce rendez-vous constitue d’ailleurs une première. C’est la première fois que l’État et les régions bâtiront ensemble le plan de travail Québec-régions pour les prochaines années. Pour la première fois également, et contrairement aux sommets socioéconomiques traditionnels, il n’y aura pas de grande table réservée aux seuls groupes d’intérêts nationaux, à ce rendez-vous.
Les participants du rendez-vous, ce seront d’abord les régions, soit les 250 membres des délégations régionales.
Des propositions soumises par les régions
Les propositions qui y seront débattues seront les propositions soumises par les régions. Les dirigeants des organismes nationaux seront invités. Je pense notamment aux syndicats, aux organisations patronales, aux grandes entreprises, aux banques et institutions financières, aux détenteurs de capital de risque. Ils auront droit de parole, mais dans la mesure où ils feront partie des solutions imaginées pour répondre aux priorités d’action des régions.
L’engagement du gouvernement
De notre côté, notre engagement est clair. Nous voulons le plus rapidement possible transformer en plan d’action les initiatives qui seront issues du Rendez-vous national.
À Gatineau, le 7 septembre dernier, j’ai présenté dans ses grandes lignes le plan d’action du gouvernement à l’horizon 2005. Le gouvernement veut permettre au Québec d’aller plus loin. Pour ce qui est des régions, cela signifie qu’elles doivent avoir plus de prise sur leur avenir, ce qui est la condition même de leur renouveau. Le gouvernement prouvera concrètement, au cours des prochains mois, sa volonté à cet égard.
L’espoir que suscite le Rendez-vous des régions ne sera pas déçu. Il répondra à la volonté des régions de se prendre en main et d’assurer leur développement futur en s’appuyant sur un véritable partenariat avec l’État. Je puis vous donner l’assurance que le gouvernement appuiera les priorités d’action que les régions se seront données, afin que tout le Québec, c’est-à-dire le Québec de toutes les régions, aille encore plus loin sur le chemin de la croissance et de la prospérité.
Je vous remercie de votre attention.

[QLandry20011127Qué]
[Motion sans préavis à l’occasion de la Fête des Patriotes]
Monsieur le Président,
Je sollicite le consentement des membres de cette assemblée afin que soit présentée la motion suivante:
« Que l’Assemblée nationale souligne l’importance de la lutte des Patriotes de 1837-1838 pour la reconnaissance de notre nation, pour sa liberté politique et pour l’établissement d’un gouvernement démocratique. » Monsieur le Président, plus d’un siècle et demi s’est écoulé depuis la rébellion des Patriotes de 1837 et 1838. Et pourtant, ce chapitre de notre histoire nationale n’a rien perdu de son actualité. Il continue de hanter les mémoires et de ressurgir, avec toujours plus d’insistance, à chaque détour de notre parcours collectif. À preuve, au cours des dernières années, deux de nos cinéastes, messieurs Pierre Falardeau et Michel Brault, ont choisi, chacun à leur façon, de porter à l’écran un moment particulier du destin de certains Patriotes. De plus, la romancière et biographe Micheline Lachance nous a offert une très émouvante incursion dans la vie de Julie Papineau, une femme animée de passions amoureuses et politiques étonnamment moderne qui a conquis plus de 100000 lectrices et lecteurs. Bien sûr, notre mémoire collective n’oubliera jamais le dénouement tragique et sanglant de cet épisode de notre histoire. Mais, pour mesurer précisément la signification profonde du combat qu’ont livré ces hommes et pour saisir le caractère fondamentalement modéré de leurs revendications, il faut remonter aux sources mêmes, c’est-à-dire à l’Acte constitutionnel de 1791 qui avait institué au Bas-Canada et au Haut-Canada des assemblées législatives dont les pouvoirs réels étaient, à toutes fins utiles, sans substance.
Ce que l’on oublie trop souvent, c’est que ce que l’on a appelé la rébellion des Patriotes avait été précédée de près d’un demi-siècle de luttes pacifiques, légales et politiques menées contre l’autoritarisme, l’intransigeance et la corruption du pouvoir colonial.
Quelle était la réalité de l’époque, Monsieur le Président? À côté d’une assemblée législative élue par le peuple, tout aussi légitime que cette Assemblée nationale où nous siégeons, se trouvait un Conseil législatif dont les membres étaient non pas élus mais nommés par le gouverneur en place. Ce Conseil, où les représentants anglophones disposaient de la majorité des voix, pouvait rejeter toute loi votée par l’assemblée législative, et ne se privait pas de le faire fréquemment. De la même façon, l’administration du Bas-Canada était confiée à un Conseil exécutif dont les membres étaient aussi nommés par le pouvoir colonial et ne rendaient aucun compte à l’assemblée législative de la façon dont les deniers publics étaient dépensés.
Voilà le portrait. Voilà les conditions réunies pour les pires abus. Et comme il est vrai qu’en tout temps et en tout lieu les mêmes causes produisent les mêmes effets, cette concentration du pouvoir entre quelques privilégiés entraînera au Haut-Canada, en cette même année 1837, une rébellion semblable à celle des Patriotes, animée par William Lyon MacKenzie, et qui sera elle aussi durement réprimée.
Essentiellement, les Patriotes réunis autour de Louis-Joseph Papineau réclamaient les grands éléments de ce qui forme une démocratie digne de ce nom: un corps législatif représentatif doté de pouvoirs réels, un gouvernement responsable, le contrôle par les élus des revenus de la taxation et des institutions politiques garantes du bien commun. En ce sens, même si son terrain d’action a été local et national, la lutte des Patriotes a mis de l’avant des idéaux universels.
En fait, à un moment où la notion même de mondialisation n’existait pas, elle a embrassé les luttes de toute une époque et emprunté à tous les grands courants d’idées qui, encore aujourd’hui, gouvernent largement nos institutions démocratiques. Les revendications des Patriotes se sont d’abord largement inspirées des grands principes de la Révolution américaine, et notamment du « no taxation without representation ». Elles ont emprunté également au rejet de l’arbitraire et à la liberté des peuples, symbolisés par la Révolution française.
De Montesquieu à Rousseau, elles ont aussi largement puisé aux grandes idées politiques et sociales du siècle des lumières, les notions de séparation des pouvoirs, de volonté générale et de bien commun. Et enfin, par son caractère national, la lutte des Patriotes s’est largement inscrite dans le grand mouvement d’émancipation des nationalités qui gagnait l’Europe et l’Amérique du Sud à la même époque.
En effet, entre 1804 et 1830, la Serbie, la Grèce, la Belgique, le Brésil, la Bolivie et l’Uruguay accédaient à l’indépendance. Et, comme l’ensemble des grands mouvements historiques dont elle s’est inspirée, la lutte des Patriotes était aussi fortement ancrée dans le sentiment populaire. Elle s’est faite l’écho d’un peuple qui voyait non seulement ses droits politiques bafoués, mais qui en plus était frappé par une crise économique particulièrement grave, par l’inflation et le chômage, par des épidémies de choléra et de mauvaises récoltes. Et si le mouvement patriote a eu des assises populaires, il faut également souligner qu’il n’a pas réuni que des Canadiens, comme on appelait à l’époque les Québécois francophones.
Le mouvement patriote a été, dans une large mesure, une coalition d’intérêts divers : une coalition d’agriculteurs, de marchands et de membres de professions libérales, mais aussi de citoyens d’origines anglaise, irlandaise et écossaise. En somme, Monsieur le Président, les Patriotes n’ont pas été les aventuriers qu’une certaine tradition folklorique tente, encore aujourd’hui, de décrire. Les Patriotes ont été, d’abord et avant tout, des gens animés d’idéaux de liberté et de démocratie.
Les Patriotes comptent parmi nos premiers véritables démocrates. Réunis autour de Louis-Joseph Papineau, de Jean-Olivier Chénier, des frères Robert et Wolfred Nelson et du chevalier de Lorimier, ils se sont battus avec courage pour des idéaux de droit, de justice et d’égalité pour leur peuple, y perdant leurs biens, leur liberté et, pour des dizaines d’entre eux, leur vie.
La veille de sa mort, alors qu’il venait d’embrasser pour la dernière fois son épouse, le chevalier de Lorimier écrivit cette lettre vibrante, véritable testament politique, dont voici quelques lignes:
« Je meurs sans remords, je ne désirais que le bien de mon pays dans l’insurrection et l’indépendance; mes vues et mes actions étaient sincères et n’ont été entachées d’aucun des crimes qui déshonorent l’humanité et qui ne sont que trop communs dans l’effervescence des passions déchaînées. [ … ] Malgré tant d’infortunes, mon cœur entretient encore du courage et des espérances pour l’avenir : mes amis et mes enfants verront de meilleurs jours, ils seront libres, un pressentiment certain, ma conscience tranquille me l’assurent. [ … ] je meurs en m’écriant: Vive la liberté! Vive l’indépendance! » Monsieur le Président, les Patriotes ont mérité une place de choix dans l’histoire de notre nation québécoise. Ils font eux aussi partie de la courte liste des libérateurs de peuple. Les Québécoises et les Québécois sont fiers de demeurer fidèles à leur mémoire.
Je vous remercie, Monsieur le Président.

[QLandry20010927Qué]
[Congrès de la fédération québécoise des municipalités]
Monsieur le Président du congrès, M. Godard,
Monsieur le Président de la Fédération, M. Michel Belzil,
Monsieur le Président de l’Union des municipalités, M. Bernard Gagnon,
Monsieur le Président de la FTQ., M. Henri Massé,
Mesdames et Messieurs les Préfets et Maires,
Chers amis, chers compatriotes,
Le monde municipal québécois vient probablement de vivre ses plus grands changements depuis la création des MRC par le gouvernement de M. René Lévesque, en 1979. Avec la réorganisation municipale présentement en cours, le gouvernement s’est donné une vision résolument tournée vers l’avenir. Les nouvelles institutions municipales seront beaucoup plus aptes à dispenser des services de qualité comparable à tous les citoyens et à poursuivre des objectifs ambitieux d’aménagement du territoire et de développement.
C’est là tout un pan de la Révolution tranquille qui avait été laissé de côté depuis une trentaine d’années. Cette réorganisation en profondeur comporte deux volets ou défis qui sont pour nous d’égale importance: le renforcement des agglomérations urbaines et le renforcement des MRC.
Le renforcement des agglomérations urbaines
Les agglomérations urbaines de plus de 100000 habitants sont maintenant en bonne voie de se consolider. Cette consolidation a été contestée par plusieurs, nous le savons tous. Je crois cependant que l’avenir démontrera que cette importante réforme: améliorera les services à la population; permettra enfin qu’une certaine équité soit établie dans le financement des services publics; permettra l’émergence de pôles suffisamment solides pour faire face aux défis multiples posés par la mondialisation.
Le renforcement des MRC

Parlons maintenant de notre second grand défi qui vous concerne plus directement : celui de poursuivre le renforcement des MRC et d’assurer la vitalité du monde rural. Votre fédération est un interlocuteur de premier plan dans le domaine de la gestion du territoire. Elle regroupe près de 1000 municipalités locales et 88 MRC, et elle fédère 14 associations régionales de municipalités.
Au premier janvier 2002, les 50 MRC à caractère rural (48 actuelles et 2 nouvelles) représenteront 86 % du territoire, 16 % de la population, 13 %des emplois et 14 % du PIB. Sans oublier les 28 MRC qui sont à la fois rurales et urbaines et les MRC situées en territoire des communautés métropolitaines.
Les 50 municipalités rurales auront un éventail élargi de responsabilités. Elles ont déjà acquis les compétences en matière de gestion des cours d’eau et d’évaluation foncière.
Elles peuvent, si elles le souhaitent, obtenir des compétences additionnelles dans plusieurs domaines : la gestion des matières résiduelles; l’élaboration d’une politique de développement culturel et patrimonial; l’élaboration d’une politique de développement touristique local; le transport adapté; le logement social; les équipements, l’infrastructure et les services à caractère supralocal.
Elles peuvent dorénavant choisir d’élire leur préfet au suffrage universel direct, ce qui crée une nouvelle dynamique dans l’exercice de la démocratie locale.
Un groupe de travail a été mis en place pour revoir le fonctionnement des 28 MRC qui sont à la fois rurales et urbaines. Ce groupe est présidé par M. Roger Nicolet, maire de la municipalité d’Austin, et par Mme Francine Ruest-Jutras, mairesse de Drummondville. Il soumettra son rapport au plus tard le 15 octobre 2001.
Le développement des régions et du monde rural

Le renforcement des MRC s’inscrit dans la vision d’ensemble qu’a développée le gouvernement du Québec à l’égard des régions et du monde rural. Lorsque le gouvernement du Parti Québécois a créé les MRC en 1979, le but était d’assurer un meilleur partenariat en matière de gestion du territoire entre le milieu rural et le milieu urbain. Nous avons reconnu la nécessité d’une action de fond en matière de développement des régions et du monde rural, et nous avons franchi des étapes décisives dans ce domaine au cours des dernières années. Mentionnons: l’adoption de la politique de soutien au développement local et régional en 1997; la création du ministère des Régions; la mise en place des centres locaux d’emploi (CLE) et des centres locaux de développement (CLD); la mise en place des SOLIDES, une initiative conjointe du Fonds de solidarité et de l’Union des municipalités régionales de comté; l’embauche d’une centaine d’agents ruraux qui sont maintenant à l’œuvre dans les CLD; l’adoption de la Stratégie de développement économique des régions ressources, dotée d’un budget de 800000000 $ sur trois ans pour aider à consolider, moderniser et diversifier l’économie de 7 régions et de 3 MRC dont l’activité économique repose sur l’exploitation des ressources naturelles; l’octroi d’outils de renforcement économique à 20 MRC aux prises avec des difficultés de restructuration.
Il s’agit là de gestes importants. D’autres sont en voie de réalisation, comme l’engagement du gouvernement à faire bénéficier les MRC de redevances tirées de la mise en valeur de ressources sur leur territoire. À cette fin, le gouvernement allouera une enveloppe de 2500000 $ en 2002, de 7500000 % en 2003 et de 10000000 $ annuellement par la suite.
La politique de la ruralité
Nous nous sommes engagés à définir une politique de la ruralité ou, dit plus concrètement, une politique d’occupation dynamique du territoire. Je sais, vous l’attendez, cette politique. Elle sera rendue publique comme prévu au cours de l’automne. Votre fédération, de même que Solidarité rurale, ont d’ailleurs été consultés à ce sujet.
D’ores et déjà, je peux vous dire que notre action s’articulera autour des trois objectifs suivants: stimuler et soutenir la prospérité des communautés rurales; assurer la qualité de vie des milieux ruraux et renforcer leur pouvoir d’attraction; soutenir l’engagement des citoyens dans le développement de leur communauté.
Le défi de l’occupation du territoire – de l’occupation dynamique du territoire – se pose aujourd’hui en des termes nouveaux, compte tenu du contexte démographique. On sait que les populations ont tendance à se regrouper autour des zones urbaines et dans les pôles où la croissance est forte. Le Québec n’est pas le seul à être aux prises avec un tel phénomène. C’est maintenant le lot de tous les pays industrialisés. Cela soulève des enjeux qui concernent non seulement le monde rural, mais tout le Québec, car le Québec ne peut pas rayonner uniquement à partir des grandes villes.
Nous voulons non seulement nous occuper des routes, des parcs industriels et des exploitations forestières – pour ne donner que quelques exemples –, mais aussi de choses qui constituent l’essence même de la richesse des communautés rurales, soit: les ressources humaines; le paysage (souvent grandiose pour le commun des citadins); les savoir-faire locaux; l’architecture urbaine et villageoise; l’organisation des services; l’aménagement du territoire; la qualité de l’environnement.
Bref, de tout ce qui fait que l’on a le goût de vivre chez vous!
Merci!

[QLandry20010829USA]
[Conférence devant le MetroHartford Regional Economic Alliance]
Monsieur le Gouverneur,
Distingués invités,
Chers amis du Québec,
J’aimerais d’abord exprimer ma vive gratitude au Gouverneur Rowland, qui nous fait ce midi l’honneur de sa présence, malgré un horaire extrêmement chargé.
Je voudrais également, bien sûr, remercier la MetroHartford Regional Economic Alliance et son président, M. Oz Griebel, de m’associer aujourd’hui au prestige de votre organisme et de me fournir cette occasion de m’adresser à vous.
La fusion récente du MetroHartford Chamber of Commerce avec les Associated Chambers et le Connecticut Capitol Region Growth Council témoigne certainement du dynamisme de votre communauté d’affaires et de sa volonté de se regrouper, de mettre en commun les ressources et les idées pour renforcer le rayonnement économique de votre région. Je souhaite de plus remercier tous les autres partenaires qui ont contribué à l’organisation de ce déjeuner-conférence.
Plus que jamais, le progrès économique et social des nations est tributaire de la vitalité de leurs régions et de leurs agglomérations urbaines. Je me réjouis donc de constater qu’ici, au Connecticut, on adhère résolument à cette vision du développement.
Des représentants d’entreprises qui ont fait la réputation d’excellence et de vitalité du Québec à l’échelle mondiale se retrouve chez vous et sont présents aujourd’hui. Ils proviennent de secteurs variés comme l’aéronautique, les pâtes et papiers, les technologies de l’information, la biotechnologie, les transports, l’ingénierie-conseil, l’énergie et la finance. Ces gens représentent le Québec moderne, ouvert et dynamique; et ce Québec, j’aimerais vous le faire connaître davantage.
FINANCE ET ÉCONOMIE
Il faut dire d’emblée que les succès actuels du Québec, au plan économique, ne sont pas survenus du jour au lendemain. L’ensemble des Québécois a dû consentir des efforts considérables pour paver la voie à la croissance. Il y a sept ans, au moment où le gouvernement que je dirige prenait le pouvoir, les finances du Québec accusaient un déficit annuel record de près de 4000000000 $ US. Nous avons alors décidé de prendre le taureau par les cornes. Les finances publiques ont été assainies, le déficit budgétaire supprimé et les citoyens commencent à toucher les dividendes de ces efforts, grâce à des réductions d’impôt significatives et à une situation économique globale en pleine croissance.
Moody’s vient d’ailleurs de souligner cette excellente performance en rehaussant la cote de solvabilité du Québec de A2 à A1. Selon la vice-présidente, Debra Roane, ce rehaussement de la cote « reflects our view that the credit rating has improved, that the debt ratio has improved and will continue to improve ».
Les nouvelles sont bonnes, aussi, au chapitre des investissements. En 2000, les investissements privés se sont inscrits à la hausse pour une cinquième année d’affilée et les principaux experts prévoient que cette croissance se poursuivra au cours des prochaines années. C’est dire que les dirigeants d’entreprise ont confiance en notre économie. Le marché québécois du travail est aussi extrêmement dynamique, comme le démontre la création nette de 80000 emplois l’an dernier et de plus de 75000 l’année précédente. Quant au taux de chômage, il n’a pas cessé de décliner au cours des quatre dernières années et s’établissait à 8,4 % en 2000, son plus bas niveau depuis 25 ans. Naturellement, je serais très heureux si nous avions un taux de chômage comme celui du Connecticut (2,6 %).
Certes, comme d’autres économies, celle du Québec a profité d’une conjoncture favorable, et en particulier de la solide performance de l’économie américaine. Mais les chiffres que je viens d’évoquer sont également le fruit d’actions entreprises par notre secteur privé et par mon gouvernement. Par exemple, la création de centres d’excellence dans des secteurs stratégiques commence à porter fruit, notamment dans les biotechnologies, l’optique et le multimédia. Le succès de ces mesures n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de la State’s competitiveness strategy, du Gouverneur Rowland, basée également sur la création de centres d’excellences au Connecticut. À cet égard, je suis persuadé que nos centres d’excellences respectifs peuvent collaborer et bâtir des partenariats mutuellement bénéfiques.

Nouvelle économie
Il est révolu, le temps où l’économie du Québec était essentiellement tournée vers les richesses naturelles. Le Québec d’aujourd’hui possède toutes les caractéristiques d’une économie moderne, avec un secteur tertiaire qui compte pour 71 % de notre PIB.
Ce positionnement économique axé sur la valeur ajoutée est particulièrement visible dans notre métropole, Montréal, une plaque tournante de l’aérospatiale, de la biopharmaceutique et de la haute technologie. Une étude publiée récemment par Price Waterhouse montre d’ailleurs que même si Montréal se classe au quinzième rang en Amérique du Nord en ce qui concerne sa population, elle figure au quatrième rang pour la concentration des emplois en haute technologie per capita.
Mieux encore, l’an dernier, la revue américaine Wired classait Montréal au cinquième rang mondial des 46 régions les plus performantes dans les technologies de pointe, à égalité avec Seattle et New York. Aucune autre ville canadienne ne fait partie de cette liste sélecte. Notre métropole devance même des pôles internationaux reconnus comme Singapour, Tokyo, Los Angeles, Hong Kong et Paris. Montréal s’est taillé une place enviable dans des secteurs tels que les télécommunications, la conception multimédia et les logiciels. Mais comme on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, je dois avouer toutefois que nos concepteurs de logiciels sont aussi responsables du naufrage du Titanic, dans le film du même nom, et de la destruction partielle de la ville de New York dans le film Armageddon.
Ce n’est donc pas un hasard si les dirigeants new-yorkais de la bourse électronique Nasdaq ont choisi Montréal pour y établir leur première tête de pont nord-américaine hors des États-Unis.
Dans le secteur financier, Montréal est en effet en bonne voie de redevenir une place financière de choix à travers le monde. Notre métropole compte près d’une centaine de centres financiers internationaux. Nous avons su intéresser les financiers de Wall Street, de Bay Street, de la Côte ouest et de la Côte est. Des sociétés telles Merrill Lynch et State Street ont décidé d’implanter des activités spécialisées à Montréal. Je tiens d’ailleurs à remercier le président de State Street, M. David Spina, de s’être déplacé de Boston pour participer aujourd’hui à ce déjeuner.
Quant à Québec, notre capitale nationale, elle se transforme chaque jour davantage pour devenir un important centre de haute technologie. Sa Cité de l’optique, notamment, draine chez nous des chercheurs et des gens d’affaires d’un peu partout dans le monde.
SECTEURS D’EXCELLENCE
Nos gens d’affaires et nos entreprises contribuent à faire de l’économie québécoise l’une des plus diversifiées au monde. En voici quelques exemples.
Dans le secteur de l’aéronautique, c’est au Québec qu’est réalisée plus de la moitié de la production de l’industrie canadienne, qui y regroupe 70 % des activités en recherche et développement. Montréal reste la seule ville au monde où il est possible de trouver tous les éléments nécessaires à la construction d’un avion ou d’un hélicoptère dans un rayon de 30 kilomètres. C’est maintenant la troisième concentration mondiale en aéronautique après Seattle, royaume du Boeing, et Toulouse, berceau de l’Airbus. Le Groupe Bombardier Aéronautique est un exemple éloquent de notre dynamisme dans ce secteur. Le Gouverneur Rowland a d’ailleurs participé, récemment, à l’annonce de l’agrandissement du centre d’entretien d’avions légers de Bombardier, près de l’aéroport international de Bradley, un investissement qui créera 300 emplois.
Les liens entre le Québec et le Connecticut dans le secteur de l’aérospatiale sont d’ailleurs extrêmement féconds. Pensons aux ventes de simulateurs de vols de l’entreprise québécoise CAE auprès de GE. En outre, GE a acheté 50 Regionals Jets de Bombardier, et parmi ses nombreux investissements au Québec, on retrouve une usine de fabrication de pièces de moteurs d’avions à Bromont.
Je suis très heureux de souligner la présence parmi nous, aujourd’hui, de M. Louis Chênevert, président de Pratt & Whitney, l’un des plus grands employeurs au Connecticut, qui possède une importante usine de moteurs d’avions au Québec. Je suis fier de voir à la tête d’un des fleurons de l’aéronautique un Québécois qui témoigne du dynamisme et de l’esprit d’entrepreneurship qui animent le Québec.
Les entrepreneurs québécois connaissent aussi un succès enviable sur les marchés internationaux dans le secteur agroalimentaire. Nos exportations dans ce domaine ont atteint un nouveau sommet en 2000, se chiffrant à 1900000000 $ US, soit une hausse de près de 10 %. D’ailleurs des produits fins des entreprises du Québec se sont peut-être déjà retrouvés sur votre table. Si ce n’est pas le cas, ce fut donc une première pour vous, car, comme il vous a été dit, la plupart des mets servis ici, ce midi, viennent du Québec. Nous les avons préparés spécialement pour vous, afin de vous donner le goût du Québec.
Dans le domaine énergétique, l’hydroélectricité a grandement contribué à la croissance et au développement économique du Québec au cours des dernières décennies. Plus grand producteur d’hydroélectricité en Amérique du Nord et troisième au monde, le Québec est reconnu à l’échelle planétaire pour son expertise en matière de production, de transport et de distribution d’électricité. Les barrages hydroélectriques d’Hydro-Québec permettent au Québec de produire une énergie propre et entièrement renouvelable, et ce à un coût de production parmi les plus bas en Amérique du Nord. Le potentiel hydroélectrique non encore exploité du Québec demeure considérable. La mise en œuvre de ce potentiel est d’ailleurs au cœur des multiples relations d’affaires entre Hydro-Québec et GE Hydro, qui collaborent à des projets majeurs de barrages hydroélectriques comme celui de Ste-Marguerite. Et il va sans dire que l’exploitation de ce potentiel nous permettra, dans l’avenir, de répondre de façon encore plus efficace aux besoins énergétiques de votre région.
Un autre secteur extrêmement vigoureux de l’économie québécoise est celui des biotechnologies. Aujourd’hui, c’est à Montréal que se trouvent les principaux laboratoires de recherche fondamentale des grandes sociétés pharmaceutiques canadiennes, notamment ceux de Merck Frosst, Astra Zeneca, BioChem Pharma, Bio-Mega, Boehringer Ingelheim et Bristol-Myers Squibb. La métropole québécoise est d’ailleurs reconnue comme l’une des grandes capitales mondiales de l’industrie bio-pharmaceutique et figure aujourd’hui au sixième rang des villes nord-américaines pour ses activités dans le secteur de la biotechnologie. Le Québec, quant à lui, se positionne comme l’un des dix premiers centres de biotechnologie au monde et l’un des principaux centres de recherche en biotechnologie à l’échelle mondiale se trouve à Montréal. Il s’agit de l’Institut de recherche en biotechnologie, qui compte plus de 500 chercheurs, dont près de la moitié sont des chercheurs invités provenant de l’industrie et des universités, ce qui témoigne de l’esprit de collaboration qui entoure ses activités.
RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT ET ÉDUCATION

La nouvelle économie est fondée sur la connaissance, l’innovation, l’imagination et l’originalité. À ce chapitre, le Québec croit particulièrement à la recherche et développement, puisqu’il devance tous les pays du G7 quant à la croissance des dépenses en R&D des entreprises. Le Québec dispose de ressources scientifiques de premier plan, avec plus de 300 centres de recherche. Son réseau de R&D comprend notamment une masse critique d’institutions et d’universités.
Ce n’est plus seulement la provenance québécoise du papier utilisé par certains journaux américains qui retient l’attention mais bien ce que l’on peut y lire. À cet égard, je ne suis pas peu fier de citer cette phrase tirée d’un article publié l’an dernier dans le Washington Post: « Aided by generous tax credits from the Québec Government, Montreal companies put more money into R&D than those elsewhere in Canada ».
Nos établissements d’enseignement supérieur ont la volonté d’amorcer ou d’intensifier les échanges de connaissances et de favoriser la mobilité étudiante. Les institutions d’enseignement québécoises figurent parmi les meilleures d’Amérique du Nord. En outre, nous possédons une expertise reconnue sur la scène internationale. Le Québec peut certainement être un partenaire privilégié dans cette voie. D’ailleurs, hier, j’ai eu l’occasion d’avoir un échange avec le Président de la prestigieuse Université Yale sur le sujet de l’éducation ainsi que sur l’importance des relations entre le secteur privé et la communauté scientifique. Ce sont ces diverses facettes qui confèrent une dimension plus enrichissante à nos rapports.
Notre réseau d’éducation ainsi que nos institutions de recherche et développement ont été les principaux moteurs de la croissance des entreprises québécoises au cours des dernières années. Grâce à des produits originaux et de qualité, nos entreprises ont su tirer parti de l’ouverture des marchés d’exportation, où elles connaissent beaucoup de succès. Le Québec, qui exporte maintenant 60 % de son PIB, est ainsi devenu l’une des économies les plus ouvertes qui soient.
Cette ouverture se manifeste également dans le débat que nous menons sur notre avenir politique. Le gouvernement que je dirige est totalement convaincu que c’est en assumant pleinement son destin que la nation québécoise sera le mieux en mesure de jouer un rôle constructif et original dans l’intégration des Amériques. D’autres de nos compatriotes croient plutôt qu’il est possible de réformer la fédération canadienne, malgré les tentatives infructueuses des 40 dernières années. Toutes et tous s’entendent cependant sur deux points : premièrement, le Québec constitue une nation; deuxièmement, la décision finale sur l’avenir de cette nation sera prise par le peuple québécois dans le cadre d’une consultation populaire, dans un climat de civilité et de respect de nos institutions démocratiques et de nos traditions.
Libre-échange
Le Québec, fondamentalement, croit à l’ouverture des marchés. Il croit à la liberté du commerce, à la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes. Il s’agit là d’une tradition bien établie. N’eut été du vote massif des Québécois en faveur de l’Accord de libre-échange de 1988, nous ne pourrions envisager, aujourd’hui, la création d’une zone de libre-échange s’étendant de la Terre de Baffin à la terre de Feu.
C’est dire que le libre-échange ne nous effraie pas. Bien au contraire, nous l’appelons de tous nos voeux. Toutefois, nous ne sommes pas insensibles aux mouvements pacifiques qui mettent en doute le bien-fondé de la mondialisation et qui se sont exprimés à Seattle en décembre 1999, à Québec en avril dernier, lors du Troisième Sommet des Amériques, ou plus récemment à Gênes, lors du Sommet des pays du G-8. Partout dans le monde, la société civile envoie aux gouvernants un message clair: elle veut s’impliquer, elle veut une démocratie de plus en plus participative.
L’objectif ultime de la mondialisation doit être de faire avancer nos sociétés. La prospérité que nous attendons de la mondialisation doit nous permettre de faire émerger un environnement mondial plus démocratique, plus juste et plus capable de progrès social, dans le plein respect des identités culturelles et nationales.
Le soutien au libre-échange et la promotion des identités nationales ne nous ont jamais paru contradictoires. Ayant une idée très claire de ce que nous sommes, nous n’hésitons pas à relever le défi de la mondialisation. Et d’ailleurs, notre expérience dans ce domaine ne fait qu’augmenter notre assurance.
Depuis l’accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis, 12 années ont passé. Les résultats sont là et ils sont éloquents. Depuis 1990, la valeur de nos exportations a plus que doublé, augmentant de 179 %, alors que la croissance de nos ventes vers le reste du Canada n’a augmenté que de 28 %. Quant à nos exportations aux États-Unis, elles ont triplé au cours des années 90, soit une hausse de 215 %
Cela fait du Québec, avec une population de seulement 7500000 de personnes, le septième exportateur sur le marché américain devant Taïwan, la France, l’Italie et la Corée du Sud. Et le mouvement n’est heureusement pas à sens unique, puisque le Québec est désormais le cinquième marché d’exportation des États-Unis devant l’Allemagne, la France, la Chine, le Brésil ou Taïwan. Au moins 250000 emplois aux États-Unis dépendent de ventes réalisées sur le marché québécois et les entreprises québécoises installées sur votre territoire emploient quelque 60000 Américains.
Nous devons notre réussite commerciale à des milliers d’entreprises dynamiques. Entre 1996 et 1999, nous avons augmenté de 2000 le nombre de petites et moyennes entreprises exportatrices. C’est donc dire que le commerce international n’est pas seulement l’apanage des grandes multinationales. D’ailleurs, dans le cadre de la Décennie québécoise des Amériques, une stratégie lancée en 1999, nous nous sommes donnés comme objectif d’amener, chaque année, 600 nouvelles entreprises à faire affaires aux États-Unis.

Québec Nouvelle-Angleterre La Nouvelle-Angleterre constitue un partenaire stratégique incontournable pour le Québec. Ce partenariat se fonde sur des liens historiques, démographiques, socioculturels et politiques.
D’abord, nos liens prennent racine dans l’histoire. Ils remontent au 17e siècle, au tout début de la Nouvelle-France et de la colonie du Massachusetts, qui déjà à cette époque entretenaient des échanges commerciaux qui ne se sont jamais interrompus.
Au 19e siècle, plus d’un million de Québécois sont allés s’établir aux États-Unis, dont la moitié pour travailler dans les usines de la Nouvelle-Angleterre. Ils ont apporté avec eux leur héritage et ont activement contribué à bâtir la région prospère qu’est devenue la Nouvelle-Angleterre. Leurs descendants forment aujourd’hui près du quart de la population de la région.
Le Québec et la Nouvelle-Angleterre entretiennent des relations riches et privilégiées. Ainsi, la valeur de nos échanges commerciaux a atteint, en 2000, près de 10000000000 $ US, ce qui représente 16 % de nos échanges commerciaux avec les États-Unis. En fait, plus de la moitié des exportations canadiennes vers la Nouvelle-Angleterre proviennent du
Québec.
Dans le domaine de l’éducation, un programme d’échange entre le New England Board of Higher Education et la Conférence des recteurs et des présidents des universités du Québec existe depuis une vingtaine d’années et permet chaque année à une centaine d’étudiants de part et d’autre d’effectuer une année d’études dans le réseau partenaire.
Nous travaillons en collaboration avec de nombreux professeurs américains qui sont engagés dans le champ des études québécoises par leurs activités d’enseignement et de recherche. C’est d’ailleurs dans votre région qu’a vu le jour la toute première association d’études québécoises aux États-Unis, devenue plus tard l’American Council for Québec Studies.
Le gouvernement du Québec est officiellement présent en Nouvelle-Angleterre depuis une trentaine d’années. Que ce soit par l’entremise d’une délégation ou d’un bureau commercial, le Québec maintient une représentation dans la ville de Boston depuis 1970. Le rôle pivot de cette délégation s’est récemment accru, puisque mon gouvernement a décidé de lui allouer des ressources financières et humaines additionnelles afin d’en optimiser le rayonnement. Il me fait d’ailleurs plaisir de vous présenter le délégué du Québec à Boston, M. François Lebrun, qui assure avec son équipe la présence du gouvernement du Québec en Nouvelle-Angleterre.
Québec- Connecticut
Qu’en est-il plus particulièrement des liens entre le Québec et le Connecticut? Les relations ont officiellement débuté en 1973, lors de la création de la Conférence des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l’Est du Canada. J’ai d’ailleurs eu le plaisir, plus tôt cette semaine, de coprésider la 26e de ces conférences en compagnie de l’hôte et président, le gouverneur Rowland, qui en a fait un retentissant succès. Succès que j’espère bien égaler l’an prochain, alors que la Conférence se réunira à Québec.
En plus d’être un forum politique dynamique pour ses membres, la Conférence coopère sur des questions majeures comme l’énergie, l’environnement et le commerce. Ma visite dans votre État et dans votre capitale vise justement à ouvrir la voie à de nouvelles avenues de collaboration bilatérale, que le gouverneur et moi-même avons évoquées ce matin lors de notre entretien au State Capitol.
Récemment, nos liens économiques se sont clairement intensifiés. Depuis 1996, la croissance des ventes de produits québécois au Connecticut (excluant les services et l’énergie) a en effet augmenté de 33 % pour atteindre 856000000 $US. Le Connecticut est un client majeur pour le Québec. Nos ventes ici dépassent en effet celles que nous réalisons, par exemple, en Allemagne, en France ou au Japon. Jour après jour, le Québec exporte au Connecticut des aéronefs, des moteurs d’aéronefs et leurs pièces, du cuivre et des alliages, du papier journal, de l’aluminium et, évidemment, de l’énergie.
À l’inverse, les exportations du Connecticut à destinations du Québec ont poursuivi leur croissance pour atteindre 445000000 $US, une hausse de 25 % depuis 1996. Le Québec constitue le 6e client international du Connecticut, devant des marchés tels que l’Amérique du Sud dans son ensemble, le Mexique ou encore la Suisse, l’Italie et l’Espagne réunies. Nous avons importé du Connecticut principalement des moteurs d’avions et leurs pièces, des instruments de mesure et du matériel médical.
Ce qui rend si féconds notre collaboration économique et nos échanges commerciaux avec le Connecticut, c’est non seulement le fait qu’ils sont en constante progression, mais c’est aussi parce qu’ils s’appuient de plus en plus clairement sur les secteurs de haute technologie. L’an dernier, plus du tiers de nos exportations au Connecticut et près du quart des biens que nous avons achetés chez vous provenaient du secteur de l’aérospatiale.
Nos échanges, en plus de croître, se complexifient et se diversifient. Ils ne se résument plus aux exportations et importations de produits et services, mais également à des investissements directs. On n’a qu’à penser aux investissements de GE et Pratt & Whitney au Québec et aux opérations de Bombardier au Connecticut. Ou encore aux investissements de l’entreprise québécoise de service d’arrimage Logistec dans les ports de New Haven, New London et Bridgeport, que j’ai eu le plaisir de visiter hier. Sans compter les nombreuses pharmacies Brooks, du Groupe Jean Coutu, qui atteignent des ventes de 1000000000 $ US aux États-Unis. Le président de Brooks Pharmacy, M. Michel Coutu, et le président de Logistec, M. Serge Dubreuil, sont présents parmi nous aujourd’hui.
C’est dire que, chacun à sa façon, le Québec contribue à la prospérité du Connecticut comme le Connecticut joue un rôle dans les succès du Québec.
INVESTIR AU QUÉBEC
Et croyez-moi, nous n’avons pas l’intention de nous arrêter en si bon chemin! Nous avons l’intention de forger des liens encore plus étroits entre nous.
Vos entreprises trouveront au Québec une infrastructure technique et financière de haute qualité et des incitatifs fiscaux parmi les plus généreux en Amérique du Nord, en particulier pour les entreprises technologiques. À ces avantages, il faut ajouter les coûts d’implantation et d’exploitation les plus bas parmi les principaux pays industrialisés, un taux d’imposition des sociétés parmi les plus faibles du continent nord-américain, une exemption fiscale complète de dix ans pour tout projet majeur d’investissement et, surtout, une main-d’œuvre stable et hautement qualifiée. Cette dernière raison est celle qui est le plus souvent évoquée par les investisseurs étrangers qui choisissent le Québec.
Le développement spectaculaire de l’industrie de la haute technologie au Québec aurait été impossible, en effet, sans la présence d’une main-d’œuvre de très grande qualité. La main-d’œuvre québécoise est disponible, stable et bien formée. On décerne plus de diplômes universitaires par habitant au Québec qu’aux États-Unis, en France ou au Japon. D’ailleurs, l’an dernier, le New York Times concluait que « Montréal devançait maintenant Boston pour la proportion d’étudiants universitaires parmi les grandes villes de l’Amérique du Nord »
En plus d’être éduquée, notre main-d’œuvre est la plupart du temps bilingue et même souvent trilingue. L’un de nos objectifs est d’ailleurs d’augmenter de 50 % le nombre de Québécois trilingues au cours de la décennie à venir.
En outre, les entreprises qui investissent au Québec peuvent compter sur la plus grande disponibilité de capital de risque au Canada. Le Québec compte en effet sur un nombre considérable d’institutions financières ayant une solide capacité de financement. Je pense, en particulier, au Fonds de Solidarité des Travailleurs du Québec, aux sociétés Innovatech, à la Caisse de dépôt et placements du Québec ainsi qu’à d’autres partenaires majeurs, tels le Fonds d’Investissement Desjardins et à une douzaine d’autres fonds privés.
Outre son abondance, le capital de risque au Québec a aussi l’avantage d’être accessible à chaque étape du développement des entreprises.
Le Québec a également développé des instruments originaux pour favoriser son développement économique, notamment la Société générale de financement, la SGF, et Investissement Québec.
La SGF constitue un important holding financier et représente le partenaire idéal pour les entrepreneurs qui cherchent du capital. Cette société d’État entretient déjà des relations d’affaires avec des entreprises du Connecticut. Je pense notamment à Brant-Allen Industries, qui, en partenariat avec la SGF, a investi au Québec dans le secteur forestier. Ou encore au groupe CHI Energy, qui a offert son expertise et ses capitaux, toujours en partenariat avec la SGF, pour une usine de cogénération au Québec. Hydro-Québec y achète d’ailleurs l’électricité produite et la Caisse de dépôt et placement participe au financement à long terme.
Pour ce qui est d’Investissement Québec, elle coordonne les actions gouvernementales en matière d’accueil et de soutien aux projets d’investissements. Le mois dernier, à Madrid, Investissement Québec s’est d’ailleurs vue décerner, par le prestigieux groupe européen Euromoney Institutional Investor, la distinction de meilleure agence de promotion des investissements des Amériques.
VOLET CULTUREL
Créer de la richesse parmi nos peuples respectifs est certainement un objectif louable. Cependant, on ne peut calculer la richesse d’un peuple uniquement en terme de dollars. Ce rapprochement que nous souhaitons avec les États-Unis ne se limite pas à l’économie et au commerce. Chaque année, plus de 200 événements culturels québécois de toutes natures se déroulent aux États-Unis. On n’a qu’à penser aux succès de Céline Dion, aux concerts de l’Orchestre symphonique de Montréal ou au tout nouveau spectacle du Cirque du Soleil, Dralion, en Nouvelle-Angleterre. Je vous annonce par ailleurs la visite, ici même à Hartford, de la troupe des Grands Ballets de Montréal en avril prochain.
Je vous ai dressé un tableau de ce qu’est le Québec et de vous faire part de notre volonté de nous rapprocher encore plus de vous. Nous savons « qu’à côté de la longue rivière aux grandes marées », le Québec peut trouver des partenaires et des amis.
Je vous invite à venir chez nous, au Québec, pour qu’à notre tour nous puissions vous offrir notre hospitalité. Je vous assure que vous en serez enchantés.
Je vous remercie, au nom des membres québécois de la présente mission, de votre accueil chaleureux.

[QLandry20011029AQué]
[Remise de l’insigne de Chevalier de l’ordre national du Québec à Bernard Pivot]
Cher Bernard Pivot,
Ce qui nous réunit ici, c’est notre langue et notre culture communes. C’est la passion que nous éprouvons pour elles. Et c’est évidemment l’amour des mots et l’amour des livres. Dans nos sociétés contemporaines, l’écrit est partout, dans toutes les circonstances de notre vie et à chaque moment de notre existence. La lecture est au cœur du développement de l’individu et de la vie en société. Elle répond aux besoins impérieux que commandent l’apprentissage, la connaissance et la communication, sans oublier celui du pur plaisir de lire.
La société moderne fait de l’imagination, de la créativité et de l’exploitation des connaissances les leviers de son développement. Le développement culturel, mais aussi économique, scientifique et politique de notre société, passe nécessairement par une plus large diffusion de l’écrit. Dans ce contexte, il ne faut pas se surprendre que la plupart des États prône la démocratisation du savoir et de la culture.
Démocratiser, rendre accessible et susciter l’intérêt du plus grand nombre, voilà le rôle – important et magnifique – que vous vous êtes donné avec raison, Bernard Pivot. Et vous avez réussi. Vous êtes devenu en quelque sorte la référence, le lecteur public par excellence. Si vous êtes, à l’instar de Michel Drucker, un homme de télévision, un « cathodique convaincu », vous êtes aussi et surtout un amoureux des lettres. Vous avez choisi l’un des plus beaux métiers qui puissent être: le métier de lire. La passion de lire, pour des millions de gens, en France, au Québec et dans la Francophonie, c’est vous, plus que tout autre, qui l’incarnez. Vous êtes devenu « l’interprète de la curiosité publique », comme le dit si bien Pierre Nora.
Vous êtes le chaînon entre ceux qui créent et ceux qui ont envie de lire où qu’ils soient dans cette Francophonie qui nous est si précieuse. Et vous avez bien raison, Bernard Pivot, lorsque vous dites « [qu’] il n’y a pas une mais des langues françaises ». Il suffit de lire des passages de Ducharme, Kourouma ou Kundera, pour en être convaincu. Victor-Lévy Beaulieu n’écrivait-il pas, dans l’Héritage: « Rien n’intrigue davantage qu’un certain langage, et l’accent qu’on met dedans ».
Cette remarque pourrait sans doute être vôtre, Bernard Pivot. Est-ce l’inventivité, la modernité, voire, à l’opposé, la couleur et la truculence du français parlé au Québec, qui vous ont charmé? Vous êtes devenu, au fil de vos lectures et de vos voyages, un fin connaisseur du Québec. Cet intérêt est d’ailleurs réciproque : vous avez déjà fait remarquer que c’est au Québec que vos émissions avaient le plus d’audience, et qu’elles étaient commentées avec le plus de passion.
Vous avez écrit qu’« entre auteurs et lecteurs, il y a souvent plus que des affinités: il y a des complicités, des fringales ». Ce peut être le cas entre deux peuples aussi. Aujourd’hui, grâce aux créateurs de chez nous, et grâce à des gens comme vous, Bernard Pivot, en France, les relations mutuelles entre nos nations se sont enrichies et sont devenues, souvent, des liens de complicités. La France et le Québec sont assez proches pour qu’existe entre eux une masse critique d’affinités, tout en étant assez différents pour provoquer l’échange créateur.
Bernard Pivot, vous êtes né le 5 mai 1935 à Lyon, fils d’épiciers dans la capitale de la gastronomie française, mais qui fut aussi, jadis, capitale des Gaules puis centre important de l’imprimerie. Voilà un programme tout écrit pour celui qui dévorera les livres et les fera connaître dans toute la France et la Francophonie! Diplômé du Centre de formation des journalistes de Paris, vous devenez rédacteur au Figaro littéraire, de 1958 à 1974, et, simultanément, chroniqueur à Europe 1, de 1970 à 1973 avec les Chroniques pour sourire. Vous êtes, ensuite, producteur et animateur de l’émission littéraire Ouvrez les guillemets à l’ORTF, de 1973 à 1974, et, pour Antenne 2, devenue France 2, des émissions Apostrophes, de 1975 à 1990, puis Bouillon de culture, de 1991 à 2001. Vous êtes aujourd’hui chroniqueur au Journal du dimanche. Vous êtes également membre du Conseil supérieur de la langue française depuis 1989. Et l’on vous doit, bien sûr, une célèbre dictée.
En 1985, vous recevez le 7 d’Or du meilleur magazine culturel, ainsi que le 7 d’Or du meilleur animateur et du meilleur producteur de télévision. En 1987, vous recevez le 7 d’Or du meilleur animateur de débats et du meilleur animateur culturel. Et, il y a tout juste 2 jours, vous recevez à nouveau le 7 d’Or de la meilleure émission culturelle de l’année 2000.
Auteur de plusieurs ouvrages, vous avez reçu le Prix de la critique de l’Académie française en 1983 et le prix Louise-Weiss de la Bibliothèque nationale de France en 1988.
L’antinomie que vous établissez entre les « lignes hertziennes » et les « lignes du poète », ne vous a pas empêché d’écrire: on vous doit un roman, L’Amour en vogue, et son « gratteur de têtes », des essais, dont le plus récent: Remontrances à la ménagère de moins de cinquante ans. Le Métier de Lire reste sans doute votre texte le mieux connu.
Au cours des deux émissions littéraires phare que vous avez animées durant plus de vingt-cinq ans, vous avez invité de nombreux écrivains québécois, contribuant ainsi à la reconnaissance et à la notoriété non seulement de la littérature québécoise, mais aussi de l’ensemble de notre culture. Vous avez donné à ces auteurs une audience française, européenne, et, grâce à TV5, mondiale. Parmi ces auteurs québécois, je me permettrai, cette fois, d’en citer un: Denise Bombardier qui a porté en France, avec la raison et la passion qu’on lui connaît, ce combat que nous menons pour maintenir et accroître l’usage et le rayonnement de la langue française en Amérique et dans le monde.
Vous avez saisi la richesse de notre littérature et l’avez fait découvrir de par le monde, tant aux éditeurs qu’à des millions de lecteurs. Cette culture « partagée entre une histoire française et une géographie américaine » – comme le suggèrent vos propres mots – vous l’avez comprise dans sa continuité et dans ses contradictions : à la fois enracinée et déracinée, farouchement française mais typiquement américaine, nordique et latine, moderne et de plus en plus polyglotte. Bref, « rapaillée », comme le dirait notre grand poète Gaston Miron.
Je conclurai d’ailleurs en citant quelques vers de L’homme rapaillé tirés du poème L’Octobre écrit par Gaston Miron en octobre 1961, au moment ou s’inaugurait, ici même à Paris, cette « Maison du Québec », il y a donc 40 ans:
Nous te ferons, Terre de Québec
Lit des résurrections
Et des mille fulgurances de nos métamorphoses
De nos levains où lève le futur
De nos volontés sans concessions
Les hommes entendront battre ton pouls dans l’histoire
C’est nous ondulant dans l’automne d’octobre
C’est le bruit roux de chevreuils dans la lumière
L’avenir dégagé
L’avenir engagé.

Bernard Pivot, au nom du gouvernement du Québec et du peuple québécois, j’ai le plaisir de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec en reconnaissance de votre contribution remarquable à l’évolution de notre société et à l’universalité de notre littérature.

[QLandry20011029BQué]
[Remise de l’insigne de Chevalier de l’ordre national du Québec à Michel Drucker]
Mme la ministre d’État aux Relations internationales et ministre de la Francophonie,
M. le ministre d’État aux Régions et ministre de l’Industrie et du Commerce,
M. le député (André Bourbeau),
M. l’ancien vice-premier ministre du Québec (M. J. Y. Morin),
M. le Consul général de France à Québec,
M. le Délégué général du Québec
M. Michel Drucker,
M. Bernard Pivot,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis du Québec,
Parler français, en Amérique, est un défi permanent. Celui de milliers d’hommes et de femmes qui, jour après jour, continuent de faire vivre cette « langue belle », pour reprendre les mots de M. Yves Duteil. Celui des auteurs qui la font vibrer, des poètes qui la magnifient, de nos chanteurs qui la portent haut et fort et la font danser sur toutes les musiques de notre époque.
Ce défi qui est nôtre est également celui de toute la Francophonie. C’est celui de la diversité des cultures et de l’enrichissement mutuel. La diversité culturelle est, aujourd’hui, un enjeu fondamental de notre société, car elle implique respect, dialogue et ouverture.
Ouvert sur le monde : voilà des mots qui décrivent bien le Québec d’aujourd’hui. Plus que jamais, nous sommes curieux des autres cultures et déterminés à faire rayonner la nôtre.
Nos artistes et écrivains sont parmi les meilleurs ambassadeurs du Québec. Mieux que quiconque, ils disent, nomment, interpellent, illustrent le Québec et lui donnent un visage. Les œuvres et les produits culturels québécois témoignent de ce que nous sommes, de notre vision des êtres et des choses, de notre différence et de notre spécificité, de notre enracinement dans un lieu particulier en Amérique du Nord et de notre attachement à la langue française.
L’enjeu de l’action internationale nous appelle plus que jamais, à l’heure de la mondialisation et de la diversité culturelle, à être d’abord nous-mêmes, puis à créer des réseaux de solidarité.
C’est une évidence, le talent n’est pas un contrat d’assurance. Même si la production culturelle québécoise, en quantité et surtout en qualité, est étonnante, au vu de ses 7500000 d’habitants, les artistes québécois n’ont d’autre choix que de se déployer sur les scènes culturelles et artistiques étrangères.
Les artistes du Québec ont besoin de faire porter leur voix à l’étranger. C’est ce qui, pour eux, fait souvent la différence entre simple survie et rayonnement. Et la France, pour le Québec, est naturellement le premier bassin d’expansion, le partenaire culturel tout désigné. Toutefois, cela ne peut se faire seul. Il faut du talent et de la vitalité, du travail et de la volonté, bien sûr. Il faut aussi des gens qui savent écouter, et donner la chance d’être vu et entendu à ce talent qui frappe à la porte.
Et dans cela, vous avez joué tout un rôle, Michel Drucker.
Michel Drucker, vous êtes né le 12 septembre 1942 à Vire, dans le Calvados, en Basse-Normandie, où vivaient les ancêtres de nombreux Québécois. Après un brevet supérieur d’enseignement commercial, vous commencez votre carrière en 1964 comme journaliste et reporter sportif à l’ORTF, puis comme présentateur d’émissions de variétés dès 1966. En 1969, vous êtes le commentateur attitré des grandes rencontres de football. Vous couvrez les Mundial des années 70. Votre carrière à l’écran se partage entre ces deux pôles que sont les sports et les variétés. Vous êtes toujours, comme Bernard Pivot d’ailleurs, un grand amateur de football. Puis, vous animez toute une panoplie d’émissions de variétés. En France, dans ce domaine, vous devenez la référence: Les Rendez-vous du dimanche, de 1975 à 1981; Star, en 1981; Champs Élysées, de 1982 à 1985 puis de 1987 à 1990; Stars 90 de 1990 à 1994; Faites la Fête, de 1994 à 1998; Studio Gabriel, de 1994 à 1997; Drucker & Co et Star & Co en 1997-98; Vivement dimanche et Vivement dimanche prochain depuis 1998; Tapis rouge de 1999 à 2001.
L’histoire de la télévision est l’histoire de votre vie. Mais vous ne vous arrêtez pas là: vous avez aussi écrit sept livres, dont deux romans.
De nombreuses instances ont tenu à reconnaître votre travail. Vous avez été fait chevalier de la Légion d’honneur et Chevalier des arts et des lettres par le gouvernement français. Vous avez été désigné Journaliste sportif de l’année par l’hebdomadaire Télémagazine en 1971, 1972, et 1973. Vous avez reçu le prix Triomphe de la télévision pour Nuit du cinéma, en 1973, et le 7 d’Or du meilleur animateur et de la meilleure émission de variétés en 1987 et en 1991. Enfin, au Québec en 2000, vous avez reçu le prix Gémeau de la Francophonie, créé en votre honneur, soulignant votre travail de rapprochement entre la France et le Québec.
Vous êtes, d’ailleurs, d’abord et avant tout un homme de rapprochements, de rencontres et d’échanges, un véritable communicateur qui aime les gens, qui s’intéresse à eux, qui veut les découvrir et les faire découvrir.
Vous avez toujours incarné concrètement ces liens directs et privilégiés qui unissent la France et le Québec. Si nos « souliers ont beaucoup voyagé » selon les mots de Félix Leclerc, c’est grâce à votre hospitalité et votre disponibilité.
Les auteurs, compositeurs et interprètes québécois, des années soixante-dix jusqu’à aujourd’hui, vous doivent beaucoup. Ils ont eu une place de choix sur les divers plateaux que vous avez animés. Et c’est à votre curiosité, votre générosité, votre vision et votre ouverture sur le monde qu’ils doivent la formidable audience dont ils jouissent aujourd’hui. Est-ce le fait d’être pilote breveté qui vous conditionne à voir si loin? Vous avez eu une vision juste, vous avez su dès le départ que les voix du Québec étaient complémentaires, pouvaient apporter de nouvelles harmonies au paysage musical français. Et leur succès époustouflant vous donne raison.
Michel Drucker, il y a un lien démontrable entre votre travail convaincu et inlassable de promotion des artistes québécois en France, et la vigueur du fait français en Amérique et dans le monde. Vous avez accompli un travail monumental. Nous voulons vous dire notre appréciation.
Michel Drucker, au nom du gouvernement du Québec et de la nation, j’ai le plaisir de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec en reconnaissance de votre contribution remarquable à la promotion de culture québécoise dans le monde.

[QLandry20010430AQué]
[Phase II du plan de relance de la région Gaspésie-Îles de la Madeleine]
Monsieur le Député des Îles et ministre responsable de la région, Monsieur le ministre d’État aux Régions,
Monsieur le ministre délégué aux Transports et à la Politique maritime,
Monsieur le ministre délégué au Tourisme, au Loisir et au Sport,
Messieurs les Maires,
Chers amis,
Nous sommes avec vous aujourd’hui pour vous annoncer deux importantes nouvelles. Tout d’abord, des investissements majeurs dans la vocation touristique des Îles. Ensuite, le démarrage de toute une série de mesures, annoncées dans la stratégie de développement économique des régions ressources, qui devraient donner un sérieux coup de pouce à la relance de l’économie aux Îles.
Il y a quelques semaines, j’étais parmi vous, en tant que vice-premier ministre et président du comité ministériel de la Relance de la Gaspésie et des Îles, pour annoncer de nouveaux investissements confirmant le leadership de plus en plus grand des Îles-de-la-Madeleine en mariculture. Aujourd’hui, avec mes collègues, je suis de retour en tant que premier ministre, mais toujours président du même comité ministériel, pour annoncer des développements majeurs au regard de l’autre grande vocation naturelle des Îles qu’est le tourisme. La phase II du Plan de relance qui s’amorce à la faveur de la Stratégie de développement économique des régions ressources nous donne les moyens de porter un double coup dans cette direction. Je suis donc très heureux d’annoncer aujourd’hui: le lien Maritime Montréal­Chandler-Les Îles.
Le lien maritime Montréal­Chandler-Les Îles
Transport Québec et la Coopérative de transport maritime des Îles-de-la-Madeleine (CTMA) se sont entendus pour concrétiser le projet de lien maritime de type croisière entre Montréal et les Îles, avec un volet traversier entre Chandler et Cap-aux-Meules. Ce projet nécessitera un investissement initial de 20000000 $ et créera 133 nouveaux emplois, en grande majorité à temps plein et dédiés pour une bonne part aux gens des Îles. Le ministre délégué aux Transports et responsable de la politique maritime du Québec, M. Jacques Baril, vous donnera dans quelques instants les détails de ce projet. Mais d’ores et déjà nous savons qu’il répond aux vœux des Madelinots et des Madeliniennes parce qu’il consolide le lien maritime vital qui les unit au reste du Québec, parce qu’il s’inscrit dans la perspective plus globale du développement touristique de la Gaspésie et des Îles et parce qu’il constitue une étape importante en vue d’une meilleure utilisation de notre fleuve et de notre golfe à des fins de transport, de loisir et de tourisme.
J’annonce également, dans le cadre de ce même projet, l’injection d’une somme de 1,3 million par Tourisme Québec afin de faire la promotion de cette croisière maritime ici et à l’étranger, ce qui revient, tout le monde en conviendra, à faire la promotion des Îles elles-mêmes. Quelque chose me dit que lorsque les Québécois et les Québécoises réaliseront qu’ils peuvent redécouvrir le fleuve, le golfe et les Îles-de-la-Madeleine par une croisière de quelques jours avec escale possible à différents endroits, dont Chandler, cela aura un impact significatif sur l’économie de la région.
3000000 $ additionnels pour le développement du tourisme Par ailleurs, dans le cadre de l’effort de Relance, Tourisme Québec disposera d’une enveloppe additionnelle de 3000000 $ pour stimuler le développement de projets à caractère touristique et accroître les efforts de promotion. Le nouveau ministre délégué au Tourisme, au Loisir et au Sport, M. Richard Legendre, vous en fournira les modalités dans quelques instants.
200000 $ pour soutenir le développement de nouveaux produits régionaux
Enfin, votre député, M. Maxime Arseneau, vous confirmera l’appui financier du Fonds de diversification de l’économie à deux entreprises de la région qui travaillent actuellement au développement de nouveaux produits régionaux dont nous suivons la progression avec intérêt.
Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation et le ministère de l’Industrie et du Commerce sont également des joueurs actifs et attentifs dans ces deux projets qui engendreront des investissements de 200000 $. Cela illustre bien l’étroite concertation qui existe entre les différents acteurs du gouvernement du Québec et explique en partie le succès de notre effort de Relance.
De nouveaux outils grâce à la stratégie de développement économique des régions ressources
Finalement, le ministre d’État aux Régions, M. Gilles Baril, entreprend aujourd’hui aux Îles sa deuxième tournée des régions ressources du Québec en trois semaines. Il a la tâche colossale de mettre en route le plus rapidement possible les mesures annoncées dans la nouvelle Stratégie de développement économique des régions ressources afin qu’elles se traduisent par des retombées concrètes, à l’exemple des projets que je viens d’évoquer à l’instant. M. Baril vous décrira donc quand et comment les programmes et mesures décrits dans le fascicule que nous rendons public aujourd’hui seront mis en route et quels sont les montants alloués à la région. Nous commençons chez vous parce que, même si vous avez une bonne longueur d’avance avec le Plan de relance en marche depuis maintenant 18 mois, nous sommes toujours convaincus de l’urgence de la situation et de la nécessité de redoubler d’efforts pour que la Gaspésie et les Îles puissent réaliser leur merveilleux potentiel et se rapprocher ainsi du niveau de prospérité de l’ensemble du Québec.
J’inviterais maintenant mes collègues à vous décrire plus en détail l’ensemble de ces projets.
Merci.
Conclusion
Comme vous le voyez, ça bouge aux Îles-de-la-Madeleine! Nous vous avons livré aujourd’hui le fruit de plusieurs mois de travail avec les gens des îles et en même temps nous avons jeté les bases de la deuxième phase de notre effort de Relance. La Stratégie de développement économique des régions ressources vient en effet injecter 97000000 $ additionnels pour la Relance de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. Il est important de comprendre que ces 97000000 $, c’est le levier que le gouvernement du Québec met à la disposition des gens de la région pour appuyer de nouveaux projets, développer et consolider les créneaux d’excellence et diversifier l’économie.
Avec cette deuxième phase du Plan de relance de la Gaspésie et des Îles, nous remettons entre vos mains les instruments nécessaires pour que la région prenne plus que jamais sa place dans la nouvelle économie, sa nouvelle économie, fondée sur les forces qui vous sont propres et sur votre capacité, maintes fois démontrée, d’inventer, d’innover et de concurrencer les meilleurs. Pour ma part, j’attends des membres du gouvernement – et au premier chef du ministre d’État aux Régions et de votre député, également ministre responsable de la région – qu’ils soutiennent plus activement que jamais les projets et les initiatives qui viendront du milieu. J’attends des grands organismes financiers, notamment la SGF, la Caisse de dépôt, Investissement-Québec, Desjardins, le Fonds de solidarité FTQ et les divers fonds locaux d’investissement, qu’ils misent avec nous sur le formidable potentiel de la Gaspésie et des Îles et, enfin, j’attends des instruments locaux et régionaux que le gouvernement a mis en place au cours des dernières années, en particulier les CLD et Emploi-Québec, qu’ils travaillent en synergie avec les autres partenaires de la région comme ils l’ont fait avec succès au cours de la dernière année.
Je vous réitère, en terminant, la détermination de votre gouvernement à faire de la vitalité des régions un objectif national de développement car, autant nous avons besoin de la locomotive de Montréal pour nous positionner dans le réseau des grandes métropoles internationales, autant le Québec a besoin que toutes ses régions soient fortes pour rester prospère. Je puis vous assurer que je suivrai avec constance et attention les progrès que nous réaliserons tous ensemble dans les régions du Québec, mais je garderai une attention toute particulière pour la Gaspésie et les Îles où nous poursuivrons la formidable bataille que nous avons entreprise et que nous sommes plus que jamais confiants de gagner au plus grand bénéfice de tout le Québec. [QLandry20010430BQué]
Chers collègues de l’Assemblée nationale,
Monsieur le Président de la Chambre de commerce de la Gaspésie et des Iles-de-la-Madeleine, Monsieur le Président du Conseil régional de concertation et de développement, Monsieur le Maire de Bonaventure, Partenaires de la Relance,
Chers amis gaspésiennes et gaspésiens, il y a maintenant dix-huit mois que le gouvernement du Québec travaille ardemment, avec les gens d’ici, à soutenir et relancer l’économie de la Gaspésie et des Îles. Personne ne peut crier victoire face aux dures réalités qui affectent encore un trop grand nombre de familles. Mais, en même temps, il faudrait être aveugle pour ne pas se rendre compte que des choses sont en train de bouger en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine. Non seulement elles bougent, mais elles bougent de plus en plus vite.
28000000 $ de nouveaux investissements
Au cours des dernières heures, nous avons annoncé, mes collègues et moi, l’appui du gouvernement du Québec à 14 nouveaux projets économiques dans la région. Ces projets engendreront des investissements de 28000000 $ et contribueront à créer ou maintenir plus de 300 emplois. J’aimerais passer en revue brièvement ces projets.
Tout d’abord, la modernisation, au coût de 2500000 $, des équipements des trois usines du groupe GDS, que vient d’annoncer M. Baril. C’est une nouvelle particulièrement intéressante parce qu’elle indique que, en dépit des moments difficiles que traverse présentement le secteur de la première transformation du bois, des entreprises maintiennent le cap sur leur modernisation.
Ce matin, à Gaspé, le ministre délégué au Tourisme, au Loisir et au Sport, M. Richard Legendre, a annoncé un autre projet important, soit l’agrandissement, au coût de 1,7 million de dollars, de l’hôtel Quality Inn et des ajouts qui en feront un véritable centre multifonctionnel. Chaque fois que des gestes de cette nature sont posés pour accroître la capacité d’attraction et de rétention des visiteurs dans un coin ou l’autre de la péninsule, c’est l’ensemble de la région qui en profite; la nature ayant voulu que, chez vous, on fasse le « tour » de la Gaspésie.
Jusqu’à un certain point, cette même logique s’applique au projet majeur que nous avons annoncé tout à l’heure aux Îles-de-la-Madeleine, et qui contribuera à améliorer grandement le produit touristique de l’ensemble de la région. Il s’agit de la conclusion d’une entente de principe entre Transport Québec et la compagnie CTMA, qui permettra la mise en place d’une croisière maritime entre Montréal et les Îles-de-la-Madeleine, doublée d’un service de traversier entre Chandler et les Îles. Le gouvernement du Québec investit 5000000 $ pour assurer le démarrage du projet, tandis que la compagnie CTMA procédera à l’achat et à l’aménagement d‘un nouveau navire, au coût de 20000000 $. De plus le gouvernement du Québec versera 1300000 $ pour permettre la promotion de la croisière ici et à l’étranger. Enfin, le gouvernement du Québec a déjà fait connaître son intention d’allouer 5000000 $ à Chandler pour appuyer les travaux d’aménagement, si le gouvernement fédéral, propriétaire des lieux, accepte d’aller de l‘avant, en procédant aux améliorations requises pour les infrastructures portuaires de Chandler. M. Baril vous a brossé, tout à l’heure, le tableau des nouveaux projets soutenus par le Fonds de diversification de l’économie. Ils sont au nombre d’une dizaine et représentent des investissements de plus de 800000 $. J’aimerais souligner le projet de la Chambre de commerce régionale, qui va de l’avant avec le concept architectural du futur centre des congrès de Carleton. Nous sommes heureux d’y contribuer, et je voudrais assurer le président de la Chambre de commerce, M. Bernard, que nous le suivrons pas à pas dans la réalisation de ce projet majeur.
Permettez-moi de m’arrêter quelques instants au Fonds de diversification de l’économie. Avec à son actif, en un an à peine, quelque 60 projets soutenus pour des investissements de près de 20000000 $ et quelque chose comme une trentaine d’autres projets dans le « pipeline », il est clair que votre fonds est un des plus performants en son genre au Québec. Je suis convaincu qu’il est une des causes de l’accélération de la Relance que nous sentons.
Enfin, permettez-moi de terminer ce bref survol en rappelant deux annonces importantes faites vendredi dernier, à Chandler. Tout d’abord, l’implantation d’un centre de services du ministère du Revenu, axé sur les nouvelles technologies et dont l’installation requiert un investissement de plus de 700000 $ et une vingtaine d’emplois permanents à compter de l’automne. Puis, ensuite, la mise en route d’une nouvelle édition du programme d’emploi pour les ex-travailleurs de la Gaspésia dotée cette année d’une enveloppe de 2500000 $. 225 emplois temporaires seront ainsi créés, dont 60 à court terme. Comme vous le savez, ces mesures transitoires sont essentielles afin de faciliter le maintien de ces travailleurs qualifiés dans la région, en attendant que l’usine redémarre.
Prêts pour une deuxième phase de la Relance
Si on regarde l’ensemble des nouveaux outils mis à la disposition de la région dans le cadre de la stratégie de développement économique et détaillés dans le document que nous rendons public aujourd’hui, il y a tout lieu de croire que ce qui apparaît aujourd’hui comme un rythme accéléré sera en fait le rythme de croisière de la Relance au cours des prochains mois. Pour le moment, permettez-moi d’insister sur certains aspects qui m’apparaissent particulièrement porteurs.
Des instruments tournés vers l’avenir
Une des manifestations les plus encourageantes de la relance en Gaspésie et aux Îles est l’émergence de nombreux projets à haut contenu de savoir. C’est le cas notamment en mariculture, dans la filière éolienne ainsi que dans les biotechnologies marines et végétales. Les potentiels agro-alimentaires, miniers et forestiers, qui constituent l’ossature de l’économie régionale, contribuent également à ce nouveau visage de votre entrepreneuriat. On voit des produits fins du terroir apparaître, comme le fromage Pied-de-Vent aux Îles ou les fromages de chèvre de la ferme Chimo dans la MRC de la Côte-de-Gaspé, des produits forestiers à valeur ajoutée et des pratiques de mise en valeur durable des ressources faisant appel à plus de formation et de compétence. Ce n’est pas le portrait d’une région à court d’idées, de projets et de créativité qui se dégage. C’est le portrait d’une région dont l’économie se prépare à un grand virage vers plus de savoir, plus de valeur ajoutée, plus de transformation, et un virage qui se fait en grande partie sur le terrain toujours fertile des ressources naturelles, l’ossature même de votre économie.
Un fonds de 4000000 $ pour développer les créneaux d’excellence
La phase II de la relance accorde une importance nouvelle à ce virage vers des créneaux d’excellence et une économie liée davantage au savoir. Ainsi, un fonds spécial de 4000000 $ est créé afin de soutenir le développement de tels créneaux. On s’attend à ce que ce fonds engendre des investissements de 16000000 $ et 300 emplois de haut niveau au cours des trois prochaines années.

4000000 $ pour développer l’économie du savoir.
Dans cette même perspective, d’autres crédits de 4400000 $ sont réservés pour soutenir des initiatives dans trois secteurs jugés prioritaires:
le développement des ressources, sciences et technologies marines, l’énergie éolienne, les sciences et techniques environnementales.
Concrètement, ces interventions pourront se traduire par des subventions à des centres de recherche, la mise en place d’organismes de valorisation des technologies et l’évaluation du potentiel de certaines niches.
Une série de mesures pour les PME Plus que jamais, l’entrepreneuriat et les PME de la région seront au cœur de la Relance. Vous savez déjà que d’importantes mesures fiscales en faveur des régions ressources ont été annoncées, soit, notamment, l’impôt zéro pour les PME manufacturières et le crédit d’impôt remboursable aux deuxième et troisième transformations des ressources. Dans le cas de la Gaspésie et des Îles, ces mesures s’ajoutent aux crédits d’impôt que j’ai annoncés en novembre dernier dans le secteur maritime, de sorte que la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine possèdent aujourd’hui l’arrangement fiscal le plus élaboré et le plus complet au Québec. Cela confère à votre région, en pratique, le statut fiscal particulier que vous souhaitiez.
Et ce n’est pas tout : nous donnerons aux CLD plus de moyens pour accomplir leurs tâches, tant auprès des entreprises de leur territoire que des milieux ruraux et du secteur de l’économie sociale. Au total, 3600000 $ sont prévus à ces fins. Combinés avec l’apport des autres partenaires locaux et des entreprises, on s’attend à engendrer des investissements de près de 10000000 $ en trois ans à travers ce canal. On espère 160 emplois nouveaux, dont les premiers dès le mois d’août de cette année.
Également, nous mettrons en place toute une série de mesures, dotées de crédits de 10700000 $, afin de faciliter le financement des entreprises et soutenir l’entrepreneuriat. Elles sont mentionnées dans le fascicule qui vous a été distribué, mais j’aimerais attirer votre attention sur certaines d’entre elles: la mise en place de Capital régional et coopératif Desjardins et la bonification du régime d’investissement coopératif; l’augmentation du volume de prêts aux PME en région par Garantie Québec; un soutien accru pour développer l’entrepreneuriat féminin et accroître l’embauche de jeunes diplômés.
Assurer la pérennité des ressources et consolider les emplois
En plus de ce soutien important à la PME, nous consacrerons 27000000 $ pour consolider le secteur des ressources et maintenir le niveau d’emploi. De ces 27000000 $, 15700000 $ sont réservés pour assurer la mise en valeur des ressources forestières. Ce programme permet notamment l’accroissement du rendement des forêts ainsi que leur aménagement à des fins récréotouristiques, ce qui est particulièrement important pour développer le potentiel de tourisme de nature en Gaspésie.
Par ailleurs, 7000000 $ seront consacrés à la création d’emplois en forêt afin de maintenir la qualité et la formation des travailleurs sylvicoles, dont les premiers contingents seront à l’œuvre dès le mois de mai. D’autres mesures seront précisées ultérieurement à l’égard des pêches et du secteur minier afin de soutenir la modernisation des équipements et tirer le plein potentiel minéral et énergétique que nous entrevoyons dans votre sous-sol. Mentionnons enfin que, dès les prochaines semaines, 3000000 $ additionnels permettront de mettre en branle les divers projets soutenus par le programme de création d’emplois municipaux, ce qui pourra engendrer des investissements de 16000000 $ dans l’amélioration des infrastructures publiques.
L’ensemble de ces nouvelles mesures nous permet d’ajouter 97000000 $ à l’effort de Relance de la Gaspésie et des Îles pour les trois prochaines années. Quand on sait qu’avec 49000000 $, la première phase de la Relance a engendré 114000000 $ d’investissement et un peu plus de 3 700 emplois, je vous laisse imaginer ce que ces 97000000 $ additionnels pourraient engendrer dans la région.
Conclusion Avec cette deuxième phase du Plan de relance de la Gaspésie et des Îles, nous remettons entre vos mains les instruments nécessaires pour que la région prenne plus que jamais sa place dans la nouvelle économie, sa nouvelle économie, fondée sur les forces qui vous sont propres et sur votre capacité, maintes fois démontrée, d’inventer, d’innover et de concurrencer les meilleurs. Pour ma part, j’attends des membres du gouvernement et, au premier chef, du ministre d’État aux Régions et du ministre responsable de la région, qu’ils soutiennent plus activement que jamais les projets et les initiatives du milieu. J’attends des grands organismes financiers, notamment la SGF, la Caisse de dépôt, Investissement-Québec, Desjardins, les sociétés Innovatech, les fonds locaux d’investissement et le Fonds de solidarité FTQ, qu’ils misent avec nous sur le formidable potentiel de la Gaspésie et des Îles et, enfin, j’attends des instruments locaux et régionaux que le gouvernement a mis en place au cours des dernières années, en particulier les CLD et Emploi-Québec, qu’ils travaillent en synergie comme ils l’ont fait avec succès au cours de la dernière année.
Quant à moi, j’ai la conviction profonde que nous sommes ensemble sur la bonne voie, que de plus en plus de regards vont se tourner vers votre région pour constater que l’éloignement n’est pas un défaut, que les ressources naturelles ne sont pas le symbole d’une économie dépassée et que, oui, l’espoir pour un grand nombre de Québécoises et de Québécois peut aussi venir de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. Vous avez besoin du reste du Québec, mais n’oubliez jamais que le reste du Québec a aussi besoin de vous.

[QLandry20020130Qué]
[Assermentation du nouveau Conseil des ministres]
Madame le Lieutenant-Gouverneur,
Mesdames et Messieurs les ministre s,
Mesdames et Messieurs de l’Assemblée nationale,
Distingués invités,
Chers compatriotes,
Un des plus lourds devoirs de la fonction de premier ministre consiste à choisir les collègues qui, avec lui, siégeront au Conseil des ministres pour servir leurs compatriotes.
Il s’agit d’un privilège qui comporte, vous vous en doutez bien, une énorme responsabilité. Il faut savoir discerner, entre plusieurs personnes de talent, ceux et celles qui sauront le mieux porter sur leurs épaules le fardeau de la gestion des affaires de l’État.
Au cours de ce dur exercice, j’ai vu deux amis de longue date quitter à la fois le Conseil des ministres, l’Assemblée et la vie politique. J’ai exprimé sur plusieurs tribunes l’estime que j’ai pour Guy Chevrette et Jacques Brassard. Je leur ai également donné toute la latitude nécessaire quant à leur avenir politique. Ils ont respecté mes choix, je respecte le leur, ainsi que celui de monsieur David Cliche, que je remercie de ses loyaux services.
Je suis tout de même particulièrement fier de vous présenter aujourd’hui une nouvelle équipe qui compte pas moins de treize (13) nouveaux membres et qui s’appuie autant sur l’expérience que sur le renouveau.
Cette équipe saura, j’en suis sûr, bâtir sur les acquis du Québec et de son gouvernement. Elle devra aussi, et c’est la mission que je lui confie, donner une impulsion nouvelle à l’action gouvernementale.
La nation québécoise doit être fière de ses succès. Le déficit zéro, la réduction du fardeau fiscal, l’accélération de l’ouverture et de la modernisation de l’économie québécoise ont pu, chez nous, cohabiter avec un développement social et humain empreint de solidarité, à peu près inégalé ailleurs.
Le gouvernement du Parti Québécois a contribué de façon déterminante à ce succès qui se reflète, d’ailleurs, dans le fort taux de satisfaction de la population à son égard.
Il n’est cependant pas question de nous asseoir sur nos lauriers. L’équipe ministérielle que je vous présente aujourd’hui fait largement part au renouveau, non pas parce que l’ancienne équipe n’était pas satisfaisante, mais parce que l’apport de sang neuf dans le cabinet augmentera fortement les capacités d’écoute et d’action du gouvernement. Plus que jamais, les Québécois et les Québécoises de tous les milieux et de toutes les régions auront une voix au sein du Conseil des ministres. Plus que jamais, les Québécois et les Québécoises auront à leur service une équipe dynamique, compétente et tournée vers l’action.
Cette nouvelle équipe ministérielle représente donc une volonté renouvelée d’écoute et d’action.
Mission économique
Bien que le contexte économique soit dans l’ensemble favorable, le Québec a été touché par le ralentissement de l’économie américaine. L’économie et l’emploi demeurent au cœur des préoccupations de nos concitoyens et seront à l’avant-plan de l’action gouvernementale. L’équipe ministérielle mise sur un trio d’envergure pour traiter les dossiers économiques au gouvernement du Québec.
Madame Marois continuera d’assumer les fonctions de vice-première ministre, de ministre d’État à l’Économie et aux Finances, de ministre des Finances et de ministre de la Recherche, de la Science et de la Technologie. À compter d’aujourd’hui, elle aura également la responsabilité de ministre de l’Industrie et du Commerce. Madame Marois assumera ainsi pleinement la direction des affaires économiques du gouvernement, en plus d’agir comme vice-première ministre. C’est d’ailleurs à ce titre qu’elle me remplace aujourd’hui à Munich, à la Conférence des leaders de gouvernements régionaux.
Les Québécois et les Québécoises s’attendent à ce qu’elle déploie rapidement le plan AGIR annoncé au budget de novembre dernier pour contrer les effets du ralentissement économique. Elle devra également contribuer à l’accélération de projets privés d’investissement. Au plan des finances publiques, la prochaine année sera cruciale, car il faudra maintenir le cap sur le déficit zéro dans un contexte plus incertain, où les pressions sur les dépenses sont de plus en plus présentes. Madame Marois devra en outre trouver des pistes de solution au problème du déséquilibre fiscal entre Ottawa et le Québec en s’appuyant sur les conclusions de la commission Séguin.
Madame Marois sera appuyée, dans certains de ses mandats, par madame Lucie Papineau, à titre de ministre déléguée à l’Industrie et au Commerce. Madame Papineau travaillera en particulier à maintenir le tissu industriel québécois, à accroître la présence des entreprises, notamment les PME, sur les marchés d’exportation et à défendre les intérêts commerciaux du Québec dans certains dossiers litigieux, tel le bois d’œuvre.
Dans une économie dont la vitalité repose de plus en plus sur le savoir et l’innovation, le Québec doit être doté d’outils performants pour maintenir et améliorer son positionnement avantageux dans la nouvelle économie. Madame Solange Charest, à titre de secrétaire d’État à la Recherche, à la Science et à la Technologie, sera au centre de l’action gouvernementale dans ce secteur névralgique.
Mission santé et services sociaux
La qualité et la disponibilité des services de santé préoccupent la population. Elles préoccupent également mon gouvernement, et c’est pourquoi j’ai fait appel à une équipe exceptionnelle pour œuvrer dans ce domaine.
Pour diriger cette équipe, j’ai demandé à monsieur François Legault, un administrateur chevronné, de prendre la charge de ministre d’État à la Santé et aux Services sociaux. Monsieur Legault saura raviver la confiance des Québécois envers leur système de santé en donnant la priorité à l’accessibilité aux services, en révisant le régime général d’assurance médicaments et en améliorant les services à domicile.
Monsieur Legault sera appuyé par deux ministres délégués. Le premier, monsieur David Levine, est une figure bien connue dans le réseau de la santé. Sa vaste expérience et son expertise viendront grandement enrichir le Conseil des ministres. À titre de ministre délégué à la Santé, monsieur Levine secondera le ministre dans la lourde tâche que constitue la gestion efficace du réseau de la santé. Il aura à lui proposer, notamment, des façons de réduire les listes d’attente pour certains services hospitaliers et l’engorgement de certaines urgences.
Monsieur Roger Bertrand, à titre de ministre délégué aux Services sociaux, à la Protection de la jeunesse et à la Prévention, viendra prêter main-forte au ministre dans la gestion du réseau des centres Jeunesse, ainsi que dans les dossiers relatifs à la protection de la jeunesse, aux services de réadaptation et à la réinsertion sociale.
Mission éducation
La population québécoise est maintenant l’une des plus scolarisées au monde. Les Québécois ont compris, de longue date, la valeur de l’éducation. Cela se reflète dans l’action du gouvernement et l’importance des moyens financiers et humains qu’il y consacre.
Je suis heureux que monsieur Sylvain Simard ait accepté la charge de ministre d’État à l’Éducation et à l’Emploi.
Monsieur Simard devra bâtir une école plus performante afin que le Québec puisse être encore plus fier de ses succès scolaires. Il cherchera à atteindre cet objectif en intensifiant la lutte au décrochage scolaire, en instaurant une stratégie de valorisation de l’éducation et en mettant davantage l’accent sur les plans de réussite et la gestion axée sur les résultats dans le réseau. Il devra aussi poursuivre le renforcement du réseau universitaire québécois, notamment avec les contrats de performance. À titre de ministre déléguée à l’Emploi, madame Agnès Maltais secondera le ministre dans les dossiers relatifs à l’emploi et devra proposer une politique de l’éducation des adultes dans une perspective de formation continue. Elle l’appuiera aussi dans la gestion du réseau d’Emploi-Québec.
Mission solidarité
Le Québec figure parmi les sociétés les plus solidaires et les plus progressistes d’Amérique du Nord. Nous avons aussi résolument choisi, plus que d’autres, d’aider la famille. Ces orientations doivent être maintenues, et l’action gouvernementale dans ces domaines sera accentuée.
J’ai donc demandé à madame Linda Goupil d’assumer l’importante tâche de ministre d’État à la Solidarité sociale, à la Famille et à l’Enfance, de ministre responsable de la Condition féminine et de ministre responsable des Aînés.
En ces temps économiques plus difficiles, madame Goupil devra s’assurer que le filet de protection sociale demeure entier et faire un suivi serré de la situation des plus démunis. Elle devra aussi terminer l’élaboration de la stratégie nationale de luttre contre la pauvreté.
Au plan de la famille et de l’enfance, elle favorisera le développement des centres de la petite enfance et assurera la mise en place du régime d’assurance parentale.
Madame Nicole Léger appuiera la ministre à titre de ministre déléguée à la Lutte contre la pauvreté et l’exclusion. En particulier, elle verra à terminer, de concert avec la ministre, l’élaboration de la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté.
Madame Jocelyne Caron est maintenue au poste de secrétaire d’État à la Condition féminine. Elle appuiera la ministre dans l’application de la politique en matière de condition féminine, de son suivi et de l’évaluation des programmes d’action en découlant.
Mission population et citoyenneté
Le Québec, plus encore que la plupart des grandes sociétés occidentales, est placé face à un important défi sur le plan démographique. La population vieillit rapidement et présente un très faible taux de natalité. Heureusement, l’immigration vient enrichir le Québec et contrer, en partie, le déclin démographique.
J’ai décidé de nommer un ministre d’État à la Population et de confier cette tâche à monsieur Rémy Trudel. Celui-ci agira à titre de ministre d’État à la Population et aux Affaires autochtones, de ministre des Relations avec les citoyens et de l’Immigration, de ministre délégué aux Affaires autochtones et de ministre responsable de la Politique de la natalité.
Il aura à présenter au gouvernement une réflexion stratégique pour une politique de la population touchant tout à la fois la natalité, l’immigration, le vieillissement de la population, ainsi que l’occupation dynamique du territoire en région.
Il verra à mettre en valeur la contribution de l’immigration à la société québécoise. Dans la foulée des événements du 11 septembre, il devra également mettre en place des mécanismes pour sécuriser davantage la sélection des immigrants.
Il sera aussi chargé de poursuivre les discussions avec les nations autochtones afin d’en faire d’authentiques partenaires de la nation québécoise.
Monsieur André Boulerice, ministre délégué aux Relations avec les citoyens et à l’Immigration, appuiera le ministre. Il travaillera à la mise en place des mesures favorisant une plus grande harmonie entre les communautés et portera une attention particulière aux efforts visant à mieux encadrer la sécurité qui entoure l’émission des documents de l’État civil.
Mission ressources naturelles et régions
Le vaste territoire du Québec présente à la fois des opportunités et des défis majeurs. D’une part, des ressources naturelles abondantes dont il convient de tirer le plein potentiel, mais aussi, d’autre part, une problématique d’occupation du territoire dans les « régions ressources ».
Le gouvernement a un rôle clé à jouer dans ces problématiques. L’inclusion du ministère des Régions dans le même portefeuille ministériel que celui des Ressources naturelles favorisera une meilleure intégration des interventions gouvernementales.
Monsieur Gilles Baril assumera donc les fonctions de ministre d’État aux Ressources naturelles et aux Régions et de ministre responsable du Développement du Nord québécois.
En matière d’énergie, le ministre procédera à une offensive majeure pour accélérer le développement du potentiel hydroélectrique du Québec. Au cours de la prochaine année, un bon nombre de projets de développement devraient être mis de l’avant pour répondre aux besoins énergétiques du Québec et créer de nombreux emplois rémunérateurs.
Dans le secteur de la forêt, le ministre collaborera aux négociations sur le bois d’œuvre afin de défendre les intérêts du Québec dans cette industrie névralgique. Il verra à mener les consultations à terme et à mettre en place le nouveau régime forestier.
Madame Rita Dionne-Marsolais est nommée ministre déléguée à l’Énergie. Elle aidera le ministre à accélérer le développement du potentiel hydroélectrique du Québec. Elle aura également comme mandat d’accroître de manière significative les activités d’exploration gazière dans le golf du Saint-Laurent.
Monsieur François Gendron assumera les nouvelles responsabilités de ministre délégué à la Gestion de la forêt et à la Ruralité.
La forêt est directement et indirectement à la base de dizaines de milliers d’emplois au Québec, le plus souvent en région. La ressource et les industries qui l’exploitent font face à d’importants défis qui préoccupent le gouvernement. Le ministre délégué s’inscrira en appui du ministre des Ressources naturelles. Il sera aussi appelé à proposer des stratégies favorisant la modernisation de l’industrie afin d’en accroître la compétitivité et de susciter l’émergence de produits de deuxième et troisème transformation dans ce domaine, particulièrement en région.
Monsieur Gendron appuiera aussi le ministre des Régions dans la mise en œuvre de la politique nationale de la ruralité annoncée récemment.
Monsieur Michel Létourneau est nommé ministre délégué au Développement du Nord québécois. Il appuiera le ministre afin d’élaborer une approche stratégique visant à exploiter le plein potentiel du Nord québécois, qui, rappelons-le, représente 55 % du territoire québécois. En particulier, il coordonnera la mise en œuvre de la Politique de développement du Nord du Québec, annoncée par le gouvernement en 2001, et recherchera des partenariats ciblés et adaptés aux spécificités de la population du Nord du Québec.
Mission affaires municipales et environnement
Monsieur André Boisclair assumera les fonctions de ministre d’État aux Affaires municipales et à la Métropole, à l’Environnement et à l’Eau, ainsi que de leader parlementaire du gouvernement.
Notre gouvernement a eu le courage de mener à terme les réorganisations municipales. Cette réforme dotera le Québec de villes possédant la taille et les ressources nécessaires pour offrir de meilleurs services aux coûts les plus faibles, tout en améliorant l’équité dans la répartition du fardeau fiscal. Je voudrais saluer ici au passage l’éminent travail de ma collègue Louise Harel dans ce dossier. Le gouvernement proposera d’ailleurs sa candidature à titre de présidente de l’Assemblée nationale, et nous espérons que l’Opposition officielle appuiera avec enthousiasme la venue d’une première femme à la présidence. Forte de ses quelque vingt années de vie parlementaire, madame Harel saura apporter une contribution précieuse aux travaux de l’Assemblée et représenter celle-ci auprès d’instances internationales regroupant des parlementaires.
Quant à monsieur Boisclair, il aura la responsabilité de veiller aux réorganisations municipales qui devront faire l’objet d’un suivi étroit afin d’en maximiser les bénéfices pour les Québécois.
Par ailleurs, pour améliorer la qualité des services municipaux et contrer le ralentissement de l’économie, monsieur Boisclair a reçu le mandat d’accélérer la réalisation de projets d’investissements municipaux avec l’appui du gouvernement du Québec, en particulier par l’entremise des programmes d’infrastructures. Au plan de l’environnement, le ministre poursuivra son travail, notamment en déposant, dans les prochains mois, une politique de l’eau. De plus, il élaborera une stratégie québécoise pour la diminution des gaz à effet de serre à la suite des Accords de Kyoto.
Monsieur Jean-François Simard est nommé ministre délégué à l’Environnement et à l’Eau. De concert avec le ministre, il travaillera à la mise en œuvre des priorités en matière d’environnement.
Je lui ai aussi confié le mandat de déterminer des façons d’accélérer les processus d’évaluation environnementaux, en particulier pour les projets hydroélectriques.
Monsieur Jacques Côté est nommé ministre délégué à l’Habitation. En créant ce poste, j’entends souligner l’importance que mon gouvernement accorde à la problématique du logement au Québec. Le ministre délégué viendra appuyer le ministre dans les dossiers relatifs à l’habitation et s’occupera de promouvoir l’amélioration des conditions générales d’habitation au Québec.
Monsieur Claude Boucher est, quant à lui, maintenu dans ses fonctions de secrétaire d’État aux infrastructures municipales afin d’appuyer le ministre dans les dossiers touchant cette question.
Mission administration et fonction publique
D’ici au 31 mars prochain, le gouvernement devra déposer le budget de dépense des différents ministères. Cette revue des programmes du gouvernement est un exercice qui nécessite souvent des arbitrages délicats. Pour faire ces choix, le Conseil des ministres doit pouvoir s’appuyer sur des recommandations rigoureuses et équitables.
C’est dans ce contexte que j’ai demandé à monsieur Joseph Facal d’assumer le rôle de président du Conseil du trésor. Monsieur Facal sera le grand argentier du gouvernement. M. Facal agira également à titre de ministre responsable de l’Administration et de la Fonction publique. Au cours des prochaines années, un nombre important de fonctionnaires prendront leur retraite. Il faut dès maintenant prévoir le renouvellement de la fonction publique tout en maintenant la qualité des services.
Monsieur Facal sera assisté dans la réalisation de ce mandat par un secrétaire d’État au Renouvellement de la fonction publique, en l’occurrence, monsieur Stéphane Bédard. C’est un jeune député animé d’un dynamisme et d’une détermination hors du commun.
Mission relations internationales
Le phénomène actuel de la mondialisation et le processus d’intégration des Amériques constituent de puissants défis pour la nation québécoise. Certains pourraient croire qu’ils représentent des menaces à notre épanouissement. Nous les considérons plutôt comme des opportunités de développement.
Au cours des dernières années, le Québec a pris sa place sur l’échiquier international. Les actions de notre gouvernement ont fait en sorte que le rayonnement de la nation québécoise à l’étranger n’a jamais été aussi important qu’il ne l’est au début de ce vingt-et-unième siècle. Je suis heureux de pouvoir compter à nouveau sur l’expertise de madame Louise Beaudoin qui assumera la charge de ministre des Relations internationales et de ministre responsable de la Francophonie.
Madame Beaudoin devra s’assurer que la nation québécoise occupe la place qui lui revient sur la scène internationale, tant au niveau économique, culturel que politique. Pour ce faire, elle devra notamment poursuivre le déploiement du réseau diplomatique québécois et faire entendre la voix du Québec lors des grands sommets internationaux. C’est pour cette raison qu’elle participe actuellement au deuxième forum social mondial qui se tient à Porto Alegre, au Brésil.
Elle aura également comme mandat d’analyser en profondeur le phénomène de la mondialisation afin de permettre au Québec d’en tirer un meilleur profit.
Mission culture et communications
La culture est l’identité et le fondement de toute nation. Cela est d’autant plus vrai pour les sociétés, comme la nôtre, qui doivent évoluer dans un environnement où elles sont minoritaires. La langue française et la culture québécoise représentent notre richesse collective la plus précieuse. Je suis donc très heureux que madame Diane Lemieux ait accepté de demeurer en poste à titre de ministre de la Culture et des Communications. Elle conservera également la responsabilité de l’application de la Charte de la langue française et la responsabilité de l’Autoroute de l’information.
Enfin, elle devra voir au développement des arts visuels québécois en révisant la Politique du cinéma et de la production audiovisuelle pour l’adapter aux besoins d’aujourd’hui. Mission ressources humaines et travail
Je suis heureux que monsieur Jean Rochon ait accepté le poste de ministre d’État aux Ressources humaines et au Travail. À cet égard, les défis auxquels le Québec doit s’attaquer sont nombreux; je pense notamment au dossier des travailleurs autonomes. Un groupe de travailleurs de plus en plus nombreux qui mérite toute l’attention du gouvernement. Je suis convaincu que vous saurez relever ces défis avec succès.
Mission transport
L’année 2002 sera marquée par le début du plus grand chantier de travaux routiers entrepris au Québec depuis 30 ans. C’est une somme approchant le 1400000000 $ qui sera versée cette année dans le Fonds de conservation et d’amélioration du réseau routier. Ces travaux sont importants pour assurer l’essor économique du Québec, et ce sont toutes les régions qui en bénéficieront. La réalisation de ces travaux à l’intérieur d’un échéancier serré nécessitera un leadership fort et un suivi systématique. La tâche est énorme. C’est pourquoi j’ai décidé de nommer monsieur Serge Ménard à titre de ministre des Transports. Un autre défi important attend monsieur Ménard. Il devra poursuivre les négociations avec le gouvernement fédéral concernant les routes stratégiques. Ce sont cinq protocoles d’entente sur les axes routiers stratégiques qui ont été transmis au gouvernement fédéral au cours des derniers mois. Le gouvernement du Québec investit déjà sur les autoroutes 30, 35 et 50, de même que sur les routes 175 et 185. Ces projets sont prioritaires pour les régions du Québec. Cependant, malgré les paroles rassurantes du ministre fédéral des Finances, nous attendons toujours une réponse. J’espère que monsieur Ménard mettra autant d’ardeur à convaincre le gouvernement fédéral qu’il en a mis à lutter contre le crime organisé.
Dans ses fonctions, monsieur Ménard sera appuyé par monsieur Jacques Baril. Monsieur Baril connaît très bien le domaine du transport. Sa contribution à l’élaboration de la politique du transport maritime et fluvial a été soulignée par tous. Monsieur Baril devra notamment poursuivre la mise en place de cette politique. Il secondera également monsieur Ménard dans le dossier stratégique du transport aérien régional.
Mission justice et sécurité publique
La Sécurité publique et la Justice demeurent une partie intégrante et importante du quotidien des Québécoises et des Québécois,en particulier en raison des événements du 11 septembre dernier. Notre gouvernement a le devoir de mettre en œuvre des moyens pour que les citoyens et les citoyennes du Québec puissent continuer de vivre dans une société juste et équitable. Le crime organisé est un élément qui suscite beaucoup d’inquiétude au sein de la population. Le gouvernement a fait des efforts énormes en s’engageant dans une lutte sans précédent contre le crime organisé. Au cours des prochains mois, la population pourra apprécier les fruits de ces efforts. J’ai demandé à monsieur Normand Jutras, député de Drummond, d’occuper le poste de ministre de la Sécurité publique. Son expérience dans des causes ayant trait, notamment, aux drogues et aux stupéfiants, lui sera utile. Je lui souhaite bonne chance, mais je sais qu’il saura s’acquitter pleinement des tâches qui l’attendent. Par ailleurs, il faut poursuivre le travail entrepris dans le domaine de la Justice. À cet égard, je suis heureux que monsieur Paul Bégin ait accepté de demeurer ministre de la Justice. Je suis convaincu qu’il continuera à mener ses dossiers avec la détermination et la rigueur que tous lui reconnaissent. Je compte sur son dynamisme et sa grande expérience pour mener à terme des projets tels que l’union civile de personnes de même sexe ou d’autres, tout aussi importants, qui favoriseront une société québécoise plus progressiste et avant-gardiste.
Mission agriculture, pêcheries et alimentation
Nous pouvons être fiers du secteur québécois de l’agriculture, des pêcheries et de l’alimentation. En misant sur la concertation et la qualité des produits, ce secteur assure le développement de nos régions et fournit de l’emploi à des milliers d’hommes et de femmes dynamiques et passionnés. D’ailleurs, le dernier rendez-vous des décideurs a été un franc succès.
Je suis heureux que monsieur Maxime Arseneau ait accepté de demeurer ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation et de poursuivre ses efforts pour appuyer ce secteur stratégique, particulièrement important pour le développement et la vitalité des régions du Québec. Ainsi, les acteurs du milieu pourront continuer à bénéficier de sa vision et de son dévouement. Mission affaires intergouvernementales canadiennes
Le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes est chargé de coordonner l’action gouvernementale dans la promotion des intérêts de la nation québécoise au sein de la fédération canadienne. J’ai demandé à monsieur Jean-Pierre Charbonneau de prendre charge de ce portefeuille. Plus particulièrement, il devra contrer la propagande du gouvernement fédéral en menant une campagne pour la vérité sur des sujets stratégiques comme le déséquilibre fiscal, qui fait que les besoins sont à Québec mais les ressources à Ottawa.
Il devra par ailleurs poursuivre les travaux visant à bâtir des consensus avec les provinces canadiennes dans des domaines stratégiques pour le Québec et s’assurer de défendre les intérêts du Québec dans dossiers bilatéraux avec d’autres provinces.
Mission revenu
Monsieur Guy Julien continuera d’œuvrer à titre de ministre du Revenu. Il a réalisé ses fonctions avec brio. Je suis donc heureux qu’il ait accepté de demeurer ministre du Revenu. Je compte sur lui afin de poursuivre ses démarches afin d’améliorer le service aux citoyens du Québec.

Mission jeunesse, tourisme, loisir et sport
Les responsabilités que je confie à nouveau à monsieur Richard Legendre sont multiples, beaucoup à l’image de ses capacités. Il agira à la fois à titre de ministre responsable de la Jeunesse, du Tourisme, du Loisir et du Sport, et de ministre responsable de la Faune et des Parcs.
Ce sont tous des dossiers stratégiques pour notre gouvernement. En particulier, le plan d’action découlant de la Politique jeunesse déposée en juin 2001 devrait être présenté au cours des prochaines semaines.
Mission capitale nationale
La capitale nationale vit depuis quelques années une période de grande effervescence, notamment au niveau économique. Monsieur Rosaire Bertrand a accompli un travail remarquable jusqu’à maintenant. C’est pourquoi je suis heureux qu’il ait accepté de demeurer ministre délégué responsable de la région de la Capitale-Nationale. Je compte sur lui pour poursuivre les efforts entrepris par le gouvernement pour faire que tous les Québécois et les Québécoises puissent être encore plus fiers de leur capitale nationale.
Mission affaires parlementaires
Monsieur Michel Morin occupera le poste de whip en chef du gouvernement. Je compte sur lui pour s’assurer que la députation participe pleinement et entièrement aux travaux de la chambre.
Monsieur Serge Geoffrion agira à titre de président du Caucus des députés. À cet égard, il aura notamment la responsabilité d’assurer un lien étroit entre la députation et les membres du gouvernement.

[QLandry20011030Fran]
[Discours à l’occasion du quarantième anniversaire de la Délégation générale du Québec à Paris]
Mesdames et Messieurs les premiers ministres, ministres et secrétaires d’État, Monsieur le Secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie, Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs et Chefs de missions diplomatiques, Monsieur l’Ambassadeur du Canada, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames, Messieurs, Chers amis de la France et du Québec, Nous sommes ici pour célébrer de formidables retrouvailles. En effet, l’histoire nous avait séparés — c’est la faute à Voltaire, c’est le cas de le dire —, et pendant un siècle, entre 1760 et 1860, les Québécois n’ont entendu aucune voix française sur leur sol. Le premier navire français à mouiller à Québec est venu en 1860, il s’appelait la Capricieuse. Plutôt bien nommé.
C’est la raison pour laquelle, parfois, la différence d’accent était telle que vous vous demandiez si nous parlions la même langue.
Mon grand-père et ses contemporains parlaient tout simplement comme Louis XIV. Il disait: « C’est moé, c’est toé ». Il n’a jamais dit: « C’est moé le roi. » Mais, en fier paysan, il se considérait comme le roi de la terre. Et puis nous nous sommes enfin retrouvés. Il était temps. Ces retrouvailles ont été si tardives qu’elles auraient pu ne pas avoir lieu. Nous avons connu des malheurs considérables qui allaient d’ailleurs présager de grands bonheurs que nous vivons aujourd’hui.
En 1760, 70 % des hommes et des femmes qui vivaient en Nouvelle-France savaient lire, écrire et compter — beaucoup plus, donc, qu’en métropole —, et le Collège des Jésuites à Québec était le meilleur collège de France. Soixante-dix ans après la conquête, signe évident du premier grand malheur, 30 % des Québécois et des Québécoises savaient lire, écrire et compter, et le Collège des Jésuites de Québec était devenu une caserne de cavalerie. Quelle que soit la nationalité des cavaliers, quand les cavaliers remplacent les intellectuels dans les collèges, le niveau n’a pas tendance à monter.
Nous avons donc entrepris ce grand hiver de la non-connaissance, qu’on pourrait appeler, en termes plus brutaux, l’ignorance. Nous sommes arrivés, en 1960, avec le niveau d’éducation le plus bas des pays développés, signe du grand malheur. Mais là, le grand bonheur a commencé à se dessiner, le long hiver a commencé à se dissiper, et un printemps presque glorieux a commencé. Aujourd’hui, le niveau d’éducation de la nation québécoise est le plus élevé des pays développés. Voilà l’évolution de ce pays.
Nous avons parmi nous ce soir un des grands artisans, qui est contemporain de Jean Lesage et de René Lévesque, qui a été élu dans ce qu’on a appelé « l’équipe du tonnerre », en 1960 : le ministre de l’Éducation qui a lancé le Québec sur la voie du succès, M. Paul Gérin-Lajoie. Il est parmi nous ce soir. Donc, ces retrouvailles, elles ont eu lieu. Louise Beaudoin y a participé abondamment plus tard, et tous les autres qui sont ici, parce que nous avons invité dans cette salle un grand nombre des hommes et des femmes qui ont fait le succès de ces extraordinaires relations franco-québécoises.
En effet, ces retrouvailles ont donné naissance au flot de coopération probablement le plus complet, le plus universel que deux peuples distincts aient jamais établi entre eux. À l’origine purement étatiques, purement gouvernementales, elles ont gagné l’ensemble de la vie collective en peu de temps. Aujourd’hui, le flot des échanges matériels au sens large, aussi bien le commerce que les investissements, a atteint un niveau absolument exemplaire. Des centaines d’entreprises françaises sont établies au Québec et y créent des dizaines de milliers d’emplois. Et ce n’est pas une relation unilatérale, l’inverse est vrai aussi, et il est plus vrai encore. Toutes proportions gardées, les entreprises québécoises créent plus d’emplois en France que les entreprises françaises n’en créent au Québec. Nous avons aussi un flot commercial remarquable, équilibré. Généralement, la France achète au Québec autant que nous vendons en France. Sauf, chaque année, 1000000000 $ de déficit en faveur de la France: les vins et les livres. Nous n’avons pas la prétention de vous concurrencer en matière vinicole, pour des questions climatiques. Et, en matière littéraire, pour des questions de taille de la population, parce que, proportionnellement, vous savez que la création littéraire au Québec est aussi impressionnante que la création économique et la création scientifique. Dans les grands bonheurs qui ont suivi nos malheurs initiaux, le fait est que le Québec représente aujourd’hui le prototype d’une économie du savoir, d’une économie avancée. La moitié de toutes les exportations de produits de haute technologie qui sortent de l’économie canadienne proviennent du Québec, alors que l’économie du Québec n’est que 25 % de celle du Canada, en volume. Nous avons gagné notre vie honnêtement et durement en étant bûcherons, mineurs, en construisant des barrages, en exportant des concentrés de cuivre, de fer et de zinc. Aujourd’hui, nous gagnons encore honorablement notre vie dans des mines plus modernes et des forêts mieux exploitées, mais nous vivons surtout de l’aérospatiale au Québec, qui est la cinquième puissance aérospatiale du monde avec 7 millions d’habitants. C’est à peine croyable. Il y a 40000 travailleurs, travailleuses de l’aérospatiale à Montréal, il y en a 25000 à Toulouse, en tout respect. Nous vivons grâce à la pharmacie, aux biotechnologies. Nous vivons grâce au matériel de multimédia, au matériel de télécommunication. Et, en même temps, nous avons une vie culturelle à nulle autre pareille. D’ailleurs, il y a une relation entre les deux, c’est ce qu’on appelle l’indice bohémien. Ce sont des chercheurs américains qui ont mis cette chose en lumière, il y a quelques années. Ils ont compté dans un espace économique tous les créateurs, les créatrices, les romanciers, les danseurs, les musiciens d’orchestre. Ils ont établi l’indice bohémien et ils se sont rendus compte qu’il était rigoureusement égal à l’indice de haute technologie de l’espace concerné. Alors, les Québécois, oui, sont des bohémiens incorrigibles, mais c’est ce qui fait d’eux, je crois, des créateurs et des créatrices exemplaires. C’est ce qui fait que Luc Plamondon a continué Victor Hugo et que plusieurs artistes québécois se produisent sur toutes les scènes du monde. Vous en aurez, ce soir, d’ailleurs, un remarquable échantillon.
Tout cela est en partie dû à nos retrouvailles. Si le Québec est intéressant, si son économie est diversifiée, si sa culture est vivante, c’est parce qu’il a l’immense bonheur de participer à deux espaces culturels. Le Québec est d’Amérique, et profondément d’Amérique. Mais il est puissamment connecté à l’Europe à travers la France. Ce qui nous a permis de réaliser — et c’est l’idéal québécois et nous y sommes presque — une synthèse extraordinaire entre les meilleures valeurs de notre continent et les meilleures valeurs de l’Europe de l’Ouest. C’est pourquoi vivre à Montréal, vivre au Québec, c’est vivre, par beaucoup d’aspects, à la fois en Europe et en Amérique. Nous avons un slogan touristique aux États-Unis qui a fait fureur, nous disons aux Américains: « Come to Europe without jet lag. » La première année qu’on a utilisé ces mots, on a eu 17 % d’augmentation de nos ventes. C’est bon. La réalité québécoise, c’est donc ce que nous avons vécu grâce à vous, grâce à la coopération qui nous a unis, grâce à l’estime que vous nous avez portée. Les moindres détails de notre vie ont été changés. Quand cet accord a été signé pour l’ouverture de notre délégation, il y a 40 ans, il y avait quatre variétés de fromage au Québec. C’est à cette époque que le général de Gaulle disait: « La France est difficile à gouverner parce qu’il y a 300 variétés de fromage. » Mais vous êtes quand même 60000000 pour 300 variétés de fromage. Au moment où je vous parle, après 40 ans de coopération, il y a 300 variétés de fromage au Québec. Ça peut être encourageant pour notre agroalimentaire, mais c’est angoissant pour les gouvernants! Donc, dans les grandes choses comme dans les petites, ces retrouvailles ont été impeccables. Je termine en disant que cette amitié entre deux nations s’est rendue au niveau des individus. Il y a des dizaines et des dizaines de milliers de Québécois qui ont des amis personnels et intimes en France et qui maintiennent ces amitiés, et c’est mon cas, à la troisième génération. Mes petits-enfants connaissent les petits-enfants de mes condisciples de la rue Saint-Guillaume et de la rue des Saints-Pères. Et je ne suis pas original de ce point de vue là, l’Office franco-québécois pour la jeunesse a organisé des milliers de déplacements dans un sens et dans l’autre. C’est pourquoi j’affirme que cette coopération est exemplaire et probablement sans nul autre exemple. Le Québec doit continuer à cheminer. Nous avons, comme je l’ai dit, connu de grands malheurs, de grands bonheurs. Ce que moi et plusieurs autres considérons comme le bonheur ultime n’est pas encore arrivé, mais, en tout respect pour l’opinion contraire, le Québec forme une nation. La question nationale du Québec n’est pas réglée. Dans l’amitié avec nos compatriotes du reste du Canada, dans la modernité d’une union de type confédéral avec libre circulation, comme l’Europe en donne l’exemple au reste du monde, nous espérons bien, un jour, pouvoir dire que le Québec a réalisé son idéal. Que cette survivance, qu’on n’appelait pas encore combat pour la diversité culturelle, nous a conduits à la vie, à la vie libre, démocratique et fructueuse de relations égales dans la dignité entre les nations.
À cette époque précisément tourmentée de notre histoire, si le Québec et la France continuent à donner cet exemple, ils n’auront pas servi que leurs intérêts. Ils auront servi, par l’exemplarité, l’intérêt du genre humain. C’est la seule forme de nationalisme et d’amour de la patrie qui est acceptable. Quand l’amour de notre patrie consiste à faire qu’elle soit meilleure afin que la terre des hommes soit meilleure. Merci de votre présence parmi nous.

[QLandry20020831Qué]
[Remise de l’ordre national du Québec à Gérard Depardieu]
Monsieur le Président du Festival des films du monde,
Monsieur le Président du Conseil de l’Ordre national du Québec,
Distingués invités,
Chers amis cinéphiles,
Nous sommes réunis ici pour rendre hommage à l’un des plus grands acteurs français du cinéma d’aujourd’hui, Gérard Depardieu.
Et, à travers lui, à l’un des grands cinémas du monde, le cinéma français.
Le cinéma est devenu une forme d’expression artistique tout à fait incontournable. Image, narration, musique, jeu… Le cinéma participait déjà du multimédia bien avant que l’expression soit à la mode. Les personnages qui y vivent, les intrigues qui s’y nouent et les musiques qui l’habitent imprègnent nos êtres avec force.
Le cinéma est un art industriel, son succès tient à beaucoup de métiers : du producteur au perchiste. Or, sans acteur, point de personnage. Sans personnage, point de narration. Sans narration, très peu de films…
Gérard Depardieu, vous êtes né le 27 décembre 1948, à Châteauroux, chef-lieu de l’Indre, dans le Val de Loire. Votre goût pour le vin, qui remonte à votre enfance — comme vous le dites — trouve sans doute là une explication. Le Château de Tigné, que vous avez acquis en 1989, produit 350,000 bouteilles par an. De par le monde, on se pique le nez avec votre cuvée Cyrano, Cher Monsieur!
Vos débuts font écho à une strophe d’Aznavour, un succès des années soixante :
À dix-huit ans j’ai quitté ma province
Bien décidé à empoigner la vie
Le coeur léger et le bagage mince
J’étais certain de conquérir Paris
En 1964, c’est pour vous l’arrivée à Paris, les cours de théâtre avec Jean-Louis Cochet. Les petits rôles, l’espoir… Au début des années soixante-dix, vous vous faites remarquer par la bande à Michel Audiard. Puis, en 1974, c’est la consécration, dans l’irrévérencieux Les Valseuses de Bertrand Blier. Vous montez au firmament des stars, pour ne plus en redescendre.
En trente ans de carrière, vous aurez joué dans plus de 120 films. C’est phénoménal. Une filmographie si riche révèle une chose de l’homme : outre son immense talent, doublé d’une force de travail peu commune, il n’a peur ni du risque ni du changement. Cette rage de jouer vous aura réussi. Le palmarès de vos prix est éloquent. C’est avec Le Dernier Métro, de François Truffaut, que vous obtenez votre premier césar, en 1980. Votre Cyrano de Bergerac, de Rappeneau, vous aura valu la palme du meilleur acteur à Cannes, le césar du meilleur acteur, une nomination aux British Awards et même aux oscars, fait exceptionnel pour un rôle non anglophone. C’est un rôle qui sied aux grands. Il faut, après tout, le reprendre là où l’avait laissé le favori de Rostand, l’illustre Coquelin, qui fut sans doute (à vu de nez) l’un des plus grands comédiens que la France ait jamais connus.
Le florilège des rôles historiques et littéraires que vous avez tenus avec brio embrasse une variété étonnante de types humains : Danton, Rodin, Cyrano, Tartuffe, Balzac, Jean Valjean, Jean Cadoret, Vidocq, Vatel… et Obélix, bien sûr! Inlassablement, vous avez incarné les mille visages de cette France multiforme, de cette France à l’histoire incomparablement riche, de cette France que nous, Québécois, partageons avec vous.
Le rôle titre de Danton, d’Andrzej Wajda, vous a valu votre première récompense internationale, soit le Prix d’interprétation du Festival des films du monde de Montréal, en 1982.

Dix-sept ans plus tard, en 1999, vous êtes nommé président d’honneur du festival de Montréal. Depuis cette date, vous êtes également coprésident du conseil d’administration du festival.
Gérard Depardieu, en vous rendant hommage, le Québec rend aussi hommage au cinéma français dans son ensemble.
La France, c’est, historiquement, la première nation de cinéma, avec les frères Lumière, Charles Pathé et autres pionniers. Souvenons-nous aujourd’hui que c’est aussi un Français, Louis Minier, qui réalisa à Montréal la première projection cinématographique en salle en Amérique du Nord, le 27 juin 1896.
La France n’est pas seulement une grande nation dans l’histoire du cinéma, elle sait l’être encore aujourd’hui. D’autres l’ont été et ne le sont plus. C’est profondément triste, car le cinéma est, à certains égards, l’image qu’une nation donne d’elle-même au reste du monde. C’est aussi le miroir qu’une nation s’offre à elle-même. D’où l’importance de continuer à développer les cinémas nationaux. Depuis le début des années soixante, grâce à des artistes exceptionnels, le Québec a commencé à se doter d’un cinéma national à sa mesure. Dans son évolution, le cinéma québécois a su jouer ce double rôle d’ambassadeur et de miroir. Il a gagné à la fois en profondeur et en qualité, tout en rejoignant un public de plus en plus vaste et divers. Dans ce processus, l’État a été d’autant plus actif que la taille du marché local est fort exiguë. Les États-Unis, pour leur part, produisent indéniablement des films remarquables. Le cinéma américain est indissociable de l’histoire de l’art du XXe siècle. Cependant, quels que soient les mérites intrinsèques de ces productions, il est anormal qu’elles monopolisent les écrans, dans plusieurs pays, à hauteur de plus de 90 pour cent.
Or, pour qu’existe un cinéma authentiquement « pluriel » — pour reprendre l’expression de Jean-Loup Passek — , il est impératif de trouver un équilibre entre projections étrangères et nationales, et ce, partout dans le monde. Il y a de la place pour le cinéma allemand, danois, hongrois, russe, brésilien, italien, suédois, polonais, cubain, japonais, indien, égyptien et québécois. Des cinémas, par ailleurs, que le Festival des films du monde contribue à faire découvrir aux Québécois. Je saisis cette occasion pour en féliciter M. Serge Losique. Parmi tous ces cinéma nationaux, le cinéma français est certes l’un des plus vivants. En 2001, la part de marché du cinéma américain en France est passée de 62 % à 46 %, alors que la part du film français en France s’établit à 42 %, du jamais vu en quinze ans.
La France nous montre la voie par l’exemple. Le combat pour la diversité culturelle, la France le gagne sur le terrain. La vitalité du cinéma français est là parce que l’État français s’est doté d’une politique du cinéma. Mais cette politique ne peut rien s’il n’y a pas d’abord le talent, le professionnalisme et la détermination des artisans. Ce talent, à son tour, ne peut rien sans moyens. Le combat pour la diversité culturelle, c’est la préservation de ces moyens.
Cette lutte, elle est également vôtre, Gérard Depardieu.
En septembre 1993, vous avez été à l’avant-garde de la levée de boucliers qui réunissait 1 400 artistes et producteurs pour défendre l’exception culturelle, dans le contexte des négociations de l’Uruguay Round. Vous avez même accompagné, à Bruxelles, le ministre français de la communication, Alain Carignon, en compagnie de vos collègues Christian Clavier et Isabelle Huppert, pour défendre la maintien de l’exception culturelle au GATT. Si la bataille de l’exception culturelle fut en partie remportée à l’époque, le combat pour la diversité culturelle, lui, dure toujours. Vous le savez bien. Il y un mois, à Madrid, vous faisiez d’ailleurs remarquer que la domination de l’industrie du cinéma hollywoodien, par son contrôle des canaux de diffusion, — tu[ait] peu à peu les créateurs —.
Le combat pour la diversité culturelle, c’est celui que mène aujourd’hui le gouvernement du Québec. Il le mène sur le plan de la création d’un instrument juridique international contraignant. Un instrument qui garantit le droit des États et des gouvernements de soutenir, par leurs politiques, une expression culturelle distincte.
Pour que le cinéma pluriel survive, il faut que les États et les gouvernements préservent ce droit de définir librement leur politique culturelle, ainsi que le droit de le soutenir financièrement.
Gérard Depardieu, ce que vous avez fait, en France et dans le monde, pour que vive le cinéma, nous enrichit tous. L’Ordre national du Québec compte déjà seize Québécois issus du milieu du cinéma. Je vous invite, aujourd’hui, à les rejoindre.
Gérard Depardieu, au nom du gouvernement du Québec et du peuple du Québec, j’ai l’immense plaisir de vous nommer chevalier de l’Ordre national du Québec en reconnaissance de votre contribution à l’évolution du cinéma d’expression française.

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